Jim Harrison a quitté notre monde

JIM HARRISON 2007 (Photo by Aaron Lynett/Toronto Star via Getty Images)

Jim Harrison est mort cette semaine, une crise cardiaque alors qu’il était à sa table de travail. Il avait 78 ans et se trouvait dans sa maison en Arizona. Il laisse une œuvre considérable faite de romans et de poésies. Il a décrit l’Amérique comme personne, celle des grands espaces, de la violence du climat comme de celle de ses habitants. Il a parlé de la nature en Amérique, celles des lacs et des forêts, des ours et des montagnes, de la chasse et des randonnées ; une Amérique loin des grandes villes huppées et intellectuelles dans une nature où la violence rôde toujours au coin du bois mais où se déroule la comédie humaine de l’amour et du sexe.

Jim Harrison était un ogre qui dévorait la vie et les côtes de bœuf avec le même insatiable appétit. Il a ripaillé sa vie durant et décrit ses dévorations à longueur de romans et récits. Au paradis des écrivains gageons qu’il trouvera une bouteille de bourbon pour continuer à vivre. Sous ses dehors rudes il cachait un grand cœur comme le démontrent les histoires d’amour émouvantes, et tellement humaines, qui peuplent son œuvre. Adieu Lord Jim !

Homeland : Irak année zéro

Homeland-Iraq

En deux épisodes de 2h40 chacun, Abbas Fahdel, cinéaste irakien exilé en France, a filmé les siens juste avant l’invasion de son pays en 2003 par une coalition internationale et une semaine après la chute de Bagdad.

Dans la première partie il filme sa famille dans une villa cossue de la capitale en train de se préparer à la guerre, creusant un puit, allant chercher son aide alimentaire, conduisant une multitude d’enfants dans les écoles et les universités… Et il fait parler ce petit monde qui n’aime pas beaucoup Saddam Hussein, qui vit sous embargo depuis des années et ne semble pas s’inquiéter outre mesure de cette annonce de guerre. Il est vrai que ce pays en a déjà vécu plusieurs sous la férule de son dictateur.

Dans le deuxième épisode la caméra sort dans la rue, nous montre les cortèges de camions de soldats américains, un char stationné sous un monument, nous fait visiter nombre de bâtiments dévastés par des pilleurs, le petit bourg où les enfants se sont réfugiés durant l’assaut. Le réalisateur fait parler la population qui partage sa peur devant l’insécurité grandissante après la bataille, l’absence de remise en route des infrastructures. Mais au fur et à mesure que les semaines passent cette acrimonie se retourne contre l’occupant américain. On sait comment s’est terminée cette triste épreuve de force dont le reste du monde subit encore les effets dévastateurs.

Et il y a toujours autant d’enfants qui semblent être le fil conducteur du réalisateur, dont son neveu Haïdar, 12/13 ans, déluré, bavard, malin et rigolard qui pose des questions autant qu’il développe des réponses à tout. Le deuxième épisode se termine tragiquement par une attaque de nuit de la voiture où se trouvent l’oncle et le neveu. Après une courte rafale de mitraillette, on voit un plan fixe sur la tombe d’Haïdar.

C’est un film émouvant sur des gens normaux soumis aux foudres de l’Histoire. En cela il nous touche car chacun se voit possiblement dans la situation de cette famille à l’heure de la montée des périls. Une expérience humaine, tout simplement, bien loin de poncifs et idées préconçues sur ce pays.

 

Rectifications de l’orthographe

La polémique dans les dîners en ville

Najat Vallaud-Belkacem (que beaucoup se plaise à appeler simplement Belkacem pour bien marquer son origine immigrée) ministre de l’éducation supprime les accents circonflexes…

L’académie française n’a jamais approuvé cette réforme de l’orthographe…

etc, etc…

Les faits

Le journal officiel de la République française – édition des documents administratifs, daté du 06/12/1990, a publié un document de 17 pages intitulé « Les rectifications de l’orthographe ». Les recommandations qu’il contient sont le fruit du travail du conseil supérieur de la langue française, constitué au sein de l’académie française et présidé par Maurice DRUON, secrétaire perpétuel de l’académie française (à l’époque). Pour ceux qui s’en souviennent, l’homme n’était pas à proprement parler un dangereux bolchevik, la faucille entre les dents sanguinolentes. Il signe bien le document en tant que « secrétaire perpétuel de l’académie française » et précise dans un long préliminaire que le conseil a bien entendu consulté l’académie française :

Pour ces motifs, et à quelques réserves près, minimes, que le Conseil supérieur a bien voulu prendre en compte, l’Académie, à l’unanimité, a approuvé les propositions du Conseil. Et elle est disposée à les mettre en application dès la publication du 6e fascicule de son dictionnaire, l’an prochain.

