Centrafrique ou Francafrique ?

La grande asperge Christine Okrent (70 ans) qui anime l’émission Affaires Etrangères le samedi sur France-Culture (sans égaler son prédécesseur Jean-Marie Colombani [65 ans]) consacre son émission d’aujourd’hui à la Centrafrique suite à la décision française d’y envoyer un contingent militaire, une nouvelle fois, pour essayer d’y rétablir l’ordre et de préserver les populations civiles des exactions de voyous dépenaillés qui mettent le pays à feu et à sang.

Ses invités chercheurs y assènent quelques contre-vérités étonnantes, notamment que les pillages actuels du pays sont du « jamais vu » ! Le garçon devrait retourner à ses chères études et relire Gide dans Voyage au Congo de 1927 dans lequel il raconte comment toute sa caravane a été intégralement pillée lors de son étape à Bossangoa…

Bossangoa c’est justement devant la cathédrale de ce bourg de brousse que des milliers de villageois des environs sont actuellement réfugiés en espérant que Dieu les protégera des leurs.

En matière d’inepties, le pouvoir politique français n’est pas en reste en ânonnant sur les risques « pré-génocidaires », les nécessités du développement pour compléter l’opération sécuritaire et le rôle de l’armée française comme supplétive de la force interafricaine, sans parler de l’habituel couplet sur les droits de l’homme.

Soyons réalistes et arrêtons de confondre massacres délinquants et génocide. Ce dernier terme a une définition bien précise donnée par l’ONU : il s’entend comme des crimes « commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Il se caractérise par l’intention d’extermination totale ou partielle d’une population et la mise en œuvre systématique de cette volonté. Nous n’en sommes pas là semble-t-il en Centrafrique ou plus simplement des voyous surarmés sans foi ni loi pillent et massacrent en toute impunité du fait de la disparition de toute autorité. Cela fait des décennies que cela dure dans ce pays, avec plus ou moins d’intensité, au hasard des errements des pouvoirs en place et des dérives de la Francafrique.

Car Dieu seul sait que la France a des choses à se reprocher dans la déliquescence de ce pays depuis sa décolonisation. Il a servi de camp d’entraînement pour l’armée française jusqu’en 1995, de terrain de chasse pour Giscard d’Estaing durant sa présidence, de bac à sable pour les centurions de la République envoyés à Bangui pour gouverner le pays, de théâtre pour Grand Guignol avec l’avènement de Bokassa 1er, de terre d’accueil pour des corses, des repris de justice, des agents secrets, bref tout un monde franchouillard interlope qui se retrouvait au bord de l’Oubangui pour festoyer dans cette poussière d’Empire au milieu des diamants, des jeunes filles, des casinos véreux et de l’illusion du pouvoir.

Le développement économique, n’y pensons même pas pour le moment ; l’implication de la force interafricaine, une vraie blague ; les droits de l’homme, on en reparlera au siècle prochain. L’armée française va là-bas pour rétablir l’ordre, montrer son gros bâton et mettre fin au banditisme. Elle peut le faire (elle l’a d’ailleurs déjà fait), c’est bien le moins qu’elle doive à ce pays qu’il faudrait mettre sous tutelle avec finesse et subtilité en attendant des jours meilleurs.

La paix introuvable au Congo ex-Zaïre

La guerre dans l’est du Congo continue dans le même anonymat. Les puissances locales s’affrontent par l’intermédiaire de mouvements de rébellions créés et utilisés comme des marionnettes. La Rwanda et l’Ouganda veulent rester à l’avant-garde du pillage des ressources minières congolaises et soutiennent le mouvement rebelle M23. Cette fois-ci cette union hétéroclite perd un point contre l’Etat congolais soutenu par une force des Nations Unies. Mais l’hydre renaîtra de ses cendres dans cette région incontrôlable selon des critères onusiens. Il faudra faire un jour le bilan des millions de morts décomptés dans l’est congolais, depuis Kolwezi jusqu’au M23 en passant par le génocide rwandais. Tout le monde a participé à la curée : les forces coloniales, le Roi des belges, les sociétés minières, l’élite zaïroise affidée à Mobutu, les pays de la région, les ethnies locales. Tout le monde s’est ligué pour piller et asservir ce pauvre coin de la planète, loin de tout et riche de tant. L’affaire est loin d’être terminée et la paix semble un objectif inatteignable.

