Baxter Dury – 2018/05/17 – Paris le Casino de Paris


Baxter Dury de retour avec un nouvel enregistrement : Prince of Tears, se produit ce soir au Casino de Paris. Un concert indispensable pour l’incontournable britannique accompagné d’un groupe efficace, jeune et sympathique. Entouré de deux femmes voix et claviers sur le front de scène, Baxter délivre un rock enlevé, parfois mélancolique mais original. Ca pulse élégamment, parfois chanté parfois parlé, l’homme passe du micro au piano et à la bibine avec un égal bonheur ! Découvert au début années 2000 il confirme une belle inspiration disque après disque, et délivre toujours de belles performances sur scène.

Cats on Trees – 2018/05/16 – Paris la Cigale


Concert parisien de ce sympathique duo français Cats on Trees pour la sortie de leur deuxième disque : Neon. Une pop légère et adolescente jouée avec engagement par Nina (voix et piano) et Yohan (batterie), accompagnés sur scène par un trio féminin de cordes : violoncelle, violon & bass, violon, ces trois grâces assurant également les chœurs. C’est doux et agréable. Ils rencontrent un franc succès de la part d’un public conquis par ces toulousains montés à la capitale.

Gibson en faillite


Le fabricant de guitares Gibson a déposé son bilan, mais avec un plan de continuation d’activité. Gageons que les créanciers de cette société consentiront à quelques sacrifices pour sauver cette marque mythique, utilisée par les plus grands !

Arcade Fire – 2018/04/28 – Paris Bercy


Concert enthousiasmant d’Arcade Fire à Bercy pour la présentation de leur dernier disque : Everything Now, le groupe a joué sur un ring de boxe installé au milieu de la fosse, surmonté de quatre écrans installés en carré. Traversant et retraversant la foule, les Arcade Fire ont joué plus de deux heures accueillant au hasard de la setlit quelques invités : trois danseuses haïtiennes, un musicien camerounais et sa mini flûte, un percussionniste et l’incroyable groupe de jazz qui fit la première partie, Preservation Hall Jazz Band. Tout ce petit monde se retrouva sur scène pour le rappel, quitta ensuite la salle en une longue procession pour se retrouver… boulevard de Bercy où la quinzaine de musiciens ont continué le show dans la rue devant des spectateurs éberlués.

Malgré le gigantisme de la salle due au statut désormais planétaire du groupe, l’expérience d’un concert des Arcade Fire reste toujours marquante et, au-delà des falbalas et des fioritures, leur musique est un chef d’œuvre d’enthousiasme et de bonheur.

Setlist : A Fifth of Beethoven (Walter Murphy song)/ Everything Now (Continued) (instrumental version with boxing intro)/ Everything Now (with Patrick Bebey)/ Rebellion (Lies)/ Here Comes the Night Time (with Patrick Bebey) (Haitian dancers on stage)/ Haïti (with Patrick Bebey) (Haitian dancers on stage)/ No Cars Go/ Electric Blue/ Put Your Money on Me/ Neon Bible/ My Body Is a Cage/ Neighborhood #1 (Tunnels)/ The Suburbs/ The Suburbs (Continued)/ Ready to Start (Damian Taylor Remix outro)/ Sprawl II (Mountains Beyond Mountains)/ Reflektor/ Afterlife/ Creature Comfort/ Neighborhood #3 (Power Out) (with ‘I Give You Power’ snippet)
Encore : We Don’t Deserve Love/ The Coffee Cola Song (Francis Bebey cover) (with Patrick Bebey)/ Everything Now (Continued) (with Patrick Bebey) (with Preservation Hall Jazz Band)/ Wake Up (with Patrick Bebey) (with Preservation Hall Jazz… more )

Warmup : Preservation Hall Jazz Band

Holly Miranda – 2018/04/24 – Paris le Point Ephémère

Holly Miranda, compositrice-guitariste-chanteuse américaine passe au Point Ephémère ce soir. Il n’y a qu’une vingtaine de personnes dans la salle, c’est un peu triste pour elle. Elle joue avec un batteur et une saxophoniste, le matériel est un peu délabré, les musiciens ont sans doute le moral dans les chaussettes, « ce n’est pas un moment idéal » susurre Holly en accordant sa guitare, mais ils nous donnent un joli petit concert sans trop d’entrain.

