Quoi de neuf ?

Cowboy Junkies – 2011/11/08 – Paris le Divan du Monde

Extraordinaire concert des Cowboy Junkies au Divan du Monde. Ce groupe canadien de Toronto est mondialement célèbre pour sa reprise de Sweet Jane de Lou Reed, mais si vous ne les connaissez que pour cela alors courez, précipitez-vous chez votre disquaire, dépensez vos économies pour vous constituer la discothèque des Junkies et priez pour qu’ils ne tardent pas trop à revenir chez nous !

Ils sont sur la route depuis 1985, et ces 25 années blanchies sous le harnais du blues et de la culture alternative ont donné un groupe subtil dégageant sur scène une douce mélancolie et une imperceptible lassitude. Margo Timmins, chanteuse, est sur le devant de la scène sous une coiffure rousse, une blouse imprimée sur un jean et un long gilet en laine, un peu informe dans lequel elle se cache à coté d’un volumineux bouquet de tulipes. Elle est accompagnée de son petit frère Peter à la batterie, son deuxième frère Michael, compositeur et guitariste d’exception, Alan Anton à la basse et Jeff Bird à la mandoline électrique. Ceux-là se connaissent sur le bout des portées et cela se sent dès les premières notes, leur cohésion et harmonie musicales tendent à la perfection.

Dès les premières chansons Margo enchante la salle de sa voix chaude et profonde, au tremolo envoûtant, et des petites histoires racontées tous les deux ou trois morceaux, agréable respiration ponctuée de sourires troublants. Le concert sera divisé en deux parties, la première consacrée aux Nomad Series enregistrées au cours des 18 derniers mois et dont trois CD’s sont déjà disponibles (Renmin Park, Demons, Sing in my Meadow, le quatrième pour bientôt), la seconde au retour sur le passé d’une dizaine de disques originaux.

En famille et sous le parapluie du blues, le clanTimmins a laissé courir sa curiosité et ses sens des années durant sur la planète musique pour un résultat merveilleux. En introduction de Renmin Park, Margo raconte comment Michael est allé vivre quelques mois en Chine pour en revenir avec un disque où se mêle des inspirations étranges et cette sublime chanson Renmin Park, tellement Junkies, belle comme un sanglot glacé. La voix juste posée sur des accords acoustiques lents et majestueux, une intonation bouleversante. On imagine de vieux chinois faisant du Tai-Chi sous les cerisiers en fleurs pendant que les cygnes voguent lentement sur le Yangstee : Meet me on the banks of the Yangtze, Suzie/ Beneath the glare of the New-West Yard/ We’ll watch the barges cart away the waste of another day/ We’ll watch the barges cart away the waste of another day/ Meet me in the middle of Rennin Park/ Where the stone bridge meets the pond/ We’ll watch the ducklings gobbling bread/ And the stealth of the approaching swan/…

I Cannot Sit Sadly By Your Side est de la même veine et se révèle une chanson de l’artiste chinois Zuoxiao Zuzhou, du rock mandarin traduit en anglais. On ne sait pas si la composition originale est aussi mélancolique mais Michael en a fait une véritable chanson des Junkies !

Les morceaux de Sing in my Meadow révèlent le redoutable guitariste-compositeur qu’incarne Michael, loin de ses guitares évanescentes de Renmin Park, notre homme sait faire parler l’électricité grinçante. Toujours assis, comme son compère Jeff à la mandoline, ils torturent tous deux leurs cordes pour accompagner Margo. C’est la rage qui saisit ces guitaristes qui prennent alors la direction du show, la voix tragique de la chanteuse ajoutant à l’atmosphère de dévastation qui fait vibrer les tulipes.

Quelques reprises marquent la déférence du groupe vis-à-vis de ses héros : Moonlight Mile que Margo introduit rappelant ses seize ans lorsqu’elle assistait aux concerts des Stones, Old Man de Neil Young, un hommage à Vic Chesnutt, un artiste folk américain, paraplégique, unanimement reconnu et repris par les plus grands et aux reprises duquel l’album Demons de ces Nomad Series est entièrement consacré. Et bien sûr Sweet Jane est lancé, après une longue introduction de guitares délirantes. Enregistré en 1988 dans l’église de la Sainte Trinité de Toronto, le morceau du Velvet Underground est réduit à un couplet répété à l’infini sur une bass jazzy et obsédante, ponctué des Sweat-sweat Jane et des vocalises de Margot, incroyablement tristes.

A plusieurs reprises elle fera allusion à la noirceur de leurs textes. S’adressant à un internaute parisien qui lui avait demandé avant le concert une dédicace pour son amie, elle avoue, dans un grand éclat de rire, avoir eu du mal à trouver dans son catalogue quelque chose qui ne parlait pas de mort, de rupture et de fin !

Mais la musique des Cowboy Junkies est ainsi faite, un monde d’infinie mélancolie, comme un songe éveillé dans lequel Margo nous tient par la main pour nous accompagner sur l’étroite frontière qui sépare la désespérance de la beauté. Une errance sans but, sinon celui de la poésie, de celle qui vous envahit avec douceur, entre frisson et plénitude. L’immense talent du groupe et le charisme de sa chanteuse nous font tenir en équilibre, tremblants, émus, pour finalement tomber du bon coté de la Force, celui de la musique comme bouclier de l’âme.

1ère partie : Priscilla Ahn

Death in Vegas – 2011/11/01 – Paris le Bataclan

Death in Vegas au Bataclan ce soir : le groupe britannique de Richard Fearless livre un concert électro entraînant. Il s’agit de machines mais aussi de musique. Et puis il y a quelques guitares, de temps en temps, et des voix, parfois. Nous sommes dans le monde de l’électronique, une atmosphère plus ou moins dansante mais très sombre, tirant parfois sur le sinistre !