Récupération d’otages libérés d’Afrique

Quatre otages français, retenus dans le Sahara par des barbus sont libérés après trois années de captivité qui n’ont pas dues être faciles tous les jours. Comme de bien entendu, le ballet des politicards accompagne cette salutaire libération. Président et ministres se bousculent devant les micros et sur le tarmac où atterrit l’avion les ramenant à la mère-patrie.

Hollande est de la partie : serrage de paluches et discours au programme. Toute cette agitation est-elle bien nécessaire ? A-t-elle le moindre impact sondagier et populaire ? On peut en douter, il ne se passerait rien de différent si les choses étaient faites avec un peu plus de discrétion. Il n’y aurait sans doute ni plus d’électeurs ni moins qui voteraient pour les uns ou pour les autres aux prochaines échéances électorales. Peut-être même la décence pourrait être portée au crédit de ceux qui en ferait preuve…

Spéculation sur la dette publique de Detroit

La ville de Detroit aux Etats-Unis d’Amérique pourrait être déclarée en faillite dans les prochains jours. Des fonds vautours spéculent sur la dette colossale de la ville en rachetant à vil prix, à des porteurs inquiets, les obligations émises par Detroit au cours des années. Chacun fait un pari sur l’avenir, c’est le jeu de la spéculation, dommage qu’il s’applique également sur des biens publics.

L’actualité des banques

La banque JP Morgan Chase a réglé une amende d’un petit milliard de dollars ces dernières semaines après avoir reconnu son incompétence pour ne pas s’être aperçue qu’un de ses traders-fraudeurs avait pris des engagements tellement gigantesques et inopportuns qu’elle en a essuyé une perte de 6 milliards de dollars.

JP Morgan Chase serait maintenant en train de négocier une nouvelle amende d’une dizaine de milliards de dollars pour sa culpabilité dans l’une des plus grosses escroqueries financières de l’histoire de l’Humanité : la crise dite des subprimes. L’accumulation de ces pertes ou provisions pour pertes futures a fini par mettre la banque en déficit. Elle annonce en effet une perte trimestrielle de 400 millions. Le patron se veut rassurant et déclare :

“While we had strong underlying performance across the businesses, unfortunately, the quarter was marred by large legal expense. We continuously evaluate our legal reserves, but in this highly charged and unpredictable environment, with escalating demands and penalties from multiple government agencies, we thought it was prudent to significantly strengthen them. While we expect our litigation costs should abate and normalize over time, they may continue to be volatile over the next several quarters.”

Le plus stupéfiant dans cette affaire est que ces amendes et pertes qui se chiffrent en milliards de dollars ne mettent la banque en perte que de 400 millions sur un trimestre… Cela en dit long sur la disproportion existant entre les profits réalisés sur ces opérations et les risques légaux pris pour les réaliser !

Rassurons-nous, sur l’année 2013 entière la banque restera largement profitable.

La Centrafrique dans le gouffre



La République Centrafricaine poursuit sa longue descente vers l’abîme. Entamée il y a plusieurs décennies avec quelques épisodes aussi clownesques que tragiques, où la France hélas a joué un rôle pernicieux et fort peu glorieux, cette décadence n’est qu’une longue succession de sang et de misère. J’ai accompagné deux années durant ce destin d’un pays ravagé par la violence, le sida et l’alcool. Des années sombres.

Le dernier épisode est un énième coup d’Etat mené l’an passé par une bande de dépenaillés qui a fait tomber le pouvoir défaillant comme un fruit pourri de son arbre. Evidemment les nouveaux barbares n’ont pas ramené l’Etat qui a déserté ce pays depuis des années, ils ont par contre introduit le conflit religieux qui n’existait pas vraiment avant, on se contentait de conflits ethniques.

