Reprise d’une coopération militaire franco-rwandaise ?

Un article du Monde (27/05/2022) fait allusion au réchauffement des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda qui avaient été sérieusement refroidies après les accusations de Kigali sur la « complicité » de Paris avec le pouvoir hutu ayant mené le génocide de 1994. Alors Paris nomme un ambassadeur, le poste était vacant depuis plusieurs années, rouvre son centre culturel, reçoit un message de félicitations du président rwandais à l’occasion de la réélection du président Macron, etc.

Tout ceci est bel et bien beau, assez insignifiant d’ailleurs, s’il n’y avait la perspective d’une reprise de la coopération militaire entre les deux pays. Comme si l’application de l’accord militaire interétatique existant en 1994 n’avait pas provoqué suffisamment de dégâts, la perspective d’un nouvel accord de ce type laisse pantois. Ainsi Paris envisagerait de se fourvoyer à nouveau dans une coopération militaire avec un Etat africain, coopération qui se terminera forcément mal compte tenu de l’instabilité ethnique qui continue de régner en Afrique de l’Est.

On ne peut s’empêcher de se demander ce qu’irait faire Paris dans une telle galère, comme si tous ces accords militaires d’un autre âge entre la France et des pays africains n’avaient pas généré assez de désastres, au Mali, en Centrafrique ou au Rwanda, pour ne parler que des principaux échecs. Une telle coopération aurait par ailleurs un coût que le contribuable français n’a plus les moyens de payer aujourd’hui.

Vous avez aimé Kigali I, vous allez adorer Kigali II.

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Le Mali a toujours un coup d’avance sur Paris

Dans un communiqué lu hier soir à la télévision publique, le gouvernement malien a annoncé sa décision de dénoncer le « Traité de coopération en matière de défense » qui l’unissait à la France depuis le 16 juillet 2014 et remplaçait un accord plus ancien de 1985. Cette dénonciation est faite conformément aux dispositions de l’article 26, notamment concernant le préavis de six mois après la réception d’une notification écrite.

Après avoir expulsé l’ambassadeur de France en début d’année, le gouvernement malien poursuit sa stratégie de rupture avec la France, et il le fait dans le respect des textes signés, sans excès de propagande et avec une relative discrétion gage d’efficacité pour l’atteinte de ses objectifs. Ces accords de défense n’avaient bien entendu plus de sens depuis plusieurs mois alors que le Mali avait décidé de mettre fin à l’intervention de l’armée française dans ce pays sahélien.

Il aurait été plus satisfaisant pour l’égo français que ce soit Paris qui dénonce en premier ces accords, et même expulse l’ambassadeur du Mali, plutôt que l’inverse, mais la France doit préserver la sécurité de son armée en cours de retrait et de ses citoyens résidant au Mali. Paris avale donc ces pilules amères depuis un an mais au moins une fin nette est prononcée à cette coopération militaire et c’est une bonne chose. Il faudra saisir cette occasion pour passer en revue l’ensemble des « accords de défense » que Paris entretient avec ses anciennes colonies qui n’ont plus guère de sens aujourd’hui.

Espérons que la France ne perdra pas la mémoire de sitôt et qu’elle ne cherchera pas à revenir au Mali par la fenêtre alors qu’elle en a été chassée par la porte ! Il faut laisser le Mali aller vers son destin qui sera désormais sans la France. C’est ce qu’on appelle la décolonisation.

Lire aussi : https://rehve.fr/2022/02/une-decision-porteuse-davenir-levacuation-du-mali-par-larmee-francaise/
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L’armée malienne va mieux !

La présidence militaire malienne se félicite de la meilleure santé de son armée avec force photos d’avions gros-porteurs débarquant du matériel militaire, sans doute en provenance de Russie dans le cadre de la coopération entre les deux pays qui est en train de se substituer à celle que Bamako entretenait avec Paris.

Dans le même temps des opérations sont menées par l’armée malienne et des supplétifs russes, dont on ne sait pas bien s’ils sont des mercenaires privés ou des soldats russes officiels, contre les rebelles religieux dans le pays avec quelques débordements et massacres comme il y en a également en Centrafrique, également dans un cadre de coopération avec la Russie.

Le gouvernement malien vient de décréter l’interdiction des médias RFI (Radio France Internationale) et France24 sur son territoire et interdit leur rediffusion par les médias locaux. Tout en subtilité, le gouvernement malien compare ces médias français à « Radio Mille Collines » qui, durant le génocide contre les Tutsis au Rwanda en 1994, appelait les citoyens à tuer les « cafards », noms donnés aux Tutsis et aux Hutus modérés.

Il semble que les autorités maliennes ne rompent pas totalement les relations avec l’Europe, dont l’ancienne puissance coloniale, car elles auraient compris que la Russie ne financera pas leur développement, et selon le précepte éternel « on ne tape pas sur la main qui signe le chèque » il convient de continuer à bénéficier des subsides des contribuables européens pour maintenir l’économie locale la tête hors de l’eau. Evidemment si des exactions de ses forces armées sont mises à jour et documentées cela risque de jeter un petit froid dans le cœur des bailleurs de fonds. Le procureur de la République a donc ouvert une enquête le 06/04/2022 sur les « allégations d’exactions présumées commises sur des civils dans la période du 23 au 31 mars 2022 dans la zone de Moura ». Les conclusions de ce travail seront intéressantes.

Le retrait de l’armée française du Mali est en cours dans une relative discrétion et c’est bien ainsi. Ce seront sans doute les derniers jours de cette évacuation qui seront les plus cruciaux, on peut supposer que les Maliens comme les Russes ont intérêt à ce qu’elle se passe bien. Seuls les terroristes religieux pourraient vouloir perturber les derniers jours comme ils l’ont fait en Afghanistan sur du retrait occidental sur l’aéroport de Kaboul en 2021.

Souhaitons maintenant la réussite de la coopération militaire entre le Mali et la Russie. Elle a été librement choisie et unit des gouvernants qui partagent la même conception du pouvoir et de l’organisation de la société. Elle a donc plus de chances d’aboutir que celle avec la France qui, non seulement était marquée du sceau infamant du néo-colonialisme, mais, surtout, s’est épuisée à vouloir faire évoluer le Mali vers un modèle démocratique dont pas grand monde ne voulait dans ce pays sahélien.

MENGISTE Maaza, ‘Sous le regard du lion’.

Sortie : 2012, Chez : Actes Sud.

Maaza Mengiste est une écrivaine d’origine éthiopienne, naturalisée américaine. Née à Addis-Abeba en 1971, trois années avant l’instauration d’une dictature militaire communiste à la suite de la déposition de l’Empereur Haïlé Sélassié en 1974, elle garde un souvenir très prégnant de ces premiers mois de la « terreur rouge » qui s’abattaient sur ce pays, avant l’exil de sa famille au Nigeria puis au Kenya et, enfin, aux Etats-Unis d’Amérique.

Cette période trouble est le cadre de ce premier roman qui narre l’histoire d’une famille plutôt favorisée au cœur de la capitale éthiopienne en proie à la folie du régime. Arrestations, torture, exécutions, nationalisations, défilés à la « gloire de la Révolution » sont le quotidien de la ville et du pays. Dans ce contexte dangereux et idéologisé, les membres de la famille de Hailu, chirurgien, réagissent différemment, puis tous se retrouveront contre la terreur promue par le major Guddu, inspiré de Mengistu Hailé Mariam, militaire qui dirigea le pays durant ces années noires (il est aujourd’hui toujours exilé et protégé au Zimbabwe, il a été condamné à mort pour génocide par la justice éthiopienne en 2008, on estime le nombre de morts durant son régime aux alentour d’un million, de répression, de famines et de mauvaise gestion).

Ce roman rappelle cette sombre période le l’histoire contemporaine de l’Ethiopie, commencée par la guerre coloniale menée et gagnée par l’Italie dans les années 1930, et dont la violence se poursuit encore aujourd’hui avec la énième reprise de la guerre civile entre Addis-Abeba et la province rebelle du Tigré.

Il décrypte les comportements de résistance de chacun face à l’oppression, le questionnement intime des uns et des autres sur la meilleure réaction possible, les risques à prendre, et pour quel résultat tangible ? On imagine aisément que ce type de réflexion est mené par tout peuple en proie à la répression ou à l’occupation. Jusqu’où peut-on accepter, à quel moment la contestation doit être violente, quel prix est-on prêt à payer pour la liberté ? De l’occupation allemande de l’Europe en 1939-1945, à celle de l’Ukraine par la Russie en 2022, ce problème est aussi vieux que le monde et bienheureux sont les pays démocratiques qui n’ont pas eu à se la poser depuis près de 70 ans !

