Une affaire de ploucs à la une

Après la mort de Johnny Halliday, dit « l’idole des jeunes » il y a bien longtemps, ses familles décomposées s’opposent dans la presse et devant les tribunaux pour de sombres histoires de sous. Certains auraient été déshérités au profit d’autres. Les artistes de variété et les fans franchouillards prennent parti sur les plateaux télévisés. Les journalistes se régalent : enfin un sujet qu’ils peuvent commenter du haut de leur immense paresse intellectuelle…

Nous sommes en présence d’une affaire de ploucs enrichis qui se déchirent les restes d’une vedette dont on ne sait d’ailleurs pas bien s’ils sont composés de plus d’actifs que de dettes. Il eut été plus élégant qu’ils entendent avec discrétion sur le cadavre de leur père et mari.

Un nouvel os à ronger pour la presse

Le nouveau débat qui fait fureur sur les plateaux télévisés concerne le « rythme des réformes » : est-il trop intense ? Se concentrer sur la forme des changements plutôt que sur le fond permet aux journalistes, « communicants » et autres experts de service de leur éviter de lire et travailler sur les nombreux textes législatifs qui sont actuellement en discussion. Certains d’entre eux sont assez complexes et mériterait un véritable investissement de la presse pour qu’elle puisse faire son travail pédagogique et critique desdits textes.

On a même entendu certains journalistes expliquer qu’ils frôlaient le « burn-out » pour essayer de suivre et de comprendre la volonté réformatrice du gouvernement issu des dernières élections présidentielles en France. Alors à défaut d’analyser ces réformes, la presse préfère discuter de leur rythme. Qu’elle se rassure, la niche fiscale dont bénéficie les journalistes et les subventions versées par les contribuables pour la diffusion des journaux ne semblent pas encore atteints par l’ouragan réformateur. Gageons que s’ils l’étaient un jour, nous en entendrions parler !

La publicité a envahi les ondes publiques

C’est désormais un fait acquis pour tout le monde, la publicité commerciale a envahi les ondes des radios et télévisions publiques. La redevance fiscale payée par les contribuables nationaux (c’est-à-dire moins de la moitié des foyers fiscaux) ne suffit pas à couvrir les dépenses de l’audiovisuel public, ou alors les responsables de cet audiovisuel n’ont pas réussi à ajuster leurs dépenses aux revenus de cette redevance.

Sous l’impulsion du président Sarkozy, son gouvernement avait à l’époque mis fin à la publicité sur la télévision publique à partir de 20h et l’étape suivant visait à l’interdire complètement. Elle ne fut jamais menée à terme, sans doute face à la réalité des chiffres qui sont têtus et à la croyance qui veut que les auditeurs/téléspectateurs ne soient pas disposés à payer en fonction de la qualité.

Alors l’envahissement de la réclame est maintenant presque complet, qu’elle soit qualifiée de commerciale ou d’institutionnelle la publicité utilise le même procédé qui consiste à se mettre au niveau du moins disant et à matraquer le plus intensément possible des messages abrutissants répétés jusqu’à la nausée par des voix généralement horripilantes débitant des stupidités. La méthode est maintenant rodée : abrutissez les masses avec des slogans idiots, à force de répétition ils rentreront dans les crânes, c’est inévitable. Mao a fait de même avec son petit livre rouge, l’économie libérale prend le contrôle des cerveaux en désactivant un grand nombre de neurones et en attisant le désir d’éphémère à force de slogans souvent mensongers, cela déclenche des réflexes compulsifs d’achats inutiles. Ainsi va le business !

Pour ceux qui ont encore un peu d’énergie et de volonté d’échapper à la propagande il reste quelques chaînes audiovisuelles élitistes : France Culture, Arte… qui elles font leur autopromotion mais de façon un peu moins stupide que les vendeurs d’aspirateurs. Combien de temps vont-elles résister ?

Rhabillons les journalistes

Avez-vous remarqué que sur les plateaux télévisés d’information où se réunissent très (trop) régulièrement des journalistes pour donner leurs avis et prévisions sur tous les sujets, ceux-ci portent généralement une veste, ou un haut pour les femmes, de moins en moins de cravate et lorsque parfois les caméras filment sous la ta table, nombre d’entre eux sont en jeans.

