Lisa Gerrard – 2007/04/15 – Paris la Cigale

Lisa Gerrard au Grand Rex ce soir : ex-Dead Can Dance, elle nous a envoutés avec son compère Brendan Perry dans les années 1980/90. Ensemble ils ont créé une atmosphère musicale unique faite de noirceur et d’étranges sonorités en mode mineur.

Lisa poursuit depuis une carrière solo ponctuées de disques et de BO. Le concert parisien est complet depuis longtemps. Les fans d’hier sont venus nombreux pour goûter à nouveau cette ambiance insondable, frémir encore à l’écoute d’une musique venue d’ailleurs, peut-être un peu de son Australie natale où elle se ressource  « J’habite dans le bush, ce qui me permet de m’éloigner du monde, de me connecter à ce que je désire vraiment, l’absolu. Je me considère d’ailleurs comme une Aborigène, parce que je suis née là-bas et que, comme eux, je suis complètement reliée aux vibrations de la terre et à un langage abstrait, façonné par des millions d’années d’humanité. »

La scène majestueuse du Grand Rex est tendue de deux grandes tentures blanches qui dégoulinent sur un fond noir. Elle est accompagnée d’un pianiste et d’un clavier qui posent l’instrument majeur : sa voix, profonde, parfaite et bouleversante, froide comme un vent terrifiant qui dévale les pentes verglacées d’un Himalaya émotionnel. Les paroles n’ont pas d’importance, il y en a peu d’ailleurs, anéanties par le son.

En robes longues, bleue puis blanc crème après l’entracte, elle est grande, blonde aux yeux bleus, statique devant son micro auquel elle s’accroche bizarrement, elle chante les yeux mi-clos, semblant ne pas savoir que faire de son enveloppe corporelle. Elle est comme une espèce de fantôme au-dessus duquel flotte son âme. On est hypnotisés par sa présence intergalactique, envahis par l’émotion sonore qu’elle diffuse. On est habités par cette voix lisse et d’outre-tombe, discrètement accompagnée de nappes de claviers électroniques. Elle nous emmène à travers l’odyssée d’un espace musical, intime et immense. Et entre les chansons, l’artiste envolée redescend sur terre où elle nous retrouve, éclatant de rire devant les applaudissements sans fin de la salle en adoration.

Une soirée pleine de magie qui nous a donné la chair de poule. Lisa  nous a délivré une Voix immense sur des notes glaçantes.

The Stranglers – 2007/04/06 – Paris la Cigale

Du bon, du très bon, de l’excellent Stranglers ce soir à la Cigale ! Et il ne reste que deux survivants de la formation d’origine !

Après la prestation de BP ZOOM, le groupe rentre (à quatre musiciens seulement) sur scène. On fait le compte des absents : Paul Roberts qui a déserté pour un chemin en solo, Jet Black, remplacé par son roady de 25 ans, qui est à l’hôpital pour problèmes cardiaques et dont Burnel précisera malicieusement qu’il était baptisé The Hoover (l’aspirateur il y a quelques années…). Il reste donc Jean-Jacques Burnel et Dave Grenfield, à la basse et aux claviers, Baz Warne à la guitare qui a rejoint le groupe en 2000 et partage le chant avec Jean-Jacques.

C’est du concentré de Stranglers, bien rugueux et tellement vigoureux. On y retrouve ce qu’on aime depuis les origines en 1975, une énergie sans faille, les tourments de la vie éructés dans des paroles coupantes et glaçantes, une basse folle et dominante qui marque le beat d’une vie comme le marteau-pilon frappe l’acier en fusion au cœur de la forge de nos âmes, une guitare cinglante et répétitive sur des nappes de claviers qui veulent adoucir la furie mais qui la rendent encore plus obsessionnelle. Baz chante, moins bien que Paul, mais avec la foi d’un vrai Stranglers, le roady frappe sa batterie avec l’application qu’il a mis à servir son Maître Jet tout au long des années de route. Et Burnel chante toujours avec cette voix embrumée et solitaire, comme revenue de tout, où la nostalgie pointe son nez à tout instant dans la violence contenue qu’elle exprime. Il parle, parfois, en français, notamment pour commenter le succès de leur dernier disque Suite XVI, des ventes jamais atteintes depuis 30 ans !

Et pourtant les quelques morceaux récents joués ce soir paraissent dans la continuité parfaite du passé. Ils s’intègrent sans l’ombre d’un doute à cette œuvre envoûtante composée par les hommes en noir. Spectre Of Love ou l’amour sur le fil du rasoir : Salvation can be found in times like this/ I just need you and I’ve found mine. Relentless et son triste déroulé du temps qui passe en s’acharnant à nous détruire : The King sat on his throne wawed his hand at the sea/ Time made a fool of him and eveything he tried to be…/ Relentless time/ Relentless time.

Ces nouveautés se sont coulées dans le moule des Stranglers et mariées avec bonheur aux classiques des Peaches, Nice ‘N’ Sleazy, Burning Up Time et autres Duchess ou Nuclear Device.

Les Stranglers ont choisi ce soir de nous délivrer leur setlist idéale, l’incarnation de leur foi et de la permanence dans leur combat pour que la musique donne à chacun le moyen d’interpréter la vie telle qu’elle est, pas toujours parfaite, mais où l’émotion et les idées sont les clés de la survie.

Et au final, une assemblée de jeunes seniors, reconnaissants et admiratifs, a scandé No More Heroes à la Cigale pour clôturer le show parfait des Stranglers, pilier de notre imaginaire musical.

La set list : 5 Minutes/ Grip/ Spectre Of Love/ Nice ‘N’ Sleazy/ Death & Night & Blood/ Unbroken/ Peaches/ Always The Sun/ Golden Brown/ I Hate You/ Lost Control/ Summat Outnowt/ Walk On By / Relentless/ Burning Up Time/ All Day And All Of The Night/ Duchess/ London Lady/ Rappel 1 : Nuclear Device/ Dagenham Dave/ Rappel 2 : Hanging Around/ No More Heroes

Roth Philip, ‘La Tâche’.

Sortie : 2000, Chez : . Un roman puissant sous la plume d’un grand écrivain américain. On y retrouve les cotés sombres de l’Amérique, le traumatisme de la guerre Vietnam, l’influence de la ségrégation, qui forment l’environnement dans lequel évoluent des personnalités complexes dans une petite ville universitaire des Etats-Unis. Un héros qui renie ses origines et court après la reconnaissance. Un roman haletant qui se termine par l’anéantissement des protagonistes.