« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 5et6/6

Dans ces deux derniers épisodes du documentaire sur l’affaire Clearstream, on rentre dans l’incroyable implication de la politique intérieure française dans cette affaire grandguignolesque. Le repris de justice Lahoud ayant bien compris comment fonctionnait le cerveau torturé et complotiste du haut-fonctionnaire Gergorin, va l’alimenter avec ce qu’il attendait. Gergorin, ancien diplomate est toujours proche de Dominique Galouzeau de Villepin alors ministre des affaires étrangères, lui-même en guerre ouverte contre Nicolas Sarkozy alors ministre de l’intérieur, pour de basses histoires politiciennes de règlement de comptes sur fond de fidélité/trahison à l’égard du président de la République Chirac.

Alors, le repris de justice Lahoud introduit frauduleusement les noms de Sarkozy et de quelques autres sur les listings de comptes privés « non publiés » détenus par la société financière luxembourgeoise Clearstream, Gergorin devint fébrile et porta ces listings à Galouzeau de Villepin qui sans doute trépignait à l’idée de ce qu’il pourrait en faire avant, raisonnablement, de les transmettre à la justice, pour une enquête dans laquelle le juge Van Ruymbeke va ajouter des complications de procédure aboutissant à ce que le haut fonctionnaire Gergorin lui « transmette » ces listings via des lettres anonymes… On entre ici dans le côté burlesque de l’affaire où même ce juge expérimenté, notamment en charge de l’affaire des frégates de Taïwan, va lui aussi se faire embobiner par le repris de justice Lahoud et le Gergorin au cœur tendre !

Il sera finalement démontré assez facilement que les listings avaient été grossièrement falsifiés, sans doute par le repris de justice Lahoud, qui ne l’a jamais reconnu et tout ceci s’est terminé devant la justice et sur les plateaux télévisés :

  • Le repris de justice Imad Lahoud est de nouveau condamné définitivement à de la prison ferme pour dénonciation calomnieuse, faux et usage de faux (il est aujourd’hui à 53 ans professeur de mathématique)
  • Le haut-fonctionnaire au cœur tendre Jean-Louis Gergorin est condamné définitivement à de la prison ferme pour dénonciation calomnieuse, usage de faux, recel d’abus de confiance et vol (il est aujourd’hui à 74 ans chroniqueur-essayiste sur les sujets liés à la cybersécurité et on le voit régulièrement signer des chroniques publiées dans la presse quotidienne)
  • L’ex-ministre Dominique Gallouzeau de Villepin est relaxé des soupçons de non-dénonciation de listings truqués (il est aujourd’hui âgé de 67 ans et sévit dans des activités de conseil et de lobbying majoritairement en faveur de pays émergents)
  • Denis Robert, le journaliste qui avait initialement enquêté sur les mécanismes financiers de Clearstream avant d’être impliqué un peu malgré lui dans l’affaire du même nom et fait l’objet de multiples procédures menées par Clearstream pour diffamation, est blanchi de toute accusation
  • Le général Rondeau, « le maître espion français » aux petits pieds, révoqué par les services secrets et qui servit de petit télégraphiste pour distribuer les faux-listings est mis hors de cause dans l’affaire (il est décédé en 2017)

Ce documentaire très détaillé est mené à charge, sans doute à raison, contre les corneculs qui furent les vedettes de cette affaire, mais aussi contre « le système financier oppresseurs de citoyens » et c’est la que ses concepteurs prennent parti. En réalité, les chambres de compensation du type Clearstream sont des éléments nécessaires pour les activités financières désormais mondialisées et ont existé de tous temps. On ne peut évidement pas exclure que Clearstream, comme beaucoup d’autre banques à l’époque, ait procédé à du blanchiment d’argent et de l’escroquerie fiscale, plus ou moins couvert par des dirigeants peu scrupuleux. C’est ce que Denis Robert a voulu démontrer dans ses publications. La justice luxembourgeoise, sans doute assez peu pointilleuse sur le sujet à l’époque, ne l’a pas établi…

Le plus catastrophique dans cette lamentable histoire est de voir comment l’incompétence de hauts responsables français a pu les laisser se faire embobiner par la fratrie Lahoud, aussi rapidement et aussi complètement. Quelques jours après sa sortie de prison, Imad Lahoud était dans la salle à manger présidentielle d’EADS en présence de l’un de ses vice-présidents, Jean-Louis Gergorin, introduit par son frère Marwan. Quelques semaines plus tard il était recruté par les services secrets, sous couverture d’un contrat de travail avec EADS, sous l’égide d’un ex-membre de ces services qui en fut révoqué, le général Rondeau. Les bases de l’affaire Clearstream étaient jetées et tout ce petit monde va s’activer à brasser du vent et du complot durant des mois aux frais des contribuables (EADS est une société largement publique et les autres personnages sont des fonctionnaires), se laissant raconter toutes les sornettes possibles par un repris de justice, Imad Lahoud, au charme sans doute ravageur mais d’autant plus pernicieux qu’il s’adressait à des incompétents qui vont aller jusqu’à impliquer le monde politique qui n’a guère était plus perspicaces qu’eux tant les fausses informations diffusées les arrangeaient. Lahoud est longuement interviewé dans les six épisodes et raconte avec un petit sourire malicieux avec quelle facilité il a pu tromper ce petit monde de naïfs.

Reconnaissons néanmoins que les « vrais » services secrets après l’avoir recruté comme « correspondant » l’ont rapidement « débranché » compte tenu du non-respect de ses engagements à fournir de l’information au sujet des circuits financiers de la famille Ben Laden. La justice quant à elle, une fois saisie, a également facilement mis à jour la falsification des informations Lahoud et même déchargé le juge en charge qui était sortie du code de procédure pénale.

En réalité, cette lamentable affaire est plus une histoire de défaillance RH (ressources humaines) qu’autre chose. Les copinages franchouillards ont amené les groupes Lagardère puis EADS à embaucher un haut-fonctionnaire au cœur tendre pour un poste de vice-président « en chocolat » qui passa beaucoup de temps dans son bureau à comploter et envoyer des lettres anonymes, tâches qui ne figuraient manifestement dans la fiche de poste pour laquelle il était rémunéré. Il n’avait rien à faire dans cette fonction.

