La fin de l’opération militaire française Barkhane au Sahel

Le président de la République française a annoncé cette après-midi dans une conférence de presse la fin de l’opération militaire Barkhane au Sahel. C’est un bon début. On ne connaît pas bien encore la forme que prendra l’opération suivante, car il y en a déjà une annoncée. On a seulement appris qu’elle impliquerait une baisse significative des effectifs de l’armée française dans ces territoires étrangers. L’option d’un retrait total des troupes françaises du Sahel, comme c’est actuellement le cas pour les troupes de l’OTAN d’Afghanistan, n’a pas été retenue. Peut-être a-t-elle été évoquée ?

Pour le retrait occidental de l’Afghanistan une négociation a été menée entre les Etats-Unis et les rebelles religieux. On ne sait pas s’il en est ainsi pour le Mali et les pays avoisinants. A-t-on demandé leur avis aux gouvernements locaux sur les contours de la nouvelle opération et la fin de l’ancienne ? Il est peu probable que la France puisse maintenir des troupes dans des pays étrangers sans un accord des pays d’accueil et on se dit que si l’on demande son avis au gouvernement malien actuel celui-ci pourrait être négatif.

Les quelques éléments donnés sur la nouvelle opération mentionnent plus de formation et d’encadrement des troupes locales et moins d’interventions directes de l’armée française. C’est une petite musique déjà régulièrement entendue (dans le cas du Rwanda par exemple, ou du Vietnam du sud pour les Etats-Unis) et l’on sait bien que lorsque les armées africaines seront en danger elles demanderont un appui militaire français tant que des militaires hexagonaux seront postés dans leur pays. Et l’on devine qu’en de pareilles circonstance les dirigeants politiques françaises trouveront toujours de bonnes raisons pour « y aller une dernière fois »… L’avantage du retrait total est qu’il n’y a plus d’intervention directe facilitée par le positionnement de personnels et de matériels sur place. Elle est donc beaucoup plus complexe à mettre en branle, le cas échéant.

Bref, cette affaire est sans doute loin d’être terminée puisque l’option du complet retrait n’a pas été choisie, comme elle l’a été pour l’Afghanistan.

Lire aussi : Un départ de l’armée française du Mali pour bientôt ? – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

Un départ de l’armée française du Mali pour bientôt ?

Colonel Assimi Goïta – président de la République du Mali

A la suite du deuxième coup d’Etat galonné au Mali en quelques mois, les désaccords entre la France et ce pays du Sahel s’accentuent. Toujours ravagé par le terrorisme religieux malgré plus de 5 000 militaires français, avec armes et bagages, dans la région, le Mali prend ses distances avec Paris. Le premier, qui est chez lui, prône un rapprochement avec les terroristes religieux qui sont au cœur de sa population quand le second les combat.

La France vient de « suspendre sa coopération militaire » avec le Mali sans que l’on sache exactement ce que cela veut dire mais l’armée française, légèrement aidée par d’autres armées européennes, continue à agir militairement dans ce territoire étranger sur lequel elle a été « appelée » à la rescousse en 2012 par le président de l’époque. C’était il y a dix ans et il va falloir tourner la page. Outre les changements politiques en cours, les populations commencent à se demander à quoi sert ce déploiement d’armées étrangères sur son sol.

Comme les armées occidentales sont en train de finir l’évacuation de leurs troupes de l’Afghanistan après 20 années de guerre, les militaires français vont devoir quitter le Mali. Dans les deux cas, un pouvoir religieux plus ou moins violent va reprendre les rennes, marquant ainsi la défaite stratégique des occidentaux qui combattaient sur place justement pour éviter une telle hypothèse. L’Histoire contemporaine l’a montré à de nombreuses reprises : il est difficile de maintenir longtemps une armée étrangère sur un territoire, quelle que soit la raison de son intervention, contre la volonté de son peuple et de ses autorités. Les Russes et les Turques vont aussi le ressentir un jour en Syrie…

Une fois les troupes françaises et européennes évacuées du Sahel, il adviendra ce qui doit advenir. Si les peuples veulent être gouvernés par la religion, qu’il en soit selon leur volonté. Les économies ainsi réalisées par la France pourront être utilement redéployées, soit pour rembourser partiellement les dettes abyssales de l’Etat, soit pour renforcer les frontières européennes qui deviendront des points sensibles si des gouvernements religieux extrêmes prennent le pouvoir dans les pays du Sahel.

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Il faut restituer les confettis de l’Empire

Quelques milliers de migrants marocains ont envahi l’enclave espagnol de Ceuta en territoire marocain. Il semble que les autorités marocaines reprochent à l’Espagne d’avoir accueilli pour raisons sanitaires le chef du front POLISARION, le mouvement indépendantiste du Sahara dit « espagnol » sur lequel le Maroc affirme sa souveraineté. L’impétrant aurait la Covid.

On connaît le cynisme de certains Etats qui n’hésite pas à utiliser les flux migratoires pour des raisons politiques. La Turquie à cet égard a montré de quoi elle était capable en incitant les réfugiés syriens sur son territoire à entrer en Grèce par la frontière terrestre. Dans le cas du Maroc on franchit une étape supplémentaire puisque ce pays envoie sa propre population comme immigrés illégaux à Ceuta. L’Espagne a déployé son armée sur place et aurait expulsé immédiatement la moitié des 8 000 migrants ayant pris d’assaut Ceuta.

La manipulation des flux de migrants est devenue une arme à la disposition des Etats les plus cyniques, il faut s’y faire. Les Etats agressés de la sorte, généralement plus « occidentaux », hésitent à employer des armes similaires en retour, comme celle des visas par exemple. C’est la comédie humaine rapportée à la géopolitique !

