Décès de Paul Kantner

Jeferson_Airplane-Paul_Kantenr-aPaul Kantner est mort cette semaine. Il fut l’un des cofondateurs du groupe légendaire Jefferson Airplane qui déclina un rock psychédélique durant le summer of love, des scènes de Woodstock à celles Monterey. Compagnon de Grace Slick, chanteuse du groupe où jouaient également Martin Balin, ainsi que Jack Cassady à la basse et Jorma Kaukonen à la guitare qui fondèrent ensuite tous deux un fameux groupe de blues : Hot Tuna. Ils furent le rock de San Francisco à cette époque lointaine de la deuxième moitié de la décennie 60’. RIP Paul !

The Maccabees – 2016/29/01 – Paris la Cigale

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The Maccabees, une bande de rockers-beaux-gosses-créatifs britanniques, à faire tomber raide-dingue toute jeune fille passant dans un rayon de 100 mètres autour de l’un d’eux ! Mais ils sont bien plu que ça : un groupe de trois guitaristes, un bassiste, un batteur, assistés pour les tournées d’une claviériste-sampleuse, tous plein de fraîcheur et d’originalité. Le résultat est détonnant, jeune et électrique. C’est du rock indépendant enflammé et positif comme seul le Royaume-Uni sait en générer année après année. Alors on se régale à suivre les jeux de guitares nerveuses et saccadées de ces jeunes gens pressés qui accompagnent la voix chaude du chanteur, lui-même guitariste.

Ca pulse généreusement et sans complexe, ça riff à tout va, ça saute sur scène comme des gamins joyeux. Déjà bien connu outre-Manche les Maccabees ne font pas salle comble ce soir, c’est dommage, un problème de promotion bien plus que de talent. On aimerait découvrir de pareils groupes plus souvent, énergie punk et sourires ravageurs. Du rock excellent et sophistiqué, tout simplement !

Warm-up : Johnny Lloyd

Démission du ministre de la Justice

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La ministre de la Justice, Christiane Taubira, a démissionné ce matin déclenchant un hourvari de l’opposition conservatrice et sans doute un peu de soulagement chez certains dirigeants de la majorité. Le cas de cette femme est assez emblématique de la perte d’intelligence dans notre débat politique national. Cette ministre a connu un flot continu de critiques depuis sa désignation avec une intensité et une permanence rarement égalée. Son fait d’arme fut bien sûr d’avoir été l’égérie de l’instauration du mariage homosexuel dans le code civil ce qui lui a valu une haine définitive d’opposants de tous bords. Cette loi est pour le moment assez peu utilisée (8 000 mariages homosexuels en 2015 contre 400 000 mariages au total).

La ministre est depuis taxée de laxisme quoi qu’elle dise ou fasse. Le nom Taubira est d’ailleurs associé depuis à l’adjectif laxiste jusqu’à en faire un nom composé Taubira-laxiste ! Cette qualification ne résiste guère à l’analyse des faits mais qu’importe, le tir aux pigeons n’a plus cessé, la répétition aboutissant à la persuasion.

La vérité est bien différente et Mme. Taubira n’a pas fait grand-chose de bien flamboyant dans son ministère si l’on excepte bien sûr le mariage homosexuel. Elle y a géré les affaires en cours et ses conflits avec Manuel Valls (ministre de l’intérieur puis premier ministre) qu’elle a quasiment tous perdus. De ce fait, les prisons sont pleines (c’est donc bien qu’il y des juges qui les remplissent), les peines de substitution mises en place sous le précédent pouvoir de droite et renforcées sous son autorité sont très peu utilisées, la réforme pénale des mineurs ne sortira jamais des cartons de ce quinquennat, celle du code pénal sans doute pas plus, elle a perdu quasiment tous ses arbitrages gouvernementaux, suite aux attaques terroristes on a jamais vu un tel transfert de pouvoirs de l’autorité judiciaire vers le pouvoir administratif (état d’urgence, loi sur le renseignement, renforcement de la législation anti-terroriste [on peut maintenant condamner l’intention et non plus uniquement l’acte], etc.), on a peu vu de toute la Vème République des condamnations de syndicalistes aussi sévères que celles prises récemment contre ceux d’ex-Goodyear… Mais on associe toujours Taubira comme meilleure représentante du laxisme de gauche.