Le recrutement à sa sortie de prison de l’escroc Lahoud par EADS était également une erreur de casting qui n’aurait jamais dû se produire. La politisation de la gouvernance du groupe EADS a permis ce dysfonctionnement. Le maintien du général Rondeau dans les cabinets ministériels bien qu’il ait été révoqué par les services secrets est également difficilement compréhensible, à près de 70 ans à l’époque, et après de brillants états de services, il aurait été préférable pour la République qu’il goûte les joies d’une retraite paisible.

Bref, l’affaire Clearstream c’est trois pieds nickelés qui illustrèrent les dysfonctionnements de l’Etat dans le choix de certains de ses hauts responsables. Dès qu’elle arriva dans des mains professionnelles, celles de la justice, elle se révéla pour ce qu’elle était et la baudruche se dégonfla. Elle provoqua toutefois beaucoup d’agitation, de temps et d’énergie perdus, de soupçons infondés et le renforcement du sentiment populaire « on nous cache tout, on ne nous dit rien ». A ce titre, elle a affaibli la République.

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« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 2et3/6
« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 4/6

« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 4/6

Ce quatrième épisode de la saga Clearstream nous emmène sur les ventes d’armes françaises, notamment à Taïwan avec le désormais très fameux contrat dit des « frégates de Taïwan » mené par Thomson CSF, entreprise d’électronique de défense, nationalisée en 1981, et son patron Alain Gomez, dans les années 1990’. Ce contrat engage également d’autres fournisseurs comme la DCN (Direction des constructions navales, société publique) et Lagardère (missiles, groupe privé). Grand patron « de gauche », Gomez s’oppose en tout à Jean-Luc Lagardère, dont le groupe est également partie à ce contrat pour la partie des missiles devant équiper les navires de combat et dont les amitiés sont plutôt à droite. Le premier n’hésite pas à corrompre les acheteurs pour emporter les marchés, le second a plus de prévenance sur le principe. Dans le contrat taïwanais c’est Gomez qui va l’emporter et le montant exceptionnel de plus d’un demi-milliard d’euros est budgété pour les commissions à payer aux intermédiaires et aigrefins de tous genre qui rôdent autour de l’affaire d’une quinzaine de milliards au total. Le versement de commission est à l’époque légal. Ce qui l‘est beaucoup moins c’est le concept de rétrocommission qui apparaît à cette occasion, c’est-à-dire qu’une partie des commissions versées aux intermédiaires étrangers sont ensuite repayées en France à d’autres aigrefins. Il s’agit sans doute d’une nouvelle manière de financer les partis politiques qui n’ont plus la possibilité d’utiliser le système simpliste de la fausse facture utilisé durant des décennies mais la justice française ne parvint jamais à identifier qui encaissa ces rétrocommissions.

Et le lien avec Clearstream ? Eh bien il n’y en a pas sinon que le fonctionnaire Gergorin aimerait en voir un et que le repris de justice Lahoud (employé par le premier) va introduire le nom de Gomez dans les listings. Il n’en faut pas de plus pour rendre Gergorin définitivement fébrile à l’idée de pouvoir compromettre l’ennemi intime de son ex-patron déifié : Jean-Luc Lagardère, décédé depuis. Il va alors faire jouer tout son carnet d’adresses pour faire cheminer ses délires à travers ce qu’il lui reste de correspondants dans la haute administration et les ministères. Son employé, le voyou Lahoud, lui sert sur un plateau tout ce qu’il attend pour renforcer sa tactique de pied nickelé.

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« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 2et3/6

« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 2et3/6

Les épisodes 2 et 3 de l’affaire Clearstream font apparaître la Justice et le Parlement français qui, intéressés par les reportages du journaliste Denis Robert sur le fonctionnement de l’organisme de compensation bancaire Clearstream, vont mener informations judiciaires et commission d’enquête sur ce sujet techniquement complexe donc propice aux phantasmes des uns et des autres.  Chambre de compensation classique entre banques et établissements financiers, dont l’utilité a été renforcée dans le contexte de mondialisation financière, le journaliste soupçonne Clearstream d’abriter en plus des comptes d’entreprises et de particuliers « non publiés » permettant de procéder à des opérations frauduleuses et opaques.

Cela donnera lieu à « L’Appel de Genève » émis en 1996 par les grands juges européens anti-corruption (dont le français Renaud Van Ruymbeke) plus ou moins initié par Denis Robert et qui fera le sujet de l’un de ses livres « La justice ou le chaos ». Il est question de lutte contre les paradis fiscaux, les opérations financières opaques et autres dérives de la finance en voie de mondialisation qui aboutiront à l’apothéose de la crise financière des « subprimes » en 2008. Un rapport d’information parlementaire « sur les obstacles au contrôle et à la répression de la délinquance financière et du blanchiment des capitaux en Europe » est également publié par les députés socialiste Peillon et Montebourg qui semblent découvrir (avec une naïveté sans doute simulée) que les arcanes de la finance mondialisée peuvent aussi abriter de la fraude et du blanchiment… Ils entendent Denis Robert qui, entre temps, est l’objet de multiples procédures judiciaires initiées par Clearstream qui n’apprécie sans doute pas d’être mise en pleine lumière !

Le fil du documentaire quitte ensuite dans l’épisode 3 le cours ordinaire de Clearstream pour en venir au « complexe militaro-industriel » français. Le point d’entrée est Jean-Luc Lagardère, ingénieur flamboyant et visionnaire, qui est à l’origine du groupe portant son nom qui va réussir dans la production et la vente d’armes, et les médias, jusqu’à devenir l’un des actionnaires de référence du groupe européen EADS regroupant les activités aéronautiques (Airbus), militaires et spatiales de certains grands pays européens dont la France et l’Allemagne. C’est là qu’apparaît l’un des personnages clés de l’affaire : le fonctionnaire Jean-Louis Gergorin, ancien diplomate recyclé dans la vente d’armes, débauché du Quai d’Orsay par le groupe Lagardère puis recyclé chez EADS, et développant une espèce d’admiration amoureuse envers Jean-Luc Lagardère lequel va décéder en 2003 d’une infection nosocomiale à la suite d’une intervention chirurgicale bénigne à l’hôpital.

Il n’en faut pas plus à Gergorin pour théoriser l’assassinat de Lagardère. Dans le même temps le repris de justice Lahoud continue à vendre ses rêves aux services plus ou moins secrets de la République et à Gergorin qui l’emploie chez EADS ce qu’il veut entendre, il présente des listings de comptes tenus chez Clearstream obtenus par Denis Robert qui les avait lui-même reçus d’anciens employés de cette société dans le cadre de son enquête journalistique. Gergorin qui a priori n’est pas suremployé chez EADS monte des histoires abracadabrantesques sur ces comptes et les informations fantasmagoriques de Lahoud auxquelles il va donner une impulsion politique qui va déboucher sur l’une des plus incroyables affaires de la République.