Plus important, ces incidents de Ceuta soulignent une nouvelle fois l’aberration de ces confettis d’empires répartis un peu partout sur la planète. Citons également Melilla, toujours espagnole, au Maroc, mais aussi le britannique Gibraltar en Espagne, les territoires français à Jérusalem-est, la française Mayotte dans l’archipel des Comores, etc. A l’exemple de Hong-Kong qui a été restitué par le Royaume-Uni à la Chine, la raison voudrait que l’on profite de ces évènements pour lancer les négociations de rétrocession des enclaves de Ceuta et Melilla au Maroc. Ces verrues espagnoles en territoire étranger n’ont plus aucun sens et sont source de problèmes sans fin. Les populations sont estimées à 78 000 pour la première et 72 000 pour la seconde. Même si la totalité de cette population souhaitait être rapatriée, l’Espagne devrait pouvoir le faire sans trop de difficultés en regard des bienfaits que représenteraient la restitution de ces territoires qui semble une évidence géographique lorsqu’on regarde une carte de la région.

Mali et Centrafrique à la une

Cela devient une habitude, les galonnés de Bamako ont arrêté le président de la République, le premier ministre et quelques autres dirigeants maliens pour les forcer à démissionner par suite du « sabotage de la transition » dont ils se seraient rendus coupables. Il semble que le dernier gouvernement désigné ne faisait pas la part assez belle auxdits galonnés.

Lire aussi : Le képi en chef du Mali – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

La France dont l’engagement militaire au Sahel contre le terrorisme perdure bien au-delà de ce qui est souhaitable se trouve impliquée un peu malgré elle dans cet imbroglio politico-militaire. Il se confirme une énième fois que passer des accords militaires avec des gouvernements fantoches ne peut rapporter que des problèmes. Il faut donc y mettre fin de façon ordonnée mais décisive.

En République Centrafricaine, la soldatesque russe prend de plus en plus d’importance et c’est très bien ainsi. Elle est simplement de plus en plus difficilement compatible avec la présence de l’armée française dans ce pays, au risque de déclencher des incidents entre les mercenaires russes et les troupes française. Les Russes emploient leurs méthodes pour réduire les rébellions locales et elles sont probablement plus efficaces que celles que s’autorise l’armée française corsetée dans ses principes démocratiques. Il faut laisser la place aux Russes, ils sauront sans doute mieux faire que les militaires Français qui n’ont jamais vraiment quitté le pays depuis son indépendance.

Lire aussi : Les Russes en Centrafrique – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

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Détournements d’avion par des Etats

Le forban qui tient la Biélorussie sous sa botte depuis 1994 s’est illustré aujourd’hui en lançant un avion militaire détourner un avion civil de la compagnie Ryanair qui assurait une liaison Athènes-Vilnius, en survolant le territoire biélorusse. L’un des passagers de cet avion était un opposant recherché par la police politique locale. On ne connait pas encore tous les détails de cette rocambolesque affaire mais toujours est-il que l’avion civil a obtempéré, s’est posé sur l’aéroport de la capitale biélorusse et que l’opposant a été arrêté.

Le monde occidental s’émeut de ces pratiques de brigandage aéroporté et la France n’est pas la dernière à manifester sa désapprobation par la voie de son ministre des affaires étrangères :

Pour les plus jeunes, nous rappellerons ici que le 22/10/1956, en pleine guerre d’Algérie, la République française fit détourner par ses avions de chasse l’aéronef civil qui transportait du Maroc en Tunisie une partie de l’état-major politique du Front de libération nationale (FLN) qui menait la rébellion contre la colonisation française et pour l’indépendance de l’Algérie. Ce détournement réussit et une fois l’avion posé sur la base militaire de Boufarik les cinq dirigeants du FLN, dont Ben Bella, Aït Ahmed et Boudiaf sont arrêtés et emprisonnés. Ils ne seront libérés qu’en 1962 à l’indépendance de l’Algérie sans que leur privation de liberté n’ait changé grand-chose à la guerre d’indépendance en cours.

Certes cet acte de piratage international fut commis en d’autres temps, mais il n’est pas sûr qu’aujourd’hui la France soit la mieux placée pour reprocher à la Biélorussie d’avoir agi comme elle le fit en 1956… Un peu de modestie ne ferait pas de mal à la diplomatie française du XXIème siècle !

Le Soudan ne remboursera pas les contribuables français

A l’occasion d’une réunion multilatérale tenue à Paris sur le financement des économies africaines post-covid, la République française annonce qu’elle annule une créance d’environ 5 milliards de dollars qu’elle détient contre le Soudan. Cela veut dire que les contribuables français ne recouvriront pas 5 milliards de dollars qu’ils avaient « prêté » à ce pays.

Cette issue était bien entendu assez prévisible et annoncer officiellement cette annulation est une position hélas réaliste. En revanche, la vraie question qui n’est pas posée est de savoir par quels étranges mécanismes des décideurs français ont pu prêter 5 milliards de dollars au Soudan ces dernières années. Ce pays anglophone n’est pas particulièrement proche de la France, s’est illustré par des comportements non démocratiques, une guerre civile terrible qui a amené à la sécession du Soudan du Sud, des razzias de ses tribus esclavagistes dans toute la région, des crimes de guerre, etc. Le Soudan a abrité nombre de terroristes dont le vénézuélien Carlos, qui, finalement, sera enlevé par les services français avec l’accord tacite du gouvernement soudanais en 1994.

Comment a-t-on pu prêter 5 milliards de dollars à ce pays ? Peut-être pour favoriser la vente de produits ou de projets par des entreprises françaises ? Auquel cas il aurait mieux valu subventionner directement lesdites entreprises plutôt que de se donner l’illusion de prêter à un pays failli. 30 ans après le « discours de La Baule » par lequel le président Mitterrand annonçait que la France tempèrerait son aide en fonction de la démocratisation des pays récipiendaires, on découvre qu’elle continue de prêter les sous de ses contribuables à des débiteurs défaillants sur le plan financier comme sur celui de leur gouvernance.

Après cette nouvelle annulation de dette, en faveur du Soudan en l’occurrence, il est urgent que les mécanismes d’octroi de prêts publics, soient revus vers plus de rigueur pour empêcher l’hérésie financière que représente l’octroi d’un prêt au Soudan en 2021. S’il s’avère nécessaire que la France participe au financement du développement de ce pays il est préférable de le faire via les institutions multilatérales ou des dons bilatéraux mais en aucun cas avec les prêts publics qui ne sont que très rarement remboursés. Il est d’ailleurs permis de s’interroger sur la nécessité pour la France de financer le Soudan ? Compte tenu des moyens limités dont dispose la République il serait peut-être plus opportun de concentrer ces financements sur les pays en développement dont nous sommes plus proches.