Des communiqués de circonstance

Le retrait annoncé de l’armée française du Mali a été accompagné d’un communiqué officiel signé ce 17/02/2022, en plus de la France, par certains pays européens et africains, ainsi que par l’Union africaine. L’idée était sans doute de marquer un caractère multilatéral à cette décision bien qu’il s’agisse essentiellement d’un problème entre le Mali et son ancienne puissance coloniale. Sans doute Paris se sent moins seul ainsi et la conférence de presse organisée à la suite de la publication de ce communiqué a associé différents dirigeants africains qui entouraient le président français. Ceci ne fit guère illusion tant le pouvoir de la force est dans les mains du seul Macron en tant que chef des armées françaises, mais cela ne fait pas de mal non plus.

Lire aussi : https://rehve.fr/2022/02/une-decision-porteuse-davenir-levacuation-du-mali-par-larmee-francaise/

Le communiqué est un pur objet de diplomatie, on y parle de paix, de stabilité, de soutien à la population malienne, de droits humains et d’aide humanitaire et blablabla. Bref, le projet a dû être rédigé par un stagiaire de l’ENA au ministère des affaires étrangères, revu et corrigé par un vieux diplomate de la Françafrique, madré aux arcanes des cocktails diplomatiques tropicaux. C’est ce qui se fait en de telles circonstances.

Les autorités maliennes ont réagi dès le 18/02/2022 par un intéressant document signé du porte-parole du gouvernement qui commence par rappeler que le retrait français « unilatéral » viole les accords de défense avec la France, ce qui est formellement exact mais ne manque pas d’ironie dans ces circonstances où les autorités maliennes ont tout fait pour décourager la France de poursuivre ses opérations au Mali. Paris aurait dû commencer par dénoncer formellement son accord de défense avec le Mali, qui avait bien pris garde de ne pas le faire même s’il en avait demandé la révision.

La partie malienne rappelle ensuite que le terrorisme dans son pays a été renforcé notamment par suite de la déstabilisation de la Libye en 2011 par… les forces de l’OTAN et tout particulièrement la France. La encore, ceci est formellement vrai. Il est ensuite précisé que les objectifs sécuritaires n’ont pas été atteint au Mali qui est désormais au bord de la partition et sur le territoire duquel le terrorisme a pu étendre ses actions.

Ce communiqué est un véritable bijou de juridisme et de mauvaise foi mais il est très malin, bien plus que celui auquel il répond. Il a sans doute du mal à passer auprès des autorités françaises qui vont bien devoir avaler leur chapeau. C’est ainsi, ce n’est pas agréable mais l’essentiel est de sortir au plus vite de ce pays avec le moins de dégâts possible pour l’armée françaises et ses quelques partenaires européens. Paris va devoir boire le calice jusqu’à la lie mais pourrait envoyer ses stagiaires diplomates énarques prendre des cours de rédaction à Bamako !


Déclaration conjointe sur la lutte contre la menace terroriste et le soutien à la paix et à la sécurité au Sahel et en Afrique de l’Ouest.

Publié sur le site de l’Elysée le 17/02/2022

A la veille du Sommet entre l’Union européenne et l’Union africaine, nous, les pays sahéliens et voisins ainsi que les partenaires internationaux, nous sommes réunis pour échanger sur la situation au Sahel. Nous restons déterminés à soutenir le Mali et sa population dans leurs efforts pour obtenir une paix durable et la stabilité, ainsi que pour combattre les menaces terroristes au Sahel.

Nous réaffirmons tous notre forte volonté de poursuivre notre partenariat avec et notre engagement pour le peuple malien dans la durée, pour faire face à tous les défis posés par l’activité des groupes armés terroristes au Sahel.

Nous constatons et regrettons que les autorités maliennes de transition n’aient pas tenu leurs engagements envers la CEDEAO, soutenue par l’Union africaine, d’organiser des élections présidentielles et législatives avant le 27 février 2022. Nous exhortons les autorités maliennes à achever la période de transition et à organiser des élections libres, équitables et crédibles. Nous soutenons pleinement les efforts en cours de la CEDEAO et de l’UA pour le retour du Mali à l’ordre constitutionnel dans les meilleurs délais.

Nous exhortons les autorités maliennes à réengager un dialogue constructif avec la CEDEAO et l’Union africaine, au plus haut niveau, afin de trouver une solution en faveur de la stabilité et du développement du Mali et de toute la région.

En raison des multiples obstructions des autorités de transition maliennes, le Canada et les Etats Européens opérant aux côtés de l’opération Barkhane et au sein de la Task Force Takuba estiment que les conditions politiques, opérationnelles et juridiques ne sont plus réunies pour poursuivre efficacement leur engagement militaire actuel dans la lutte contre le terrorisme au Mali et ont donc décidé d’entamer le retrait coordonné du territoire malien de leurs moyens militaires respectifs dédiés à ces opérations. En étroite coordination avec les Etats voisins, ils ont également exprimé leur volonté de rester engagés dans la région, dans le respect de leurs procédures constitutionnelles respectives.

A la demande de leurs partenaires africains, et sur la base de discussions sur les futures modalités de leur action conjointe, ils sont néanmoins convenus de poursuivre leur action conjointe contre le terrorisme dans la région du Sahel, notamment au Niger et dans le Golfe de Guinée, et ont engagé des consultations politiques et militaires avec eux dans l’objectif d’arrêter les paramètres de cette action commune d’ici juin 2022.

Nous soulignons la contribution essentielle de la MINUSMA à la stabilisation au Mali, à la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation, à la protection du peuple malien, notamment des droits humains, et à la création d’un environnement sûr pour l’aide humanitaire. Nous reconnaissons également l’engagement et le prix payé en termes de vies humaines par les pays contributeurs de troupes et de policiers.

De même, nous rappelons la contribution substantielle de l’Union européenne et de ses missions à la paix et la sécurité au Sahel. Nous réaffirmons l’objectif crucial de renforcer les moyens et capacités des forces de sécurité des pays de la région et d’accroître ainsi la sécurité des populations locales là où, et si, les conditions nécessaires sont réunies.

Compte tenu des impacts de la situation sur la population malienne, nous soulignons collectivement notre engagement de longue date envers le peuple malien, ainsi que notre volonté de continuer à nous attaquer aux causes profondes de l’insécurité en mobilisant l’aide pour répondre aux besoins immédiats et à plus long terme de la population, en particulier des personnes les plus vulnérables. Nous réaffirmons aussi notre disponibilité à poursuivre le dialogue avec les autorités de transition maliennes.

Afin de contenir la potentielle extension géographique des actions des groupes armés terroristes en direction du Sud et de l’Ouest de la région, les partenaires internationaux indiquent leur volonté d’envisager activement d’étendre leur soutien aux pays voisins du Golfe de Guinée et d’Afrique de l’Ouest, sur la base de leurs demandes. Ces actions viendraient soutenir les initiatives et organisations régionales pertinentes telles que l’UA, la CEDEAO, le G5 Sahel et l’Initiative d’Accra et renforcer les stratégies nationales visant à améliorer la résilience ainsi que les conditions de vie et de sécurité dans les régions les plus vulnérables.

Nous demandons au Haut-représentant de la Coalition pour le Sahel d’organiser rapidement une réunion ministérielle de la Coalition, qui aura pour objet d’établir un bilan de la feuille de route adoptée en mars 2021 et de prendre en compte ces nouvelles orientations.

Signataires : Allemagne ; Belgique ; Bénin ; Canada ; Côte d’Ivoire ; Danemark ; Estonie ; France ; Ghana ; Hongrie ; Italie ; Lituanie ; Mauritanie ; Niger ; Norvège ; Pays-Bas ; Portugal ; République Tchèque ; Roumanie ; Sénégal ; Slovaquie ; Slovénie ; Suède ; Tchad ; Togo ; Conseil européen ; Commission européenne ; Haut représentant de la Coalition pour le Sahel ; Commission de l’Union Africaine.

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Une décision porteuse d’avenir : l’évacuation du Mali par l’armée française

C’était une décision attendue tant elle était devenue inévitable : le gouvernement français a annoncé l’évacuation du Mali par son armée après neuf années de présence et de combats contre les rebelles religieux et les séditieux Touaregs, souvent mêlés d’ailleurs et réunis par une communauté d’intérêt pour lutter contre la France et forcer le pouvoir de Bamako à négocier avec eux. Ils obtiennent donc satisfaction et vont pouvoir désormais se développer plus librement et discuter avec un gouvernement militaire qui a d’ailleurs déjà commencé à le faire contre l’avis de Paris, notamment à l’occasion de la libération en 2020 de Mariam Pétronin, citoyenne franco-suisse enlevée par un groupe djihadiste local durant quatre ans et convertie à l’islam durant sa captivité.

