Les galonnés aiment le pouvoir en Afrique

Général Abdel Fattah Abdelrahmane al-Burhan

Un nouveau coup d’Etat s’est déroulé récemment en Afrique, au Soudan le mois dernier plus exactement. Le général Al-Burhan a pris le pouvoir et l’armée réprime avec ses méthodes habituelles, plutôt brutales, la contestation civile. Ce général a été largement impliqué dans tous les soubresauts violents de ce pays qui n’en a pas manqué depuis son indépendance en 1956. De façon originale, le Soudan était une colonie anglo-égyptienne du temps de la présence britannique, et l’Egypte l’a d’ailleurs toujours considéré comme son arrière-cour.

De rébellions en famines, d’islamisation rampante en soutien au terrorisme international, de massacres ethniques en résurgence de l’esclavagisme, de coups d’Etat en guerres civiles, d’accords de paix en invasions des pays avoisinants, de crise économique sans fin en gouvernance dictatoriale… le Soudan illustre à l’envie tous les échecs du continent. Autre originalité, après un terrible conflit entre les populations chrétiennes du sud et le pouvoir musulman du nord, une scission du pays a été entérinée en 2011 et le Soudan du sud a été créé, pour retomber immédiatement dans une guerre civile interne à ce nouveau pays…

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Rappelons que le Soudan a largement soutenu et accueilli les terroristes internationaux, de Ben Laden à Carlos. Ce dernier a d’ailleurs été « revendu » aux services français en 1994 qui l’ont récupéré à Khartoum pour le ramener et le juger en France. On n’ose imaginer les termes de la transaction ni ce qui a dû être cédé au Soudan en échange de cette capture !

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Bref, le Soudan est ce qu’il est, on peut le regretter mais rien ni personne n’a pu le faire se rapprocher d’une gouvernance « démocratique et apaisée » et il est peu probable qu’on y parvienne à moyen terme. Les réactions de circonstance se multiplient depuis le dernier coup d’Etat pour appeler à la démocratie et au respect des accords signés :

« Il faut assurer le plein respect de la charte constitutionnelle pour protéger la transition politique obtenue de haute lutte »

Secrétaire général des Nations unies (ONU) Antonio Guterres

Tout ceci est bel et bien beau, mais est-ce que ces Cassandre ne se sont jamais rendues au Soudan ? Elles auraient alors compris l’inanité de leurs appels « au retour à la démocratie ». Comme d’habitude, les régimes russe et chinois se refusent à vraiment condamner ce énième coup d’Etat au Soudan pendant que les pays occidentaux suspendent leurs aides et prennent quelques sanctions qui seront probablement bien vite levées pour éviter que l’anarchie propre à ce pays ne déborde trop à l’extérieur. Il faut certainement essayer de cantonner les dérives du pays à l’intérieur de ses frontières en aidant les populations et les nouvelles autorités sans trop déroger aux principes occidentaux, mais faut-il vraiment continuer à vouloir imposer de l’extérieur la démocratie à ce pays qui n’arrive définitivement pas à l’adopter ni à la mettre en place ?

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« One more jump » de Emanuele Gerosa

Un film documentaire sur la pratique du parkour par de jeunes palestiniens résidant à Gaza. Le parkour est une espèce de running de banlieue, ponctué de franchissement d’obstacles façon breakdance. C’est impressionnant et pratiqué par ces jeunes de Gazacomme un moyen d’évasion de leur chaudron Gazaouite, entre mer Méditerranée, police du Hamas et gardes-frontière israéliens, sans aucun espoir de futur sur place.

Alors tous ces gamins n’ont qu’une idée en tête : fuir leur prison vers l’Europe pour tenter d’y mener une vie meilleure. Le titre du film est une allégorie à cette tentation désespérée. L’un d’eux réussit à partir pour l’Italie pour participer à des compétitions de parkour et le film alterne entre les deux personnages principaux celui de Rome et celui de Gaza. Ceux qui sont restés envient le premier et… le condamnent d’être parti sans eux.