La répétition des machines, la superposition des boucles, le volume du son, tout ceci tend à faire sombrer l’assistance dans une tornade hypnotique, un vertige sans fin, c’est l’objet de cette musique qui fait s’évader du monde réel pour entrer dans l’univers de la transe. Les Death in Vegas excellent dans l’exercice.

Fearless, barbu et concentré, commence le show à la guitare face à son batteur pour 3 ou 4 morceaux avant de se pencher sur ses machines étranges pour le reste du concert. D’un calme olympien il pianote, il tapote, il tripote, des boutons et des curseurs que l’on imagine reliés à des ordinateurs. Solidement soutenu par batteur, bassiste et guitariste, il mène son monde pour délivrer une musique qui fait froid dans le dos mais qui vous fait sortir de vous-même.

Warm up : Von Haze

Yann Tiersen – 2011/10/28 – Paris le Trianon

Yann Tiersen, en concert au Trianon pour la sortie de son dernier disque Skyline : musicien breton au parcours atypique il ponctue la scène rock française de compositions riches et étranges. Skyline et Dust Lane qui lui a succédé sont de la même veine, de la musique progressiste, de longs morceaux instrumentaux, une musique qui fleure bon la grise austérité de sa Bretagne d’origine et dont une partie est écrite et enregistrée à Ouessant, une île sauvage battue par les vents et les tempêtes à l’Ouest de l’ouest de l’hexagone, sentinelle de l’Atlantique où tant de marins se sont perdus.

Yann Tiersen trop souvent reconnu comme l’auteur de la musique du film Amélie Poulain alors qu’il est vaut bien mieux que cette gentille comptine musicale. Bien sûr, des morceaux instrumentaux de 15 mn ne sont pas tout à fait au format FM qui assure la diffusion commerciale…

Sur scène en T-shirt et chemise à carreaux informe, cheveux gris fillasses, Yann est accompagné de cinq musiciens et de pas mal de machines. Il passe alternativement des guitares à l’électronique ou au violon qui donne une touche celtique à cette musique des grands espaces. A plusieurs reprises les six musiciens unissent leurs voix de basse, à mi-chemin entre les chœurs de Solesmes et le vent qui mugit sur le phare du Créach un soir d’hiver sur Ouessant.

L’homme semble timide et en retrait, il s’exprime derrière ses instruments à l’aide de compositions majestueuses. Sa musique est moderne et nerveuse, variée et dynamique, issue des profondeurs de l’âme d’un musicien talentueux menant sa barque sur des chemins de traverse. Elle a enchanté le Trianon ce soir !

John Cale – 2011/10/17 – Paris la Maroquinerie

John Cale, une de ces discrètes légendes du rock moderne est de retour à Paris à la Maroquinerie, petite salle pour grand bonhomme entouré de trois musiciens dont un excellent, barbu et rigolard guitariste.

Comme en 2005, John Cale succède à quelques semaines près à son compère Lou Reed. Faut-il le rappeler, ces deux là ont créé le Velvet Underground, l’un des groupes les plus influents du XXème siècle, puis connu des parcours variés, Lou dans ses monologues poétiques qui aboutirent à quelques unes des plus irréparables compositions du rock, John dans une veine plus expérimentale, produisant de nombreux artistes importants ; mais l’un comme l’autre tenaillé par l’ambition créatrice et le talent continuent à plus de 70 ans à… créer. Cette ténacité brûlée sous la flamme du feu sacré de la musique est la marque des grands artistes.

Ce soir nous somme face à un mythe qui déboule en blouson col relevé et T-shirt, chevelure et petit bouc roux, le visage raviné par les années mais toujours animé du même enthousiasme. Il vient de sortir un disque Extra Playful (dont sa fille Eden a dirigé la vidéo promotionnelle de Catastrofuk) et a programmé un concert parisien supplémentaire au Centre Pompidou. La traduction française de son autobiographie « What’s welsh for Zen? » est disponible chez Au diable vauvert depuis mai dernier.

John Cale et son ensemble jouent 1h30 durant un programme de morceaux classiques et d’envolées plus progressistes ; pas de retour sur le Velvet. Il passe de la guitare acoustique aux claviers derrière lesquels il joue les sons les plus modernes et chante au gré des dissonances électroniques et des cassures de rythmes, agrémentées des touches étranges de son guitariste virtuose. Il n’a renoncé à rien et surtout pas à l’innovation musicale qui est sa marque de fabrique. De son pays de Galles natal au New York d’Andy Warhol et de Lou Reed, du monde underground sous cocaïne aux opéras enflammés écrits pour Nico, John Cale nous revient au cœur de la vieille Europe continentale toujours investi de la même mission : guider ses congénères avec une musique qui vient de l’âme !

Soljenitsyne Alexandre, ‘Une journée d’Ivan Denissovitch’.

Sortie : 1962, Chez : Robert Laffont Pavillons Poche. Le livre fondateur de l’œuvre de Soljenitsyne qui révèlera un des géant de la littérature du XXème siècle. On y découvre l’univers concentrationnaire stalinien peint avec humour et dérision, ce style qui siéra si bien au maître russe tout au long de sa carrière. Clin d’œil de l’Histoire, ce premier roman sera publié en URSS sous Khrouchtchev avant d’être interdit par les gérontocrates qui lui succèderont. 200 pages pour découvrir les petites et grandes misères du goulag, il n’y a pas de critique politique ouverte mais juste la description de la vie du camp. L’ironie permanente qui imprègne le style réduit sans doute l’aspect terrible de cet environnement pour celui qui ne connaît pas l’Histoire soviétique, mais lui donnera peut-être l’envie d’en savoir plus.

Péan Pierre, ‘La République des Mallettes – enquête sur la principauté française de non-droit’.

