L’aveu

Didier Le Reste, responsable CGT, section transports, qui « agrémente » tant la vie des usagers des transport en commun, admet devant la presse qu’il partira à la retraite à 55 ans avec une pension de 2 300 EUR nette. C’est intéressant car c’est sensiblement plus tôt et mieux que la moyenne française. Bien entendu ses adversaires se précipitent sur ce point pour crier contre les donneurs de leçons privilégiés. C’est facile et ça fait plaisir… mais cela ne règle pas les vrais problèmes. S’il avait fallu que tous les privilégiés en France se taisent il n’y aurait pas eu beaucoup de réformes, et tout particulièrement en 1968 d’ailleurs.

Michel Rocard : une perpétuelle occasion manquée

Michel Rocard sur France Culture ce matin pour parler de son livre Si ça vous amuse. Un homme d’Etat, modeste, mesuré, compétent, un de ceux que les Français ne savent pas élire au pouvoir suprême. Dommage !

Gorges Frèche à Shanghai

Je suis à Shanghai, Nanjing Road, une espèce de rue de la Paix en buildings peuplée de boutiques de luxe dédiées à toutes les marques bling-bling de la planète (surtout occidentales d’ailleurs). Devant les devantures Rolex, de vieux chinois vendent des fausses Piaget.

Le Shanghai Daily célèbre le 60ème anniversaire de la guerre de Corée où l’indéfectible amitié entre les peuples chinois et coréen a permis la victoire contre l’envahisseur américain… Hum, hum, je ne sais pas bien si l’on peut vraiment parler de victoire mais un général chinois trône fièrement sur la photo entre Kim Jong-Il (le Cher Dirigeant) et son fiston Kim Jung-Un promis également à un grand avenir.

On y découvre aussi une interview de Georges Frèche qui était en Chine encore quelques jours avant sa crise cardiaque fatale, où il visitait sa fille qui y fait ses études. Sinophile et sans doute, comme bien d’autres, ex-Mao reconverti au PS avec le fracas que l’on sait, Frèche y détaille son projet d’ajouter les statuts de Mao et Deng Xiaoping aux cinq statuts de bronze « des grands hommes du XXème siècle » où se côtoient déjà sur une place de Montpellier Jaurès, Lénine, de Gaulle, Churchill et Roosevelt. Il n’est pas bien sûr que ce projet survive à son bruyant initiateur…

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TF1 au banc des accusés

Montebourg s’agite contre TF1 et accuse l’écran Bouygues d’être : « …une chaîne à tradition délinquante par rapport à ses obligations réglementaires. » S’en suit un échange de lettres plutôt acide entre le pédégé de TF1 et le député médiatique dont la dernière datée du 30 septembre où, grandiloquent comme souvent, il demande audit pédégé de présenter ses excuses « …à la France. »

Lire aussi : la lettre de Montebourg.

Les hommes politiques ne sont pas les derniers à utiliser le clientélisme avilissant des écrans cathodiques, mais dans le cas de TF1 on peut effectivement parler de délinquance pour atteinte grave et définitive à l’intelligence.

Le comportement affligeant de certains élus de la République

Affligeante prestation de nos élus dans les couloirs de l’assemblée nationale à l’occasion du vote de la loi sur la retraite. Les uns font du blocage systématique, les autres passent en force, et tous se comportent comme des sales gosses dans le temple de notre démocratie. Des députés socialistes jouant les furieux ont poursuivis le président en scandant « démission, démission » jusqu’à l’entrée de ses appartements devant les huissiers médusés.

A défaut de leur distribuer des paires de claques pour des comportements aussi désolants, n’y-a-t-il pas des sanctions prévues dans le règlement intérieur pour de tels enfantillages ?