Il reste encore trois épisodes…

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La France éternelle

De tous temps les citoyens français ont marqué une certaine défiance à l’encontre du vaccin, soutenus par quelques « vedettes » du calibre d’Isabelle Adjani expliquant sur les ondes qu’elle n’a jamais vacciné ses enfants qui s’en portent très bien, ou le professeur Joyeux qui a même eu des problèmes avec l’ordre des médecins pour ses positions contre vaccins. Vouloir convaincre un antivaccin de devenir pro-vaccin est juste inutile, c’est un peu comme essayer de faire admettre à un israélien membre du Likoud qu’une solution à « deux Etats » amènera la réconciliation entre Israël et les palestiniens… autant dire que c’est sans espoir !

On a le droit en France d’être contre le vaccin. En principe la loi en prévoit 11 obligatoires pour les enfants. On peut aussi contrevenir à cette loi et, probablement, ne pas risquer grand-chose sinon le refus par certaines crèches ou écoles d’accueillir vos enfants s’ils ne sont pas vaccinés, à moins que vous puissiez bénéficier de faux certificats de vaccination ce qui ne doit pas être très compliqué à obtenir.

Alors que des vaccins contre le coronavirus commencent à être mis sur le marché, le plus notable en ce moment est que la population française, à la différence de nombre de pays voisins, continue à afficher dans les sondages sa volonté majoritaire de ne pas se faire injecter ces vaccins… tout en critiquant le gouvernement pour défaillance dans sa politique vaccinale qui ne vaccine pas assez vite les citoyens. Certes, ce ne sont sans doute pas toujours les mêmes mais on peut être sûrs qu’il y a des recouvrements entre les citoyens qui refusent le principe du vaccin et qui, dans le même temps, accusent leurs dirigeants d’incompétence dans la distribution du vaccin.

On se fait ainsi doublement plaisir : on marque sa rébellion antivaccin et on critique le pouvoir exécutif qui n’est pas capable de vous vacciner dans les temps car c’est tellement jouissif ! La France ne change pas…

Retour à la violence en Nouvelle Calédonie

Le nickel en Nouvelle Calédonie c’est un peu comme le pétrole en Ecosse : lorsque les cours sont élevés, l’idée d’indépendance est majoritaire, à l’inverse, lorsqu’ils baissent, on apprécie la dépendance à un Etat central qui compense les pertes de revenus… Il y a trois usines d’extraction du nickel dans ce territoire, celle du sud est détenue très majoritairement par le groupe brésilien Vale et à 10% par administrations locales. Elle exploite le nickel et le cobalt et elle est à vendre. Une négociation exclusive est en cours avec le consortium Prony Ressources composé notamment de l’actuel management et du personnel, mais aussi du groupe suisse Trafigura, spécialisé dans les matières premières, pour 25%.

Les partis indépendantistes s’opposent à cette vente, qui contrevient à leur objectif de contrôler les ressources minières locales, et le manifestent violemment depuis plusieurs semaines, s’en prenant directement à l’usine dans laquelle ils ont commis des dégâts importants, obligeant les forces de l’ordre à ouvrir le feu à balles réelles, sans toutefois faire de blessés. Comme les indépendantistes n’ont pas de solutions alternatives à proposer à cette vente qu’ils n’aiment pas, ils en appellent… à l’Etat français pour une nationalisation de l’usine du sud. On croit rêver !

En parallèle, le volet politique de l’indépendance calédonienne est au point mort et alors que les parties impliquées pour l’organisation du troisième référendum s’étaient coordonnés à peu près calmement en octobre dernier sous l’égide du ministre français de l’outre-mer, ils ne se parlent désormais plus et l’organisation du référendum qui doit se tenir au plus tard en octobre 2022 a du plomb dans l’aile. Une solution serait peut-être effectivement de nationaliser l’usine puis de la céder immédiatement aux partis indépendantistes pour l’euro symbolique afin qu’ils l’administrent selon leur bon vouloir. Ce serait évidement couteux pour les contribuables français mais cela montrerait la bonne volonté de la République pour accompagner ce territoire vers son indépendance méritée et attendue.

Lire aussi : La dépendance de la Nouvelle-Calédonie reste légèrement majoritaire à l’issue du référendum du 4 octobre

« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 1/6

Jean-Louis Gergorin

L’affaire Clearstream est le sujet de cette série documentaire en six épisodes. Ce scandale politique du début des années 2000 a impliqué, entre autres, les ministres Sarkozy et Galouzeau de Villepin ainsi que l’établissement financier Clearstream. Il a surtout été à l’origine de phantasmes sans fin, de Madame Michu au personnel politique, en passant par des journalistes, des hauts fonctionnaires et des aigrefins.

Ce premier épisode commence fort en posant la personnalité des exécutants de cette triste affaire, à commencer par Iman Lahoud et Jean-Louis Gergorin. Le premier est un repris de justice, ex-trader dans une banque américaine à Londres, qui, immédiatement à sa sortie de la prison de la Santé, va se faire recruter par les services secrets français avec une couverture fournie par EADS (prédécesseur d’Airbus, fabricant d’armes, d’avions et de spatial) en faisant valoir sa connaissance (hypothétique) des circuits financiers du groupe Ben Laden. Gergorin, ancien diplomate, plus ou moins en liaison avec le renseignement français, nommé vice-président d’EADS après être passé chez Matra (ancêtre du groupe Lagardère, fabricant d’armes), et qui consacre une partie de ses fonctions à grenouiller avec d’anciennes relations dans les services secrets. On ne sait pas s’il le fait de sa propre initiative ou s’il est investi d’une mission officieuse, toujours est-il qu’au lieu de faire le boulot pour lequel il est payé, il réseaute, grenouille, magouille et il va croire sans le moindre doute le galimatias servi par le repris de justice Lahoud dont le frère, Marwan, travaille sous ses ordres chez EADS. Bien sûr apparaît également dans ce tableau le général Rondeau, le « maître espion » français dont les carnets allaient devenir fameux.

On a du mal à croire que ces corneculs incompétents et haut placés aient pu à ce point mener les organisations régaliennes dans lesquelles ils exerçaient un pouvoir immérité dans les dérives que les épisodes suivants vont nous détailler. C’est un dysfonctionnement majeur de la République des copains et des coquins dont on espère qu’elle s’est depuis corrigée !

