Nouvelle Vague – 2009/10/27 – Paris l’Olympia

Nouvelle Vague poursuit sa re-visitation des tubes new wave de nos 80’s avec un troisième album « 3 » qui compile des groupes qui manquaient dans les deux premiers : Magazine, Taxi Girl, Echo and the Bunnymen, Simple Man, Talking Heads, Police… Nouveauté de « 3 », certains membres de ces groupes de légende (Martin Gore, Barry Adamson, Ian McCulloch…) accompagnent les chanteuses du groupe sur le CD.

Trois disques, du succès, Nouvelle Vague est désormais programmé à l’Olympia ! Mélanie Pain assure la première partie et reviendra bien sûr pour le plat de résistance. Olivier Libaux à la guitare, sa casquette vissée sur le crâne est entouré d’un batteur, d’un bassiste et d’un clavier. Nadeah Miranda, chanteuse australienne, coiffée avec un pétard, robe froufroutante, bas résilles, de l’énergie à revendre (et une intrusion au milieu de la foule pour un instant de furie), une jolie voix, assure l’essentiel des chants au démarrage du show avec un très majestueux So Lonely, et s’impose sur le devant de la scène. Mélanie la rejoindra pour y ajouter sa touche de douceur et de romantisme, plutôt mieux en phase avec l’atmosphère Nouvelle Vague. Elle fait notamment une merveilleuse reprise de God Save The Queen à faire se retourner Sid Vicious et Nancy dans leurs tombes alors qu’elle susurre tendrement « No future for you. »

La set list se déroule et diffuse agréablement dans nos veines le sang d’une époque musicalement marquante. Gérald Toto fait une apparition en rappel avec Relax et Israel. Les must de la soirée sont les reprises de Joy Division (Love Will Tear us Apart), Taxi Girl (Aussi Belle qu’une balle perdue), The Clash (Guns of Brixton), Tuxedomoon (In a Manner of Speaking). Le retour sur ces perles rock n’est pas nostalgique, juste tendre et élégant. Peut-être aussi n’a-t-on jamais réécrit d’œuvres aussi accomplies…

Set list : So Lonely/ Dancing with Myself/ Ever Fallen in Love/ Road to Nowhere/ La Crise Economique/ Human Fly/ Guns of Brixton/ Too Drunk to Fuck/ God Save the Queen/ Sex Beat/ Just Can’t Get Enough/ Master and Servant/ Metal/ All my Colors/ Putain Putain/ Aussi Belle qu’une Balle Perdue/ Anne Cherchait L’amour/ Blister in the Sun/ Friday Night Saturday Morning/ Love Will Tear Us Appart
Encore1: Relax/ Israel/ Bela Lugosi’s Dead
Encore 2: In a Manner of Speaking/ Not Knowing

Shannon Wright – 2009/10/12 – Paris l’Alhambra

Shannon Wright, une artiste étrange et inspirée, joue à l’Alhambra après la sortie de son dernier album Honeybee Girls. Venue d’Atlanta la musicienne américaine entrouvre les portes de son monde au cours d’une tournée française de petites salles. Peu connue dans l’hexagone elle a pourtant collaboré avec Yann Tiersen, amitié qui a donné un disque commun en 2004. Elle rassemble ce soir des spécialistes venus l’écouter avec ferveur.

Grande et mince, une tignasse longue et rousse en bataille, le plus souvent accrochée à une guitare électrique dont elle joue avec efficacité. Peu communicante ni souriante, l’essentiel est dans sa musique qui l’habite, qu’elle joue avec frénésie et qu’elle exhale douloureusement, parfois avec mélancolie. Elle est entourée d’une formation simple : bassiste / batteur / clavier-guitare.

Démarré sur Tall Countryside on s’attend à une prestation folk, le deuxième morceau nous détrompe aussitôt où elle laisse parler sa rage avec les trumpets d’une nouvelle année passée sans l’être aimé. Ses doigts cognent sur les cordes et libèrent un son brut, sa voix déchire l’atmosphère, ses cheveux s’ébouriffent et cachent son visage. Ce morceau sera représentatif de la face torturée de l’âme de Shannon et donc du concert, un monde en fusion et en fureur où se percutent les mots et les notes, un univers de noirceur où chemine avec créativité cette poétesse électrique. Il n’y a pas beaucoup de notes mais elles sont scandées avec un rythme obsessionnel qui suffit à imprimer leur esprit rock-blues, teinté underground.