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Il va bien falloir travailler plus longtemps

La gauche française fait la danse du ventre autour de l’âge plancher pour faire valoir ses droits à la retraite, disant sans oser le dire tout en laissant imaginer… qu’elle rétablira l’âge limite à 60 si elle revient au pouvoir en 2012 après que la droite l’a porté à 62. Ségolène l’affirme, les autres ne tranchent pas vraiment et renvoient à leur programme de financement de la retraite à 60 ans par l’impôt. Et pendant que tous ces mondains s’étripent sur ce sujet à grands coups de faux-jetonneries et de billevesées ils en oublient de rappeler aux électeurs quelques grands principes du genre : ce sont les actifs qui payent les retraites des retraités du moment et non pas les cotisations payées durant la vie active. C’est ce qu’on appelle la répartition, elle-même fondée sur la solidarité entre générations, principe bien peu compris si l’on ne juge par la teneur des réactions populaires aux journaux télévisés plutôt basées sur le « j’ai payé donc j’ai droit. »

Si jamais Ségolène Royal était élue présidente et rétablissait effectivement les 60 ans, ce serait là un exploit qui marquerait la Vème République ! Elle est sans doute capable de le faire. Après tout la France a bien passé la décennie 80 à nationaliser puis privatiser une bonne partie de l’économie française.

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Le syndicat Force Ouvrière solide sur ses bases

FO nous rejoue avec la même constance la scène de Blondel en 1995 sur les retraites. Mailly trempe sa plume dans la même encre Trotsko-nihiliste que l’homme aux-bretelles-et-aux-cigares et n’envisage qu’une option de lutte : le retrait du texte.

Éditorial de Jean-Claude Mailly, Secrétaire général de Force Ouvrière, daté du mercredi 8 septembre 2010

L’Éditorial de Jean-Claude Mailly

DIRE CE QU’ON FAIT ET FAIRE CE QU’ON DIT

L’unité d’action est une force pour les salariés. Elle n’a rien à voir avec l’unité syndicale qui implique une seule organisation, ce qui n’est pas compatible avec notre conception de la démocratie et de la république sociale.
L’unité d’action est une démarche acceptée et nécessaire pour obtenir satisfaction.
Pour Force Ouvrière, sur le dossier retraite, l’objectif est d’obtenir l’abandon du texte gouvernemental. Ce n’est pas une question de posture, c’est une question de fond. Car entre la démarche gouvernementale et la démarche syndicale, il ne s’agit pas de différences ponctuelles ou à la marge, mais d’une opposition de fond.
Nous disons, nous, que pour préserver les droits actuels et à venir en matière de retraite, il faut dégager de nouvelles ressources financières, ce qui passe aussi par l’ouverture du chantier de la réforme fiscale. Et nous avons émis toute une série de propositions en la matière permettant d’assurer l’équilibre financier. Et nous avons notamment confirmé tout cela dans une lettre au ministre du Travail, le 8 juillet, lettre restée sans réponse.
Le gouvernement, lui, est dans une logique inverse : il veut réduire les dépenses en matière de retraite pour alléger les déficits et répondre aux attentes des marchés financiers et agences de notation. À partir de là, ce sont les salariés qui trinquent.
Les prétendues ouvertures du gouvernement n’en sont guère car pour régler, par exemple, correctement la pénibilité il faut dégager des ressources nouvelles, ce qui est en contradiction avec la logique gouvernementale.
C’est pour toutes ces raisons que le gouvernement se montre inflexible.
Et le ministre du Travail dans tout cela ?
Comme nous ne cessons de le répéter, il n’appartient pas au syndicat de choisir ou de désigner ses interlocuteurs. Ce n’est d’ailleurs pas la réforme de M. Wœrth, c’est la réforme du gouvernement et du président de la République.
Quelle est l’influence de cette situation sur le dossier retraite ? L’avenir le dira.
Il est vrai qu’on parle plus de « l’affaire » que du fond du dossier. Il est vrai aussi qu’un ministre affaibli ne sert pas obligatoirement le gouvernement.
Mais il est tout aussi vrai que le syndicat doit rester dans son rôle. C’est aussi une question de comportement, de liberté et d’indépendance.
Force Ouvrière ne changera pas sa ligne de conduite : tout faire pour obtenir le retrait du texte, parce qu’il est contraire aux intérêts des travailleurs.
Dire ce qu’on fait et faire ce qu’on dit.
Aujourd’hui 7 septembre, près de 3 millions de salariés sont descendus dans la rue et ont cessé le travail, c’est une réussite.
Si le gouvernement et le Parlement ne répondent pas, d’autres actions seront bien entendu nécessaires. Pour Force Ouvrière ce sera sur la base du retrait ou de l’abandon et dans l’unité d’action.

http://www.force-ouvriere.fr/

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De mieux en mieux

Oui, oui, oui ! La retraite à 60 ans (voire à 55 ans). Un vrai sujet pour les campagnes de communication pour les partis politiques en ce moment.