« Chambre 2806 : l’affaire DSK » de Jalil Lespert

Un documentaire de quatre épisodes (3h30) sur la sexualité de Dominique Strauss-Kahn (DSK), centré sur « l’affaire » du Sofitel qui défraya la chronique en mai 2011 et empêcha l’impétrant de se présenter à l’élection présidentielle française en 2012.

Le spectateur bien informé n’y apprend pas grand-chose de nouveau mais recharge son effarement en revoyant combien cet homme, dominé par ses pulsions sexuelles, pouvait être malfaisant. Tout y passe (si l’on ose dire) : ses maîtresses lorsqu’il dirigeait le Fonds monétaire international (FMI, il se faisait prendre en photo avec elles dans le bureau présidentiel), ses agressions parisiennes, ses soirées échangistes à Lille, ses habitudes new-yorkaises (il a fait monter une femme dans sa chambre la nuit précédant son agression matinale contre la femme de chambre, Nafissatou Diallo), etc.

L’exploit judiciaire de ses avocats américains, de très grosses pointures du barreau local, fut d’arriver à faire annuler les poursuites à son encontre dans l’affaire Diallo à la suite des contradictions de celles-ci (il s’est avéré, notamment, qu’elle avait menti pour pouvoir obtenir un statut de réfugié aux Etats-Unis d’Amérique). Dans l’affaire des soirées échangistes de Lille où il était accusé de proxénétisme, sa défense a argué du fait qu’il n’était pas au courant que les femmes participantes étaient rémunérées par des entreprises pour le prix de leurs faveurs…

Le visionnage d’interviews de ses « amis » du parti socialiste est également édifiant. Certaines datent de l’époque, d’autres du tournage du documentaire. Et tous (l’inénarrable Jack Lang [81 ans aujourd’hui, les cheveux dégoulinant de teinture], Elisabeth Guigou, Jean-Christophe Cambadélis, …) de vanter le pouvoir de séduction, d’intelligence et de compétence du personnage !

La bonne nouvelle c’est que ces « évènements » ont empêché la France d’élire un président déviant. La moins bonne c’est qu’une classe politique de gauche, quasi unanime, et dont il est à peu près acquis que « tout le monde savait », soutenait sans vergogne un candidat pervers. La droite, elle, aurait peut-être ébruité les habitudes du candidat si celui-ci s’était approché du pouvoir de trop près, ou échangé son silence contre autre chose. Qui sait ! Quant à l’image de la France donnée par un directeur du FMI tout autant préoccupé par des aventures avec ses employées que par la dette du Sénégal, pas grand monde ne semble en avoir cure. Triste époque !

DSK, 71 ans et remarié, vit désormais au Maroc de la profession de consultant financier pour les dirigeants de nombre de pays qui font appel à lui. Il ne culpabilise pas excessivement de ce qui s’est passé et comprend difficilement ce qu’on lui reproche. Il a publié un tweet le 4 décembre annonçant pour 2021 un documentaire dans lequel il a accepté de « revenir sur l’ensemble de [son] histoire personnelle et professionnelle de la politique française aux sphères internationales. »

La fiction de l’internet « gratuit »

Dans leur grande mansuétude et leur infinie bonté les propriétaires de sites web vous proposent, parfois, de paramétrer les cookies qu’ils vont implanter dans votre ordinateur. La plupart de ceux-ci sont destinés à pister votre comportement de consommateur pour revendre ensuite ces données à des marchands. Il y a encore quelques années cette introduction subreptice de cookies était faîte sans en informer la propriétaire de l’ordinateur. Désormais il est proposé aux visiteurs de sites sur Internet de choisir d’accepter ou non cette invasion de cookies. Bien entendu, le choix de refuser est bien plus long à exprimer que celui de tout accepter.

Lorsque malgré tout le consommateur exprime son refus en cliquant sur une multitude de boutons « Refuser », les sites arrivent généralement à lui compliquer la vie en bloquant son accès à certains contenus ou en barrant la moitié de son écran par une annonce rendant le reste peu lisible.

Le journal Le Monde colle le message suivant sur votre écran, tant que vous n’avez pas accepté les cookies ou souscrit un abonnement :

Cette communication a au moins le mérite de la transparence. Oui, l’invasion de cookies commerciaux sur votre machine a une valeur marchande et permet au propriétaire du site d’en tirer des revenus, en l’occurrence, participer au financement de la rédaction du journal. Pour ceux qui avaient encore quelques doutes sur la fiction de la « gratuité du net »…

Moins d’effusions ne nuira pas

Le coronavirus qui circule sur la planète pousse aux « gestes barrières » pour l’éviter, notamment mettre fin aux embrassades qui, ces dernières années, devenaient de plus en plus envahissantes. Il fut un temps où les hommes adultes ne s’embrassaient pas entre eux pour se saluer, du moins en France au nord de Valence. Mais progressivement depuis la fin du XXème siècle les hommes se sont mis à embrasser les hommes pour dire bonjour ou aurevoir.

On ne sait pas bien pourquoi cette coutume méditerranéenne est remontée vers le nord de l’hexagone jusqu’à s’y généraliser de façon indécente. Ne plus embrasser un homme pour dire bonjour lorsqu’on arrive dans un dîner en ville était considéré au mieux comme une originalité, au pire comme une hérésie jusqu’à… l’arrivée providentielle du virus.

Alors pour éviter sa transmission maintenant on ne se serre même plus la main. C’est une grande avancée dans la qualité des relations humaines. Espérons que la récente découverte d’un vaccin ne va pas pousser les citoyens (au nord de Valence) à replonger dans ces effusions inutiles.

La revanche des minorités

On voit ces dernières années un renforcement considérable des actions et pressions menées par des communautés autrefois maltraitées qui veulent prendre leur revanche sur leur passé et leurs oppresseurs. Les féministes, les LGBTI+ (lesbiennes-gays-bisexuels-transsexuels-intersexe + [d’autres catégories à définir ultérieurement]), les « décolonialistes », les racialistes, les « différentialistes », les « intersectionnalistes »… tout un petit monde assis sur des passés parfois tragiques, parfois folkloriques, s’est mis en tête de faire ravaler à la population mainstream ce dont elle est déclarée coupable, consciemment ou non, que l’oppression soit contemporaine ou le fait de générations plus anciennes. Dans tous les cas les oppresseurs ou leurs descendants doivent payer et, accessoirement, changer les modes de fonctionnement de leur société.