Ils considèrent qu’étant cadrés généralement au niveau de leurs bustes, il n’est pas nécessaire de soigner son apparence en dessous de la ceinture… S’ils achètent des costumes ils peuvent ainsi en revendre les pantalons sur Le Bon Coin pour financer leurs jeans. Bonne affaire !

La popularité, intérêt majeur des médias

Les médias français présentent comme une nouvelle importante la baisse de popularité du président de la République. Ils l’annoncent ces derniers jours dans leurs grands titres juste après le cyclone du Texas et glosent depuis sur ce non-sujet en organisant force débats « d’experts et communicants » qui parlent pour dire pas grand-chose sur ce fait qui ne justifie guère l’analyse.

Evidemment les médias qui fonctionnent quasi-uniquement les yeux rivés sur leurs taux d’audience qui génèrent les bonus de leurs vedettes imaginent donc que la politique doit suivre la même loi. Ce n’est pas le cas puisque l’intérêt général peut justifier le mécontentement temporaire des citoyens qui pourront toujours voter autrement aux prochaines échéances si le temporaire lui paraît trop long. Le pouvoir actuel semble a priori prêt à prendre le risque de l’impopularité pour mener à bien les réformes qu’il a annoncées dans son programme de campagne et qu’il croit utiles à la République. Evidemment, un tel raisonnement dépasse largement la capacité de compréhension d’un communicant ou le mode de fonctionnement de la majorité des journalistes.

Les cinq prochaines années diront si la République peut contourner le court terme pour baser une réflexion et une stratégie de moyen terme !

Les journalistes qui se croient indispensables

On se souvient que la présentateur du journal télévisé de la deuxième chaîne de télévisions publique avait été informé à l’orée de cet été, un peu abruptement semble-t-il, qu’après 19 ans de ce job à lire des dépêche à la télévision à 20h pour la France âgée, la chaîne allait changer de présentateur. On ne parle pas d’1 an, pas de 9 ans, mais de 19 ans passé à faire la même chose. Un changement de titulaire de ce poste ne semblait pas complètement incongru.

M. Pujadas n’était d’ailleurs pas licencié mais on lui proposait de poursuivre sa carrière sur la chaîne dans d’autres émissions, sans doute moins satisfaisantes pour les égos surdimensionnés qui aiment tellement montrer leur joli minois dans le petit écran qu’ils en deviennent gravement dépendants.

Dans une interview au Monde du 21/08/2017 le garçon nous explique avoir un nouvel emploi sur la chaîne d’information en continu du groupe Bouygues. Il reste relativement discret quand on lui demande son sentiment sur les conditions de son remplacement à la présentation du journal du soir du groupe publique :

« Je n’ai pas à porter de jugement sur cette décision. L’explication ne m’a pas été donnée, je pense qu’il y a peut-être une raison non formulée, mais ce n’est pas à moi qu’il faut la demander. »

Il pourrait attaquer plus frontalement son ancien employeur mais on imagine qu’en tant que présentateur vedette à forte ancienneté, les conditions financières de son départ ont du être satisfaisantes, d’où sa modération. Il laisse quand même planer le doute sur « une raison non formulée » qui ne pourrait être que politique.

La blessure d’égo est telle que ce genre de personnage n’imagine pas une seconde qu’ils puissent lasser après 19 ans au même poste et que leur remplacement soit généré par le besoin de renouvellement. Dans un genre similaire, Patrick Poivre d’Arvor, présentateur du journal télévisé du groupe Bouygues durant 21 ans avait été poussé dehors par ses employeurs et l’impétrant s’était répandu en interview amères au point qu’il avait été condamné par la justice pour non respect de « l’obligation de non-critique » contenue dans son contrat indemnitaire de départ.

Les journalistes ne sont pas contents

Les journalistes français ne sont pas contents, ils seraient insuffisamment considérés par le nouveau pouvoir, voire même méprisés. Il est sûr qu’ils sont passés d’un président Hollande qui racontait sa vie à la presse et dont la compagne publiait des livres intimes ou des ministres révoqués réglaient leurs compte via l’édition de livres vengeurs, à un président Macron qui n’entend pas se faire dicter son ordre du jour par des journalistes avides de scoops insignifiants.