S’en suivent la description des grands principes des rectifications proposées dont celles de l’accent circonflexe :

Vous avez ensuite confié au Conseil la tâche d’améliorer l’usage de l’accent circonflexe, source de nombreuses difficultés. Après avoir examiné cette question avec la plus grande rigueur et en même temps la plus grande prudence, il est apparu au Conseil supérieur qu’il convenait de conserver l’accent circonflexe sur la lettre a, e et o, mais qu’il ne serait plus obligatoire sur les lettres i et u, sauf dans les quelques cas où il est utile : la terminaison verbale du passé simple et du subjonctif imparfait et plus-que-parfait, et dans quelques cas d’homographie comme jeûne, mûr et sûr.

Et une quinzaine de pages décrivant par le menu détail les rectifications que chacun pourra lire en cliquant sur Les rectifications de l’orthographe. Le document est mesuré et prudent, rappelant à de multiples reprises l’avis favorable à l’unanimité de l’académie française ainsi que l’accord du conseil de la langue française du Québec et celui du conseil de la langue de la communauté française de Belgique, précisant bien qu’il ne s’agit pas de réformer mais de rectifier. Bref, c’est le travail apaisé et démocratique d’une vieille Nation qui cherche à faire vivre sa langue constitutionnelle.

Les conclusions

  1. L’accent circonflexe n’est pas supprimé.
  2. L’académie française a bien approuvé les rectifications proposées par le conseil supérieur de la langue française présidé par Maurice DRUON, secrétaire perpétuel de l’académie française, malgré les dénégations de l’actuel secrétaire perpétuel dans le journal Le Figaro.
  3. Des journalistes de rencontre continuent à divaguer sur des textes officiels qu’ils n’ont pas lus.
  4. Mme. Vallaud-Belkacem a bien repris la place de punching-ball laissée vacante par la démission de « Taubira la laxiste ».

Postface

Un pays dont toute une élite médiatique jusqu’à Mme. Michu au Café du commerce crée de toutes pièces un psychodrame qui agite le microcosme des semaines durant, basé sur des assertions non vérifiées alors que toute l’information est disponible, un tel pays donc est inefficace car il privilégie l’écume sur le fond, la polémique inutile sur l’action sereine, la querelle oiseuse sur le débat conclusif. Ce pays ne doit pas s’étonner de ses échecs. Polémiquer ou produire, son peuple doit choisir !

Bettina Rheims à la Maison européenne de la Photographie

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Rétrospective Bettina Rheims à la Maison européenne de la Photographie (MEP), exposition prisée par les bobos du Marais : il y a 30mn de queue devant ce sympathique musée parisien. Bettina est passée maître dans la photo de personnages à la beauté plastique et à la sexualité indécise, mis en scène soit dans des décors un peu lugubres et déglingués (chambre d’hôtel [de passe ?] au papier peint d’un autre âge avec bidet dans un coin) ou de fonds unis et glaçants où se fondent ses personnages rarement souriants. Images posées et travaillées aux couleurs souvent flashantes, tout est forcé et irréel, traduisant l’étrange vision que l’artiste porte sur ses congénères.

Et comme on est décidément à l’aise dans ce musée on finit par l’accrochage des photos rocks de Renaud Monfourny qui passe en revue en noir-et-blanc nos héros musiciens de ces dernières décennies :MEP_Monfourny_01

Maison Européenne de la Photographie

Cinéma : « Salafistes »

Salafistes

Un documentaire controversé qui donne la parole aux islamistes. Tourné principalement dans Tombouctou occupé pat les islamistes et à Nouakchott où sont interviewés deux imams il est ponctué de quelques vidéo de propagande du groupe Etat Islamique. La polémique vient de ce que seule la position des islamistes est mise en avant et pourrait ainsi faire considérer le film comme une œuvre de propagande, il a de ce fait été interdit au moins de 18 ans.