STORA Benjamin, ‘Rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie’.

Sortie : 2021, Publié sur le site web de la Présidence de la République .

Accéder directement au rapport : Rapport Benjamin Stora

Les rapports politiques entre la France (ex-puissance colonisatrice) et l’Algérie (ex-puissance colonisée) n’ont jamais trouvé un rythme de croisière apaisé depuis l’indépendance de la seconde obtenue en 1962 après une guerre de décolonisation terrible et sordide. La relation franco-algérienne est au niveau politique un peu bipolaire, parfois bonne, souvent mauvaise, ce qui n’empêche pas des échanges de population constants et anciens basés sur un flux historique de la population important de l’Algérie vers la France.

Compte tenu des échanges humains toujours significatifs entres les deux rives de la Méditerranée, les ponts n’ayant jamais été coupés, les dirigeants des deux pays essayent régulièrement de fluidifier cette relation éruptive sans jamais vraiment aboutir tant leurs attentes respectives sont opposées, en attendant le prochain psychodrame qui ne manque généralement pas d’arriver… Les uns veulent recevoir des excuses, les autres ne veulent pas complètement abdiquer, le pouvoir algérien a basé toute sa légitimité sur sa victoire dans la guerre de libération contre la France quand sa population cherche des visas pour Paris, les autorités françaises doivent compromettre avec l’armée qui a mené la conquête en 1830 puis a été entraînée par le politique dans les « évènements » qui ont mené à l’indépendance et à bien des dérives à partir de 1954. Mais la France doit aussi prendre en compte les sentiments partagés des descendants des harkis, des rapatriés de 1962 et de sa forte population d’origine algérienne, qu’elle dispose d’une double-nationalité ou soit uniquement française, qu’elle soit assimilée ou pas. Stora estime que plus de 7 millions de résidents français sont toujours concernés « par la mémoire de l’Algérie ». Toute cette matière humaine s’enflamme de façon régulière et il est peu probable que le rapport Stora apaise vraiment la situation.

Dans sa lettre de mission à Benjamin Stora le président de la République mentionne :

« Je souhaite m’inscrire dans une volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algériens. Le sujet de la colonisation et de la guerre d’Algérie a trop longtemps entravé la construction entre nos deux pays d’un destin commun en Méditerranée. Celles et ceux qui détiennent entre leurs mains l’avenir de l’Algérie et de la France n’ont aucune responsabilité dans les affrontements d’hier et ne peuvent en porter le poids. Le devoir de notre génération est de faire en sorte qu’ils n’en portent pas les stigmates pour écrire à leur tour leur histoire. Ce travail de mémoire, de vérité et de réconciliation, pour nous-mêmes et pour nos liens avec l’Algérie, n’est pas achevé et sera poursuivi. »

Le rapport est à la hauteur de sa commande, éthéré et bienveillant, mais que pouvait-il être d’autre ? Il formule quelques propositions consensuelles mais ne règlent pas le contentieux politique de fond. Il est donc clairement rejeté par les extrêmes et non lu par la masse. C’est un travail d’historien qui vient s’ajouter à bien d’autres. Il a le mérite de rassembler tous les travaux qui ont été menés depuis 1962 et de citer les principales interventions d’intellectuels et de politiques sur le sujet de la colonisation et la guerre d’Algérie. En fait, beaucoup a été dit et, surtout, fait pour tenter de partager l’Histoire des deux pays au-delà des déclarations politiciennes inutiles et des attaques permanentes des deux bords. C’est bien ainsi et le rapport Stora est une nouvelle pierre apportée à la construction d’une relation la moins mouvementée possible entre les deux ex-ennemis qui n’ont pas réussi à devenir amis.

Alors l’étude passe en revue la « singularité du conflit » et l’opposition « des mémoires », chaque partie a composé son histoire à l’aune de ses propres intérêts politiques et en fonction des groupes de pressions activistes dans chacun des deux pays. Le résultat n’est pas l’Histoire mais la cohabitation de deux récits. Néanmoins Stora tempère cette situation en citant les petits pas réalisés depuis 1962 entre les historiens et les intellectuels français et algériens, loin de la démagogie de la politique dont l’aveuglement a aussi participé à faire le lit de l’islamisme.

Il cite le traumatisme des « rapatriés » qui ont fuit l’Algérie en catastrophe en 1962 et ont été accueillis plutôt froidement en « métropole » qui a laissé des traces durables, y compris dans l’expression électorale. Le cas de ces français qui ont pris fait et cause pour l’indépendance, en métropole comme en Algérie, ceux qui ont « passé les valises » du FLN, les opposants à la guerre qui ont écrit pour s’exprimer pendant les évènements. Stora mentionne les innombrables colloques, séminaires ou ouvrages collectifs qui se sont déroulés depuis l’indépendance pour essayer de faire surnager l’intelligence d’un océan de slogans partisans, et se diriger, lentement, vers une tentative de réconciliation des hommes et des histoires. L’image est aussi un vecteur important de cette relation tumultueuse et de nombreux films documentaires et de fiction ont vu le jour, partisans ou pas, larmoyants ou violents, ils ont sans doute aussi participé à l’éveil des consciences sur ce conflit.

Le rapport revient sur l’évolution des relations économiques et politiques entre les deux pays depuis l’indépendance. Des relations agitées, parfois hystériques, de « devoirs de mémoire » en guerres des mémoires, de rappels d’ambassadeurs en sommations inutiles, de reconnaissances contrites en accusations excessives… ainsi va la vie 60 ans après les accords d’Evian signés en 1962 qui ont établi l’indépendance de l’Algérie. Malgré tous ces drames, les relations n’ont jamais cessé, rendant quasiment inextricables le lien entre les deux pays, mais aussi, donc, la continuation du conflit dans le domaine des déclarations enflammées, toujours préférable à celui des armes.

