Sortie : 2026, Chez : DISCOGONIE densité.
C’est l’histoire d’un disque fondateur du rock américain, édité en 1977 alors que le punk explose au Royaume-Uni. Quatre américains admirateurs des poètes français « maudits » du XIXe siècle, Rimbaud, Verlaine, Baudelaire vont créer un groupe majeur et un style remarquable du rock de la contre-culture mondiale. Le leader-fondateur du groupe, Thomas Miller, prend le nom de scène de Verlaine en hommage à Paul. Le premier bassiste, Richard Meyers, choisit quant à lui celui de Hell en référence à « Une saison en enfer » de Rimbaud. Tous deux écrivent des poèmes et adoptent la musique comme vecteur de leur poésie. Ils se trouvent qu’ils sont également d’excellents et très novateurs instrumentistes. Verlaine et son compère guitariste Richard Llyod créent un genre complexe et singulier de jeu de guitares qui s’entremêlent en déroulant des arpèges obsédantes sur lesquelles se pose la voix aiguë de Tom.
Un peu comme les disques du Velvel Underground, « Marquee Moon » rencontre un grand succès d’estime dans le petit monde musical du New York underground où se croisent Blondie, les Talking Heads, Patti Smith, les New York Dolls, Andy Warhol…, mais n’explose pas vraiment au niveau commercial. Il faudra encore quelques années pour qu’il devienne l’une des œuvres de référence du rock américain et même mondial.
Les paroles de Tom Verlaine sont souvent mystérieuses. Il demande lui-même qu’on ne leur cherche pas forcément une signification rationnelle mais évoque plutôt la traduction de sentiments diffus, une déambulation poétique de leur temps. L’ensemble mots et musique est imprégné de l’atmosphère urbaine, et souvent délétère, qui règne dans la ville de New York à la fin des années 1970 : bouillonnante, toxique et tellement créatrice. On est partagés entre la noirceur du monde présenté par ces auteurs-compositeurs et la lumière apportée par cette musique lunaire.
Xavier Martin raconte de façon intelligente et très documentée la grande histoire de ce disque et revient sur quelques petites anecdotes que tout le monde connait mais que les admirateurs de cette période musicale ont toujours plaisir à relire : l’amour que Verlaine a porté à Patti Smith qui s’est éloignée de lui pour vivre une aventure avec le bassiste du groupe, les débuts du CBGB’s où se produisirent tous les créateurs du rock underground américain, les réglages des guitares et des amplis, les relations avec les producteurs (dont Brian Eno), les maisons de disques, la photo de couverture du disque issue d’une photocopie ratée, bref, tout ce monde fascinant du rock new-yorkais des années 1970-1980 qui a engendré ces géants.
La petite maison d’édition densité DISCOGONIE qui publie ce livre consacre un ouvrage à un disque. On trouve dans la liste : Nebraska (Bruce Springsteen), L.A. Woman (The Doors), The Idiot (Iggy Pop), Closer (Joy Division), Horses (Patti Smith), Violator (Depeche Mode), et bien d’autres. Une jolie collection à cultiver.