Les longues interviews des religieux salafistes sont édifiantes, elles déroulent la pensée unique de ces personnes dont l’unique objectif est de mettre en œuvre la loi du Coran et l’interprétation qu’ils en font. Il n’y a pas à discuter, pas plus à raisonner, seule la mission divine compte. On ne peut même pas parler de système de gouvernement d’un Etat ou d’administration d’un peuple, non, le programme est juste de s’assurer que les femmes sont correctement voilées, que personne ne boit d’alcool ni n’écoute de musique, ou ne commet le péché d’adultère ou d’homosexualité. Les imams sont conscients que ces objectifs ne peuvent être réalisés que s’ils sont imposés par la force, alors on coupe des mains, on tue les mécréants et on rend hommage aux frères Kouachi ou à Mohamed Merah en justifiant leurs crimes par ceux de la colonisation et des croisades.

Ce film illustre l’aspect régressif de l’idéologie religieuse quand elle tourne dans des cerveaux obtus. On se croit revenu aux temps de l’inquisition médiévale, après tout ce n’était qu’il y a 400 ans en Europe. Evidemment la vision de ce film nécessite un peu de discernement, il interroge en tout cas sur ce qui pousse des gamins occidentaux à adopter cette idéologie et à égorger des mécréants sur YouTube. Le documentaire n’apporte pas de réponse sur ce point, en existe-t-il d’ailleurs ?

Le dogme s’impose sur les esprits faibles mais en principe l’intelligence prend le dessus sur la religion à un moment ou à un autre. En attendant il va bien falloir faire avec cette idéologie qui existe et dont la puissance destructrice des esprits, la capacité de résistance et de nuisance sont très fortes. Ce film est intéressant à ce titre en ce qu’il fait prendre conscience de cette situation.

Janis – litlle girl blue

Janis

Janis, un documentaire sur l’histoire émouvante de Janis Joplin, jeune femme texane née en 1943, à l’incroyable voix blues. On y redécouvre l’enfance pas très épanouie de cette gamine née à Port-Arthur qui monte à Austin puis San Francisco pour découvrir la vie et la musique en plein summer of love. Elle y croise les plus grands, le psychédélisme, l’inspiration, le succès, l’industrie du disque et… la drogue dure ainsi que l’alcool. Elle sera une artiste fulgurante, emportée par une overdose en 1970, deux semaines après Jimi Hendrix.

Il reste le souvenir de cette voix rocailleuse au vibrato si particulier, une voix de blues-girl, puissante, rageuse et parfois chatoyante, des textes qui parlent de ses troubles et de ses tristesses. La narration du documentaire est dite par Chain Marshall, Cat Power de son nom d’artiste, certainement une grande admiratrice de Janis. Un très beau moment de cinéma musical.

Louis Vuitton au Grand Palais

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Louis Vuitton expose au Grand Palais l’histoire de ses célèbres malles et toute une collection de celles-ci : pour voitures, trains, bateaux, avions. On y voit des malles-bibliothèque, des malles-pique-nique, des malles garde-robes, des mallettes appui-pieds, des malles à chapeaux, des malles-écritoires, des mallettes pour instruments de musique, etc… C’est une ode au voyage et au raffinement, le retour sur une époque (XIXème siècle) où le voyage n’était qu’affaire de luxe et d’aristocratie.

Epoque révolue quand aujourd’hui l’aïe-phone a remplacé les bibliothèques et Ryan-Air a supplanté les transatlantiques de la White Star. Le monogramme LV est devenu désormais l’emblème du nouveau-riche clinquant, roulant limousine à vitres fumées, et de cours de bourse résistant aux crises boursières.

Pop & Musique

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Self-Portrait, 1986 © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Adagp, Paris 2015

Exposition Pop & Musique à la fondation Louis Vuitton du bois de Boulogne : une partie son et vidéo au sous-sol où le spectateur évolue au milieu d’installation audio-visuelles censées rendre l’atmosphère d’une époque basée sur l’hystérie stroboscopique et la répétition d’images filmées approximativement ; une partie qualifiée de « popiste » où l’on retrouve du plus classique dans ce que le consumérisme a pu inspirer l’art malin d’artistes comme Andy Warhol, Gilbert & George  ou Richard Prince.

