Le képi en chef du Mali

Colonel Goïta chef de la junte du Mali

Voici la tête du nouveau pouvoir militaire malien : jeune, galonnée et en tenue de combat ! Le coup d’Etat militaire est une tradition dans ce pays pour changer le pouvoir, les élections et l’organisation démocratique n’ayant jamais fonctionné correctement, du moins tel qu’on l’entend en Occident. Parlement, partis politiques, commissions électorales et tous les attributs des régimes démocratiques des pays du Nord ont été vainement répliqués, et à plusieurs reprises, dans ce pays sahélien qui va de mal en pis depuis des décennies. Il est probable que ce nouveau régime suivra la voie de ses prédécesseurs et sera bientôt rejeté par ceux qui l’acclament aujourd’hui. Et quand bien même rendrait-il un jour le pouvoir aux civils, ceux-ci se retrouveraient de nouveau à la tête de ce pays immense, partiellement désertique, incapable de recouvrer l’impôt pour construire un Etat toujours inexistant depuis l’indépendance en 1960, tiraillé entre les clans et les ethnies, entre les religieux et les libéraux, occupé par des armées étrangères « amies » venues aider à lutter contre le terrorisme islamique… on ne voit pas beaucoup de lumière au bout d’un tunnel qui risque d’être long !

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Les képis reprennent le pouvoir au Mali

Avec une régularité de métronome, qui finit par être un peu lassante, une bande de galonnés dépenaillés a mené un coup d’Etat au Mali hier et cette nuit, forçant le pouvoir civil élu à démissionner, érigeant un « Comité national pour le salut du peuple » et promettant monts et merveilles aux « Maliennes et Maliens » …

Certes le coup militaire est le mode favori de changement de pouvoir dans ce pays depuis des décennies, mais cette armée dépenaillée ferait sans doute mieux de concentrer son énergie à renforcer sa capacité de lutte contre le terrorisme religieux et touareg qui mine le Mali plutôt qu’à prendre et reprendre un pouvoir civil qu’elle n’est pas en mesure d’assumer. Cela risque très certainement d’avoir des conséquences sur la lutte anti-terrorisme menée par des forces internationales, majoritairement françaises, dans tout le Sahel. Les forces religieuses qui luttent pour imposer leur dictature à toute la région doivent se frotter les mains !

Un des leaders du génocide rwandais arrêté… en France

Félicien Kabuga, 84 ans, affairiste hutu rwandais, fondateur de la Radio-Télévision des Mille Collines (RTLM) ayant attisé le génocide, financier des milices chargées de l’extermination, vient d’être arrêté en France où il séjournait sous un faux nom. Il s’y était réfugié a priori depuis plusieurs années après une fuite dans différents pays depuis ce génocide datant de 1994. Ses enfants et ses proches sont aussi hébergés en France et des pays européens avoisinants. Une enquête du journal Le Monde révèle que la famille Kabuga aurait décidé de « rapatrier » l’ancêtre en France compte tenu de son état de santé déclinant et l’offre de soins médicaux favorable dans l’hexagone… Tous les siens déployaient depuis une grande énergie pour le protéger de la justice internationale qui le recherchait.

Il est navrant que de tels criminels puissent trouver refuge, même illégalement, en France, relançant ainsi les soupçons jamais définitivement levés de compromission française avec les génocidaires. Son arrestation fait suite à une enquête de police de quelques mois qui a consisté à suivre les enfants pour retrouver le père. D’autres personnages douteux séjournent, ou ont séjourné, en France plus ou moins légalement : la femme du président rwandais Habyarimana, des satrapes africains et leurs descendants, des dirigeants syriens et libyens, etc. Bref, toute une clique de dirigeants corrompus, voire criminels, continue à trouver le chemin de Paris pour venir s’abriter des foudres de leurs populations et de la justice internationale. Accessoirement ils y investissent pas mal de leur argent…

Il est probable que les dirigeants français actuels se passeraient bien de la présence sur le sol national de ces pestiférés, pas toujours encore condamnés, certainement indésirables. Mais les mauvaises habitudes sont prises et elles sont difficiles à inverser. On peut seulement espérer que le robinet d’admission de ces personnages se ferme progressivement, quitte à renoncer à leurs investissements le plus souvent mal acquis. La France s’honorerait à décourager de telles migrations sur son territoire.

En attendant, M. Kabuga devrait être livré au mécanisme qui a pris la suite du Tribunal international pour le Rwanda (TPIR), fermé en 2015 après avoir jugé 80 accusés, et laissant huit fugitifs dans la nature dont deux ont été arrêtés depuis, y compris Félicien Kabuga récemment.

Mauvais temps pour les « fils et filles de » africains

Le fils du président de la Guinée Equatoriale, Teodorin Obiang, lui-même vice-président du pays, a été condamné en France en octobre dernier à trois années de prison avec sursis et 30 millions d’amende, également avec sursis, dans le cadre de la procédure des « biens mal acquis », pour s’être bâti frauduleusement un patrimoine immobilier considérable. Son père Teodoro Obiang Nguema est au pouvoir dans son pays depuis 40 ans après avoir renversé son oncle en 1979 qui était lui au pouvoir depuis 1969. Le fiston, qui a fait ses études en France, a été nommé à divers postes de ministre par papa avant de devenir vice-président en 2016. Il adore les voitures de luxe et accumule Ferrari, Lamborghini et similaire, qui lui ont été généralement saisies dans le cadre de différentes procédures dans les pays où il a investi. Le fiston était absent lors de son procès, un appel et une procédure devant la cour internationale de justice.

