Une arriviste aux dents longues

Virginie Calmels, ex-chef d’une société de production d’émissions parmi les plus abrutissantes de la télévision française, entre autres : Secret Story, Star Academy, La Ferme Célébrités, s’était récemment recyclée en adjointe du maire de Bordeaux avec sans doute l’idée de lui succéder le moment venu. Elle avait d’ailleurs soutenu ledit maire, Alain Juppé, 72 ans, lors de sa candidature à l’élection présidentielle en 2017, puis rallié François Fillon après qu’il gagna l’élection primaire conservatrice, et vient maintenant de rallier Laurent Wauquiez, chantre d’une droite identitaire plutôt spécialisé dans les slogans que dans la réflexion et pas forcément compatible avec le « jupéisme » si tant est qu’existe un tel courant de pensée.

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On peut dire que Mme. Calmels est plutôt flexible dans ses convictions et manifeste une forte capacité d’adaptation pour réaliser ses ambitions que l’on ne connaît pas précisément d’ailleurs. Il n’est pas sûr qu’elle réussisse à succéder à son mentor bordelais ; il n’est pas évident qu’elle n’eut pas mieux réussi dans le pouvoir économique en restant dans l’entreprise plutôt que de vouloir mordre sur les plates-bandes politiques. Mais l’attrait des plateaux télévisés et l’illusion des ors des palais du pouvoir ont été plus forts que la raison. A force de tourner comme une pirouette elle risque de se brûler les ailes. La République s’en remettra, elle aussi sans doute.

Il vaut mieux tenir ses engagements, surtout les plus faciles

A plusieurs reprises le président français a expliqué aux journalistes qu’il choisirait les sujets qu’il veut aborder au lieu de se les faire imposer par la presse. Il a pris pour habitude également de préciser qu’il ne s’exprimerait pas sur la France à l’occasion de ses déplacements à l’étranger, ce qui était plutôt de bonne augure.

Hélas, hélas, cet engagement pourtant relativement facile à tenir, même face à la meute des cartes de presse, a été violé plusieurs fois récemment. En août à Bucarest il accuse la France de ne pas aimer les réformes. En Grèce en septembre, il revient sur ce blocage devant toute transformation en ajoutant :

« Je serai d’une détermination absolue et je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes ».

Ces vérités sont bonnes à dire mais il vaut mieux laver son linge sale en famille et proférer ce genre de jugements à l’intérieur de l’hexagone plutôt qu’en dehors des frontières devant des étrangers qui doivent s’en tordre de rire. Encore mieux : on peut aussi concentrer son énergie à combattre cette inertie dans la discrétion plutôt que dans la presse.

Savoureux : comment avaler on chapeau !

La partie « non constructive » du parti Les Républicains ne sait plus vraiment comment avaler son chapeau. Les premières semaines du gouvernement actuel sont en train d’accoucher de décisions et de réformes qu’ils n’avaient pas même osé faire. Comme il leur est bien difficile de s’opposer frontalement et qu’ils ont quand même un égo et une historiette à défendre, ils approuvent du bout des lèvres tout en marquant un mécontentement de façade. Le meilleur à cet égard est sans conteste Eric Woerth qui après avoir critiqué la transformation du code du travail s’attaque maintenant à la baisse des emplois subventionnés par les contribuables, en acceptant le principe mais condamnant la méthode.

Cache ta joie Eric, cache ta joie. Avec son air d’épagneul triste, cet ancien ministre voit probablement venir la fin de son parcours politique, perspective qui semble peu le réjouir lui qui a déjà la bonne humeur pas vraiment expansive. A 61 ans, il est peu probable qu’il puisse un jour rebondir politiquement. Diplômé d’HEC et de Sciences-Po, il fut un ministre une peu terne, trésorier de l’UMP et de campagnes sarkozyenne, maire de Chantilly. Il n’a pas fondamentalement démérité mais, sans doute, son heure est passée, sans gloire ni trop de remous. Un grognard de la République, à peu près fidèle à ses idées. Il risque d’être oublié assez rapidement.

