Les ravages de deux clowns latinos

Le Venezuela et, dans une moindre mesure, le Nicaragua sont en cours d’effondrement, menés l’un et l’autre dans le gouffre par deux clowns obstinés d’inspiration marxiste.

Le cas du Venezuela est particulièrement navrant, d’une part car le pays est assis sur une richesse pétrolière très significative et, d’autre part, ce grand pays continue à être gouverné sur des idées d’un autre âge : l’anti-impérialisme américain et le Capital de Marx, le tout maintenu par une hiérarchie militaire et policière solide. Depuis quelques mois l’inflation se compte en milliers de %, la devise locale n’a quasiment plus de valeur, les réserves pétrolières sont sous exploitées par manque d’investissements, la population fuit dans les pays avoisinants et la répression de la contestation est énergique. C’est un véritable modèle de la direction à suivre pour atteindre la faillite économique et humaine d’une nation entière. Il reste à espérer que le régime s’effondre de lui-même sans trop de violence et que le pays soit repris en mains par des dirigeants réalistes. En tout état de cause, il y en aura pour plusieurs générations pour redresser cette économie dans l’hypothèse optimiste où le top-départ serait donné rapidement. C’est loin d’être le cas pour le moment et les responsables du pays continuent à diffuser un discours surréaliste digne des plus beaux moments de l’URSS ou de Cuba, en regardant le pays se dissoudre sous leurs yeux.

Le Nicaragua fut dirigé pendant des décennies par des dictateurs soutenus par l’Eglise et les Etats-Unis, anticommunistes et dignes des romans de Garcia-Marquez. Ils moururent généralement de morts violentes jusqu’à ce qu’un pouvoir révolutionnaire s’installe aux commandes en 1979 sous la férule communiste de Daniel Ortega à la tête du parti sandiniste, mettant fin à la dynastie Somoza. Le régime est soutenu par l’intelligentsia bobo européenne. Le groupe britannique The Clash sort à cette occasion en 1980 un légendaire triple album intitulé Sandinista !

Après un intermède de libéralisation du régime qui organise des élections qui voient gagner des candidats libéraux, Ortega est revenu au pouvoir en 2006, adoptant la nouvelle orientation initiée par ses prédécesseurs. Il fait nommer sa femme comme vice-présidente et gère depuis ses petites affaires en famille. Des mouvements contestataires se développent dans le pays depuis quelques mois qu’Ortega réprime dans la violence. A la différence de ses collègues vénézuéliens le garçon a tourné sa veste idéologique sans trop de difficultés mais fait tout pour rester au pouvoir, telle une bernique collée à son rocher.

Au Venezuela comme au Nicaragua, une caste de dirigeants de rencontre préfère dévaster leurs pays plutôt que de renoncer à leurs idéologies ou leurs ambitions. Ils rendront les armes un jour ou l’autre car ils ont déjà échoué.

Désespérance des idéologies religieuses

La religion catholique se débat depuis des décennies dans d’interminables, récurrentes et déprimantes histoires de pédophilies. Des curés à la sexualité trouble ont violenté des enfants pendant des générations entières, souvent des petits garçons, parfois des filles, dans un silence assourdissant et… religieux. Rien de vraiment bien nouveau, même la littérature en a parlé, Montherlant et d’autres.

Ce qui provoque l’ire actuelle des victimes et les réjouissances de la presse c’est qu’il apparaît que certains de ces agissements illégaux et moralement choquants de prêtres catholiques auraient été couverts par leurs hiérarchies, locales ou vaticanes, pour les soustraire à la justice. Des cardinaux ont déjà été mis sur la touche, si l’on ose dire, voire démissionnés par un pape qui n‘arrive pas bien à se dépêtrer de ces affaires gênantes et, en tout cas, très contraires aux enseignements de la Bible.

