Festival Rock en Seine – 2010/08/27>28 – Paris Parc de Saint-Cloud

Vendredi 27 août 2010

Les Black Rebel Motorcycle Club ne quittent plus la route pour laquelle ils sont taillés, et Paris qui leur voue un franc succès. Après leur show au Bataclan en mai et l’annonce de leur retour à l’Elysée Montmartre en décembre, les voici à Saint-Cloud pour un set de 50 mn. Pete et Lea font eux-mêmes le sound-check pendant que la scène de la Cascade se remplit doucement. Il fait frais et sombre lorsque le groupe débarque et entame Beat the Devil’s Tatoo. Robert est encapuchonné et Saint-Cloud se réveille sous les assauts de sa basse.

L’Amérique Rock ‘n’ Blues a débarqué sur les bords de Seine pour nous réjouir. Que demander de mieux pour lancer la cuvée 2010 de Rock en Seine ?

Les fans pogotent, les musiciens se déchaînent, tout est noir et sombre et le Rock est notre destin mené d’un train d’enfer par trois apôtres à qui la foi a été révélée dans les garages enfumés de San Francisco.
Robert termine le show sur Spread your Love, debout sur la barrière qui contient le public. On peut être un rocker d’anthologie en cuir noir, on en a pas moins un gros cœur : son père, ex-guitariste de The Call, et ingénieur-son des BRMC est décédé il y a deux semaines lors d’un show du groupe en Belgique. Le site web des BRMC lui rend depuis hommage.

Set list : Beat the Devil’s Tattoo/ Love Burns/ Mama Taught Me Better/ Stop/ Bad Blood/ Ain’t No Easy Way/ Conscience Killer/ Berlin/ Weapon of Choice/ Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song)/ Spread Your Love

Samedi 28 août 2010

Paolo Nutini sur la Grande Scène, habillé en marinière (comme cette déplorable mode qui envahit les rues parisiennes), folkeux écossais sympatoche en diable avec un groupe qui assure. Un succès d’estime mérité.

Queens of the Stone Age : c’est du sérieux, des rockers sévèrement burnés qui viennent nous délivrer le message stoner rock de Californie sous la direction avisée de Josh Homme, doigts tatoués et bagousés, crête blonde gominée, blouson élimé, clope à tout va. La musique est plus sophistiquée qu’il n’y parait : rythmes hypnotiques, guitares grasses et son plutôt lourd. Le vent qui souffle n’abaisse pas la crête de Josh et les riffs assénés réchauffent les spectateurs. Il y a de la foi dans ce rock caverneux, il y a de la joie sur la Grande scène, nous sommes à Rock en Seine et le festival bat son plein avec toujours autant d’à propos.

Set list : Feel Good Hit of the Summer/ The Lost Art of Keeping a Secret/ 3’s & 7’s/ Sick, Sick, Sick/ Misfit Love/ Monsters in the Parasol/ Burn the Witch/ Long Slow Goodbye/ Little Sister/ I Think I Lost My Headache/ Go With the Flow/ No One Knows/ A Song for the Dead

Massive Attack est là ce soir et ils sont plus que bienvenus après leurs deux concerts parisiens du Zénith fin 2009. L’ambiance festival et la nuit qui tombe sur les grands espaces de Saint-Cloud donnent une coloration différente à leur musique d’outre-tombe. Martina est avec eux et vient d’assurer un remplacement au pied levé sur la scène de l’Industrie.
Le concert est de facture classique. Les infrabasses et les sons des machines montent vers la lune pendant que le commando des voix des Massive rencontre toujours un accueil chaleureux à la hauteur de leurs magnifiques et sombres performances.