Les spectateurs errent, un peu perdus, dans les vastes espaces déstructurés de cette bâtisse pour le moins étrange. Des poutres métalliques traverses des murs arrondis, des couloirs tournent autour du vide, ce concept manque furieusement d’angularité. Le tout fleure le boboïsme bon ton. On a un peu de mal à s’extasier.

Warhol Unlimited

Andy_Warhol_shadows_2Exposition Warhol au Musée d’art moderne de Paris : les sérigraphies des boîtes de soupe, les séries de peintures de Jacky Kennedy, les autoportraits, les « screen tests », les « flowers », les 102 tableaux de « Shadows » (rarement exposés tous ensemble), les portrait Maos, le papier peint Vaches et bien sûr les pérégrinations du Velvet Underground dans le cadre des spectacles « The exploding plastic inevitable ». Une exposition très complète pour rappeler la moderne originalité de cet artiste inclassable, ironique et influent.

Si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, vous n’avez qu’à regarder la surface de mes peintures, de mes films, de moi. Me voilà. Il n’y a rien derrière. [ Andy Warhol – The East Village Other – 01/11/1966]

Musée de la Marine de Brest

Brest_201511_Le-Chateau (15)Le musée situé dans le « Château » au-dessus des ports et de l’arsenal de la vielle abrité également la préfecture maritime de l’Atlantique. Il raconte l’histoire de la ville depuis les romains et la relation de la France avec la construction maritime et les océans. C’est intéressant et bien présenté. On y passe une demi-journée sans voir le temps passer. Aux pieds du fort retentissent les mugissements des remorqueurs et les grincements des ponts-levants.

Exposition Pierre Peron à Brest

Pierre_PeronPierre Peron est un artiste brestois qui fut peintre titulaire de de Marine puis conservateur du Musée de la Marine. Outres la peinture il fut également affichiste, ses œuvres sont exposées au musée des beaux-arts de Brest. A une époque où la publicité était autorisée pour l’alcool et le tabac, Peron a donné dans ces secteurs. Ce petit musée brestois rend hommage à ce travail plaisant, naïf et coloré.

Une jeunesse allemande

Une-jeunesse-allemandeUne jeunesse allemande, un documentaire de Jean-Gabriel Périot sur le groupe terroriste allemand Fraction Armée Rouge, encore appelé la « bande à Baader » et qui défraya la chronique dans les années 70’ en même temps que les Brigades rouges en Italie et Action Directe en France. Ce furent les « années de plomb » dans une vieille Europe qui se débattait idéologiquement entre les lambeaux du marxisme et les joies du capitalisme, le tout dans une ambiance de guerre froide Est-Ouest et d’agitation étudiante soixante-huitarde.

Basé uniquement sur des images d’archive, le film raconte la sidération du peuple allemand devant ces combattants d’un autre âge défendant le prolétariat et la lutte des classes par les armes. Andreas Baader, Ulrike Meinhof, Gudrun Ensslin, Holger Meins sont les enfants de la génération nazie, tous nés durant la seconde guerre mondiale (sauf Meinhof, plus âgée, née en 1934). Le père de Baader est mort en 1945 sur le front russe. Ils ont du mal à vivre ce lourd héritage, surtout quand ils voient nombre d’anciens nazis toujours aux commandes de la République fédérale, dont le chancelier Kiesinger de 1966 à 1969.

Comme la jeunesse de cette époque ils s’interrogent sur les options idéologiques possibles, du marxisme au capitalisme, avec dans le cas particulier de l’Allemagne, 25 ans après l’ouverture des camps, le poids de la culpabilité nationale. Ulrike Meinhof était journaliste dans un journal de gauche plus ou moins communiste, participait à nombre de débats télévisés et radiophoniques, de ce fait des archives la concernant sont plus nombreuses que pour ses acolytes.