La corporation catholique cherche à se protéger mais comme souvent en ces circonstances il apparaît des « sociaux-traitres ». Un ancien ambassadeur du Vatican (Carlo Maria Vigano) vient de publier une lettre ouverte de 11 pages (cf. ci-dessous) dans laquelle le garçon explique qu’il a déjà dénoncé ces pratiques pédophiles auprès de sa hiérarchie depuis 2006 lorsqu’il était en poste aux Etats-Unis. La lettre rappelle tous ces faits et cite les noms des coupables, des faits et de leur couverture. Au bout des 11 pages de dénonciation, il implore le pape de reconnaître ses erreurs et de démissionner, et Dieu de les aider sur le chemin de la repentance :

In this extremely dramatic moment for the universal Church, he must acknowledge his mistakes and, in keeping with the proclaimed principle of zero tolerance, Pope Francis must be the first to set a good example for cardinals and bishops who covered up McCarrick’s abuses and resign along with all of them.

Even in dismay and sadness over the enormity of what is happening, let us not lose hope! We well know that the great majority of our pastors live their priestly vocation with fidelity and dedication.

It is in moments of great trial that the Lord’s grace is revealed in abundance and makes His limitless mercy available to all; but it is granted only to those who are truly repentant and sincerely propose to amend their lives. This is a favorable time for the Church to confess her sins, to convert, and to do penance.

Le pape quant à lui s’est refusé à commenter cette lettre ouverte mais a conseillé à tous de la lire. C’est ce que nous avons fait. Il s’agit d’une classique lettre de dénonciation, au moins est-elle signée. Le lecteur lambda est bien sûr incapable de démêler le vrai du faux. On a rarement vu par ailleurs une corporation s’autosanctionner objectivement pour ses errements. La justice de Dieu a ses limites et, en ce qui concerne des affaires pénales, c’est la justice des hommes qu’il faut laisser agir, basée sur le code pénal et non sur la Bible. La Justice française est saisie du cas de l’évêque Barbarin soupçonné d’avoir couvert des actes de pédophilie dans son diocèse de Lyon, elle jugera bien mieux et objectivement que des cardinaux réfugiés à Rome. Il faut faire de même avec d’autres religieux qui seraient soupçonnés de faits comparables.

Le célibat imposé au statut du prêtre pousse sans doute les sexualités perverties à se manifester plus facilement. Il faut probablement réfléchir à le faire évoluer, comme d’ailleurs d’autres dogmes datant d’un autre âge, ce qui n’est pas gagné compte tenu du côté très réactionnaire de cette religion. C’est sans doute à ce prix qu’elle regagnera des parts de marché en Occident. En attendant il est plus prudent que les parents ne mettent pas leurs enfants dans des écoles religieuses ni ne les envoient dans des organisations catholiques pour les vacances ou le catéchisme. Il existe bien d’autres alternatives dans nos sociétés pour l’éducation et les loisirs de nos chères petites têtes blondes car il est à craindre que ces histoires de curés touche-pipi seront aussi éternelles que l’au-delà qu’ils nous promettent dans les églises, hélas !

La lettre ouverte de Carlo Maria Viganò

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Les migrants et le patronat

On avait déjà noté les réactions du syndicat patronal MEDEF en septembre 2015 lors du pic de la crise de l’immigration : son patron de l’époque vantait alors dans une tribune du journal Le Monde « l’opportunité » que représentaient ces migrants :

Cessons toute condescendance envers ces migrants : ils ont souvent un fort niveau d’éducation, sont la plupart du temps jeunes, formés et n’ont qu’une envie, vivre en paix et pouvoir élever une famille… Accueillons-les et sachons tirer profit de leur dynamisme, de leur courage, de leur histoire aussi. Accélérons enfin nos réformes pour être capables de les intégrer pleinement dans la durée… Nous en sortirons tous gagnants. Agissons.