Historiquement, lorsqu’elle était députée, elle fut à l’origine de la reconnaissance dans la loi de l’esclavage comme crime contre l’Humanité ce qui ne lui a pas fait que des amis. Son rôle le plus important dans le quinquennat Hollande aura été certainement de servir de punching-ball à la droite conservatrice. Ce ne fut pas un très beau rôle, d’abord pour elle, mais plus généralement pour la politique française dont les acteurs ont montré une nouvelle fois leurs bas instincts en privilégiant l’abêtissement du débat à l’intelligence des analyses. Pour ne rien arranger, elle est femme, elle est noire, elle est plutôt bonne oratrice, cultivée (la seule depuis Pompidou à citer les poètes dans ses discours), autres qualités agaçantes pour un opposant bureaucrate aux dents longues et aux  idées courtes.

 

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Christiane Taubira ne laissera pas un souvenir impérissable, à qui que ce soit, et c’est aussi bien ainsi. Si l’opposition veut changer les quelques textes dont elle est à l’origine, eh bien il suffit de voter d’autres textes lorsqu’elle sera revenue au pouvoir. En attendant l’opposition garde un deuxième punching-ball car la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, est toujours en poste et elle passe ainsi du rang de back-up à celui de premier rôle.

 

Le monopole des taxis et le contribuable

Les taxis classiques bloquent de nouveau la circulation dans les grandes villes pour manifester leur colère contre l’arrivée de la concurrence dans le monopole dont ils bénéficient. Celui-ci est organisé par la loi qui conditionne l’exercice de leur profession par la délivrance d’une licence par l’administration. Ils sont en principe ainsi protégés de la concurrence débridée et l’administration en ouvrant ou fermant le robinet des licences contrôle le secteur.

La principale récrimination des chauffeurs est « le coût d’achat de leur licence ». En réalité ces licences sont délivrées gratuitement par l’administration et en nombre limité justement pour protéger le marché. Par contre les détenteurs de licence se les revendent entre eux et ont ainsi créé un marché secondaire en dehors de l’administration. Si un chauffeur paye une licence 200 000 EUR c’est qu’un autre chauffeur la lui vend 200 000 EUR, c’est un jeu à sommes nulles entre chauffeurs de taxi dans lequel l’administration ne touche rien. Création de valeur économique = 0, création d’emploi = 0, il y a juste un profit financier réalisé par le vendeur qui vend un actif plus cher qu’il ne l’a acheté ou, pire, qu’il ne l’a reçu gratuitement de l’administration.

Aujourd’hui nous avons donc un secteur monopolistique, protégé par la délivrance de licences, qui a monétisé celles-ci et, en gros, se tourne vers le contribuable pour financer ses propres dérives et rembourser ceux qui se sont achetés des licences en enrichissant ceux qui les leur ont vendues… L’honnêteté intellectuelle devrait mener à faire annuler la vente des licences passées qui sont léonines. C’est évidemment impossible. Des solutions sont envisagées pour imposer une taxe aux nouveaux taxis arrivants qui permettrait d’indemniser progressivement ceux qui se sont faits escroquer par leurs petits camarades et ainsi laisser mourir de sa belle mort le système monopolistique des licences qui n’a plus lieu d’être.

Les chauffeurs de taxis ont réussi l’exploit de créer un marché dans un secteur administré. Les capitalistes les plus libéraux en auraient rêvé, nos taxieurs l’ont fait ! Et qui plus est ils se plaignent des effets de leur créativité. C’est un peu comme si un restaurateur qui aurait acheté un fonds de commerce à un prix prohibitif se retourne ensuite vers les contribuables pour leur en demander le remboursement, ou fait bloquer toute concurrence autour de lui pour maintenir artificiellement la valeur de son fonds.

Protégés par leur monopole les chauffeurs de taxi ont délivré des décennies durant une piètre qualité de service pour des prix élevés et leur capacité de nuisance importante n’a pas permis de libéraliser le secteur. Il faut en sortir et pour ce faire il va falloir payer puisque les chauffeurs se sont partagé entre eux la rente de leur commerce. Il serait heureux que ce coût hélas incontournable soit pris en charge d’une façon ou d’une autre par les consommateurs de taxis et non par les contribuables. Ce serait la solution la moins immorale bien que revenant à faire payer deux fois  les consommateurs : la première par les prix élevés depuis l’origine, la seconde par des prix taxés provisoirement de façon à pouvoir indemniser des chauffeurs qui se sont fait rouler par d’autres. Ce n’est pas idéal mais s’il faut en passer par là pour enfin casser le monopole ce sera un moindre mal.