On ne se lasse pas de cette musique de notre temps, les spectateurs sur la plaine absorbent goulument ces couches d’électronique sur lesquelles se placent les voix traitées. 3D assure la direction du collectif, DaddyG a la tête qui tangente les étoiles, Horace (pour une fois sans couvre chef) nous envoie des cœurs et des vibratos, Martina nous émeut aux larmes sur Teardrop et Deborah nous emmène au firmament sur Safe from Harm.
Les horaires étant ce qu’ils sont, les Massive Attack enchaînent Atlas Air sans même une pose de circonstance pour faire rappel. Le final est éblouissant pour des spectateurs enchantés dont les sens résonneront encore longtemps de l’obsédante ritournelle de clavier de ce morceau d’anthologie souligné par l’explosion stroboscopique du light show.
Le trip-hop de Bristol a encore frappé sur la France !

Set list : United Snakes/ Babel/ Risingson/ Girl I Love You/ Invade Me/ Mezzanine/ Teardrop/ Angel/ Inertia Creeps/ Splitting The Atom/ Safe From Harm/ Atlas Air

Ouh là là là là là là, Bryan apparaît en smoking noir, cravate mauve clair sur chemise blanche et boutons de manchette, accompagné de Phil à la guitare et aux cheveux blancs, Andy aux instruments à vent, Paul à la batterie, Colin Good au piano et d’un gang de gamins/gamines pour réinventer Roxy Music : la claviériste violoniste en combinaison moulé-argentée aux allures de catwomen (et d’Eddy Jobson, violoniste historique du premier Roxy), Oliver Thomson jeune éphèbe guitariste déjà présent sur la tournée Dylanesque, un bassiste en costard noir et quatre choristes black. Tout ce petit monde démarre sur Re-Make Re-Model à 21h pétante sur la scène de la Cascade, le premier morceau du premier disque historique de Roxy Music ! Ouh là là là là là là :

I tried but I could not find a way/ Looking back all I did was look away/ Next time is the best we all know/ But if there is no next time where to go’/ She’s the sweetest queen I’ve ever seen (CPL593H)/ See here she comes, see what I mean’ (CPL593H)/ I could talk talk talk, talk myself to death/ But I believe I would only waste my breath/ Ooh show me

Et en plus ils enchaînent sur Out Of The Blue ! Mon Dieu ; le chroniqueur solidement installé au premier rang défaille. Oh My God ! Ils osent enchaîner sur Out Of The Blue : boum_tchak-tchak_boum-boum_tchak-tchak_boum… frappe Bryan son poing droit dans la paume gauche ; boum_tchak-tchak_boum-boum_tchak-tchak_boum… martèle la violoniste à grand moulinets de son archet dans l’air ; boum_tchak-tchak_boum-boum_tchak-tchak_boum … assène Paul sur ses caisses, et monte la lancinante progression de cette exceptionnelle chanson jusqu’au solo final de violon à la stridence orgasmique exécuté avec brio par catwomen debout sur son estrade :

Then: out of the blue/ Love came rushing in/ Out of the sky/ Came the sun/ Out of left field/ Came a lucky day/ Out of the blue/ No more pain

Sur In Every Dream Home A Heartache, Oliver nous sert le solo d’origine sous le regard protecteur et attendri de Phil. Et Roxy Music poursuit sa folle cavalcade glamour avec autant de bonheur : Virginia Plan, Do The Strand, My Only Love… tous les classiques n’ont pas pris une ride et les gamins de 20 ans qui poussent derrière et dansent sur Let’s Stick Together n’en pensent pas moins.

Et puis vient A Song for Europe où Bryan plus élégant que jamais décline le déclin de notre continent sur les trilles mineures de Colin :

…And here by the Seine/ Notre-Dame casts/ A long lonely shadow/ Now – only sorrow/ No tomorrow.

Ses vibratos se terminent en murmures, se transforment en sanglots :

Here’s no today for us/ Nothing is there/ For us to share/ But yesterday.

Et enfin, bien sûr, Bryan siffle sur le final de Jealous Guy, juste For Your Pleasure… Les iphones clignotent, les cœurs battent la chamade et les gamins dans la fosse se regardent en découvrant que la musique a existé avant l’électronique !