Lire aussi : https://rehve.fr/2020/11/une-otage-francaise-retournee/

Le divorce est prononcé de façon nette. Il reste maintenant à l’exécuter en organisant le repli des troupes hexagonales avec le minimum de dégâts. On se souvient qu’en Afghanistan une négociation aurait été conclue en 2020 avec les rebelles religieux Talibans pour que ceux-ci n’attaquent pas les troupes occidentales qui ont fini d’être évacuées le 25/08/2021. Il se murmure qu’un accord du même ordre avait été convenu avec le chef de guerre Massoud, dit « commandant Massoud », lors de l’évacuation de l’armée rouge soviétique du même Afghanistan en 1989. Il ne serait pas incongru de procéder de la même façon au Mali afin d’éviter d’accroître encore la liste déjà longue des morts (53 militaires tués à ce jour) et des blessés français dans ces combats qui durent depuis 2013. Le pouvoir militaire malien semble suffisamment malin pour le comprendre. Il a obtenu avec adresse ce qu’il souhaitait, le départ de la France de son territoire, en procédant par petites touches et sans jamais formellement demander ni la révocation des accords de défense entre la France et le Mali, ni formellement le départ des troupes étrangères sur son territoire. Une habilité diplomatique inattendue de la part de Bamako et son gouvernement de galonnés dépenaillés.

Notons au passage que les accords de défense avec le Mali sont toujours d’actualité. Il conviendra donc que le gouvernement français prenne bien soin de les dénoncer rapidement afin d’éviter que Bamako ne puisse y faire appel un jour s’il retourne ses alliances.

Voici maintenant le Mali face à son destin et c’est bien ainsi. Il pourra choisir ses nouveaux amis : la Russie, l’Algérie, la Chine ou qui que ce soit d’autre. Comme pour l’Afghanistan aujourd’hui, le problème du financement de l’économie de ce pays en voie de développement va se poser dès demain. Gageons qu’après quelques mouvements d’humeur bien compréhensibles des occidentaux qui vont les pousser à fermer les robinets de leur aide financière au Mali, celle-ci reprendra sans doute assez rapidement, plutôt via les canaux multilatéraux, et les contribuables français continueront à payer pour le Mali, ce qui n’est pas un drame.

La France quant à elle va pouvoir rapatrier une partie de ses forces et réaliser ainsi des économies budgétaires bienvenues. Ces neuf années dans le désert malien auront finalement été, aussi, un formidable terrain d’entraînement permettant d’aguerrir cette armée à la guerre asymétrique dans les rudes conditions du Sahara, ce qu’elle fit avec un relatif succès opérationnel d’un point d’un point de vue strictement militaire.

Lire aussi : https://rehve.fr/2022/02/le-mali-expulse-lambassadeur-de-france/

Nous suivrons avec intérêt les prochaines étapes de ce destin malien !

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Le Mali expulse l’ambassadeur de France

Dans le cas où les messages délivrés ces dernières semaines par Bamako n’auraient été suffisamment clairs, le Mali y apporte une touche finale et vient d’expulser l’ambassadeur de France au motif de déclarations de ministres français qui critiquaient le gouvernement local. Après l’expulsion des militaires danois de la force multinationale en place dans le Sahel pour lutter contre le terrorisme, la demande malienne de renégociation des accords de coopération militaire avec Paris et les manifestations anti-françaises, la France (et certains de ses alliés européens) se retrouve dans une position intenable où elle mène des opérations de combat dans un pays qui ne veut pas d’elle.

Il faut admettre que le gouvernement de satrapes galonnés maliens est plutôt habile à la manœuvre et va probablement obtenir satisfaction avec un retrait probable, sinon souhaitable, des forces étrangères agissant sur son territoire. Il applique des mesures qui montent progressivement en puissance et de façon plutôt discrète et efficace, pas de grands discours vengeurs, peu de communication agressive mais des actes. La prochaine mesure pourrait être l’expulsion des citoyens français résidant sur son territoire, mais nous n’en sommes pas encore là. Paris n’a guère de mesures de réciprocité à appliquer, l’ambassadeur du Mali ayant déjà déserté la France il y a plusieurs mois. Et si jamais une mesure d’expulsion des Français du Mali était décidée, Paris serait techniquement incapable de faire de même avec les citoyens maliens résidant en France. C’est ce qu’on appelle un conflit asymétrique, le plus fort n’est pas forcément celui que l’on croit.

Ça y est, la France est significativement embourbée au Mali, et même dans les pays avoisinants qui, certes, manifestent un peu moins d’hostilité pour le moment, mais la situation pourrait rapidement changer si l’on en juge par l’épidémie de coups d’Etat militaires qui se répand dans la région. La situation est quasi-inextricable. Paris a annoncé vouloir réfléchir deux semaines avant d’arrêter une position avec ses partenaires européens sur la poursuite ou non d’opérations militaires dans les pays du Sahel et, si par malheur la réponse était positive, dans quelles conditions et à partir de quelles bases.

Lire aussi : https://rehve.fr/2022/01/lespace-aerien-malien-viole-par-larmee-de-lair-francaise/

Devant le mur des réalités, l’heure de la retraite va bientôt sonner pour la France et le Mali prendra la route de son destin avec des Russes, des Chinois, des djihadistes, des Touaregs ou qui que ce soient d’autres, mais en tout cas sans la présence embarrassante de l’ancienne puissance coloniale. Il était temps…

Lire aussi : https://rehve.fr/2021/12/lincomprehensible-et-dommageable-entetement-politique-francais-au-mali/

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L’espace aérien malien violé par l’armée de l’air française

L’armée française continue à mener ses opérations aériennes au Mali et dans les pays avoisinants ce qui a tendance légèrement agacer Bamako qui qualifie ce vol de « manœuvre frauduleuse » et « décline toute responsabilité » si les auteurs (la France) renouvelaient ces violations… Le communiqué fait référence au fait que l’espace aérien malien est fermé par suite des sanctions prises par la CEDEAO avec le soutien de Paris et les sanctions réciproques prises par Bamako. L’argumentation est évidemment de mauvaise foi mais elle est recevable. Paris a répondu que les vols militaires ne seraient pas concernés par les sanctions régionales… On peut imaginer que l’armée malienne n’a pas vraiment les moyens d’abattre des avions militaires français mais qui sait ? Leur coopération en cours avec l’armée russe pourrait la voir dotée de matériel plus sophistiqué.

C’est une nouvelle alerte qui confirme que la présence française au Mali est rejetée par les autorités de ce pays qui sont ulcérées de voir une armée étrangère agir comme si elle était chez elle. Même si à l’origine c’est un gouvernement malien qui a appelé la France à la rescousse il y a dix ans, le gouvernement actuel n’en veut plus. De toute façon, une intervention armée extérieure qui dure plus de douze mois s’appelle une occupation.

Alors qu’un nouveau soldat français vient d’être tué (le 53ème) lors d’une attaque terroriste religieuse à Gao le 22/01/2022, il faut mettre fin rapidement aux opérations militaires françaises et européennes au Sahel et rapatrier nos militaires. Le plus tôt sera le mieux !

Lire aussi : https://rehve.fr/2021/02/la-retraite-retardee/

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« Finding Fella » d’Alex Gibney

C’est un film documentaire de 2014 sur l’une des légendes de la musique africaine, Fela Kuti (1938-1997), né au Nigeria, dont l’action et l’influence ont largement dépassé le domaine culturel et débordé sur la sphère politique d’un pays malmené par des dictatures militaires et civiles, dévasté par la guerre civile du Biafra (1967-1970).

Fela a créé le genre Afrobeat, sorte de fusion entre le jazz, de funk, pimenté d’inspiration africaine désordonnée. Ses chansons durent 30 minutes en moyenne, il joue du saxophone, chante et soliloque avec 20 danseuses sur scène et nombre de musiciens, fume des quantités astronomiques de cannabis et soulève l’enthousiasme des foules, d’abord au Nigeria, puis au travers de tournées mondiales.

L’homme revendique haut et fort son africanité. Il ne quittera jamais Lagos, la capitale économique tentaculaire du Nigeria, où il fonde la « République de Kalakuta », une espèce de communauté débridée où vit son harem, ses enfants et toute une population dont il pourvoie aux besoins alimentaires et médicaux. Déjà affublé de deux ou trois épouses, il décide de se marier en grandes pompes avec ses 27 danseuses… Il s’entoure également d’un gourou ghanéen qui le fera pas mal dériver des sentiers de la raison. Il fait de nombreux séjours en prison où il est sérieusement malmené par les forces de sécurité des régimes successifs du pays, parmi les pires de l’Afrique du XXème siècle qui a été plutôt performante dans ce domaine. Il meurt du SIDA en 1997, maladie dont il contestait l’existence, comme une partie du continent.