Janis – litlle girl blue

Janis

Janis, un documentaire sur l’histoire émouvante de Janis Joplin, jeune femme texane née en 1943, à l’incroyable voix blues. On y redécouvre l’enfance pas très épanouie de cette gamine née à Port-Arthur qui monte à Austin puis San Francisco pour découvrir la vie et la musique en plein summer of love. Elle y croise les plus grands, le psychédélisme, l’inspiration, le succès, l’industrie du disque et… la drogue dure ainsi que l’alcool. Elle sera une artiste fulgurante, emportée par une overdose en 1970, deux semaines après Jimi Hendrix.

Il reste le souvenir de cette voix rocailleuse au vibrato si particulier, une voix de blues-girl, puissante, rageuse et parfois chatoyante, des textes qui parlent de ses troubles et de ses tristesses. La narration du documentaire est dite par Chain Marshall, Cat Power de son nom d’artiste, certainement une grande admiratrice de Janis. Un très beau moment de cinéma musical.

Religion au palais de justice

La famille d’Hasna Aït Boulahcen aurait porté plainte contre X. La jeune femme est morte dans l’assaut donné par la police au squat de Saint-Denis où s’étaient réfugiés une partie des extrémistes religieux qui avaient mené les attaques de novembre contre le Bataclan et les terrasses de café de la République à Paris ayant fait 130 morts et des centaines de blessés. Cousine de l’un des organisateurs et acteurs de ces massacres, elle avait à sa demande trouvé ce logement pour y rassemblé les terroristes survivants qu’elle était allé chercher elle-même en auto. Sur sa page FaceBook elle affichait le drapeau du groupe Etat Islamique ainsi que son soutien à Hayat Boumédienne, épouse de feu Amedy Coulibaly, terroriste religieux qui avait tué quatre personne en janvier 2015 à l’hyper-casher de la Porte de Vincennes avant d’être abattue par la police.

Mme. Aït Boulahcen est décédée du fait du souffle de la ceinture d’explosifs déclenchée par l’un des terroristes qui a ainsi mis fin à ces jours et à ceux de sa voisine.

Sa famille et son avocat essaye de défendre l’idée qu’Hasna Aït Boulahcen n’est ni terroriste ni complice, mais victime. Elle aurait trouvé le squat de Saint-Denis sous la menace de son cousin terroriste. Il va falloir être persuasif pour faire admettre cette théorie. Si jamais elle prévalait cela voudrait dire que les attentats de Paris en janvier ont fait 131 victimes et que cette 131ème victime aurait droit aux mêmes hommages que les 130 premières, ce qui risquerait de provoquer un peu d’émoi.

Que la Justice passe !

Parler pour ne rien dire

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Nicolas SARKOZY, ancien président de la République et actuel chef de Les Républicains doit publier un livre lundi 25 janvier 2016. Annoncé sur la page FaceBook de l’impétrant l’ouvrage est évidemment largement commenté par la presse qui… ne l’a pas lu puisqu’il n’est pas encore paru.

Lesdits journalistes précisent d’ailleurs dans leurs analyses « je n’ai pas encore lu ce livre mais il semble que… ». On est encore ici devant une manifestation de l’incompétence d’une bonne partie de la classe médiatique qui ne sait pas dire : « je n’ai pas encore lu ce livre et je ne suis pas en mesure de le commenter à ce stade. » Inutile de préciser que la politicaille de tous bords commente également abusivement ce livre non lu.

Nos sociétés d’aujourd’hui privilégient la non-information à l’intelligence. Hélas !

BOURAOUI Nina, ‘Standard’.

Sortie : 2014, Chez : J’ai Lu 11205

L’histoire de Bruno, un breton lisse, travaillant à Paris, dont la vie est un néant social et intellectuel, et bientôt professionnel, lorsque soudain naît un espoir infini, celui de renouer avec un amour de jeunesse. Cette lumière dans la nuit fera long feu et se terminera en catastrophe (que l’on craignait encore pire jusqu’à la lecture de sa conclusion en dernière page).

La description du puit sans fond et de peu de sens de la vie de Bruno est glaçante. Le style de Nina BOURAOUI se prête très bien à l’analyse clinique de cette désespérance, on dirait un compte-rendu chirurgical.

