Philippe Juvin : un fâcheux mélange des genres

Philippe Juvin

Philippe Juvin, professeur à la faculté de médecine et sur les plateaux télévisés, ex-député européen de 2009 à 2009 (groupe conservateur du Parti populiste européen), chef du service des urgences de l’hôpital Georges Pompidou, maire de La Garenne-Colombes (parti conservateur Les Républicains) depuis près de 20 ans, se répand en commentaires anti-gouvernementaux dans les médias où il est très présent depuis le début de la crise sanitaire.

Il illustre à l’excès un mélange des genres douteux dans lequel se complait trop souvent notre pays. On a tout d’abord du mal à réaliser comment on peut être à la fois chef des urgences d’un des plus grands hôpitaux d’Europe et maire d’une commune de la région parisienne ? Même si l’homme est plus compétent que la moyenne, il y a forcément une de ces tâches qui ne bénéficie pas de son engagement à 100%, probablement les deux d’ailleurs. Quand on ajoute sa présence constante dans beaucoup de médias, on conclut que sa principale qualité doit être sa capacité à déléguer.

Sa dernière intervention médiatique date de ce matin et est de la même sensibilité que les précédentes :

Malheureusement, il n’y a pas eu de stratégie de la part de l’État. Ni pour infantiliser les Français ni pour les responsabiliser. L’État navigue à vue, en improvisant en permanence. Ce sont les Français qui ont été extrêmement responsables. Si les Français n’avaient pas pris sur eux de se confiner, notre système de soin aurait explosé. Si la France s’en sort aujourd’hui, c’est uniquement grâce aux Français, pas à l’État.

Atlantico (06/05/2020)

Rappelons incidemment que son salaire de médecin est payé par les cotisants de la sécurité sociale et que ses indemnités de maire sont réglées par les contribuables de sa ville. On peut d’ailleurs se demander si compte tenu du cumul de fonctions il perçoit deux rémunérations pleines ou si celles-ci sont dimensionnées en fonction de sa présence effective ? Quoi qu’il en soit, un peu de mesure dans ses propos serait bienvenue, à tout le moins, peut-être pourrait-il passer un peu plus de temps au service des urgences qu’il dirige que sur les plateaux médiatiques, ce serait certainement bénéfique pour les patients.

Au-delà, eh bien, lorsque le parti politique qu’il représente aura emporté les élections peut-être sera-t-il nommé ministre de la santé et pourra-t-il ainsi mettre en œuvre ses idées. En attendant le mieux qu’il puisse faire est de travailler un peu plus et de parler un peu moins.

Éric Ciotti fait son show

Alors que le monde est soumis à une pandémie de « coronavirus » partie de Chine et progressant doucement vers l’Europe, les autorités de santé des différents pays occidentaux prennent calmement les mesures qui s’imposent en pareilles circonstances pour essayer de limiter les dégâts potentiels de cette situation. Cette question de santé publique devrait en principe être gérée dans le consensus politique mais nous sommes en France donc, bien évidemment, le microcosme politicard en profite pour faire son show. Éric Ciotti, député des Alpes Maritimes sous l’étiquette Les Républicains, est un habitué de ce genre de propagande nombriliste et cette fois-ci encore il est le premier à dériver avec des tweets dispensables :

Plutôt que de se mettre en avant sur son inutile compte twitter, le mieux serait sans doute qu’Éric Ciotti appelle au téléphone le ministre de la santé pour organiser une réunion de travail entre leurs administrations respectives ! Mais non, il préfère se mettre en scène sur les réseaux dits sociaux au lieu de faire le travail pour lequel il est payé par le contribuable.

Mais à quoi peut donc bien servir un tweet d’Éric Ciotti sur le coronavirus ?

Dans quel monde vivent les journalistes ?

Les plateaux télévisés ressassent à l’infini l’un des arguments de l’avocat de Griveaux-nunuche comme quoi le russe-délinquant qui a mis en ligne la vidéo sexuelle du nunuche a forcément été manipulé car il n’aurait pas pu construire un site internet sans un appui technique extérieur, notamment car il parle mal le français. Mais dans quel monde vivent ces gens ?

Il suffirait qu’ils parlent cinq minutes à leurs enfants pour apprendre que l’on peut monter un site web en trois clics via un nombre infini de plateformes pour n’importe quel internaute sans aucune compétence technique, en multi-langues et pour un coût d’hébergement de quelques euros par an… Et si l’on veut un site internet un peu plus sophistiqué, il existe nombre de logiciels libres en « open sources », gratuits, dont le langage de programmation est en anglais international qui peut très bien être mis en œuvre par des débutants. Bien entendu il existe aussi très certainement des logiciels en langue russe.

L’argument voulant aboutir à l’innocence du délinquant-russe manipulé par un complot mondial pour abattre… Benjamin Griveaux ne tient pas. Si complot il y eut, ce n’est pas pour des raisons techniques.