La fille de l’ex-président de l’Angola, Isabel dos Santos, est au centre d’une enquête internationale journalistique menée par le Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ), qui révèle en janvier 2020 sa fortune considérable (se chiffrant en milliards de dollars) et les voies complexes et opaques par lesquelles elle et son mari ont accumulé ces actifs dont beaucoup sont localisés au Portugal, ex-puissance colonisatrice de l’Angola. Cette enquête a été lancée à la suite d’une importante fuite de 700 000 documents, probablement le fait d’un hackeur. Son père José Eduardo dos Santos est resté 38 ans au pouvoir dans son pays où fifille a exercé différents postes officiels, notamment la présidence de la société pétrolière nationale. Papa est maintenant installé à Barcelone et son successeur a lancé des poursuites contre la famille dos Santos. A la suite de ces révélations médiatiques le banquier portugais de la banque locale dont elle détenait 42,5% des parts a été retrouvé mort à son domicile, probablement suicidé. Isabel est désormais persona non grata dans un certain nombre de pays occidentaux et, bien entendu, aussi en Angola.

Le fils du président du Congo (Brazzaville), Denis Christel Sassou Nguesso, est mis en examen en France pour blanchiment dans le cadre de cette même procédure des « biens mal acquis ». Son père Denis Sassou Nguesso est au pouvoir dans son pays depuis 36 ans et le fiston, député, a exercé des fonctions dans la société pétrolière nationale, tiroir-caisse du pouvoir et, à une époque sans doute révolue, de certains partis politiques français. Denis Christel a accumulé des biens assez considérables, notamment dans l’immobilier en France.

Ces trois affaires en cours sont intéressantes par leurs similitudes. Elles concernent toutes des « fils et filles de » dont il est juste techniquement impossible qu’ils aient accumulé de telles fortunes, se chiffrant en centaines de millions ou en milliards de dollars, en partant de leurs salaires de ministres ou même de vice-président. Comme le confirment les enquêtes de justice et de l’ICIJ, ils ont largement détourné les fonds publics des Etats dirigés par leurs pères respectifs. Tous trois ont développé un sens du clinquant jet-set qui les a beaucoup desservis, publiant des photos bling-bling sur les réseaux dits-sociaux ou paradant un peu partout où la presse pipole aime à se trouver. La discrétion sied mieux aux opérations illégales que la publicité qui les a attirés comme la lumière brûle les insectes. Ils ne l’ont pas compris. Ils ont également dépensé/investi la plus grande part de leurs sous en dehors de leurs pays d’origine vie des montages légaux et fiscaux complexes largement validés par les cabinets d’audit internationaux, on n’est jamais trop prudent…

Tous clament la complète légalité des transactions qui les ont enrichis en convoquant le « néocolonialisme » des procédures entamées. Dans les cas du Congo et de la Guinée Equatoriale, les papas sont toujours au pouvoir, les justices locales ne sont donc pas saisies comme en Angola où la famille dos Santos est poursuivie localement.

Tous ont des papas qui sont au pouvoir depuis plus de 30 ans sans discontinuer, arrivés à ce niveau le plus souvent à l’issue d’élections fantoches. Cette durabilité hors normes a favorisé ces pactes familiaux de corruption. On n’a pas trouvé de solution à ce jour pour mettre fin à cette mauvaise gestion généralisée, ni dans les pays concernés, ni plus en Occident où les donateurs cherchent à améliorer la situation qui est nuisible pour tous, sauf pour la minorité qui s’enrichit et qui arrive donc à rester en place.

Il serait moral que ces « fils et filles de » rendent l’argent pillé dans leurs pays. Il n’est pas sûr que cela advienne puisque pour le moment au moins deux des trois pays mentionnés ne réclament même pas ce retour. Seule Isabel dos Santos est sur le grill mais il est loin d’être acquis que ses actifs puissent être saisis, vendus ou restitués à son pays. Son mari Sindika Dokolo déclarait au journal Le Monde en 2017 : 

« Je préfère que la richesse du continent revienne à un Noir corrompu plutôt qu’à un Blanc néocolonialiste. »

Tout est dit mais si le « Noir corrompu » n’a pas respecté la Loi des pays où il a investi, il aura peut-être des comptes à rendre si les justices de ces pays se mettent en mouvement !