Georges Frèche, dérive victorieuse

Le sulfureux pape du Languedoc bouge encore. George Frêche (72 ans), exclut du PS continue à faire le mariole et risque de l’emporter aux élections régionales contre la liste officiellement investie par le PS. Ce n’est pas la première fois. Il se drape dans l’onction de la démocratie populaire face à la bureaucratie parisienne. Il va sans doute être élu à grand renfort de populisme, eh bien sa région aura le dirigeant qu’elle mérite. Le PS sera battu mais au moins dans l’honneur de ses principes.

Des fraudes au PS ?

Les caciques du parti socialiste (PS) s’écharpent sur une éventuelle fraude significative lors des dernières élections au poste de chef du parti, qui avaient vu s’affronter l’an passé la harpie Martine Aubry et la nunuche Ségolène Royal. Tout le monde tourne autour du pot mais semble admettre que fraude il y eut. C’est tout de même étonnant qu’au XXIème siècle, en France, il y ait des citoyens qui bourrent des urnes, et qui plus est, dans des cellules du PS ! On a du mal à y croire.

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Bataille épistolaire au PS

Forte activité épistolaire au Parti Socialiste (PS) ces derniers jours. Titine Aubry adresse le 7 juillet une supplication aux partis de gauche pour fonder « une maison commune », elle se fait envoyer paître, personne n’ayant envie de s’afficher aux côtés du PS pour le premier tour des prochaines élections régionales, il sera toujours temps de le faire au second si les circonstances l’imposent. C’est ce qu’on appelle de la realpolitik.

Toujours très en verve, Titine écrit le 13 juillet à Manuel Walls pour le rappeler à l’ordre en le sommant d’arrêter de critiquer le parti ou alors de le quitter. Ledit Manuel, déjà candidat à la candidature socialiste aux élections présidentielles de 2012, star des plateaux de télé et de radio, lui répond aussitôt qu’il restera au PS et continuera à y mettre le boxon. Na ! Bien entendu, aussitôt signées les lettres sont publiées dans la presse et le microcosme mondain en fait ses gorges chaudes dans les salons de la capitale.

Pauvre Titine, elle essaye avec foi et bonne volonté de remettre de l’ordre dans les écuries d’Augias de la gauche française, et plus particulièrement le box peu ragoutant du PS, et elle se fait publiquement envoyer valdinguer par les petits roitelets quoi peuplent son entourage. Comme les vieux monarques défraîchis d’ailleurs, le must ayant été le Fabius qui a soutenu le non au référendum sur la constitution européenne alors que le PS s’était prononcé pour le oui. Il est vrai que ceci se passerait dans une entreprise tous ces récalcitrants se seraient fait virer avec pertes et fracas depuis bien longtemps, mais nous sommes en politique alors ces marquis de circonstance se sentent portés par l’onction du suffrage de leurs électeurs et par la publicité faites par les médias, les ailes leur poussent, la perte d’autorité de leurs dirigeants et leurs egos très fortement dimensionnés les font se voir appelés aux plus hautes fonctions afin de sauver la Nation et le PS au passage. Pauvre gauche !

Cachons la misère

Cohn-Bendit envoie paître Ayraut, l’inamovible patron des députés PS à l’Assemblée nationale qui veut une alliance dès le premier tour des régionales, afin de noyer sa misère :

« Qu’ils arrêtent de nous casser les pieds avec cette histoire ! S’il y a un système électoral à deux tours, il est normal qu’une force politique émergente se présente avec son programme, ses personnalités, et puis, le soir du premier tour, on voit le rapport et on fait des alliances, sinon ce n’est pas la peine d’avoir un système électoral à deux tours ».