Bien entendu il ne précisait pas ce qu’il plaçait derrière ce slogan « Agissons. »

Aujourd’hui le Groupement national des indépendants de l’hôtellerie et de la restauration (GNI-Synhorcat) rappelle dans un communiqué du 10/08/2018 rappelle la pénurie de main d’œuvre face à laquelle se trouve ce secteur et propose comme l’une des solutions possibles à cette situation l’embauche des migrants titulaires des papiers et autorisations nécessaires.
En principe ils peuvent déjà le faire si ces migrants sont légalement autorisés à travailler, pas besoin de faire un communiqué pour ça. Dans la vraie vie on peut penser que ce syndicat cherche à exercer une légère pression sur les autorités administratives pour accélérer la délivrance de papiers aux populations immigrées afin de pouvoir les embaucher. Bien entendu les syndicats ouvriers soupçonnent très fortement le patronat d’être pro-immigration afin de peser sur les salaires et d’éviter de devoir augmenter ceux-ci pour intéresser les chômeurs nationaux… On ne peut pas complètement exclure un tel machiavélisme.

Ensuite, nous sommes dans la vraie vie du libéralisme, là où un Etat doit pouvoir faire de la politique s’il veut vraiment interférer dans les règles du marché : est-on capable de pousser des chômeurs français actuels vers ces emplois peu qualifiés? S’il faut pour ce faire augmenter les salaires de la profession est-on en position de compenser ces hausses de coûts par la baisse d’autres charges ou faudra-t-il accepter une hausse des prix au risque de décourager les consommateurs ? Ou faut-il orienter des populations immigrées vers ce marché, quitte à ouvrir les vannes de la délivrance de papiers pour ce secteur ? C’est un sujet pas facile à traiter compte tenu de sa sensibilité. Il mérite en tout cas beaucoup de pédagogie de la part des décideurs et sans doute un peu d’innovation.

Ce qui est ironique dans cette situation est que si véritablement les règles du marché s’appliquaient librement, en principe les salaires de cette profession devraient augmenter tout seul puisque la demande de personnel est supérieure à l’offre. Ce n’est pas le cas et c’est l’une des nouveautés de la pratique économique ces dernières années : le marché répond désormais à la surchauffe du marché du travail par la précarisation de celui-ci. La perspective de cette réserve de travailleurs immigrés à bas prix pousse aussi sans doute le patronat de ce secteur à l’attentisme… Nous sommes dans un cycle qui peut-être s’inversera un jour, personne ne le sait à ce stade.

Lire aussi : Les migrants et Mme. Michu

Les migrants en Italie et Mme. Michu

Le gouvernement italien continue à faire pression sur les autres pays européens en refusant de faire débarquer des migrants sur son territoire tant que des pays tiers n’ont pas accepté de se les répartir. Que ces migrants soient à bord de bateaux humanitaires ou de garde-côtes italiens le pouvoir, fortement représenté par son ministre de l’intérieur d’extrême droite, interdit leur débarquement. Cette politique semble largement soutenue par la population locale et provoque l’intérêt de celles des pays avoisinants. Jusqu’ici des accords ont pu être trouvés avec les pays tiers qui ont accepté d’accueillir leur quota d’occupants de ces bateaux de la misère. Elle provoque les résultats annoncés puisque jusqu’ici il n’y a plus de nouveau migrant, candidats au statut de réfugié ou pas, qui rentre en Italie. Cela risque de ne pas durer très longtemps tant est puissant l’attrait exercé par le mirage de nos démocraties européennes sur ces populations issues de pays pauvres et/ou en guerre.

D’un point de vue purement technique on peut dire que tant que ces flux ne seront pas taris au départ, le problème continuera d’exister et de déclencher ces vagues démagogiques et déprimantes au cœur des populations et des pouvoirs européens. Les pays méditerranéens sont face à deux solutions, soit laisser couler les bateaux de migrants, soit les admettre sur leurs territoires. La première alternative n’a à ce jour jamais été vraiment formellement décidée, ce qui n’a pas empêché de déplorer plusieurs dizaines de milliers de morts lors de ces voyages. La seconde est en cours de déploiement ; on a vu comment les pays d’Europe de l’Est ont bloqué la « route des Balkans » en construisant des murs à leurs frontières et en refusant toute admission que ce soit de migrants ; on voit comment l’Italie fait plus ou moins de même en exigeant de ses partenaires qu’ils acceptent les migrants débarquant sur son territoire, qu’ils puissent prétendre au statut de réfugié ou pas.