Le documentaire montre l’évolution du groupe jusqu’à la prise des armes et l’action violente contre le système capitaliste dont ils sont très majoritairement issus. Le combat s’achèvera faute de combattants, la grande majorité des allemands étant plus tournée vers la prospérité renaissante que l’action révolutionnaire, même si une certaine intelligentsia apportait un soutien moral au groupe. Jean-Paul Sarthe rendit d’ailleurs une visite restée célèbre à Andreas Bader emprisonné dont la légende dit qu’il en ressortit en assénant un lapidaire « Ce qu’il est con ce Baader ! » mais il continua néanmoins à contester les conditions de haute sécurité dans lesquelles étaient détenus les membres du groupe mis à l’isolement total.

Au total ce ne furent que quelques dizaines de citoyens allemands qui furent membres de la bande et bien moins encore qui participèrent à l’action violente. Ils reçurent un temps le soutien de palestiniens chez qui ils étaient bien sûr allés se former : un détournement d’avion de la Lufthansa par des terroristes moyen-orientaux réclamant la libération des prisonniers Baader-Meinhof se termina par un assaut à Mogadiscio et la libération des otages.

La grande majorité des membres du groupe Baader-Meinhof sont morts en prison dans des conditions qui ne sont pas encore parfaitement établies, les hypothèses possibles alternant entre suicide collectif (version officielle) et assassinats d’Etat. Ulrike Meinhof est retrouvée pendue dans sa cellule le 8 mai 1976, Gudrun Ensslin dans les mêmes conditions le 18 octobre 1977, Andreas Baader une balle dans la tête le même jour (l’arme lui aurait été remise par son avocat) et Holger Meins était mort suite à une grève de la faim le 9 novembre 1974.

Un film troublant sur une époque que l’on pensait révolue… Mais le terrorisme a réapparu aujourd’hui dans les conditions que l’on connaît. Seule l’idéologie a changé, on est passé de Marx à Dieu mais la dévastation est la même. La similitude entre ces deux dérives est d’ailleurs frappante : dans les deux cas les enfants d’une nation en viennent à répandre la mort parmi les leurs en se laissant emporter par des slogans idéologiques aboutissant à la déraison.

Nous venons en amis

Nous-venons-en-amis

L’histoire de la partition du Soudan en 2011 avec la création du Sud-Soudan, chrétien et animiste, après des années de guerre civile contre les soudanais du nord, arabes musulmans. Une guerre qui a duré des décennies, fait des millions de morts et de déplacés avec son lot de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité sur fond d’un pays dramatiquement sous-développé mais avec des ressources pétrolières et minières attisant les convoitises internationales.

Le film interviewe des habitants du Sud-Soudan, avant et après le référendum qui vota leur indépendance, ressassant l’histoire coloniale de leur pays responsable selon eux de tous leurs maux. Il montre l’implication actuelle des chinois dans l’industrie pétrolière et celles des prêcheurs américains cherchant à « civiliser » les chrétiens. Le réalisateur Hubert Sauper (déjà auteur du documentaire Le Cauchemar de Darwin) se promène dans le pays aux commandes d’un petit avion façon ULM renforcé pour deux personnes ce qui donne l’occasion de quelques vues du pays improbables brisant la monotonie des interviews. Le titre du film Nous venons en amis se réfère à la phrase prononcée par tous les colonisateurs de l’Histoire prenant le pouvoir dans leurs colonies. La thèse du film est un peu simpliste et ne rentre pas vraiment dans l’analyse de la faillite politique actuelle des Soudan, nord et sud.

Dernier Etat apparu sur la planète le Sud-Soudan a créé beaucoup d’espoirs et de convoitises. Il n’aura pas fallu attendre 2013 pour qu’une guerre civile inter-Sud-Soudan ne reprenne… Le film se termine sur cette triste image.