Alors ceux-ci parlent « d’absence de récit national » ou de « déficit d’incarnation » sans que l’on ne sache très bien ce que veulent dire ces concepts fumeux. Outrés de cette nouvelle vision des relations entre la presse et le pouvoir, la vivant comme une véritable mise à l’écart, les représentants du pouvoir des médias s’offusquent en se déclarant les représentants du peuple négligés par le président.

Le mieux qu’ils aient à faire serait sans doute d’étudier véritablement les dossiers, d’analyser les textes de loi, de tenter de comprendre les orientations actuelles et les positions des uns et des autres puis l’expliquer l’ensemble aux citoyens. Voilà une vraie mission pour le contre-pouvoir que la presse est censée être dans une démocratie. Si cela se traduit par un peu moins de photos dans la presse pipole, eh bien, l’intelligence collective a tout à y gagner.

L’égo des journalistes

Un nouvel évènement agite le microcosme du petit monde journalistique : David Pujadas, 52 ans, présentateur du journal télévisé de la deuxième chaîne publique France 2 depuis 16 ans est prié de laisser sa place sans pour autant être licencié, il continuera à être rémunéré pour animer d’autres émissions. Depuis 16 ans il affiche sa trombine à l’écran tous les soirs, sauf les week-ends, pour lire un bulletin d’information et annoncer quelques reportages, parfois mener une interview. Comme à chaque fois qu’un journaliste connu est remplacé, a priori contre sa volonté, le petit monde de la presse s’émeut et crie à la censure.

Il y a quelques mois Jean-Pierre Elkabach, 78 ans, animateur de la tranche d’information du matin depuis des années s’était vu transférer sur le week-end. Il démissionnera considérant que cette nouvelle tranche horaire n’est pas à la hauteur de ses compétences. Et ne revenons pas sur les départs de Patrick Poivre dit d’Arvor et autres Claire Chazal. D’Arvor a présenté le journal de la première chaîne pendant 30 ans et il s’est plaint amèrement lorsqu’on lui a demandé de passer la main…

Aveuglés par leurs égos surdimensionnés les journalistes français s’imaginent immortels et surtout, pensent que leurs immenses compétences sont irremplaçables. Quelle prétention ! Pujadas sera vire oublié comme le furent Poivre et Chazal, mais surtout il sera remplacé par la génération suivante qui fera sûrement aussi bien. En tout cas il faut lui laisser sa chance et savoir décrocher, qualité ans doute aussi peu répandue dans le monde journalistique que dans celui de la politique.

La presse dans l’excès

« La Chienlit » titre cette semaine l’Express en première page devant la photo d’une brochette de responsables politiques de gauche. On pourrait aisément remplacer la photo par celle d’une brochette de journalistes incompétents et voyeurs (par ailleurs bénéficiaires de niches fiscales leur permettant de payer moins d’impôt sur le revenu que le reste des citoyens, toutes choses égales par ailleurs). L’Express, journal en faillite, passé dans les mains d’un cador du CAC40 se permet de donner des leçons aux sortants… Qu’il est loin le temps des Servan-Schreiber, Françoise Giroud et autres Claude Imbert…

Une presse de circonstance attise le conflit et les réactions de caniveau d’une population dépassée par la complexité de notre temps. Des journaux vendeurs d’aspirateurs privilégient le café du commerce au détriment de l’intelligence. Mais où sont ces années où Raymond Aron publiait des chroniques dans les colonnes de l’Express ?

Pas de second mandat pour le président socialiste de la République

François Hollande
François Hollande

Comme il l’avait laissé supposer à de nombreuses reprises, le président de la République vient de rendre publique sa décision de ne pas se présenter à l’élection pour un deuxième mandat. Il avait conditionné une nouvelle candidature notamment à « l’inversion de la courbe du chômage ». On ne peut pas dire que cet objectif ait été atteint, il a donc renoncé. C’est correct de sa part. Il devait se décider en décembre, ce calendrier fut également tenu comme annoncé.

La presse de circonstance qui glosait depuis des mois sur la participation de François Hollande aux élections primaires de la gauche en est pour ses frais. Une nouvelle fois l’obsession des journalistes pour le sensationnalisme et l’immédiat les a détournés des questions de fond. Et de plus, ils se sont pour la plupart lourdement trompé sur l’immédiat : Hollande ne se représente pas.