Sortie : 2011, Chez : Fayard. Nouvelle enquête de Péan sur les coup-fourrés de la République : elle fait froid dans le dos et narre la mise en orbite sous les dorures de l’Etat d’un délinquant sarcellois qui à force d’entregent, de culot, d’ambition et de séduction aurait réussi à s’imposer comme intermédiaire dans nombre de contrats publics d’armement, à encaisser, détourner, rétro-commettre de fabuleux montants de commissions recyclées dans les porcheries de notre beau pays. On imagine que ce qui est écrit peut être vrai bien que non vraiment étayé par l’investigateur. D’ailleurs on ne sait toujours pas bien ce qu’est un « intermédiaire en contrats d’armement », ce qu’il fait en arrivant au bureau le matin ? On comprend vaguement que la gente politique s’encanaille en fréquentant des loubards affairistes qui règlent parfois leurs comptes à coups de flingue et à qui Elle fait réaliser ses basses œuvres. Tout ici n’est que dépravation, ambition, tape-à-l’œil et machiavélisme, donnant une bien piètre image des princes sui nous gouvernent. Peut-être que la Politique ce n’est pas que ça ?

Primal Scream – 2011/09/06 – Paris la Cigale

Les Primal Scream sont de passage à Paris. Toujours emmené par le chanteur Bobby Gillespie  le groupe écossais ne casse plus trop la baraque ces dernières années et viens nous rejouer l’intégrale de l’album Screamadelica comme il l’a déjà jouée depuis le début de cette année dans différent festivals. Sorti au début des années 90 Screamadelica est resté le disque culte de ce groupe alternatif, un mix de guitares psychédéliques, de rythmes tournoyants et un chanteur déjanté.

Bobby est égal à lui-même, grande bringue habillée de noir, le cheveu raide et long, arpentant la scène pour resservir avec un plaisir manifeste ce monument de son passé. Andrew Innes guitariste historiques en borsalino et chemise hawaïenne, détendu et virtuose, une choriste au coffre impressionnant et une bande de musiciens jouant avec vitalité devant la Cigale surchauffée.

Il n’est pas bien sûr que ce Screamadelica ait bien vieilli, ou peut-être est-ce le chroniqueur qui s’est laissé déborder parle temps qui passe.

Warm up : Little Barrie

Stevens Shane, ‘Au-delà du mal’.

Sortie : 1979, Chez : POCKET 13901. 900 pages haletantes sur les périgrinations sanguinaires d’un psychopathe aux Etats-Unis dans les années 70. Pendant que notre « héros » découpe en morceaux des femmes de rencontre à la recherche d’une mère qu’il a mythifiée après l’avoir assassinée, on croise le monde de la politique et de la presse dans la déliquescence de la fin du mandat Nixon. C’est l’Amérique véreuse et violente où le bien ne finit pas toujours vainqueur.

Pécassou-Camebrac Bernadette, ‘La Dernière Bagnarde’.

Sortie : 2011, Chez : Flammarion. Un roman documentaire sur le bagne de Cayenne, fermé définitivement en 1946, camp de concentration officiel de la République où furent déportés après leurs condamnations des milliers d’hommes et de femmes dans des conditions effroyables. Ils y purgeaient leurs peines et souvent y finissaient leurs vies par manque de moyens pour revenir en France une fois « libres ». La dernière bagnarde, Marie Bartête, a existé et sa vie en Guyane a pu être ce que décrit la romancière: une horreur.

Littell Robert, ‘L’hirondelle avant l’orage’.

Sortie : 2009, Chez : POINTS P2348. Un poète se bat contre Staline dans l’Union soviétique des années 30. Avec un humour glaçant Littell revient sur le système concentrationnaire de cet Empire en suivant le cheminement du poète Mandelstam, avec un éclairage intéressant sur la personnalité du maître du Kremlin fasciné par les artistes. Ils ont joué leur rôle dans la chute de l’URSS, et ils ont payé, comme les autres, leur écot à la folie de ce système.

Festival Rock en Seine – 2011/08/26>28 – Paris Parc de Saint-Cloud

Vendredi 26 août 2011

Rock en Seine 2011 aligne une quatrième scène baptisée « pression live » et sponsorisée par Kronenbourg… Elle prend la place du camping repoussé plus loin.

Les brésiliennes de CSS ouvrent le bal, ou presque vendredi après-midi sur la grande scène. Après les embrouilles de l’ancienne bassiste avec le producteur, il y a maintenant deux hommes dans ce groupe de filles. Lovefoxxx la chanteuse anime la bande comme à son habitude. Elle arrive habillée en toréador puis effeuille progressivement sa tenue pour terminer en short et bas résille déchirées sur T-shirt siglé « Trash ». La musique est agitée et joyeuse, dance et électro, des ballons de rouge sont posés sur les amplis et tout ce petit monde joue un rock en couleur.

The Kills prennent la suite, à la hauteur de leur réputation : terrifiants et larsenés. Jamie en veste printanière bleue pâle et large cravate noire relâchée, Alison toute de noire vêtue, féline et troublante. Le duo est redoutable, branché sur une boîte à rythmes et le jeu de guitare si particulier, sans médiator, de Jamie. Les rythmes sont haletants sous le déluge sonique, la guitare est à la fois basique et sophistiquée, Alison humanise l’électricité brute et elle n’est pas pour rien dans cette musique obsédante. Elle parcourt la scène de long en large avec son T-shirt « Evil », se cache derrière sa masse de cheveux noirs et se harnache de temps en temps d’une guitare noire et blanche au fil blanc qui s’enroule délicieusement autour de ses longues jambes noires. Ses ongles manucurés rouges à gauche et bleus à droite agrippent le micro comme si sa vie en dépendait. Et puis au milieu du fracas elle cajole la foule avec une touchante interprétation de The Last Goodbye comme quoi la tigresse peut rentrer ses griffes :

It’s the last goodbye I swear/ I can’t survive/ On a half hearted love/ That will never be whole.