Le Groupe des Patriotes du Mali

La côte de la France au Mali est en hausse…

Le Groupement des Patriotes du Mali (GPM) est un groupuscule au soutien populaire pour l’instant limité mais qui souhaite que son pays renoue avec Moscou. Il est vrai que ce pays a été longtemps frère de l’Union soviétique. Dans son message, le président du GPM souhaite renouer avec Moscou :

MESSAGE DU PRESIDENT DU GROUPE DES PATRIOTES DU MALI (GPM)

Patriotes du Mali
Notre Mouvement a pour objectif principal de rétablir la coopération intensifiée entre notre pays et la fédération de Russie à l’instar de Celle qui a existé entre le Mali et l’URSS dans les dimensions de la dignité réciproque.
Le GPM a demandé à la Russie son implication dans la gestion de la crise Malienne d’abord en terme[SIC] de formation et d’équipement adéquat de nos forces armées… Le Malien, au regard de sa dignité, n’a pas besoins de troupes étrangères pour combattre à sa place mais des moyens nécessaires qui nous manquent gravement. Le GPM demande aux des mesurés [reSIC] de ne pas tenter de donner un autre contenu indigne et sauvage a son idéal
Président de Groupe des patriotes du Mali (GPM)
M. Fodé Sidibé

Sur la page Facebook du GPM on trouve aussi quelques messages sur le même thème de groupements frères comme « Yerewolo, debout sur les remparts » :

On comprend un peu mieux pourquoi le président de la République française va s’entretenir avec ses collègues africains ce 13 janvier à Pau de leur réelle volonté de voir Paris maintenir des troupes dans leurs pays…

L’ego de l’opposant ivoirien

Guillaume Soro est homme politique ivoirien, passé alternativement des ors du pouvoir aux affres de la rébellion armée et de l’exil. Lorsqu’il est dans l’opposition, il est régulièrement impliqué dans des tentatives de coups d’état contre le pouvoir en place à Abidjan. Il a été l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat qui furent vaines jusqu’ici.

Aux dernières nouvelles il était plutôt coté opposition et réfugié à Paris et s’était mis en tête de revenir à Abidjan pour se présenter aux élections présidentielles prévues pour octobre 2020. Mal lui en pris car un mandat d’arrêt international a été lancé contre lui par la justice ivoirienne pour « tentative d’atteinte à l’autorité de l’Etat ». Ses comparses locaux ont déjà été arrêtés et M. Soro qui était dans l’avion entre Paris et Abidjan ce 23 décembre a fait faire demi-tour à son aéroplane (a priori un vol privé) par peur d’être arrêté dès son arrivée.

De retour à Paris il déclare :

« Je suis et reste candidat à la présidence de la République. Je vais organiser la résistance comme le général de Gaulle l’a fait depuis Londres… je suis quand même surpris : le président français s’est rendu en Côte d’Ivoire, y a fêté son anniversaire mais il n’a pas eu la capacité de dire à ses hôtes qu’il était important de respecter la démocratie en Afrique. J’espérais qu’un président comme lui ait davantage de courage et de maturité pour le faire. »

Sans vergogne, le garçon se compare à MonGénéral, sans la moindre décence il critique le président du pays où il est réfugié. Avec un tel énergumène, la Côte d’Ivoire n’est pas encore sortie d’affaires.

Une bonne nouvelle pour l’Afrique

En réunion à Abidjan, les présidents ivoirien et français annoncent que le franc CFA va être remplacé en Afrique de l’Ouest par une nouvelle monnaie, l’ECO dont la gestion sera sensiblement réformée. Il n’y aura plus d’administrateur français dans les instances de la Banque centrale de Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et celle-ci n’aura plus à déposer une partie de ses réserves auprès du Trésor français. Cependant, il semble que le cours fixe entre l’Euro et l’Eco serait maintenu et que la France continuerait à garantir la convertibilité de l’Eco. Ces deux derniers points, s’ils étaient confirmés, limitent sérieusement l’ampleur de la réforme.

Il serait souhaitable de couper définitivement le cordon monétaire entre la France et ses anciennes colonies. Si l’on se contente de changer le nom de la devise mais de continuer à attendre que la France garantisse son cours et sa convertibilité, on ne va pas bien loin dans ce sens. Espérons que ne n’est qu’une première étape vers un changement plus radical donnant la responsabilité monétaire pleine et entière aux Etats africains.

13 militaires français tués au Mali en novembre

Un accident d’hélicoptères fait treize morts militaires français au Mali au cours d’une opération de combat contre des religieux islamistes le mois dernier. C’est très regrettable et les commentateurs de plateaux télévisés reposent la question du sens de cette énième intervention militaire française dans ses anciennes colonies. Le sujet est d’importance. Comme à chacune d’entre elles, la République part la fleur au fusil dans le cadre de ses accords de défense bilatéraux ou appelée au secours par des Etats locaux faillis, comme à chacune d’entre elles la France ne sait plus comment mettre fin à ces opérations une fois celles-ci entamées et comme à chacune d’entre elles les populations locales sont montées progressivement contre les troupes françaises considérées comme armée d’occupation.

La France n’a-t-elle pas en 1966 elle-même éconduit les troupes étrangères de l’OTAN stationnées dans l’hexagone à sa demande ?

C’est pourquoi la France se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements « intégrés » et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN.