L’auteur nous a habitué dans ses romans précédents à ses tableaux tellement noirs de la vie qui nous entoure. Un pessimisme qui tourne au dépressif sauf lorsqu’elle nous narre ou évoque ses souvenirs d’enfance dans une Algérie mythique. Mais ici il n’est question que de l’enfer de Bruno.

La Corse en route vers son indépendance

Jean-Guy TALAMONI (avec un « i » muet), président de l’assemblée de Corse, déclare au sujet de la non reconnaissance de la langue corse par la République :

La France a une position un petit peu isolée sur ce type de positions en Europe… Je dis la France, qui est un pays ami… Vous savez bien que je suis indépendantiste donc personne n’est surpris que je tienne de tels propos et ce ne sont pas du tout des propos provocateurs ou agressifs à l’égard de qui que ce soit.

En 1996, Raymond BARRE assénait son célèbre :

Si les Corses veulent leur indépendance, qu’ils la prennent.

La sortie de TALAMONI (avec un « i » muet) a provoqué beaucoup moins d’émoi que celle de BARRE vingt ans plus tôt, signe que les mentalités évoluent mais il reste encore un long travail de sensibilisation avant d’aboutir à une indépendance apaisée. Le plus difficile sera encore de convaincre les corses eux-mêmes de voter pour leur indépendance nationale. Pour le moment la majorité silencieuse reste dans l’entre deux eaux ambiguë de son indécision électorale, tout en soutenant la cause moralement et par ses actes. Cette majorité joue sur les mots, privilégiant l’autonomie versus l’indépendance, voulant, en gros, le divorce mais avec pension alimentaire

Des engagements financiers de la France amie devraient permettre de rassurer les électeurs. Il ne serait pas illégitime que le contribuable métropolitain finance la route vers l’indépendance de la Corse comme il le fait depuis des décennies pour celle de la Nouvelle-Calédonie. Il faut transférer des pouvoirs et des sous à la Corse, certes, mais il faut aussi et surtout lui transférer de cette responsabilité dont elle manque si cruellement, se tournant vers les contribuables français amis dès que quelque chose ne tourne pas rond dans cette Ile de beauté. La route sera très longue mais il faudra bien l’entamer un jour. Les circonstances politiques actuelles s’y prêtent comme jamais. Le moment est venu de véritablement mettre le sujet sur la table et de définir une feuille de route vers l’indépendance. Cela a été fait avec Nouméa, faisons-le avec Ajaccio.

Radicalisation en Corse

Pour une Corse indépendante

Louis Vuitton au Grand Palais

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Louis Vuitton expose au Grand Palais l’histoire de ses célèbres malles et toute une collection de celles-ci : pour voitures, trains, bateaux, avions. On y voit des malles-bibliothèque, des malles-pique-nique, des malles garde-robes, des mallettes appui-pieds, des malles à chapeaux, des malles-écritoires, des mallettes pour instruments de musique, etc… C’est une ode au voyage et au raffinement, le retour sur une époque (XIXème siècle) où le voyage n’était qu’affaire de luxe et d’aristocratie.

Epoque révolue quand aujourd’hui l’aïe-phone a remplacé les bibliothèques et Ryan-Air a supplanté les transatlantiques de la White Star. Le monogramme LV est devenu désormais l’emblème du nouveau-riche clinquant, roulant limousine à vitres fumées, et de cours de bourse résistant aux crises boursières.

Agressions sexuelles massives en Allemagne

La nuit du 31 décembre au 1er janvier a vu à Cologne en Allemagne des groupes d’hommes harasser des femmes en les agressant sexuellement en bandes. Il y a des centaines de plaintes déjà déposées par des citoyennes allemandes. Des faits similaires se sont également produits à Hambourg bien qu’en moins grand nombre. Devant l’émotion populaire provoquée par ces actes les autorités commencent juste à communiquer sur le sujet après s’être emberlificotées dans le non-dit et le politiquement correct car il apparaît que nombre des agresseurs seraient moyen-orientaux sans que l’on sache à ce stade s’ils sont réfugiés ou simples émigrés. L’enquête le dira de même qu’elle éclaircira l’éventuel caractère organisé et prémédité de ces agressions.

Evidemment cela tombe mal alors que l’Allemagne doit maintenant intégrer plus d’un million d’immigrants, réfugiés ou pas, entrés sur son territoire en 2015. La chancelière allemande Merkel a déjà expliqué que si des réfugiés étaient condamnés pour ces actes ils devaient pouvoir être renvoyés dans leurs pays d’origine selon des critères plus strictes que ceux prévus par la Loi à ce jour, à savoir une condamnation à trois ans ou plus de prison.