Lire aussi : Le plouc, la balance et le délinquant

Le plouc, la balance et le délinquant

Le candidat tête de liste de la majorité présidentielle pour les élections municipales à Paris le mois prochain, Benjamin Griveaux, a annoncé hier qu’il se retirait de la course par suite de la diffusion d’une vidéo sexuelle le concernant qui agite la communauté des réseaux dits sociaux depuis quelques jours. On y verrait ledit candidat se masturber en se filmant avec son téléphone portable sur Facebook live en échangeant des mots de circonstance sur un chat avec la destinataire de ce charmant scénario. On ignore qui est ce destinataire (femme ou homme ?) mais ce ne serait pas a priori son épouse légale. Elle (ou il) a sans doute ensuite balancé la vidéo à un activiste russe bénéficiant de l’asile politique en France, Piotr Pavlenski, qui revendique cette diffusion pour dénoncer « l’hypocrisie d’un politique » prônant la vie de famille dans Paris-Match et se comportant ensuite différemment. L’authenticité de la vidéo n’a pas été contestée par l’intéressé pour le moment, son avocat envisageant plutôt d’attaquer le russe pour diffusion d’information à caractère privé ce qui est un délit dans la République.

Le premier réflexe est évidemment de rigoler franchement devant cette incroyable poilade politico-pipole. Le second est d’attendre impatiemment la couverture du prochain Charlie-Hebdo de mercredi qui devrait être à la hauteur de cet évènement exceptionnel.

La troisième réaction est un peu plus triste devant cette décadence générale de toute une génération. Résumons l’affaire : un élu-nunuche de 42 ans, candidat-maire de Paris, mais à l’époque membre du gouvernement, en déplacement professionnel à l’été 2018 se masturbe le soir devant son téléphone mobile à destination d’une copine-balance, inconnue à ce jour, qui enregistre la scène, la balance à un repris de justice russe-délinquant de 35 ans, bénéficiant du statut de réfugié en France, qui décide de la publier sur Internet 18 mois plus tard pour perturber l’élection à la mairie de Paris ; ce qu’il réussit à faire puisque le nunuche est obligé de se retirer de l’élection.

Il y a dans cette affaire de pieds-nickelés toutes les déviances de notre société d’aujourd’hui : le nombrilisme, la perte de toute notion de l’intérêt général, l’irresponsabilité, l’immigration, le sexe, la traîtrise et, comme vecteur de toutes ces avanies : les réseaux dits-sociaux qui véhiculent l’infamie et le vide avec jouissance et rapidité ! Les mots manquent pour qualifier un tel enchaînement où la bêtise se dispute à l’abrutissement. Ils sont tous coupables dans ce maelström : le plouc, comme la balance comme le délinquant. Il n’y a pas de victime. C’est une nouvelle étape dans la beaufisation de notre société française. Que les quadras qui ont généré cette société et ces comportements pathétiques se débrouillent avec ce problème que les sexa ne savent plus résoudre.

En attendant, il est fortement recommandé de ne pas se masturber devant son téléphone mobile en chatant avec des correspondants.

Eric Woerth ou le symbole de l’assèchement intellectuel de la droite classique

Nos avions quitté Éric Woerth sur sa critique de la diminution des emplois aidés et des aides au logement, ainsi que sa critique du projet de réforme du système de retraite à points, le voici revenu avec son programme détaillé pour la retraite du futur, toujours sur Tweeter bien entendu, qu’on en juge :

Il n’est pas certain qu’avec une si importante contribution intellectuelle la réforme n’avance beaucoup ni rapidement. Éric Woerth incarne de manière bien pathétique cette espèce de critique pavlovienne qui s’empare de l’opposition dès qu’elle n’est plus au pouvoir. De fait, la majorité actuelle mène une politique économique libérale et réformatrice qui, grosso-modo, a fait partie de tous les programmes électoraux de la droite ces dernières décennies mais aussi de la longue liste de ses promesses non tenues.

Éric Woerth, qui est par ailleurs président de la commission des finances de l’assemblée nationale et ex-ministre du budget sous la présidence Sarkozy, n’arrive pas à réfréner cette maladie de l’opposition systématique hors de toute réflexion et intelligence. C’est dommage, il ne se montre pas à la hauteur de sa présidence de commission ni de son passé d’ancien ministre. Il passe en tous cas beaucoup trop de temps à tweeter des messages insipides, temps qu’il ferait mieux de passer à travailler, peut-être pour proposer un contre-projet de réforme des retraites ?

Le garçon a 63 ans et il va falloir l’accompagner maintenant jusqu’à sa retraite bien méritée. Il n’aura pas fondamentalement démérité mais ne laissera pas un souvenir impérissable dans la vie politique française. Ce n’est dramatique non plus et la France s’en remettra.

Les Balkany s’accrochent : 140 ans à eux deux

Mouguey, Charlie-Hebdo (15/0502019)

Les Balkany (Patrick 70 ans et Isabelle, sa femme, 71 ans) font encore les gros titres de la chronique mondaine et canaille. Elus de la ville de Levallois-Perret, décorée de la légion d’honneur pour elle, maire, repris de justice et décoré de l’ordre du mérite centrafricain pour lui, ils viennent d’être condamnés dans de nouvelles affaires de fraude et de corruption à des peines de prison et d’inéligibilité. Des appels ont été interjetés mais Patrick a été embastillé directement à la sortie de l’audience. Depuis, plusieurs demandes de libération ont été rejetées par la justice. Il est à la prison de la Santé et Isabelle a rejoint la municipalité de Levallois où elle s’est fait nommer maire par intérim, les affaires restent dans la famille !

