La Nouvelle Calédonie fait de la résistance

Le referendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, ancienne colonie devenue « territoire d’outre-mer », se déroulera ce dimanche 4 novembre. La question posée :

« Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à lapleine souveraineté et devienne indépendante ? »

Les derniers sondages penchent en faveur du Non mais les sondages se sont beaucoup trompés ces dernières années. Avec les « Kanaks », espérons néanmoins que le Oui l’emporte et que ce magnifique archipel existe désormais de façon indépendante d’une France éloignée de plus de 15 000 km ! Indépendance ne veut pas dire rompre les liens mais signifie plus prosaïquement « être responsable » de ses actes et la responsabilité a beaucoup manqué dans ce territoire ces dernières décennies.

Lire aussi : Nouvelle-Calédonie, le référendum est en marche.

Le crépuscule des bobos, l’envol des ploucs !

Dans un bel ensemble les démocraties votent les unes après les autres pour des pouvoirs qui reviennent sur les grandes directions économiques et sociétales suivies depuis l’après-guerre. La mondialisation est condamnée et le retour sur les frontières nationales est prôné, la liberté de circulation des individus est progressivement entravée, la fermeté et l’autorité sont annoncées comme remède à la délinquance. Ces évolutions politiques significatives fleurent, un peu, les relents d’extrême droite des années 30’ mais sans arriver à trop effrayer. On a quand même du mal à y déceler une idéologie, il s’agit tout au plus de recettes de cuisine basées sur le principe : « c’est pas ma faute, c’est celle de l’étranger » !

Aux Etats-Unis d’Amérique Donald Trump est devenu président, au Royaume-Uni les britanniques s’activent pour quitter l’Union européenne, les pouvoirs dans les pays d’Europe de l’est encaissent les subventions communautaires et contestent tout ce qui vient de Bruxelles, en Allemagne et en Autriche l’extrême droite (la vraie) se rapproche des commandes, la France risque de les rattraper dès qu’elle aura remplacé la dirigeante incompétente de son Rassemblement national, en Italie c’est un improbable attelage entre l’extrême droite et un parti « populiste » qui a pris les commandes. Si l’on regarde un plus loin, les Philippines sont présidées par un excité qui pousse les citoyens à se faire justice eux-mêmes, le Brésil vient d’élire un nostalgique de la dictature militaire d’antan, l’Inde est gouvernée par un parti nationaliste, la Chine, la Thaïlande, c’est un peu la même histoire, le Moyen-Orient c’est la guerre sans fin…

Le développement explosif des inégalités dans les pays libéraux et démocratiques, l’émergence du terrorisme religieux à travers la planète, l’abrutissement général des masses par le fouteballe, la téléréalité, la publicité, les réseaux et les aïe-phones…, tous ces phénomènes ont convergé pour rendre les électeurs des démocraties de plus en plus hermétiques aux discours des élites qui les dirigent depuis des décennies, bien éduquées, formées dans les grandes écoles ou universités, rodées à la bienséance des petits fours de conférences internationales ; de Michel Rocard à Barack Obama, de Pierre Mendè-France à Angela Merkel, une génération de dirigeants policés est mise sur le côté et remplacée par une bande de forbans, grandes gueules aux teints rougeauds, élus sur des programmes de café du commerce.

La théorie économique prévoit leur échec, mais la théorie s’est beaucoup trompée dans l’Histoire récente. Le rétablissement ou le renforcement de la peine de mort n’a jamais enrayé la violence dans les pays concernés, mais qui sait ce dont sera fait l’avenir ? Le retour vers la religiosité d’Etat n’a fait qu’asservir les peuples dans le passé, peut-être va-t-elle maintenant les libérer ?