Les dernières expériences d’agressions sexuelles massives remontent à la fin de la guerre en 1945 lorsque les troupes soviétiques ont occupé Berlin et l’Est de l’Allemagne et concevaient le viol comme une dette de guerre. Des actes du même ordre ont bien sûr été aussi commis par les troupes occidentales mais sur une échelle incomparablement plus restreinte. Ces tristes et violents souvenirs restent gravés dans la mémoire collective nationale. Bien sûr, les coupables qui restent à démasquer font peu de cas de l’Histoire face à leurs propres comportements et misère sexuelle. Voilà qui augure de bien des difficultés d’intégration future. Mais maintenant que ce million de migrants est sur place, et que d’autres continuent à arriver, il va bien falloir trouver une solution pour une cohabitation la plus paisible possible.

QUEFFELEC Henri, ‘Un recteur de l’Ile de Sein’.

Sortie : 1944. Chez : Presses de la Cité.

Henri QUEFFELEC, père de Yann (écrivain) et d’Anne (pianiste), décrit dans ce roman la dureté de la vie sur cette Ile de Sein, ultime bout du monde de l’Ouest de l’Europe. Brodée autour du prêtre de l’Ile, l’histoire se déroule sans doute au XVIIIème siècle sur ce bout de terre battu par les flots, survivant entre tempête et submersion, habité par des êtres rustres, moitié pêcheurs – moitié naufrageurs, mais tous attachés à leur paroisse, leur curé et ce Dieu qui leur donne une raison de vivre.

Le style de QUEFFELEC, écrivain breton s’il en est, s’adapte parfaitement à l’âpreté de cette vie de pêcheurs qu’il prétend décrire. En lisant ses courts chapitres on est immédiatement transportés sous les ciels gris et bas du Raz de Sein, on imagine la vie dans les pièces communes humides et glacées organisées autour des lits clos bretons, le tout emporté par le mysticisme de ces pêcheurs d’un autre monde.

Un joli roman dont un film a été tiré : « Dieu a besoin des hommes » provoquant quelques difficultés avec les autorités religieuses compte tenu de ce titre un peu provocateur.

Religion au Burkina-Faso

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Des extrémistes religieux attaquent des hôtels et terrasses de restaurants à Ouagadougou au Burkina-Faso en tirant au hasard sur les clients. Il y a une trentaine de morts dont au moins deux français, c’est un peu le renouvellement des attaques de Paris en décembre dernier, ou de Jakarta il y a quelques jours. Ces actes sont revendiqués par un mouvement islamiste sunnite concurrent du groupe Etat Islamique. Leurs auteurs sont guidés par la même conduite suicidaire. Ils veulent tuer le plus possible de mécréants et ensuite « mourir en martyr ». Comme il se doit ces crimes sont commis « au nom de Dieu » et revendiqués comme tels. L’empire de la bêtise continue à étendre ses tentacules mortifères.

David Bowie

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David Bowie 1947 – 2016

Bowie est mort cette nuit, à 69 ans, d’un cancer, 48h après la sortie de son dernier disque Blackstar. C’est un géant qui nous quitte, un artiste de génie qui nous accompagne depuis les années 60’. Il laisse une œuvre gigantesque et passionnante dont il nous reste encore beaucoup de subtilités à découvrir. La vie va être plus terne sans lui.

JOFFRIN Laurent, ‘Le réveil français’.

Sortie : 2014, Chez : Stocks.

Laurent JOFFRIN, patron du quotidien Libération, s’attaque au défaitisme qui saisit la France depuis quelques années, largement attisé par des gouvernants de rencontre et des journalistes de salon. Il fait valoir la Raison sur l’aveuglement et explique que la France n’est pas au fond du trou où les grognons de tous bords cherchent à l’enterrer pour défendre des intérêts catégoriels ou tout simplement laisser libre cours à un pessimisme érigé en mode de vie.

Il oppose les faits et les chiffres aux croyances et aux réflexes. Il explique les réalisations de la République, ses échecs mais surtout aussi ses réussites qui sont nombreuses. Il ouvre les voies de la réflexion pour le futur. Bref, il explique aux citoyens français qu’ils n’ont pas tant lieu de se plaindre que de continuer à travailler sur le projet français qui a tant donné à ses acteurs.