Stora termine sur un relevé de préconisations, une nouvelle série de petit pas symboliques comme la création d’une commission « Mémoires et vérité », des échanges facilités d’étudiants en histoire, des commémorations diverses, des constructions de stèles, la publication d’un « guide des disparus », un travail commun sur les sites irradiés par les essais nucléaires français dans le désert et les millions de mines posées aux frontières du Maroc et de la Tunisie, la relance des travaux sur les archives existant des deux côtés de la Méditerranée et leur traduction dans les deux langues nationales, etc. Certaines ont déjà commencé à être mis en œuvre récemment, comme la reconnaissance de l’assassinat par l’armée française du militant Maurice Audin ou de l’avocat Ali Boumendjel.

Le rapport Stora n’aboutit pas à une réconciliation politique impossible à imaginer tant que subsisteront des hommes ayant vécu la période de la guerre. Une fois ces derniers éteints, peut-être sera-t-il possible d’évoluer vers un peu plus de sérénité. Le fait d’avoir laissé croître un nombre de français concernés « par la mémoire de l’Algérie » en France rend sans doute incontournable le maintien de relations diplomatiques et humaines entre les deux pays. Les intérêts croisés sont tels que l’option de rupture est quasiment impossible à envisager même si elle doit travailler certains, des deux côtés. Le rapport Stora a été écrit dans cette optique d’une relation à apaiser, il est raisonnable.

Coup d’Etat au Tchad

Profitant du décès du chef de l’Etat tchadien, le maréchal Déby, dans des conditions encore mystérieuses, son fils, le général Déby, s’arroge le pouvoir à la tête d’une bande de généraux instituée en conseil militaire de transition, au mépris de la constitution de ce pays africain. Un galonné remplace un autre galonné via un coup d’Etat, en annonçant, bien sûr, le retour prochain à des élections, rien de très surprenant, surtout au Tchad ! Voila qui relativise une nouvelle fois cette volonté occidentale d’instaurer la démocratie sur le continent africain, entre autres.

La France qui a colonisé le Tchad jusqu’à son indépendance en 1960 s’est ensuite compromise avec ses gouvernements successifs qui ont accueilli des contingents de militaires français sur son sol, pour de plus ou moins bonnes raisons, de façon quasiment continue. Paris « rend hommage » au « grand ami » de la France ainsi disparu et s’inquiète de l’avenir de sa coopération militaire avec ce pays.

Alors que les Etats-Unis d’Amérique se retirent actuellement « sans conditions » de l’Afghanistan après 20 années d’aventure militaire, peut-être Paris pourrait aussi réviser sa politique africaine dans le même sens ?

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Double nationalité, l’éternelle ambiguïté

On se souvient qu’après les attentats religieux de novembre 2015 en France un projet de réforme constitutionnelle avait été élaboré afin d’étendre la déchéance de la nationalité française aux binationaux nés français lorsqu’une telle personne avait été « condamnée pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation ». Par suite de discussions politiciennes, le projet avait été finalement retiré après avoir provoqué beaucoup de remous et notamment la démission du ministre de la Justice de l’époque : Christine Taubira.

On apprend aujourd’hui que l’Algérie a envisagé un projet de même nature et vient de le retirer par suite des « incompréhensions » comme l’a annoncé le président de la République.

De même nature juridique, les objectifs recherchés n’étaient pas tout à fait similaires. La France visait des binationaux commettant des crimes sur son territoire, en clair des actes terroristes exécutés en France par des binationaux français alors que l’Algérie ciblait des binationaux algériens de la diaspora, coupables d’avoir commis des actions contraires à la « sécurité de l’Etat » à l’étranger.

Dans un cas, la France, il s’agissait de rendre expulsables des citoyens français binationaux, dans l’autre, l’Algérie, il fallait empêcher de revenir en Algérie des citoyens algériens binationaux.

Plus subtil, jusqu’à récemment, l’Algérie ne reconnaissait pas la double nationalité. Elle ne pouvait toutefois pas empêcher un Etat tiers de délivrer sa propre nationalité à un natif algérien et nombre de citoyens algériens possédaient une ou plusieurs autres nationalités, notamment française. Supprimer la nationalité algérienne à un citoyen qui, officiellement, ne peut pas en avoir une autre revenait à le rendre apatride, ce qui pose d’autres problèmes. Toutefois, depuis 2005 la pluri-nationalités est tolérée en Algérie, le Parlement ayant ainsi admis la réalité.

Toucher aux questions de nationalité est toujours un exercice délicat. Paris et Alger l’ont réalisé, chacun pour des motifs différents.

Une note intermédiaire sur le Rwanda et le génocide des Tutsis

En avril 2019, pour tenter d’apaiser les relations conflictuelles entre le Rwanda et la France concernant l’implication de cette dernière dans le génocide des Tutsis et des Hutus modérés en 1994, le président français a fondé une commission d’historiens censée produire un rapport sur la politique française au Rwanda durant la période 1990-1994.

Une « Note intermédiaire » a été produite en avril 2020 qui détaille en 29 pages la méthodologie de recherche et l’accès aux différentes archives de l’administration sur le sujet. Les hommes en charge de la mission et les outils dont ils disposent semblent à la hauteur de l’enjeu majeur de cette étude qui est de savoir si la France a participé peu ou prou au dernier génocide du XXème siècle ?

Le rapport final doit être remis le mois prochain au président de la République.

Lire aussi : la Note intermédiaire

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La retraite retardée

Une conférence s’est tenue hier entre l’Elysée et les chefs d’Etat des cinq pays africains du groupe « G5 Sahel » sur la présence de l’armée française dans le Sahel. Il a été annoncé le maintien de cette force étrangère dans la zone sahélienne. Alors que dans le même temps les Etats-Unis d’Amérique ont acté le retrait de leurs troupes d’Afghanistan en négociant avec les rebelles talibans, leur donnant ainsi les clés d’un retour prochain au pouvoir à Kaboul, la France retarde encore le moment inévitable où il lui faudra évacuer le Sahel. Les arguments sont toujours les mêmes et surtout le mantra « en protégeant le Sahel du terrorisme religieux, on protège la France ».

