Jeff Beck – 2018/06/09 – Paris l’Olympia


Jeff Beck (73 ans), guitariste britannique de légende donne un concert à Paris. Il remplaça Eric Clapton au sein des Yardbrids en 1965 avant de mener une brillante carrière solo ponctuée de multiples collaborations, notamment avec Bowie sur la dernière tournée de Ziggy Stardust. On l’annonça chez les Rolling Stones et les Pink Floyd, mais il garda son indépendance et poursuivi sa route et son influence sur le rock du XXème siècle. Soliste inspiré il fut un bricoleur de génie à une époque où la technique sonique était loin d’être ce qu’elle devint avec l’apport de l’électronique. Il donne ce soir la pleine mesure de son talent que le temps n’a point effacé, entouré d’un groupe sympathique dont deux femmes à la basse et au violoncelle et un chanteur faisant des apparitions ponctuelle.

L’homme est guitariste alors il s’agit d’un concert de guitariste qui n’a pas tout à fait le souffle d’une vraie création, mais l’homme a participé à une époque musicale tellement brillante et inspiré tant de ses créateurs que sa simple présence, et sa virtuosité, nous replonge dans un temps que nous avons tant aimé.

Bryan Ferry – 2018/06/02 – Paris Palais des Congrès


Joli concert de Bryan Ferry à l’Olympia ce soir, centré sur du Roxy Music et les premiers albums solo de l’artiste, pas de trace par contre de Avonmore ou autre Olympia, qu’importe, on eut aussi s’en passer tant est doux et bon d’entendre de nouveau, encore et encore, Out of the blue, l’enchaînement Wasteland/Windswept ou Bryan siffloter sur le final de Jealous guy !

Toujours élégant et un peu distant, Ferry nous régale de sa voix brumeuse sur les classiques de notre vie musicale. Quel bonheur ! Laissez agir, il n’en reste que de l’émerveillement.

Setlist : The Main Thing (Roxy Music song)/ Don’t Stop the Dance/ Ladytron (Roxy Music song)/ Out of the Blue (Roxy Music song)/ Oh Yeah (Roxy Music song)/ A Wasteland/ Windswept/ Bête Noire/ Zamba/ Stronger Through the Years (Roxy Music song)/ Slave to Love/ Bitter Sweet/ Mamouna/ Re-Make/Re-Model (Roxy Music song)/ Do the Strand (Roxy Music song)/ In Every Dream Home a Heartache/ If There Is Something (Roxy Music song)/ More Than This (Roxy Music song)/ Avalon (Roxy Music song)/ Love Is the Drug (Roxy Music song)/ Virginia Plain (Roxy Music song)

Encore : Let’s Stick Together (Wilbert Harrison cover)/ Jealous Guy (John Lennon cover)/ Editions of You

Artistes & Robots au Grand Palais


La collaboration des artistes avec les robots, ou comment les premiers ont utilisé les seconds au service de leurs créations. L’exposition remonte aux premières machines dans les années 50’ qui manipulaient un pinceau sur une toile de façon aléatoire, ou Xénakis créant de la musique en dessinant des formes sur un ancêtre de table tactile, jusqu’à des installations bien plus sophistiquées de notre XXIème siècle. C’est la technologie pour démultiplier la créativité exposée sur deux étages d’installations mêlant la mécanique, l’image et souvent l’humour. La dernière œuvre est une simple vidéo des Daft Punk : Tecnologic remontant à 2005 sur laquelle un inquiétant robot annone les verbes usuels décrivant les actions répétitives de n’importe quel utilisateur d’un ordinateur. Les deux musiciens-créateurs montrent encore comment allier si magnifiquement leur art avec la technique.

Baxter Dury – 2018/05/17 – Paris le Casino de Paris


Baxter Dury de retour avec un nouvel enregistrement : Prince of Tears, se produit ce soir au Casino de Paris. Un concert indispensable pour l’incontournable britannique accompagné d’un groupe efficace, jeune et sympathique. Entouré de deux femmes voix et claviers sur le front de scène, Baxter délivre un rock enlevé, parfois mélancolique mais original. Ca pulse élégamment, parfois chanté parfois parlé, l’homme passe du micro au piano et à la bibine avec un égal bonheur ! Découvert au début années 2000 il confirme une belle inspiration disque après disque, et délivre toujours de belles performances sur scène.