MonGénéral – lettre au président américain, 1966

Tout ceci est réglé comme du papier à musique. Dans notre monde moderne, la présence de troupes étrangères sur un territoire donné provoque invariablement et assez rapidement une réaction de rejet des populations locales, quelles que soient les raisons de cette présence : bonnes ou mauvaises. La France en est là, face à sa malédiction d’ancienne puissance coloniale elle n’arrive pas à se dégager de ces pays. Elles les quittent régulièrement mais y est rappelée tout aussi régulièrement. La tentation de laisser tomber est forte mais pour le moment, les raisons officiellement avancées sont que pour le Sahel l’armée française limite par sa présence les infiltrations de terroristes religieux sur les territoires français et européen, et qu’en Centrafrique elle repousse la tentation du génocide entre les populations. Ces justifications sont certainement réelles mais a-t-on aussi évalué les conséquences pour l’intérêt national d’un retrait militaire rapide versus dans quelques années, comme il se produira immanquablement ? Les spécialistes de l’Afrique savent bien qu’il faudra plusieurs générations pour que les pouvoirs politiques et les armées des pays africains soient en mesure de contrer le terrorisme religieux, si jamais ils y arrivent.

Il conviendrait d’étudier la stratégie du « cassage de gueule ponctuel avec retour rapide au bercail ». Le cas de l’Afghanistan est à ce titre emblématique. En 2001, les attentats contre le World Trade Center de New York (environ 3 000 morts recensés) donnent lieu à une attaque de l’Afghanistan, où a été fomenté cet attentat, par les troupes de l’OTAN (les Etats-Unis ont déclenché l’article 5 du traité Nord-Atlantique réclamant la solidarité des autres membres). Le pouvoir religieux-taliban est mis en fuite en quelques semaines. Nous sommes 20 ans plus tard, des troupes étrangères stationnent toujours dans ce pays et les religieux talibans paraissent plutôt en bonne forme si l’on en juge les nombreux attentats sanglants commis très régulièrement. Des centaines de milliards de dollars ont été dépensés par les contribuables occidentaux en pure perte. Des dizaines de morts sont à déplorer dans les armées de l’OTAN, des milliers parmi les citoyens locaux, et les Etats-Unis d’Amérique sont en train de mener des négociations avec… lesdits talibans sur les conditions de leur retrait militaire. On se croirait revenus en 1973 lorsque Washington négociait avec le Vietnam du Nord l’évacuation de ses GI’s du pays, Hanoï jurant la main sur le cœur qu’il respecterait la ligne de démarcation entre le Nord et le Sud. Il ne faudra pas plus de deux ans pour que le Vietnam du Nord, revenant sur ses engagements, réunifie tout son petit monde par la force sous la bannière communiste, et il n’a d’ailleurs pas eu vraiment à insister tant le Vietnam du Sud rongé par la corruption et la mauvaise gouvernance est tombé comme un fruit mûr. Les plus anciens se souviennent bien des images dantesques d’hélicoptères américains évacuant des grappes humaines du toit de l’ambassade US à Saïgon vers les porte-avions stationnés au large.

Les talibans qui contrôlent déjà une bonne partie du territoire afghan vont revenir au pouvoir à Kaboul, c’était écrit sans doute dès le départ tant ils disposent de soutiens locaux et tant les tentatives de démocratisation du pays et d’instauration d’une gouvernance à l’occidentale ont été vouées à l’échec. On peut imaginer que si les troupes de l’OTAN s’étaient retirées en 2002, les talibans seraient revenus plus tôt au pouvoir mais que l’Occident se serait épargné bien des désillusions et des avalages de chapeaux, quitte à y retourner pour purger la situation si l’Afghanistan se remettait à financer le terrorisme contre nos pays. Il aura fallu 20 ans pour revenir à la situation de départ… et encore les négociations entre Etats-Unis et religieux-talibans ne sont pas encore conclues.

Aujourd’hui au Sahel et en Centrafrique les gouvernements locaux ne soutiennent que modérément une présence militaire étrangère permanente face à leurs populations qui la contestent et continueront à l’abhorrer quoi qu’il arrive. Les questions tribales se superposent aux croyances religieuses, personne n’y comprend vraiment grand-chose au nord de la Méditerranée, alors pourquoi ne pas laisser faire ce qui doit être et pratiquer des opérations coups-de-poing si les circonstances l’imposent ? La question mérite d’être étudiée par nos stratèges militaro-politiques qui vont commencer à se fatiguer de prononcer des hommages mortuaires aux Invalides face aux cercueils des soldats français. Le président Macron a en principe lancé cette réflexion et invité les chefs d’Etats africains concernés à y participer à Pau en janvier prochain.

Les Iles Eparses : chronique de problèmes annoncés

A l’occasion d’une visite à Madagascar le président de la République française a visité une des cinq Iles Eparses sous souveraineté française et qui sont revendiquées par Madagascar, Maurice et les Comores. Ce sont de minuscules territoires non peuplés, sauf par des équipes scientifiques et militaires sur certaines d’entre elles, perdus dans le canal du Mozambique et dans l’océan indien au nord de la Réunion. Ces iles faisaient partie du territoire colonial de la France de Madagascar et ont été conservées par la métropole lorsque l’indépendance fut octroyée à la grande ile en 1960 et sont, depuis, un sujet de friction diplomatique d’autant plus aigüe que la zone écologiquement fragile serait riche en ressources pétrolières.