Car ces flux de populations fuyant leurs pays d’origine sont un mélange de potentiels réfugiés politiques en provenance de dictatures ou de pays en guerre, et d’émigrants économiques qui ne peuvent pas prétendre au statut de réfugié au regard des accords internationaux en la matière. L’un des problèmes réside dans le fait que pour cette dernière catégorie, une fois refusé ce statut de réfugié, les migrants concernés devraient être expulsés dans leurs pays d’origine selon les lois et règlements des pays d’accueil mais ceux-ci n’y arrivent pas pour de multiples raisons et ces migrants viennent grossir la population des sans-papiers provoquant l’ire de Mme. Michu et ses votes populistes.

Souvent l’impossibilité d’expulsion est due à la mauvaise volonté des pays d’origine qui refusent tout simplement de réadmettre leurs ressortissants. C’est un vieux problème, même les fameux « charters Pasqua » s’étaient heurtés à cette difficulté. Compte tenu des conséquences actuelles délétères de la question de l’immigration sur l’évolution politique de nos démocraties occidentales il va falloir que celles-ci soient en mesure d’appliquer leurs propres lois, votées démocratiquement, et de pouvoir librement décider qui peut entrer ou pas, et dans quelles conditions, sur son territoire. L’expulsion des refusés devra être possible, au besoin en négociant avec les pays d’origine pour les inciter fortement à réadmettre leurs propres citoyens.

L’acuité de cette question rend nécessaire la maîtrise de ces flux sous peine de voir se généraliser en Occident des pouvoirs populistes qui se font élire sur des questions démagogiques d’immigration et vont échouer sur le reste en érigeant la fermeture tous azimuts des nations en principe de gouvernement. La théorie de « l’appel d’air » est fortement contestée par nombre d’humanitaires, certes, il convient au moins d’essayer de créer les conditions de la simple application de nos lois (ou alors de changer celles-ci) en matière d’expulsion ce qui n’a jamais été vraiment réalisé jusqu’ici. Si l’on échoue sur ce point il est à craindre que ne se renforcent encore les croyances dans les différentes théories du complot et autre « grand remplacement » auxquelles adhère si facilement Mme. Michu et que développent avec gourmandise Nadine Morano et consorts.

Abadie-Landel à Trébeurden

 


Pierre Abadie-Landel (1896 – 1972), peintre aux origines bretonnes est exposé par la municipalité de Trébeurden via la collection privée d’Alain Raux, un trébeurdinais décédé il y a peu. Artiste complet, il a prospéré durant les années folles dans le quartier parisien de Montparnasse : aquarelles, gouaches, dessins, céramiques, caricatures, illustrations… Il a fréquenté les plus grands et fut exposé dans les salons les plus renommés, avant de retomber dans un relatif oubli.

Il a peint surtout les personnages et beaucoup des bretons, retraçant avec réalisme la force et l’austérité des habitants de cette région. Il s’est aussi avancé dans la peinture des clowns du cirque, activité dans laquelle il travailla. Ces portraits de clowns tristes sont souvent accompagnés de l’ombre de l’Ankou (le symbole de la mort dans la mythologie bretonne) qui plane dans le paysage, marquant l’intérêt de l’artiste pour la dualité vie-mort qui marque nos existences. On le voit aussi dans la caricature de la chose militaire lui qui vécut la tragédie de la première guerre mondiale.

Abadie-Landel fut un artiste inspiré et ironique, il est heureux que la passion des collectionneurs le maintienne dans l’actualité.

Un chef anglo-saxon pour Air France

Après des mois de recherches et tractations plus ou moins discrètes, Air France, la compagnie aérienne détenue par les contribuables français à travers l’Etat à hauteur de 14,30%, a nommé son futur pédégé qui est l’actuel sous-pédégé d’Air Canada. Plus exactement c’est le groupe Air France – KLM qui a désigné son chef comme l’indique le communiqué officiel :

Le Conseil d’administration d’Air France-KLM, réuni le 16 août 2018, a décidé de nommer Benjamin Smith Directeur général d’Air France-KLM.

