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Les pilleurs de la Russie

Khodorovsky est libéré par le président russe après 10 ans de camp d’internement en Sibérie pour fraude fiscale. Le garçon a l’air sympathique et on le présente comme un Mandela slave, presqu’une Jeanne d’Arc ! Bon, il ne faut tout de même rien exagérer. Comme tous les oligarques qui ont dépecé l’ex-Union soviétique lors des privatisations de son économie, il a beaucoup volé, mais vraiment beaucoup-beaucoup volé, plus que les autres, ayant réussi à devenir la première fortune russe, riche de plusieurs milliards de dollars sur sa seule tête, si sympathique qu’elle n’apparaisse.

Et après s’être enrichi il a pêché, en contradiction avec le contrat tacite passé avec le pouvoir politique russe « enrichissez-vous mais ne vous mêlez pas de politique », il concurrence l’Imperator Poutine, ex-colonel du KGB. C’est un peu le même genre de pacte qui existe en Chine populaire d’ailleurs. Il a donc été embastillé et ses actifs pétroliers saisis par une compagnie publique. C’est un peu le retour au peuple des biens volés, si l’on pense bien sûr qu’une compagnie publique russe représente les intérêts du peuple…

Le voici libre maintenant, nouvelle vie pour nouvelles affaires. Considérons qu’il a payé les vols commis.

La fiscalité française

Le débat sur le grand soir de la fiscalité rentre « dans le dur ». Dès qu’un sujet de réflexion est avancé il déclenche aussitôt un lâcher de cabots hurlant à la mort que l’on veut les ratiboiser. Si l’on part du principe qu’une réforme fiscale nécessitera de changer la situation actuelle, il va bien falloir trouver un ou quelques domaines fiscaux où faire bouger les lignes…

On a vu le fiasco de l’écotaxe votée à l’unanimité en 2009 par la droite et la gauche et suspendue en 2013 jusqu’à des jours meilleurs, les pistes de travail sur la fusion de l’impôt sur le revenu ou du prélèvement à la source sont systématiquement et immédiatement démolies par la mafia des lobbies. La dernière idée porte sur la remise en cause ou le plafonnement du quotient conjugal qui présenterait des avantages et des inconvénients, des gagnants et des perdants. Comme toujours, les gagnants se la joue discrète et les perdants mordent les mollets du pouvoir.

L’intelligentsia politico-mondaine s’oppose par définition à toute remise en cause des avantages acquis tout en se déclarant favorable à une vraie réforme fiscale. Ces positions sont légèrement antinomiques mais la contradiction et le retournement de veste n’effraient point sur les plateaux de télévision. Par contre cela rend difficile la conception même de la réforme. En réalité le seul sujet sur lequel tout le monde est d’accord est la baisse de l’imposition sur la catégorie à laquelle il appartient et que la baisse conséquente de la dépense publique porte sur la catégorie du voisin…

Peut-être faudrait-il avancer quand même sur le sujet et mettre une ébauche de réforme sur la table, laisser s’exprimer les partis politiques et poser le principe que seule une majorité qualifiée des 2/3 du Parlement permettrait l’adoption d’un projet. On verrait ainsi les positions des uns et des autres, qui défend qui, les intérêts particuliers et le sens général ; et admettre qu’à défaut de consensus national on ne changera rien. Peut-être une telle méthode pousserait les élus à un peu plus de sens de leurs responsabilités, un échec étant porté à leur débit et, plus globalement à celui du peuple gaulois.

Corporatisme franchouillard

Un des multiples symboles du corporatisme franchouillard sclérosant, le monopole des buralistes sur la vente de cigarettes s’émeut de la vente libre des e-cigarettes qui se développe très fortement alors que celle des cigarettes classiques baisse régulièrement sous les coups de boutoir de la politique de santé publique consistant à augmenter les prix de ce produit cancérigène.

Alors que ce monopole d’Etat délégué aux débits de tabac n’a plus grand sens aujourd’hui, les buralistes, directement intéressés à leurs avantages particuliers se battent pour l’étendre aux cigarettes électroniques… Et un tribunal de Toulouse vient de leur donner raison. Il faudrait peut-être changer la loi en ce domaine.

Les gogos et le bitcoin

Rigolo : un certain nombre de gogos continuent à croire à l’avenir du bitcoin sorte de monnaie électronique qui n’est garantie par aucun Etat et qui sert de monnaie d’échange pour un certain nombre de transactions plus ou moins transparentes. Des banques centrales attirent l’attention des utilisateurs sur les dangers de cette monnaie.

Le bitcoin c’est le retour de Madoff, tant que cela tient, que les parties font confiance, tout va bien, mais gare aux premiers retraits qui déclencheront l’effondrement de la pyramide. Il faudra en sortir au bon moment. C’est un peu comme les actions d’Apple.