C’est une habitude bien française de ne décoloniser qu’une partie des territoires autrefois colonisés. C’est un peu comme si le jour où l’indépendance sera octroyée à la Guadeloupe, la France gardait l’ile de Marie-Galante… C’est ce qui fut fait dans le cas des Comores et l’on sait aujourd’hui l’inextricable imbroglio humain et financier dans lequel se retrouve Paris avec Mayotte dont on se sait que faire. Il n’y a évidemment aucune justification politique à ce que la France reste souveraine sur ces Iles Eparses. Au-delà il y a des intérêts économiques et il y a des forts et des faibles. Le rapport de forces ne va pas rester indéfiniment en faveur de Paris d’autant plus que l’ONU demande à corps et à cris, mais pour le moment ce rapport est en faveur de la France.

Des discussions seraient en cours avec les pays locaux sur le principe d’une exploitation commune de ces iles sans remettre en cause la souveraineté française, une espèce d’usufruit donné à ces pays, la nue-propriété restant française. Les Iles Eparses : une mine de problèmes à venir qui viendront s’ajouter à ceux préexistant générés par les confettis de l’Empire…

Abrutissement et communautarisme sportifs

A la suite de la victoire de leur équipe de fouteballe dans une compétition internationale de baballe des supporters se répandent dans Paris, bloquent le périphérique, détruisent et pillent des magasins de moto sur l’avenue de la Grande Armée. Cela devient désormais un rituel, pour exister il faut casser quelque chose chez le voisin, le piller au passage lorsque cela se présente. L’intérêt particulier des uns n’est considéré comme comblé que si celui de la majorité des autres est dévasté. C’est devenu un mode de fonctionnement dans la République.

Elément de contexte, la compétition de foute en question est une coupe d’Afrique, l’équipe fêtée est celle d’Algérie et c’est là que les choses s’enveniment. Première (bonne) nouvelle : un supporter de l’équipe d’Algérie est une personne ni plus ni moins navrante que son alter-ego de l’équipe de France, un être décérébré dont la joie ou la peine ne peuvent s’exprimer qu’au détriment de son prochain. Deuxième nouvelle (moins bonne) : le syndrome franco-algérien toujours présent aggrave les effets de l’incivisme. Les supporters hooligans se drapent dans… des drapeaux algériens ce qui a tendance à provoquer un léger agacement chez une partie de la population, sans parler des partis politiques conservateurs. Ces comportements communautaires sont à tout le moins maladroits, chaque drapeau algérien agité provoque à coup sûr des votes supplémentaires en faveur de l’extrême droite et de ses messages simplistes.

Du bon sens et de la modération devraient amener ces supporters à un peu plus de discrétion, peut-être en déployant un peu moins de drapeaux algériens ? Ces qualités sont, hélas, assez peu partagées dans le monde de la baballe, la relation franco-algérienne à fleur de peau fait le reste en jetant du sel sur des plaies jamais complètement cicatrisées de la guerre coloniale qui a opposé ces deux pays. Les descendants de ces combattants qui ont vaincu leur puissance coloniale se croient beaucoup permis dans ladite puissance qui, le plus souvent, a octroyé sa nationalité à leurs parents. Et c’est là toute l’ambiguïté de la relation entre ces deux nations : des millions de français d’origine algérienne vivent dans le pays qui a asservi leurs ancêtres. Il y a pour certains la volonté plus ou moins consciente d’une revanche à prendre, d’une dette à faire payer, même après tout ce temps passé. La génération qui a fait et vécu cette guerre est en train de s’éteindre doucement des deux côtés ; gageons qu’une fois complètement disparue les tensions diminueront peu à peu. Les gouvernements algérien et français ne réussissent toujours pas à partager une relation politique apaisée, les prises de bec sont fréquentes, souvent sur des détails de protocole, même si la coopération sur le fond est excellente. Comment imaginer alors qu’il puisse en être autrement pour les citoyens ?

Une partie significative de la population française a des origines au Sud de la Méditerranée alors chaque évènement dans ces pays riverains d’Afrique du Nord, heureux ou malheureux, a des répercussions dans l’hexagone. L’enthousiasme méditerranéen ajoute l’exubérance et l’excès que l’on voit dans les rues ces jours-ci. Une génération plus tôt, la réconciliation franco-allemande s’est faite sur un mode plus froid, propre aux pays du Nord. Elle ne s’est pas traduite non plus par l’émigration significative d’une population vers le pays de l’autre. Après la dernière guerre chacun a repris son développement de son côté, mené par deux dirigeants visionnaires : le Général de Gaulle et le Chancelier Adenauer. Peut-être l’Algérie et la France ont-elles manqué de visionnaires ces dernières décennies ?