Benjamin Smith  est un dirigeant  reconnu du secteur du transport aérien au plan international. Il a joué un rôle majeur au cours des 20 dernières années au sein d’Air Canada, dont il a été un acteur clé du développement économique et commercial, de la transformation, de la création de valeur et de l’engagement des équipes de la compagnie. Il était jusqu’à ce jour President Airlines et Chief Operating Officer d’Air Canada…

Le volet Air France de ce groupe fut plusieurs fois au bord de la faillite au cours des dernières décennies et chaque fois renfloué par les contribuables. Une des causes majeures de cette situation fut, et demeure, la rigidité des syndicats de salariés ne voulant en aucun cas compromettre sur « leurs avantages acquis » et satisfaire aux nécessités de la concurrence féroce apparut sur le marché du transport aérien. Autrefois compagnie majoritairement publique, ces syndicats ont pris des habitudes d’enfants gâtés sachant que les contribuables étaient toujours présents pour éviter la faillite de leur société qui aurait dû en principe intervenir si la compagnie se trouvait dans une situation d’entreprise privée.

Lire aussi : Air France en chute libre

Des grèves à répétition début 2018 ont entraîné la démission du pédégé de l’époque qui était un haut-fonctionnaire français comme ce fut régulièrement le cas depuis l’origine d’Air France. Cette fois-ci, l’actionnariat désormais majoritairement privé et relevant plutôt d’une logique libérale, a décidé d’imposer sa volonté en nommant un professionnel du secteur pour essayer de redresser Air France. Il fallut pour ça tripler le salaire du pédégé afin de l’aligner sur les conditions de marché car les volontaires de se bousculaient pas au portillon pour prendre la tête de ce groupe qui n’est qu’une source d’ennuis et d’échec.

A peine connu cette nomination, les syndicats d’Air France éructent leur colère et diffusent un communiqué de bienvenue à leur nouveau grand chef ce 16 août :

En ce qui concerne la candidature du prochain PDG à la tête de NOTRE entreprise, l’intersyndicale soutient qu’il est inconcevable que la compagnie Air France, Française depuis 1933, tombe dans les mains d’un dirigeant étranger dont la candidature serait poussée par un groupe industriel concurrent (Delta Airlines pour ne pas le citer…

On retient de « NOTRE entreprise » en première ligne. C’est la vieille tradition syndicale française qui fait considérer les anciennes sociétés publiques comme la « propriété » desdits syndicats. On voit où cela a mené Air France ! Chaque restructuration de cette compagnie a été considérée comme celle de « la dernière chance », mais chaque fois ce ne fut pas le cas et il y eut un énième plan de la « dernière chance » a été exécuté du fait de la faiblesse de l’Etat français.

Le nouveau pégégé va devoir s’attaquer à rude épreuve. Sa place est peu enviable, gageons que les syndicats vont lui rendre la vie impossible, une menace de grève est déjà annoncée s’il ne donne pas satisfaction aux revendications salariales. Le contexte a un peu changé avec un Etat qui a déjà affiché sa volonté de ne pas interférer dans le redressement de la compagne et, surtout, de ne rien payer pour celui-ci. Il n’est pas sûr qu’il arrive à tenir cet engagement. Les contribuables l’espèrent, les syndicats n’y croient pas. L’avenir va être intéressant.

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Les dictateurs jardinent


Une journaliste du Monde a identifié le parc Kim Il-sun dans le centre de Damas en Syrie. Inauguré en 2015, ce jardin est fermé au public mais son portillon est facilement franchissable et des gamins jouent au football sur ses pelouses. Il semble que ce parc ait été édifié en hommage à l’indéfectible amitié liée entre les dictateurs à la tête de ces Etats. Dans les deux pays le pouvoir se repasse de père en fils qui appliquent des politiques assez similaires avec comme objectif premier de garder le pouvoir au sein de la famille. Jusqu’ici ils y ont réussi. Les Assad rendant hommage aux Kim, c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité.