Jamaica : un trio français joyeux et enlevé, sur la scène Kronenbourg. Ils sont en fin de tournée : un bassiste la barbe en bataille, c’est aujourd’hui son anniversaire qui lui sera fêté par l’assistance, un guitariste chanteur, bon et sympa, et un batteur. Bref, une bande de potes qui jouent et qui dansent, qui s’amusent et nous font insensiblement taper du pied en rythme sur des mélodies bien foutues.

Pendant ce temps les Foo Fighters s’installent sur la grande scène mais le festivalier décide de démarrer en douceur et rentre ce coucher.

Samedi 27 août 2011

On craignait un peu pour les Blonde Redhead que le manque d’intimité de la grande scène nuise au caractère mystérieux et troublant de leur musique. Il n’en fut rien, même en plein jour, même sous l’orage menaçant, même au cœur de la bourrasque, Kazu en mini-jupette blanche nous a enchantés ! Sa voix brumeuse si bien portée par la guitare stridente d’Amadeo se répand sur le parc de Saint-Cloud déclenchant une mélancolique tendresse chez les spectateurs. Cette musique vient de l’âme et touche au cœur.

Un petit passage chez les BB Brunes sur la scène de la Cascade : ils ont grandi, ils s’amusent bien et déclenchent les hourvaris des lycéennes. Ils sont le Clash de la génération banlieue chic & Facebook. Hommage aux anciens tout de même, et ils reprennent Gaby de Bashung sur un rythme crypto-punk.

Cocorosie, deux américaines originales et délurées, fantasques et créatives, habillées comme des femmes de cavernes, entourées d’un piano à queue et d’instruments improbables ; une performance étonnante et curieuse.

Austra : blondeur, grand espaces et intuitions électroniques. Le Canada pop visite Saint-Cloud.

Keren Ann, pure et rock, tendre et accrocheuse, en short et collant noir, elle a abandonné sa coupe Mireille Mathieu affichée sur son dernier disque pour des cheveux longs, laissé de coté les trompettes évanescentes de sa dernière tournée et s’est harnachée d’une Gibson noire, elle joue avec un guitariste desperado. Ils parlent un rock policé et sympathique. Hommage aux anciens tout de même, et elle reprend Je Fume Pour Oublier que tu Bois de Bashung avec une grande sensibilité.

Artic Monkeys pour le final de ce samedi, du rock propret et enlevé, gueules d’anges en Perfecto, boots, banane rockabily et T-shirt blancs, ça joue fort, vite et bien, guitares + guitares + voix de crooner. C’est puissant, frénétique et explosif, simple et sans répit ! Ce sont les Artic Monkeys, une bande de gamins qui du haut de leurs 25 printemps en remontrent à plus d’un.

Setlist : Library Pictures/ Brianstorm/ This House Is A Circus/ Still Take You Home/ Don’t Sit Down ‘Cause I’ve Moved Your Chair/ Pretty Visitors/ She’s Thunderstorms/ Teddy Picker/ Crying Lightning/ Brick by Brick (Johnny B Goode’s Chuck Berry)/ The Hellcat Spangled Shalalala/ The View From The Afternoon/ I Bet You Look Good On The Dancefloor/ All My Own Stunts/ If You Were There, Beware/ Do Me A Favour/ When The Sun Goes Down
Encore: Suck It and See/ Fluorescent Adolescent/ 505

Dimanche 28 août 2011

Lilly Wood & The Pricks sont de retour à Rock en Seine après leurs passages en début d’année dans les salles parisiennes, dont l’Olympia. Lilly est habillée en vestale romaine et nous régale toujours de sa voix profonde et malicieuse. Ils jouent en plein jour un set enlevé et de bon goût : pas de temps mort mais des ritournelles entraînantes et de la joie de vivre. Lilly encore un peu maladroite et n’en revenant toujours pas du succès du groupe. Lilly et Ben : il va falloir réussir le deuxième album !

Cherri Bomb : quatre rockeuses hargneuses aux chevelures multicolores de Los Angeles. Quatre bombasses délurées qui jouent un hard-rock aussi chaud que le désert de Death Valley, aussi bruyant et urbain que les pistes de LAX un jour de grande affluence supersonique.

Anna Calvi : la révélation de l’année nous refait en légèrement raccourci le show du Trianon d’avril dernier, prodiguant la même voix puissante et une incroyable subtilité dans le jeu de guitare, entre violence dantesque sur l’irréparable solo de Love Won’t Be Leaving et douceur féline lorsqu’elle frôle les cordes pour accompagner les mesures où sa voix redevient enfantine. Le rouge est la couleur de ses lèvres, la parure de son chemisier, la teinte métaphorique de son toucher de guitare lorsque dévalent ses torrents de laves en fusion dans nos cerveaux brûlants, la chaleur intense d’une voix lyrique capable de toutes les virtuosités.

Anna Calvi : LA découverte de ces derniers mois n’a fait que confirmer ce soir son incroyable talent.

Deftones : les Deftones restent égaux à eux-mêmes, une bande de cow-boy hardeux, bondissants et puissants. C’est la grande cavalcade de l’électricité, des hurlements du chanteur et des stridences des guitares fluo d’un guitariste barbu-chevelu-massif. C’est bien aussi lorsque cela s’arrête.

Archive nous a rejoué le show Controlling Crowds avec son orchestre symphonique en arrière plan. Cette formation classique déjà vue cette année au Grand Rex avec un résultat mitigé est finalement bien passée en plein air malgré les inquiétudes. Rosko le rappeur qui avait été laissé au vestiaire en avril était cette fois-ci de la partie et ses incantations scandées dans la froideur du parc ont soulevé l’assistance, Maria, Dave et Pollard se sont passés les rôles sur les chants. Les tubes du groupe ont été joués avec enthousiasme, les musiciens classiques quand ils n’étaient pas à l’œuvre sur leurs cordes ou leurs cuivres se croyaient sur une piste de danse, le volume du son porté par la parfaite puissance de la sono poussait les nuages et enveloppait nos âmes. Pills, King of Speed, Bullets…ont déchaînés des visions de grands espaces et d’abymes infinis. Again pour le final fut un véritable sanglot, étiré, désespéré et violent qui a ébouriffé le parc et laissé les festivaliers ébahis, repus et obsédés par cette musique majestueuse.