Ils auraient pu passer du temps à analyser les programmes des candidats de gauche mais ils ont préféré vouloir jouer les devins et anticiper la décision du Président, c’est plus facile et plus vendeur. A peine leur nouvel échec consumé, les voilà désormais tous tournés sur la nouvelle question clé : est-ce que le premier ministre actuel sera candidat à la primaire ?

La courbe du chômage
La courbe du chômage

La presse continue à tirer le débat vers le bas

Question idiote d’un journaliste crétin posée à Christiane Taubira sur France-Inter en ce jour premier anniversaire des attentats terroristes religieux islamistes du 13 novembre à Paris :

Les 130 victimes sont-elles « mortes pour la France » ou pas ?

Question du chroniqueur effaré :

Mais qu’est-ce que l’on vous apprend dans les écoles de journalisme ?

Les sondages meublent l’absence d’analyse de la presse

Avec une constance à la hauteur de leurs compétences limitées, les journalistes de la presse française continuent à consacrer une grande partie de leurs papiers à commenter les sondages qui sortent journellement en cette période préélectorale. « Commenter », si l’on ose dire puisqu’en réalité ils se contentent d’afficher leurs résultats sur des graphes pastel et s’interroger les uns les autres sur ces chiffres changeant tous les jours, souvent de façon contradictoire.

Le business du sondage a montré à de nombreuses reprises qu’il ne prévoyait pas grand-chose et que son taux de réussite était des plus limité. Cela ne l’a pas empêché de prospérer jusqu’ici. Le dernier exploit étant bien entendu celui du référendum britannique qui a finalement décidé de la sortie de l’Union européenne alors que « les sondages » prévoyaient le contraire de façon assez unanime. Même les dirigeants en faveur de la sortie ont été surpris par ce résultat comme le montre la totale impréparation dans laquelle ils se trouvent actuellement alors qu’ils doivent exécuter cette décision.

Que les sociétés de sondage ne sachent pas prévoir l’avenir, on ne va pas leur en vouloir. Qu’elles trouvent tant de clients à qui fourguer leurs sornettes, c’est plus inquiétant. Mais que les dirigeants de nombreux pays basent leurs décisions et orientations sur les résultats de ces sornettes, c’est encore plus désespérant. S’agissant des sondages préélectoraux, la vraie question est de savoir si les électeurs sont influencés par lesdits sondages ? C’est possible mais ce qui est aussi probable c’est que ces sondages étant plus aléatoires que scientifiques leur impact dans un sens soit annulé par celui dans l’autre sens.

Ce qui ferait sans doute un peu progresser la machine médiatique, mais aussi éclairerait la connaissance des citoyens avant le vote, ce serait que les journalistes politiques lisent les programmes des candidats (y compris les 1 012 pages de celui de Bruno Lemaire « le renouveau c’est Bruno »), les analysent, les expliquent et en débattent avec les intéressés plutôt que de se focaliser sur des classements et des sondages aussi éphémères qu’inutiles. Très peu de ces journalistes sont à la hauteur des cartes de presse qui leur sont (trop) généreusement distribuées. L’urgence et l’hystérie qui caractérisent leurs modes de fonctionnement ne sont pas compatibles avec la réflexion qui devrait normalement seoir à leur position. Ils participent tous les jours à l’appauvrissement du débat et à l’abrutissement des masses. Hélas !

La Belgique critiquée par Mme. Michu

Un terroriste islamique français a été arrêté en Belgique. Il avait a priori participé aux attentats de novembre dernier à Paris qui avaient fait 150 morts. Il était en fuite depuis quatre mois. Des journalistes plus amateurs de tweets que de réflexion, accusent la Belgique de naïveté et d’inefficacité pour n’avoir pas su appréhender cette personne dont il semblerait qu’elle n’ait pas quitté Bruxelles depuis sa fuite de Paris en novembre 2015.

On croit rêver : confortablement installés dans leurs rédactions derrière leurs écrans des titulaires de cartes de presse, jamais avares de donner des leçons au monde entier avec une arrogance toute franchouillarde, expliquent à des services de sécurité sur les dents depuis plusieurs mois et dont plusieurs membres ont déjà été tués ou blessés, comment ils doivent faire leur travail ! C’est indécent d’autant plus que certains hommes politiques français les suivent sur ce terrain douteux.

