Festival Rock en Seine – 2011/08/26>28 – Paris Parc de Saint-Cloud

Vendredi 26 août 2011

Rock en Seine 2011 aligne une quatrième scène baptisée « pression live » et sponsorisée par Kronenbourg… Elle prend la place du camping repoussé plus loin.

Les brésiliennes de CSS ouvrent le bal, ou presque vendredi après-midi sur la grande scène. Après les embrouilles de l’ancienne bassiste avec le producteur, il y a maintenant deux hommes dans ce groupe de filles. Lovefoxxx la chanteuse anime la bande comme à son habitude. Elle arrive habillée en toréador puis effeuille progressivement sa tenue pour terminer en short et bas résille déchirées sur T-shirt siglé « Trash ». La musique est agitée et joyeuse, dance et électro, des ballons de rouge sont posés sur les amplis et tout ce petit monde joue un rock en couleur.

The Kills prennent la suite, à la hauteur de leur réputation : terrifiants et larsenés. Jamie en veste printanière bleue pâle et large cravate noire relâchée, Alison toute de noire vêtue, féline et troublante. Le duo est redoutable, branché sur une boîte à rythmes et le jeu de guitare si particulier, sans médiator, de Jamie. Les rythmes sont haletants sous le déluge sonique, la guitare est à la fois basique et sophistiquée, Alison humanise l’électricité brute et elle n’est pas pour rien dans cette musique obsédante. Elle parcourt la scène de long en large avec son T-shirt « Evil », se cache derrière sa masse de cheveux noirs et se harnache de temps en temps d’une guitare noire et blanche au fil blanc qui s’enroule délicieusement autour de ses longues jambes noires. Ses ongles manucurés rouges à gauche et bleus à droite agrippent le micro comme si sa vie en dépendait. Et puis au milieu du fracas elle cajole la foule avec une touchante interprétation de The Last Goodbye comme quoi la tigresse peut rentrer ses griffes :

It’s the last goodbye I swear/ I can’t survive/ On a half hearted love/ That will never be whole.

Jamaica : un trio français joyeux et enlevé, sur la scène Kronenbourg. Ils sont en fin de tournée : un bassiste la barbe en bataille, c’est aujourd’hui son anniversaire qui lui sera fêté par l’assistance, un guitariste chanteur, bon et sympa, et un batteur. Bref, une bande de potes qui jouent et qui dansent, qui s’amusent et nous font insensiblement taper du pied en rythme sur des mélodies bien foutues.

Pendant ce temps les Foo Fighters s’installent sur la grande scène mais le festivalier décide de démarrer en douceur et rentre ce coucher.

Samedi 27 août 2011

On craignait un peu pour les Blonde Redhead que le manque d’intimité de la grande scène nuise au caractère mystérieux et troublant de leur musique. Il n’en fut rien, même en plein jour, même sous l’orage menaçant, même au cœur de la bourrasque, Kazu en mini-jupette blanche nous a enchantés ! Sa voix brumeuse si bien portée par la guitare stridente d’Amadeo se répand sur le parc de Saint-Cloud déclenchant une mélancolique tendresse chez les spectateurs. Cette musique vient de l’âme et touche au cœur.

Un petit passage chez les BB Brunes sur la scène de la Cascade : ils ont grandi, ils s’amusent bien et déclenchent les hourvaris des lycéennes. Ils sont le Clash de la génération banlieue chic & Facebook. Hommage aux anciens tout de même, et ils reprennent Gaby de Bashung sur un rythme crypto-punk.

Cocorosie, deux américaines originales et délurées, fantasques et créatives, habillées comme des femmes de cavernes, entourées d’un piano à queue et d’instruments improbables ; une performance étonnante et curieuse.

Austra : blondeur, grand espaces et intuitions électroniques. Le Canada pop visite Saint-Cloud.

Keren Ann, pure et rock, tendre et accrocheuse, en short et collant noir, elle a abandonné sa coupe Mireille Mathieu affichée sur son dernier disque pour des cheveux longs, laissé de coté les trompettes évanescentes de sa dernière tournée et s’est harnachée d’une Gibson noire, elle joue avec un guitariste desperado. Ils parlent un rock policé et sympathique. Hommage aux anciens tout de même, et elle reprend Je Fume Pour Oublier que tu Bois de Bashung avec une grande sensibilité.

Artic Monkeys pour le final de ce samedi, du rock propret et enlevé, gueules d’anges en Perfecto, boots, banane rockabily et T-shirt blancs, ça joue fort, vite et bien, guitares + guitares + voix de crooner. C’est puissant, frénétique et explosif, simple et sans répit ! Ce sont les Artic Monkeys, une bande de gamins qui du haut de leurs 25 printemps en remontrent à plus d’un.