La ville de Bossangoa au milieu du pays est aujourd’hui le centre des combats. Déjà Gide racontait en 1926 dans son Voyage au Congo comment la caravane qu’il accompagnait fut intégralement dévalisée à… Bossangoa. J’y ai vécu des évènements similaires dans les années 90.

Craignant une somalisation de cette République, l’Occident poussé par la France, prend une énième résolution du conseil de sécurité pour mettre en place une énième force internationale qui devrait battre la brousse à la recherche des « coupeurs de route », sorte de despérados sanguinaires d’une autre époque, tuant-massacrant-dépouillant les populations. Et comme à chaque fois, cette force multinationale devra quitter le pays dans quelques mois sous les caillassages des centrafricains, ou au moins de certains d’entre eux, accusée de néo-colonialisme. Le pays sera alors rendu à son penchant pour cette diabolique anarchie qui semble le guider depuis des lustres. Ou peut-être un homme providentiel sortira de la brousse pour emmener cette République vers un gouvernement apaisé ?

Des cinglés en Somalie

Une bande de cinglés somaliens (et autres nationalités semble-t-il), moitié islamistes, moitié gangsters, massacrent à tout va dans un supermarché de Nairobi au Kenya. Evidemment ils se drapent une fois encore derrière le drapeau de l’islam pour commettre leur forfait. Les autorités kényanes ont du mal à reprendre le contrôle de la situation. Le bilan va sans doute se chiffrer en dizaines de morts.

Ben Laden a dit de son vivant : « nous aimons la mort autant que vous aimez la vie ». Les cinglés du jour appliquent cette maxime devant les médias du monde entier, et en direct sur leur compte tweeter. C’est ce qu’on appelle de la terreur. On peut être assuré que demain le régime syrien va expliquer pourquoi il a raison de lutter dans son pays contre le terrorisme, et la boucle sera bouclée dans ce Moyen-Orient agité dont la violence déborde gravement sur l’Afrique ces derniers temps.

Faire la guerre pour la démocratie ?

Cette affaire de l’utilisation d’armes chimiques en Syrie fait ressurgir querelles d’égos et indifférence, mais en réalité surtout l’indifférence. Celle des pays émergents qui sont plus préoccupés par leur développement économique que par les barbaries de la planète, celle des opinions publiques occidentales qui sont fatiguées de ce Proche-Orient sans cesse agité de soubresauts guerriers et toujours à la pointe en matière d’armements asymétriques et non-conventionnels, des opinions publiques sans plus d’espoir sur ces interventions militaires occidentales aux effets mitigés.

Peut-être après-tout que l’époque n’est plus celle d’une morale internationale active ? Si tout le monde se fout, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, qu’un pays utilise des missiles et des gaz de combat pour réprimer sa propre population, peut-être faut-il laisser faire. Si pas grand monde sur la planète n’y attache d’importance faut-il qu’encore longtemps l’occident se sente investi d’une mission civilisatrice de redresseur de torts et se fasse huer par le monde entier quoi qu’il fasse ?

L’exemple de l’Afghanistan est à cet égard emblématique. Après le 11 septembre les armées occidentales sont allées « casser la gueule » des talibans dans le cadre onusien. Les talibans abandonnent le pouvoir sans trop se défendre pour se réfugier dans les montagnes inexpugnables de ce beau pays. Les troupes occidentales restent sur place pour « établir la démocratie » et faire de l’humanitaire, et l’on tombe de Charybde en Sylla : les attentats, des centaines de morts dans l’armée occidentale, des dizaines de milliards d’euros partis en fumée, l’échec de la démocratie, la relance de la corruption, les actions troubles du Pakistan, les accusations permanentes d’impérialisme du reste de la planète, etc. etc. Et les talibans qui reprendront immanquablement le pouvoir après le départ en 2014 des derniers soldats de la coalition.

Le « cassage de gueule » était légitime (même le pape de l’époque avait reconnu la situation de légitime défense), l’objectif additionnel d’établir la démocratie était vain même si a priori sympathique. Il n’a pas été atteint.