Cela est plutôt anecdotique lorsqu’il s’agit de minorités sexuelles qui acquièrent progressivement, au moins dans les démocraties occidentales, des droits équivalents à la majorité : mariage, adoption d’enfants, procréation médicalement assistée, gestation pour autrui, etc. à force de militantisme, parfois violent, et d’agitprop habilement menée.

C’est autre chose s’agissant de la colonisation et de l’esclavage qui furent de vrais fléaux commis par les pays occidentaux à l’encontre de continents entiers comme l’Afrique ou l’Amérique du sud, parfois accompagnés de véritables entreprises de destruction de populations entières. La question de la reconnaissance, voire de réparations, tourne en boucle depuis des siècles sans vraiment trouver de solution satisfaisante. Il n’est d’ailleurs pas sûr qu’il y en ait, mais qu’importe, la revendication est vive !

La France coche toutes cases. Ancien empire colonial, sis majoritairement en Afrique, ses commerçants ont largement participé à la traite négrière atlantique jusqu’à l’abolition définitive de l’esclavage en 1848, ses territoires ultramarins ont employé sans compter des esclaves dans les plantations de cannes à sucre, elle n’a commencé à décoloniser qu’au début des années 1960’ parfois en perdant des guerres (Indochine, Algérie), elle a accueilli des flux importants originaires de ces pays pour peupler ses armées durant les deux guerres mondiales, puis ses usines durant les trente glorieuses. Souvent ces populations ont fait souche charriant avec elles un cortège de traumatismes familiaux, raciaux ou historiques, utilisés avec bonne ou mauvaise foi pour accuser, exiger ou justifier.

La France est donc le terreau idéal sur lequel prospèrent toutes sortes de mouvements qui utilisent les outils démocratiques de la République pour se retourner contre elle, souvent à force d’excès et de provocations, mais parfois avec de bons sentiments. Les partis politiques se croient obligés de prendre position et chacun le fait à l’aune de son idéologie. La société civile est plutôt passive et lassée. La démocratie, vilipendée par certains, permet à tous de s’exprimer et de lutter pour faire reconnaître des droits, fussent-ils phantasmagoriques. Il est évidemment plus facile de vouloir faire valoir les droits de minorités en France qu’en Turquie … Il en ressort du bon, parfois, et du moins bon, souvent. Il faut faire avec, ce sont les conséquences de l’Histoire et d’un peuple de râleurs. C’est la revanche des minorités.

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Catégorisé comme France

Restons calmes

A peine quelques laboratoires pharmaceutiques ont-ils annoncé de bons résultats médicaux sur leurs candidats vaccins que tout le monde, et d’abord les marchés financiers, respire et croit la crise terminée. Ces vaccins il va falloir maintenant les approuver, les produire, les payer, les transporter, les stocker et les injecter pour quelques milliards d’individus. On n’en a pas fini… sans parler d’éventuels effets secondaires qui ne manqueront pas d’apparaître, voire d’être fantasmés, ce qui promet d’animer encore longtemps les plateaux médiatiques de commentateurs mondains.

Mort de Giscard

La mort de l’ex-président de la République Valéry Giscard d’Estaing le 2 décembre a été annoncée. Il avait 94 ans et est décédé des suites du covid-19. Aussitôt, et suivant une ancestrale et mauvaise habitude, l’ensemble des commentateurs le couvre de louanges, oubliant les torrents de boue dans lequel certains essayèrent de le noyer du temps de sa splendeur.

Giscard n’a pas été un mauvais bougre. Durant son septennat 1974-1981 il a tenté de secouer une France post-soixantuitarde engourdie par quinze années de gaullisme puis de pompidolisme. Sous son empire les finances publiques de l’Etat ont été gérées avant les graves dérives entamées sous la présidence Mitterrand qui suivit et qui sont allées s’aggravant depuis. Plus notable, cette présidence de sept ans aura été marquée par la bataille féroce et les haines recuites entre la droite conservatrice (représentée par le clan Chirac) et le centre droit (représenté par le clan Giscard). Chirac, premier ministre de Giscard démissionna avec fracas en 1976 après deux ans d’exercice, avant d’utiliser son parti UDR, futur RPR, pour abattre Giscard d’Estaing et lui bloquer l’accès à un deuxième mandat présidentiel.

Il est maintenant acquis que Chirac a appelé discrètement ses partisans à voter et faire voter pour Mitterrand en mai 1981 en pensant que ce dernier n’arriverait pas à faire plus d’un mandat et que Chirac serait élu triomphalement en 1988 pour relever la France de la « faillite socialo-communiste ». L’Histoire, et les électeurs, en ont décidé autrement… et Chirac dut attendre quatorze ans après son infamie pour s’installer à l’Elysée.

Mais Giscard est malin et tint son éclatante revanche en l’an 2000 en imposant une modification de la constitution pour passer du septennat présidentiel au quinquennat, contre la volonté du président Chirac, celle-ci étant plutôt molle et affaiblie à l’époque par la cohabitation avec le parti socialiste. Ce quinquennat a durablement déréglé le fonctionnement de la République comme résultat d’une vendetta personnelle.

La politique française a montré à cette occasion son nombrilisme dévastateur quand un responsable de droite préféra favoriser l’élection d’un président de gauche par haine d’un président de centre-droit. La droite française ne s’est d’ailleurs toujours pas remise de cette hérésie. Ainsi va la vie politique hexagonale… pas joli-joli tout ça.

Christine Boutin heureuse !

Les règles d’assouplissement du confinement sanitaires prononcées par le gouvernement la semaine dernière prévoyaient d’autoriser de nouveau l’organisation de cérémonies religieuses mais dans le cadre d’une audience maximale de 30 personnes par cérémonie. Les évêques de France (et Christine Boutin) n’ont pas accepté cette restriction à leur « droit d’assister à la messe ». Ils ont déposé un recours devant le Conseil d’Etat qui vient de leur donner raison en instruisant le gouvernement de revoir cette limite qui manque de « proportionnalité » et ce, dans un délai de trois jours.

Dans ce monde à la dérive dans lequel nous vivons aujourd’hui, même l’Eglise conteste les décisions de l’Etat, oubliant Saint-Paul qui prescrivait de se soumettre à l’autorité. Alors on se plaint et on attaque en justice, que l’on soit évêque ou manant. Et l’on obtient parfois satisfaction, en attendant l’apocalypse.