C’est le retour des ploucs au pouvoir et la défaite des bobos. Les premiers voulaient les clés de la maison, les seconds leur ont données, voilà au moins un mérite de la démocratie, la volonté des peuples est écoutée. Maintenant voyons les à l’œuvre et faisons le bilan des opérations dans dix ans. Les plus optimistes pensent que les forbans ne mettront pas en cause les institutions démocratiques même s’ils prennent quelques libertés avec leurs principes. Le mouvement devrait être réversible mais les bobos ont échoués à se faire réélire, alors souhaitons bonne chance aux ploucs.

PREVOT Sandrine, ‘Inde, comprendre la culture des castes’.

Sortie : 2014, Chez : l’aube poche.

Un livre malin et bien écrit sur l’organisation de la société indienne, qui se lit comme un guide de voyage « Lonely Planet ». Son auteur, Sandrine Prévot, anthropologue, connaît son sujet, le pays et ses habitants. Elle nous fait partager sa connaissance et son intérêt avec clarté.

Mais quel étonnement que de plonger dans la complexité de cette société fondée sur l’inégalité des castes, sur laquelle se superpose celle des classes plus classique et mieux partagée sur le reste de la planète. Quelle frayeur également de découvrir à quel point le concept de « pureté » guide les comportements, un concept qui en d’autres temps a mené à des désastres humains considérables. L’Inde n’est d’ailleurs pas restée à l’abri de cette violence ces dernières décennies.

Religiosité et inégalité semblent des valeurs régressives pour l’Occident mais n’empêchent pourtant pas l’Inde de progresser vers la modernité, tout au moins pour une partie de sa population. Gageons que, comme le reste de la planète, au fur et à mesure de son développement économique les habitants de ce grand pays rangeront ces références d’un autre âge au rayon du folklore traditionnel plutôt qu’au cœur de leurs faits et gestes. 

Dans sa conclusion l’auteur anticipe d’ailleurs des évolutions probables tout en affirmant que « se moderniser n’est pas s’occidentaliser ni adopter les valeurs occidentales » ! Certes, mais le développement et l’épanouissement d’une population génèrent très souvent des revendications d’égalité. L’éducation et l’ouverture à la science entraînent en principe un éloignement de la religion, le Dogme n’étant que très peu compatible avec la Raison. Comme d’autres, l’Inde est « en marche ».

Basquiat-Shiele à la Fondation Louis Vuitton

Merveilleuse exposition groupée Jean-Michel Basquiat / Egon Shiele à la Fondation Louis Vuitton, deux artistes sublimes, emportés en pleine jeunesse, le premier en 1988 d’une overdose à 28 ans, le second en 1918, au même âge, emporté par la grippe espagnole, deux êtres torturés et créatifs qui sont magnifiquement racontés ici !

Shiele, autrichien, fils spirituel de Klimt, est l’auteur d’une profusion de dessins, souvent des nus plutôt provoquants, mais aussi de troublants autoportraits ; ses personnages sont long et osseux, déglingués, à mi-chemin entre Giacometti et Corto Maltese, ils rapportent une vision du monde toute en angles et en érotisme.

Puis l’on monte dans les étages rejoindre les toiles de Basquiat, parfois gigantesques, qui nécessitent les grands espaces de ce bâtiment baroque. Le choc est total dans une explosion de couleurs, de personnages robotisés, de collages inattendus, de références multiples, de mots et d’images, de graffitis et de copies ; c’est une profusion d’idées et de visions d’une folle modernité. Basquiat est l’homme d’un lieu et d’une époque, new-yorkais des années 70 et 80’  il a vécu et animé cette folle période où le Velvet Undergound jouait à la Factory, où les poètes de la beat génération croisaient Bob Dylan au bar du Chelsea Hotel, il est devenu l’ami de Keith Haring, et au milieu de cette fabuleuse énergie créatrice, il a créé sans réserve, dessiné, peint, imaginé, il a bu son époque comme un buvard aspire l’air du temps, il a aussi et surtout restitué la souffrance de l’homme noir dans une société violente et raciste. Toute son œuvre est tournée vers cette mission rédemptrice : faire comprendre le sort du Noir sous la férule du pouvoir blanc, celui d’une complète domination, politique, sociétale, artistique ; un pouvoir absolu qui continue à asservir les descendants de l’esclavagisme, fléau de la civilisation américaine.