Cats on Trees – 2018/05/16 – Paris la Cigale


Concert parisien de ce sympathique duo français Cats on Trees pour la sortie de leur deuxième disque : Neon. Une pop légère et adolescente jouée avec engagement par Nina (voix et piano) et Yohan (batterie), accompagnés sur scène par un trio féminin de cordes : violoncelle, violon & bass, violon, ces trois grâces assurant également les chœurs. C’est doux et agréable. Ils rencontrent un franc succès de la part d’un public conquis par ces toulousains montés à la capitale.

Gibson en faillite


Le fabricant de guitares Gibson a déposé son bilan, mais avec un plan de continuation d’activité. Gageons que les créanciers de cette société consentiront à quelques sacrifices pour sauver cette marque mythique, utilisée par les plus grands !

Arcade Fire – 2018/04/28 – Paris Bercy


Concert enthousiasmant d’Arcade Fire à Bercy pour la présentation de leur dernier disque : Everything Now, le groupe a joué sur un ring de boxe installé au milieu de la fosse, surmonté de quatre écrans installés en carré. Traversant et retraversant la foule, les Arcade Fire ont joué plus de deux heures accueillant au hasard de la setlit quelques invités : trois danseuses haïtiennes, un musicien camerounais et sa mini flûte, un percussionniste et l’incroyable groupe de jazz qui fit la première partie, Preservation Hall Jazz Band. Tout ce petit monde se retrouva sur scène pour le rappel, quitta ensuite la salle en une longue procession pour se retrouver… boulevard de Bercy où la quinzaine de musiciens ont continué le show dans la rue devant des spectateurs éberlués.

Malgré le gigantisme de la salle due au statut désormais planétaire du groupe, l’expérience d’un concert des Arcade Fire reste toujours marquante et, au-delà des falbalas et des fioritures, leur musique est un chef d’œuvre d’enthousiasme et de bonheur.

Setlist : A Fifth of Beethoven (Walter Murphy song)/ Everything Now (Continued) (instrumental version with boxing intro)/ Everything Now (with Patrick Bebey)/ Rebellion (Lies)/ Here Comes the Night Time (with Patrick Bebey) (Haitian dancers on stage)/ Haïti (with Patrick Bebey) (Haitian dancers on stage)/ No Cars Go/ Electric Blue/ Put Your Money on Me/ Neon Bible/ My Body Is a Cage/ Neighborhood #1 (Tunnels)/ The Suburbs/ The Suburbs (Continued)/ Ready to Start (Damian Taylor Remix outro)/ Sprawl II (Mountains Beyond Mountains)/ Reflektor/ Afterlife/ Creature Comfort/ Neighborhood #3 (Power Out) (with ‘I Give You Power’ snippet)
Encore : We Don’t Deserve Love/ The Coffee Cola Song (Francis Bebey cover) (with Patrick Bebey)/ Everything Now (Continued) (with Patrick Bebey) (with Preservation Hall Jazz Band)/ Wake Up (with Patrick Bebey) (with Preservation Hall Jazz… more )

Warmup : Preservation Hall Jazz Band

Holly Miranda – 2018/04/24 – Paris le Point Ephémère

Holly Miranda, compositrice-guitariste-chanteuse américaine passe au Point Ephémère ce soir. Il n’y a qu’une vingtaine de personnes dans la salle, c’est un peu triste pour elle. Elle joue avec un batteur et une saxophoniste, le matériel est un peu délabré, les musiciens ont sans doute le moral dans les chaussettes, « ce n’est pas un moment idéal » susurre Holly en accordant sa guitare, mais ils nous donnent un joli petit concert sans trop d’entrain.

La première partie est assurée par le groupe australien électro-jeune Leyya plutôt inspiré et allant.

Décès de Dolores O’Riordan


La chanteuse-guitariste-auteure-compositrice irlandaise Dolores O’Riordan, leader du groupe The Cranberries est décédée brutalement il y a quelques jours dans un hôtel londonien, a priori d’une overdose de Fentanyl, un analgésique opioïde qui a déjà tué Prince et Michael Jackson. Elle avait 46 ans.