L’occident n’arrivera pas à « pacifier » l’Afrique sahélienne et encore moins à y instaurer la démocratie. Cela fait des décennies qu’il essaye, avec le succès que l’on constate. Les armées locales excellent dans la technique du coup d’Etat, mais fort peu dans la défense de leurs pays, et ce malgré les milliards d’euros déversés sur elles par l’Europe ainsi que des centaines de « conseillers techniques » censés les former sur place. Cela ne marche tout simplement pas. Probablement la présence des forces militaires françaises empêche, au moins provisoirement, les religieux de prendre le pouvoir à Bamako et dans les capitales avoisinantes, mais, à moins de les y laisser à vie, ce moment viendra un jour, de gré ou de force.

La junte militaire malienne au pouvoir est d’ailleurs encline à négocier avec ces groupes religieux et sécessionistes, si elle n’a pas déjà commencé à le faire. Les populations locales, très naturellement, commencent à contester et rejeter la présence armée de la France dans leurs pays. Il se murmure que les chefs militaires français sont réalistes sur l’impossibilité d’atteindre leurs buts de guerre. Les citoyens français se demandent eux-aussi pourquoi des soldats meurent dans ce désert et s’il est bien nécessaire d’y dépenser autant de sous. Toutes les conditions sont réunies pour entamer ce repli… qui vient d’être repoussé à plus tard !

Un repli ordonné marquera évidement une défaite, comme celle des Etats-Unis en Afghanistan ou en Irak, mais permettrait de façon réaliste de redéployer l’armée française sur des tâches plus efficientes comme le renforcement de la protection du territoire national, et de peaufiner la tactique du « cassage de gueule » consistant en des opérations extérieures coup de poing en tant que de besoin si les intérêts vitaux français sont menacés, mais en renonçant à occuper durablement des pays tiers. Cela n’a jamais fonctionné, ni en Algérie, ni au Vietnam, ni en Angola, ni au Mozambique… et il y a très peu de chances que cela fonctionne au Sahel.

Lire aussi : 13 militaires français tués au Mali en novembre – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

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La Centrafrique toujours à la pointe de la dévastation

Alors que se profilent des élections présidentielles en République centrafricaine demain 27 décembre, cette perspective démocratique a réussi à liguer contre elle tous les mouvements d’opposition, ce qui est une performance jamais vue auparavant. Même les mouvements qui se sont massacrés ces dernières années comme les « Balaka » (musulmans) et « anti-Balaka » (non-musulmans) sont maintenant dans le même camp pour refuser l’élection. Opposition dans ce pays veut dire « kalachnikovs plus pillages », et elle s’en donne à cœur joie depuis quelques semaines, d’où un sérieux regain de violence. Trois casques bleus de la force des Nations Unies viennent de le payer de leur vie au centre du pays.

L’opposition accuse le président actuel de se préparer à frauder l’élection pour être réélu au premier tour. C’est sans doute vrai tant la notion même d’élection est surréaliste dans un pays qui est si loin de valeurs que l’on appelle « démocratiques ». Hélas, la communauté internationale qui porte à bout de bras la Centrafrique ne sait pas proposer autre chose. Une simple tentative d’accès aux sites Internet de la présidence et de la primature suffit à comprendre l’ambition démesurée de vouloir instaurer la « démocratie » : ils ne sont plus actualisés depuis 2016…

La seule alternative serait de laisser parler les armes mais chaque fois que cette solution a commencé à être mise en œuvre par les « forces vives » du pays, elle a été interrompue par l’extérieur : la France, la Russie, l’ONU, les ONG ou toutes sortes d’organisations voulant préserver les populations civiles. On ne sait donc pas ce qu’elle pourrait donner à long terme, sans doute un pays sans plus d’Etat, comme la Somalie aujourd’hui ou le Liban lors de la guerre civile dans les années 1970’.

Alors, à défaut, on pousse le pays à organiser des élections, pour singer l’occident, dans un pays désertique habité d’une population grandement analphabète, ballotée entre des chefs de guerre qui mettent le pays à sac depuis des décennies et où des troupes étrangères essayent de faire régner l’ordre avec un succès très limité. On ne sait pas faire autre chose malgré les échecs répétés. L’évolution récente est l’apparition de mercenaires russes sur le terrain en soutien à l’actuel président. Au moins Moscou n’a pas à porter le poids et la responsabilité de l’ancienne puissance colonisatrice comme Paris. Une solution serait de laisser la Russie appliquer ses propres méthodes qui ne sont que modérément démocratiques mais pourquoi ne pas essayer, pour une fois ? Que la France ou l’ONU ne sache promouvoir que de la démocratie on peut le comprendre, mais alors laissons faire la Russie ou la Chine et faisons le bilan dans dix ans.

Lire aussi : Les russes en Centrafrique

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Le képi en chef du Mali

Colonel Goïta chef de la junte du Mali

Voici la tête du nouveau pouvoir militaire malien : jeune, galonnée et en tenue de combat ! Le coup d’Etat militaire est une tradition dans ce pays pour changer le pouvoir, les élections et l’organisation démocratique n’ayant jamais fonctionné correctement, du moins tel qu’on l’entend en Occident. Parlement, partis politiques, commissions électorales et tous les attributs des régimes démocratiques des pays du Nord ont été vainement répliqués, et à plusieurs reprises, dans ce pays sahélien qui va de mal en pis depuis des décennies. Il est probable que ce nouveau régime suivra la voie de ses prédécesseurs et sera bientôt rejeté par ceux qui l’acclament aujourd’hui. Et quand bien même rendrait-il un jour le pouvoir aux civils, ceux-ci se retrouveraient de nouveau à la tête de ce pays immense, partiellement désertique, incapable de recouvrer l’impôt pour construire un Etat toujours inexistant depuis l’indépendance en 1960, tiraillé entre les clans et les ethnies, entre les religieux et les libéraux, occupé par des armées étrangères « amies » venues aider à lutter contre le terrorisme islamique… on ne voit pas beaucoup de lumière au bout d’un tunnel qui risque d’être long !

