ROMAINS Jules, ‘Psyché 3/3 – Quand le navire…’.

Sortie : 1929, Chez : Gallimard.

On avait laissé Pierre dans le tome précédent alors qu’il embarquait pour New York à l’issue d’une lune de miel ardente avec sa femme Lucienne. Elle reste sur le quai de Marseille alors que lui, premier commissaire sur un paquebot transatlantique, part travailler sur l’océan.

Leur mariage impromptu les a réunis dans un amour profond renforcé par le plaisir de la chair si délicatement abordé dans le volume précédent, « Le Dieu des corps« . Alors la séparation, même s’ils la savent provisoire, les plonge dans l’introspection, une forme de tristesse et une forte attente de se retrouver, teintée de crainte que ce ne soit plus comme avant.

Sous l’agrément de son décor et les complications de sa machinerie, le bateau était quelque chose de simple et de terrible : un instrument de séparation. Sa marche déroulait derrière lui non pas tant le loch que l’absence. Sa vitesse était une vitesse d’arrachement.

Au milieu de l’Atlantique, Pierre retrouve son vieil ami Bompard, médecin du bord, avec qui il devise sur les mystères de l’état amoureux. Fuyant la vie sociale du bord Pierre se réfugie régulièrement dans sa cabine pour méditer sur Lucienne et même la retrouver sans une espèce de transmission de pensées. De retour à Marseille, Lucienne continue d’accepter de partager avec lui ses notes journalières personnelles et il constate qu’à peu près le même jour au cours de la traversée où il avait cru halluciner en la voyant dans sa cabine (et une trace de son passage comme si elle s’était assise sur son lit), elle-même écrit s’être transportée par la pensée à bord du navire pour retrouver son Pierre.

Je [elle] me dis que dans l’union l’âme arrive à une exaltation trop intense, à un sentiment de ses pouvoirs trop aigu, pour qu’ensuite quelque chose d’aussi grossier, d’aussi absurde que la distance suffise à tout effacer.

Evidemment, l’épisode où ils se retrouvent fictivement sur le bateau est un peu surréaliste mais n’est-ce pas aussi un des effets de l’amour de transcender le réel ? Quoi qu’il en soit, les réflexions de Pierre sur la séparation d’avec l’être aimé, sur la pensée de cet amour qui envahit à tous moments son corps et son âme, sont belles et pleines de pudeur. Le dernier chapitre se déroule bien des années plus tard et l’on comprend que le couple est toujours uni, que la violence de leur amour s’est apaisée mais que chacun garde pour lui avec pudeur le souvenir de ces moments rêvés qui les ont amenés à « remettre le monde en question ».

Il y a du Albert Cohen (« Belle du Seigneur ») dans cette capacité à décrire de façon si précise et dans la longueur le sentiment amoureux. Cohen a publié cette œuvre 40 ans après celle de Romains. Mais le sujet est éternel et seuls les grands écrivains savent à ce point le disséquer. Il ne reste aux lecteurs lambda qu’à espérer le vivre.

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