Les toiles se succèdent comme dans un tourbillon et le visiteur erre dans les salles, fasciné par l’incroyable et spectaculaire productivité de cet artiste dont quelques photos montrent l’aspect juvénile. Le tragique des thèmes abordés cohabite avec la naïveté des formes et des couleurs. Mais au cœur de ce temps l’étoile Basquiat va exploser, victime de l’héroïne, autre marqueur de cette époque avec le Sida. Création-destruction, on se croirait dans une chanson de Lou Reed. Il subsiste face à cette perte brutale un énorme regret mais surtout une fabuleuse actualité.

L’église fait dans le clanisme

On apprend avec stupeur qu’un schisme se déroule au sein de l’Eglise orthodoxe dont la section russe a décidé de rompre « totalement » avec le patriarcat de Constantinople car ce dernier aurait reconnu l’indépendance de l’Eglise ukrainienne qui était placée sous la tutelle russe depuis 332 ans. Du coup tout ce petit monde ne pourra plus partager ni liturgie ni communion entre ses fidèle mais chacun mènera ses petites affaires politico-religieuses de son coté, en attendant des jours meilleurs.

Constantinople on s’en souvient est le nom de la ville qui est devenue Istanbul après la chute de l’empire ottoman au début du XXème siècle. Le patriarcat en est resté à Constantinople et règne plus ou moins sur l’Eglise orthodoxe turque, c’est-à-dire un marché extrêmement réduit au sein d’un pays très majoritairement musulman, mais il étend aussi son autorité sur les territoires grecs autrefois conquis par les ottomans, dont la Crète, Patmos, Rhodos, Simi et quelques îles du Dodécanèse et même des micro-archevêché orthodoxes en Europe et en Amérique. Tout ceci additionné, cela fait plus de monde (et de ressources financières).

De schismes en excommunication puis en tentatives de réconciliation, les églises comme les partis politiques se déchirent, se divisent, agitées par l’ambition des hommes que la sagesse de Dieu ne parvient que rarement à apaiser. L’Eglise orthodoxe aujourd’hui c’est un peu comme la gauche en France, à force de se fâcher les uns avec les autres, ses représentants ont scindé le marché en une multitude de petites niches qui ne représentent plus grand-chose mais où chacun a monté sa propre boutique pour essayer d’en capter la clientèle. Dans l’Eglise orthodoxe le militant donne beaucoup et le parti est exonéré d’impôt, les intérêts commerciaux ne sont donc jamais très loin. Dans un cas comme dans l’autre, cela n’a finalement guère d’importance. D’ailleurs, les adhérents comme les fidèles ne semblent pas s’en émouvoir particulièrement.

Des frontières

Les négociations sur les conditions du divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne battent leur plein. Les difficultés auxquelles les britanniques ne s’étaient pas préparés, sans doute convaincus que le résultat de leur référendum de 2016 ne serait pas ce qu’il fut, ces difficultés sont grandes. Il est vrai qu’il faut démonter une fantastique bureaucratie multilatérale et en remonter une seconde qui fondera les nouvelles relations entre l’ile et le continent après la séparation.

Il apparaît que le point dur auquel se heurtent les parties concerne la frontière à rétablir entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, territoire britannique postcolonial. Et ce n’est pas la moindre des contradictions dans cette affaire : alors que l’une des causes majeures de cette volonté britannique de quitter l’Union est justement de vouloir rétablir les frontières et mettre fin à la libre circulation des personnes, le Royaume ne veut surtout pas en voir une réapparaître en Irlande. Tout d’abord la majorité conservatrice actuelle à Londres tient aussi à quelques députés d’Irlande du nord unioniste qui ne le veulent pas, mais surtout il existe des craintes probables que l’hypothèse ne relance la guerre civile et religieuse qui a ravagé ce territoire des décennies durant.