La première partie est assurée par le groupe australien électro-jeune Leyya plutôt inspiré et allant.

Décès de Dolores O’Riordan


La chanteuse-guitariste-auteure-compositrice irlandaise Dolores O’Riordan, leader du groupe The Cranberries est décédée brutalement il y a quelques jours dans un hôtel londonien, a priori d’une overdose de Fentanyl, un analgésique opioïde qui a déjà tué Prince et Michael Jackson. Elle avait 46 ans.

Les Cranberries furent un groupe des années 1980/90, aux mélodies tristounettes menées par la voix un peu désespérée de Dolores qui a infusé son spleen dans sa musique. Mais cette musique était belle, un peu dans la veine de celle des Cure pour les adolescents neurasthéniques de la génération suivante. Le groupe s’est séparé, le temps d’une ou deux tournées solos de Dolores, avant de se reformer dans les années 2000, ce qui n’était pas indispensable.

Les quatre premiers disques des Cranberries restent dans nos cœurs. On ne sait pas bien si la mort de Dolores est volontaire ou non, elle va de toute façon nous manquer et personne ne pouvait lui souhaiter un sort pareil. Sa mélancolie lui avait déjà posé quelques sérieux soucis de santé, espérons qu’elle ne l’a pas achevée.

Lire aussi :

 

COSTELLO Elvis, ‘Musique Infidèle & Encre Sympathique’.

Sortie : 2015, Chez : Fayard.

L’autobiographie de l’un des rockers britanniques les plus prolixes des quarante dernières années. Fils et petit-fils de musiciens, Elvis Costello (Declan Patrick MacManus de son vrai nom) est d’origine irlandaise, bien sûr, et a surfé sur la vague post-punk pour mettre sa vie en musique et en folie. Il a su digérer un incroyable micmac d’influences musicales qui lui ont été insufflées presque génétiquement par les générations de musiciens qui l’ont précédé : jazz, blues, rock, country, classique, et bien d’autres.

Eveillé au rock par la rébellion punk il a tout de suite canalisé cette énergie en l’intellectualisant grâce à une facilité d’écriture de textes percutants et ciselés, et de composition d’une musique du même acabit. Accompagnés de groupes successifs (The Attractions, The Imposters…) il a sorti un nombre incalculable de disques, une productivité digne de Zappa, et il reste probablement des centaines de morceaux en réserve…

Ayant finalement connu un succès assez rapide avec The Attractions, il raconte dans ce livre cette vie trépidante de la fin des années 70′ à courir les scènes rock du monde et les studios d’enregistrement pour y graver ses idées musicales aussi prolifiques que désordonnées. Une époque pressée, excessive, peuplées de découvertes sans fin. Un temps finalement à l’unisson de sa musique faite de chansons courtes et sèches, au son rugueux juste adouci par le clavier du fidèle Steve Nieve (un jeu de mot avec Naive).

Et puis Elvis s’est progressivement assagi et il a duré. Multipliant les collaborations avec de nombreux artistes, dont certains qu’il n’aurait jamais espéré rencontrer un jour et encore moins pour composer avec eux ou pour eux (Hank Williams, Van Morisson, Roy Orbinson, Paul McCartney, Jerry Lee Lewis, Chet Baker…), il s’est ouvert à toute la musique, y compris classique. Reconnu comme un auteur-compositeur hors norme et une Péronne qui compte dans la culture musicale contemporaine.