Lire aussi : Les képis reprennent le pouvoir au Mali

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Les képis reprennent le pouvoir au Mali

Avec une régularité de métronome, qui finit par être un peu lassante, une bande de galonnés dépenaillés a mené un coup d’Etat au Mali hier et cette nuit, forçant le pouvoir civil élu à démissionner, érigeant un « Comité national pour le salut du peuple » et promettant monts et merveilles aux « Maliennes et Maliens » …

Certes le coup militaire est le mode favori de changement de pouvoir dans ce pays depuis des décennies, mais cette armée dépenaillée ferait sans doute mieux de concentrer son énergie à renforcer sa capacité de lutte contre le terrorisme religieux et touareg qui mine le Mali plutôt qu’à prendre et reprendre un pouvoir civil qu’elle n’est pas en mesure d’assumer. Cela risque très certainement d’avoir des conséquences sur la lutte anti-terrorisme menée par des forces internationales, majoritairement françaises, dans tout le Sahel. Les forces religieuses qui luttent pour imposer leur dictature à toute la région doivent se frotter les mains !

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Un des leaders du génocide rwandais arrêté… en France

Félicien Kabuga, 84 ans, affairiste hutu rwandais, fondateur de la Radio-Télévision des Mille Collines (RTLM) ayant attisé le génocide, financier des milices chargées de l’extermination, vient d’être arrêté en France où il séjournait sous un faux nom. Il s’y était réfugié a priori depuis plusieurs années après une fuite dans différents pays depuis ce génocide datant de 1994. Ses enfants et ses proches sont aussi hébergés en France et des pays européens avoisinants. Une enquête du journal Le Monde révèle que la famille Kabuga aurait décidé de « rapatrier » l’ancêtre en France compte tenu de son état de santé déclinant et l’offre de soins médicaux favorable dans l’hexagone… Tous les siens déployaient depuis une grande énergie pour le protéger de la justice internationale qui le recherchait.

Il est navrant que de tels criminels puissent trouver refuge, même illégalement, en France, relançant ainsi les soupçons jamais définitivement levés de compromission française avec les génocidaires. Son arrestation fait suite à une enquête de police de quelques mois qui a consisté à suivre les enfants pour retrouver le père. D’autres personnages douteux séjournent, ou ont séjourné, en France plus ou moins légalement : la femme du président rwandais Habyarimana, des satrapes africains et leurs descendants, des dirigeants syriens et libyens, etc. Bref, toute une clique de dirigeants corrompus, voire criminels, continue à trouver le chemin de Paris pour venir s’abriter des foudres de leurs populations et de la justice internationale. Accessoirement ils y investissent pas mal de leur argent…

Il est probable que les dirigeants français actuels se passeraient bien de la présence sur le sol national de ces pestiférés, pas toujours encore condamnés, certainement indésirables. Mais les mauvaises habitudes sont prises et elles sont difficiles à inverser. On peut seulement espérer que le robinet d’admission de ces personnages se ferme progressivement, quitte à renoncer à leurs investissements le plus souvent mal acquis. La France s’honorerait à décourager de telles migrations sur son territoire.

En attendant, M. Kabuga devrait être livré au mécanisme qui a pris la suite du Tribunal international pour le Rwanda (TPIR), fermé en 2015 après avoir jugé 80 accusés, et laissant huit fugitifs dans la nature dont deux ont été arrêtés depuis, y compris Félicien Kabuga récemment.

Mauvais temps pour les « fils et filles de » africains

Le fils du président de la Guinée Equatoriale, Teodorin Obiang, lui-même vice-président du pays, a été condamné en France en octobre dernier à trois années de prison avec sursis et 30 millions d’amende, également avec sursis, dans le cadre de la procédure des « biens mal acquis », pour s’être bâti frauduleusement un patrimoine immobilier considérable. Son père Teodoro Obiang Nguema est au pouvoir dans son pays depuis 40 ans après avoir renversé son oncle en 1979 qui était lui au pouvoir depuis 1969. Le fiston, qui a fait ses études en France, a été nommé à divers postes de ministre par papa avant de devenir vice-président en 2016. Il adore les voitures de luxe et accumule Ferrari, Lamborghini et similaire, qui lui ont été généralement saisies dans le cadre de différentes procédures dans les pays où il a investi. Le fiston était absent lors de son procès, un appel et une procédure devant la cour internationale de justice.

La fille de l’ex-président de l’Angola, Isabel dos Santos, est au centre d’une enquête internationale journalistique menée par le Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ), qui révèle en janvier 2020 sa fortune considérable (se chiffrant en milliards de dollars) et les voies complexes et opaques par lesquelles elle et son mari ont accumulé ces actifs dont beaucoup sont localisés au Portugal, ex-puissance colonisatrice de l’Angola. Cette enquête a été lancée à la suite d’une importante fuite de 700 000 documents, probablement le fait d’un hackeur. Son père José Eduardo dos Santos est resté 38 ans au pouvoir dans son pays où fifille a exercé différents postes officiels, notamment la présidence de la société pétrolière nationale. Papa est maintenant installé à Barcelone et son successeur a lancé des poursuites contre la famille dos Santos. A la suite de ces révélations médiatiques le banquier portugais de la banque locale dont elle détenait 42,5% des parts a été retrouvé mort à son domicile, probablement suicidé. Isabel est désormais persona non grata dans un certain nombre de pays occidentaux et, bien entendu, aussi en Angola.

Le fils du président du Congo (Brazzaville), Denis Christel Sassou Nguesso, est mis en examen en France pour blanchiment dans le cadre de cette même procédure des « biens mal acquis ». Son père Denis Sassou Nguesso est au pouvoir dans son pays depuis 36 ans et le fiston, député, a exercé des fonctions dans la société pétrolière nationale, tiroir-caisse du pouvoir et, à une époque sans doute révolue, de certains partis politiques français. Denis Christel a accumulé des biens assez considérables, notamment dans l’immobilier en France.