Présent dans la salle, le réalisateur revient ensuite sur les conditions de tournage en 2019 relativement aisées dans un environnement plutôt agité, l’obsession de ces jeunes pour quitter leur territoire sans espoir de retour, la bouffée d’air frais que représente la pratique du parkour dans l’environnement dévasté de Gaza. Il nous apprend pour finir que le premier personnage a eu un accident lors d’un entraînement en Italie et finira sa vie sur une chaise roulante et que le second a finalement pu quitter Gaza, également pour l’Italie, laissant les siens sur place sans doute pour toujours. Pas très gai ce documentaire, pas plus que la situation gelée en Palestine.

L’armée française empêchée au Burkina

L’opération Barkhane a du plomb dans l’aile. L’Algérie lui refuse l’autorisation de survol de son territoire pour les vols militaires échangés entre la France et le Sahel, rallongeant ainsi la route aérienne pour ravitailler les troupes françaises. L’autre voie, terrestre cette fois-ci, est maintenant bloquée également de plus en plus souvent par des manifestations anti-françaises dans les pays traversés. C’est ainsi qu’un convoi militaire, en route d’Abidjan vers le Mali, est actuellement immobilisé au Burkina-Faso par une population en colère qui voit le terrorisme religieux prospérer et se demande bien alors à quoi servent ces troupes étrangères si elles n’arrivent pas à endiguer les massacres djihadistes au Sahel. En France, on se pose la même question !

Probablement la situation serait bien pire sans l’intervention armée française, mais ce raisonnement n’est manifestement pas partagé par les populations du Burkina-Faso (ce qui signifie « le pays des hommes libres ») mais on ne peut pas imposer des troupes d’occupation sur une longue durée à des pays tiers, même animées de « bonnes intentions » et même appelées à la rescousse par les autorités officielles du pays. L’exemple récent de l’Afghanistan illustre ce fait jusqu’à l’absurde.

Les planètes sont alignées pour justifier un retrait rapide des militaires français du Sahel : les populations des pays concernés le souhaitent, les dirigeants du Mali, pays à l’origine de cette opération, également, l’Algérie refuse le survol de son territoire, certains pays du Sahel empêchent les convois routiers de circuler… on ne va quand même pas passer par l’Afrique du Sud pour rallier Ménaka ? Non, les circonstances l’exigent, la France doit annoncer la fin de ses opérations au Sahel et ramener ses soldats à la maison. Nous sommes déjà dans la phase d’enlisement, il faut partir avant que ne produise une catastrophe.

La mission initiale de Barkhane a été accomplie, il est temps désormais de laisser les gouvernements locaux en assurer le service après-vente.

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Moscou se régale

Avec ironie et cynisme, Moscou donne des leçons de « droit-de-l’hommisme » aux pays occidentaux en les morigénant sur le caractère inhumain de la façon dont ils traitent les réfugiés moyen-orientaux à la frontière de la Biélorussie. C’est facile, alors le président russe ne s’en priva pas :

« Voyons comment les forces de sécurité polonaises se comportent aujourd’hui à la frontière. […] Il y a des petits enfants… tout de même, ils leur projettent de l’eau, jettent des grenades lacrymogènes. Pendant la nuit, des hélicoptères volent le long de la frontière, ils mettent en marche des sirènes. »

Président Poutine cité par RT France

Et il est bien relayé par son ministre des affaires étrangères :

« Ils ne peuvent pas ne pas comprendre qu’ils sont en train de violer toutes les normes imaginables du droit international humanitaire et d’autres accords de la communauté internationale. Bien sûr qu’ils le comprennent ! »

Sergueï Lavrov cité par RT France

C’est un peu la réponse du berger à la bergère : à force de faire des remontrances à la planète entière sur les principes démocratiques qu’elle devrait suivre, l’Occident donne des cordes pour se faire battre et, Moscou, et d’autres capitales, se font un plaisir d’insister sur ces contradictions.