Sa vie sentimentale fut aussi « diversifiée » que ses influences, il épousa notamment la bassiste des Pogues (dans le genre punk-trash) et file maintenant le parfait amour depuis dix ans avec Diana Krall, subtile et délicate pianiste-chanteuse de jazz…

Ses textes parlent des choses de la musique et de la vie dans un style dynamique à l’humour tout britannique. 800 pages dédiées au destin musical de la famille MacManus, pleines de tendresse à l’égard de ses ancêtres dont le souvenir parcourt ses chansons. Veronica, composée avec McCartney, sur la maladie d’Alzheimer de sa grand-mère :

« Will you wake from your dream, with a wolf at the door
Reaching out for Veronica? »

Et lorsque son père et complice en musique décède il note qu’il va lui falloir du temps « pour accepter l’idée d’écrire des chansons que je ne pourrais jamais jouer pour mon père. L’observer tandis qu’il écoutait un disque était pour moi quelque chose d’irremplaçable. Il est des chagrins que la musique ne peut soigner. »

Après Keith Richard, Bruce Springsteen, Joe Jackson, Neil Young… Elvis Costello a sorti son autobiographie. Même si nombre d’entre eux sont toujours actifs, les rockers de cette génération commencent à tirer leur révérence. C’est un bienfait qu’ils écrivent ce que fut leurs vies et dévoilent ce processus créatif si mystérieux.

« Il n’existe pas de musique supérieure. Pas de haut ni de bas. Ce qui est merveilleux, c’est qu’on n’est même pas tenu de choisir : on peut tout aimer. Ces chansons sont là pour nous aider quand on en a la plus besoin. On peut tomber sur l’une d’elles à tout moment, bienfait émergeant du bruit dans n’importe quel bouge en sous-sol ».

TOLHURST Lol, ‘Cured – Two Imaginary Boys’.

L’autobiographie de Lol Tolhurst, batteur historique du groupe de légende The Cure : c’est l’histoire d’une bande de potes, adolescents à Crawley, une banlieue populaire au sud de Londres dans l’Angleterre dépressive de la fin des années 70′. En pleine explosion punk et pour lutter contre la morosité ambiante et la grisaille britannique, ils se réunissent sous l’égide de Robert Smith pour créer le son d’une génération.

Tolhurst démarra comme batteur et poursuivit aux claviers. Sérieusement alcoolique il sera finalement viré du groupe (en 1989) qui poursuivit sa route avant des retrouvailles pour une tournée revival en 2011 après qu’il eut réglé son addiction (d’où le titre « Cured »).

Ces mémoires reviennent sur la créativité de Robert Smith qui prit rapidement l’ascendant artistique sur ce groupe de copains musiciens. On est fasciné de se remémorer le parcours de ces gamins qui ont écrit « Boys don’t cry » ou « 10:15 Saturday night » à 18 ans, les ont répétés dans la cave de leurs parents puis déployés sur les plus grandes scènes de la planète. Au hasard des dérives des uns et des autres ils ont su garder cohésion et amitié depuis 40 années, fidèles à leur musique et à leur destin.

Après la violence révolutionnaire du mouvement punk, ils ont mené avec constance et brio ce qui a été alors appelé la cold wave, marquée par un penchant un peu tristoune accentué encore par la voix torturée et les textes de Robert Smith. Mais ce fut une mélancolie salvatrice pour nombre d’adolescents de l’époque et, aujourd’hui encore, The Cure continue à sortir des disque et tourner pour ces anciens teenagers qui continuent à vénérer ce groupe.

Lol Tolhurst n’est plus que rarement de la partie mais son livre se termine par sa victoire dans son combat contre l’alcoolisme et sa réconciliation avec le reste de la bande. Installé à Los Angeles avec sa femme et son fils il a retrouvé une vie apaisée qui lui a permis de revenir à la musique avec un groupe fondé avec son épouse. Une belle histoire de musique et de rédemption.

London Grammar – 2017/12/03 – Paris le Zénith


Deuxième disque, deuxième tournée de ce groupe britannique à la pop glacée et un peu lisse. La musique est portée par la voix puissante d’Hannah Reid et les compositions de ses deux acolytes. Le light-show est plutôt original, surréel, intergalactique, un peu « ET arrivant sur la planète-terre », il se coule bien dans cette musique mystérieuse créée par ces artistes si jeunes !