Au milieu du déluge sont disséminés quelques moments de respiration (Black Rain). Shannon s’assied parfois au piano dont elle joue avec grâce et toujours la même sincère inspiration. Yann Tiersen vient l’accompagner au violon en rappel sur Louise. Et le show se termine avec Avalanche sur un déluge sonique dans lequel Shannon laisse une dernière fois parler la rage qui l’anime :

My man/ Dissolved in my hand/ Just like an avalanche/ He’s gone.

Couchée sur le dos elle continue à torturer sa guitare pour expurger une dernière fois les démons qui l’habitent avant de redevenir la timide Shannon, debout et reconnaissante face au public enthousiaste, frappant son cœur à défaut de pouvoir exprimer par des mots dits ce qu’elle a su si bien rendre en musique : l’émotion véritable d’une poésie musicale subtile et violente.

Le chroniqueur ému s’en retourne écouter Honeybee Girls en boucle et inscrire Shannon sur sa liste déjà longue des artistes à aimer.

Set list : 1- Tall Countryside, 2- Trumpets On New Year’s Eve, 3- Plea, 4- Black Rain, 5- Hinterland, 6- Defy This Love, 7- Within The Quilt Of Demand, 8- Less Than A Moment, 9- Black Little Stray, 10- Closed Eyes, 11- You’ll Be the Death
Rappels : 12- Louise (+ Yann Tiersen), 13- Ways To Make, 14-Father, 15-Fences Of Pales / Avalanche

Friction en première partie.

Archive – 2009/10/10 – Paris le Zénith


Après un passage sur Arte (One Shot Not, émission mensuelle dont on ne dira jamais assez la qualité de la programmation) l’été dernier les Archive attaquent les choses sérieuses avec une tournée européenne passant Zénith de Paris ce soir, alors qu’un show case est annoncé à la FNAC début novembre et une nouvelle date prévue le 23 janvier à Paris. Hélas, trois fois hélas, Maria Q est absente pour ces premières dates de fin 2009.
Birdpen assure le warm up, trio 2 guitares / 1 batterie, avec aux cordes Mike Bird et Dave Pen qui se chauffe ainsi la voix. Une musique sombre et dépouillée de bonne facture.

La lumière s’éteint alors que démarre la petite intro entêtante de Controlling Crowds posée sur boucles électroniques. Une orgue d’église qui ouvre le bal et dont les trilles se faufilent dans les tympans réceptifs de communiants prêts pour la cérémonie, chemine sur nos synapses pour annoncer l’arrivée sur scène du groupe tout de noir vêtu. Darius et Dany assis devant leurs claviers encadrent le groupe de part et d’autre qui se lance dans l’interprétation quasi intégrale et non stop de leur dernier disque.

Controlling Crowd qui fait l’ouverture aligne 15 minutes de montée de tension sur fond d’un film lunaire où une foule de personnages masqués et revêtus de blanc se précipitent vers nous. Pollard déploie sa voix plate et puissante calé derrière son micro et noyé sous ses cheveux longs. Le tempo impressionnant martelé aux rythmes des pas cadencés de ces personnages filmés que l’on croirait sortis du réacteur explosé d’une centrale atomique est seulement interrompu par le refrain aérien et virginal où chacun respire pour un court répit avant la reprise de la machine folle : I’m scarred of their controlling crowds here they come/ I’m scarred of their controlling crowds here they come/…

Pollard enchaîne sur Bullets avec ses mélotrons tournoyants et romantiques et nous parle de sa fascination pour la belle dans le ciel incandescent Bullets are the beauty of the blistering sky/ And I don’t know why/ Personal responsability/ Personal responsability…