Le Ayraut ainsi rhabillé pour l’hiver avec ce bon sens écolo en rajoute et fait publier par l’AFP une lettre adressée à Dany le Rouge :

« Cher Dany, rassure-toi, je n’ai pas l’intention de te casser les pieds … 2012 se prépare maintenant. Les régionales peuvent être l’occasion d’une première étape. Ce que je souhaite, c’est un accord stratégique, un contrat de majorité alternative, un accord gagnant-gagnant ».

Du pur discours de communiquant vide de sens, évadé des business plans ou des programmes électoraux.

L’extrême gauche toujours vivace

Etonnante interview écrite de Julien Coupat, mis en examen pour terrorisme et soupçonné de sabotage de caténaires de la SNCF. On y découvre un stupéfiant discours extrême. Quelques extraits :

Vous reconnaissez-vous dans les qualifications de « mouvance anarcho-autonome » et d' »ultragauche » ?

Laissez-moi reprendre d’un peu haut. Nous vivons actuellement, en France, la fin d’une période de gel historique dont l’acte fondateur fut l’accord passé entre gaullistes et staliniens en 1945 pour désarmer le peuple sous prétexte d' »éviter une guerre civile ». Les termes de ce pacte pourraient se formuler ainsi pour faire vite : tandis que la droite renonçait à ses accents ouvertement fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute perspective sérieuse de révolution. L’avantage dont joue et jouit, depuis quatre ans, la clique sarkozyste, est d’avoir pris l’initiative, unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant « sans complexe » avec les classiques de la réaction pure – sur les fous, la religion, l’Occident, l’Afrique, le travail, l’histoire de France, ou l’identité nationale.

Face à ce pouvoir en guerre qui ose penser stratégiquement et partager le monde en amis, ennemis et quantités négligeables, la gauche reste tétanisée. Elle est trop lâche, trop compromise, et pour tout dire, trop discréditée pour opposer la moindre résistance à un pouvoir qu’elle n’ose pas, elle, traiter en ennemi et qui lui ravit un à un les plus malins d’entre ses éléments. Quant à l’extrême gauche à-la-Besancenot, quels que soient ses scores électoraux, et même sortie de l’état groupusculaire où elle végète depuis toujours, elle n’a pas de perspective plus désirable à offrir que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop. Son destin est de décevoir.

Dans la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place n’a donc rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement pas les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais, qui vont l’importuner, elles qui depuis deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène. Dans ces conditions, la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c’est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont suivi le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se hisser un instant à la hauteur de la situation. Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations d’entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole.

Cette analyse sommaire du théâtre des opérations a dû s’imposer assez tôt puisque les renseignements généraux faisaient paraître dès juin 2007, sous la plume de journalistes aux ordres (et notamment dans Le Monde) les premiers articles dévoilant le terrible péril que feraient peser sur toute vie sociale les « anarcho-autonomes ». On leur prêtait, pour commencer, l’organisation des émeutes spontanées, qui ont, dans tant de villes, salué le « triomphe électoral » du nouveau président.

La police vous considère comme le chef d’un groupe sur le point de basculer dans le terrorisme. Qu’en pensez-vous?

Une si pathétique allégation ne peut être le fait que d’un régime sur le point de basculer dans le néant.

Que signifie pour vous le mot terrorisme ?

Rien ne permet d’expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d’avoir orchestré, au su de la DST, la vague d’attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. Rien ne permet d’expliquer non plus la soudaine transmutation du « terroriste » en héros à la Libération, en partenaire fréquentable pour les accords d’Evian, en policier irakien ou en « taliban modéré » de nos jours, au gré des derniers revirements de la doctrine stratégique américaine.

Rien, sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne le terroriste. Qui refuse d’avoir part à cette souveraineté se gardera bien de répondre à votre question. Qui en convoitera quelques miettes s’exécutera avec promptitude. Qui n’étouffe pas de mauvaise foi trouvera un peu instructif le cas de ces deux ex – « terroristes » devenus l’un premier ministre d’Israël, l’autre président de l’Autorité palestinienne, et ayant tous deux reçus, pour comble, le Prix Nobel de la paix.