Ce dossier ne fait pas honneur ni aux évêques ni à leurs fidèles mais au moins il a rendu Christine Boutin heureuse, qui n’a sans doute plus tant d’occasions que ça de se rendre heureuse.

Lisons l’article 24…

La France est saisie de toute une agitation médiatique, comme seul notre pays sait en créer, au sujet de « l’article 24 » d’une proposition de loi relative à la « sécurité globale » qui a été adoptée par 388 voix contre 104, soit la majorité actuelle plus bien d’autres, dont une centaine de députés du groupe Les Républicains. En résumé : 79% des députés ont voté « pour », l’opposition (très) conservatrice de droite la trouve « laxiste » et celle de gauche la qualifie de « liberticide ». On pourrait en conclure qu’elle est donc équilibrée et en rester là pour poursuivre le processus législatif avec la discussion et le vote au sénat à majorité de droite conservatrice ? Eh bien non, nous sommes en France et plusieurs centaines de milliers de personnes manifestaient cette après-midi dans les rues du pays (133 000 selon la police et 500 000 selon les organisateurs).

Le mieux à faire est sans doute de commencer par lire l’article en question :

Article 24

I. – Le paragraphe 3 du chapitre IV de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse est complété par un article 35 quinquies ainsi rédigé :

« Art. 35 quinquies. – Sans préjudice du droit d’informer, est puni d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait de diffuser, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, dans le but manifeste qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique, l’image du visage ou tout autre élément d’identification, autre que son numéro d’identification individuel, d’un agent de la police nationale, d’un militaire de la gendarmerie nationale ou d’un agent de police municipale lorsque ces personnels agissent dans le cadre d’une opération de police. »

II. – Les dispositions de l’article 35 quinquies de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse ne font pas obstacle à la communication aux autorités administratives et judiciaires compétentes, dans le cadre des procédures qu’elles diligentent, d’images et éléments d’identification d’un agent de la police nationale, d’un militaire de la gendarmerie nationale ou d’un agent de police municipale.

Il s’agit de protéger les forces de l’ordre des menaces dont elles sont régulièrement l’objet sur les réseaux dits « sociaux » où des excités diffusent les noms et coordonnées exactes de membres de ces forces de l’ordre, comme d’ailleurs d’autres citoyens, appelant plus ou moins explicitement à la vengeance. Et on vit dans certaines occasions des policiers directement agressés, voire assassinés, à leur domicile. C’est un peu la poursuite du syndrome de Mme. Michu qui en 1942 dénonçait la famille Cohen à la Kommandantur ou à la Gestapo, mais sous une autre forme ! Les réseaux dits « sociaux » ont remplacé les courriers mais l’intention est la même : nuire et se venger en restant caché derrière l’anonymat !

La lettre de cet article contesté parle bien de la diffusion d’images dans le but de nuire personnellement à un membre des forces de l’ordre. A priori il n’est pas interdit de filmer ni de montrer mais seulement de diffuser avec « intention de nuire ». Après, comme toute loi, si celle-ci était promulguée elle donnera lieu à interprétation par des juges s’il y a litige. Dans la majorité des cas ce sera fait par des gens intelligents et de bonne compagnie, dans quelques cas marginaux il y aura évidemment des dérives. C’est la loi du genre humain.

Alors les contestataires professionnels associés aux râleurs compulsifs envahissent les médias pour délayer sur cette « attaque contre la liberté d’expression ». L’article 24, comme d’ailleurs l’ensemble de la loi, réduit les libertés publiques. Depuis les attentats religieux de septembre 2001 aux Etats-Unis, puis leur généralisation dans la quasi-totalité des démocraties occidentales, les gouvernements et les parlements ont progressivement rogné sur les libertés publiques pour renforcer les mesures de sécurité, le plus souvent avec une large approbation des populations. Nous sommes toujours dans ce mouvement cette fois-ci destiné à prendre en compte le contexte de violence civile.

Est-ce agréable ? Non. Nécessaire ? Sans doute. Irréversible ? Techniquement non mais l’expérience montre que l’on ne revient que rarement en arrière sur ce genre de restrictions. Pour le moment la montée des violences à tous les étages de notre société rend improbable leur assouplissement à court terme mais il suffirait de voter pour un président et un parlement dominé par les partis qui affichent leur opposition à ces mesures pour que celles-ci soient détricotées. C’est ce qu’on appelle la démocratie.

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Catégorisé comme France

Les moulins à vent de la presse

Comme à chaque fois que des déclarations politiques de haut niveau sont annoncées pour une date précise, la presse de circonstance passe les jours précédents à jouer Mme. Irma et cherche à anticiper ce qui va être dit par l’oracle. En l’occurrence le président de la République française devrait s’exprimer dans les médias demain soir pour donner ses vues sur le confinement en cours. L’allocution n’est pas mentionnée sur l’agenda officiel du président.

Bien entendu tout le monde aimerait bien qu’il annonce de bonnes nouvelles mais personne ne sait bien ce qu’il va dire puisqu’il… ne l’a pas encore dit ! Alors les commentateurs commentent ce qu’ils ne savent pas encore, une habitude pour eux. Sans doute bénéficient-ils de fuites plus ou moins officielles, plus ou moins téléguidées, plus ou moins destinées à manipuler leurs bénéficiaires. Bref, il n’y a que des risques à parler de ce que l’on ignore, et très peu d’utilité à procéder ainsi, ni pour les commentateurs, encore moins pour leurs spectateurs.

Le mieux serait que tout le monde attende demain soir, écoute tranquillement la parole présidentielle puis ensuite la commente sur des bases documentées. Ainsi, en attendant, les médias pourraient parler de choses réelles et intelligentes et leurs spectateurs se concentrer sur la vraie vie plutôt que perdre leur temps à chercher à anticiper ce que dira un président qui ne le sait pas même peut-être lui-même.

Corporatisme et petits intérêts particuliers

Une bande de dangereux gauchistes a envahi ce dimanche les parvis d’églises et de cathédrales catholiques d’une vingtaine de villes françaises pour exiger le retour des messes. En effet, les règles du deuxième confinement en place depuis le 30 octobre stipulent que les lieux de culte peuvent rester ouverts mais que les cérémonies (des rassemblements) sont interdites pour lutter contre la diffusion du virus, sauf les obsèques. Ces manifestations font également suite à un recours déposé par la Conférence des évêques de France devant le Conseil d’Etat le 29/10/2020 pour contester cette interdiction. Ledit Conseil a rejeté la requête épiscopale le 07/11/2020.