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Et une première transformation, une !

La réforme du code du travail a été dévoilée aujourd’hui dans sa version quasiment définitive. Elle offre plus de « flexibilité » aux employeurs, en français cela veut dire qu’elle retire du pouvoir aux syndicats, facilite les licenciements et autorisent des CDI « temporaires ». Il s’agit en réalité d’une kyrielle de mesures assez abscondes mais qui sont à ce stade plutôt bien accueillies par les syndicats patronaux.

Cette « flexibilité » est censée booster les recrutements sur le thème : « je vais embaucher plus librement puisque je pourrai débaucher plus facilement ».

En réalité personne ne sait bien si les résultats attendus seront au rendez-vous. Seul l’avenir le dira. Personne n’avait réussi à inclure tant de « flexibilité » dans les règles françaises. Cela vaut probablement le coup de tenter l’expérience. Seul le dernier gouvernement de la présidence Hollande avait commencé le travail avec la loi El-Kohmry qui avait déclenché une opposition aussi féroce que la réaction à la loi actuelle est molle et divisée. Quelques caciques-grognons de la droite « non-constructive » s’opposent doucement en cherchant quelque chose à critiquer, comme Eric Woerth qui déclare : « La réforme du code du travail est facile parce que le terrain a été préparé depuis longtemps »…

Il faut vraiment le lire pour le croire. Venant d’un ancien ministre de précédents gouvernements conservateurs, il donne un peu l’impression de vouloir tirer la couverture à lui, comme s’il avait participé à cet ouvrage. Il cache sa joie le bougre ! A tout le moins il cherche à dévaloriser ce qui été fait. M. Woerth a été réélu député de la République cet été, il aura tout loisir de s’opposer et pourra utiliser la tribune du Parlement pour faire état de propositions des réformes qu’il n’a pas su mener lorsqu’il était au gouvernement.

Combat d’arrière garde

Le parti d’opposition Les Républicains a déposé un recours devant le conseil constitutionnel suite à l’adoption de la loi de moralisation de la vie politique française. Ces députés de rencontre contestent l’impossibilité qui leur est désormais faite d’employer comme assistants parlementaires des membres de leurs familles proches. Cette mesure sera peut-être effectivement considérée comme inconstitutionnelle car rompant l’égalité entre les citoyens mais dans quel combat d’arrière garde que celui-ci ? N’ont-ils rien de mieux à faire que de refuser une règle qui fait à peu près l’unanimité dans tous les partis et nombre d’autres pays européens ? La chose est de plus de tellement peu d’importance que le fait que des élus bien élevés par l’école de la République et correctement payés par les contribuables puissent passer leur temps à ergoter s’ils pourront ou ne pourront pas employer leurs épouses ou leurs enfants, laisse pantois !

Le recours porte également contre la « banque de la démocratie » qui est un mécanisme financier destiné à donner accès à des financements même quand les banques refusent de prendre le risque de financer les partis.

Woerth tweete

Dans la journée du 25 juillet, Eric Woerth, député Les Républicains a adressé 6 tweets à ses fans dont celui-ci-dessous marquant ses doutes sur la baisse de l’aide au logement de 5 EUR/mois :

Il est croustillant de lire l’opposition conservatrice s’opposer à la baisse des prestations sociales quand on se souvient du programme présidentiel du candidat qu’elle a soutenu et dont Eric Woerth fut le penseur et rédacteur du volet économique.

L’obsession Taubira dure toujours


Avec son habituelle subtilité de maquignon provincial, Christian Jacob, chef du groupe Les Républicains à l’assemblée nationale, n’a pas pu s’empêcher, dans sa réponse au discours de politique générale d’un premier ministre ex-Les Républicains, d’attaquer le « démantèlement pénal de Mme. Taubira ». Celle-ci n’est plus ministre de la justice depuis plusieurs années mais elle a déclenché une telle haine dans le cœur et l’âme des conservateurs du fait de sa promotion du mariage homosexuel qu’ils en ont développé une espèce de réflexe pavlovien la faisant évoquer à tout bout de champ alors même qu’elle a disparu du monde politique.