Leur avocat de plateaux télévisé et de scènes de théâtre explique que ces condamnations sont d’une lourdeur inusitée, soit ; Mme. Michu interrogée sur le marché de Levallois ajoute que Patrick Balkany est un bon maire et que son emprisonnement est une injustice… Patrick intervient au téléphone depuis sa cellule au cours d’un conseil municipal, Isabelle annonce qu’ils se représenteront tous les deux aux élections municipales de 2019 et bla-bla-bla et bla-bla-bla. Le couple conçoit les élections comme une opération de blanchiment de ses condamnations. Ce n’est pas tout à fait ainsi que sont organisés les pouvoirs et les responsabilités dans la République française. Les Balkany ressemblent à des tyranneaux de République bananière. Ils ont beaucoup volé les contribuables. Ce n’est pas bien, même si Mme. Michu pense le contraire.

La résistance de ce couple est exceptionnelle, sa suffisance démesurée, son indécence sans limite. A 70 ans passés et avec leur passif judiciaire, il est indiqué qu’ils cessent leurs activités et jouissent de leurs retraites sans plus faire parler d’eux. Evidement il va leur falloir rembourser à la République les sous qu’ils ont volés aux contribuables et cela risque de leur faire des fins de mois un peu serrées à l’avenir. Lui va encore rester quelques semaines ou mois en prison et sera très certainement libéré bien avant le terme de sa condamnation pour mesure d’âge ou de santé. Elle devrait être exemptée d’effectuer sa condamnation d’emprisonnement pour raison de santé (elle a commis une tentative de suicide récemment). Que Dieu nous évite de les voir réélus aux prochaines municipales ce qui serait l’assurance de les avoir encore sur le devant de la scène pour six années supplémentaires… Le couple Balkany illustre oh combien les faiblesses de nos démocraties : attaquée par des forbans elle est impuissante à se défendre efficacement. Certes le couple a été condamné en justice mais il a fallu des années d’instruction pour en arriver là et les appels interjetés sont suspensifs des peines prononcées ce qui aboutit à la situation surréaliste que même condamnés tous d’eux à l’inéligibilité, et lui retenu en prison, ils devraient pouvoir faire légalement campagne lors des prochaines élections municipales de 2020, et être réélus…

C’est la grandeur de la démocratie d’opposer le droit à ces comportements mafieux mais saura-t-elle résister longtemps devant l’accroissement considérable de ceux-ci ? Pour les Balkany, 140 ans à eux deux : il est vraiment temps de passer la main !

Alain Carignon, repris de justice de 70 ans en route pour les municipales à Grenoble

Alain Carignon, 70 ans, repris de justice après ses condamnations pour corruption, abus de biens sociaux, et subornation de témoins en 1996, revenu en politique dans les années 2000 avec le soutien de M. Sarkozy vient de se retrouver officiellement conseiller municipal de Grenoble suite aux démissions sans doute opportunes de certains conseillers qui le précédaient sur la liste électorale des dernières municipales. Ce processus est légal puisque sa peine d’inéligibilité est passée depuis longtemps

A 70 ans et avec le passif judiciaire qu’il traîne, tout devrait pousser ce garçon à prendre sa retraite, de même qu’en toute logique les partis politiques devraient refuser de l’investir sur leurs listes : trop vieux, trop peu exemplaire, tout à fait interchangeable avec n’importe quel élu de 40 ans de moins. Il en est autrement et un tel cas d’école peut encore survivre politiquement. C’est un peu le cas Balkany transposé à Grenoble, ou les mauvaises habitudes de la politicaillerie française qui trouve quand même des électeurs pour valider de tels errements.

Gérard Collomb, 72 ans, cherche à rempiler à Lyon

Le Canard Enchaîné – 05/12/2018

Gérard Collomb, 72 ans, avait déserté son poste de ministre de l’intérieur l’an passé pour « récupérer » en novembre 2018 le fauteuil de maire de Lyon qu’il occupait avant son ministère. Cette récupération avait été rendue possible par la démission opportune de celui qui l’avait remplacé à la mairie. En revanche, il ne parvint pas à « récupérer » la présidence de la métropole de Lyon car son remplaçant, 58 ans, fut moins disposé à la lui rendre et reste en place. Tous deux anciens socialistes passés avec armes et bagages sous la bannière Macron, ils se bagarrent pour obtenir l’investiture du parti LaREM (La République en Marche) pour les municipales de 2020. A priori, ils font grosso-modo la même politique, avec des résultats similaires et il est difficile de les départager sur leurs bilans.

Depuis la famille Collomb a un peu fait parler d’elle dans la métropole lyonnaise et au-delà : Mme. Collomb, magistrate, de 31 ans plus jeune que son mari, occupait le poste de référent LaREM pour le Rhône. On ne sait pas bien ce que recouvre une telle responsabilité, qui l’avait poussée à se mettre provisoirement en congé de la magistrature ? Sans doute guère plus que quelques mondanités et politicailleries, entre distributions d’investitures et règlements de comptes, mais elle s’y fit nombre d’ennemis dans le microcosme lyonnais plutôt du genre conservateur, même lorsque d’origine socialiste ou assimilé.