Les évêques déplorent avant tout que les fidèles demeurent ainsi dans l’impossibilité de participer à la messe, sommet de leur foi et rencontre irremplaçable avec Dieu et avec leurs frères.

Demander à pouvoir assister à la messe n’a rien d’une revendication catégorielle : la prière de l’Église catholique est universelle. Dans sa liturgie, elle supplie Dieu pour la paix et pour le bien de tous les peuples, sans oublier ceux qui exercent l’autorité et ont en charge le bien commun.

https://eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/508994-suite-a-rencontre-premier-ministre-ministre-de-linterieur-16-novembre-2020/

On croyait les églises en partie désertées par les croyants et les curés. On pensait le catholicisme plus concerné par l’altruisme et le bien de son prochain. L’Eglise catholique comme d’autres corporations défend ses intérêts propres et conteste les décisions contraignantes prises par l’Etat en principe au nom de l’intérêt général.

Depuis fin octobre toutes les professions et activités contraintes par le confinement s’ingénient à en exiger la levée en expliquant que chez eux « le virus ne circule pas ou moins que chez le voisin » ou que leur survie économique est en jeu. Il y a effectivement des situations dramatiques qui vont se traduire par des faillites, certains secteurs d’activité risquent de disparaître corps et âme, d’autres vont devoir réviser en profondeur leurs modes de fonctionnement. On pensait que les catholiques étant autorisés à se rendre librement dans les églises pour y prier et à regarder les messes à la télévision en attendant un déconfinement qui ne saurait tarder, se considèreraient comme plutôt privilégiés face au cataclysme socio-économique qui est déjà en route pour notre pays… Il n’en est rien, et les évêques réclament comme le reste des français.

Bien entendu l’inénarrable Christine Boutin est en première ligne sur le thème « Réndez nous la messe [SIC] ». Plus troublant, la Conférence des évêques de France lance un processus de contestation devant la justice administrative. Que d’énergie et de temps perdu…

Les différentes églises ne se sont pas particulièrement distinguées dans cette crise sanitaire, que ce soient les orthodoxes grecs, les juifs intégristes en Israël ou maintenant les évêques catholiques français. La preuve est donnée une nouvelle fois que science et religion ne font pas vraiment bon ménage. Et l’on se souvient que lors de la première vague l’une des sources de contagion la plus cataclysmique fut le rassemblement religieux évangélique de Mulhouse début mars 2020. Dans ces conditions, les évêques de France s’honoreraient à afficher un peu plus de sens de la discipline de façon à mieux inspirer leurs ouailles. Plutôt que d’entamer des procédures contre l’Etat il serait plus efficace qu’ils instruisent les croyants sur les mérites de la prière en solitaire dans les églises qui sont ouvertes. La messe réelle peut bien encore attendre quinze jours et Dieu se satisfaire d’encore deux semaines de messes radiodiffusées.

MonGénéral est mort il y a 50 ans

Le 12 novembre 1970 des centaines de milliers de français remontaient les Champs Elysées pour déposer une fleur sous l’arc de triomphe en hommage au Général de Gaulle qui était décédé le 9 novembre chez lui à Colombey-les-deux-Eglises. Le chroniqueur âgé de 13 ans était parmi eux et vivait sa première manifestation.

Cinquante ans plus tard la France continue à pleurer son papa disparu et les commentateurs de se demander : « qu’aurait fait Mongénéral, qu’aurait dit Mongénéral aujourd’hui… ? », comme toujours, on ne se remet jamais complètement de la mort d’un père. Ces questionnements sont vains et ne servent pas même à nous faire oublier combien notre époque et nos comportements se sont éloignés de la grandeur et de l’intelligence de cet homme d’exception !

Alors le mieux est effectivement de lui rendre hommage, de lire son œuvre littéraire et, surtout, d’éviter de le mêler à nos politicailleries du moment.

Que faire des terroristes islamiques nationaux

Le débat interne français sur l’opportunité d’expulser, ou non, dans leurs pays d’origine les immigrés convaincus de visées terroristes, ou déjà emprisonnés en France pour en avoir commis, se déchaîne. Après les attentats religieux commis à Paris, Conflans-Sainte-Honorine et Nice ces dernières semaines par des étrangers, l’Etat a annoncé avoir lancé l’expulsion d’environ 200 personnes étrangères soupçonnées de terrorisme. La principale difficulté de ce processus est de forcer les pays d’origine à réadmettre des ressortissants dont ils ne veulent plus.

Globalement il n’y a pas grand monde qui ne soit pas d’accord avec le principe de ces expulsions. Bien évidement les commentateurs de plateaux télévisés qui ont des solutions à tout balayent d’un revers de mains les difficultés d’exécution. Bien malheureusement personne sur ces plateaux mondains ne mentionne le lien avec les terroristes religieux français détenus dans des pays étrangers, au Moyen-Orient principalement.

Le parallèle n’est pourtant pas très difficile à faire et les mêmes commentateurs expliquent doctement que les djihadistes français détenus en Irak ou en Syrie, lieux où ils commirent leurs crimes, doivent y être jugés et exécuter les peines auxquelles ils seront éventuellement condamnés pour surtout ne pas être rapatriés en France. On sait qu’une partie de ces terroristes de nationalité française détenus dans des camps kurdes du nord de la Syrie, à défaut d’avoir pu être expulsés vers la France ont été relâchés dans la nature après que la Turquie eut mené son offensive contre les forces kurdes dans cette région syrienne. Tout le monde espère que l’on entendra plus parler d’eux ; les analystes faisant leur métier savent qu’une partie d’entre eux ressurgira forcément un jour ou l’autre, et sans doute pas pour devenir des citoyens français modèles. Personne ne veut de cette catégorie de population aveuglée par la religion jusqu’à commettre les crimes que l’on sait au nom d’un Dieu, ni la France, ni les autres pays. Le problème est qu’elle est apparue un peu comme une génération spontanée dans tous les pays, développés ou pas, religieux ou pas, démocratiques ou pas et qu’aucun Etat ne sait vraiment comment gérer cette situation mondialisée. Chacun applique ses propres méthodes.

La France cherche à convaincre les pays d’origine de réadmettre leurs citoyens terroristes (avec sans doute quelques arguments et moyens de pression) tout en refusant de reprendre les siens. C’est une question de rapports de force, comme souvent, où la cohérence politique n’a sans doute que peu à faire. En revanche, les plateaux télévisés pourraient expliquer à Mme. Michu l’ambivalence de la République qui veut expulser les terroristes étrangers tout en refusant de réintégrer les siens, non point pour critiquer l’Etat, mais pour édifier Mme. Michu sur la complexité de cette situation. Il y a des mesures de rétorsion possibles des Etats étrangers intéressés.