Setlist : 1. Controlling Crowds/ 2. Fuck U/ 3. You Make Me Feel/ 4. Sane/ 5. Finding It So Hard/ 6. Bastardised Ink/ 7. The Empty Bottle/ 8. System/ 9. Kings Of Speed/ 10. Lines/ 11. Pills/ 12. Bullets/ 13. Dangervisit/ 14. Again

Hélias Pierre Jakez, ‘Le cheval d’orgueil – Mémoires d’un breton du pays bigouden’.

Sortie : 1975, Chez : Plon – Terre Humaine. Un livre délicieux narrant la vie paysanne au fin fond de la Bretagne dans le premier tiers du XXème siècle, écrit avec douceur et subtilité (et en breton à l’origine). C’est tout un monde de tendresse familiale, de solidarité villageoise, de dureté de la vie de tous les jours qui s’ouvre au lecteur. Traité d’anthropologie bretonne, l’ouvrage se lit comme un roman, on y découvre les querelles picrocholines entre marins et paysans, entre « blancs » et « rouges », entre langue bretonne et langue française, entre haut et bas du bourg de Pouldreuzic, on y apprend surtout la vie d’un gamin des landes dressé par la droiture et l’exemple de parents dures à la tâche misant tout sur l’avenir de leurs enfants. On y ressent une douce nostalgie d’un temps qui n’est plus, mais surtout une immense reconnaissance à sa culture, son pays et les êtres sui l’ont entouré.

Architecture In Helsinki – 2011/07/21 – Paris le Nouveau Casino

Architecture in Helsinki au Nouveau Casino, le nouveau monde descend à Oberkampf. Le groupe australien indie poursuit un parcours original. Une joyeuse bande au look d’étudiants attardés qui joue un rock un peu déjanté et sympathique. Et d’ailleurs ils entament leur show avec un reggae plutôt inattendu, mêlant des claviers entêtants aux guitares saccadées.

L’ambiance monte rapidement au Nouveau Casino, la musique chauffe l’atmosphère et l’assistance se dandine agréablement sur des rythmes plutôt incompréhensibles. Les musiciens s’échangent les instruments avec une facilité déconcertante mais restent unis derrière Cameron Bird, chanteur-leader de ce groupe, les cheveux en pétard, de l’énergie à revendre, la voix haut perchée, assénant des riffs rageurs sur sa guitare quand il ne bidouille pas des samples étranges.

Le bassiste ressemble toujours à un bushman hirsute à la tête d’un élevage de kangourous et assure les arrières. Kellie est blonde cette année et toujours active au chant, glockenspiel et autres claviers.

La scène est un peu étroite pour ces cinq musiciens qui diffusent une musique dansante des grands espaces avec des chansons percutantes. Ils affichent une originalité délurée et nous font passer une excellente et ondulante soirée.

TV On The Radio – 2011/07/13 – Paris l’Olympia

Les TV On The Radio sont de retour à Paris, à l’Olympia cette fois-ci. Toujours bouillonnants et inventifs, mixés black-blanc-nouveau monde, une musique résolument moderne et innovante, le son de Brooklyn débarqué boulevard des Capucines pour les petits français !

Ils nous servent un concert ébouriffant, peut-être un peu moins monté sur ressort qu’en 2008 au Bataclan mais un show passionnant. Le duo de choc guitariste barbu et chanteur binoclard tient les commandes, solidement soutenu par un second guitariste pompant des riffs de choc avec une main droite transformée en ventilateur, et un bassiste grande bringue baguenaudant parfois aussi sur des claviers.

Son strident, rythmes décalés, harmonies étranges, ce petit monde rap-rock-alternatif diffuse une joie communicative en partageant sa musique étrange. Il y a du Zappa dans l’attitude et le jeu, du débonnaire dans la simplicité, du sérieux dans les compositions. Définitivement, du bonheur musical et intellectuel sur la scène !

Setlist : 1.Halfway Home/ 2.The Wrong Way/ 3.Caffeinated Consciousness/ 4.Blues From Down Here/ 5.Will Do/ 6.New Cannonball Blues/ 7.Young Liars/ 8.Dreams/ 9.Keep Your Heart/ 10.Red Dress/ 11.Staring at the Sun/ 12.Repetition/ 13.Wolf Like Me
Encore : 14.Love Dog/ 15.Dancing Choose/ 16.Satellite
Encore 2 : 17.Dating Room

Lou Reed – 2011/07/05 – Paris le Grand Rex

Lou est de retour pour un show classique avec une bande de nouveaux musiciens dont la plupart pourraient être ses enfants. Malgré tout le fidèle Tony « Thunder » Smith (qui a aussi tourné avec Serge Gainsbourg) est à la batterie et un vieux guitariste officie auprès des gamins et de Lou.

La presse vient d’annoncer une collaboration improbable avec Metallica dont le produit, un disque de dix morceaux, devrait sortir à la rentrée.

69 ans, l’artiste est fatigué, cela se voit… un peu. Grossi, le pas hésitant pour arriver à son micro, mais sitôt harnaché de sa guitare (dont il ne joue plus beaucoup) le voilà revigoré pour déclamer son répertoire de légende de sa voix chanté-parlé si particulière mais toujours vigoureuse.

Le show démarre avec trois chansons extraites des tréfonds de sa playlist et quasiment inconnues. Le ton est enjoué, le rythme enlevé, un des Lou’s boys joue du sax avec un style original qui ajoute une touche psychédélique à l’ensemble et l’ambiance de Rock ‘n’ Roll Heart, d’ailleurs Senselessly Cruel et.Temporary Thing sont extraites de cet album de 1976.