Le flou qui entoure la qualification de « terrorisme », l’impossibilité manifeste de le définir ne tiennent pas à quelque provisoire lacune de la législation française : ils sont au principe de cette chose que l’on peut, elle, très bien définir : l’antiterrorisme dont ils forment plutôt la condition de fonctionnement. L’antiterrorisme est une technique de gouvernement qui plonge ses racines dans le vieil art de la contre-insurrection, de la guerre dite « psychologique », pour rester poli.

L’antiterrorisme, contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n’est pas un moyen de lutter contre le terrorisme, c’est la méthode par quoi l’on produit, positivement, l’ennemi politique en tant que terroriste. Il s’agit, par tout un luxe de provocations, d’infiltrations, de surveillance, d’intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l' »action psychologique », de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d’anéantir la « menace subversive » en associant, au sein de la population, l’ennemi intérieur, l’ennemi politique à l’affect de la terreur.

L’essentiel, dans la guerre moderne, est cette « bataille des cœurs et des esprits » où tous les coups sont permis. Le procédé élémentaire, ici, est invariable : individuer l’ennemi afin de le couper du peuple et de la raison commune, l’exposer sous les atours du monstre, le diffamer, l’humilier publiquement, inciter les plus vils à l’accabler de leurs crachats, les encourager à la haine. « La loi doit être utilisée comme simplement une autre arme dans l’arsenal du gouvernement et dans ce cas ne représente rien de plus qu’une couverture de propagande pour se débarrasser de membres indésirables du public. Pour la meilleure efficacité, il conviendra que les activités des services judiciaires soient liées à l’effort de guerre de la façon la plus discrète possible », conseillait déjà, en 1971, le brigadier Frank Kitson [ancien général de l’armée britannique, théoricien de la guerre contre-insurrectionelle], qui en savait quelque chose.

Une fois n’est pas coutume, dans notre cas, l’antiterrorisme a fait un four. On n’est pas prêt, en France, à se laisser terroriser par nous. La prolongation de ma détention pour une durée « raisonnable » est une petite vengeance bien compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur de l’échec; comme est compréhensible l’acharnement un peu mesquin des « services », depuis le 11 novembre, à nous prêter par voie de presse les méfaits les plus fantasques, ou à filocher le moindre de nos camarades. Combien cette logique de représailles a d’emprise sur l’institution policière, et sur le petit cœur des juges, voilà ce qu’auront eu le mérite de révéler, ces derniers temps, les arrestations cadencées des « proches de Julien Coupat ».

Il faut dire que certains jouent, dans cette affaire, un pan entier de leur lamentable carrière, comme Alain Bauer [criminologue], d’autres le lancement de leurs nouveaux services, comme le pauvre M. Squarcini [directeur central du renseignement intérieur], d’autres encore la crédibilité qu’ils n’ont jamais eue et qu’ils n’auront jamais, comme Michèle Alliot-Marie.

Vous êtes issu d’un milieu très aisé qui aurait pu vous orienter dans une autre direction…

« Il y a de la plèbe dans toutes les classes » (Hegel).

Vous définissez-vous comme un intellectuel? Un philosophe ?

La philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire. Platon entend déjà la parole d’Héraclite comme échappée d’un monde révolu. A l’heure de l’intellectualité diffuse, on ne voit pas ce qui pourrait spécifier « l’intellectuel », sinon l’étendue du fossé qui sépare, chez lui, la faculté de penser de l’aptitude à vivre. Tristes titres, en vérité, que cela. Mais, pour qui, au juste, faudrait-il se définir?

Comment analysez-vous ce qui vous arrive?

Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C’est d’ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d’une procédure judiciaire « d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n’y a pas d' »affaire de Tarnac » pas plus que d' »affaire Coupat », ou d' »affaire Hazan » [éditeur de L’insurrection qui vient]. Ce qu’il y a, c’est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu’il se sent réellement menacé. Le Prince n’a plus d’autre soutien que la peur qu’il inspire quand sa vue n’excite plus dans le peuple que la haine et le mépris.