The Stranglers – 2017/11/25 – Paris la Cigale

Les Stranglers se promènent en France pour une dizaine de dates histoire de réjouir leurs fans. Rien de bien neuf sinon le plaisir de jouer pour des sexagénaires dont la discographie du groupe compose la bande-son des 40 dernières années. La même hargne, le même brio et toujours la même noirceur teintée désormais d’autodérision ; eh oui, les Stranglers rigolent sur scène maintenant et dialoguent avec leurs fans britanniques et français toujours fidèles aux rendez-vous parisiens de ce groupe qui fait maintenant partie de la famille.

BRMC – 2017/11/21 – Paris l’Elysée Montmartre

Un nouvel album des Black Rebel Motorcycle Club est annoncé pour le prochain mois de janvier et le groupe est déjà sur la route, ce soir dans un Elysée Montmartre rénové après l’incendie qui l‘a ravagé. Beau concert de ce trio blues-rock dont la batteuse Leah semble s’être remise de sa maladie qui avait été annoncée sur le site web du groupe. Un son bien gras, des réverbérations à n’en plus finir, des éclairages venant du fond de la scène et des fumées noyant l’atmosphère dans un flou qui sied à cette musique primale qui prend aux tripes.

Voir : Les Photos de Roberto

Kasabian – 2017/11/11 – Paris le Zénith


Réjouissant concert de Kasabian ce soir à Paris : un rock plein d’enthousiasme et de jeunesse de ce groupe britannique maintenant sur les routes depuis la fin des années 90’. Habillés tous en blanc, les sept gaillards s’en donnent à cœur joie et leur joie est plutôt du genre communicative : l’assistance danse et pogotte sur les rythmes très chauds, les verres de bière volent, le Zénith tressaute d’un seul homme, la température devient tropicale… Une musique et une inspiration toute britanniques !

Angus & Julia Stone – 2017/11/01 – Paris le Zénith

Très beau et si doux concert d’Angus & Julia Stone ce soir à Paris. Les australiens déroulent toujours leur musique folk qui sent bon le feu de camp et qui se sophistique les années passant. Leur dernier disque Snow est dans les bacs depuis quelques semaines, ils le jouent ce soir derrière un totem et de langoureuses images de soleil couchant, d’océan bleu ou de forêts sans fin. Il est de bonne facture, avec des voix plus dynamiques, souvent ajoutées en chœur sur celles de Julia et d’Angus toujours un peu langoureuses. Sur scène l’ensemble des musiciens accompagnent vocalement la fratrie lorsqu’elle joue les morceaux récents.

Tous les deux sont toujours aussi touchants et délicats ; déclinant leur musique un peu mélancolique devant un public conquis. En écho à la chanson Baudelaire qui ouvre le show, Julia récite en français, de sa petite voix, Ennivrez-vous du poète :

Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps,

enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

Elle rencontre un franc succès!

Warmpup : Isaac Gracie

Setlist : Baudelaire/ Make It Out Alive/ Cellar Door/ Heart Beats Slow/ Chateau/ Wherever You Are/ Bloodhound/ Private Lawns/ Who Do You Think You Are/ Yellow Brick Road/ Enivrez-vous (poème “Enivrez-vous »)/ Nothing Else/ Big Jet Plane/ For You/ My House Your House/ Snow

Encore : Grizzly Bear/ Harvest Moon (Neil Young cover)/ A Heartbreak

« Maria by Callas » à la Seine Musicale

La Seine Musicale, nouvelle espace culturel tourné vers la musique, installé sur l’Ile Seguin à l’emplacement des anciennes usines automobiles Renault, présente sa très belle exposition inaugurale : Maria by Callas. A l’aide d’un casque audio, les visiteurs circulent dans la vie et l’œuvre de la diva retracée par des photos, des textes, des vidéos et bien sûr des extraits musicaux.

Brillante et touchante, La Callas se révèle une véritable étoile du XXème siècle sur toutes les scènes de monde, chantant les plus beaux opéras du répertoire classique. Une vie entière dédiée à la musique comme une mission divine :

Chanter, pour moi, n’est pas seulement un acte d’orgueil, mais seulement une tentative d’élévation vers ces cieux où tout est harmonie.