Le risque existe et Londres en fait un point de blocage à la conclusion de tout l’accord. Elle veut des frontières partout, sauf avec Irlande. L’Union ne sait pas trop comment faire avec cette exigence qui reviendrait à maintenir du libre-échange avec l’Irlande du nord qui est elle-même territoire britannique, ce qui fait réagir Londres qui refuse qu’une partie du Royaume reste régie par les règlements européens et à exercer des contrôles douaniers entre l’Irlande du nord et l’Ile principale britannique. C’est assez inextricable. En fait, au-delà des questions de souverainetés respectives, ce qu’il y a au bout du chemin c’est la question de la réunification de l’Irlande et c’est évidemment encore bien plus explosif…

TESSON Sylvain, ‘Un été avec Homère’.

Sortie : 2018, Chez : Editions des Equateurs.

Sylvain Tesson, écrivain pérégrin, ne raconte pas cette fois-ci ses propres voyages mais commente L’Iliade et L’Odyssée d’Homère. Il s’agit en fait de la compilation de chroniques radiophoniques diffusées à l’été 2017 sur France-Inter. Pour les écrire il s’exila quelques semaines sur une ile de la mer Egée, au cœur du théâtre des exploits d’Ulysse.

Evidemment, celui qui n’a pas lu Homère est un peu perdu dans toutes ces références aux Dieux et aux lieux de l’antiquité grecque. Pour beaucoup, le cheval de Troie n’est que le nom d’une technique permettant d’introduire des virus dans des systèmes informatiques… Mais qu’importe, Tesson nous remémore combien fut grande cette civilisation grecque polythéiste qui a largement autant fondé ce qu’est devenu l’Occident que la religion chrétienne monothéiste qui s’en suivit.

L’histoire d’Homère n’est que bruit et fureur, force et beauté, guerre et amour, ambitions et massacres, c’est l’aventure de l’Homme qui n’a rarement été qu’une promenade de santé. On ne sait pas bien d’ailleurs si Homère a véritablement existé ou s’il n’est qu’un personnage conceptuel. Quoi qu’il en soit, ces longs poèmes que sont L’Iliade et L’Odyssée lui sont attribués et ont traversé les temps depuis le VIIIème siècle avant JC pour rester l’un des textes fondateurs de la littérature humaine.

Ce que l’on découvre dans cette incroyable fresque des Dieux et des Hommes c’est que la nature humaine n’a guère évolué depuis bientôt 30 siècles. Difficile de dire s’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise nouvelle, mais Tesson prend un malin plaisir à souligner ce constat par des rapprochements, parfois osés, avec l’Homme « moderne ».

Accessoirement toutes ces références viennent nous rappeler, si besoin en était, le rôle créateur et destructeur du monde méditerranéen depuis ces 30 siècles, et la violence endémique qui s’attache à cette région. Là encore, rien n’a véritablement changé.

En refermant cet ouvrage on a envie d’ouvrir L’Iliade, puis de poursuivre avec L’Odyssée, Tesson a donc atteint son but.

La presse ventile le vide

Un remaniement ministériel est annoncé depuis quelques jours suite à l’abandon de poste du vieillard félon qui occupait le fauteuil de ministre l’Intérieur. Le président et le premier ministre prennent leur temps pour mettre en œuvre ce mouvement. Après tout rien ne presse, un ministre intérimaire a été désigné et, surtout, les fonctionnaires de ce ministère font leur boulot. Les citoyens ne semblent pas trop s’émouvoir de cette situation plus préoccupés par leur quotidien que par cette éphémère agitation médiatique de salons parisiens.