Le coté plutôt drôle de la situation est que plutôt que de se référer aux vieilles lunes de son parti, sans doute M. Jacob aurait mieux fait d’être un peu plus clair sur ce que son groupe parlementaire pense de la politique annoncée. Sur 100 députés Les Républicains, 1 a approuvé le discours du premier ministre, 23 ont voté contre, 75 se sont abstenu (dont M. Jacob) et 1 n’a pas voté !

Guaino mis à la retraite d’office

Candidat à l’élection législative, Henri Guaino, 60 ans, n’ira pas plus loin que le premier tour où il a récolté moins de 5% des suffrages. Avec la subtilité qui le caractérise, ce conservateur colérique s’en est pris ainsi à ceux qui n’ont pas voté pour lui :

L’électorat qui a voté dans la deuxième circonscription de Paris aujourd’hui dans le 6ème arrondissement, le 5ème et une partie du 7ème est à mes yeux à vomir. Il y a les bobos qui sont dans l’entre soi de leur l’égoïsme, et puis il y a cette espèce de bourgeoisie traditionnelle de droite, un peu pétainiste, tous ces gens qui ont voté à la primaire de la droite.

Ce garçon a toujours été aigri malgré des idées intéressantes. Ces dernières années ses frustrations ont pris le dessus et il a progressivement sombré. Il n’est finalement pas une mauvaise chose que ce type de personnage soit mis à la retraite.

Et ça continue…

Avec pugnacité et mauvaise foi l’opposition au nouveau président de la République française continue à présenter aux électeurs l’un des éléments du programme fiscal annoncé de façon subjective. Il est prévu de baisser les charges sociales (cotisations maladie et chômage) de 3,15% et de financer cette diminution par une hausse de la Contribution sociale généralisée (CSG) de 1,7%. L’opposition ne parle que de la hausse bien sûr, pas de la baisse… Pour ce qui concerne la position de Les Républicains, leur position ne manque pas de faire sourire quand on se souvient que leur candidat à la présidence prônait une hausse de la TVA de 2%.

Il s’agit en fait d’un transfert de financement d’une taxe vers une autre. C’est en principe globalement neutre même s’il y aura des gagnants et des perdants, comme dans toute réforme. Dire le contraire serait mentir. La loi de Finance qui sera finalement votée par la nouvelle majorité dira finalement ce qu’il en sera dans la vraie vie.

Les digues lâchent (suite)

Pour la première fois le Front national recrute un allié et engrange un ralliement. Nicolas Dupont-Aignan, candidat indépendant de la droite souverainiste au premier tour ayant récolté 4 ou 5% des voix, rallie l’extrême droite et se voit offrir en échange le poste de premier ministre si Marine Le Pen était élue dimanche prochain. Ce n’est pas très brillant.

Un peu découragé face à l’adversité, on a parfois envie de penser : « si les français veulent vraiment voter pour la droite extrême, eh bien soit, qu’ils l’élisent et on la verra à l’œuvre ». Mais on se reprend aussitôt en pensant à l’avenir de nos enfants.

Les digues lâchent

La droite catholique conservatrice a accumulé tellement de ressentiment avec les réformes sociétales de ces dernières décennies : droit à l’avortement, mariage homosexuel, procréation assistée, etc… que ses préventions au vote en faveur de l’extrême droite lâchent. Christine Boutin, 73 ans, tweeteuse forcenée (qui avait annoncé par erreur la mort de Jacques Chirac sur son compte) appelle à voter pour la candidate du Front national au deuxième tour de l’élection présidentielle. Il en va de même de Marie-France Garaud, 82 ans, ancienne conseillère de l’ombre de la droite gaulliste. Ces deux femmes âgées n’ont sans doute plus d’influence significative sur les électeurs mais représentent assez bien la direction que prendront probablement nombre des militants de cette droite conservatrice.