Les Cranberries furent un groupe des années 1980/90, aux mélodies tristounettes menées par la voix un peu désespérée de Dolores qui a infusé son spleen dans sa musique. Mais cette musique était belle, un peu dans la veine de celle des Cure pour les adolescents neurasthéniques de la génération suivante. Le groupe s’est séparé, le temps d’une ou deux tournées solos de Dolores, avant de se reformer dans les années 2000, ce qui n’était pas indispensable.

Les quatre premiers disques des Cranberries restent dans nos cœurs. On ne sait pas bien si la mort de Dolores est volontaire ou non, elle va de toute façon nous manquer et personne ne pouvait lui souhaiter un sort pareil. Sa mélancolie lui avait déjà posé quelques sérieux soucis de santé, espérons qu’elle ne l’a pas achevée.

Lire aussi :

 

COSTELLO Elvis, ‘Musique Infidèle & Encre Sympathique’.

Sortie : 2015, Chez : Fayard.

L’autobiographie de l’un des rockers britanniques les plus prolixes des quarante dernières années. Fils et petit-fils de musiciens, Elvis Costello (Declan Patrick MacManus de son vrai nom) est d’origine irlandaise, bien sûr, et a surfé sur la vague post-punk pour mettre sa vie en musique et en folie. Il a su digérer un incroyable micmac d’influences musicales qui lui ont été insufflées presque génétiquement par les générations de musiciens qui l’ont précédé : jazz, blues, rock, country, classique, et bien d’autres.

Eveillé au rock par la rébellion punk il a tout de suite canalisé cette énergie en l’intellectualisant grâce à une facilité d’écriture de textes percutants et ciselés, et de composition d’une musique du même acabit. Accompagnés de groupes successifs (The Attractions, The Imposters…) il a sorti un nombre incalculable de disques, une productivité digne de Zappa, et il reste probablement des centaines de morceaux en réserve…

Ayant finalement connu un succès assez rapide avec The Attractions, il raconte dans ce livre cette vie trépidante de la fin des années 70′ à courir les scènes rock du monde et les studios d’enregistrement pour y graver ses idées musicales aussi prolifiques que désordonnées. Une époque pressée, excessive, peuplées de découvertes sans fin. Un temps finalement à l’unisson de sa musique faite de chansons courtes et sèches, au son rugueux juste adouci par le clavier du fidèle Steve Nieve (un jeu de mot avec Naive).

Et puis Elvis s’est progressivement assagi et il a duré. Multipliant les collaborations avec de nombreux artistes, dont certains qu’il n’aurait jamais espéré rencontrer un jour et encore moins pour composer avec eux ou pour eux (Hank Williams, Van Morisson, Roy Orbinson, Paul McCartney, Jerry Lee Lewis, Chet Baker…), il s’est ouvert à toute la musique, y compris classique. Reconnu comme un auteur-compositeur hors norme et une Péronne qui compte dans la culture musicale contemporaine.

Sa vie sentimentale fut aussi « diversifiée » que ses influences, il épousa notamment la bassiste des Pogues (dans le genre punk-trash) et file maintenant le parfait amour depuis dix ans avec Diana Krall, subtile et délicate pianiste-chanteuse de jazz…

Ses textes parlent des choses de la musique et de la vie dans un style dynamique à l’humour tout britannique. 800 pages dédiées au destin musical de la famille MacManus, pleines de tendresse à l’égard de ses ancêtres dont le souvenir parcourt ses chansons. Veronica, composée avec McCartney, sur la maladie d’Alzheimer de sa grand-mère :

« Will you wake from your dream, with a wolf at the door
Reaching out for Veronica? »

Et lorsque son père et complice en musique décède il note qu’il va lui falloir du temps « pour accepter l’idée d’écrire des chansons que je ne pourrais jamais jouer pour mon père. L’observer tandis qu’il écoutait un disque était pour moi quelque chose d’irremplaçable. Il est des chagrins que la musique ne peut soigner. »

Après Keith Richard, Bruce Springsteen, Joe Jackson, Neil Young… Elvis Costello a sorti son autobiographie. Même si nombre d’entre eux sont toujours actifs, les rockers de cette génération commencent à tirer leur révérence. C’est un bienfait qu’ils écrivent ce que fut leurs vies et dévoilent ce processus créatif si mystérieux.

