BRMC – 2010/05/12 – Paris le Bataclan

On croyait Los Angeles dédiée au new age et autres fantaisies technoïsantes, aux surfeurs blonds et airhead et aux bombasses hollywoodiennes siliconées et bardées d’iphones, eh bien certains ignoraient que cette ville a engendré l’un des plus fantastiques groupes de rock de la planète : les Black Rebel Motorcycle Club ! Leur retour à Paris ce 12 mai lèvera toute ambigüité sur le sujet.

Le Groupe affiche une nouvelle batteuse, Lea Shapiro, ex-Raveonettes, appliquée, frappeuse et jolie, à l’aise dans ce monde de mecs, et un nouveau disque, Beat The Devil Tatoo.

Ils entrent sur scène au son de Please don’t leave me de ce bon vieux Buddy Gut joué sur  la sono qui déjà fait trembler le Bataclan sous les coups de bass. Tous habillés de noir, Robert et sa bass au bois aussi éraillé que son blouson-cuir, coiffe en bataille, Peter en chemise cow-boy, clope au bec et rouflaquettes, Lea cheveux au vent, les yeux grand ouverts comme étonnée au milieu de ses fûts. Les affaires commencent sur War Machine et Mama Taught Me Better extraits du dernier disque. Robert n’a pas même pris le temps de chausser la bandoulière de sa bass qu’il tient des deux mains alternativement sur ses genoux ou comme une mitrailleuse dont il arrose la foule. Sniper de génie, il touche au but à chaque coup. Dès les premières notes 80% des spectateurs se massent dans les 20% d’espace aux pieds de la scène ; pression et transpiration, telles sont les mamelles de l’évangile selon le Club. L’éclairage est minimal, des projecteurs aux pieds des micros donnent un air crépusculaire à nos deux héros qui sont le plus souvent plongés dans le noir, les yeux fermés, les doigts virevoltant sur les manches, délivrant leur épitre, celle des Dieux du Rock ‘n Roll, non point perdus dans une stratosphère cosmique et épurée, mais bien au centre de notre monde, celui de brutalité de la cité et des rythmes du combat. Car ces trois là sont bien sur le sentier de la guerre, fils d’une Amérique fondée sur la conquête et la salvation.

Une petite respiration sur Red Eyes And Tears et les choses repartent encore plus haut avec Bad Blood puis la suite ininterrompue d’une musique qui fait vibrer les murs et nos âmes, d’une noirceur vertigineuse et d’une énergie surhumaine, désespérément inspirée par un blues des plus véridique. Rob et Pete chante d’une voix similaire, aigüe et torturée, plaçant des mots simples sur la vie, évacuant les peines avec les notes. Ils parlent des épreuves et des déchirures, des pertes et des rédemptions. Ils parlent de notre existence et l’éclaire de leur brûlante vision de sac et de cordes. Ils sont les Black Rebel.

Whatever Happened To My Rock’n’Roll (Punk Song) qui termine la première partie est une envolée démesurée qui tend à l’épopée ; les musiciens ont quitté la scène et les larsens distordus des guitares jetées sur les amplis continuent de siffler. L’atmosphère est vitrifiée par l’émotion.

Mais ils reviennent bien vite pour un nouveau 3/4 d’heure de Rock qui débute par une reprise de Dylan jouée par Robert, seul à la guitare acoustique, à genoux devant le premier rang. Ils interrompront Conscience Killer  le temps d’évacuer un spectateur qui n’a pas tenu le choc et poursuivront par un deuxième rappel après Spread Your Love se termine sur Shadow’s Keeper dans un déluge sonique où Peter transforme le son de sa guitare en une éruption volcanique où l’électronique se substitue à la lave, générant la même dévastation.

Cette fois-ci après 2h1/4 de furie l’on croit le concert terminé mais retentit alors la bass lente et assourdie de Rob alors que se déploient des faisceaux de fin lasers verts à travers la salle et que les Black entonnent Open Invitation qui nous sera servi comme épitaphe d’un show d’anthologie :

On and on/ I’ve been waiting on the open invitation/ You’re silent show me no relation/ In the rising cold/ Don’t you feel alone/ I’ll be standing with your sorrow/ All you left me’s gone away tomorrow/ And we may never be here again/ And we may never be here again/ Pull me up/ On either side/ Don’t leave me standing alone in the light/ Pull me up/ On either side/ Don’t leave me standing alone in the light

On and on/ I’ve been waiting on the open invitation/ You’re silent show me no relation In the rising cold/ Don’t you feel alone/ I’ll be standing with your sorrow/ All you left me’s gone away tomorrow/ And we may never be here again/

And we may never be here again

Comme à son habitude Robert viendra jouer quelques morceaux acoustiques sur le trottoir du boulevard de la République pour les fans fidèles à la sortie du show.

Le chroniqueur bouleversé a déjà en poche son billet de Rock en Seine pour leur apparition parisienne du 27 août. Il surfe fébrilement sur leur site (d’excellente facture) pour sélectionner un prochain concert accessible : ce sera à Londres le 11 décembre.

Set list: War Machine / Mama Taught Me Better / Red Eyes And Tears / Bad Blood / Beat The Devil’s Tattoo / Love Burns / Ain’t No Easy Way / Aya / Berlin / Weapon Of Choice / Annabel Lee / Whatever Happened To My Rock’n’Roll (Punk Song) //

Encore1: Visions Of Johanna [Bob Dylan] / Shuffle Your Feet / River Styx / Half-State / Conscience Killer / Six Barrel Shotgun / Spread Your Love //

Encore2: Stop / Shadow’s Keeper / Open Invitation

Warm up: Zaza

Conroy Pat, ‘Charleston Sud’.

Sortie : 2009, Chez : Albin Michel. Le nouveau roman-fleuve de Pat Conroy ; comme les précédents c’est une histoire sur le Sud dans lequel se déchirent les familles sur fond de senteurs tropicales et de déchaînements climatiques, de douceur de vivre et de réglements de compte, de bonne éducation affichée et de perversions introverties, de nobles traditions et de haines ancestrales. Un groupe d’amis de l’université qui ont survécu aux barrières raciales et sociales, partent à la recherche de l’un d’entre eux, mourant du Sida à San-Francisco. Ils le ramènent à Charleston où ils auront à affronter les remugles du passé. L’histoire est haletante, l’écriture simple, comme toujours s’y mêlent naïveté de certains sentiments et noirceur de la vision du Monde et de la famille. Un bon cru.