Cet essai porte en couverture l’annonce : « Pour en finir avec les défaitistes, les déclinistes et autres prophètes de la décadence » ! Pas sûr que 150 pages y suffisent mais JOFFRIN offre une réflexion rafraîchissante, équilibrée et très abordable par quiconque. Homme de la gauche intelligente et moderne, l’auteur vante l’intelligence contre l’obscurantisme, l’intelligence contre le dogme, la laïcité contre la religiosité, bref JOFFRIN vend la Raison comme mode de pensée et d’action. Une évidence dira-t-on, certes, mais à ne jamais perdre de vue et à ressasser sur les plateaux télévisés comme dans les classes d’école.

QUEFFELEC Yann, ‘Dictionnaire amoureux de la Bretagne’.

Sortie : 2013, Chez : Plon.

Yann, prix Goncourt pour « Les noces barbares », fils d’Henri QUEFFELEC, auteur du « Recteur de l’Ile de Sein », frère d’Anne, pianiste renommée, forme avec bien d’autres une famille bretonne de l’Aber Ildut au nord de Brest.

Dans ce volumineux dictionnaire, Yann raconte son pays d’Armor de façon jubilatoire et pleine de tendresse. Au hasard des lettres de l’alphabet on y découvre l’Histoire et les histoires d’un peuple de marins, taiseux, durs à la souffrance et irrémédiablement attirés par l’océan et ses grands espaces. Les évocations des générations qui l’ont précédé sur l’aber lui permettent de nous plonger dans les traditions de cette région qui n’a jamais complètement admis la reddition d’Anne de Bretagne et l’annexion du Duché par la Couronne de France.

De l’Ankou au Zénith, l’écrivain amoureux parcoure toutes les douceurs de cette Bretagne, de la dégustation des araignées-mayonnaise aux parties de pêche à la voile sur les gabares ancrées aux pieds de la maison, de Bécassine à la découverte des iles du littoral, en passant par le cochon et l’évocation de quelques illustres bretons : Tabarly, Giraudeau, son père, d’autres plus anonymes mais tout autant valeureux.

L’écriture est pleine d’enthousiasme et volète comme les mouettes au-dessus d’un banc de sardines. Yann picore dans les traditions et les souvenirs personnels du petit parisien qu’il était et qui passait toutes ses vacances sur les rives de cet aber nordique entouré de la rigueur d’un père écrivain, de l’amour d’une mère et des incroyables histoires et habitudes du reste de sa famille bretonnante.

Même un habitué du soleil de la Côte d’Azur devrait tomber en pamoison devant du grand Ouest à la lecture de cette déclaration d’amour.

La théorie d’Olivier Roy

Dans un dîner en ville le chroniqueur s’est vu interdire de prendre la parole sur le sujet des attaques terroristes sur Paris en novembre dernier tant qu’il n’avait pas lu la théorie d’Olivier Roy : « Le djihadisme est une révolte générationnelle et nihiliste ». Le raisonnement de ce spécialiste de l’islam est que l’extrémisme des terroristes ne serait pas le fait d’une quelconque religiosité mais plutôt d’une rébellion nihiliste à la recherche d’une cause : « Il ne s’agit pas de la radicalisation de l’islam, mais de l’islamisation de la radicalité. ».

On ne va pas trop rentrer dans les détails de la démonstration mais que ces extrémistes aient commencé par la radicalisation pour aboutir à la religiosité, ou l’inverse, on passe bien par le fait religieux et là est le problème, lorsque le dogme prend le pas sur la raison. Alors qu’il s’agisse d’une révolte générationnelle happée par le coran ou d’une religiosité obtuse passée aux armes, ces extrémistes tuent au nom de Dieu comme l’indiquent les cris de guerre dont ils accompagnent leurs crimes.

Que l’on soit dans une théorie ou l’autre, le problème de fond est le traitement à appliquer à cette déviance mortifère. Et là, personne n’a vraiment de solution évidente à proposer. Il s’agit en gros d’un problème de bêtise humaine, de régression intellectuelle qui doit pouvoir être traité par de l’intelligence. Mais cela prendra du temps, sans doute plusieurs générations en admettant que le traitement puisse commencer immédiatement ce qui est loin d’être le cas…

LE MONDE | 24.11.2015 à 06h44 • Mis à jour le 30.11.2015 à 09h23

Par Olivier Roy, politologue spécialiste de l’islam Continuer la lecture de « La théorie d’Olivier Roy »