Avec la montée en puissance impressionnante de pays non démocratiques comme la Chine ou la Russie, l’Occident se trouve confronté à la remise en cause de certains principes défendus au cours du XXème siècle, notamment, la démocratie ne serait plus la voie unique pour un développement « heureux ». On voit même depuis plusieurs années des démocraties voter sciemment pour des dirigeants dits « illibéraux » dont Donald Trump aux Etats-Unis d’Amérique fut l’exemple le plus frappant, sans doute favorisé par des actions de soft power russes ! C’est d’ailleurs la plus éclatante victoire des « démocratures » qui réussissent à favoriser l’émergence de pouvoirs leur ressemblant dans les démocraties, élus lors de suffrages démocratiques.

C’est ainsi, la roue tourne, et le rééquilibrage des puissances mondiales n’est d’ailleurs pas forcément une mauvaise nouvelle. Malgré tout, il fait toujours bon vivre dans les démocraties dont la créativité économique et culturelle, ainsi que la conception de la liberté, constituent toujours une force d’attraction significative.

On dirait que les migrants sont plutôt d’accord car ils se dirigent dans une très grande majorité plus vers l’Ouest que vers l’Est pour tenter de trouver refuge. Alors, l’Occident voudrait utiliser les mêmes méthodes que la Biélorussie en utilisant les flux migratoires comme « arme hybride », il ne le pourrait guère en l’absence de migrants « volontaires » pour aller se réfugier en Biélorussie… Rappelons que ce pays, comme la Fédération de Russie, est signataire de Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et/ou à son protocole de 1967.

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La Biélorussie menace

Mécontent des sanctions européennes qui frappent les dirigeants de son pays, le satrape biélorusse menace l’Europe de couper le robinet du gaz russe, dont une partie transite par son pays pour arriver en Europe, en cas de nouvelles sanctions. Les médias rabâcheurs affichent cette information en tête de gondole afin d’inquiéter Mme. Michu pour son chauffage cet hiver. Si cette menace était mise en œuvre cela couperait aussi illico le robinet des dollars reçus par la Biélorussie pour le transit du gaz et la Russie pour la vente de cette matière première. Il n’est pas sûr que la Biélorussie pourrait tenir très longtemps sans cette ressource dans une telle hypothèse. Le grand frère russe pourrait sans doute l’aider un peu mais serait lui-même soumis à l’amputation de ses revenus.

Il est donc peu probable que la menace ne soit jamais mise à exécution. Moscou a d’ailleurs officiellement annoncé qu’il n’y aurait pas de coupure par la voix du porte-parole de son ministère des Affaires étrangères :

« Il s’agit d’une déclaration du président de la Biélorussie. Je tiens tout de même à rappeler la déclaration du président Poutine selon laquelle la Russie a toujours rempli ses obligations contractuelles. Et que cela plaise ou non à qui que ce soit, la Russie a toujours été, est et restera potentiellement un pays garant de la sécurité énergétique du continent européen. »

RT France

Lire aussi : La Russie aux avant-postes du soutien à la Biélorussie

La Russie aux avant-postes du soutien à la Biélorussie

Avec sa morgue habituelle, la diplomatie russe affirme que ni la Biélorussie, ni la Russie bien entendu, n’ont la moindre responsabilité dans le fait que des migrants moyen-orientaux se retrouvent massés à la frontière entre la Biélorussie d’une part, la Pologne et la Lituanie d’autre part. Bien au contraire, son chef accuse l’Europe d’être responsable de ce nouvel afflux de candidats à l’exil sur ce continent.

« Cela a commencé avec la politique que les pays occidentaux, dont l’OTAN et les pays de l’Union européenne, mènent depuis de nombreuses années vis-à-vis du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, en essayant de leur imposer une vie meilleure selon les modèles occidentaux, la démocratie sous la forme sous laquelle l’Occident l’interprète et a tenté de l’imposer agressivement dans le monde entier, se lançant dans des aventures militaires lorsqu’il rencontrait la moindre résistance »

Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères (RT-France)

On dirait tout de même que les migrants et candidats au statut de réfugié sont plutôt intéressés par « les modèles occidentaux » puisque les flux actuels se dirigent tous vers les pays de l’Union européenne (UE) ou les Etats-Unis d’Amérique…, assez peu vers la Russie ou la Corée du Nord.