Salaires, prix et profit

La compagnie aérienne « low cost » Ryanair est soumise au dilemme capitaliste si bien décrit par Marx dans son célèbre article « Salaires, prix et profit ». Pour consentir des prix de vente du transport aérien considérablement plus bas que ceux des compagnies classiques, Ryanair joue sur tous les tableaux pour réduire ses coûts : une seule catégorie d’avion, rotation accélérée de ceux-ci, subventions publiques pour l’utilisation d’aéroports régionaux et, surtout, optimisation des frais de personnel d’une façon plutôt hétérodoxe. Les pilotes sont des autoentrepreneurs prestant leurs services à la compagnie sous des contrats généralement de droit irlandais, évitant à celle-ci d’employer des salariés et de payer des charges sociales dans les différents pays d’origine de ceux-ci. Bien gérée, cette compagnie est devenue l’une des premières en Europe.

Dans le trio « salaires-prix-profit », les deux premiers éléments sont liés et figurent à un niveau bas, les profits semblent quant à eux normaux pour une société cotée en bourse. Tout allait bien jusqu’ici car les pilotes n’avaient guère d’autres opportunités de trouver du boulot ailleurs mais le vent est en train de tourner et le marché du pilote devient désormais demandeur, poussant ceux de Ryanair à s’agiter et à réclamer de meilleures conditions à leur employeur. On voit donc actuellement des grèves de pilotes de cette compagnie coordonnées sur plusieurs pays et menant à l’annulation de centaines de vols.

Le rapport de forces est engagé. La compagnie ne semble pas prête pour le moment à modifier sa politique salariale mais par contre disposée à pousser ses pilotes dans leurs retranchements. S’ils partent en masse (le pourront-ils ?) la compagnie devra revoir son modèle ; si elle veut maintenir son caractère low-cost (l’aspect prix) il faudra compenser la hausse des salaires par une baisse des profits. Si le capitaliste veut maintenir son niveau de profit, il faudra donc augmenter les prix et donc perdre le label low-cost. Si par contre les pilotes perdent la partie, le modèle pourra être poursuivi tel quel.

L’équation salaires-prix-profit est incontournable, la variation d’un de ses éléments doit être compensée par la variation de sens inverse d’un ou des deux autres éléments pour aboutir un résultat constant. Marx a développé ce concept finalement assez simple dès 1865. Ryanair est en train de le revalider.

Duc de Castries, ‘Louis XVIII’.

Sortie : 1983, Chez : Editions de Crémille.

L’histoire d’une ambition, celle du frère de Louis XVI qui endurera les affres de la révolution française de 1789, l’empire de Napoléon et son cortège de guerres et de massacres, les tentatives d’attentat contre sa personne et celles de sa famille, et 20 années d’exil dans des conditions parfois rocambolesques, avant d’arriver à réaliser son rêve et devenir roi de France de 1814 à 1824.

Comte de Provence il se crut toujours mieux à même de régner que Louis XVI et n’eut de cesse sa vie durant que d’accéder au pouvoir suprême, au besoin en complotant contre son frère. Comme le Bourbon qu’il était, solidement assis sur ses privilèges, il ne vit pas venir la révolution. Alors que Louis XVI fuyait Paris avant d’être rattrapé, il eut plus de chance et commença son exil en 1791 à Coblence. Avec d’autres nobles il fuit la guillotine de Robespierre puis s’auto-octroya le titre de Régent alors que Louis XVI fut emprisonné, puis exécuté. Il chercha des années durant à fédérer l’aide des monarques européens pour revenir en force sur le territoire national afin d’y restaurer la monarchie des Bourbons.

