I have a dream…

On aurait espéré que sur un sujet comme celui de la crise actuelle des migrants le monde politique français républicain fasse preuve d’un peu de réflexion avec une parcelle de responsabilité et de sens de l’intérêt général. Las, il n’en est rien. Ce sujet qui touche d’abord à l’humain déclenche des batailles politicardes navrantes. Lorsqu’un chroniqueur ou un élu est interrogé sur le sujet dans une presse avide de sensations il répond en critiquant ce que fait ou pense la partie adverse avec une argumentation de café du commerce. Et l’on ne parle même pas des éructations de l’extrême droite qui veut repousser les immigrants à la mer sans trop expliquer par quels moyens il procédera s’il en avait un jour le pouvoir.

En réalité l’immigration est un phénomène ancien en Europe comme en France et la partie illégale de celle-ci ne date pas des accords de libre circulation de Schengen et encore moins de l’arrivée de la gauche au pouvoir en 2012. Elle est consubstantielle de l’immigration légale et existait déjà bien entendu du temps où les frontières entre les Etats n’avaient pas encore été démantelées dans le cadre des accords dits de Schengen.

Aucun pouvoir en France, de droite comme de gauche, n’a jamais réussi à enrayer significativement cette immigration illégale, ni même à renvoyer les immigrés illégaux en dehors de France. Des charters Pasqua dans les années 80’ aux conférences sur l’identité nationale dans les années 2000, en passant par les régularisations d’illégaux, toutes ces politiques ont échoué à remplir leurs objectifs. Il fallait sans doute les tenter ne serait-ce que pour en mesurer les limites. Mais surtout, aucun pouvoir en France, de droite comme de gauche, n’a jamais réussi à faire en sorte que ces candidats à l’immigration préfèrent rester chez eux plutôt que de venir en France. Les actions de co-développement et autres lubies tiers-mondistes ont des effets tellement microscopiques et de long terme que la richesse et la démocratie de notre vieille Europe continue pour le moment à attirer les citoyens du monde en développement. Les Etats-Unis d’Amérique connaissent une immigration comparable en provenance du Mexique, sous présidence démocrate comme républicaine, avec ou sans le mur en construction à la frontière entre ces deux pays.

L’immigration des pays pauvres et en guerre ou sous dictature vers les pays riches en démocratie est donc un mouvement ancien, puissant, profond, irréversible qu’il faut gérer avec intelligence et autorité, si possible avec unité, au moins au niveau national, en évitant les coups de menton démagogiques.

La seule mesure qui n’a jamais été véritablement tentée serait de repousser ces flux d’immigration par la force, c’est-à-dire en déployant l’armée aux frontières et la marine de guerre sur mer. La force cela veut dire l’utilisation des armes et des militaires tirant sur des populations civiles, autant dire un massacre. Cette option n’est pas sur la table dans notre démocratie. Certains de ceux qui prônent la répression contre l’immigration y pensent sans doute sans pour autant oser la formuler.

Entre les armes et l’ouverture complète des frontières il faudrait compromettre et définir une politique saine et évolutive en fonction des évènements. C’est difficile. A ce jour tout le monde y a échoué, c’est la raison pour laquelle une union nationale entre gens intelligents et de bonne compagnie est souhaitable, au-delà des slogans de circonstances agitant des sentiments nauséabonds racoleurs de votes. Tout doit pouvoir être discuté, y compris les accords de Schengen qui ne sont pas tabous et peuvent être remis en cause si une analyse fondée et documentée montre qu’il y a avantage à le faire pour l’intérêt général de la République. La convention de 1951 relative au statut des réfugiés, à laquelle adhère la majorité de nos Etats, doit pouvoir également être discutée, ajustée, adaptée, confirmée, conditionnée, toujours en fonction de l’évolution de la situation géopolitique mondiale, qui n’est plus la même qu’en 1951, et du sens de l’intérêt général, de la France comme de l’Humanité.

Bien sûr l’Europe avec ses valeurs et son PIB représente un appel d’air pour des migrants issus de de pays pauvres ou en guerre, comme la Suisse représente un appel d’air pour les français vivant le long de sa frontière et qui ne se gênent pas pour aller y travailler et y bénéficier de salaires plus élevés. Bien sûr ces personnes cherchant à fuir leurs pays en guerre ou dévastés par un sous-développement endémique viennent d’abord en Europe de l’Ouest où l’herbe est plus verte et l’accueil plus généreux, plutôt qu’en Russie ou en Arabie Saoudite. Bien sûr l’accueil de ces populations va générer des dépenses publiques imprévues. Bien sûr au sein de ces flux peuvent se cacher des gens aux idées malveillantes et des extrémistes de tous poils.

Est-ce que monde (et la France) seraient plus tranquilles si ces migrants ne fuyaient pas leur pays pour venir chez nous ? Certainement. Est-ce que l’arrivée de ces migrants va créer des perturbations et des réactions de rejet au sein des populations accueillantes ? Certainement aussi. Est-ce qu’il serait plus moral de financer les besoins de ces arrivants plutôt que dilapider des centaines de millions d’euros pour organiser des compétitions de pousseurs de ballons (notamment des stades de fouteballe climatisés au Qatar…) ? Certainement encore.

Mais les migrants sont là, avec leur lot de réfugiés et de misère, qui forcent tous les barrages. Et ils sont là pour longtemps alors Il faut bien en faire quelque chose ne serait-ce que pour s’occuper de ceux qui sont déjà rendus chez nous et essayer de tarir le flux des départs. C’est ce à quoi s’essayent les dirigeants européens dans la plus grande division. Ils tentent de parer au plus pressé et de reprendre le contrôle d’une situation qui leur échappe. Alors il est facile de critiquer sur Tweeter et de faire dans la polémique sur les plateaux télévisés, il est plus difficile d’agir dans la vraie vie pour ceux qui sont aux commandes, comme toujours.

A défaut de stratégie évidente qui ménage les valeurs humaines et le refus majoritaire des citoyens français d’accueillir ces migrants, qu’ils soient réfugiés ou immigrants, le pouvoir devrait au minimum expliquer et réexpliquer ce qu’on l’on tente de faire et pourquoi on le fait. Si une seule photo d’un gamin mort sur une plage a pu émouvoir à ce point la planète entière eh bien pour une fois utilisons les ficelles de la communication pour une bonne cause et communiquons sur une position française républicaine, arrêtée de façon unanime par les partis. L’image de ces mêmes partis remonterait d’un coup dans l’opinion si au moins, pour une fois, des dirigeants responsables arrivaient à un consensus sur un sujet si brûlant et si humain. On peut rêver…

Ensuite il resterait à arrêter une position commune avec les 27 autres membres de l’Union européenne ce qui relèverait sans doute du miracle, mais au moins la France aurait eu la décence de surmonter ses petits égoïsmes nationaux et son court-termisme politicard pour s’élever, un peu, au-dessus de la mêlée.

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