L’inspiration musicale et politique de Fela est sans doute plus intéressante que son mode de vie. Il laisse une discographie impressionnante et fut une personnalité marquante du continent africain.

Le cinéma d’art et essai L’Escurial dans le XIIIème arrondissement parisien a ressorti ce documentaire des cartons où il dormait et produit un groupe amateur d’Ivry en prologue du film :

Coup d’Etat au Burkina-Faso

Le capitaine Sidsoré Kader Ouedraogo, porte-parole de la junte et des soldats, annonce qu’ils ont pris le pouvoir, le 24 janvier 2022 depuis la Radio Télévision du Burkina (RTB). – / AFP

Eh voilà, un de plus, un coup d’état a été mené par des galonnés, cette fois-ci au Burkina-Faso qui s’installent donc au pouvoir à Ouagadougou. Le président est arrêté, la télévision nationale occupée, les pays occidentaux et les organisations internationales appellent à « respecter la constitution » et le peuple manifeste sa joie dans la rue, pour le moment… Les satrapes galonnés ont créé le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) qui s’engage à présenter « dans un délai raisonnable après consultation des forces vives de la nation, un calendrier de retour à l’ordre constitutionnel », autant dire que ce n’est sans doute pas pour demain, mais d’ailleurs, est-ce si grave si l’ordre « constitutionnel » tarde à être remis en route ?

L’ampleur et la permanence des attaques terroristes religieuses contre ce pays auraient précipité la révolte militaire. Les nouveaux dirigeants vont maintenant s’y frotter directement. Peut-être suivront-ils l’exemple de leurs collègues militaires maliens au pouvoir qui tendent à négocier avec les terroristes ? En tout cas voilà une nouvelle épine dans la botte de l’armée française qui opère dans la région dans une lutte sans fin et sans espoir contre les mouvements rebelles religieux.

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EPSTEIN Fabrice, ‘Un génocide pour l’exemple’.

Sortie : 2019, Chez : Les Editions du Cerf.

Fabrice Epstein, jeune avocat branché, spécialisé en fusion-acquisition, style propre sur lui mais détendu, chroniqueur du magazine « Rock & Folk » et acteur au palais de justice, petit-fils d’immigrés juifs-russes exterminés à Auschwitz, a été commis d’office, en tant que membre de la conférence des avocats du bureau de Paris (une espèce de confrérie pour beaux-parleurs ayant passé avec succès un concours d’éloquence), à la défense de Pascal Simbikangwa, militaire rwandais, ancien responsable du service de renseignement (la police politique) sous le régime génocidaire du président Habyarimana dont l’assassinat (toujours non attribué à ce jour) déclencha le génocide contre l’ethnie tutsi. Simbikangwa est paraplégique par suite d’un accident de la route au Rwanda et cloué depuis sur chaise roulante.

Après avoir fui son pays en 1994 et erré dans différents pays, il ne trouve rien de mieux que de rejoindre Mayotte, territoire français, en 2005 où il dépose une demande d’asile utilisant pour se faire l’un de ses nombreux patronymes. L’asile lui est refusé et le garçon est arrêté pour trafic de faux papiers. Il est ensuite emprisonné puis jugé par la cour d’appel de Paris où il est condamné en 2014 pour génocide et complicité de crime contre l’humanité à 25 ans de prison par un jury populaire composé de six citoyens et de trois magistrats, bien que ses avocats aient plaidé l’acquittement, peine confirmée en appel. Il est toujours embastillé à ce jour.

Il aurait été préférable que Simbikangwa cherche à se réfugier ailleurs qu’en France ce qui aurait évité d’avoir à le juger à Paris, mais, hélas, il choisit de rejoindre Mayotte. La France refusa son extradition au Rwanda où il aurait pu être condamné à des peines non compatibles avec le droit français.

Epstein est l’avocat de l’accusé en faveur duquel il prend évidemment partie. Son récit est centré sur toutes les incohérences d’une procédure qui se déroule vingt ans après les faits au titre de la compétence universelle que s’est octroyée la France pour juger des crimes de génocide quel que soit le lieu où ils ont été commis. Les témoins produits par l’accusation témoignent par vidéo depuis le Rwanda, beaucoup sont analphabètes, se contredisent, sont probablement sous la coupe du nouveau régime tutsi qu’Epstein qualifie au passage de dictatorial.

Bien sûr qu’il s’agit d’un procès « politique », comment en serait-il autrement dans un contexte où la France a mené une coopération, notamment militaire, avec le régime précédent et cherche à se racheter ? Bien sûr que les doutes n’ont pas profité à l’accusé, bien sûr que le régime actuel est dictatorial comme l’était le précédent (au moins celui-ci n’est-il pas génocidaire)… Epstein s’émeut que les fondamentaux de la justice française ne soient pas appliqués dans le cas d’espèce. Il n’arrivera à convaincre personne que le chef de la police politique du régime Habyarimana n’ait point participé à la préparation du dernier génocide du XXème siècle. Tout ceci est vrai et la France a fait ce qu’elle a pu, refusant l’extradition de l’accusé ce qui aurait été une solution facile pour se débarrasser du problème, acceptant quelques raccourcis avec son droit pour laisser condamner un probable génocidaire.

L’auteur lui-même admet quand même au début de son chapitre « D’une identité à l’autre » que :

« Si Simbikangwa avait été acquitté, pleinement et entièrement, j’aurais été gêné. »

Au moins l’emprisonnement de Simbikangwa en France lui aura évité, jusqu’ici, d’être assassiné par les sicaires du régime Kagamé comme ce fut le cas pour nombre d’autres accusés s’étant réfugiés à l’étranger.

A la fin de son récit, Epstein rapproche ce que le génocide rwandais évoque à sa mémoire de petit-fils de victimes de la Shoah, et raconte le voyage qu’il effectua en Biélorussie, avec son père, après le procès, à la recherche du passé de ses grands-parents. Il avance un peu dans la connaissance de cette histoire familiale en s’interrogeant pour savoir s’il est du côté des victimes ou des bourreaux, si le petit-fils d’une victime (lui-même) est en droit de défendre un bourreau supposé ? A cette dernière question il répond un OUI franc, comme l’a prouvé sa défense de Pascal Simbikangwa, même au prix d’arguments auxquels il ne devait pas vraiment croire lui-même, d’attaques un peu basses contre les experts, l’avocat général, les parties civiles ou même contre la France.

Sa plaidoirie est intégralement publiée en annexe, elle sera vaine car malgré ses supplications, le jury populaire condamnera l’accusé.

Les facilités accordées à l’immigration des citoyens algériens en France

La proximité des élections présidentielles françaises en avril 2022 relance les débats sur l’immigration en France de personnes issues d’un certain nombre de pays tiers, dont l’Algérie.

Les accords de cessez-le-feu en Algérie du 18/03/1962

Il est régulièrement fait référence aux accords de cessez-le-feu de 1962 dits « d’Evian » comme ayant octroyé un statut spécifique à l’immigration algérienne, hors du droit commun. Une relecture rapide de ces accords, qui comportent onze articles et des déclarations annexes permet de relever la mention suivante dans le chapitre « Déclaration de garantie », 1ère partie, 2ème paragraphe :

Sauf décision de justice, tout Algérien muni d’une carte d’identité est libre de circuler entre l’Algérie et la France. Les Algériens sortant du territoire algérien dans l’intention de s’établir dans un autre pays pourront transporter leurs biens mobiliers hors d’Algérie. Ils pourront liquider sans restrictions leurs biens immobiliers et transférer les capitaux provenant de cette opération dans les conditions prévues par la Déclaration de principes relative à la coopération économique et financière. Leurs droits à pension seront respectés dans les conditions prévues dans cette même déclaration.

Un statut similaire est également prévu pour les Français résidant en Algérie en qualité d’étrangers, 3ème partie, 1er paragraphe :

Les ressortissants français pourront entrer en Algérie et en sortir sous le couvert, soit de leur carte d’identité nationale française, soit d’un passeport français en cours de validité. Ils pourront circuler librement en Algérie et fixer leur résidence au lieu de leur choix. Les ressortissants français résidant en Algérie, qui sortiront du territoire algérien en vue de s’établir dans un autre pays, pourront transporter leurs biens mobiliers, liquider leurs biens immobiliers, transférer leurs capitaux, dans les conditions prévues au titre III de la Déclaration de principes relative à la coopération économique et financière et conserver le bénéfice des droits à pension acquis en Algérie, dans les conditions qui sont prévues dans la Déclaration de principes relative à la coopération économique et financière.