Il lui fallut attendre la défaite de l’expérience impériale menée par Napoléon l’inconséquent pour, enfin, réaliser en 1814 son objectif de toujours et s’installer sur le trône de France. La folie guerrière et mégalomaniaque de l’empereur ont fait considérer l’intronisation de Louis XVIII comme un moindre mal, par le peuple comme par les alliés européens vainqueurs de la France.

Insatiable, Napoléon revint le temps des 100 jours avant d’être définitivement réduit à Waterloo et exilé à Sainte-Hélène. Louis XVIII et sa cour reprirent donc le chemin de l’exil le temps que l’affaire se règle, encore dans les flots de sang propres à l’action napoléonienne.

Après toute cette furie, une fois sur le trône Louis XVIII eut à cœur de rétablir la paix en France et de mener des relations apaisées avec les autres puissances européennes qui occupèrent le pays quelques années après Waterloo.

La monarchie, toujours de droit divin, était néanmoins devenue plus ou moins constitutionnelle et le roi eut à compromettre avec un parlement. Le pouvoir absolu n’était plus qu’un lointain souvenir. Louis XVIII sut s’adapter à ce nouvel environnement et louvoyer au milieu des complots, de la gauche, de la droite, de la presse, des envieux, des nobles quémandeurs, des exilés vengeurs, des napoléoniens déçus, de la guerre d’Espagne pour sauver un Bourbon, bref, il gouverna le pays sans doute pas plus mal qu’un autre et le prépara à la République qui n’allait plus tarder à revenir d’actualité. A sa mort en 1824, il laissa le pays à son frère dans un bien meilleur état que Napoléon le fit à son successeur ce qui est déjà un résultat notable. L’Histoire populaire a gardé le souvenir de l’Empereur et un peu oublié celui de Louis XVIII, c’est dommage mais la mémoire des peuples retient plus souvent le nombre des morts et des conquêtes au cours d’un règne que les résultats d’une saine administration. C’est ainsi !

Le Duc de Castries (René de La Croix de Castries, 1908-1986) auteur de cet ouvrage fut membre de l’Académie française et historien. Son style est agréable et suranné, son appartenance à une grande famille de France ne l’empêche pas de prendre parti sur les évènements relatés, il le fait avec mesure et analyse, c’est l’essentiel.

Les joueurs de rugby tombent

Un joueur de rugby de 21 ans est décédé ce 10 août après un choc sévère sur le terrain. Le lien entre les deux évènements est en cours d’analyse. Comme à chaque drame de cet ordre, la presse sportive, éventuellement suivie par les fédérations de ballons, constate que la professionnalisation du rugby a renforcé la force physique des joueurs et les affrontements violents sur le terrain. La médiatisation et les intérêts financiers ont fait le reste : le nombre de traumatismes crâniens avec séquelles lourdes augmente sensiblement, la mort est parfois au bout du chemin, même au cours de matchs amateurs. Des constats équivalents sont portés sur le fouteballe américain ou la boxe.

Il suffit de passer quinze minutes devant un poste de télévision lors d’un match de ballon ovale pour comprendre la violence de ce « jeu », voire même s’étonner qu’il n’y pas plus de blessés. Mais le public est enthousiaste et les télévisions en redemandent. Du pain et des jeux pour le peuple…

La bonne nouvelle est que pour réduite cette hécatombe, en théorie, il suffit de ne plus jouer au rugby et de passer au curling. La moins bonne est que c’est plus difficile à faire qu’à dire tant l’attrait que ces « vedettes » du ballon exercent est fort en ces temps d’affadissement intellectuel de nos sociétés. Des gamins de 20 ans s’y brulent les ailes en espérant un jour briller sous la lumière des stades.

Pour Louis Fajfrowski qui jouait à Aurillac, il est trop tard pour réfléchir, hélas.

Festival de Musique de chambre de Perros-Guirec


Sonates de Beethoven, Schumann et Franck par le duo Sayaka SHOJI au violon et Ilya RASHKOVSKIY au piano ; c’est beau comme le coucher de soleil sur la baie de Trestraou sur laquelle donne la salle concert de Perros-Guirec. Ces jeunes musiciens développent une technicité et un talent remarquables, fruit sans doute d’années de travail. L’un comme l’autre ont commencé leur instrument à un âge où leurs congénères jouent aux billes et à la poupée. Le résultat est impressionnant. Le programme est des plus classiques, il est interprété avec bonheur.