Syrie et faux-jettonerie internationale

Avec une grande hypocrisie, tellement caractéristique du débat politique dans nos démocraties, l’UMP n’est prête à soutenir une intervention en Syrie que dans le cadre d’une décision de l’ONU. A priori une telle décision est peu probable puisque la moitié des membres permanents disposant d’un droit de veto au conseil de sécurité est contre, en tout cas une petite moitié avec la Russie et la Chine qui soutiennent la Syrie. C’est leur droit.

Le droit de veto existe dans les statuts de l’ONU et il est utilisé de-ci de-là de façon légale par les membres du conseil de sécurité. Après le célèbre discours de Galouzeau de Villepin à New York en 2003 pour tenter de décourager la coalition anti-Irak d’envahir le pays, la France (ainsi que la Russie) a menacé de d’opposer son veto ce qui a fait renoncer la coalition à demander la couverture de son action par l’ONU et la guerre de 2003 a été menée hors du cadre de la légalité internationale de l’ONU, avec ses effets pour le moins mitigés. Le droit de veto existe au sein du conseil de sécurité, il ne faut pas s’étonner que certains l’utilise.

Pied de nez de l’Histoire, la première intervention internationale contre l’Irak qui avait envahi illégalement le Koweït avait été faite dans le cadre d’une résolution de l’ONU et la Syrie avait déployé une brigade de soldats dans la coalition… Hafez, le père de fiston-Bachar avait même obtenu que Bush l’ancien lui serre la main entre deux portes des bureaux de l’ONU à Genève.

Dans le cas de la Syrie, il y aura peut-être tout de même une intervention armée sur la base de la convention internationale contre l’utilisation des armes chimiques (non ratifiée par la Syrie bien entendu). A Paris comme à New York chacun joue du billard à multiples bandes. L’UMP se défausse sur l’ONU et évite de prendre une position claire, Russes et Chinois s’opposent aux Etats-Unis histoire de marquer leurs territoires, les monarchies sunnites du Golfe persique soutiennent les rebelles syriens car le régime est lui soutenu par l’Iran chiite, Israël reste attentive mais planquée, le pape François 1er appelle à une journée de jeûne multi-religions contre la guerre (ça ne peut pas faire de mal), les grands pays émergents (Brésil, Inde,…) sont plus préoccupés par leur balance des paiements que par un pays méditerranéen que la plupart de leurs électeurs ne savent pas situer sur une carte du monde, etc. etc.

Localement la guerre civile continue avec les moyens d’une guerre civile mise en œuvre par des bandes de voyous, sauvages et sans foi ni loi, uniquement préoccupés par leur maintien, ou leur conquête, au/du pouvoir. Les égos et l’aveuglement stupide des parties en présence rendent toute solution politique improbable pour le moment. C’est inextricable. C’est le Moyen-Orient.

La Syrie : source de perturbations mondiales

Les dirigeants occidentaux se rejettent le mistigri pour savoir comment « punir » le régime syrien fortement soupçonné d’utiliser des armes chimiques de terreur contre ses opposants. Le régime félon est soutenu par la moitié de sa population, la moitié des pays musulmans et la moitié du conseil de sécurité des Nations unies. On ne peut pas dire que ce pays est isolé ni que ses pratiques soient véritablement condamnées par l’opinion internationale, malgré cent mille morts et deux millions de réfugiés.

En gros il n’y a que des coups à prendre dans cette affaire ; le parlement britannique vient de voter contre une intervention et le parlement américain doit se prononcer d’ici une semaine. Les élus représentants Mme. Michu devraient logiquement rejeter l’idée d’une intervention armée, quelle qu’en soit l’ampleur.

On aurait pu penser que l’utilisation d’armes chimiques en Syrie déclenche l’émotion de la planète, ce n’est pas vraiment le cas et les copinages géopolitiques prennent le dessus sur la morale, d’autant plus que les alliés de la Syrie ont beau jeu de rappeler les bobards racontés par l’occident pour justifier des interventions multilatérales en Bosnie, Iraq ou Lybie… La Russie et la Chine (et d’autres membres non permanents du conseil de sécurité) n’aiment pas ces va-t‘en-guerre de l’Ouest qui sous prétexte d’imposer leur conception des droits de l’Homme défont les régimes. Evidemment ils craignent que cela ne leur arrive un jour.