Finalement, on a appris il y a quelques semaines que LaREM choisissait d’investir le 72 ans d’âge par préférence au 58 et révoquait Mme. Collomb de son poste. Cette décision n’est pas enthousiasmante… M. Collomb, s’il est élu, le sera à 73 ans pour un mandat de six ans. S’il tient jusqu’au terme de ce mandat il aurait donc 79 ans. On peut supposer qu’il ne se représentera pas aussi vieux et les mauvaises langues avancent que le plan était que Mme. Collomb lui succède. On ne peut pas dire que cela fleure bon le « nouveau monde » mais au contraire un nœud de vipères de vieux ambitieux qui grenouillent pour conserver leurs prébendes et assurer leur succession pour leurs proches. Les lyonnais s’honoreraient à ne pas élire Gérard Collomb qui pourrait ainsi prétendre à une juste retraite en se retirant en douceur de la vie politique pour laisser la place aux générations suivantes.

Chirac, très bon client

Charlie-Hebdo – 02/10/2019

La presse satyrique, représentée par Charlie Hebdo et la Canard Enchaîné, a adoré Jacques Chirac tout au long des 40 années de sa carrière politique et jusqu’à sa mort la semaine dernière. Ses changements de pied et retournement de vestes, les trahisons diverses dont il fut la victime, les affaires judicaires dans lesquelles il fut impliqué (il a été condamné dans le dossier des emplois fictifs de la mairie de Paris), sa capacité à boire des bières et serrer des paluches, son immobilisme politique quand il fut au pouvoir, son ambition féroce et inépuisable quand il n’y était pas, son côté populo, sa femme l’ineffable Bernadette, etc. en ont fait un vrai bonheur pour les dessinateurs et chroniqueurs de cette presse.

Dans les numéros sortis aujourd’hui ils lui rendent donc l’hommage qu’il a bien mérité avec des pages spéciales consacrées à ce (très) bon client qui va leur manquer !

C’est un peu trop

Jacques Chirac, politicien français longue durée, ancien président de la République, est mort cette semaine à 86 ans. Il était sévèrement malade depuis plusieurs années et sa fin avait déjà été annoncée prématurément en 2016 par l’ineffable Christine Boutin :

Tweet du 21/09/2016

Comme à chaque disparition d’un président de la République, la France entière se recueille devant le souvenir d’un de ceux qui l’a dirigée. Les chaînes de médias d’information affichent leurs logos « édition spéciale » et glosent jusqu’à l’écœurement sur les grands moments et la petite histoire du disparu. Mme. Michu pleurniche devant les caméras, oubliant qu’elle a voté Mitterrand en 1981. Les stades de fouteballe respectent une minute de silence. La mise en scène est de rigueur. Ce sont les règles de la communication de masse.

En l’occurrence le coté simple de Chirac est loué par tous, sa maladie neurodégénérative ainsi que le handicap de sa fille qui s’est suicidée il y a quelques années emportent l’affection des citoyens, même ceux qui se sont opposés à lui. Quelques convictions rivées à l’âme, d’autres beaucoup plus mouvantes, ont marqué une carrière politique qui aura plus brillé par sa longueur que par son brio. L’heure est au recueillement et à la nostalgie. On dirait que les français apprécient ces évènements morbides pour se réunir. En tout cas c’est aussi un passage obligé pour le président en titre de prononcer un hommage télévisé en l’honneur d’un de ses prédécesseurs décédés. Chirac lui-même avait marqué les esprits en 1996 par son beau discours à l’occasion de la mort de François Mitterrand. Macron s’est acquitté de cette tâche, plutôt bien, jeudi dernier.

En vérité, Jacques Chirac fut un garçon sympatoche, un politicien madré, un homme du XXème siècle, auteur de certaines fulgurances en politique internationale (les guerres en ex-Yougoslavie ou en Irak, l’écologie) et de beaucoup d’immobilisme dans le domaine national. Ce légitime hommage unanime sur sa personnalité est de circonstance, l’heure du bilan politique viendra plus tard. Il se dit que Chirac préférait les vins d’honneur au Café du commerce aux cérémonies officielles sous les dorures des palais de la République. Là où il se trouve, il pense peut-être que la France en fait un peu trop…

Notons qu’à cette heure Christine Boutin n’a pas twitté sur cette disparition mais s’est contentée de retwitter une annonce du site https://twitter.com/InfosFrancaises.

Indiscipline, reniement et nombrilisme

C’est l’histoire des trois candidats à la candidature à la mairie de Paris sous la bannière du parti au pouvoir La République en Marche (LREM) avant l’été. Tous ont juré amour, soutien et fidélité à celui d’entre eux qui serait désigné vainqueur de cette élection primaire. Evidemment, ni une ni deux, l’un des perdants vient d’annoncer qu’il maintenait sa candidature contre vents et marées. Il y a donc deux candidats pour la même élection municipale issus du même parti, ce qui n’est pas un gage de succès dans les règles électorales de la Vème République ! On peut imaginer qu’un des deux va se retirer, si ce n’est pour le deuxième tour, sinon avant le premier, pour éviter un naufrage de LREM, mais on reste étonnés devant un tel manque à la parole donnée, qui plus est en public.

Ainsi va notre époque, ce que l’on a pu dire ou signer ne compte guère trois jours après. L’honneur est remplacé par la félonie, comment imaginer que de telles pratiques menées sous les ors de la République inspirent autre chose dans les familles, les banlieues ou au bistrot ?

Malgré tout, après trois mandats socialistes successifs à la tête de la mairie de Paris, il est probable que les électeurs parisiens voudront voter pour un peu d’alternance. C’est ce qui risque de sauver LREM malgré les comportements infamants de ses membres qui prétendent aux fonctions les plus hautes. Triste époque.