Cerise sur le gâteau : la police belge a dû précipiter son intervention pour arrêter ce terroriste car un journal français, L’Obs, avait publié des informations qu’il avait pourtant été demandé à la presse de ne pas publier pour ne pas gêner les enquêtes en cours.

Il va falloir aussi, lorsque nous aurons le temps, s’occuper de réformer les écoles de journalisme dont la qualité baisse de jour en jour.

Parler pour ne rien dire

Sarkozy_ParisMath_201508-c

Nicolas SARKOZY, ancien président de la République et actuel chef de Les Républicains doit publier un livre lundi 25 janvier 2016. Annoncé sur la page FaceBook de l’impétrant l’ouvrage est évidemment largement commenté par la presse qui… ne l’a pas lu puisqu’il n’est pas encore paru.

Lesdits journalistes précisent d’ailleurs dans leurs analyses « je n’ai pas encore lu ce livre mais il semble que… ». On est encore ici devant une manifestation de l’incompétence d’une bonne partie de la classe médiatique qui ne sait pas dire : « je n’ai pas encore lu ce livre et je ne suis pas en mesure de le commenter à ce stade. » Inutile de préciser que la politicaille de tous bords commente également abusivement ce livre non lu.

Nos sociétés d’aujourd’hui privilégient la non-information à l’intelligence. Hélas !

Journalisme pour ne rien dire

Journal d’informations de France Culture, 31 décembre 2015, 18h00.

Nous somme à deux heures du discours de vœux du président de la République, ce discours n’est pas encore connu, probablement pas même encore terminé par son auteur, mais bien sûr il faut que les journalistes anticipent et annoncent ce qu’ils croient pouvoir affirmer comme devant faire partie des vœux présidentiels. Et de commenter bien entendu ce qui n’a pas encore été prononcé mais pourrait l’être.

Les mêmes il y a huit jours annonçaient, sans avoir lu le texte, que le projet de réforme de la constitution que devait approuver le conseil des ministres n’incluait pas la déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux, et pourtant, une fois le texte rendu public, elle y figurait bien. Ils avaient simplement parlé sans savoir et pour essayer de faire « ceux qui savaient ».

On est dans le même cas de figure ce soir : quel intérêt existe-t-il à essayer de dévoiler deux heures à l’avance le contenu d’un discours non encore terminé et dont le contenu risque bien comme chaque année d’être plutôt convenu ? Aucun intérêt bien sûr. Ces journalistes sont payés sur la redevance réglée par les contribuables, ce sont donc nos employés. Ce soir ils ont perdu leur temps et gâché du temps d’antenne à nos frais. Ils auraient mieux fait de faire de l’analyse et de la pédagogie sur ce qui existe plutôt que de vouloir lire dans la boule de cristal.

On apprend dans le sujet suivant du même journal de France Culture que le discours de vœux de la chancelière allemande est lui publié à l’avance et déjà disponible. Cerise sur le gâteau : il est également traduit en arabe pour le million d’immigrants moyen-orientaux arrivés dans ce pays en 2015, et en anglais pour les autres non-germanophones !

L’insurrection du Café de Flore

Yves de Kerdriel, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire (très) conservateur Valeurs Actuelles, se plaint sur les plateaux télévisés de « l’insurrection du Café de Flore », faisant ainsi référence aux « bobos bien-pensants » qui vont trop souvent à son goût à l’encontre de la pensée (si l’on ose dire) ultra-libérale diffusée par son journal.

La pensée « bien » est-elle incompatible avec celle de Valeurs Actuelles ? Il semble que oui. Les bobos qui revendiquent leur « bien-pensence » rappellent à de Kerdriel qu’ils ont versés sur leurs impôts la somme de 961 026,00 EUR à titre de subventions à ce journal en 2014. Cette générosité même pour ses « ennemis de classe » fait partie intégrante du penser bien.