Passation de services sanglante au Soudan

A Khartoum au Soudan, un dictateur au pouvoir depuis des décennies, Omar Al-Béchir, accusé entre autres joyeusetés de génocide et crimes contre l’humanité au Darfour (300 000 morts), est déposé par un quarteron de galonnés de son entourage, par suite de manifestations populaires. Les traitres semblent un peu indécis sur ce qu’ils doivent faire de ce nouveau pouvoir sur un pays dévasté par la guerre, le clanisme, la corruption, la misère, les chefs de bande et la (très) mauvaise gouvernance. Alors ils font ce qu’ils ont toujours su excellement faire : ils lâchent leurs sicaires sur la foule amassée en attente d’improbables réformes. Il y aurait « quelques » centaines de morts.

Le chef de l’ONU en appelle à :

« L’importance de défendre les droits de l’homme de tous les citoyens et de continuer à donner la priorité au dialogue en tant que moyen de régler les différends en suspens. Il souligne aussi la nécessité d’éviter toute forme de violence qui pourrait compromettre la sûreté et la sécurité des citoyens ainsi que la stabilité du pays ».

Onu Info

Evidemment, l’ONU ne peut guère dire autre chose dans ces circonstances, mais de telles déclarations face à la situation de ce pays prêterait à rire s’il ne s’agissait d’une histoire sans fin de massacres et de prévarication ; probablement tout ce que l’Humanité compte de plus mauvais au XXIème siècle.

Rappelons que le Soudan a été récemment scindé en deux Etats distincts en 2011 où le Soudan du Sud (chrétien) est désormais à la frontière sud de la République du Soudan (musulman). Assez rapidement après sa création, le Soudan du Sud, dernier Etat officiellement reconnu par l’ONU, a sombré dans une nouvelle guerre civile plus ou moins terminée en 2018.

Khartoum, capitale de la République du Soudan vit sous le régime de la charia islamique et a servi de camp de base du terrorisme islamique à la fin du siècle dernier. Aujourd’hui il continuerait d’attiser l’islamisation violente dans tout le Sahel y compris, au premier chef, en République Centrafricaine, pays dont il est frontalier et qui fait également face depuis des décennies à une guerre civile et ethnique, à laquelle s’est ajouté l’élément religieux relativement récemment.

C’est à Khartoum que le terroriste vénézuélien Carlos s’était réfugié après avoir été chassé de Damas. Il y avait été enlevé par les services secrets français avec plus ou moins l’assentiment des autorités soudanaises. On n’ose même pas imaginer le type d’arrangement qui a pu être pris par ces deux Etats. A ce jour, Carlos est toujours emprisonné en France où il a été condamné à perpétuité à deux reprises.

Bref, la République du Soudan va avoir du mal à s’extirper de ce passé sanglant et, le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’est pas encore vraiment engagée sur le long fleuve tranquille de la démocratie !

L’Algérie vire son président

Finalement, devant l’insistance des manifestations de rue en Algérie, le pouvoir algérien en place se rend à l’évidence : le président Bouteflika est incapable de mener un cinquième mandat. Après avoir nié ce fait purement médical, il avait été annoncé dans un premier temps que M. Bouteflika se ferait élire puis démissionnerait avant la fin de son cinquième mandat. La rue n’était pas contente. Il a ensuite été décidé que le mandat en cours serait prolongé jusqu’à une révision de la constitution avant l’organisation de l’élection présidentielle à laquelle le président actuel ne se présenterait pas. La rue a continué de gronder. Puis il a été acté que M. Bouteflika démissionnerait sous peu, puis le président Bouteflika a démissionné avant la fin de son mandat et s’en est remis, enfin, à la constitution du pays.

Un président par intérim est en place et les élections se dérouleront dans les prochaines semaines. La rue est encore mécontente, redoutant que le « clan » Bouteflika n’arrive à rester au pouvoir malgré l’absence de son leader, une crainte pas tout à fait infondée. Nous sommes en Algérie alors les critiques contre la France, ancienne puissance coloniale, ne sont jamais loin. Elles fleurissent dans les manifestations, parfois avec humour, même si Paris prend bien soin de ne surtout pas se même de ce qui se passe dans son grand voisin du Sud.

Bientôt la fête va s’achever et il va falloir retourner au boulot. Gageons que l’Algérie n’est pas au bout de ses peines même si une étape importante a été franchie de façon relativement pacifique avec la mise à la retraite de son président, impotent depuis plusieurs années. Le pire n’étant pas toujours sûr on peut espérer une prise de conscience de la caste dirigeante qui pourrait se consacrer à l’intérêt général de façon un peu plus intense que par le passé… La stabilité de l’Algérie représente également un sujet important pour la sécurité des pays riverains du Nord de la Méditerranée. Il va falloir jouer finement avec ce sujet potentiellement explosif de la réforme et la mise à niveau de ce pays exigeant.

L’Algérie prépare ses élections présidentielles

Alors que le FLN algérien, parti officiel local, a annoncé la candidature pour un 5ème mandat de M. Bouteflika, des manifestations populaires contestent cette décision s’agissant d’un dirigeant de 81 ans, historique certes, mais tellement malade à la suite d’un accident vasculaire cérébral qu’il n’a plus été vu en public depuis des mois. Malade à tel point d’ailleurs qu’il serait actuellement en soins médicaux en Suisse. Le croustillant dans l’affaire est que la constitution algérienne prévoit que c’est le candidat lui-même qui doit déposer physiquement sa candidature, et pour élection, ce dépôt doit être fait pour ce soir dimanche.