Une vie de travail intense depuis l’enfance où sa mère avait décidé qu’elle serait cantatrice, une voix inoubliable qui a submergé d’émotion les plus insensibles ; elle se sait investie d’un devoir de servir le génie créateur de tous ces compositeurs qu’elle a magnifiés. Mais aussi l’existence tellement humaine de cette femme grecque née à New York, ballotée d’une mère exigeante à une vie sentimentale pas toujours apaisée. Au hasard d’interviews télévisées elle parle de la musique, beaucoup, et d’elle, un peu :

…après tout, qu’est-ce qu’une légende ? C’est le public qui fait ce que je suis. Qu’est-ce qu’une légende ? Je me trouve très humaine.

Chaque spectacle est un défi qu’elle se lance ; pour être à la hauteur des attentes de son public et de son talent elle s’en remet à son travail et… à Dieu :

Quand je chante, même si je parais tranquille, je me tourmente de la peur insoutenable de ne pas réussir à donner le meilleur de moi-même. Notre voix est un instrument mystérieux qui nous réserve souvent de tristes surprises, et il ne nous reste qu’à nous confier au Seigneur avant chaque spectacle, et lui dire humblement « nous sommes entre vos mains ».

Il faudrait des heures pour épuiser tous les extraits musicaux mis à disposition des visiteurs pérégrins : Mme. Butterfly, La Norma, La Tosca…, découvrir les différentes étapes de sa carrière, ses départs et ses retours, ses tournées d’adieu, ses master-classes puis son exil, ultime, avenue Georges-Mandel à Paris où elle décèdera prématurément à 53 ans.

Une très intéressante exposition sur le talent et la personnalité de cette artiste si émouvante !

St. Vincent – 2017/12/24 – Paris le Trianon

Incroyable concert de St. Vincent au Trianon ce soir : artiste américaine, guitariste habile, chanteuse habitée, auteure-compositrice inspirée. Elle chante et joue seule ce soir, sur des bandes électro et devant une mise en scène originale, contemporaine, pleine de couleurs acidulées. La première partie est constituée de la projection d’un film réalisé par Annie Clark de son vrai nom, Birthday Party, une histoire burlesque et tragique. Le concert est une suite de pièces musicales tranchantes, aux accents répétitifs et aux mélodies robotiques. Quelle imagination, quelle créativité !

Les photos de Roberto

The Rolling Stones – 2017/10/22 – Nanterre U Arena

 

 

Les Rolling Stones jouent trois concerts pour inaugurer le nouveau stade de Nanterre « U-Arena », destinés semble-t-il au rugby. Le citoyen contribuable se demande quand même s’il était bien nécessaire de construire encore une nouvelle gigantesque infrastructure destinée au Dieu ballon, qui restera sans doute vide la plupart du temps, comme celle qui existent déjà. Au moins donne-t-elle lieu à ces shows des Dieux Rolling Stones, le contribuable paiera la note plus tard, ce soir il a réglé son ticket d’entrée à un prix plutôt stratosphérique, c’est une bonne préparation, merci Mick…

Le concert est joyeux, sans trop de surprises mais plein de bonheur. Il y a quatre écrans gigantesque hauts de 15 mètres qui vont diffuser les images du groupe sans filtre durant tout le concert et affichent le jaune du logo No Filter pendant que les 40 000 spectateurs d’installent. A l’extinction des lumières le groupe Cage The Elephant assure une première partie plutôt énergique. Puis les Stones entrent sur Jumpin’ Jack Flash et enchaînent sur It’s Only Rock ‘n’ Roll : le public exulte. Ce n’est d’ailleurs pas très compliqué d’enthousiasmer un stade de fans stoniens… la recette est grosso-modo la même et fonctionne si bien depuis 40 ans : If I could win ya, if I could sing ya/ A love song so divine/ Would it be enough for your cheating heart/ If I broke down and cried?/ If I cried?/ I said I know it’s only rock ‘n’ roll but I like it/ I know it’s only rock ‘n’ roll but I like it, like it, yes, I do/ Oh, well, I like it, I like it, I like it…

Le son est puissant, les rockers en costumes aux couleurs chamarrées affichent une bonne humeur inébranlable, chacun assure sa partie avec brio et un professionnalisme de vieux routier, Mick se déhanche en demandant au public : « Vous kiffez ? », le paquebot des Rolling Stones continue sa route imperturbable sur la marée humaine de ses fans multigénérationnels, poussé par les moteurs infatigables d’une inspiration bluesy et d’un sens du show qui n’ont pas fini de trotter dans nos âmes sur le retour.