Un compte Suisse pour Raymond Barre

L’ancien premier ministre de la République de 1976 à 1981 Raymond Barre, qualifié à l’époque de « meilleur économiste de France », décédé en 2007 avait quelques millions d’euros (on parle de 7) cachés en Suisse. La révélation en a été faite par Le Canard Enchaîné qui explique que ses héritiers ont décidé de régler les impôts et pénalités nécessaire à l’administration française afin de régulariser cette somme frauduleuse. On ne sait pas à ce stade quelle était la source de revenus qui a permis d’accumuler ce pactole, sans doute pas les rémunérations versées par la République à ses serviteurs.

Il s’est rendu célèbre d’abord car c’est sous son règne que le dernier budget français a été voté en équilibre soit il y a plus de 40 ans, depuis, la France dépense plus qu’elle ne gagne. Il avait aussi été l’auteur de quelques sorties de légende notamment : un « si les Corses veulent leur indépendance, qu’ils la prennent », frappé au coin du bon sens, mais d’autres saillies moins glorieuses, à la toute fin de sa vie sur les juifs, ce qui prouve en tout cas que les hommes politiques ne devraient plus s’exprimer une fois leur retraite prise d’abord car ce qu’ils peuvent raconter n’intéresse plus personne et ensuite parce que l’avancée de la vieillesse peut entraîner parfois des dérèglements fâcheux dans le fonctionnement des neurones.

Raymond Barre fraudeur ! C’est une mauvaise surprise pour nombre de citoyens, tout au moins ceux qui se souviennent encore de lui tant le personnage incarnait la rigueur et l’orthodoxie économique. Il fut universitaire bien plus longtemps qu’homme politique et nombre d’étudiants en économie ont planché sur ses écrits. A priori cela ne l’a pas empêché de se laisser tenter par l’attrait de l’argent et prendre le risque de la fraude. C’est une nouvelle certitude qui s’effondre, une illusion qui s’envole. Pour un amateur de sciences économiques, apprendre que Raymond Barre était fraudeur c’est un peu comme si Christine Boutin découvrait que la vierge Marie n’était pas si vierge que ça ! Ça laisse pantois et un brin découragé.

Les fraudeurs de Levallois

Le procès du couple Balkany pour fraude fiscale et corruption se déroule sans Mme. Balkany qui se remet à l’hôpital d’une tentative de suicide après avoir publié sur Facebook un long message se terminant par « #Jesuisfatiguée et, comme c’est la Fête du Travail, je vais en profiter pour faire une grosse sieste… »  Elle est a priori tirée d’affaires et ses jours ne seraient plus en danger.

Son absence n’empêche pas le procès de battre son plein et de frôler parfois la franche rigolade, notamment pour ce qui concerne la propriété du riad de Marrakech où le couple se rend régulièrement et dont le véritable propriétaire se cache derrière un montage juridique anonyme et très branché paradis fiscaux. M. Balkany affirme que cette demeure est détenue par un homme d’affaire originaire du golfe persique ayant été en affaires avec la ville de Levallois dont il est le maire, et qu’elle est gracieusement mise à sa disposition. L’affairiste en question est présent à la barre et explique qu’il n’a pas besoin de sociétés prête-noms pour détenir des propriétés à travers le monde entier, il réfute donc être propriétaire de ce riad. On ne sait pas à qui appartient cette demeure ! On ne sait pas à qui sont payés les loyers mais la seule chose qui est connue c’est que la famille Balkany l’occupe très régulièrement, au moins une certitude qui n’est contestée par personne.

Comme une situation similaire avec une villa à Saint-Martin dans les Antilles avait finalement abouti à l’aveu par Mme. Balkany que cette propriété était bien la leur, la justice à quelques doutes également pour celle de Marrakech.

Le procès déballe tout un tas de piteux secrets d’une famille d’aigrefins qui a passé sa vie à frauder sur le fil étroit de la légalité. Il est question d’argent liquide, de billets de 500 EUR dans les poches des peignoirs, de comptes offshore, de commissions occultes, d’affaires immobilières douteuses, de prête-noms, d’avions privés, etc. Même le fils est failli après avoir investi dans des plateformes dédiées au poker et payé la caution de sa mère pour lui éviter la prison…

Tout ce petit monde fraude à hauteur de revenus et d’actifs largement supérieurs à la moyenne et dont l’origine n’est pas toujours claire. Nombre de citoyens fraudent également le fisc, chacun en proportion de ce qu’il gagne. Le « bonus » des Balkany c’est qu’en plus de frauder ils sont élus. Le matin ils votent l’impôt au parlement et dans leur conseil municipal et l’après-midi ils dérogent aux règles qu’ils ont votées. Le fait d’être élus est avancé par eux comme un blanc-seing pour contrevenir à la loi et une absolution donnée par les électeurs. Patrick Balkany rappelle ce fait devant le tribunal avec sa gouaille et sa vulgarité habituelles ; pas sûr que les juges ne se laissent convaincre aussi facilement que les électeurs. En tout cas, il y a déjà quelques années que la droite conservatrice officielle (RPR, puis UMP et LR) a cessé d’être convaincue et refuse de lui donner son habilitation pour les élections municipales auxquelles il se présente « sans étiquette ».