Peugeot dans la démesure

La CGT Peugeot dévoile que les comptes publiés de la holding du groupe affichent une provision de 21 millions d’euros pour financer la retraite chapeau de Philippe Varin, futur ex-numéro 1 du groupe qui n’est resté que quatre ou cinq années dans la boîte. Peugeot aurait prévu de verser à son futur ex-chef une retraite de 400 000 EUR et quelques par an jusqu’à la fin de ses jours (d’où l’évaluation des 21 millions compte tenu d’une espérance de vie statistique et des charges sociales à la charge de l’entreprise). Devant la levée de bouclier politico-médiatique, l’intéressé renonce à ce droit et s’en remet à la sagesse de son conseil d’administration pour fixer un montant qui fasse moins de bruit dans la presse et au Café du Commerce.

En réalité cette retraite chapeau pour un dirigeant qui n’a passé que 4 ans dans la boutique c’est juste une rémunération cachée pour éviter d’afficher un trop gros salaire fixe au recrutement de cette perle rare.

Hélas pour Varin, le couperet tombe sur sa tête. Son prédécesseur continue à percevoir une retraite chapeau bien supérieure à celle à laquelle lui-même renonce, et son successeur touchera sans doute également une retraite chapeau pour un montant qui doit être actuellement en cours de négociation.

La presse bien informée explique que le patronat aurait fait pression sur l’impétrant pour le pousser à ne pas se battre pour ne pas conserver cet avantage jugé contraire à la chartre publiée par le patronat (MEDEF & AFEP) en 2008 sur la rémunération des dirigeants et qui stipule en son article 3 :

Les retraites supplémentaires à prestations définies sont soumises à la condition que le bénéficiaire soit mandataire social ou salarié de l’entreprise lorsqu’il fait valoir ses droits à la retraite en application des règles en vigueur.
Afin de prévenir tout abus, il est nécessaire de poser certaines règles complémentaires :
– La valeur de cet avantage doit être prise en compte dans la fixation globale de la rémunération sur la base des principes généraux énoncés en introduction de ce document.
– Le groupe de bénéficiaires potentiels doit être sensiblement plus large que les seuls mandataires sociaux.
– Les bénéficiaires doivent satisfaire des conditions raisonnables d’ancienneté dans l’entreprise, fixées par le conseil d’administration ou le directoire.
– Les droits potentiels ne doivent représenter, chaque année, qu’un pourcentage limité de la rémunération fixe du bénéficiaire.
– La période de référence prise en compte pour le calcul des prestations doit être de plusieurs années et tout gonflement artificiel de la rémunération sur cette période à la seule fin d’augmenter le rendement du régime de retraite est à proscrire.
Les systèmes donnant droit immédiatement ou au terme d’un petit nombre d’années à un pourcentage élevé de la rémunération totale de fin de carrière sont de ce fait à exclure.

Evidemment, à première lecture (comme à la seconde d’ailleurs), la retraite chapeau du soldat Varin était contradictoire avec cette chartre et faisait donc désordre. Elle devrait être revue par Peugeot pour être plus conforme avec les engagements patronaux écrits.

Varin avait déjà renoncé ces dernières années à ses rémunérations variables compte tenu de la situation financière tendue du groupe, des plans de restructuration lancés sous sa direction et de la garantie de plusieurs milliards que le contribuables français avait dû accorder à la banque interne de Peugeot pour assurer sa survie. Il se contentait donc de sa rémunération fixe de 1 ou 2 millions annuels. Il va désormais se contenter de sa retraite simple qui doit tout de même s’élever dans les 100 000 EUR par an. Il a peut-être aussi fait quelques économies durant sa vie de cadre dirigeant où il a émargé à plusieurs millions d’euros annuels pendant un certain nombre d’années. Il devrait survivre.

Plus sérieusement, le problème de fond dans cette affaire est la tendance à surpayer des dirigeants au-delà des bornes de la décence. C’est une pratique courante pour soi-disant attirer les meilleurs, ou en tout cas éviter que les dénommés « meilleurs » ne partent vendre leurs services à l’étranger. Il existe effectivement un risque mais qui est aussi surévalué que les rémunérations en cause. Lorsque le gouvernement actuel a plafonné la rémunération des pédégés d’entreprises publiques à 500 000 EUR bruts/an, personne n’est parti à l’étranger, personne n’a même démissionné pour aller vendre ses services à plus offrant ! Même le pédégé d’EDF, pourtant âpre au gain (on se souvient de sa volonté de cumuler son poste et son salaire avec un poste et un salaire chez Veolia dont il venait), n’a pas moufté. Il se dirait même qu’il a entamé sa campagne de communication pour être renouvelé dans ses fonctions avec ce même salaire plafonné.

Comme nous le disons régulièrement dans ces colonnes, si les numéros 1 sont trop exigeants en termes de rémunération, il suffit de promouvoir les numéros 2 ou les numéros 3 ou les numéros 10. Cela fera baisser les prix et ils feront le job aussi bien. Ces gens sont interchangeables et la petite caste internationale de ces pédégés surpayés a surtout brillé par sa capacité à s’auto-renouveler dans la consanguinité la plus intense. Les dommages collatéraux de cette consanguinité sur les rémunérations des dirigeants d’entreprises publiques ont cessé depuis 2012. Ne désespérons pas qu’ils puissent en être de même dans le secteur privé.