Le plus édifiant dans cette histoire est que la presse ne sait pas se taire quand elle ne sait pas ou même dire « je ne sais pas, passons au sujet suivant ». Elle ne connait pas ni quels ministres seront remplacés, ni par qui. Alors sur les plateaux télévisés chacun y va de son pronostic, certains font allusion avec un air entendu à des informations confidentielles qu’ils auraient obtenues, d’autres à des contacts au plus haut niveau qui seraient les leurs, untel saurait que tel élu aurait refusé une proposition, qu’un autre aurait sollicité un poste… En fait, très peu de monde doit savoir quelque chose et c’est très bien ainsi. Un remaniement ministériel ce n’est pas une vente aux enchères, discrétion et efficacité doivent être de rigueur. Mais cela, un journaliste de rencontre le vit comme une « entrave au devoir d’informer ».

Dans les écoles de journalisme on doit donner des cours sur le thème « remplir le vide sur les ondes quand on ne sait rien ». On peut penser que cet enseignement est de qualité car télévisions et radios françaises pullulent d’experts capables de tenir un plateau en moulinant dans le vide jusqu’à épuiser leurs auditeurs sans rien leur apprendre. Cette attitude est un étrange mélange entre autosatisfaction, nombrilisme et inculture. Heureusement il reste encore quelques médias où l’intelligence et la compétence priment sur la ventilation. Soutenons-les pour qu’ils survivent !

Le pape et le tueur à gage

Le pape catholique gratifie son marché d’une nouvelle déclaration contre l’avortement :

« Interrompre une grossesse, c’est comme éliminer quelqu’un. Est-il juste d’éliminer une vie humaine pour résoudre un problème ?… Est-il juste d’avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème ? »

Rien de bien nouveau sur le fond, l’Eglise a été, est et restera hostile à cet acte qui contrevient à son idéologie. La comparaison du médecin pratiquant l’avortement à un tueur à gages sera certainement appréciée par la communauté médicale. Les médecins qui croient à la Bible approuveront, ceux qui croient à la Raison souriront. Le mieux est certainement de traiter cette nouvelle saillie papiste par le dédain, vouloir convaincre l’Eglise catholique des bienfaits de l’avortement c’est un peu comme d’imaginer Marx en trader à Wall-Street chez Goldman Sachs. On ne saurait faire boire un âne qui n’a pas soif !

Evidement ces assertions moyenâgeuses renforcent ceux qui sont déjà convaincus mais il est improbable qu’elles fassent changer d’avis ceux qui privilégient la raison sur le dogme. En Europe certains pays restreignent considérablement (voire cherchent à interdire) le droit à l’avortement, ce sont les nations à forte domination catholique comme la Pologne ou l’Irlande. Les pouvoirs en place y sont élus démocratiquement et les conservateurs y dominent, ils adorent le pape et détestent l’avortement, c’est ainsi, on ne saurait toujours pas faire boire un âne qui n’a pas soif ! Sans doute les nouvelles générations feront évoluer la situation vers plus d’intelligence, une question de temps. Il suffit de voter pour un parti d’inspiration plus libérale et d’aller moins à la messe…

L’écume inutile de la politique

On le sait, suite à la démission du ministre de l’intérieur, vieillard irresponsable de 71 ans abandonnant le navire après une année au service de la République, un remaniement ministériel est nécessaire car il faut au moins remplacer le déserteur. En attendant, un intérimaire a été nommé en la personne du premier ministre. Il y a du monde sur le pont.

Les nominations n’ont pas encore été annoncées au bout de plusieurs jours alors les journalistes mondains et l’opposition à court d’idées glosent sans fin sur cette défaillance du pouvoir en place. Dans la réalité, la maison est tenue par les hauts fonctionnaires et il n’y a pas défaillance du pouvoir. Vu d’ailleurs le calibre du partant, on peut penser que ces dits fonctionnaires étaient déjà aux commandes lorsque le ministre âgé était à leur tête.