Mais la complication extrême de ces accords fut de régir le statut des Français « pieds noirs » résidant en Algérie avant mars 1962, qu’ils souhaitent rester sur place (une minorité) ou s’exiler (la grande majorité).

En outre, des articles stipulent également l’établissement d’une amnistie pour tous (qui ne fut pas respectée pour les « harkis » qui n’ont pas pu embarquer pour la France et dont beaucoup ont été exécutés), d’une coopération économique et culturelle, la location par la France du port militaire de Mers-el-Kébir pour quinze années, le maintien d’une préférence accordée à la France pour l’exploitation pétrolière dans le Sahara. On sait maintenant qu’existait aussi un protocole annexe secret pour la poursuite des essais nucléaires français dans ce même Sahara.

Le pouvoir des vainqueurs, mais pas toujours…

Nombre de ces engagements n’ont pas été respectés par les parties, chacun devait d’ailleurs le savoir en signant les accords, mais il s’agissait de sortir impérativement du bourbier de cette guerre coloniale. Le Traité de Versailles mettant fin à la première guerre mondiale, les Accords de Paris signés entre le Vietnam et les Etats-Unis d’Amérique, ne l’ont pas plus été. Dans ces contextes de fin de guerre, bien entendu, le vainqueur militaire a bien plus tendance que le vaincu à prendre des libertés avec les engagements qu’il a signés, mais dans le cas du Traité de Versailles c’est pourtant le vaincu qui a violé les accords…

Dans une situation plus pacifique et récente, on voit que le Royaume-Uni n’aura pas mis plus de quelques mois à refuser d’appliquer le volet irlandais des accords de sortie de l’Union européenne qu’il avait pourtant signés peu auparavant.

Ainsi va la vie dans le monde des traités internationaux !

Le décret français de 1969 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles 

Pris six années après la fin de la guerre d’Algérie, un décret du 18/03/1969 signé de MonGénéral, du premier ministre Maurice Couve de Murville et de son ministre des affaires étrangères Michel Debré précise les conditions du statut spécifique accordé aux migrants algériens en France.

Ce texte relatif à « la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles » institue un contingent pluriannuel de travailleurs algériens entrant en France « en vue d’y occuper un emploi fixe ». Ils disposent d’une période de neuf mois pour trouver un emploi, période à l’issue de laquelle leur est délivré un titre de séjour (certificat de résidence) renouvelé gratuitement et automatiquement. Le regroupement familial est également autorisé par ce décret. Les détenteurs de titre de séjour sont ensuite dispensés de visas d’entrée en France.

Evidemment, ce texte datant de 1968 a été amendé au cours du temps mais les citoyens algériens continuent à bénéficier à ce jour de conditions dérogatoires, et plus favorables, au droit commun comme le mentionne le site internet du ministère français des affaires étrangères :

L’entrée des Algériens en France est facilitée (condition d’entrée régulière, et non de visa de long séjour, pour la délivrance de certains titres de séjour). ;

Les Algériens bénéficient de la liberté d’établissement pour exercer une activité de commerçant ou une profession indépendante ;

Les ressortissants algériens peuvent accéder plus rapidement que les ressortissants d’autres États à la délivrance d’un titre de séjour valable 10 ans.

https://www.immigration.interieur.gouv.fr/Europe-et-International/Les-accords-bilateraux/Les-accords-bilateraux-en-matiere-de-circulation-de-sejour-et-d-emploi/L-accord-franco-algerien

Il semble que certains dirigeants français, y compris l’ex-président Sarkozy, aient envisagés de rouvrir la négociation sur ce statut privilégié accordé aux citoyens algériens. Le faire reviendrait à remettre en cause les accords de cessez-le-feu de 1962 et, finalement, personne n’a osé s’y frotter. Eh oui, Alger a aussi des moyens de pression sur Paris et la crise actuelle déclenchée, entre autres, par la liaison faite entre la délivrance de visas (ne pas confondre visa et titre de séjour) et la bonne volonté des pays d’origine à réadmettre leurs ressortissants en situation illégale en France est là pour le rappeler.

Nous verrons sous peu si le prochain pouvoir français issu des élections d’avril 2022, s’il était issu de la « droite dure et décomplexée » osera s’attaquer à ce statut mais il est plus probable que personne ne le fera, préférant laisser le sujet sous le tapis tant il y a de coups à prendre à le sortir de l’oubli. D’ailleurs aucun des candidats ne parle vraiment des accords d’Evian, au-delà des slogans de circonstance sur le « 0 immigration ».

Ce qui ne manque pas d’ironie c’est que l’immigration algérienne est aussi l’un des produits de la guerre coloniale perdue par la France. Il a bien fallu consentir des faveurs pour mettre fin « aux évènements » comme on disait à l’époque. Outre le droit à l’autodétermination accordé en 1962 au « département français » qu’était l’Algérie, les négociateurs français, sous l’autorité de MonGénéral, ont facilité l’accès des ressortissants du pays vainqueur au territoire du pays vaincu ! L’histoire ne dit pas si la demande en avait été faîte par la partie algérienne, mais c’est probable, ce qui accentuerait encore le paradoxe de la situation : le vainqueur veut continuer à pouvoir accéder librement au pays qu’il a défait.

La relecture des accords « d’Evian » permet de penser qu’ils constitueraient un excellent modèle de négociation pour un accord d’accès à d’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, évidemment sans le volet « cessez-le-feu » puisque la France n’est pas à proprement parlé en guerre avec Nouméa, mais tous les autres chapitres seraient quasiment duplicables en l’état pour une relation future entre la France et une Nouvelle-Calédonie indépendante.

Le Mali toujours en haut de l’affiche africaine

Les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CDEAO) viennent de condamner le Mali à différentes sanctions pour non-respect du calendrier de retour à la démocratie auquel s’étaient engagés les satrapes-galonnés qui ont pris le pouvoir à Bamako et qui devaient y organiser des élections « démocratiques ». Les sanctions sont si disproportionnées qu’il est hautement probable qu’elles seront rapidement levées, ou, plus simplement, non appliquées faute de moyens pour le faire et de volonté politique à l’encontre d’un « pays frère ». Il s’agit en effet, entre autres, de la fermeture des frontières, du gel des avoirs du pays auprès de la banque centrale régionale, de la suspension des transactions commerciales et financières entre la communauté et le Mali… Le communiqué officiel des précise :

Ces sanctions ont été prises pour faciliter le retour à l’ordre constitutionnel au Mali, nécessaire pour la paix, la stabilité et la croissance. En excluant les biens et services essentiels de base, les sanctions ont été conçues pour éviter un impact sur les populations.

https://www.ecowas.int/wp-content/uploads/2022/01/Final-Communique-ECOWAS-Summit-on-Mali-220109-Fr.pdf

Voir des pays comme la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Sierra-Leone ou le Nigeria donner des leçons de démocratie au Mali ne manque en tout cas pas d’ironie.

Evidemment le président de la République française s’est empressé de faire une déclaration pour soutenir la mise en œuvre de ces sanctions et a ainsi encore perdu une bonne occasion de se taire. La France, ancienne puissance coloniale du Mali ne devrait pas se mêler de ce qui se passe dans ce pays et qui ne la regarde plus. Le mieux est de laisser faire les choses et le pays rallier son destin. Que celui-ci se déroule sous l’empire d’une junte militaire dépenaillée ou d’un régime civil affichant les oripeaux de la démocratie ne changera pas grand-chose. Tout ce que pourra dire ou faire la France sera malvenu, rejeté par la population locale et donc inopportun.

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Catégorisé comme Afrique

L’incompréhensible et dommageable entêtement politique français au Mali

Avec une insistance qui frôle l’aveuglement, la France continue à vouloir mener le Mali sur une route que ce pays ne veut manifestement pas emprunter. Paris a rameuté une quinzaine d’autres pays européens pour signer le communiqué ci-dessous, moralisateur et de peu d’intérêt sinon de souligner l’impuissance occidentale face au délabrement de ce pays et sa volonté de sortir d’une dépendance post-coloniale mortifère.

Les signataires citent une Fédération de Russie qui n’aurait pas « un comportement responsable et constructif dans la région » alors que la coalition occidentale exerce une « action en vue de protéger les civils, de soutenir la lutte contre le terrorisme au Sahel et de contribuer à instaurer la stabilité à long terme en appuyant le développement durable, le respect des droits de l’homme et le déploiement des services publics. »

Le Mali glisse doucement vers un retour dans les bras de la Russie, il faut s’en féliciter et non le combattre. Ce n’est d’ailleurs qu’un retour aux sources car les premiers présidents du Mali indépendant jouaient plutôt sur le thème « pays frère » avec l’Union soviétique, mais après l’effondrement économique de l’empire communiste il n’y avait plus de sous dans les caisses de Moscou alors Bamako s’est tourné vers l’Occident. La situation est en train de s’inverser, il est donc envisageable de substituer les contribuables russes aux contribuables français pour financer le Mali, l’hypothèse métrite d’être examinée de près.