Mais qu’importe cette réalité, le russe pousse le bouchon encore un plus loin en rappelant que l’ancien ministre italien de l’intérieur Mattéo Salvini, est actuellement traduit en justice pour avoir refusé à des bateaux chargés de migrants de les débarquer dans un port italien, et que les dirigeants polonais et lituaniens devraient subir le même sort :

« Aujourd’hui, [Matteo] Salvini est jugé pour avoir mis en danger la vie de ces réfugiés qui tentaient d’échapper à des conditions sanitaires désastreuses. Quelle est donc la différence entre les mesures prises par les pays baltes et la Pologne et celles qui ont amené l’ancien ministre du gouvernement italien à être traduit en justice ? »

Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères (RT-France)

Plus c’est gros plus ça passe et Moscou sait utiliser avec efficacité une mauvaise foi de première catégorie et une langue de bois en chêne massif. On se souvient de l’inoubliable déclaration du président russe Poutine lors de l’aide apportée à la rébellion dans la région ukrainienne du Donbass en 2014, russophone et russophile, par des combattants russes dont les uniformes ne portaient aucun insigne distinctif, mais dont la nationalité russe fut attestée par les passeports saisis sur certains prisonniers, déclaration qui disait en substance : « si des citoyens russes veulent aller passer leurs vacances en Ukraine à titre privé, je n’y peux rien ».

Lire aussi : Les nouvelles « attaques hybrides »

« Accessoirement », un avion civil malaysien fut abattu par un missile au-dessus de cette région le 17/07/2014 faisant 298 morts. Les forces en présence se rejettent la responsabilité du tir du missile et Moscou a mis son veto au Conseil de sécurité de l’ONU sur le principe de l’établissement d’un tribunal international afin de poursuivre les responsables de cet abattage d’un avion civil.

La Russie tape contre l’Occident, ce qu’elle fait depuis 1918, nie l’évidence, agit avec cynisme, utilise avec efficacité soft et hard power contre la démocratie libérale, son ennemi. Cela fonctionne plutôt bien pour le moment tant le rejet de la démocratie occidentale est désormais partagé par les pays autoritaires de la planète. Seuls les migrants semblent donner quelque crédit à cette utopie en menant leurs pas vers l’Europe plutôt que vers la Biélorussie…

Pour en savoir plus sur la politique russe et la vision de Moscou sur le reste du monde, il est bon de consulter la chaîne « RT France » qui est très éclairante : https://francais.rt.com.

Un « commandant » en chocolat

On ne dit plus le « chef de guerre islamiste afghan Massoud » mais le « légendaire commandant Massoud » !

Ce guerrier (1953-2001) a toujours été encensé, en France notamment, à la suite de commentaires élogieux des Bernard-Henri Levy (BHL) et consorts. Assassiné en 2001 par l’organisation islamiste Al Qaïda, le « commandant » Massoud a gagné sa notoriété en luttant contre l’occupant soviétique dans les années 1980 au cœur de son bastion du Panchir. Après la reddition et le départ de l’armée soviétique, il va continuer la guerre, devenue « civile » pour prendre la capitale, s’alliant et se désalliant à d’autres milices de chefs de guerre au gré de ses intérêts, du sens du vent et des retournements des uns et des autres sur des motifs tribaux ou religieux, passant et désavouant des alliances successives avec les saoudiens, les iraniens, les pakistanais ou les… américains. Devenu ministre de la Défense au début des années 1990, il continue la guerre des milices qui ravage le pays et notamment sa capitale Kaboul. Cette guerre civile et l’incapacité des milices locales, plus proches de gangs mafieux que de partis politiques, a dévasté l’Afghanistan, peut-être plus encore que l’invasion soviétique et annonce l’arrivée du pouvoir Taliban, chassé en 2001 par les troupes internationales et rétablit par les mêmes en 2021.

L’Occident et BHL appréciaient M. Massoud car il était un peu moins extrémiste que les autres chefs de guerre mais il était néanmoins religieux et traditionnaliste, c’est-à-dire, l’inverse de ce qui est habituellement considéré comme nécessaire pour mener une démocratie « à l’occidentale ». Comme de plus il était anti-Taliban il n’en fallait guère plus pour devenir le héraut de l’Ouest avec le résultat que l’on sait… Son fils a pris la relève et BHL l’aime beaucoup ce qui n’est pas forcément un gage de succès pour l’avenir.