Setlist : Library Pictures/ Brianstorm/ This House Is A Circus/ Still Take You Home/ Don’t Sit Down ‘Cause I’ve Moved Your Chair/ Pretty Visitors/ She’s Thunderstorms/ Teddy Picker/ Crying Lightning/ Brick by Brick (Johnny B Goode’s Chuck Berry)/ The Hellcat Spangled Shalalala/ The View From The Afternoon/ I Bet You Look Good On The Dancefloor/ All My Own Stunts/ If You Were There, Beware/ Do Me A Favour/ When The Sun Goes Down
Encore: Suck It and See/ Fluorescent Adolescent/ 505

Dimanche 28 août 2011

Lilly Wood & The Pricks sont de retour à Rock en Seine après leurs passages en début d’année dans les salles parisiennes, dont l’Olympia. Lilly est habillée en vestale romaine et nous régale toujours de sa voix profonde et malicieuse. Ils jouent en plein jour un set enlevé et de bon goût : pas de temps mort mais des ritournelles entraînantes et de la joie de vivre. Lilly encore un peu maladroite et n’en revenant toujours pas du succès du groupe. Lilly et Ben : il va falloir réussir le deuxième album !

Cherri Bomb : quatre rockeuses hargneuses aux chevelures multicolores de Los Angeles. Quatre bombasses délurées qui jouent un hard-rock aussi chaud que le désert de Death Valley, aussi bruyant et urbain que les pistes de LAX un jour de grande affluence supersonique.

Anna Calvi : la révélation de l’année nous refait en légèrement raccourci le show du Trianon d’avril dernier, prodiguant la même voix puissante et une incroyable subtilité dans le jeu de guitare, entre violence dantesque sur l’irréparable solo de Love Won’t Be Leaving et douceur féline lorsqu’elle frôle les cordes pour accompagner les mesures où sa voix redevient enfantine. Le rouge est la couleur de ses lèvres, la parure de son chemisier, la teinte métaphorique de son toucher de guitare lorsque dévalent ses torrents de laves en fusion dans nos cerveaux brûlants, la chaleur intense d’une voix lyrique capable de toutes les virtuosités.

Anna Calvi : LA découverte de ces derniers mois n’a fait que confirmer ce soir son incroyable talent.

Deftones : les Deftones restent égaux à eux-mêmes, une bande de cow-boy hardeux, bondissants et puissants. C’est la grande cavalcade de l’électricité, des hurlements du chanteur et des stridences des guitares fluo d’un guitariste barbu-chevelu-massif. C’est bien aussi lorsque cela s’arrête.

Archive nous a rejoué le show Controlling Crowds avec son orchestre symphonique en arrière plan. Cette formation classique déjà vue cette année au Grand Rex avec un résultat mitigé est finalement bien passée en plein air malgré les inquiétudes. Rosko le rappeur qui avait été laissé au vestiaire en avril était cette fois-ci de la partie et ses incantations scandées dans la froideur du parc ont soulevé l’assistance, Maria, Dave et Pollard se sont passés les rôles sur les chants. Les tubes du groupe ont été joués avec enthousiasme, les musiciens classiques quand ils n’étaient pas à l’œuvre sur leurs cordes ou leurs cuivres se croyaient sur une piste de danse, le volume du son porté par la parfaite puissance de la sono poussait les nuages et enveloppait nos âmes. Pills, King of Speed, Bullets…ont déchaînés des visions de grands espaces et d’abymes infinis. Again pour le final fut un véritable sanglot, étiré, désespéré et violent qui a ébouriffé le parc et laissé les festivaliers ébahis, repus et obsédés par cette musique majestueuse.

Setlist : 1. Controlling Crowds/ 2. Fuck U/ 3. You Make Me Feel/ 4. Sane/ 5. Finding It So Hard/ 6. Bastardised Ink/ 7. The Empty Bottle/ 8. System/ 9. Kings Of Speed/ 10. Lines/ 11. Pills/ 12. Bullets/ 13. Dangervisit/ 14. Again

Hélias Pierre Jakez, ‘Le cheval d’orgueil – Mémoires d’un breton du pays bigouden’.

Sortie : 1975, Chez : Plon – Terre Humaine. Un livre délicieux narrant la vie paysanne au fin fond de la Bretagne dans le premier tiers du XXème siècle, écrit avec douceur et subtilité (et en breton à l’origine). C’est tout un monde de tendresse familiale, de solidarité villageoise, de dureté de la vie de tous les jours qui s’ouvre au lecteur. Traité d’anthropologie bretonne, l’ouvrage se lit comme un roman, on y découvre les querelles picrocholines entre marins et paysans, entre « blancs » et « rouges », entre langue bretonne et langue française, entre haut et bas du bourg de Pouldreuzic, on y apprend surtout la vie d’un gamin des landes dressé par la droiture et l’exemple de parents dures à la tâche misant tout sur l’avenir de leurs enfants. On y ressent une douce nostalgie d’un temps qui n’est plus, mais surtout une immense reconnaissance à sa culture, son pays et les êtres sui l’ont entouré.