Lire aussi Les aides du contribuable à la presse

Guillaume Roquette déverse sa haine

Et hop, encore un éditorial de Guillaume Roquette dans le Fig-Mag, récupéré dans la salle d’attente d’un médecin généraliste. Il est daté de mars 2015, après les élections communales qui a vu un score significatif du Front National. Cette fois-ci tout le monde en prend pour son grade : la gauche donneuse de leçons qui abandonne le peuple (Manuel Valls est qualifié de télévangéliste de Matignon), la droite qui n’a pas su empêcher l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand (c’était il y a 35 ans mais représente manifestement un traumatisme jamais digéré par M. Roquette)…

Il reproche aux politiques de ne pas savoir expliquer qu’il serait suicidaire « d’instaurer le protectionnisme ou de sortir en solo de l’euro » (noter le en solo) et de refuser de parler de son triptyque favori immigration-islam-insécurité qui devrait représenter la mère de toutes les batailles.

On sera d’accord avec Guillaume Roquette sur le déficit criant de pédagogie dont font preuve les élus et dirigeants de tous bords qui confondent démocratie participative avec explication de la politique menée ou proposée, ou qui s’imaginent pouvoir décliner le budget de la République dans un tweet de 140 signes. On rappellera simplement à ce représentant teigneux de la presse française que l’un des rôles de celle-ci est aussi de pallier à cette défaillance politique et d’expliquer, d’analyser sans relâche à ses lecteurs les ressorts de l’économie, de la politique, bref, de la vie, donnant accès aux citoyens à l’information qu’ils ne peuvent ou ne savent pas trouver.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le contribuable français subventionne la presse : le Figaro a perçu 15,3 millions en euros, financés par l’impôt, car la République, bonne et généreuse mère considère en quelque sorte cette tâche pédagogique comme une mission de service publique qu’elle délègue en partie à la presse écrite. Il n’est pas sûr qu’elle s’en acquitte parfaitement, préférant souvent la polémique simpliste à la pédagogie apaisée et intelligente.

Lire aussi -> Les aides du contribuable à la presse

Les aides du contribuable à la presse

La presse papier oublie souvent de rappeler qu’elle touche des subventions versées par le contribuable pour aider à sa survie, sans parler des niches fiscales qui permettent aux journalistes de payer un peu moins d’impôt sur le revenu que le commun des mortels.

Pour réparer cet oubli il suffit de surfer sur le site web du gouvernement et y découvrir que les aides directes ou indirectes pour les 200 titres les plus aidés furent :

  • En 2014 > 227 millions d’euros
  • En 2013 > 289 millions d’euros
  • En 2012 > 306 millions d’euros

Le Figaro et Le Monde trustent les deux premières places depuis quelques années. En 2014 le premier a perçu 15,3 millions du contribuable et le second 14 millions, ce qui ne manque pas de sel pour Le Figaro quand on lit ses articles sur la dépense publique qu’il voue aux gémonies et l’assistanat qu’il qualifie de plaie française…

Evidemment tous les journaux émargent à ce guichet et on y rencontre en 2014 également, par exemple, Paris-Match (14ème rang avec 3,6 millions), L’Equipe (22ème rang avec 3 millions), Valeurs Actuelles (53ème rang avec 1 million), etc. Et encore ne s’agit-il seulement que des 200 titres les plus aidés !

Subventionner la presse peut être considéré comme une dépense nécessaire afin de maintenir un niveau minimum d’information des consommateurs qui ne sont pas prêts à payer le vrai prix de leur journal. Nous sommes en France, alors évidemment on se tourne vers le contribuable pour équilibrer le compte d’exploitation d’entreprises privées. Et l’on critique à longueur de colonnes les impôts de la République. Au Figaro on n’attaque pas son actionnaire industriel (de l’armement) mais on tape sur l’Etat, c’est moins risqué.

L’abominable Guillaume Roquette tout en finesse

On ne se lasse pas des chroniques de l’abominable Guillaume Roquette et de son infinie capacité à utiliser tout et n’importe quoi pour déverser sa bile sur tout ce qui ressemble à un socialiste. Dernier sujet en date dans le Fig-Mag du 12 juillet 2015 : Au revoir la Grèce. Cette chronique, écrite après que le référendum grec se fut prononcé pour un non au programme d’aide européen, prend clairement le parti d’en tirer les conséquences en montrant la porte de sortie de la zone euro à ce pays en déconfiture financière. C’est une opinion tout à fait légitime d’autant plus qu’elle n’est pas loin d’être partagée par votre serviteur, non point par souci de vengeance comme l’exprime Guillaume Roquette, mais parce qu’elle permettrait de revenir à une monnaie grecque autorisant ainsi une dévaluation par rapport à l’euro et à un ajustement structurel de l’économie locale moins violent. C’est d’ailleurs ce qu’a fait la France durant les trois dernières décennies du Franc français en dévaluant celui-ci régulièrement face au Deutsche Mark.