La set-list n’est qu’un catalogue sans fin de hits mondiaux qui déclenchent chacun souvenirs, références et volupté ; ce ne sont plus des madeleines de Proust mais des orgies de plaisir ! La déambulation se poursuit dans les classiques du groupe, de Jumpin’ Jack Flash à Brown Sugar, la chanson votée par le public est Angie, le final se fait sur Satisfaction et un mini feu d’artifice clôture 2h1/4 du énième concert des Rolling Stones.

Les hallebardes qui pleuvent à la sortie ne suffisent pas à éteindre le feu qui brûlent dans nos cœurs. On ne perd jamais son temps en passant une soirée avec les anglais là.

Setlist : Jumpin’ Jack Flash/ It’s Only Rock ‘n’ Roll (But I Like It)/ Tumbling Dice/ Hate to See You Go (Little Walter cover)/ Ride ‘Em on Down (Jimmy Reed cover)/ Dancing With Mr. D/ Angie (by request)/ You Can’t Always Get What You Want/ Paint It Black/ Honky Tonk Women (followed by band introductions)/ Happy (Keith Richards on lead vocals)/ Slipping Away (Keith Richards on lead vocals)/ Miss You/ Midnight Rambler/ Street Fighting Man/ Start Me Up/ Sympathy for the Devil/ Brown Sugar

Encore : Gimme Shelter/ (I Can’t Get No) Satisfaction

Warmup : Cage The Elephant

Yasmine Hamdan – 2017/10/10 – Paris le Trianon

Très beau concert ce soir de Yasmine Hamdan, artiste libanaise multilatérale et voyageuse, née à Beyrouth au cœur de la terrible guerre civile, produisant un rock sombre et mystérieux, teinté de parfum d’Orient. Déjà sur les routes de la création depuis plusieurs années, elle a créé le groupe Sopakills avec un garçon beyrouthin comme elle, un duo original trip-hop-électro définitivement décalé dans l’environnement local et qui a lancé sa carrière de compositrice dans l’environnement traumatique de ce pays qui se remettait difficilement de la barbarie.

Après la dissolution du groupe elle poursuivit une carrière solo inspirée par notre vaste planète et les différents endroits où elle y vécut. Mais c’est surtout le Moyen-Orient qui la fascine et la modèle. Ses maîtres sont légion mais elle trace son propre sillon, celui de l’underground arabe sur son territoire de prédilection autour de la Méditerranée.

Elle se présente ce soir avec un groupe de trois musiciens (guitare, clavier et batterie) et ils déclinent ensemble une musique moderne, originale et envoutante. Yasmine, belle et généreuse, alterne entre un micro en fond de salle par lequel sa voix est traitée électroniquement et celui du front de scène qui la restitue au naturel. Entre les deux, elle va avec élégance, elle danse, elle déambule, elle se déhanche et nous invite au relâchement contrôlé. Plutôt distante vis-à-vis du public elle diffuse pourtant une présence palpable.

Les partitions de guitares sont lancinantes et répétitives pour enrober cette voix superbe qui dit des mots français, anglais ou arabes, dans cette langue rugueuse et poétique (les traductions anglaises sont disponibles sur www.yasminehamdan.com/en).

Son dernier disque s’appelle Al Jamilat en référence au poème de Mahmoud Darwish qu’elle met en musique et interprète sur scène avec brio :

Beauties are beautiful « The tattoos of the ‘violin’ around the waist ».

The beauties are vulnerable « A throne without memory ».