« Il n’existe pas de musique supérieure. Pas de haut ni de bas. Ce qui est merveilleux, c’est qu’on n’est même pas tenu de choisir : on peut tout aimer. Ces chansons sont là pour nous aider quand on en a la plus besoin. On peut tomber sur l’une d’elles à tout moment, bienfait émergeant du bruit dans n’importe quel bouge en sous-sol ».

TOLHURST Lol, ‘Cured – Two Imaginary Boys’.

L’autobiographie de Lol Tolhurst, batteur historique du groupe de légende The Cure : c’est l’histoire d’une bande de potes, adolescents à Crawley, une banlieue populaire au sud de Londres dans l’Angleterre dépressive de la fin des années 70′. En pleine explosion punk et pour lutter contre la morosité ambiante et la grisaille britannique, ils se réunissent sous l’égide de Robert Smith pour créer le son d’une génération.

Tolhurst démarra comme batteur et poursuivit aux claviers. Sérieusement alcoolique il sera finalement viré du groupe (en 1989) qui poursuivit sa route avant des retrouvailles pour une tournée revival en 2011 après qu’il eut réglé son addiction (d’où le titre « Cured »).

Ces mémoires reviennent sur la créativité de Robert Smith qui prit rapidement l’ascendant artistique sur ce groupe de copains musiciens. On est fasciné de se remémorer le parcours de ces gamins qui ont écrit « Boys don’t cry » ou « 10:15 Saturday night » à 18 ans, les ont répétés dans la cave de leurs parents puis déployés sur les plus grandes scènes de la planète. Au hasard des dérives des uns et des autres ils ont su garder cohésion et amitié depuis 40 années, fidèles à leur musique et à leur destin.

Après la violence révolutionnaire du mouvement punk, ils ont mené avec constance et brio ce qui a été alors appelé la cold wave, marquée par un penchant un peu tristoune accentué encore par la voix torturée et les textes de Robert Smith. Mais ce fut une mélancolie salvatrice pour nombre d’adolescents de l’époque et, aujourd’hui encore, The Cure continue à sortir des disque et tourner pour ces anciens teenagers qui continuent à vénérer ce groupe.

Lol Tolhurst n’est plus que rarement de la partie mais son livre se termine par sa victoire dans son combat contre l’alcoolisme et sa réconciliation avec le reste de la bande. Installé à Los Angeles avec sa femme et son fils il a retrouvé une vie apaisée qui lui a permis de revenir à la musique avec un groupe fondé avec son épouse. Une belle histoire de musique et de rédemption.

London Grammar – 2017/12/03 – Paris le Zénith


Deuxième disque, deuxième tournée de ce groupe britannique à la pop glacée et un peu lisse. La musique est portée par la voix puissante d’Hannah Reid et les compositions de ses deux acolytes. Le light-show est plutôt original, surréel, intergalactique, un peu « ET arrivant sur la planète-terre », il se coule bien dans cette musique mystérieuse créée par ces artistes si jeunes !

The Stranglers – 2017/11/25 – Paris la Cigale

Les Stranglers se promènent en France pour une dizaine de dates histoire de réjouir leurs fans. Rien de bien neuf sinon le plaisir de jouer pour des sexagénaires dont la discographie du groupe compose la bande-son des 40 dernières années. La même hargne, le même brio et toujours la même noirceur teintée désormais d’autodérision ; eh oui, les Stranglers rigolent sur scène maintenant et dialoguent avec leurs fans britanniques et français toujours fidèles aux rendez-vous parisiens de ce groupe qui fait maintenant partie de la famille.

BRMC – 2017/11/21 – Paris l’Elysée Montmartre

Un nouvel album des Black Rebel Motorcycle Club est annoncé pour le prochain mois de janvier et le groupe est déjà sur la route, ce soir dans un Elysée Montmartre rénové après l’incendie qui l‘a ravagé. Beau concert de ce trio blues-rock dont la batteuse Leah semble s’être remise de sa maladie qui avait été annoncée sur le site web du groupe. Un son bien gras, des réverbérations à n’en plus finir, des éclairages venant du fond de la scène et des fumées noyant l’atmosphère dans un flou qui sied à cette musique primale qui prend aux tripes.