Ecstasy nous ramène à un temps plus récent (2000) et plus noir. La ritournelle de guitare obsédante et tristounette, la voix chevrotante, on est dans du classique :

They called you ecstasy, ecstasy/ ecstasy/ They call you ecstasy, ecstasy/ ecstasy/ The moon passing through a cloud/ a body facing up is floating towards a crowd/ And I think of a time and what I couldn’t do/ I couldn’t hold you close, I couldn’t, I couldn’t become you

 They call you ecstasy, I can’t hold you down/ I can’t hold you up/ I feel like that car that I saw today, no radio/ no engine, no Hood 

I’m going to the cafe, I hope they’ve got music/ and I hope that they can play/ But if we have to part/ I’ll have a new scar right over my heart/ I’ll call it ecstasy

 Oh, ecstasy, ecstasy/ ecstasy/ Ecstasy, ecstasy/ ecstasy

Une reprise de Lennon puis une plongée dans le Velvet Underground dont quelques perles acoustiques : Sunday Morning, Femme Fatale. Et puis en deuxième rappel Pale Blue Eyes qui fait plier les derniers récalcitrants devant une prestation en demi-teinte. Lou récite une des plus belles chansons d’amour jamais écrite dans l’Univers, une ode à Nico, son océan de blondeur, son tsunami de destruction : Sometimes I feel so happy/ sometimes I feel so sad/ Sometimes I feel so happy/ but mostly you just make me mad/ Baby, you just make me mad/ Linger on your pale blue eyes.

Finalement Lou est un romantique caché derrière sa morgue de Brooklin, un garçon de 70 ans qui consacre une page de son site web au Romanticism et une autre à sa vieille cousine centenaire Shirley ne peut pas être qu’un triste cynique.

Eh oui, ainsi va la vie, parfois bien, parfois mal. Et elle s’arrête un jour, hélas ! Mais Lou s’en fout, il joue pour lui et peut-être pour nous. La musique et la poésie sont un monde qu’il a contribué à bâtir et qu’il condescend à partager. Des mots et des notes sont son œuvre, éternelle. Merci Lou.

Setlist : 1.Who Loves the Sun (The Velvet Underground song)/ 2.Senselessly Cruel/ 3.Temporary Thing/ 4.Ecstasy/ 5.Small Town/ 6.Mother (John Lennon cover)/ 7.Venus in Furs (The Velvet Underground song)/ 8.Sunday Morning (The Velvet Underground song)/ 9.Femme Fatale (The Velvet Underground song)/ 10.Waves of Fear/ 11.Sweet Jane (The Velvet Underground song)

Encore : 12.Charley’s Girl/ 13.The Bells

Encore 2 : 14.Pale Blue Eyes (The Velvet Underground song)

Powers Richard, ‘L’ombre en fuite’.

Sortie : 2000, Chez : 10/18 4317. La description de deux mondes parallèles, l’un tout en virtualité où des ingénieurs s’efforcent de récréer la vraie vie grâce à un simulateur, l’autre, celui d’un otage pourrissant des années durant dans une geôle au Liban et survivant grâce à ses rêves. Les premiers vont participer involontairement à un entreprise de destruction, le second va vaincre la déchéance grâce à la puissance de sa pensée. Une étrange parabole, pleine d’espoir, où l’humain l’emporte sur la machine. Cela se termine bien !

Bryan Ferry – 2011/06/11 – Paris l’Olympia

Bryan Ferry est de retour à l’Olympia pour présenter son dernier disque : Olympia ! Sur la couverture de celui-ci Kate Moss déploie buste et diamants, tête au plancher, renouant avec la tradition Roxy Music où des créatures de charme peuplaient les étuis cartonnés de nos vinyles d’antan.

Bryan était déjà revenu hanter nos mémoires l’été dernier pour une éphémère reformation de Roxy Music le temps de quelques festivals dont celui de Rock en Seine.

Mais Bryan, brillant troubadour, ne quitte jamais vraiment nos vies depuis ces 70’s qu’il a investies avec sa bande de musiciens délurés et talentueux.

Olympia n’est ni un bon ni un mauvais disque, il est le dernier Ferry, avec une brochette d’invités : David Gilmour, Eno, Jonny Greenwood… Le disque de Bryan Ferry c’est un peu là où il faut être lorsqu’on est un musicien quadra et au-delà, un peu comme un thé au May Fair Hotel par une après-midi brumeuse au cœur de l’hiver à Londres. On y est pour se réunir entre amis, se réchauffer et, surtout, pour évoquer un Monde nostalgique et créer la musique d’un futur incertain.

Olympia est arrivé dans les bacs à son heure, et dans nos discothèques sans délai. L’alerte Bryan Ferry a clignoté en son temps sur nos smartphones annonçant le show parisien, nos cartes de crédit ont crépité et nos cœurs se sont serrés de découvrir que l’Olympia était en configuration places assises car tant de temps est passé. Qui décide d’ailleurs de mettre des fauteuils dans la fosse de l’Olympia, l’artiste ou le management de la salle ? Bryan lui est debout et démarre deux heures de concert en fanfare sur un tonitruant I Put A Spell On You !

Notre héros de 65 ans est en costume sombre et chemise grise, cravaté et souriant, accompagné de Chris Spedding (l’historique) et Oliver Thomson (virtuose blondinet de 23 ans qui ne quitte plus Bryan depuis quelques années) aux guitares, Colin Good aux claviers, deux batteurs, belle-brune-blanche n°1 sax et claviers, belles-choristes-black n°1 et 2, belles-blondes-danseuses n°1 & 2, bref du monde sur scène qui officie dans une relative pénombre et un écran de fond de scène diffusant des vidéos brumeuses et emmêlées à l’image de l’affiche de la tournée.