ARASSE Daniel, ‘Histoires de peinture’.

Sortie : 2004, Chez : folio essais 469.

Ce livre est un recueil des scripts d’une vingtaine d’émissions diffusées en 2003 sur France-Culture dans lesquelles Daniel Arasse, historien d’art, a développé sa vision de la peinture. Spécialiste amoureux des peintres italiens de la renaissance, il analyse en 25 chapitres les techniques utilisées par les artistes de cette époque et les illustre par les photos de 45 œuvres reproduites au milieu de l’ouvrage.

Arasse revient sur l’apparition de la perspective, les rapports entre la peinture et la nature, l’inspiration divine et la religiosité contenue dans certaines toiles, le maniérisme, Leonard de Vinci, Vermeer, l’anachronisme, le détail invisible dans les peintures, la diffusion populaire de l’art, la restauration des œuvres, et, finalement, le lien de cette époque avec l’art contemporain.

Ces chapitres se déroulent comme des leçons inaugurales, c’est un élégant torrent d’érudition et de passion qui nous fait vivre les œuvres décrites et comprendre la technique et son évolution à travers le temps.

Les idoles de la jeunesse


Deux rappeurs à tête de talibans, et leurs bandes respectives, se battent à l’aéroport d’Orly et saccagent une boutique. L’aérogare où se déroulent les évènements est fermée quelque temps et certains avions sont retardés. La police arrête les loubards et les embastillent. Ils sont ensuite mis en examen.

Tout ceci aurait pu se limiter à une bagarre entre deux crétins plus portés sur le muscle que sur les neurones, mais il se trouve que les impétrants sont des idoles des jeunes pour leur rap tout en subtilité, qu’on en juge :


2.7.0. toujours plus haut, la République me suce le tuyau
Monsieur l’agent, je t’enfonce le triangle, Sevran et le gilet fluo
Je veux faire des sous mais je suis paresseux
J’aime pas ta gueule je te baise ta reu-sœu
Je n’ai que confiance qu’en mon Desert Eagle
Et en Zizou dans les arrêts de jeu
Elle est dans la chambre, elle est sous les draps (hum hum)
J’ai des jambes à la place des bras
Elle pense que je suis en train de la doigter (hum hum)
Je lui mets mon gros doigt de pied
Mes deux questions préférées
Qu’est-ce que je vais faire de tous ces deniers?
Si je te fends le crâne en deux, quel œil va se fermer le premier?
Continue à glousser, je te fume et je roule un trois feuilles
Tes ongles continuent à pousser tu pourras griffer ton cercueil
J’ai la prose qui tue et, même ton corps reconstitué
On ne sait toujours pas qui tu es, ta grand-mère la prostituée
Montre en diamants, lunettes de soleil
Sors les kalash comme à Marseille
Ma question préférée, qu’est-ce je vais faire de tout cet oseille?

Kalash – Booba

Alors le sujet fait la une de l’actualité depuis quelques jours, des ministres de la République se croient obligés de commenter et les journalistes abrutissent leurs téléspectateurs d’analyses à deux balles. Après le fouteballe en juillet, le rap en août, c’est le triomphe de la bêtise humaine qui prend progressivement le pas sur la pensée. La bonne nouvelle c’est quand même qu’un peuple qui n’a rien d’autre à faire que de se passionner pour un tel évènement est finalement un peuple qui, au moins matériellement, ne se porte pas si mal que ça. Pour ce qui de l’intellect, c’est une autre histoire…

Lire aussi : Le social-traître

La justice ne s’est pas encore prononcée. On se prend à espérer que les loubards soient condamnés à recevoir une grosse fessée culs-nus et à balayer gratuitement l’aéroport jusqu’au complet remboursement des dégâts causés.