Voir : Les Photos de Roberto

Kasabian – 2017/11/11 – Paris le Zénith

On avait laissé les Kasabian en 2005 après un concert au Trabendo, les revoilà dix-sept ans plus tard, autant dire qu’ils n’ont pas pris une ride : rock, mélodies entêtantes et énergie au programme. Une soirée des plus chaudes avec cette joyeuse bande de musiciens britanniques déjantés.

Le concert de ce soir fut pétillant, plein d’enthousiasme et de jeunesse de la part de ce groupe maintenant sur les routes depuis la fin des années 90’. Habillés tous en blanc, les sept gaillards s’en donnent à cœur joie et leur joie est plutôt irradiante : l’assistance danse et pogotte sur les rythmes très chauds, les verres de bière volent, le Zénith tressaute d’un seul homme, la température devient tropicale… La communauté britannique de Paris se croit à Twickenham et soutient les « blancs » comme s’ils étaient le Quinze de la Rose !

Les deux leaders Tom Meighan (chant) et Sergio Pizzorno (guitare) n’économisent pas leur énergie pour interpréter et animer la longue liste de hits qu’ils ont créés tout au long de ces années. Ils enchaînent les morceaux sans laisser refroidir la salle qui n’en demande pas tant.

Ce groupe est une usine à tubes, simples et énergisants. Une musique et une inspiration jubilatoires, si british. God save the Queen !

Setlist :  Ill Ray (The King)/ Bumblebeee/ Eez-Eh (Around the world outro)/ Underdog/ Shoot the Runner/ Days Are Forgotten (The Ecstasy of Gold by Ennio Morricone intro)/ You’re in Love With a Psycho/ Wasted/ Take Aim (The Doberman intro)/ Club Foot/ Re‐Wired/ Treat/ Empire/ Bless This Acid House/ Stevie/ L.S.F. (Lost Souls Forever)

Encore : Goodbye Kiss (acoustic)/ Comeback Kid/ Vlad the Impaler (with Noël Fielding)/ Fire

Warmup : Slaves

Angus & Julia Stone – 2017/11/01 – Paris le Zénith

Très beau et si doux concert d’Angus & Julia Stone ce soir à Paris : Julia vêtue en dentelles, jupe noire et haut crème, Angus sous une casquette de titi parisien, couvert d’une veste en cuir puis lorsque la chaleur monta d’un cran, d’un sweet informe, le cheveu hirsute, fleurant bon le bucheron australien. Tous deux jouent de leurs guitares la majorité du temps, chantant en duo de leurs voix mélodieuses, entourés de quatre musiciens (batterie, claviers, guitare et bass).

Les australiens déroulent toujours la même musique folk qui sent bon le feu de camp mais qui se sophistique légèrement les années passant. Leur dernier disque Snow est dans les bacs depuis quelques semaines, ils le jouent ce soir derrière un immense totem, sans doute en référence à la culture aborigène de leur ile-continent. Des images doucereuses sont projetées sur écran : des soleils couchants, des océans bleus et des forêts sans fin. Ce disque est de bonne facture, avec des voix un plus dynamiques que les précédents, souvent ajoutées en chœur sur celles de Julia et d’Angus toujours un peu langoureuses. C’est l’ambiance de cette soirée.

Ils restent tous deux touchants et délicats, déclinant leur show devant un public conquis. En écho à la chanson Baudelaire qui ouvre le concert, Julia récite par cœur et en français, de sa petite voix, Enivrez-vous du poète :

Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous !

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge ; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps,

Enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

Baudelaire

Elle rencontre un franc succès !

Evidemment, cette musique est empreinte de mélancolie et de rêve un peu triste, chacun y trouve matière à introspection comme il le sent mais tous se rassasient de la douceur immanente de ces notes qui se diffuse dans les âmes comme l’encens envahissait nos chambres d’adolescents d’antan. Quelques morceaux plus dynamiques font onduler l’assistance qui a plutôt tendance à illuminer ses téléphones mobiles pour représenter les étoiles de la galaxie Stone. Et d’ailleurs Harvest Moon de Neil Young nous est servi en rappel pour conclure cette soirée en apesanteur.