Chaque musicien est à sa place. Dany (portait craché de Richard Branson) semble parfois inoccupé devant ses machines qui parlent toute seule, assistant serein au déroulement de cette musique dont il est l’un des inspirateurs depuis l’origine. Darius (portait en brun de Flavio Briatore) est animé du même mouvement perpétuel qui lui fait battre la mesure du bras non occupé par ses claviers, chef d’orchestre putatif d’une mécanique tellement bien huilée qu’elle donne l’impression de se dérouler seule. Steve Harris, toujours cravaté, drible des rythmes et solos devant son ampli et fait les chœurs de temps à autres. Dave Pen est entré sur Words On Signs et Rosco John, le rappeur blanc aux dreadlocks blonds sur Qiuet Time, pour déclamer un texte touffus sur les airs planants de ses collègues, effet inattendu ! Il ne manque que Maria qui on le sait est absente mais nous rejoindra métaphoriquement pour chanter Collapse/Collide. Elle apparaît sur grand écran avec les premiers murmures de piano de ce morceau phare du dernier album, tellement Archive, tellement oppressant. Filmée en plan fixe, l’écran brumeux, stylisé façon cinéma d’antan, se découpe en fines bandes qui déconstruisent et redéfinissent le buste de l’artiste à mesure de l’avancement de la chanson. Le résultat est parfait, l’émotion en moins alors que le clone de Maria déclame Collapse, collide, our hearts collide.

L’album Controlling crowds est joué presque intégralement avant que le groupe ne se retire laissant le Zénith légèrement sur sa faim. Tout fut parfait, et surtout les compositions, la technique aussi, l’engagement des artistes n’a pas manqué, mais un petit quelque chose de frustrant plane entre nous, peut-être ce supplément d’âme qui d’un excellent concert fait un moment inoubliable. Sans doute l’aspect plus symphonique de leur dernier disque a écrêté les variations de leurs dernières prestations qui se prêtaient mieux au partage live que la succession des morceaux rythmés-planants servis ce soir. Il manquait la colère aujourd’hui !

Heureusement nos huit gaillards ont encore 30 minutes pour transformer l’essai et ils vont y réussir avec un enchaînement démarré sur i rappé par Rosko son bonnet de laine vissé sur ses locks (morceau coécrit en 1996 par lui-même, Darius et Roya Arab, sœur et chanteuse de Leila [Arab]) suivi de Numb et System où le groupe délivre toute l’énergie que les compositions de Controlling lui avaient fait intérioriser, alors c’est un concentré de violence déchaînée qui se calme sur le classique Again exsudant la douleur amoureuse sur un solo d’harmonica posé sur les arpèges électroniques obsédants, telle la dépression qui noie toute volonté sur son passage.

Archive : un groupe définitivement intéressant et novateur, à suivre le 23 janvier dans ce même Zénith.

Set list : Controlling Crowds/ Bullets/ Words On Signs/ Dangervisit/ Quiet Time/ Collapse/Collide/ Clones/ Bastardised Ink/ Kings Of Speed/ Lines/ The Empty Bottle/ Funeral
Encore : Londinium/ Numb/ System/ Again

Saga Junichi, ‘Mémoires d’un Yakuza’.

Sortie : 1991, Chez : Picquier poche. Au crépuscule de sa vie, un vieux (et malade) yakuza raconte son ascension dans le milieu du jeu au Japon jusqu’à devenir chef d’une confrérie. Rapines, tripots, femmes, meurtres, prisons ont été son quotidien mais toujours encadré par le code d’honneur de sa corporation.

Anonyme, ‘Une femme à Berlin’.

Sortie : 2002, Chez : FOLIO 4653. Un journal quotidien tenu 3 mois durant par une jeune femme, sur la chute de Berlin fin avril 1945 et les premiers moments de l’occupation soviétique. Les petits arrangements pour survivre dans une ville dévastée, les viols en série par l’armée vainqueur, les derniers soubresauts du parti nazi qui ne génèrent que l’indifférence de la population blottie dans les caves pour se protéger des vague de bombardiers alliés, les rumeurs sur les méfaits de l’armée allemande qui se diffusent dans les gravats, le retour de soldats des fronts… Bref, le récit froid et hallucinant de l’effondrement d’une nation symbolisé par les ruines de la ville et la vengeance des vainqueurs. Publié une première fois au milieu des années 50 et plutôt mal reçu en Allemagne, il est ensuite republié en 2002, selon le désir de son auteur, toujours anonyme, après sa mort. Un témoignage unique.