Plus marquante est la position du mouvement Sens commun, issu de la contestation contre la loi autorisant le mariage homosexuel en 2012/2013, et qui s’est depuis constitué en lobby conservateur influent de l’UMP/Les Républicains puis inséré dans la campagne du candidat François Fillon pour en orienter les éléments sociétaux du programme. Il est probable que cette nouvelle influence a effrayé nombre des soutiens de Fillon, ceux plus centristes et ouverts, les soutiens de Juppé par exemple. Evidemment ce virage à droite, légitime par ailleurs, a été laminé par les affaires révélant le rapport particulier du candidat à l’argent. La défaite était au bout du chemin… Le mouvement a communiqué dès le 24 avril :

…Devant le choix qui leur est aujourd’hui proposé entre l’extrême droite et l’extrême flou, nous demandons aux Français de peser en conscience les conséquences de leur vote lors du second tour. Respectueux de la liberté de chacun, Sens Commun ne donnera pas de consignes, suivant son habitude. Nous sommes néanmoins convaincus que le vainqueur de ce scrutin, quel qu’il soit, ne saura réunir qu’une majorité divisée et impuissante, et nous continuons à croire que l’un et l’autre programmes seront dévastateurs pour notre pays : nous ne souhaitons ni le chaos de Marine Le Pen ni la déconstruction d’Emmanuel Macron…

De fait, le résultat du deuxième tour la semaine prochaine n’est pas acquis, celui des législatives qui suivront en juin encore moins. Cette droite catholique conservatrice est évidemment frustrée de la situation actuelle et va tout faire pour peser dans le futur et faire émerger ses idées.

Les affaires Fillon s’étoffent

 
Avec la régularité d’un métronome, de nouvelles révélations viennent aggraver les difficultés électorales du candidat conservateur à l’élection présidentielle. Après avoir appris qu’il avait employé sa famille (sa femme et deux de ses enfants) à l’assemblée nationale, rémunérée avec de l’argent public, pour des prestations sur la réalité desquelles enquête la justice, François Fillon a été mis en examen, puis on apprit que ses enfants lui ont reversé une partie de leurs rémunérations, sa fille pour lui rembourser « les frais de son mariage », son fils pour rembourser son loyer pris en charge par ses parents.

Après avoir admis avoir reçu un prêt sans intérêt de 50 000 EUR en 2013 d’un homme d’affaires du CAC40, on découvre aujourd’hui qu’un affairiste de la Françafrique lui a offert deux costumes à 7 000 EUR pièce il y a quelques semaines.

Tout ceci n’est décidément pas très raisonnable, et même carrément stupide. Cela va commencer sans doute à quelque peu saper le socle électoral du candidat. On est frappé de découvrir le manque de jugeote assez désarmant pour une personnalité de cette stature qui, a priori, aurait dû être en mesure d’autofinancer ses besoins compte tenu des rémunérations qui lui sont versées par le contribuable depuis des décennies, sans avoir besoin d’aller taper des affairistes. On frémit en pensant aux possibles conflits d’intérêt et on rigole désormais très franchement en entendant le candidat expliquer comment il va passer les dépenses publiques à la paille de fer.

On reste aussi confondu de la facilité avec laquelle toutes ces affaires sont révélées au public et à la presse. Certains de ces cas ne devaient être connus que de peu de monde, et pourtant Fillon a été trahi. Il l’a donc été par de très proches, et à plusieurs reprises. C’est la rançon à payer pour ces largesses dont il a bénéficié et qu’il aurait été plus avisé de refuser. La trahison est consubstantielle de la politique française, Fillon a sous-estimé cette tendance. Il le paiera peut-être cher.

Fillon s’égare

Fillon-le-stupide explique qu’une chaîne de télévision aurait annoncé le suicide sa femme. Vérification faite ce n’est heureusement pas le cas, aucune télévision ni radio n’a jamais lancé une telle nouvelle qui a juste circulé sur les réseaux dits « sociaux » qui brillent généralement plus par le tissu de bêtises complotistes qu’ils diffusent que par la qualité de leurs informations. Il suffit de ne pas les lire.

Encore une nouvelle stupidité au passif de Fillon !