Outre la répression actuelle (et passé) contre ses opposants, la famille Assad a trempé d’une façon plutôt active dans toutes les affaires de terrorisme international du XXème siècle. C’est peu dire que bon nombre de pays occidentaux aimeraient en finir avec ce clan.

Très probablement, cette fois-ci encore, l’occident restera l’arme au pied et l’armée syrienne continuera son travail de sape, sûre de son bon droit, utilisant les armes redoutables en sa possession, ni trop pour ne pas choquer les bonnes âmes outre mesure, ni trop peu pour être efficace. L’opposition continuera à bouffer de la vache enragée et à recevoir des armes des pays arabes la soutenant. Cela va durer encore mais probablement pas indéfiniment. On pourrait imaginer une partition du pays, pourquoi pas, si c’est un moyen d’apaiser la situation ?

Le proche et moyen orient va rester pour les années à venir une source de perturbation pour la planète, hélas. Il faudra bien qu’un jour ces gens, et leurs parrains, s’entendent !

Le chimiste

Nouveau bombardement avec des armes chimiques en Syrie, cette fois dans des quartiers de la capitale Damas. L’occident suppose que le responsable est le régime Assad au pouvoir, la Russie avance que ce sont les rebelles. Le problème est que les deux parties sont sans doute capables du pire. Techniquement on peut quand même présupposer que le régime en place a un meilleur accès aux stocks d’armes chimiques accumulé durant des années que la rébellion, mais tout est possible.

L’occident s’emberlificote entre euphémismes et subtilités sémantiques pour savoir s’il faut ou non réagir militairement face à l’utilisation de ces armes de terreurs largement utilisées en Europe durant la guerre de 1914/18. En gros il n’y a que des coups à prendre dans cette affaire où la famille Assad reste soutenue par la moitié du pays, la Russie, la Chine et l’Iran, alors que l’autre moitié est en train de se faire dévorer par les barbus et soutenir par des régimes islamiques pour le moins rigoureux et fermés. Quelle que soit la faction qui gardera ou prendra le pouvoir elle sera anti-occidentale et ce pauvre pays mettra du temps avant de revoir la lumière…

La Centrafrique à la dérive

La Centrafrique continue à s’enfoncer dans l’anarchie et la violence, en voie de somalisation disent certains, un territoire sans Etat ni autorité où l’Homme est rendu à sa vraie nature. En fait, depuis la chute de l’ubuesque empereur Bokassa en 1981 ce pays n’est qu’une succession de coups d’Etat menés par des militaires dépenaillés et avinés, les populations sont livrées au pillage et au sida, des bandes armées écument la brousse, tuent, volent et violent sans vergogne avec parfois une coloration ethnique, mais le plus souvent juste l’appât du gain et la déshumanisation complète de cette voyouterie locale. La communauté internationale et africaine lève régulièrement des forces d’interposition, aussi impuissantes qu’inefficaces. C’est… désespérant !

Le 25 juillet, l’ONU s’est fendue d’un communiqué inquiet :

25 juillet 2013 – La mission politique des Nations Unies en République centrafricaine a dit jeudi sa préoccupation devant les violations des droits de l’homme qui auraient été commises dans le pays.

Un porte-parole du Secrétaire général, Ban Ki-moon, a déclaré depuis New York que le Représentant spécial du Secrétaire général en République centrafricaine, Babacar Gaye, avait rencontré hier des organisations non gouvernementales (ONG) qui l’ont informé de massacres de civils, de viols et d’autres violations commis de manière systématique par des soldats de la coalition Séléka.

« Elles l’ont également informé que les défenseurs des droits de l’homme avaient été ciblés et menacés par la Séléka et mentionné plusieurs tentatives de suppression des preuves d’abus, de pillage, de destruction de biens publics et de recrutement d’enfants», a affirmé le porte-parole.