Ce déchaînement éphémère permet une fois de plus aux occupants des médias de s’exonérer de travailler sur les vrais sujets. Plutôt que de lire le projet de loi de finances 2019 (274 pages) et de l’expliquer aux citoyens, les journalistes de circonstance préfèrent parier sur l’heure exacte d’annonce de la composition du nouveau gouvernement. Plutôt que d’annoncer leurs programmes alternatifs de gouvernement les oppositions politiques diverses choisissent d’invectiver le pouvoir devant la télévision à l’assemblée nationale au sein de laquelle ils sont rémunérés par les contribuables pour travailler et non pour jouer au ballon.

Le chef du groupe Les Républicains à l’assemblée a fait aujourd’hui cette déclaration inoubliable au premier ministre qui l’écoutât avec sérénité :

« … quand les premiers soutiens désertent ou n’y croient plus, c’est une Bérézina annoncée. Ce n’est pas votre capacité à composer un gouvernement qui va rassurer les français. Depuis une semaine, la tragi-comédie continue. Vous n’arrivez même plus à dissimuler l’affaiblissement du pouvoir exécutif… Le président de la République a perdu son autorité, son crédit, son image personnelle est durement entachée. Votre politique est un échec. Le chômage, les impôts, le pouvoir d’achat, tous les indicateurs sont au rouge. Vous êtes aujourd’hui incapable de proposer un gouvernement crédible à la France tant c’est le vide autour de vous monsieur le premier ministre. Ma question est donc simple : jusqu’à quand cette mascarade va-t-elle continuer monsieur le premier ministre ? »

Ce garçon, Christian Jacob, joue le rôle de l’aboyeur en chef de la droite depuis si longtemps. Ex-ami de Jean-François Coppé, voilà des années qu’il injurie ceux qui ne sont pas dans son camp. Les comptes rendus des débats de l’assemblée nationale en attestent. Il faut quand même une drôle de constitution d’esprit pour exercer un tel métier. Sur sa fiche signalétique de l’assemblée nationale il se déclare « agriculteur » ; cela doit tout de même faire un moment qu’il n’a pas fait de récolte, il préfère manifestement le champ de bataille des questions au gouvernement que les champs de colza. Il fait partie de ce personnel politique qui abaisse le débat et abrutit ceux qui l’écoutent. Il a 58 ans, et sans doute encore sur la scène pour longtemps…

Le psychodrame de la baisse les dépenses

Le grand dossier du gouvernement français de la baisse des dépenses publiques par le pouvoir actuel. Rien de bien grave, cela dure ainsi depuis plus de 40 ans et aucun gouvernement n’a osé essayer (juste essayer) à commencer à ralentir légèrement la progression des dépenses qui ont toujours augmenté en France plus rapidement que les recettes, créant ainsi les 2 000 milliards d’euros de dette, toujours en hausse, que nous laissons à nos enfants.

Le projet de budget 2019 prévoit la baisse du nombre de fonctionnaires « conseillers techniques sportifs » de 1 600. Aussitôt le hourvari se déclenche de toutes parts : c’est un drame national, la France aura moins de médailles aux prochains jeux olympiques, la République ne s’en remettra pas, notre jeunesse va tomber au fond du gouffre, etc. etc. Avec son manque de subtilité habituelle, la société française, de Mme. Michu aux journalistes mondains en passant par les tweetos politicards, explique combien ces 1 600 conseillers sont un élément stratégique du futur de la France dans le monde.

Comme toujours, chacun est d’accord pour que baissent les dépenses publiques, mais en commençant chez le voisin. Intérêt général contre intérêts particuliers, encore. Une République rongée par la dette devrait pouvoir se poser sereinement et démocratiquement la question de la priorisation de ses dépenses. On peut sans doute imaginer que quitte à réduire la dépense, commencer par celle concernant le sport n’est pas la plus mauvaise des directions possibles. Mais… il faut aussi arriver à convaincre les français que « baisser les dépenses » signifie que les dépenses vont diminuer. Vaste tâche !

