La réalisatrice helvético-argentine Milagros Mumenthaler est née en 1977 en Argentine avant d’émigrer en Suisse encore enfant, avec sa famille, pour fuir la dictature argentine. Avec Las Corrientes (Les Courants) elle se penche sur les troubles psychiques et cognitifs que peut générer un traumatisme dont, dans le film, on ignorera l’origine jusqu’au bout.
Lina, styliste à succès, développe une soudaine phobie de l’eau, au retour d’un voyage à Genève où elle s’est soudain jetée dans le Lac Léman. Cette répulsion aquatique l’envahit, l’empêche de se laver sous une douche, de savonner sa fille dans sa baignoire ou même de boire dans un verre. Elle cherche à cacher cette phobie à son environnement, son mari aimant, sa belle-mère hautaine, sa fille innocente, son assistante attentionnée, mais cela se voit quand même, suscitant des interrogations légitimes de son entourage sur son état d’esprit.
Elle-même cherche à comprendre en renouant avec sa mère qu’elle n’a pas vue depuis des années et à qui elle n’avait pas même annoncé la naissance de sa fille de 5 ans. On découvre que cette mère, modeste couturière, vivant bien loin du milieu mondain où évolue sa fille, est elle-même victime de troubles compulsifs concernant la propreté de tout ce qui l’entoure, et de l’ordre dans lequel elle présente des tableaux sur ses murs ou avec lequel elle range des boîtes de conserve dans ses placards. Lina fréquente également le cabinet d’un psychanalyste à qui elle dévoile sa phobie pour tenter de la résoudre.
Le film ne dit pas si le comportement de la mère a pu générer la phobie de la fille mais le laisse supposer. Le spectateur reste donc dans l’expectative sur l’origine des troubles de Lina qui perturbe très sérieusement sa vie. La photographie de ce long métrage est très belle, couleurs, gros plans, tenues et rouge à lèvres de Lina, reflets du personnage dans l’eau, des vitrines ou des miroirs. La beauté singulière de Lina (jouée par Isabel Aimé Gonzalez Sola), yeux gris clair, légères taches de rousseur, lèvres pulpeuses, explosent à l’écran, fascinent le spectateur en le sortant de la léthargie engendrée par ce film un peu lent.
Le scénario de ce film étrange n’étant pas vraiment conclusif sur l’origine du mal de l’héroïne, le spectateur positif quitte son fauteuil en envisageant que l’enfance ne soit pas forcément génératrice de dérèglements à l’âge adulte. Bonne nouvelle !