Bref, à peine après avoir rappelé les errements grecs en matière de finances publiques et déclamé son choix pour une sortie de ce pays de la zone euro, Guillaume Roquette en profite immédiatement pour crier haro sur François Hollande et la France « de gauche », qui sont bien entendu responsables de tous les péchés d’Athènes et qui auraient opté pour le maintien de la zone monétaire commune en l’état est : « une martingale qui permet à François Hollande d’échapper à toute politique d’austérité (surtout à moins de deux ans de l’échéance présidentielle) en continuant à nous endetter à des taux incroyablement bas. »

Le lien est osé et il fallait le faire. On ne peut pas complètement l’exclure même s’il est plus probable que le saut dans l’inconnu qu’aurait représenté l’exclusion de fait d’un pays-membre de la zone euro a sans doute largement autant compté dans la décision communautaire de faire payer les contribuables européens plutôt que de risquer un nouveau cataclysme financier. Le problème est repoussé à un peu plus tard et reviendra sur le tapis.

Le plus caractéristique dans cette chronique du Fig-Mag est la réaction pavlovienne de ce journal et de ses employés à rejeter sur la « France de gauche » la responsabilité de tous les malheurs de notre pays. Rien ne trouve grâce à leurs yeux, tout le passé conservateur de la France est oublié, des décisions et stratégies de la majorité précédente sont portées au débit de la gauche quand elles échouent, bref, on en reste au niveau zéro de la pensée, à la bataille de cour de récréation. Les slogans de Guillaume Roquette sont ensuite ressassés par Mme. Michu et ses congénères. Plus grave, ils sont tweetés par les dirigeants de l’opposition en mal d’idées pour leurs programmes et en constituent l’ossature dans le cadre de la démocratie médiatique.

Le cas de la Grèce est emblématique de la responsabilité collective politique française : le traité d’adhésion a été signé en mai 1979 (présidence Giscard dit d’Estaing, gouvernement Barre), adhésion en janvier 1981 (présidence Giscard dit d’Estaing, gouvernement Barre), adhésion à la zone euro en janvier 2001 (présidence Mitterrand, gouvernement Jospin), premier plan d’aide international en mai 2010 (présidence Sarkozy, gouvernement Fillon), second plan d’aide international en février 2012 (présidence Sarkozy, gouvernement Fillon), troisième plan d’aide international en août 2015 (présidence Hollande, gouvernement Valls).

On voit que la France dans sa diversité politique, comme les autres membres de l’Union européenne, n’a jamais su dire « non » à la Grèce au sein des institutions de Bruxelles. Cette succession d’accords signés par les dirigeants de notre pays (et de financements assurés par les contribuables communautaires) a échappé à Guillaume Roquette. Il aurait pu essayer de comprendre ce qui explique et motive cette faiblesse européenne qui tend au dysfonctionnement. En réalité chaque pays a ses intérêts et objectifs et il faut bien trouver des positions acceptées par l’ensemble : grandeur et décadence de la négociation européenne. Le troisième plan de sauvetage européen de la Grèce a d’ailleurs été voté à l’unanimité. M. Roquette aurait certainement voté « non » s’il s’était trouvé au pouvoir. C’était une solution. Ce n’est pas celle qui a été retenue par les dirigeants de l’Union européenne élus démocratiquement.

Ce réflexe pavlovien du Fig-Mag d’imputer à la France de gauche de tous les maux de la planète relève sans doute de la psychanalyse et certainement pas des compétences que l’on s’attend à trouver chez des titulaires de cartes de presse.

Accessoirement on rappellera à Monsieur Roquette que l’endettement public français à des taux incroyablement bas permet notamment à la République de verser des subventions au journal qui l’emploie (16,3 millions d’euros en 2014).