La famille Balkany, c’est l’archétype du mélange douteux entre intérêt général et affaires particulières. Malheureusement cela ne choque plus grand monde dans une société qui privilégie l’individualisme au-dessus de tout. D’ailleurs, au Café du commerce le sujet Balkany est la plupart du temps évoqué avec un petit sourire, voire un soupir d’admiration et d’envie.

Que la justice passe !

La droite conservatrice en plein marasme

Le parti Les Républicains est en pleine descente aux enfers après le score de 8 et quelques % réalisé aux élections européennes dimanche dernier, qui a déçu certains et semblé surprendre tout le monde. Sa tête de liste le gentil philosophe catholique Bellamy est aux abonnés absents et le grand chef à plumes Laurent Wauquiez, après avoir rendu responsable le président de la République de ce score a décidé d’organiser des états généraux de son parti en septembre prochain. Soit !

Ce que ne dit pas cette affiche bien propre c’est juste derrière ces trois ravis de la crèche se cachent les numéros 3 et 4 de la liste électorale : Nadine Morano et Brice Hortefeux qui ne sont pas vraiment des perdreaux de l’année. Ces deux zigotos viennent donc d’être élus députés européens pour représenter la France au parlement européen durant les cinq prochaines années et aux frais des contribuables européens. C’est assez navrant !

Peut-être ne faut-il pas chercher beaucoup plus loin la raison de ces 8% qui doivent être finalement assez proche du niveau de popularité de ces deux dinosaures de la politique conservatrice, qui traînent depuis des décennies dans les couloirs du pouvoir. L’un des thèmes à mettre en avant lors des états généraux serait sûrement : comment renouveler le personnel politique présenté aux suffrages des électeurs.

Imaginer un seul instant que Nadine Morano est repartie pour cinq années de mandat européen fait juste frémir d’horreur comme l’illustre le niveau de crétinerie hors catégorie de l’un de ses tweets pris au hasard dans une longue liste, enrichie tous les jours :

Des sondeurs incompétents

Comme assez souvent ces dernières années, les vendeurs de sondages ont commercialisés des produits plutôt avariés. Ils se sont beaucoup trompés, sur le taux de participation comme sur les résultats de nombreuses listes aux élections pour le parlement européen qui se sont tenues hier. On ne peut guère les blâmer de leurs erreurs tant la prévisibilité du vote de Mme. Michu présente un écart-type considérable. En revanche ce qui est assez stupéfiant c’est qu’ils aient encore autant de clients pour dévorer ces produits avariés, du côté de la presse comme du côté des partis politiques !

Durant la campagne électorale, la plupart des sujets de débats médiatiques portaient sur les sondages, pas sur les programmes. Le lendemain même de cette élection où ils se sont tant trompés, les vendeurs de sondage plaçaient encore leurs produits avec des questions fondamentales du genre : « faut-il que le président de la République change de programme ? »

Ils ont quand même eu à se justifier sur la piètre qualité de leurs prestations et certains ont trouvé une explication plutôt inattendue et d’une mauvaise foi de première catégorie : ce serait l’affaire Vincent Lambert qui aurait fait changer d’avis au dernier moment nombre des électeurs. Il faut quand même oser ! Vincent Lambert est ce malheureux patient dans un état végétatif depuis dix ans à la suite d’un accident de voiture, sans espoir médical de rémission, et dont la famille se déchire devant la justice pour savoir s’il faut arrêter ses traitements au non. Les atermoiements de la justice ayant connu un dernier épisode quelques jours avant le scrutin, le jeune catholique militant menant la liste de Les Républicains y est allé de son couplet sur « il n’y a pas de vie indigne d’être vécue » ce qui, outre son opposition à l’avortement, est en accord avec ses convictions religieuses affichées et aurait détourné une partie de ses électeurs au dernier moment et expliquerait le score de 8,5% de ce parti.

C’est possible, comme le contraire est également probable. Le mieux serait de ne plus faire autant de battage sur les sondages mais d’analyser les programmes proposés aux électeurs. A moins que l’on ne lance un sondage auprès de ceux-ci avec la question :

« Voulez-vous continuer à voir l’argent public dépensé auprès d’officines de sondages qui délivrent depuis des années des prévisions erronées qui ne servent à pas grand-chose sinon à créer de l’émotion inutile, ou préférez-vous que cet argent et le temps perdu par tous sur ces sondages sans intérêt soient consacrés à plus d’analyse et d’intelligence ? »

Des résultats électoraux inattendus

Les partis de gouvernement historiques sortent laminés de l’élection française au parlement européen qui s’est déroulée aujourd’hui. Le PS associé à Place publique emporte 6,2% des suffrages et Les Républicains 8,5%, ce qui est fort peu pour des partis qui ont dirigés la France depuis l’après-guerre. C’est un peu la confirmation de leurs scores aux élections présidentielles de 2017 mais on dirait qu’ils n’arrivent pas à renouveler leurs idées et, surtout, leur personnel.

C’est particulièrement intéressant dans le cas de Les Républicains qui avaient placé Nadine Morano en n°4 et Brice Hortefeux en n°5, et l’on avait échappé de justesse à Rachida Dati qui avait renoncé pour se consacrer aux élections municipales parisiennes. On ne peut pas dire que cette liste fleure bon le renouvellement des personnes…

Ce soir, le chef de ce parti, Laurent Wauqiez, a déclaré :

Le Président de la République a fait un choix lourd de conséquences, en réduisant le débat européen à une croisade contre Marine Le Pen pleine d’arrière-pensées, ce qui n’a abouti qu’à une seule chose : faire progresser les extrêmes. Il a une lourde responsabilité. Il n’a pas été un rempart contre le Rassemblement national, il a été ce soir l’artisan de leur progression.