A l’issue de ce communiqué européen, les autorités maliennes ont évidemment aussi communiqué en opposant :

…un démenti formel à ces allégations sans fondement [sur] un prétendu déploiement des éléments d’une société de sécurité privée au Mali…
l’Etat malien n’est engagé que dans un partenariat d’Etat à Etat avec la Fédération de Russie, son partenaire historique. 

Une déclaration aussi insignifiante que celle à laquelle elle répond. On se demande d’ailleurs l’intérêt politique de l’une et de l’autre. A quoi peuvent donc bien servir de tels communiqués qui ne sont lus que par un microcosme de diplomates et de journalistes et dont tout le monde sait bien qu’ils peuvent être vrais, comme faux, tout dépendant de la tactique suivie par leurs rédacteurs et ceux qui les mandent. On se souvient tous de la déclaration du président russe Poutine affirmant sans sourire en 2014, après l’annexion de la Crimée, les yeux dans les yeux des journalistes, devant les passeports russes confisqués à certains combattants faits prisonniers dans le Donbass qu’il ne pouvait pas empêcher « des citoyens russes d’aller passer des vacances en Ukraine »…

Appel à une manifestation anti-française en 2020

Les planètes sont alignées :

  • Le gouvernement putschiste malien ne souhaite plus vraiment l’intervention française sur son territoire, d’ailleurs il négocie avec les djihadistes derrière le dos des Français qui les combattent,
  • Le gouvernement algérien interdit aux avions français de survoler son territoire pour ravitailler les bases françaises au Mali, rallongeant ainsi significativement les routes aériennes,
  • Les populations du Mali et des pays avoisinants manifestent bruyamment leurs sentiments anti-français, un convoi routier de ravitaillement français entre Abidjan et Gao a été bloqué à plusieurs reprises au Burkina-Faso et au Niger et il y eut trois morts parmi les manifestants après des tirs des forces françaises et locales pour tenter de libérer le passage,
  • L’armée française est clairement entrée dans un processus d’enlisement (aux dires mêmes de ses officiers supérieurs) en occupant militairement des pays étrangers où elle déploie des bases et des armes, procède à des attaques et des combats sous sa propre initiative sans vraiment en référer aux autorités politiques et militaires locales,
  • Le mythe de la création d’un « G5 Sahel » censé regrouper des forces militaires de cinq pays sahéliens (Burkina-Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) pour prendre le relais est désormais tombé, ce G5 ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais de façon indépendante. Quiconque a déjà vu à l’œuvre les forces militaires de ces pays le comprend parfaitement,
  • La République française fait face à d’importants déficits de ses finances publiques et les économies à réaliser en mettant fin à cette intervention militaire coûteuse au Sahel seront bienvenues.
Appel pour un rapprochement Mali-Russie en 2019

L’argument principal de l’intervention française lancée en 2013, l’opération « Serval » était que combattre le terrorisme au Sahel protège les frontières françaises. Il est sans doute à considérer mais le redéploiement des militaires français sur le territoire national permettra de compenser, au moins en partie, la perte des résultats des actions de guerre menées par l’armée directement sur les territoires étrangers. Le maintien de forces militaires d’occupation sur une longue durée a toujours échoué dans l’Histoire et s’est généralement terminé par une déroute militaire et un retrait piteux, de l’Indochine à l’Algérie, de l’Angola à l’Afghanistan, du Vietnam à la Somalie, etc[1].

Il est temps de laisser le Sahel aller vers son destin, avec les Russes ou d’autres pays qu’il choisira, mais sans la l’ancienne puissance coloniale française !


[1] Le seul exemple d’intervention militaire à peu près réussie fut celle du Royaume-Uni au Sierra-Leone de 2000 à 2002. Les ressortissants étrangers qui le souhaitaient ont été évacués, la rébellion a été réduite et a donc cessé ses actes de barbarie (amputation de mains, bras, jambes de leurs captifs), l’armée sierra-léonaise à peu près réformée et les militaires britanniques sont rentrés au bercail début 2022 avec un nombre limité de victimes dans leurs rangs.

Lire aussi : https://rehve.fr/2021/06/un-depart-de-larmee-francaise-du-mali-pour-bientot/

Communiqué conjoint sur le déploiement du groupe Wagner au Mali (23 décembre 2021)

https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/mali/evenements/article/communique-conjoint-sur-le-deploiement-du-groupe-wagner-au-mali-23-12-21

Nous, partenaires internationaux résolus à soutenir le Mali et son peuple dans leurs efforts pour parvenir à une paix et une stabilité durables et à lutter contre le terrorisme, condamnons fermement le déploiement de mercenaires sur le territoire malien. Ce déploiement ne peut qu’accentuer la dégradation de la situation sécuritaire en Afrique occidentale, mener à une aggravation de la situation des droits de l’homme au Mali, menacer l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger et entraver les efforts de la communauté internationale pour assurer la protection des civils et apporter un soutien aux forces armées maliennes.

Nous regrettons profondément la décision des autorités de transition maliennes d’utiliser des fonds publics déjà limités pour rétribuer des mercenaires étrangers au lieu de soutenir les forces armées maliennes et les services publics au bénéfice du peuple malien.

Nous avons connaissance de l’implication du gouvernement de la Fédération de Russie dans la fourniture d’un soutien matériel au déploiement du groupe Wagner au Mali et appelons la Russie à adopter un comportement responsable et constructif dans la région.

Nous rappelons les décisions de la CEDEAO ainsi que ses préoccupations quant au risque d’instabilité dans la région si des sociétés de sécurité privées devaient se déployer au Mali (sixième session ordinaire à Abuja, 12 décembre 2021). Nous rappelons également l’adoption par l’Union européenne d’un ensemble de mesures restrictives à l’encontre du groupe Wagner lui-même et de huit personnes et trois entités qui lui sont liées (Conseil Affaires étrangères du 13 décembre 2021) impliqués dans de graves violations des droits de l’homme, notamment la torture et des exécutions et des assassinats extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ou dans des activités de déstabilisation dans certains pays où ils opèrent.

Nous ne renoncerons pas à nos efforts pour répondre aux besoins de la population malienne. Conformément aux objectifs de la Coalition internationale pour le Sahel, nous réaffirmons notre détermination à poursuivre notre action en vue de protéger les civils, de soutenir la lutte contre le terrorisme au Sahel et de contribuer à instaurer la stabilité à long terme en appuyant le développement durable, le respect des droits de l’homme et le déploiement des services publics. Nous continuerons à suivre de près et évaluer la situation.

Nous invitons instamment les autorités maliennes de transition à entreprendre des réformes et à rétablir l’ordre constitutionnel en préparant et en organisant les élections dans les meilleurs délais comme elles s’y sont engagées devant le peuple malien, la CEDEAO et la communauté internationale. Nous appuyons sans réserve les récentes décisions de la CEDEAO à cet égard.

Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, Estonie, France, Italie, Lituanie, Norvège, Pays Bas, Portugal, République Tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Suède

Restitution d’œuvres d’art au Bénin : il faut continuer, élargir et accélérer

L’Etat français vient de restituer un premier lot d’une vingtaine d’œuvres d’art qui avaient été pillées lors de la présence coloniale française dans ce pays. C’est une excellente décision qui était attendue par l’Afrique depuis les indépendances il y a 70 ans. C’était un coin dans les relations post-coloniales et une demande récurrente des anciens colonisés. Le maintien dans les musées français de ces créations africaines n’avait plus guère de justifications et, finalement, assez peu d’intérêt sinon d’envenimer les relations diplomatiques avec les anciennes colonies.

L’argumentation utilisée par Paris des années durant pour empêcher ce rapatriement était basée sur la soi-disant « inaliénabilité » des œuvres des collections publiques françaises et les capacités limitées des musées africains à les conserver. Le premier obstacle est facilement tombé avec le vote d’une loi par le Parlement français et le second relève de la souveraineté des Etats récipiendaires. On peut imaginer que des copies 3D de ces œuvres ont été réalisées assez facilement et pourront être de nouveau exposées en France si le besoin s’en fait sentir. Après-tout, la Grèce expose bien des copies des fresques du Parthénon à Athènes, les originaux étant toujours détenus dans les musées londoniens…

Il faut maintenant continuer à restituer ces œuvres pillées, cela fera toujours un micro-sujet de contentieux en moins avec les anciennes colonies. Et ne nous empêchons pas de renvoyer l’obélisque de la place de la Concorde en Egypte. Les réserves des musées français regorgent d’œuvres qui ne peuvent pas être exposées faute de place. Celle libérée, et à libérer, par les restitutions permettra d’améliorer la situation.