Le Canard Enchaîné révèle cette semaine que François Fillon, candidat conservateur à l’élection présidentielle française, a emprunté 50 000 EUR en 2013 à un homme d’affaires du CAC40, celui-là même qui a également employé Mme. Fillon deux années durant avec un salaire confortable pour des prestations sur la réalité desquelles la justice est en train d’enquêter. Ce prêt sans intérêt a été remboursé, le tout étant confirmé par l’avocat du candidat.

On reste confondu devant tant de maladresse et d’absence complète de sens des réalités. Qu’un ancien premier ministre, ministre et parlementaire depuis 40 ans ait besoin de 50 mille euros, soit. Mais qu’il ne songe pas une seconde qu’il ferait mieux d’aller emprunter à la Caisse d’épargne de la Sarthe, comme Mme. Michu, plutôt que d’aller taper un affairiste, laisse songeur. Ce n’est sans doute pas illégal mais on imagine sans peine les soupçons de conflit d’intérêt qui pèsent sur de telles transactions. Cerise sur le gâteau, le candidat a oublié de mentionner ce prêt reçu dans sa déclaration de patrimoine due par tout parlementaire. Et tout ceci ne se passe pas dans les années 90’ à l’époque des malversations des Chirac, Emmanuelli et autres Juppé, mais… en 2013 soit un temps où le personnel politique était censé avoir compris que les petits arrangements entre amis étaient de moins en moins tolérés par les électeurs.

Tout ceci n’est pas très grave mais risque d’obérer sérieusement les chances de la droite à l’élection présidentielle qui étaient pourtant gagnée d’avance si l’on en croit les journalistes mondains de plateaux télévisés.

Affaire dans l’affaire : on se demande qui peut bien informer la presse de ces affaires. En l’occurrence il s’agit d’une transaction financière entre un politique et un homme d’affaires qui n’a pas été déclarée. Mis à part les deux impétrants, seules leurs banques a pu identifier le flux financier. Qui dénonce ?

Le bal des pleutres

Finalement, Fillon-le-stupide-de-la-campagne est confirmé comme le candidat conservateur pour les élections présidentielles. Aussitôt les traîtres qui avaient fui reviennent vers l’étable avec plus ou moins d’élégance de de bonne volonté. Contrairement à ce qu’annonçait les gens « bien informés », François Fillon tient bon et réussi à convaincre ses interlocuteurs politiques qu’il n’y a pas d’autre solution que sa candidature pour une élection qui se déroulera dans moins de deux mois. Alors les fuyards qui ont quitté le navire dès qu’une première brise s’est mise à souffler auraient peut-être mieux fait de réfléchir à deux fois. Mais on peut leur faire confiance pour revenir au bercail en bramant sur le rassemblement et l’unité.

Le bal des mondains

Dans un dîner en ville quelques convives assènent d’un air entendu et bien informé : « Fillon sera débranché demain ! ». Et quand on demande sur quoi repose une telle assertion, ils répondent « mais sur les sondages bien sûr et ce que l’on entend à la radio ».

Il est toujours étonnant de voir des citoyens accorder encore quelque crédit que ce soit aux sondeurs démiurges ou aux journalistes mondains. On a rarement vu deux corporations aussi incompétentes que celles-ci ces dernières années où elles n’ont pas cessé d’annoncer des évènements qui ne se sont pas produit, des résultats électoraux qui ont été démentis par la réalité, des prévisions apocalyptiques aussi ridicules qu’infondées.

Le lendemain de ce dîner de bobos, François Fillon était confirmé comme candidat unique de la droite à l’élection présidentielle.

Le bal des Judas

Le plus stupéfiant dans les aventures de Fillon et de ses petits arrangements familiaux c’est la rapidité avec laquelle tous les « amis de sa famille politique » ont immédiatement décidé de le trahir à la première brise contraire. On aurait pu imaginer une alternative où ils se seraient réunis comme un seul homme derrière le candidat et son programme, clamant la présomption d’innocence et la nécessité de réformer la République avec ce projet libéral plutôt radical qu’aucun d’eux n’avait eu le courage de formaliser sinon par quelques messages-slogans en 140 signes sur Tweeter ! Que nenni, c’est la débandade Solère, Estrosi, Morano et des dizaines d’autres quittent le bateau et sautent à l’eau.