Beauté Congo

Beaute-Congo

Beauté-Congo à la Fondation Cartier toujours à l’affut de l’art contemporain : des peintures colorées aux aspects lyriques et naïfs, narrant avec gaité l’histoire tragique de ce pays, l’ex-Zaïre à qui l’on peut reconnaître au moins une indestructible qualité de dynamisme et d’énergie. Malgré une appropriation personnelle par le roi des Belges durant la période coloniale, bien qu’ayant été devenu un enjeu important dans Afrique de la guerre froide, été gouverné des décennies par un dictateur forban (Mobutu) qui a assis son pouvoir sur l’assassinat du leader indépendantiste marxiste Patrice Lumumba, connu des guerres parmi les plus sinistres du continent, été ravagé par le Sida, la corruption, le pillage généralisé de ses richesses minières…, malgré tout ceci et bien d’autres dévastations, ce pays n’a pas cessé de produire de la musique et de l’art joyeux. Cette exposition en apporte la preuve avec son explosion en peinture de couleurs et de personnages délurés. Ce sont des tableaux sur la vie quotidienne, la politique, les femmes, la musique, teintés d’ironie et d’autodérision, parfois aussi de rêve. On y voit les héros populaires : Mandela, Obama, Mohammed Ali aussi et on se souvient du légendaire combat de boxe organisé en 1974 à Kinshasa entre Ali et Foreman fascinant la planète et sur lequel le grand Norman Mailer a écrit Le combat du siècle.

Au sous-sol sont exposées des photos des ambiances urbaines locales avec « sapeurs » (les rois de la fringue bling-bling), musiciens, vendeurs de rue et prostituées. A voir également des villes futuristes en carton-pâte imaginées par des artistes délirants.

Bref, la République démocratique du Congo (nouveau nom du Zaïre) continue d’inspirer ses artistes et c’est aussi bien ainsi car le présent de cet immense pays n’est pas rose et son futur est pour le moins incertain. L’art naïf, hélas, ne fait pas augmenter le PIB.

 

Cavanna : « Jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai »

CavanaCavana filmé par Denis Robert et sa fille dans les derniers mois de sa lutte contre la maladie de Parkinson, qu’il appelait Miss Parki, combat qu’il a chroniqué dans Charlie Hebdo jusqu’aux derniers moments en janvier 2014. Car Cavanna, fils d’émigrés italiens, est un écrivain envers et contre tout. Râleur, libertaire, déconneur, érotomane, Cavanna a écrit des livres, des articles, des chroniques, des millions de signes des années durant. Et il a beaucoup dessiné aussi.

Bref Cavanna nous a fait marrer toute sa vie consacrée à répandre du poil à gratter dans le dos de l’intelligentsia et du microcosme politicard franchouillard. On se souvient de ses incroyables poîlades avec le Professeur Choron lorsqu’ils faisaient les zouaves sur les plateaux télé. Il était un peu le père spirituel de cette équipe de dynamiteurs de la France gaulliste bien-pensante. Les Cabu, Siné, Wolinsky ont annoncé mai 68’ en déconnant… et ils ont enfanté les Charb, Tignous, Coco dont une grande partie fut décimée par une attaque de religieux islamistes dans la rédaction de Charlie-Hebdo (le bébé de Cavanna) un matin de janvier 2015, un an à peine après le décès de François Cavanna son fondateur de référence.

Le documentaire des Robert est tendre à l’égard du Maître qui vivait l’écriture comme une lutte. La relève va être dure à assurer.

Jean-Paul Gaultier au Grand Palais

Jean-Paul-Gaultier_affiche_bJean-Paul Gaultier, couturier français, expose sa joie, son œuvre, ses trouvailles, au Grand Palais. L’exposition est maligne, les mannequins-objets sont animés grâce à des petits films de visages de mannequins-humains projetés sur les visages-objet avec une surprenante précision. Le mannequin de Jean-Paul accueille d’ailleurs les visiteurs à l’entrée et leur explique ce qu’ils vont découvrir.

Une grande salle est organisée comme un défilé et des mannequins défilent sur un tapis roulant, admirés par des rangs d’autres mannequins figurant les spectateurs mondains dans lesquels on reconnait les habitués de ces festivités parisiennes, habillés ou pas par Gaultier. Les autres salles sont plus classiques.

Les fringues déclinent les idées-fixes du Maître : la marinière, le cuir, le corset, le soutien-gorge conique. Une atmosphère un peu « grande folle » règne sur ces créations, la période punk est rigolote tant elle est mixe des influences antagonistes. Gaultier déborde d’activité et d’idées. Il touche plus par cette créativité que par l’esthétique qui en résulte.