Mais de quoi se mêle-t-on en Centrafrique ?

On le sait, une société militaire russe plus ou moins privée dénommée « Wagner » opère en République Centrafricaine (RCA), ancienne colonie française. La France maintient également sur place un contingent militaire qui tente de s’interposer entre forces « loyalistes » et bandes « rebelles » pour limiter l’ampleur des massacres auquel ce pays est habitué depuis des décennies.

L’Union européenne s’apprête à prendre des sanctions contre Wagner pour « déstabilisation » de la RCA et on s’interroge sur la logique de cette démarche. Si les mercenaires russes remplacent les forces françaises (aidées pour le moment par quelques troupes d’autres pays européens) c’est une occasion inespérée pour les Français de quitter ce bourbier, pourquoi faudrait-il s’en plaindre ? Bien sûr, si la Russie prend le pouvoir en Centrafrique on peut craindre que les quelques matières premières centrafricaines, mal exploitées pour le moment, devraient plutôt prendre la direction de l’Empire russe que de l’Europe de l’Ouest, mais en réalité elles seront vendues sur le marché à qui les paye au prix d’équilibre.

Il est probable que Paris a poussé à la décision de sanctions européennes compte tenu de son implication dans ce pays depuis son « indépendance ». Rappelons pour les plus jeunes qu’après la pantalonnade de « l’empereur Bokassa » un officier français membre des services secrets, le commandant Mancion, a, pendant une bonne dizaine d’années, commandé la garde présidentielle centrafricaine en exerçant un pouvoir qui en faisait un quasi-« proconsul ». La France avait fait de ce pays son arrière-cour dirigée par ses services secrets et son armée, tout en prônant, bien sûr, l’organisation d’élections démocratiques… L’effondrement actuel de ce pays montre que ce ne fut pas une bonne méthode.

Paris n’est certainement pas la mieux placée pour s’impliquer dans l’avenir de la RCA ou y contester la présence de la Russie ou d’autres puissances étrangères ! Alors laissons faire les choses comme elles doivent se dérouler et mettons fin à la présence militaire française en RCA, qui est par ailleurs rejetée par la population locale. Paris fera ainsi des économies budgétaires et mettra fin à 70 ans d’errements néocoloniaux, tout le monde s’en portera mieux.

Lire aussi : https://rehve.fr/2020/12/la-centrafrique-toujours-a-la-pointe-de-la-devastation/

La Centrafrique est le concentré de tous les vices et les dérives d’une décolonisation ratée. Il est temps de tourner la page et Moscou déploie pour Paris le tapis rouge vers la sortie, empruntons-le sans hésiter.

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Les galonnés aiment le pouvoir en Afrique

Général Abdel Fattah Abdelrahmane al-Burhan

Un nouveau coup d’Etat s’est déroulé récemment en Afrique, au Soudan le mois dernier plus exactement. Le général Al-Burhan a pris le pouvoir et l’armée réprime avec ses méthodes habituelles, plutôt brutales, la contestation civile. Ce général a été largement impliqué dans tous les soubresauts violents de ce pays qui n’en a pas manqué depuis son indépendance en 1956. De façon originale, le Soudan était une colonie anglo-égyptienne du temps de la présence britannique, et l’Egypte l’a d’ailleurs toujours considéré comme son arrière-cour.

De rébellions en famines, d’islamisation rampante en soutien au terrorisme international, de massacres ethniques en résurgence de l’esclavagisme, de coups d’Etat en guerres civiles, d’accords de paix en invasions des pays avoisinants, de crise économique sans fin en gouvernance dictatoriale… le Soudan illustre à l’envie tous les échecs du continent. Autre originalité, après un terrible conflit entre les populations chrétiennes du sud et le pouvoir musulman du nord, une scission du pays a été entérinée en 2011 et le Soudan du sud a été créé, pour retomber immédiatement dans une guerre civile interne à ce nouveau pays…

Lire aussi : https://rehve.fr/2015/11/sud-soudan-lactualite-percute-le-cinema/

Rappelons que le Soudan a largement soutenu et accueilli les terroristes internationaux, de Ben Laden à Carlos. Ce dernier a d’ailleurs été « revendu » aux services français en 1994 qui l’ont récupéré à Khartoum pour le ramener et le juger en France. On n’ose imaginer les termes de la transaction ni ce qui a dû être cédé au Soudan en échange de cette capture !

Lire aussi : https://rehve.fr/2021/05/le-soudan-ne-remboursera-pas-les-contribuables-francais/

Bref, le Soudan est ce qu’il est, on peut le regretter mais rien ni personne n’a pu le faire se rapprocher d’une gouvernance « démocratique et apaisée » et il est peu probable qu’on y parvienne à moyen terme. Les réactions de circonstance se multiplient depuis le dernier coup d’Etat pour appeler à la démocratie et au respect des accords signés :

« Il faut assurer le plein respect de la charte constitutionnelle pour protéger la transition politique obtenue de haute lutte »

Secrétaire général des Nations unies (ONU) Antonio Guterres

Tout ceci est bel et bien beau, mais est-ce que ces Cassandre ne se sont jamais rendues au Soudan ? Elles auraient alors compris l’inanité de leurs appels « au retour à la démocratie ». Comme d’habitude, les régimes russe et chinois se refusent à vraiment condamner ce énième coup d’Etat au Soudan pendant que les pays occidentaux suspendent leurs aides et prennent quelques sanctions qui seront probablement bien vite levées pour éviter que l’anarchie propre à ce pays ne déborde trop à l’extérieur. Il faut certainement essayer de cantonner les dérives du pays à l’intérieur de ses frontières en aidant les populations et les nouvelles autorités sans trop déroger aux principes occidentaux, mais faut-il vraiment continuer à vouloir imposer de l’extérieur la démocratie à ce pays qui n’arrive définitivement pas à l’adopter ni à la mettre en place ?

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L’armée française empêchée au Burkina

L’opération Barkhane a du plomb dans l’aile. L’Algérie lui refuse l’autorisation de survol de son territoire pour les vols militaires échangés entre la France et le Sahel, rallongeant ainsi la route aérienne pour ravitailler les troupes françaises. L’autre voie, terrestre cette fois-ci, est maintenant bloquée également de plus en plus souvent par des manifestations anti-françaises dans les pays traversés. C’est ainsi qu’un convoi militaire, en route d’Abidjan vers le Mali, est actuellement immobilisé au Burkina-Faso par une population en colère qui voit le terrorisme religieux prospérer et se demande bien alors à quoi servent ces troupes étrangères si elles n’arrivent pas à endiguer les massacres djihadistes au Sahel. En France, on se pose la même question !

Probablement la situation serait bien pire sans l’intervention armée française, mais ce raisonnement n’est manifestement pas partagé par les populations du Burkina-Faso (ce qui signifie « le pays des hommes libres ») mais on ne peut pas imposer des troupes d’occupation sur une longue durée à des pays tiers, même animées de « bonnes intentions » et même appelées à la rescousse par les autorités officielles du pays. L’exemple récent de l’Afghanistan illustre ce fait jusqu’à l’absurde.

Les planètes sont alignées pour justifier un retrait rapide des militaires français du Sahel : les populations des pays concernés le souhaitent, les dirigeants du Mali, pays à l’origine de cette opération, également, l’Algérie refuse le survol de son territoire, certains pays du Sahel empêchent les convois routiers de circuler… on ne va quand même pas passer par l’Afrique du Sud pour rallier Ménaka ? Non, les circonstances l’exigent, la France doit annoncer la fin de ses opérations au Sahel et ramener ses soldats à la maison. Nous sommes déjà dans la phase d’enlisement, il faut partir avant que ne produise une catastrophe.

La mission initiale de Barkhane a été accomplie, il est temps désormais de laisser les gouvernements locaux en assurer le service après-vente.

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L’Algérie tout en subtilité

Toujours engluées dans leur conflit sur l’Histoire coloniale, l’Algérie et la France, anciens ennemis d’une guerre de décolonisation sauvage, continuent leur dialogue de sourds par l’intermédiaire de communiqués agressifs et de cérémonies expiatoires, d’un côté et de l’autre de la Méditerranée, sur fond de flux migratoires du sud vers le nord.