Cela risque d’être difficile, d’abord parce que Genève n’est pas vraiment à coté d’Alger et ensuite car on ne sait même pas si l’impétrant aura la force physique nécessaire pour ce faire. S’il n’y arrive pas ce serait au moins une voie élégante pour changer de candidat et satisfaire les revendications populaires qui demandent du changement, et surtout quelqu’un de capable d’assurer le job… Cette situation ubuesque dépasse l’entendement mais va finalement peut-être se résoudre d’elle-même sans forcément remettre en cause la stabilité de ce pays qui importe à tous ses voisins méditerranéens.

Consternante élection algérienne

Le pouvoir algérien annonce que l’actuel président Bouteflika se représenterait pour un cinquième mandat. Agé de 81 ans, très handicapé suite à des attaques cérébrales, il ne se déplace plus qu’en chaise roulante, n’apparaît en public qu’à de très rares occasions et ne s’est plus adressé oralement à son pays qu’il y a fort longtemps. Il passe beaucoup de temps dans les hôpitaux (souvent à l’étranger). Lors de réunions publiques, son portrait est disposé à sa place pour le remplacer… Il paraît assez peu en état de gouverner. Même s’il était d’ailleurs en meilleure santé, à 80 ans et après déjà 4 mandats successifs, on peut penser qu’il ferait mieux de prendre sa retraite.

Il semble que le nid de vipères que représente le monde politico-militaire local n’arrive à se mettre d’accord sur rien, sinon de relancer Bouteflika pour un énième mandat comme gage de stabilité. Connaissant la susceptibilité à fleur de peau de l’Algérie, quasiment aucun dirigeant étranger n’ose s’exprimer sur le sujet et tout le monde reste discret. Mais quel triste spectacle qu’un dirigeant dans cet état pour un pays qui déborde de jeunesse et d’énergie.

Le Cameroun va employer son argent à meilleur escient

La fédération africaine de fouteballe constate que le Cameroun qui devait organiser une compétition régionale en 2019 ne sera pas en mesure de livrer les infrastructures attendues dans les délais, du coup voilà le pays privé de cette coupe qui sera organisée ailleurs. C’est une bonne nouvelle pour ce pays qui a vraiment d’autres priorités à prendre en compte que de construire des stades de sport dans un pays miné par le sous-développement, la corruption, la sécession entre anglophones et francophones, le terrorisme religieux, sans parler du vieillard de 85 ans qui occupe sa présidence depuis plus de 35 ans…

Ce malheureux pays concentre tous les errements de l’Afrique postcoloniale après avoir subi les ravages de la double colonisation britannique et française. Les dépenses qui seront ainsi économisées par la non-organisation de la compétition devraient pouvoir être réallouées à des sujets plus productifs et plus utiles à la population, à moins qu’elles ne viennent enrichir encore le clan présidentiel dont le parrain, Paul Biya, passe maintenant plus de temps en Suisse, entre sa résidence de nabab et l’hôpital local, que dans sa capitale.

Les Russes en Centrafrique

Un accord militaire aurait été signé en décembre 2017 entre la Russie et la Centrafrique incluant une livraison d’armes au gouvernement local (dûment autorisée par l’ONU par exception à l’embargo en cours) et la formation des forces militaires gouvernementales.

La presse rapporte que l’on voit dans les rues de Bangui des militaires russes ressemblant plus à des mercenaires qu’à des soldats réguliers. Ils assurent la sécurité rapprochée du président centrafricain et cohabitent, pacifiquement pour le moment, avec la force internationale de l’ONU censée maintenir la paix entre les nombreuses milices qui se battent entre elles et avec les maigres forces gouvernementales. La Russie lorgne aussi sans doute sur les ressources minières dont ce pays est doté.

Ce pays bantou est un mystère insondable : incapable de se développer harmonieusement, la mauvaise gestion, les luttes tribales, l’alcool et le sida y font des ravages depuis des décennies. Massacres, pillages, fraudes et incompétence ont depuis longtemps perdu cette République. La France, ancienne puissance coloniale, a tout à se reprocher dans cette triste affaire. Le pays a été transformé en vaste terrain d’entraînement militaire français après l’indépendance. L’armée française y régnait en maître jusqu’à son départ à la fin des années 90’, un proconsul de la DGSE (le commandant Mansion) manipulait le président, des repris de justice corses dirigeaient les casinos de la capitale, Giscard-dit-d’Estaing venait y chasser le gros gibier et tout ce petit monde trafiquait le diamant se compromettant jusqu’au « sacre de l’empereur Bokassa », sommet du ridicule et de la perversion de la bien triste « francafrique ».