Irresponsable !

Le ministre de l’intérieur (71 ans) qui avait annoncé dans le journal L’Express sa volonté de quitter ses responsabilités ministérielles pour récupérer son ancien mandat de maire de Lyon, déclare cette semaine dans le journal Le Figaro qu’il présente sa démission le jour même, puis, celle-ci refusée, réitère le lendemain dans le même journal avant d’obtenir satisfaction et l’autorisation de fuir les responsabilités dont il avait été investi.

Bien entendu cette fuite inattendue perturbe durablement le travail gouvernemental et déclenche le bonheur de l’opposition et des journalistes mondains qui ne parlent plus que de ça. Bref, la République pâtit de l’acte d’un homme qu’elle croyait à son service. Le comportement de ce personnage âgé est irresponsable et égoïste ! Et pour quelles raisons déclenche-t-il tout ce désordre ? Pour récupérer son fauteuil de maire de Lyon, à 71 ans, et briguer un quatrième mandat. C’est l’illustration de l’un des syndromes de notre époque : l’abandon de tout sens de l’intérêt général au profit de ses objectifs personnels, à plus de 70 ans, se faire réélire maire de Lyon pour la quatrième fois.

Un vieillard qui se croit indispensable pour ses anciens électeurs lyonnais déclenche un tohu-bohu de première catégorie au cœur de l’Etat. Aveuglé par sa suffisance il n’hésite pas à laisser tomber son job de ministre au bout de douze mois en poste. Un homme rongé par l’ambition et la suffisance dont on espère que la ville de Lyon le renverra à une retraite qu’il aurait déjà dû prendre depuis longtemps. C’est affligeant !

Lire aussi : On démissionne à la télé

TESSON Sylvain, ‘Eloge de l’énergie vagabonde’.

Sorti en : 2007, Chez : POCKET 13536

Toujours à la recherche d’idées saugrenues pour justifier ses pérégrinations, Sylvain Tesson décide cette fois-ci de suivre à vélocipède la route des pipe-lines transportant le pétrole des Républiques d’Asie centrale vers l’Ouest. Ce chemin lui permet de vivre son attirance pour les pays de l’Est et de réfléchir sur l’importance de l’or noir pour l’économie de notre planète depuis plusieurs siècles.

Parti de la mer d’Aral en Ouzbékistan il pédale jusqu’aux rives de la Turquie méditerranéenne, entre chaleurs et vents du désert, au cœur de pays déglingués mais parfois extrêmement riches, souvent dirigés par des satrapes soviétisant, il chemine sans peur et sans reproche, bivouac au milieu de nulle part, croise des personnages improbables : douaniers, exploitants de plateformes pétrolières, éleveurs…

Le pétrole est le fil conducteur de ces errements à travers les steppes asiatiques, sa puissance, ses méfaits, la pollution engendrée, celle des paysages comme celle des âmes,

« Il brûle comme le sang de Satan. Il pue le souffre. […] Les guerres, les tensions, les corruptions qu’il suscite sont les preuves de l’énergie obscure qu’il dégage. »

Mais cette énergie est l’alpha et l’Omega du développement économique de la planète et les pipe-lines courent sur la surface de la terre comme les veines sous la peau de l’Homme pour irriguer la vie.

Tesson en profite, bien sûr, pour évoquer l’homo-soviéticus dont il est si proche, fait d’un mélange de vodka, de désespoir, d’énergie créatrice et souvent destructrice. Des musulmans du Kazakhstan aux chrétiens de Géorgie, Tesson dresse une fresque humaine rocambolesque de ces populations disséminées sur sa route. Il le fait dans son style toujours percutant où ses observations se mêlent à ses références philosophiques et littéraires. Il a le sens de l’aventure définitive, il a la plume d’un Kessel pour la faire partager à ses lecteurs !