Setlist : Baudelaire/ Make It Out Alive/ Cellar Door/ Heart Beats Slow/ Chateau/ Wherever You Are/ Bloodhound/ Private Lawns/ Who Do You Think You Are/ Yellow Brick Road/ Enivrez-vous (poème “Enivrez-vous »)/ Nothing Else/ Big Jet Plane/ For You/ My House Your House/ Snow

Encore : Grizzly Bear/ Harvest Moon (Neil Young cover)/ A Heartbreak

Warmpup : Isaac Gracie

« Maria by Callas » à la Seine Musicale

La Seine Musicale, nouvelle espace culturel tourné vers la musique, installé sur l’Ile Seguin à l’emplacement des anciennes usines automobiles Renault, présente sa très belle exposition inaugurale : Maria by Callas. A l’aide d’un casque audio, les visiteurs circulent dans la vie et l’œuvre de la diva retracée par des photos, des textes, des vidéos et bien sûr des extraits musicaux.

Brillante et touchante, La Callas se révèle une véritable étoile du XXème siècle sur toutes les scènes de monde, chantant les plus beaux opéras du répertoire classique. Une vie entière dédiée à la musique comme une mission divine :

Chanter, pour moi, n’est pas seulement un acte d’orgueil, mais seulement une tentative d’élévation vers ces cieux où tout est harmonie.

Une vie de travail intense depuis l’enfance où sa mère avait décidé qu’elle serait cantatrice, une voix inoubliable qui a submergé d’émotion les plus insensibles ; elle se sait investie d’un devoir de servir le génie créateur de tous ces compositeurs qu’elle a magnifiés. Mais aussi l’existence tellement humaine de cette femme grecque née à New York, ballotée d’une mère exigeante à une vie sentimentale pas toujours apaisée. Au hasard d’interviews télévisées elle parle de la musique, beaucoup, et d’elle, un peu :

…après tout, qu’est-ce qu’une légende ? C’est le public qui fait ce que je suis. Qu’est-ce qu’une légende ? Je me trouve très humaine.

Chaque spectacle est un défi qu’elle se lance ; pour être à la hauteur des attentes de son public et de son talent elle s’en remet à son travail et… à Dieu :

Quand je chante, même si je parais tranquille, je me tourmente de la peur insoutenable de ne pas réussir à donner le meilleur de moi-même. Notre voix est un instrument mystérieux qui nous réserve souvent de tristes surprises, et il ne nous reste qu’à nous confier au Seigneur avant chaque spectacle, et lui dire humblement « nous sommes entre vos mains ».

Il faudrait des heures pour épuiser tous les extraits musicaux mis à disposition des visiteurs pérégrins : Mme. Butterfly, La Norma, La Tosca…, découvrir les différentes étapes de sa carrière, ses départs et ses retours, ses tournées d’adieu, ses master-classes puis son exil, ultime, avenue Georges-Mandel à Paris où elle décèdera prématurément à 53 ans.

Une très intéressante exposition sur le talent et la personnalité de cette artiste si émouvante !

St. Vincent – 2017/10/24 – Paris le Trianon

Flamboyant concert ce soir eu Trianon de St. Vincent : artiste américaine, guitariste habile, chanteuse habitée, auteure-compositrice inspirée. On avait entendu parler d’elle à l’occasion de sa remarquable performance en tant que guitariste chanteuse accompagnant David Byrne ex-Talking-Heads sur une tournée qui reprenait des standards des Heads. Elle allait si bien avec la tête chercheuse Byrne ! Deux sympathiques monstres à la créativité sans bornes qui jouaient les morceaux qui nous ont fait danser dans les 80’, il y eut une tournée et de nombreuses vidéos heureusement disponibles sur Youtube pour ceux qui n’ont pas vu les concerts.