Ces trois affaires en cours sont intéressantes par leurs similitudes. Elles concernent toutes des « fils et filles de » dont il est juste techniquement impossible qu’ils aient accumulé de telles fortunes, se chiffrant en centaines de millions ou en milliards de dollars, en partant de leurs salaires de ministres ou même de vice-président. Comme le confirment les enquêtes de justice et de l’ICIJ, ils ont largement détourné les fonds publics des Etats dirigés par leurs pères respectifs. Tous trois ont développé un sens du clinquant jet-set qui les a beaucoup desservis, publiant des photos bling-bling sur les réseaux dits-sociaux ou paradant un peu partout où la presse pipole aime à se trouver. La discrétion sied mieux aux opérations illégales que la publicité qui les a attirés comme la lumière brûle les insectes. Ils ne l’ont pas compris. Ils ont également dépensé/investi la plus grande part de leurs sous en dehors de leurs pays d’origine vie des montages légaux et fiscaux complexes largement validés par les cabinets d’audit internationaux, on n’est jamais trop prudent…

Tous clament la complète légalité des transactions qui les ont enrichis en convoquant le « néocolonialisme » des procédures entamées. Dans les cas du Congo et de la Guinée Equatoriale, les papas sont toujours au pouvoir, les justices locales ne sont donc pas saisies comme en Angola où la famille dos Santos est poursuivie localement.

Tous ont des papas qui sont au pouvoir depuis plus de 30 ans sans discontinuer, arrivés à ce niveau le plus souvent à l’issue d’élections fantoches. Cette durabilité hors normes a favorisé ces pactes familiaux de corruption. On n’a pas trouvé de solution à ce jour pour mettre fin à cette mauvaise gestion généralisée, ni dans les pays concernés, ni plus en Occident où les donateurs cherchent à améliorer la situation qui est nuisible pour tous, sauf pour la minorité qui s’enrichit et qui arrive donc à rester en place.

Il serait moral que ces « fils et filles de » rendent l’argent pillé dans leurs pays. Il n’est pas sûr que cela advienne puisque pour le moment au moins deux des trois pays mentionnés ne réclament même pas ce retour. Seule Isabel dos Santos est sur le grill mais il est loin d’être acquis que ses actifs puissent être saisis, vendus ou restitués à son pays. Son mari Sindika Dokolo déclarait au journal Le Monde en 2017 : 

« Je préfère que la richesse du continent revienne à un Noir corrompu plutôt qu’à un Blanc néocolonialiste. »

Tout est dit mais si le « Noir corrompu » n’a pas respecté la Loi des pays où il a investi, il aura peut-être des comptes à rendre si les justices de ces pays se mettent en mouvement !

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Le Groupe des Patriotes du Mali

La côte de la France au Mali est en hausse…

Le Groupement des Patriotes du Mali (GPM) est un groupuscule au soutien populaire pour l’instant limité mais qui souhaite que son pays renoue avec Moscou. Il est vrai que ce pays a été longtemps frère de l’Union soviétique. Dans son message, le président du GPM souhaite renouer avec Moscou :

MESSAGE DU PRESIDENT DU GROUPE DES PATRIOTES DU MALI (GPM)

Patriotes du Mali
Notre Mouvement a pour objectif principal de rétablir la coopération intensifiée entre notre pays et la fédération de Russie à l’instar de Celle qui a existé entre le Mali et l’URSS dans les dimensions de la dignité réciproque.
Le GPM a demandé à la Russie son implication dans la gestion de la crise Malienne d’abord en terme[SIC] de formation et d’équipement adéquat de nos forces armées… Le Malien, au regard de sa dignité, n’a pas besoins de troupes étrangères pour combattre à sa place mais des moyens nécessaires qui nous manquent gravement. Le GPM demande aux des mesurés [reSIC] de ne pas tenter de donner un autre contenu indigne et sauvage a son idéal
Président de Groupe des patriotes du Mali (GPM)
M. Fodé Sidibé

Sur la page Facebook du GPM on trouve aussi quelques messages sur le même thème de groupements frères comme « Yerewolo, debout sur les remparts » :

On comprend un peu mieux pourquoi le président de la République française va s’entretenir avec ses collègues africains ce 13 janvier à Pau de leur réelle volonté de voir Paris maintenir des troupes dans leurs pays…

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L’ego de l’opposant ivoirien

Guillaume Soro est homme politique ivoirien, passé alternativement des ors du pouvoir aux affres de la rébellion armée et de l’exil. Lorsqu’il est dans l’opposition, il est régulièrement impliqué dans des tentatives de coups d’état contre le pouvoir en place à Abidjan. Il a été l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat qui furent vaines jusqu’ici.

Aux dernières nouvelles il était plutôt coté opposition et réfugié à Paris et s’était mis en tête de revenir à Abidjan pour se présenter aux élections présidentielles prévues pour octobre 2020. Mal lui en pris car un mandat d’arrêt international a été lancé contre lui par la justice ivoirienne pour « tentative d’atteinte à l’autorité de l’Etat ». Ses comparses locaux ont déjà été arrêtés et M. Soro qui était dans l’avion entre Paris et Abidjan ce 23 décembre a fait faire demi-tour à son aéroplane (a priori un vol privé) par peur d’être arrêté dès son arrivée.

De retour à Paris il déclare :

« Je suis et reste candidat à la présidence de la République. Je vais organiser la résistance comme le général de Gaulle l’a fait depuis Londres… je suis quand même surpris : le président français s’est rendu en Côte d’Ivoire, y a fêté son anniversaire mais il n’a pas eu la capacité de dire à ses hôtes qu’il était important de respecter la démocratie en Afrique. J’espérais qu’un président comme lui ait davantage de courage et de maturité pour le faire. »

Sans vergogne, le garçon se compare à MonGénéral, sans la moindre décence il critique le président du pays où il est réfugié. Avec un tel énergumène, la Côte d’Ivoire n’est pas encore sortie d’affaires.

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Une bonne nouvelle pour l’Afrique

En réunion à Abidjan, les présidents ivoirien et français annoncent que le franc CFA va être remplacé en Afrique de l’Ouest par une nouvelle monnaie, l’ECO dont la gestion sera sensiblement réformée. Il n’y aura plus d’administrateur français dans les instances de la Banque centrale de Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et celle-ci n’aura plus à déposer une partie de ses réserves auprès du Trésor français. Cependant, il semble que le cours fixe entre l’Euro et l’Eco serait maintenu et que la France continuerait à garantir la convertibilité de l’Eco. Ces deux derniers points, s’ils étaient confirmés, limitent sérieusement l’ampleur de la réforme.