Et pendant que Roxy Music finissait d’éblouir la scène de la Cascade, les Arcade Fire démarraient leur show sous forte menace météorologique. Le temps de courir vers la Grande Scène et tout Saint-Cloud est déjà sous le feu de Ready To Start. Même au bout du bout du terrain, le son est gigantesque et balaye les nuages, l’éclairage est violent et les Arcade sont déchaînés. Leur musique est calibrée pour les grands espaces et leur présence au final de Rock en Seine ne pouvait mieux tomber.

Les premières notes d’accordéon de Régine sur Laïka déclenchent comme toujours une véritable hystérie collective chez les spectateurs et une agitation remarquable sur scène avec nos huit compères en ligne hurlant : Our mother shoulda just named you Laika!

Le vent souffle et les rafales balancent le son d’un coté à l’autre de l’assemblée, on s’accroche au mât pour soutenir le groupe qui souque ferme. La vague de The Suburbs (Win aux claviers) nous submergent mais le show continue à tracer sa route dans un environnement déchaîné.
Sur les grandes orgues de Intervention les nuages crèvent et des rideaux de pluie ondulent au-dessus des têtes. Qu’importe, le navire est secoué mais toujours vent debout :

…Singing hallelujah with the fear in your heart/ Every spark of friendship and love/ Will die without a home/ Hear the soldier groan, « We’ll go at it alone »

Et puis sur We Use to Wait, l’équipage abandonne, la tornade se déchaîne, la scène est inondée, les équipes techniques recouvrent les instruments de bâches, et les spectateurs prennent leur mal en patience sous l’orage, guettant une accalmie qui ne viendra point.

Les Arcade sont désolés, s’excusent puis reviennent jouer Wake Up en acoustique (seuls instruments autorisés sous la pluie), puis s’en vont, comme l’orage d’ailleurs. Mais il est trop tard pour reprendre le show. Les horaires, toujours les horaires de notre société aseptisée ! Il y a 20 ans, quand les concerts commençaient avec trois heures de retard, on a jamais vu les Rolling Stones arrêter un concert à cause de la météo…

Qu’importe, malgré ce coitus interomptus l’édition de 2010 fut d’une excellente tenue. Seule ombre au tableau le logo mortifère qui empêcha nombre d’entre nous d’acheter le T-shirt de l’année.

Set list : Ready to Start/ Keep the Car Running/ Neighborhood #2 (Laika)/ No Cars Go/ Haïti/ Modern Man/ Rococo/ The Suburbs/ Ocean of Noise/ Intervention/ We Used to Wait
Wake Up @Info[Acoustic]

Hole – 2010/08/25 – Paris le Bataclan

Après avoir annulé son concert de mai Hole est au Bataclan ce soir pour animer ce mois d’août parisien, finalement plus rock que les années précédentes. La sortie de Nobody’s Daugther n’a pas rencontré un franc succès critique, mais qu’importe, Courntey Love vient le présenter à Paris avec un nouveau groupe au milieu de l’été et le moins que l’on puisse faite est d’y être.

Il fait déjà extrêmement chaud lorsque les lumières s’éteignent et que la sono lance le Boléro de Ravel. La Miss apparaît en train d’enfiler un petit pull beige distingué sur robe en soie noire, toujours sous une tempête de blondeur pour une coiffure bien ordonnée. Ne seraient-ce les bottes cuissarde, on la croirait apprêtée pour un salon de thé du VIIème arrondissement. Avec son guitariste, une grande bringue à la Sid Vicious (qu’elle présentera comme son fils à la fin du show), ils balancent leurs clopes, elle chausse sa guitare rouge vif et ils démarrent Pretty on the Inside suivie d’une magnifique reprise grungy de Sympathy for the Devil des Stones. C’est étonnant. Déjà le concert déchire grave.