St. Vincent chante et joue seule ce soir, mais vraiment seule. La première partie est constituée de la projection d’un film réalisé par Annie Clark de son vrai nom, Birthday Party, une histoire burlesque et tragique aux couleurs acidulées. Puis les lumières s’éteignent et la scène apparaît avec un lourd rideau rouge en demi arc de cercle. Annie apparaît alors en body et bottes à jambières fuchsia, dans le coin gauche, guitare en bandoulière. Elle joue d’anciens morceaux et se déplace progressivement sur la gauche à chaque chanson, le rideau s’ouvrant ainsi progressivement.

La deuxième partie du show est dédié au dernier album Masseduction qu’elle joue intégralement sur une estrade placée au milieu de la scène. C’est là que l’on se rend compte qu’elle n’a pas de groupe ; elle joue de la guitare et chante sur des bandes orchestrées pendant que sont diffusés les clips originaux de ses chansons. Les couleurs sont flashy et poppy, même les couleurs de ses guitares, dont elle change à chaque morceau, sont assorties à cet enchantement visuel.

Evidemment l’attention du spectateur est captée par ce show visuel autant que par la musique, mais notre héroïne jour de la guitare avec brio, chante avec facilité et orchestre cet ensemble avec harmonie. Le concert est une suite de pièces musicales tranchantes, aux accents répétitifs et aux mélodies robotiques. C’est d’ailleurs plus qu’un concert mais une sorte de tableau de Keith Haring animé et sonorisé !

Black saint, sinner lady/ Playin’ knock-off soul/ A punk rock romantic/ Slumped on the kitchen floor/ Nuns in stress positions/ Smokin’ Marlboros/ Lolita is weeping/ « The bride is beautiful


Masseduction/ Masseduction/ I can’t turn off what turns me on/ Masseduction/ I can’t turn off what turns me on/ Masseduction/ I hold you like a weapon/ Mass destruction/ I don’t turn off what turns me on

St. Vincent est définitivement originale et contemporaine, elle délivre un spectacle complet et fascinant ; quelle imagination, quelle créativité !

Setlist

Les photos de Roberto

Brithand Party (film) : Marry Me/ Now, Now/ The Strangers/ Actor Out of Work/ Cruel/ Cheerleader/ Strange Mercy/ Digital Witness/ Rattlesnake/ Birth in Reverse/

MASSEDUCTION : Hang on Me/ Pills/ Masseduction/ Sugarboy/ Los Ageless/ Happy Birthday, Johnny/ Savior/ New York/ Fear the Future/ Young Lover/ Dancing With a Ghost/ Slow Disco/ Smoking Section lo

The Rolling Stones – 2017/10/22 – Nanterre U Arena

 

 

Les Rolling Stones jouent trois concerts pour inaugurer le nouveau stade de Nanterre « U-Arena », destinés semble-t-il au rugby. Le citoyen contribuable se demande quand même s’il était bien nécessaire de construire encore une nouvelle gigantesque infrastructure destinée au Dieu ballon, qui restera sans doute vide la plupart du temps, comme celle qui existent déjà. Au moins donne-t-elle lieu à ces shows des Dieux Rolling Stones, le contribuable paiera la note plus tard, ce soir il a réglé son ticket d’entrée à un prix plutôt stratosphérique, c’est une bonne préparation, merci Mick…

Le concert est joyeux, sans trop de surprises mais plein de bonheur. Il y a quatre écrans gigantesque hauts de 15 mètres qui vont diffuser les images du groupe sans filtre durant tout le concert et affichent le jaune du logo No Filter pendant que les 40 000 spectateurs d’installent. A l’extinction des lumières le groupe Cage The Elephant assure une première partie plutôt énergique. Puis les Stones entrent sur Jumpin’ Jack Flash et enchaînent sur It’s Only Rock ‘n’ Roll : le public exulte. Ce n’est d’ailleurs pas très compliqué d’enthousiasmer un stade de fans stoniens… la recette est grosso-modo la même et fonctionne si bien depuis 40 ans : If I could win ya, if I could sing ya/ A love song so divine/ Would it be enough for your cheating heart/ If I broke down and cried?/ If I cried?/ I said I know it’s only rock ‘n’ roll but I like it/ I know it’s only rock ‘n’ roll but I like it, like it, yes, I do/ Oh, well, I like it, I like it, I like it…

Le son est puissant, les rockers en costumes aux couleurs chamarrées affichent une bonne humeur inébranlable, chacun assure sa partie avec brio et un professionnalisme de vieux routier, Mick se déhanche en demandant au public : « Vous kiffez ? », le paquebot des Rolling Stones continue sa route imperturbable sur la marée humaine de ses fans multigénérationnels, poussé par les moteurs infatigables d’une inspiration bluesy et d’un sens du show qui n’ont pas fini de trotter dans nos âmes sur le retour.