D’interventions militaires en débarquements de présidents, la France a plus ou moins passé la main à l’ONU au début du XXIème siècle, qui ne réussit pas plus à remettre ce pays sur les rails d’un développement paisible. Alors que les russes s’y essayent, pourquoi pas ? Les interventions étrangères de ces dernières années ont sans doute limité l’ampleur des massacres inter-ethniques mais l’avenir est sombre, sans doute sans espoir. Que les russes soient mercenaires ou réguliers, qu’importe, ils sont certainement soutenus et envoyés là par le gouvernement russe qui ne s’en cache pas. On se souvient avec quel aplomb le président russe affirmait que les citoyens russes tués sur le front ukrainien devaient y être « en vacances » mais certainement pas en mission commandée…

Cette fois-ci la Russie assume sa présence et c’est très bien ainsi. Nous verrons où ils en seront dans quelques années. Puissent-ils réussir à apaiser ce pays désespérant !

Attentat religieux en Egypte

Des terroristes islamiques égyptiens ont attaqué une mosquée dans le Sinaï égyptien ce vendredi 24 novembre. Il y aurait près de 250 morts. Il s’agit d’une mosquée pour des fidèles pratiquant le soufisme, une variante de l’islam que les radicaux sunnites considèrent comme hérétique pour des subtilités théologiques qui échappent à l’entendement du commun des mortels.

250 morts pour une querelle théorique au sein de la même religion, cela rappelle les massacres entre catholiques et protestants, ou les staliniens tuant les trotskistes, bref, cela ramène à l’âge de pierre de l’humanité et pourtant cela se passe à côté de chez nous.

Attentat religieux islamiste en Egypte

Le groupe Etat islamiste a revendiqué deux attentats commis ce 9 avril dans deux églises chrétiennes-cooptes en Egypte faisant une cinquantaine de morts. Des fous de Dieu égyptiens se seraient fait exploser lors de la messe des rameaux qui se déroulaient dans ces églises. L’Egypte comme quelques autres pays du Moyen-Orient garde une petite communauté chrétienne qui est traitée avec plus ou moins d’égards par le reste de la population musulmane. Dans le contexte actuel il est à craindre que cette communauté soit de peu de poids face au rouleau compresseur de la religion majoritaire et de ses dérives terroristes.

« Nous venons en amis » d’Hubert Sauper

Nous-venons-en-amis

L’histoire de la partition du Soudan en 2011 avec la création du Sud-Soudan, chrétien et animiste, après des années de guerre civile contre les soudanais du nord, arabes musulmans. Une guerre qui a duré des décennies, fait des millions de morts et de déplacés avec son lot de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité sur fond d’un pays dramatiquement sous-développé mais avec des ressources pétrolières et minières attisant les convoitises internationales.

Le film interviewe des habitants du Sud-Soudan, avant et après le référendum qui vota leur indépendance, ressassant l’histoire coloniale de leur pays responsable selon eux de tous leurs maux. Il montre l’implication actuelle des chinois dans l’industrie pétrolière et celles des prêcheurs américains cherchant à « civiliser » les chrétiens. Le réalisateur Hubert Sauper (déjà auteur du documentaire Le Cauchemar de Darwin) se promène dans le pays aux commandes d’un petit avion façon ULM renforcé pour deux personnes ce qui donne l’occasion de quelques vues du pays improbables brisant la monotonie des interviews. Le titre du film Nous venons en amis se réfère à la phrase prononcée par tous les colonisateurs de l’Histoire prenant le pouvoir dans leurs colonies. La thèse du film est un peu simpliste et ne rentre pas vraiment dans l’analyse de la faillite politique actuelle des Soudan, nord et sud.

Dernier Etat apparu sur la planète le Sud-Soudan a créé beaucoup d’espoirs et de convoitises. Il n’aura pas fallu attendre 2013 pour qu’une guerre civile inter-Sud-Soudan ne reprenne… Le film se termine sur cette triste image.

L’Occident doit-il se mêler de tout, partout ?

La Libye continue à de décomposer en se livrant à des bandes armées se combattant les unes les autres au nom de Dieu, du pétrole, des armes ou tout simplement pour de l’argent. Le pays s’effondre dans le clanisme et la violence. Et revient toujours la même question, après l’Irak, la Centrafrique, avec la Syrie : la communauté internationale (très majoritairement occidentale) doit-elle intervenir pour officiellement établir la démocratie dans des régimes d’un autre âge, et surtout lorsque ceux-ci dépassent les bornes de la décence en matière de répression de leurs peuples ?

Si l’on en juge par les résultats en Irak, en Libye ou en Centrafrique, les buts officiels d’intervention n’ont pas été atteints. Ceux peut-être un peu plus officieux de sortie des dictateurs de l’époque  le sont un peu plus mais les sortis ont été remplacés par le chaos.

On ne sait plus bien ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. La Libye est emblématique de ce dilemme. On peut imaginer qu’il n’y avait pas trop d’arrières pensées dans l’intervention internationale pour empêcher le régime de mettre en œuvre la répression qu’il annonçait, « des rivières de sang ! » pronostiquées par Kadhafi. Et puis une fois le régime renversé la coalition a regagné ses pénates laissant place au chaos.

Gardons confiance dans l’avenir de l’Humanité. Ces pays sont sans doute mieux sans leurs dictateurs qu’avec. Le chemin vers leur démocratie sera long et violent mais ils vont bien y arriver un jour. Et puis, ces interventions extérieures ont au moins le mérite de mettre fin à des règnes personnels, sinon sans fin.