Ce qu’il y a, c’est, devant nous, une bifurcation, à la fois historique et métaphysique: soit nous passons d’un paradigme de gouvernement à un paradigme de l’habiter au prix d’une révolte cruelle mais bouleversante, soit nous laissons s’instaurer, à l’échelle planétaire, ce désastre climatisé où coexistent, sous la férule d’une gestion « décomplexée », une élite impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge de tout. Il y a donc, bel et bien, une guerre, une guerre entre les bénéficiaires de la catastrophe et ceux qui se font de la vie une idée moins squelettique. Il ne s’est jamais vu qu’une classe dominante se suicide de bon cœur.

La révolte a des conditions, elle n’a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l’Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d’opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu’un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n’a aucun titre à exister et mérite seulement d’être mis à bas ? C’est une affaire de sensibilité.

La servitude est l’intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que c’est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu’elle se demande « pour qui vais-je voter ? », mais « mon existence est-elle compatible avec cela ? »), c’est pour le pouvoir une question d’anesthésie à quoi il répond par l’administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise. Et là où l’anesthésie n’opère plus, cet ordre qui a réuni contre lui toutes les raisons de se révolter tente de nous en dissuader par une petite terreur ajustée.

Nous ne sommes, mes camarades et moi, qu’une variable de cet ajustement-là. On nous suspecte comme tant d’autres, comme tant de « jeunes », comme tant de « bandes », de nous désolidariser d’un monde qui s’effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le ramassis d’escrocs, d’imposteurs, d’industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l’heure tient le pays, manque du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu’ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle « victoire » dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manœuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d’autres termes : la situation est excellente. Ce n’est pas le moment de perdre courage.

Fascinant ! On en vient à se demander à quoi ce jeune intellectuel a pu être biberonné pour développer une telle pensée au XXIème siècle. Le délit d’opinion n’est plus reconnu par le droit français mais on ne peut s’empêcher de penser que l’auteur d’un tel texte est capable d’avoir posé des bouts de ferraille sur des caténaires de la SNCF.

On est toujours le gauchiste de quelqu’un

Le chroniquer se fait traiter de gauchiste par la nouvelle garde de ses collègues de bureau lors d’un déjeuner Chez Dédé où il marque son intérêt pour les émissions politico-culturelles de Frédéric Taddeï le soir sur France 3. A sa question étonnée sur ce qu’ils reprochent à cet animateur il lui est répondu qu’hier soir en fait il y avait un match de fouteballe qui a remporté leurs suffrages… Ils sont étonnants ces soi-disant jeunes, ils ont entre 25 ans et 30 ans et ils sont déjà branchés sur le ballon rond dribblé par des divas anabolisées, plutôt que des émissions intelligentes et sereines qui laissent des intellectuels et des politiques s’exprimer calmement (en principe…) sur des sujets de la pensée ! Le plus drôle est que la garde privée des amis du chroniqueur, évoluant dans la recherche ou la musique, le prennent pour un indécrottable réactionnaire au service du grand capital.

Grève générale

Demain grève générale en France. Une manifestation nationale contre la crise c’est un peu comme une grève contre la tempête dans le sud-ouest, cela ne sert à rien mais ça fait toujours plaisir à ceux qui manifestent. Après tout on laisse bien pérorer les analystes-experts-mondains sur les ondes à longueur de journée avec la même inutilité-vacuité que les marcheurs de demain. Alors pourquoi le bon peuple ne pourrait-il pas aussi s’exprimer ?

Gros égo pour Ségo !

Ségolène Royale explique à la presse ébahie qu’elle a inspiré les équipes d’Obama. Même si c’était vrai, à quoi cela sert-il de le claironner ?

Delanoé en route pour un second mandat à Paris

Erreur programmatique majeure : Delanoé apparaît en chemise grenat sur le fond orange du comité bidule du PS, tout son discours est avalé par ces couleurs qui jurent. Il a encore du ne vouloir en faire qu’à sa tête et ne pas écouter ses communicants. Ce n’est pas très grave car il est à craindre qu’il soit de toute façon réélu maire de Paris par les « bobos » parisiens en mal d’exotisme.