Shannon Wright – 2010/09/30 – Paris le Point Ephémère

Shannon Wright est de retour moins d’un an après sa dernière prestation parisienne. Son prochain disque Secret Blood est tout juste annoncé pour les prochaines semaines.

Compositrice inspirée, toujours secrète et divagante, un jeu de guitare à la Lou Reed étrange et répétitif qui accompagne au mieux un chant extirpé du fond de son âme. Les concerts de Shannon sont toujours un moment exceptionnel où l’on voit un créateur livrer son être à un public. C’est sans doute la définition de l’Art. L’exercice est sincère et semble douloureux, comme initié par une force vitale qui n’est pas contrôlable. L’équilibre est instable et l’artiste surfe sur un axe étroit d’où tout peut basculer.

Affectueusement et efficacement entourée par un bassiste et un batteur, ses doigts frappent mécaniquement sur les cordes pendant que s’échappent ses cris d’une bouche parfois gigantesque noyée sous un déluge de cheveux roux.

Comme ensorcelée elle mène son show, chargée d’une mission divine… ou diabolique. Elle n’a d’autre choix que de délivrer le credo du rock, celui de l’électricité d’une poésie urbaine et touchante.

L’exorcisme abouti Shannon revient saluer sur la scène, purifiée de sa fureur, elle nous envoie son cœur et réintègre le monde qu’elle n’avait quitté que pour accomplir son destin musical.

Warm up : Mars Red Sky

Blonde Redhead – 2010/09/16 – Paris le Bataclan

Les Blonde Redhead sont de retour avec un nouveau disque : Penny Sparkle et un show au Bataclan. L’un et l’autre diffusent une ambiance électro nouvelle à l’image de Black Guitar qui démarre sombrement ce concert : longue élégie amoureuse où se superposent les arpèges de guitare sur les boites à rythmes, les nappes de claviers (jouées par un roadie de circonstance) et les dialogues d’Amadeo et de Kazu, cachée sous un masque en bois et rafia d’origine indéterminée : Black guitar gave me a song/ The role of your own demise awash my tears/ If the sun may blind you/ I find you the moon/ No one shadows/ The retina of your heart.

Le disque est disponible depuis trois jours seulement et peu nombreux sont ceux qui en connaissent déjà l’atmosphère un peu déroutante, aussi lorsque retentissent les stridences de Spring enchaîné sur Dr. Strangelove le public manifeste son plaisir d’un retour en territoire plus familier et dynamique.

Mais les Blonde ont atterri sur une nouvelle planète vers laquelle ils nous ramènent avec douceur, celle de l’électro où plane toujours bien haut la voix de Kazu, surfant sur des vagues de tendresse et de mystère. Habillée d’un pantalon à paillettes et d’un pull elle joue alternativement de la guitare ou de la bass, ou alors ondule accrochée à son micro dans un érotisme musical torride.

Elle se loupe sur deux lancements et dans un grand éclat de rire fait redémarrer le groupe plus à propos. Elle n’arrive plus à arrêter son clavier à la fin d’un morceau. Tout cela fleure bon le démarrage de tournée mais tout leur est presque pardonné. Laissez le charme agir !

Un petit rappel-retour sur Penny Sparkle et c’en est fini d’un show un peu court et improvisé qu’il faudra confirmer à l’écoute du disque mixé par Alan Moulder (Nine Inch Nails, Smashing Pumpkins, The Cure). Nouveau son, nouvelle inspiration, nouveau tempo, le trio new-yorkais exotique continue une route de traverse intéressante sur laquelle nous les suivrons avec gourmandise !

Set list : Black Guitar/ Here Sometimes/ Spring And By Summer Fall/ Dr. Strangeluv/ Love or Prison/ Oslo/ Falling Man/ 23/ SW

Encore : Not Getting There/ Harry and I/ Penny Sparkle

Beigbeder Frédéric, ‘Un roman français’.

Sortie : 2009, Chez : Livre de Poche 31879. Au cœur d’une (longue) garde à vue pour consommation de cocaïne, notre chevelu ex-fils de pub reconverti dans la littérature, revient sur son enfance. Celle d’un gamin errant dans un milieu socioculturel plutôt favorisé, baladé avec son grand frère, au gré du divorce de ses parents, de Neuilly à l’école Bossuet en passant par des voyages au long cours et la fréquentation du beau monde, apprenant l’anglais à New-York sur Dust in the Wind de Kansas, découvrant l’ivresse de la vitesse avec Jacques Laffitte conduisant l’Aston-Martin paternelle, et les grands auteurs dans la bibliothèque de la maison familiale au pays basque. L’itinéraire d’un enfant gâté de cette fin du XXème siècle qui s’est mis lui aussi à divorcer (deux fois) et, lorsque que les réjouissances du Polo club et de Castel ont cessé de l’intéresser, finalement, à se consacrer à l’essentiel, sa fille et les choses de l’esprit. C’est enlevé, bien écrit et plutôt charmant.

le Carré John, ‘La Chant de la Mission’.

Sortie : 2007, Chez : Points 2028. Les aventures d’un interprète originaire du Kivu, engagé pour ses talents dans une machination fomentée par de bons espions européens qui veulent « le bien » du Congo oriental et s’apprêtent à y organiser un coup d’Etat pour s’approprier ses richesses minérales, sous couvert de bons sentiments. Tout le monde en prend pour son grade dans un monde de corruption de fureur et de prévarication, les blancs comme les africains. Les tutsis rwandais ne sont pas les derniers à être épinglés pour leur férocité et leur machiavélisme. L’idée du personnage de l’interprète au courant de tout mais blanc comme neige est intéressante et permet à l’auteur de porter un regard perçant sur les autres personnages de ce roman hauts en couleurs.

Bramly Serge, ‘Le premier principe Le second principe’.

Sortie : 2008, Chez : Livre de Poche 31746. Passionnante histoire d’espionnage dans la France des années délétères de la fin de l’ère Mitterrand où se mêlent marchands d’armes, cabinets ministériels, supercheries des services, photographes people et manipulations diverses. Des faits réels (le « suicide » de Bérégovoy, la mort « accidentelle » de Lady Diana et d’autres) sont remis en perspective à l’aune des sales histoires de la République et de l’imagination débridée de l’auteur. On reste persuadé que tout ce qu’il invente aurait largement pu exister et a d’ailleurs peut-être été ! C’est ce qui donne à ce roman une actualité haletante de vérité.