Si on organise un référendum demain posant la question : « voulez-vous expulser les terroristes religieux étrangers dans leurs pays d’origine ? », il est probable que la réponse sera majoritairement « Oui ».

Si en revanche la question était : « voulez-vous expulser les terroristes religieux étrangers dans leurs pays d’origine et réadmettre en France les terroristes religieux français arrêtés à l’étranger ? », il est probable que la réponse serait moins nette !

Ensuite, c’est la grandeur et la noblesse du métier de politique dans une démocratie que d’arbitrer entre les solutions possibles et d’appliquer les décisions une fois prises. Nos dirigeants sont payés pour ça par nos impôts.

Une otage française retournée

Le 9 octobre dernier, un otage français, Sophie Pétronin (75 ans), détenue au Mali par un groupuscule terroriste touareg-islamiste depuis quatre ans est libérée et atterrit en France devant l’aéropage officiel habituel à ce genre de circonstance. Les négociations semblent avoir été par le nouveau gouvernement militaire malien issu d’un récent coup d’Etat. En plus de la française, un dirigeant de l’opposition politique malienne et deux civils italiens ont également été libérés. La transaction s’est faîte contre l’échange de deux centaines de djihadistes qui ont été remis aux ravisseurs des deux otages et probablement une rançon financière. Certains de ces terroristes libérés étaient coupables d’assassinats religieux plutôt sanglants et avaient été arrêtés par les militaires français en opération dans la Sahel. Les voici donc remis dans la nature et ils n’ont pas tardé à donner de leurs nouvelles via des vidéos de leurs agapes de retrouvailles dans le désert diffusées sur les réseaux dits « sociaux ».

Plus intéressant, l’otage française a débarqué l’avion qui l’a ramenée à Villacoublay en portant un voile islamique et a déclaré assez rapidement dans la salle de l’aéroport où elle était interviewée par une presse avide de scoop qu’elle s’était convertie à l’islam, que son prénom n’était plus Sophie mais Mariam, qu’elle voulait retourner le plus vite possible au Nord-Mali et que ses ravisseurs n’étaient pas « islamistes » mais des « combattants armés ». Bref, l’otage a été retournée par ses otages et ne cache pas ses nouvelles convictions. Les officiels français sur place, dont le président de la République, en ont la chique coupée et se garde bien de faire les habituelles déclarations. Quelques jours plus tard, le chef d’Etat major s’est ému de ces déclarations d’une citoyenne française alors que ses hommes combattent et meurent au Mali pour mettre fin au terrorisme religieux qui gangrène la région.

C’est une victoire de poids pour les touaregs-islamistes maliens. Non seulement ils sortent de prison deux cents des leurs qui vont certainement retourner au combat mais ils sont arrivés à retourner une vieille femme, humanitaire de 75 ans, en la convertissant à leur religion. C’est le soft power des islamistes qui est à l’œuvre et celui-ci est efficace dans les banlieues françaises mais le semble aussi auprès d’une population plus inattendue comme celle à laquelle appartient Sophie Pétronin. Son fils s’est escrimé durant quatre ans à faire libérer sa mère, intervenant auprès des autorités françaises, dans les médias, multipliant les voyages au Mali. Il semble un peu gêné lui aussi et explique que sa mère a dû s’adapter pour survivre.

Le pouvoir attractif de cette religion reste un mystère pour beaucoup, sa capacité à transformer la croyance religieuse en barbarie destructrice de toute autre forme de pensée défie le sens commun. Cette histoire est loin d’être terminée.

Quant à l’implication militaire de la France au Sahel, il va bien falloir y mettre fin un jour. Comme l’intervention occidentale en Afghanistan, il est à craindre qu’elle n’ait fait que reculer la prise du pouvoir par les religieux dans la capitale malienne comme dans les pays alentours.

Des journalistes de rencontre

Christine Ockrent (76 ans) assène des contrevérités sur les plateaux télévisés avec l’assurance d’un François Hollande annonçant « l’inversion de la courbe du chômage ». Invitée par François Langlet, journaliste économique, à parler de la crise sanitaire (on se demande d’ailleurs à quel titre), elle affirme qu’il n’y a pas de système d’assurance santé aux Etats-Unis d’Amérique ce qui rend difficile les soins aux populations. Langlet opine du chef.

En réalité, comme chacun le sait, il existe un système d’assurance publique obligatoire aux Etats-Unis, le fameux « Obamacare » qui concerne une minorité de citoyens disposant de revenus modestes (environ 30 millions de personnes) et permet de cofinancer avec des fonds fédéraux l’accès à un système d’assurance santé universelle pour des personnes qui n’en n’avaient pas. La présidence Trump a tenté de défaire ce système considéré comme « dangereusement gauchiste » mais sans succès, nombre de parlementaires conservateurs hésitant à voter pour une suppression qui remettrait en cause ce système.

Par ailleurs, préalablement à l’Obamacare, existaient, et existent toujours, le système Medicaid pour les personnes les moins favorisées qui bénéficiaient ainsi d’une assurance maladie et le système Medicare servant la même prestation aux personnes de plus de 65 ans.

Au-delà de ces catégories de citoyens spécifiques, les américains peuvent souscrire eux-mêmes librement leurs assurances santé privées, sans aucune obligation légale. Bien entendu il s’agit d’assurance privée donc le niveau de couverture dépend des cotisations payées, bien loin de la philosophie française : « on cotise selon ses moyens et on bénéficie selon ses besoins ». Mais il y a bien de l’assurance santé aux Etats-Unis.

Cet oubli de Christine Ockrent (76 ans) est bien excusable compte tenu de son âge. Le mieux serait qu’elle se retire progressivement des plateaux médiatiques sur lesquels elle n’est plus d’une valeur ajoutée très significative. Mais c’est un peu le péché mignon du monde journalistique français de se réunir entre ses membres, de s’autocongratuler, de s’autopromouvoir, bref, de faire dans la consanguinité qui, on le sait, ne donne jamais de très bons résultats en matière d’intelligence. Christine Ockrent (76 ans) a fait son temps, a mené une belle carrière (sans doute bien rémunérée) et a été décorée de la légion d’honneur et de l’ordre du mérite. Il est temps pour elle de se retirer désormais, cela lui évitera de nouvelles erreurs.

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