On ne peut pas dire que ce genre de pleurnicheries fleure bon le renouvellement des idées ni un sens aigu des responsabilités… Pas sûr que la barre ne se redresse pour les prochaines élections !

L’impayable François Asselineau !

L’impayable François Asselineau continue à labourer son sillon pour la sortie de la France de l’Union européenne (ainsi que de la zone euro et de l’OTAN) en affichant sa bobine sur les affiches électorales de la campagne pour le parlement européen. Haut fonctionnaire de la République, formé à HEC et à l’ENA, il a travaillé dans quelques cabinets ministériels de droite et a été conseiller municipal de Paris durant quelques années. Il se présente à toutes les élections en ne recueillant que quelques miettes ne lui permettant pas d’être élu (sauf une fois) et encore moins de se faire rembourser de ses frais électoraux. Comme il engage tout de même des dépenses sans doute substantielles, on se demande comment il les finance. Si c’est sur ses ressources personnelles on peut au moins s’incliner devant cet altruisme politique plutôt inédit, comme devant sa constance dans ses idées.

En tout cas, son programme unique de sortie de l’Europe et de l’OTAN ne semble guère soulever l’enthousiasme des foules. Il est peu probable qu’il en soit autrement dimanche prochain.

Edouard se lâche, enfin !

A défaut de parler de leurs programmes électoraux, les responsables politiques se titillent sur leurs comportements ou leurs habitudes. En l’occurrence le premier ministre fait référence à la « droite Trocadéro » en souvenir de ce mémorable meeting du candidat Fillon sur la place du Trocadéro en 2017, sous une pluie battante, alors que submergé par les affaires de prévarication et de malversation il tentait encore de s’accrocher à sa candidature. Fui par tout le monde, même son pré-carré l’avait trahi, il ne restait que ses électeurs à la foi indestructible. On dit que l’équipe du candidat en déroute avait rameuté l’association religieuse conservatrice Civitas et l’on a vu à la télévision quelques redoutables interviews de membres de ce clan.

Alors Edouard Philippe fait un peu dans la facilité avec cette saillie de bas étage, il nous avait habitué à plus de bienveillance, mais il nous fait tellement rire qu’il ne faut pas s’en priver ! La droite « Trocadéro » devrait rester dans les annales des petites phrases médiatiques.

L’aboyeur aboie

L’aboyeur en chef de l’opposition de droite depuis des années, Christian Jacob, 60 ans, chef du groupe parlementaire Les Républicains, n’a pas déçu son auditoire aujourd’hui à l’assemblée nationale. A la suite d’une prestation du premier ministre venu présenter une première restitution du « grand débat », il a invectivé, critiqué, aboyé, éructé, blâmé, une heure durant, tout ce qui passait dans son esprit à courte vue, terminant en apothéose en réclamant de nouvelles élections. Sa prestation est visible sur le site de l’assemblée : https://www2.assemblee-nationale.fr/deputes/fiche/OMC_PA1695).

Quand on pense que le programme économique mis en œuvre actuellement est grosso-modo celui que proposait le candidat de droite à l’élection présidentielle de 2017, on reste coi devant le niveau de mauvaise foi dont est capable ce garçon, cela force vraiment l’admiration mais laisse penser que l’ancien monde est toujours bien vivant dans la politique française.

Jamais avare d’une incongruité, il est, notamment, auteur d’une proposition de loi n°1721 du 20/02/2019 « visant à rétablir le pouvoir d’achat des Français » en six articles dont la lecture est un vrai délice. Qu’on en juge :

  1. L’article 1 propose de réindexer en 2019 les pensions de retraites et les allocations familiales sur l’inflation, avec un effet rétroactif.
  2. L’article 2 propose de réindexer les aides au logement sur l’inflation.
  3. L’article 3 prévoit d’annuler la hausse de la CSG pour l’ensemble des retraités.
  4. L’article 4 vise à rétablir les plafonds du quotient familial, tels qu’ils existaient avant qu’ils ne soient fortement abaissés par la majorité socialiste en 2012.
  5. L’article 5 prévoit de baisser de 10 % l’impôt sur le revenu des deux premières tranches, pour réduire la pression fiscale supportée par les classes moyennes.
  6. L’article 6 prévoit de gager cette proposition de loi. « Nous ne pouvons malheureusement pas, juridiquement, gager une proposition de loi par une baisse des dépenses, ce qui nous oblige à gager cette proposition de loi sur le tabac. Mais Les Républicains ne souhaitent évidemment pas d’augmentation des taxes sur le tabac et proposent de compenser le coût de ces mesures de pouvoir d’achat (10 milliards d’euros) par une baisse des dépenses publiques de 20 milliards d’euros par an. »

Quand on pense que ce personnage a été ministre de la République à plusieurs reprises en participant très largement à une politique financière en partie responsable de la situation actuelle (le dernier budget en équilibre remonte à 1974, Jacob avait 15 ans) il faut quand même un culot hors pair pour asséner une telle langue de bois en chêne massif ! C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est élu comme chef de groupe parlementaire depuis bientôt dix ans.