Il serait souhaitable de couper définitivement le cordon monétaire entre la France et ses anciennes colonies. Si l’on se contente de changer le nom de la devise mais de continuer à attendre que la France garantisse son cours et sa convertibilité, on ne va pas bien loin dans ce sens. Espérons que ne n’est qu’une première étape vers un changement plus radical donnant la responsabilité monétaire pleine et entière aux Etats africains.

13 militaires français tués au Mali en novembre

Un accident d’hélicoptères fait treize morts militaires français au Mali au cours d’une opération de combat contre des religieux islamistes le mois dernier. C’est très regrettable et les commentateurs de plateaux télévisés reposent la question du sens de cette énième intervention militaire française dans ses anciennes colonies. Le sujet est d’importance. Comme à chacune d’entre elles, la République part la fleur au fusil dans le cadre de ses accords de défense bilatéraux ou appelée au secours par des Etats locaux faillis, comme à chacune d’entre elles la France ne sait plus comment mettre fin à ces opérations une fois celles-ci entamées et comme à chacune d’entre elles les populations locales sont montées progressivement contre les troupes françaises considérées comme armée d’occupation.

La France n’a-t-elle pas en 1966 elle-même éconduit les troupes étrangères de l’OTAN stationnées dans l’hexagone à sa demande ?

C’est pourquoi la France se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements « intégrés » et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN.

MonGénéral – lettre au président américain, 1966

Tout ceci est réglé comme du papier à musique. Dans notre monde moderne, la présence de troupes étrangères sur un territoire donné provoque invariablement et assez rapidement une réaction de rejet des populations locales, quelles que soient les raisons de cette présence : bonnes ou mauvaises. La France en est là, face à sa malédiction d’ancienne puissance coloniale elle n’arrive pas à se dégager de ces pays. Elles les quittent régulièrement mais y est rappelée tout aussi régulièrement. La tentation de laisser tomber est forte mais pour le moment, les raisons officiellement avancées sont que pour le Sahel l’armée française limite par sa présence les infiltrations de terroristes religieux sur les territoires français et européen, et qu’en Centrafrique elle repousse la tentation du génocide entre les populations. Ces justifications sont certainement réelles mais a-t-on aussi évalué les conséquences pour l’intérêt national d’un retrait militaire rapide versus dans quelques années, comme il se produira immanquablement ? Les spécialistes de l’Afrique savent bien qu’il faudra plusieurs générations pour que les pouvoirs politiques et les armées des pays africains soient en mesure de contrer le terrorisme religieux, si jamais ils y arrivent.

Il conviendrait d’étudier la stratégie du « cassage de gueule ponctuel avec retour rapide au bercail ». Le cas de l’Afghanistan est à ce titre emblématique. En 2001, les attentats contre le World Trade Center de New York (environ 3 000 morts recensés) donnent lieu à une attaque de l’Afghanistan, où a été fomenté cet attentat, par les troupes de l’OTAN (les Etats-Unis ont déclenché l’article 5 du traité Nord-Atlantique réclamant la solidarité des autres membres). Le pouvoir religieux-taliban est mis en fuite en quelques semaines. Nous sommes 20 ans plus tard, des troupes étrangères stationnent toujours dans ce pays et les religieux talibans paraissent plutôt en bonne forme si l’on en juge les nombreux attentats sanglants commis très régulièrement. Des centaines de milliards de dollars ont été dépensés par les contribuables occidentaux en pure perte. Des dizaines de morts sont à déplorer dans les armées de l’OTAN, des milliers parmi les citoyens locaux, et les Etats-Unis d’Amérique sont en train de mener des négociations avec… lesdits talibans sur les conditions de leur retrait militaire. On se croirait revenus en 1973 lorsque Washington négociait avec le Vietnam du Nord l’évacuation de ses GI’s du pays, Hanoï jurant la main sur le cœur qu’il respecterait la ligne de démarcation entre le Nord et le Sud. Il ne faudra pas plus de deux ans pour que le Vietnam du Nord, revenant sur ses engagements, réunifie tout son petit monde par la force sous la bannière communiste, et il n’a d’ailleurs pas eu vraiment à insister tant le Vietnam du Sud rongé par la corruption et la mauvaise gouvernance est tombé comme un fruit mûr. Les plus anciens se souviennent bien des images dantesques d’hélicoptères américains évacuant des grappes humaines du toit de l’ambassade US à Saïgon vers les porte-avions stationnés au large.

Les talibans qui contrôlent déjà une bonne partie du territoire afghan vont revenir au pouvoir à Kaboul, c’était écrit sans doute dès le départ tant ils disposent de soutiens locaux et tant les tentatives de démocratisation du pays et d’instauration d’une gouvernance à l’occidentale ont été vouées à l’échec. On peut imaginer que si les troupes de l’OTAN s’étaient retirées en 2002, les talibans seraient revenus plus tôt au pouvoir mais que l’Occident se serait épargné bien des désillusions et des avalages de chapeaux, quitte à y retourner pour purger la situation si l’Afghanistan se remettait à financer le terrorisme contre nos pays. Il aura fallu 20 ans pour revenir à la situation de départ… et encore les négociations entre Etats-Unis et religieux-talibans ne sont pas encore conclues.

Aujourd’hui au Sahel et en Centrafrique les gouvernements locaux ne soutiennent que modérément une présence militaire étrangère permanente face à leurs populations qui la contestent et continueront à l’abhorrer quoi qu’il arrive. Les questions tribales se superposent aux croyances religieuses, personne n’y comprend vraiment grand-chose au nord de la Méditerranée, alors pourquoi ne pas laisser faire ce qui doit être et pratiquer des opérations coups-de-poing si les circonstances l’imposent ? La question mérite d’être étudiée par nos stratèges militaro-politiques qui vont commencer à se fatiguer de prononcer des hommages mortuaires aux Invalides face aux cercueils des soldats français. Le président Macron a en principe lancé cette réflexion et invité les chefs d’Etats africains concernés à y participer à Pau en janvier prochain.