Olympia nous l’avons dit n’est que le dernier disque de Bryan, alors cette soirée à l’Olympia sera un best of de ces années Ferry. Le son est fort, voir très fort, les solos de guitares un peu interminables et inutiles, et lorsque belle-brune-blanche n°1 vient sur le devant de la scène nous montrer ses gambettes (elle est en short) et son saxophone on regrette tout de même sérieusement Andy MacKay. Tout ceci n’est pas bien grave, le tremolo de Bryan nous fait toujours gémir de plaisir et s’il plaît au maître des lieux de s’entourer de jeunesses après tout que sa volonté soit faite pour autant que nous arrivions, assis dans nos fauteuils, à juguler une légère jalousie.

Bryan chante, Bryan joue du piano, Bryan joue de l’harmonica, Bryan nostalge sur Boys and Girls, Bryan reprend Dylan, Lennon ou Neil Young, Bryan chante et nous enchante, Bryan en équilibre sur le fil d’une carrière qu’il faudra savoir arrêter un jour, peut-être prochain.

Now the party´s over/ I´m so tired/ Then I see you coming/ Out of nowhere/ Much communication in a motion/ Without conversation or a notion/Avalon/ When the samba takes you/ Out of nowhere/ And the background’s fading/ Out of focus/ Yes the picture changing/ Every moment/ And your destination/ You don´t know it/ Avalon

Et Bryan siffle le final de Jealous Guy pour clôturer la soirée. Il nous reste maintenant à nous extraire de nos fauteuils.
Warm up : Boy, deux jeunes femmes de Hambourg et Zürich pour une folk acoustique sympa et rafraîchissante.

Setlist: 1.I Put A Spell On You (Screamin’ Jay Hawkins cover)/ 2.Slave To Love/ 3.Don’t Stop the Dance/ 4.Just Like Tom Thumb’s Blues/ 5.If There Is Something/ 6.You Can Dance/ 7.Make You Feel My Love/ 8.Alphaville/ 9.Boys and Girls/ 10.Sign of the Times/ 11.Like A Hurricane (Neil Young cover)/ 12.Tara Play/ 13.Bitter sweet/ 14.My Only Love/ 15.Avalon/ 16.All Along The Watchtower (Bob Dylan cover)/ 17.What Goes On/ 18.Love Is the Drug

Encore: 19.Let’s Stick Together (Wilbert Harrison cover)/ 20.Jealous Guy (John Lennon cover)

Lilly Wood & The Pricks – 2011/06/01 – Paris l’Olympia

Lilly Wood & The Pricks sont tout éberlués de jouer à l’Olympia après leur triomphe au Bataclan et à la Cigale. Encore inconnu il y a quelques mois le duo Nili et Ben est renforcé sur scène par trois complices, excellents musiciens, et tous ensemble donnent l’impression d’une bonne bande de potes dont l’enthousiasme est à la hauteur de leur professionnalisme, pour notre plus grand plaisir.

Ils démarrent sur le lent et mystérieux Hymn to my Invisible Friend. La voix calme et profonde de Lilly nous installe immédiatement dans leur atmosphère musicale : Hey sweet face/ Will you make me wait another year or two?/ Hey my friend of thoughts/ You see I’m scared of it being/ hello or goodbye/ So goodbye.

Quelques mots de Lilly étranglés par l’émotion et le groupe entame le dynamique Hey it’s ok qui réchauffe l’ambiance après cette sombre introduction. La scène est décorée des hiboux multicolores qui animent la couverture du disque Invincible Friends, les lumières sont à l’unisson de la musique, subtiles et non violentes.

La voix de Lilly est l’âme de ce groupe. Une voix rauque, une voix blues que l’on dirait éraillée par un cocktail de bourbon et de gauloises sans filtre, une voix parfaitement placée, une voix portée par des compositions sympathiques et des rythmiques entraînantes. Une voix grave qui dit des mots qui ne le sont pas moins. Une voix qui parle de dévastation sur un ton souvent guilleret.

Ben et le groupe se chargent avec talent de ponctuer cette vision décalée de leurs solos de guitare et autres ritournelles pop. Les morceaux les plus entraînants font vibrer l’Olympia qui reprend en chœur Somewhere to go sur Little Johnny et trépigne sur My Best.

Le show se termine par un rappel que Nili et Ben nous délivre en duo (c’est comme ça que tout a commencé) avec Untilttled.

Lilly Wood & The Pricks, un groupe neuf, sincère et talentueux qui offre moult raisons de se réjouir de l’apparition de cette nouvelle étoile dans le ciel de la scène rock.

Petitfils Jean-Christian, ‘Louis XVI – 1786-1793 (tome 2)’.

Sortie : 2005, Chez : Tempus 358. Louis XVI et la monarchie emportés par la tempête révolutionnaire jusqu’à l’échafaud : il s’en est fallu de peu pour que le bon Louis ne puisse sauver sa couronne mais la révolution de tous les excès a eu le dernier mot devant un roi indécis qui n’était pas vraiment un meneur d’hommes. Les leaders montagnards ont voulu que des flots de sang accompagnent la fondation de la République en France. Cet extrémisme marquera pour les siècles suivants l’idéologie « gauchiste » d’une partie de la politique et du monde intellectuel français. Le procès de Louis XVI a précédé les procès de Moscou mais il fut le terreau de la France moderne, fertile à certains égards, dramatique pour bien d’autres… Petitfils explique avec talent ces moments où tout a basculé et analyse avec précautions cette famille royale finalement dépassée par les évènements menés par des révolutionnaires implacables.

Sade – 2011/05/17 – Paris Bercy

Sade à Bercy

Sade en tournée mondiale, Sade tragiquement belle, Sade exceptionnelle musicienne, Sade en apesanteur émotionnelle, Sade surfeuse de génie sur l’océan de nos souvenirs, Sade magicienne de la douceur et de l’élégance ; Sade est descendue du paradis soul pour nous faire toucher du doigt le sublime dans l’arène de Bercy pourtant peu propice à un tel partage intime.