The beauties are the strong ones « A desperation that shines but does not burn ».

The beauties are princesses « Mistresses of an anxious revelation »…

Yasmine Hamdan est aussi actrice et compose des musiques pour le cinéma et le théâtre. Une vraie et belle découverte artistique que ce concert du Trianon !

Nick Cave & the Bad Seeds – 2017/10/03 – Paris le Zénith


 

Tragique, forcément tragique !

Sublime, évidement sublime ce concert de Nick Cave & The Bad Seeds, beau, profond et puissant, après la sortie de leur dernier disque Skeleton Tree et du film documentaire One more time with feeling, tourné sur l’enregistrement de cette œuvre magistrale au cours de laquelle son fils Arthur, 15 ans, est mort en tombant d’une falaise de Brighton sous l’emprise de LSD, dans un remake du final de Quadrophonia des Who.

Le film, émouvant, était déjà un sombre voyage autour de l’enregistrement du disque. Le drame n’y était évoqué que tout à la fin bien que présent partout. La tournée est la suite de cette introspection dans la perte et le chagrin.

L’homme est toujours extérieurement le même, grande tige habillée d’un costume noir brillant sur une chemise blanche, sa masse de cheveux tout aussi noirs, rejetée en arrière dans le cou, il se déplace à grandes enjambées sur la scène, micro en main, avec quelques incursions au piano. Warren Ellis, son frère d’armes depuis si longtemps, est fidèle au poste, sur la droite de la scène, en costume et longue barbe grise, entre guitares et violon, jouant de ce dernier souvent dos au public mais avec flamboyance, jetant son archer en l’air pour finir ses morceaux. Musicien et compositeur il mène une vie artistique également en dehors des Bad Seeds mais retrouve toujours son complice avec bonheur pour les étapes de son parcours exceptionnel. Le reste du groupe assure avec retenue et efficacité le soutien à ce show dirigé par le fiévreux Nick Cave.

La voix de l’artiste s’est embellie avec le temps, profonde, caverneuse, elle se pose magnifiquement sur ses textes exprimés dans un chanter-parler qui est devenu sa marque de fabrique. Sa musique s’est éthérée, ses textes devenus plus mystiques, c’est la transformation d’un artiste confronté au temps qui passe. Aujourd’hui Nick Cave se rapproche de son public comme jamais, dans une espèce de carthasis pour expurger ce terrible quotidien. Sur l’incroyable Higgs Boson Blues il raconte cette balade à travers Genève où s’entremêlent Robert Johnson et sa guitare à dix dollars (l’un des premiers créateurs-inspirateurs de ce qu’est devenu le blues), Lucifer, la femme aimée et le fameux boson de Higgs, cette particule élémentaire à l’existence théorique qui ne fut confirmée que récemment et serait à l’origine de l’Univers. Et lorsqu’il chante: If I die tonight, bury me/ In my favorite yellow patent leather shoes/ With a mummified cat and a cone-like hat/ That the caliphate forced on the Jews/ Can you feel my heartbeat?/ Can you feel my heartbeat? il se penche vers les premiers rangs, juste soutenu, par leurs mains tendues posées sur sa poitrine, sur son cœur…

Jubilee Street marque un sommet du concert avec sa montée en puissance régénératrice et tellement rock : Warren démarre à la guitare sur des accords en glissando alors qu’il raconte l’histoire de Bee qui écrivait le nom de Nick sur toutes les pages de son cahier mais tout ceci s’est mal terminé sur Jubilee Street et la montée en tension de l’instrumentation porte à merveille le paroxisme du récit : I am alone now, I am beyond recriminations/ Curtains are shut, the furniture is gone/ I’m transforming, I’m vibrating, I’m glowing/ I’m flying, look at me/ I’m flying, look at me now.

Et puis, bien sûr, vient le déchirant I Need You écrit pour son fils disparu, la seule chanson qui serait directement reliée au drame familial, les autres morceaux étant supposés avoir été écrits avant, même si parfois réadaptés au contexte. C’est l’instant ultime où le public porte l’artiste qui s’est assis pour cette interprétation douloureuse.