La dernière saillie algérienne vient de la bouche du président algérien qui a appelé le ministre français de l’Intérieur Moussa Darmanin, accusé par ailleurs de restreindre l’octroi de visas français aux citoyens algériens. Gérald Darmanin porte effectivement le second prénom de Moussa, donné par ses parents en hommage à son grand-père paternel, Moussa Ouakid, ex-tirailleur algérien intégré dans l’armée française et résistant durant la seconde guerre mondiale.

Pas sûr que le climat n’avance vers l’apaisement… Pour paraphraser le président Mitterrand qui, en d’autres temps, avait dit « les pacifistes sont à l’ouest et les SS20 [missiles soviétiques installés en Europe de l’est et tournés vers l’occident] sont à l’est », on peut dire que « l’autoflagellation est au nord, mais l’ironie est au sud ».

La suite au prochain numéro.

Lire aussi : https://rehve.fr/2021/10/un-ambassadeur-tres-souvent-dans-lavion/

On a également entendu récemment l’ambassadeur d’Algérie en France appeler la diaspora algérienne dans son pays de résidence à constituer « un levier de commande » pour agir sur la politique française :

« Il est inadmissible que l’Algérie qui possède la plus grande communauté étrangère en France avec 18 consulats, ne puisse pas constituer un levier de commande pour intervenir non seulement dans la politique algérienne, mais (aussi) au niveau de la politique française », a-t-il déclaré, insistant sur le fait que « l’Algérie a besoin de tous ses enfants ».

https://www.aps.dz/algerie/128872-daoud-souligne-l-importance-d-encourager-les-algeriens-etablis-en-france-a-investir-dans-leur-pays#:~:text=%22Il%20est%20inadmissible%20que%20l,sur%20le%20fait%20que%20%22l

A l’image de la Turquie qui appelle sa diaspora en Europe à faire des enfants pour accroître son influence, l’Algérie cherche à peser sur la politique française. Il faut bien faire avec ce genre de comportements tout en cherchant à en minimiser les effets délétères. C’est également l’une des conséquences de ce concept trouble de la double ou triple nationalité. Quand on a plusieurs passeports, quelle est sa nationalité de préférence ? De quel pouvoir va-t-on suivre les directives ? L’Algérie n’aime pas beaucoup la binationalité et empêche ses binationaux d’accéder à certaines hautes fonctions administratives, mais cela ne l’empêche pas de jouer avec le concept lorsque cela peut servir ses intérêts.

Ainsi vont les intérêts sacrés des nations.

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Catégorisé comme Afrique

Un ambassadeur très souvent dans l’avion

Alger vient de rappeler son ambassadeur « pour consultation » comme point d’orgue d’une accumulation de reproches faits à la France ces dernières semaines. Les hostilités avaient déjà démarré dans une époque récente en mai dernier avec, déjà, le rappel de l’ambassadeur algérien, à la suite de la diffusion d’un documentaire sur France 5 sur les mouvements de jeunes anti-pouvoir (le Hirak). En réalité, les hostilités diplomatiques n’ont jamais cessé depuis 1962, année où l’Algérie est devenue indépendante.

Cette fois-ci deux évènement ont entraîné l’ire du pouvoir algérien : la réduction des visas français à octroyer aux citoyens algériens à titre de sanction du fait que l’Algérie refuse de réadmettre les Algériens faisant l’objet d’une expulsion du territoire français d’une part, et les propos du président français devant un groupe de jeunes de la troisième génération dont les ancêtres ont été concernés par la guerre d’Algérie, d’une façon ou d’une autre : petits-enfants de combattants du FLN, de militaires français, de harkis ou de « pieds-noirs » rapatriés. Français, algériens ou binationaux, ils ont débattu avec Emmanuel Macron sur la tragédie algérienne. Ce groupe de jeunes a été constitué dans la suite du rapport Benjamin Stora sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie et se réunit régulièrement afin de produire des propositions au président en vue de la réconciliation algéro-française. Le déjeuner à l’Elysée du 30 septembre constituait un point d’étape de cette vaste tâche.

Quelques jours auparavant, le 20 septembre, le président avait officiellement demandé « pardon » et annoncé des compensations financières à verser par les contribuables français aux descendants des harkis :

« Aux combattants abandonnés, à leurs familles qui ont subi les camps, la prison, le déni, je demande pardon, nous n’oublierons pas »

Ce « pardon » venait après la reconnaissance par le président Hollande en septembre 2016 de la « responsabilité » française dans le sort des harkis :

« [des] responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines de ceux transférés en France »

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Des journalistes assistaient au déjeuner du 30 et en ont rapporté quelques propos tenus par le président et ce sont justement une partie de ceux-ci qui ont déclenché ce énième incident diplomatique avec Alger avec remise de son ambassadeur dans un avion pour le sud. Au milieu d’échanges qui paraissent plutôt apaisés et intelligents M. Macron a évoqué « l’histoire officielle » réécrite par un « système politico-militaire » basée sur « la haine de la France », une « rente mémorielle ». N’en jetez plus, c’en était trop pour les autorités algériennes !

La France s’épuise à essayer de se faire pardonner son errance coloniale. Depuis l’élection en 2017 de M. Macron, Paris a reconnu les assassinats par l’armée française d’un certain nombre de combattants et intellectuels algériens après avoir déclaré à Alger lorsqu’il était candidat que la colonisation était un « crime contre l’humanité ». Le rapport de Benjamin Stora qui a eu accès aux archives françaises, déclassifiées pour l’occasion, a été mal reçu de l’autre côté de la Méditerranée. Stora, bien que né en Algérie, est français et considéré dans son pays d’origine comme subjectif et son travail comme une affaire franco-française. Il est disqualifié d’office. A peu près au moment où M. Stora a été mobilisé pour son étude (juillet 2020), un rapport sur le même sujet a été commandé par le gouvernement algérien à l’historien Abdelmadjid Chikhi. Il n’est malheureusement pas encore disponible et l’on ne sait même pas si l’idée de sa production n’aurait pas été abandonnée.

Devant cette impossible réconciliation on se demande même si la revendication ultime de l’Algérie était consentie par Paris, des excuses officielles et des compensations financières, changerait vraiment les choses.

Lire aussi : https://rehve.fr/2021/04/stora-benjamin-rapport-sur-les-questions-memorielles-portant-sur-la-colonisation-et-la-guerre-dalgerie/

Communiqué de la Présidence de la République [algérienne] du 02/10/2021

A la suite des propos non démentis que plusieurs sources françaises ont attribué nommément au Président de la République française, l’Algérie exprime son rejet catégorique de l’ingérence inadmissible dans ses affaires intérieures que constituent lesdits propos.

Les propos en question portent une atteinte intolérable à la mémoire des 5.630.000 valeureux martyrs qui ont sacrifié leurs vies dans leur résistance héroïque à l’invasion coloniale française ainsi que dans la Glorieuse Révolution de libération nationale, les crimes de la France coloniale en Algérie sont innombrables et répondent aux définitions les plus exigeantes du génocide contre l’humanité.

Ces crimes qui ne sont pas prescriptibles, ne sauraient faire l’objet d’une manipulation des faits et d’interprétations atténuantes.

La propension des nostalgiques de l’Algérie française et des milieux qui se résignent difficilement à l’indépendance pleine que les Algériens ont gagnée de haute lutte, s’exprime à travers de vaines tentatives d’occulter les exactions, massacres, enfûmades, destructions de villages, des centaines de Oradour-Sur-Glane, éradications de tribus de résistants, qui sont des génocides en séries que les acrobaties conceptuelles et les raccourcis politiques ne parviendront jamais à occulter.

Pour leur part, les appréciations superficielles, approximatives et tendancieuses énoncées en ce qui concerne l’édification de l’Etat national algérien ainsi que sur l’affirmation de l’identité nationale relèvent d’une conception hégémonique éculée des relations entre Etats et ne sauraient, en aucune façon, être compatibles avec le ferme attachement de l’Algérie à l’égalité souveraine des Etats.

Cette malencontreuse intervention qui heurte fondamentalement les principes devant présider à une éventuelle coopération algéro-française en matière de mémoire, a l’incorrigible défaut de tendre vers la promotion d’une version apologique du colonialisme au détriment de la vision établie par I’Histoire de la légitimité de luttes de la libération nationale, alors que rien ni personne ne peut absoudre les puissances coloniales de leurs crimes, y compris les massacres du 17 octobre à Paris dont l’Algérie et sa communauté établie en France s’apprêtent à commémorer dans la dignité.

Face à la situation particulièrement inadmissible engendrée par ces propos irresponsables, le président de la République, Monsieur Abdelmadjid Tebboune, a décidé le rappel immédiat en consultations de l’ambassadeur d’Algérie auprès de la République française.