Elle est entourée de ses trois musiciens-complices d’origine dont l’inoubliable Stuart Matthewman, petit Prince du sax et de la guitare, Paul Denman, à la basse et aux tatouages et Andrew Hale, aux claviers. Ces trois là sont de la partie depuis Diamond Life en 1984, ils ont cosigné et joué parmi les plus morceaux les plus romantiques de l’histoire du rock. Sur scène également deux choristes hommes, un batteur, un percussionniste et un remarquable deuxième guitariste. Tout un subtil mélange blanc-black dont Sade, métis nigériane, réalise l’unisson.

Une première partie de papys jamaïcains, The Jolly Boys, un gang sympa qui joue Just a perfect day (Lou Reed) et The passenger (Iggy Pop) à la sauce reggae des faubourgs de Kinsgston.

Et Sade monte un escalier débouchant au milieu de la scène, apparaît aux yeux du public toute de noir vêtue, chemisier vaporeux, montée sur talons aiguilles, un sourire ravageur, les yeux plissés, ses longs cheveux rassemblés en couette dégageant son large front, rouge à lèvres carmin, et entame le show sur Soldier of Love.

Le temps d’un « Thank you so much, It’s good to be back… vraiment » et le sax de Stuart dégouline l’intro de Your Love is King, une doucereuse brise de nostalgie souffle sur Bercy…

La scène est extrêmement dépouillée, grand écran sur le fond et trappes qui avalent ou recrachent les quatre blocs batterie, claviers, percussions et choristes. Les guitaristes restent sur le devant où parfois sera poussé un clavier autour duquel les musiciens se rassembleront dans un coin de scène pour des moments plus intimes.

Le show coule et se déroule comme une évidence, et alors qu’un film projeté montre les lumières nocturnes de new York vues d’hélicoptère, les buildings se cognent aux ponts, les étages phosphorescents répondent aux taxis jaunes, et… Sade réapparaît en chemise blanche, boutons de manchette et gilet noir, bretelles négligemment pendantes sur un pantalon de smoking, sur les premiers accords de Smooth Operator :

Diamond life, lover boy./ We move in space with minimum waste and maximum joy./ City lights and business nights./ When you require streetcar desire for higher heights./ No place for beginners or sensitive hearts/ When sentiment is left to chance./ No place to be ending but somewhere to start./ No need to ask./ He’s a smooth operator,/ smooth operator,/ smooth operator,/ smooth operator…

Et puis à genoux sur la scène, Sade enchaîne sur Jezabel et Is it a Crime ? Sa voix merveilleuse s’enroule dans le gigantesque hangar du Palais omnisports en volutes envoutantes. Qu’elle soit brumeuse ou forcée, la voix de Sade est un monument bâti sur le socle immortel de la musique soul. Bercy est en adoration, bien sûr.

Bring me Home et son entêtante ritournelle au piano est joué alors qu’un immense voile entoure mes musiciens et que défilent des images de routes sans fin. Sade marche sur place dans cette atmosphère floue et douce, susurrant cette triste chanson :

Put me on a plate with petals and a fire/ And send me out of the sea/ Turn my angry sword against my heart/ And let me free.

Les lumières rouges orangées éclatantes déploient les silhouettes des musiciens en ombre chinoises brûlantes, les trois guitaristes se regroupent et entament Paradise pendant que Sade parcourt la scène avec toujours autant de naturel et de grâce, marquant la rythmique légendaire de ce morceaux avec les bras au-dessus de la tête : tchac-tchac. Vient ensuite les incontournables pas de danse avec les deux choristes toujours ponctués du tchac-tchac, éclat de lumière et de percussions. Sa façon de se mouvoir dégage un érotisme léger, sa manière de laisser tomber ses bras derrière son dos, de tenir son micro à l’horizontale à hauteur de poitrine à l’issue d’un couplet, de s’éloigner de son pied de micro en balançant la tête de gauche à droite lorsque sa voix forcit, et ce sourire éclatant, épanoui, qui plonge tout humain normalement constitué dans un abyme de ravissement.

Et Sade réapparaît en robe blanche immaculée, cheveux déployés, pour King of Sorrow, Sweetest Taboo, No Ordinary Love… puis une bouleversante version de Pearls, chantée seule sur scène, devant un immense soleil qui se déploie, puis disparaît de l’écran, pendant que Sade nous conte l’histoire tragique de cette femme en Somalie. Bercy défaille.

New York encore, en noir et blanc cette fois-ci sur l’écran, et Stuart démarre les petites notes aigues et étirées de Cherish the Day pour Sade revenue vêtue d’une robe et blouson rouges. Au cours de cette chanson une petite trappe l’élèvera à plusieurs mètres de hauteurs au milieu des buildings.

Le groupe reviendra saluer les spectateurs avec effusion, Sade présente et embrasse ses musiciens l’un après l’autre laissant Bercy éberlué.

Sade et son groupe représentent est un petit miracle de musique soul et de pureté. Tout est parfait et délicat. Sade talentueuse et intemporelle nous rappelle que la douceur et la subtilité n’ont pas été définitivement dévastées par la productivité. Sade donne un sens à la poésie de la vie et sait détacher de nos âmes ces moments d’émerveillement devant la beauté simple de l’œuvre humaine.

Notre Sade pleine de grâce, on vous retrouve comme on vous a toujours rêvée, en restant comme vous êtes vous nous préservez du temps qui passe, c’est une illusion bien sûr, mais comme le mensonge en votre compagnie est agréable !

Set list : Soldier of Love/ Your Love is King/ Skin/ Kiss of Life/ Love is Found/ In Another Time/ Smooth Operator/ Jezebel/ Bring Me Home/ Is it a Crime?/ Still in Love With You/ All About Our Love/ Paradise-Nothing can come Between Us/ Morning Bird/ King of Sorrow/ The Sweetest Taboo/ The Moon and the Sky/ Pearls/ No Ordinary Love/ By Your Side

Encore : Cherish the Day