La set-list n’est qu’un catalogue sans fin de hits mondiaux qui déclenchent chacun souvenirs, références et volupté ; ce ne sont plus des madeleines de Proust mais des orgies de plaisir ! La déambulation se poursuit dans les classiques du groupe, de Jumpin’ Jack Flash à Brown Sugar, la chanson votée par le public est Angie, le final se fait sur Satisfaction et un mini feu d’artifice clôture 2h1/4 du énième concert des Rolling Stones.

Les hallebardes qui pleuvent à la sortie ne suffisent pas à éteindre le feu qui brûlent dans nos cœurs. On ne perd jamais son temps en passant une soirée avec les anglais là.

Setlist : Jumpin’ Jack Flash/ It’s Only Rock ‘n’ Roll (But I Like It)/ Tumbling Dice/ Hate to See You Go (Little Walter cover)/ Ride ‘Em on Down (Jimmy Reed cover)/ Dancing With Mr. D/ Angie (by request)/ You Can’t Always Get What You Want/ Paint It Black/ Honky Tonk Women (followed by band introductions)/ Happy (Keith Richards on lead vocals)/ Slipping Away (Keith Richards on lead vocals)/ Miss You/ Midnight Rambler/ Street Fighting Man/ Start Me Up/ Sympathy for the Devil/ Brown Sugar

Encore : Gimme Shelter/ (I Can’t Get No) Satisfaction

Warmup : Cage The Elephant

Yasmine Hamdan – 2017/10/10 – Paris le Trianon

Très beau concert ce soir de Yasmine Hamdan, artiste libanaise multilatérale et voyageuse, née à Beyrouth au cœur de la terrible guerre civile, produisant un rock sombre et mystérieux, teinté de parfum d’Orient. Déjà sur les routes de la création depuis plusieurs années, elle a créé le groupe Sopakills avec un garçon beyrouthin comme elle, un duo original trip-hop-électro définitivement décalé dans l’environnement local et qui a lancé sa carrière de compositrice dans l’environnement traumatique de ce pays qui se remettait difficilement de la barbarie.

Après la dissolution du groupe elle poursuivit une carrière solo inspirée par notre vaste planète et les différents endroits où elle y vécut. Mais c’est surtout le Moyen-Orient qui la fascine et la modèle. Ses maîtres sont légion mais elle trace son propre sillon, celui de l’underground arabe sur son territoire de prédilection autour de la Méditerranée.

Elle se présente ce soir avec un groupe de trois musiciens (guitare, clavier et batterie) et ils déclinent ensemble une musique moderne, originale et envoutante. Yasmine, belle et généreuse, alterne entre un micro en fond de salle par lequel sa voix est traitée électroniquement et celui du front de scène qui la restitue au naturel. Entre les deux, elle va avec élégance, elle danse, elle déambule, elle se déhanche et nous invite au relâchement contrôlé. Plutôt distante vis-à-vis du public elle diffuse pourtant une présence palpable.

Les partitions de guitares sont lancinantes et répétitives pour enrober cette voix superbe qui dit des mots français, anglais ou arabes, dans cette langue rugueuse et poétique (les traductions anglaises sont disponibles sur www.yasminehamdan.com/en).

Son dernier disque s’appelle Al Jamilat en référence au poème de Mahmoud Darwish qu’elle met en musique et interprète sur scène avec brio :

Beauties are beautiful « The tattoos of the ‘violin’ around the waist ».

The beauties are vulnerable « A throne without memory ».

The beauties are the strong ones « A desperation that shines but does not burn ».

The beauties are princesses « Mistresses of an anxious revelation »…

Yasmine Hamdan est aussi actrice et compose des musiques pour le cinéma et le théâtre. Une vraie et belle découverte artistique que ce concert du Trianon !