Ce public qu’il fera monter sur scène sur Stagger Lee, deux cents personnes pour partager la musique du Maître. Ce public dont il parcourra les rangs, de gauche sur Weepong song, puis à droite sur le sublime final de Push the sky away nappé par un clavier obsédant, debout sur la barrière d’un gradin, soutenu par tous, porté par les nappes de claviers, il chante de sa voix de crooner triste : And some people say it’s just rock and roll/ Oh but it gets you right down to your soul/ You’ve gotta just keep on pushing/ Push the sky away…

Evidemment il y a de la mise en scène dans tout ceci et les concerts de la tournée seront plus ou moins bâtis sur le même format, mais que peut faire de mieux un artiste de cette trempe que d’organiser sa rédemption avec un public qui le vénère dans les bons et les mauvais moments ? Alors ce soir, chacun a conscience d’avoir assisté à un concert unique par son élégance, poignant par son actualité et tout simplement beau et pur dans sa douleur retenue mais transcendée ! Entre messe noire et ode envoutante, Nick Cave & the Bad Seeds ont délivré sans aucun doute le show de l’année.

Setlist : 1/ Anthrocene, 2/ Jesus Alone, 3/ Magneto, 4/ Higgs Boson Blues, 5/ From her to eternity, 6/ Tupelo, 7/ Jubilee Street, 8/ The ship song, 9/ Into my arms, 10/ Girl in amber, 11/ I need you, 12/ Red right hand, 13/ The mercy seat, 14/ Distant sky, 15/ Skeleton tree, 16/ The Weeping song, 17/ Stagger Lee, 18/ Push the sky away 

Sigur Ros – 2017/09/29 – Paris le Grand Rex

 

Le groupe islandais Sigur Ros a donné un concert ce soir au Grand Rex, en formation réduite à trois. Groupe pour le moins original et définitivement inclassable, il rencontre un succès d’estime et de curiosité devant cette musique intergalactique composée et jouée par des citoyens d’une ile-Etat, l’Islande, qui elle aussi suscite la perplexité, perdue dans les mers du grand Nord entre Groenland et Norvège, tiraillée entre le feu de volcans en éruption et la glace de cette région polaire. Leur musique est à cette image.

Rappelons les bases de ce groupe d’avant-garde : Jónsi joue de la guitare avec un archet et chante d’une voix extrêmement haute et fluide, son bassiste joue parfois avec des baguettes de batterie, seul le batteur semble suivre les voies à peu près classiques de sa fonction. Les mots sont en islandais, en anglais ou dans une langue propre créée par le groupe, le « hopelandic » (langage de l’espoir), on est ainsi sur de perdre les spectateurs…

Les perdre, oui, mais dans un monde merveilleux duquel ils ne veulent pas s’échapper. Un univers où tout converge vers une magie des sens. La voix exceptionnelle et l’instrumentation ne font qu’un, le son de l’ensemble suit d’étranges sinusoïdes tout en hauteur, dans les sommets de la gamme sonique. Le light show est en symbiose avec la musique, sombre et mystérieux, fait d’un ensemble de barres lumineuses qui s’entrecroisent dans l’espace et leur clignotements. On dirait des clignotements d’étoiles au cœur du grand néant noir de l’espace.

C’est un kaléidoscope de sensations qui nous plonge dans cette musique si originale, si pure et éthérée. On n’est pas sûr de vraiment comprendre toute cette complexité, ce n’est pas grave, laissons-nous bercer par nos sens et recevons cette offrande musicale venue d’un autre monde. C’est le miracle des Sigur Ros : des mots et des notes finalement accessibles à tous.

Setlist :

Set 1 : Á/ Ekki múkk/ Glósóli/ E-Bow/ Dauðalagið/ Fljótavík/ Niður/ Varða

Set 2 : Óveður/ Sæglópur/ Ný batterí/ Vaka/ Festival/ Kveikur/ Popplagið a

No Filter

La tournée européenne des Rolling Stones « No Filter Tour » a débuté à Hambourg et sera à Paris fin octobre.