Où sont les engagements, la croyance dans un programme, la parole donnée, les valeurs politiques ? A l’eau avec le reste ! Les traîtres n’écoutant que leur veulerie partent en courant voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Pas sûr qu’ils ne trouvent un pâturage beaucoup plus accueillant avec un plan B, C ou autre. En cas de victoire de Fillon à la présidentielle, hypothèse qui n’est quand même pas encore définitivement impossible, nous risquons d’avoir quelques bons moments et dessins satiriques avec le ralliement des traîtres qui reviendront immanquablement à la soupe.

Il est étonnant de voir que si peu de ces responsables conservateurs n’aient pris le pari de continuer derrière leur candidat un peu amoché par cette histoire d’emplois familiaux. Quoi qu’il en soit, il y aura demain des règlements de comptes dans le parti Les Républicains. Ils pourraient être bénéfiques s’ils en profitaient pour changer de génération, remiser les quinqua et sexagénaires pour faire émerger les plus jeunes. Il faut savoir passer la main et tirer les justes conclusions de la décadence en cours. Les jeunes ne feront pas pire.

Patrick Stéphanini, directeur de campagne démissionnaire de Fillon est le symbole de cette génération perdue. 63 ans, énarque, il a roulé sa bosse dans nombre de cabinets ministériels de droite, pantouflé dans des préfectures lorsque la gauche était au pouvoir, été parachuté dans des circonscriptions législatives imperdables, qu’il a perdues, etc. Entre deux postes politiques il est régulièrement nommé à des positions administratives qu’il n’occupe, si l’on ose dire, que quelques mois le temps que se présente une nouvelle occasion plus politique pour lequel il se croit sans doute plus apte et utile. M. Stéphanini est également condamné a de la prison avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. C’est ce même Stéphanini qui démissionne de son poste de directeur de campagne du candidat Fillon alors que celui-ci n’est pas même encore mis en examen. Qu’aurait-il eu à perdre, à 63 ans, de faire preuve d’un peu plus de respect de ses propres engagements en faveur d’un homme et de son programme ? Il devrait logiquement prendre maintenant sa retraite et cesser de polluer la vie politique française. En principe il ne devrait pas être trop étouffé par les remords. Ainsi va la vie politique en France.

Les serpents à sonnettes se débinent

Alors que François Fillon risque d’être mis en examen dans l’affaire de ses petits arrangements familiaux, beaucoup des serpents à sonnettes qui composent son entourage politique de la droite commencent à le lâcher et démissionnent de leurs postes de l’équipe de campagne alors qu’il est convoqué par les juges le 13 mars mais que sa mise en examen n’est pas encore certaine.

La stupidité de trop du candidat a été de dire qu’il renoncerait à sa candidature s’il était mis en examen pour finalement revenir sur cet engagement et annoncer qu’il continuerait quoi qu’il arrive. Ce n’est pas très sérieux, évidemment, mais la facilité avec laquelle tous ces élus de rencontre quittent le bateau Fillon en dit long sur la légèreté de leur engagement. La traîtrise est un mode de fonctionnement dans la politique française, ce n’est pas nouveau, mais elle s’exprime ici avec une vigueur et une rapidité plutôt inédites.

Les lâcheurs ont aussi peur de ne pas être réélus aux législatives qui suivront la présidentielle, ou de ne pas avoir le poste de ministre auquel ils rêvent, si Fillon ne pouvait atteindre le second tour. Ils regardent leur porte-monnaie et se disent que la soupe risque d’être un peu aigre s’ils restent avec ce candidat boiteux. Alors, comme un troupeau de gnous à la recherche d’un point d’eau à la fin de la saison sèche dans le cratère du Ngorongoro ils cherchent désespérément un candidat plus prometteur.

On a es dirigeants que l’on mérite !