Allez, une petite dernière pour la route. C’est un peu long mais cela vaut vraiment les quelques minutes de lecture à y consacrer pour mesurer l’étendue du talent de contrefacteur de l’orateur : l’exposé des motifs de sa proposition de loi.

Mesdames, Messieurs,

Le Président de la République et le Gouvernement portent la responsabilité d’avoir mis en œuvre, faute de réelles baisses de la dépense publique, une politique massive de matraquage fiscal qui s’est révélée particulièrement préjudiciable pour le pouvoir d’achat des Français. Par une politique fiscale particulièrement injuste, le Gouvernement a par ailleurs monté les catégories de Français les unes contre les autres.

De ce fait, la question du pouvoir d’achat, mis à mal par ces augmentations d’impôts et de taxes, s’est imposée comme la revendication centrale des Français, et a été le catalyseur de la mobilisation des gilets jaunes.

En effet, en 2018, les automobilistes ont subi une hausse sans précédent des taxes sur les carburants, les retraités ont vu leur contribution sociale généralisée (CSG) augmenter de 25 %, sans aucune compensation pour huit millions d’entre eux, et les familles ont été appauvries par un important coup de rabot sur l’aide à la prestation d’accueil du jeune enfant. Au final, les mesures prises par la majorité ont eu pour conséquences d’augmenter les prélèvements obligatoires des ménages de 4,5 milliards d’euros, diminuant d’autant leur pouvoir d’achat.

En 2019, de nouvelles mesures ont impacté le portefeuille de nos compatriotes. Ainsi, le Gouvernement a décidé de désindexer les pensions de retraites, les aides personnalisées au logement et les allocations familiales de l’inflation. Ces pensions augmenteront donc près de cinq fois moins vite que les prix à la consommation, ce qui représente une perte de pouvoir d’achat de 500 euros par an pour un couple de retraités touchant chacun une pension de 1 500 euros. La hausse des taxes sur les carburants devait par ailleurs se poursuivre, frappant l’ensemble de nos compatriotes obligés d’utiliser leur voiture.

Le groupe les Républicains a eu beau alerter le Gouvernement et sa majorité sur l’injustice de ces décisions, toutes nos critiques et nos propositions ont été balayées d’un revers de main. Il aura finalement fallu une crise sociale sans précédent pour que le Président de la République, face à la pression, désavoue son Gouvernement, ouvre les yeux et accepte enfin de revenir sur certains choix. L’augmentation des taxes sur les carburants, prévue au 1er janvier 2019, a été abandonnée, de même que la hausse de la CSG pour une partie des retraités. Par ailleurs, le Gouvernement a partiellement repris la proposition des Républicains de désindexer les heures supplémentaires.

Néanmoins, ces mesures d’urgences, ô combien nécessaires, restent très insuffisantes pour améliorer véritablement le pouvoir d’achat des Français. Si le Gouvernement a reculé pour les plus modestes, les classes moyennes demeurent les laissés pour compte de la politique du Président de la République. Les pensions de retraites et les allocations familiales, ne seront pas réindexées sur l’inflation, et les retraités vivant seuls qui perçoivent 2 000 euros, ou les couples de retraités qui perçoivent 3 000 euros à deux, continueront de payer la CSG au taux majoré. Rien n’est prévu non plus pour rétablir les plafonds du quotient familial ou pour baisser les impôts des classes moyennes, en contrepartie de mesures structurelles d’économies budgétaires.

En effet, malgré quelques mesures d’urgence très ponctuelles, le Gouvernement n’a pas pris pleinement conscience de l’importance de la crise du pouvoir d’achat, qui est en train de fracturer notre pays. Tout comme il n’a pas suffisamment pris conscience du ras-le-bol fiscal légitime, et du profond sentiment d’injustice ressenti par les classes moyennes françaises.

Les classes moyennes, c’est-à-dire tous ceux qui ne sont pas considérés comme assez pauvres pour bénéficier des aides de l’État, mais qui voient leurs revenus et leur pouvoir d’achat sans cesse rognés. Toujours plus imposées, c’est essentiellement sur elles que repose le financement d’un système social perçu comme de moins en moins juste. Ainsi, chaque jour davantage, à l’inverse de nos voisins européens, l’écart se creuse entre l’impôt qu’elles acquittent et les prestations sociales dont elles bénéficient, notamment celles liées à une politique familiale progressivement détricotée depuis plusieurs années. Renversement considérable dans notre histoire, ces classes moyennes sont désormais convaincues que leurs enfants vivront moins bien qu’elles.

À rebours de ce matraquage fiscal des classes moyennes, initié par la présidence Hollande et poursuivi par celle d’Emmanuelle Macron, les députés du groupe Les Républicains souhaitent, par cette proposition de loi, redonner du pouvoir d’achat aux Français et tout particulièrement aux classes moyennes.

Cela exigera en contrepartie de s’engager dans une politique courageuse d’économies budgétaires pour mettre fin à l’excès de dépenses publiques. Car moins de dépenses publiques, c’est avant tout une fiscalité moins lourde qui encourage l’investissement dans l’économie et permet de stimuler la croissance et l’emploi. C’est dans cette optique, que les Républicains ont fait, lors de l’examen du budget 2019, des propositions précises, chiffrées et ambitieuses pour faire des économies à hauteur de 20 milliards d’euros par an.