Le show suit son fil, il fait de plus en plus chaud, le rouge à lèvres de notre héroïne déborde, l’avatar de Sid est torse nu, la foule tangue et le groupe délivre du vrai-bon rock des familles. Cela fait beaucoup de bien. Courtney réclame à tue-tête des clopes apportée par une roady et qu’elle jette après trois bouffées, elle parle beaucoup entre les chansons, raconte sa vie avant de replonger dans son histoire musicale agrémentée de plusieurs reprises (The Rolling Stones, Pearl Jam, Leonard Cohen, Fleetwood Mac…) parfois inattendues mais toujours servies à sa sauce plutôt relevée !

Elle a une belle voix qu’elle pousse en criailleries stridentes sur les morceaux chauds mais qu’elle sait aussi contrôler dans les graves lorsque le tempo ralentit ; ange ou démon, comme toujours la marque de fabrique de Courtney Love. Au bout d’une heure et demie, le Bataclan n’est plus que moiteur, le groupe s’est retiré après deux rappels et le petit peuple des rockers parisiens estivaux en grille une dernière sur le parvis du Bataclan, heureux et repu, revitalisé par l’énergie punk et malfaisante, mais toujours rafraîchissante, de Courtney Love !

Set list : Pretty on the Inside/ Sympathy for the Devil @Cover[The Rolling Stones]/ Skinny Little Bitch/ Miss World/ Violet/ Celebrity Skin/ Honey/ Take This Longing @Cover[Leonard Cohen]/ Pacific Coast Highway/ Malibu/ Plump/ Jeremy @Cover[Pearl Jam]/ Doll Parts
Encore : Play with Fire @Cover[The Rolling Stones]/ How Dirty Girls Get Clean/ How Dirty Girls Get Clean (pop version)/ Codine @Cover[Buffy Sainte-Marie]/ Someone Else’s Bed/ Gold Dust Woman @Cover[Fleetwood Mac]/ Thirteen @Cover[Big Star]/
Warm up : The Dodoz

Au Revoir Simone – 2010/08/22 – Paris le Nouveau Casino


Erika, Anny et Heather ; une blonde, une brune et une châtain ; trois grâces new-yorkaises qui pourraient paraître limite nunuches à pub Cornflakes sur une télé américaine, si elles n’excellaient à créer et diffuser une musak délicieuse et obsédante. Elles ont fondé un groupe électro-pop du mystérieux nom d’Au Revoir Simone, allusion faite à une réplique d’un film de Tim Burton. On les avait vues en première partie de Air en 2007 au Zénith, puis à quelques autres occasions parisiennes. Elles présentent ce soir leur dernier disque Still Night, Still Life, une réussite.

Nos trois misses sont calées en ligne derrière leurs claviers, micros et machines diverses. Elles nous déclinent avec le sourire des empilements de nappes sonores déployées sur les rythmes simples diffusés par leurs boîtes électroniques. Et elles chantent, gracieusement, délicieusement, adorablement. Pour tout dire, leurs petits minois mutins emballent merveilleusement cette musique d’ambiance mais pourquoi gâcher son plaisir, laissons-nous pénétrer par la douceur, emporter par la grâce. Erika, Anny et Heather sont venues de Brooklyn pour nous offrir un instant de fraîcheur dans la moiteur de l’été parisien : Play me a sad song/ ‘Cause that’s what I want to hear/ I want you to make me cry/ I want to remember the places that we left/ Lost to the mists of time.

Relaxons-nous, c’est juste du bon temps !

Rufin Jean-Christophe, ‘Katiba’.

Sortie : 2010, Chez : Flammarion. Espionnage dans le Sahara, terrorisme au Quai d’Orsay, cœurs déchirés et conflit de civilisations, les recettes un peu faciles d’un roman d’été pas inoubliable. Rufin, écrivain reclassé dans la diplomatie avant d’en claquer la porte, a écrit ce livre alors qu’il était ambassadeur de France au Sénégal. On se demande s’il n’avait rien à faire comme représentant de la République sinon meubler son inactivité en écrivant, ou alors si ce livre un peu léger lui a pris tellement peu de temps qu’il n’a point nui à ses activités diplomatico-mondaines.