Les hostilités ont éclaté en République centrafricaine en décembre 2012, lorsque la coalition rebelle Séléka a lancé une série d’attaques, pris le contrôle des principales villes du pays et avancé sur la capitale, Bangui. Les rebelles ont renversé le pouvoir de l’ancien Président François Bozizé en mars dernier.

De son côté, le Bureau intégré des Nations Unies en République centrafricaine (BINUCA) a condamné la semaine dernière les informations faisant état de multiples exécutions extrajudiciaires, accompagnées d’actes de torture et de mutilations.

Ngombet Jérôme, comptable de l’Association des femmes juristes de Centrafrique (AFJC), une ONG locale, est parmi les victimes identifiées.

«Ces exécutions ont eu lieu, selon toute vraisemblance, lors de contrôles de routine dans les zones rurales et dans la ville de Bangui », a indiqué le BINUCA dans un communiqué, avant de demander l’arrêt immédiat de ces graves violations.

Dimanche prochain un nouveau président de la République, arrivé au pouvoir par les armes, prêtera serment pour une soi-disant période de transition avant de prochaines élections démocratiques. Eternel recommencement  alors que les lance-roquettes continuent à tonner dans le pays à feu et à sang depuis 40 ans. Avec la Somalie et la Centrafrique, le continent africain démontre par l’absurde à quels tragiques errements peuvent mener des pays sans Etat.

Le Mali à la dérive

Le Mali vient d’élire son nouveau président : Ibrahim Boubacar Keita (IBK). L’une des premières mesures prises a été d’élever au grade de général le capitaine Sanogo (passant d’un coup 4 ou 5 échelons), militaire putschiste qui avait démis le dernier président élu par la force des baïonnettes. C’est un peu comme si de Gaulle avait nommé Salan maréchal de France en 1962… Il a préféré le déferrer devant les tribunaux militaires qui l’ont condamné à la prison à vie pour sa participation au « putsch des généraux » et ses activités de chef de l’Organisation armée secrète (OAS) de sinistre mémoire, peine dont il sera gracié en 1968.

IBK croit se protéger en promouvant un militaire félon. Il a sans doute tort. Il ne fait que suspendre un problème qui resurgira bientôt. Comme il va désormais devoir reprendre les négociations sans fin avec les Touaregs qui tournent leur turban comme Chirac tournait sa veste, c’est-à-dire très régulièrement, il est vrai qu’un peu d’apaisement entre le pouvoir politique et son armée dépenaillée ne sera pas de trop.

En résumé, IBK doit se colleter les Touaregs dont une frange active a servi des années durant de mercenaires au régime libyen de Kadhafi, puis après la chute de celui-ci a réintégré son Sahara d’origine avec armes et bagages (surtout des armes d’ailleurs) pour s’allier au Mali avec des islamistes de rencontre et fondre sur la capitale Bamako pour y régler leurs comptes et y administrer la charia au passage. L’intervention d’une force franco-africaine ayant contrecarré leur projet, ils ont alors changé de turban pour aider cette force à déloger les islamistes des villes du nord, car entre temps leur alliance avait été rompue, ce qui n’empêche pas lesdits Touaregs, en tout cas certain d’entre eux, de continuer à demander leur indépendance pour leur territoire de sable et de cailloux. Vous avez du mal à suivre ? C’est normal, c’est une histoire touareg, et cela dure ainsi depuis des décennies. Des accords sont passés, puis rompus, trahis et re-signés, et des règlements de compte sanglants entre populations noires du sud et populations touaregs du nord viennent émailler tristement cette inconstance.

C’est l’éternel conflit entre les sédentaires et les nomades. Jusque-là ni la force ni la négociation n’ont réussi à calmer le jeu. Les haines sont rancies, les vengeances sont prêtes à exploser, l’incompréhension est totale. Voici le dossier auquel va s’atteler IBK, le moins qu’il puisse espérer est que son armée de dépenaillés reste calme pour quelques mois. C’est sans doute la raison de la promotion imméritée de Sanogo. Tout général qu’il est devenu, il ne tiendra pas longtemps ses troupes si l’Etat n’est pas capable de les payer à la fin du mois. A bon entendeur…