On a connu à peu près le même phénomène avec le soutien français indéfectible aux populations Touaregs depuis le XIXème siècle, glorifiées à Paris comme le « noble peuple du désert » sur ses chameaux. Nombre de films, documentaires, récits et romans ont été réalisés en France à la gloire des Touaregs insistant sur l’aspect mystique de cette ethnie au milieu de ses dunes et en passant sous silence leur tendance à l’esclavagisme et à la razzia comme modèle économique. Le « noble peuple » en question avait donné du fil à retordre à l’armée coloniale française en son temps. Depuis les indépendances africaines ils continuent à harceler les pouvoirs indépendants, majoritairement au Mali, en luttant par les armes pour leur indépendance, et en s’alliant avec les mouvements terroristes religieux, dont Al-Qaïda, celui-là même qui a assassiné M. Massoud en 2001, pour prendre le pouvoir au Mali.

Un ambassadeur très souvent dans l’avion

Alger vient de rappeler son ambassadeur « pour consultation » comme point d’orgue d’une accumulation de reproches faits à la France ces dernières semaines. Les hostilités avaient déjà démarré dans une époque récente en mai dernier avec, déjà, le rappel de l’ambassadeur algérien, à la suite de la diffusion d’un documentaire sur France 5 sur les mouvements de jeunes anti-pouvoir (le Hirak). En réalité, les hostilités diplomatiques n’ont jamais cessé depuis 1962, année où l’Algérie est devenue indépendante.

Cette fois-ci deux évènement ont entraîné l’ire du pouvoir algérien : la réduction des visas français à octroyer aux citoyens algériens à titre de sanction du fait que l’Algérie refuse de réadmettre les Algériens faisant l’objet d’une expulsion du territoire français d’une part, et les propos du président français devant un groupe de jeunes de la troisième génération dont les ancêtres ont été concernés par la guerre d’Algérie, d’une façon ou d’une autre : petits-enfants de combattants du FLN, de militaires français, de harkis ou de « pieds-noirs » rapatriés. Français, algériens ou binationaux, ils ont débattu avec Emmanuel Macron sur la tragédie algérienne. Ce groupe de jeunes a été constitué dans la suite du rapport Benjamin Stora sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie et se réunit régulièrement afin de produire des propositions au président en vue de la réconciliation algéro-française. Le déjeuner à l’Elysée du 30 septembre constituait un point d’étape de cette vaste tâche.

Quelques jours auparavant, le 20 septembre, le président avait officiellement demandé « pardon » et annoncé des compensations financières à verser par les contribuables français aux descendants des harkis :

« Aux combattants abandonnés, à leurs familles qui ont subi les camps, la prison, le déni, je demande pardon, nous n’oublierons pas »

Ce « pardon » venait après la reconnaissance par le président Hollande en septembre 2016 de la « responsabilité » française dans le sort des harkis :

« [des] responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines de ceux transférés en France »

Lire aussi : https://rehve.fr/2016/09/la-republique-reconnait-sa-culpabilite-dans-le-massacre-des-harkis-dans-algerie-post-independance/

Des journalistes assistaient au déjeuner du 30 et en ont rapporté quelques propos tenus par le président et ce sont justement une partie de ceux-ci qui ont déclenché ce énième incident diplomatique avec Alger avec remise de son ambassadeur dans un avion pour le sud. Au milieu d’échanges qui paraissent plutôt apaisés et intelligents M. Macron a évoqué « l’histoire officielle » réécrite par un « système politico-militaire » basée sur « la haine de la France », une « rente mémorielle ». N’en jetez plus, c’en était trop pour les autorités algériennes !

La France s’épuise à essayer de se faire pardonner son errance coloniale. Depuis l’élection en 2017 de M. Macron, Paris a reconnu les assassinats par l’armée française d’un certain nombre de combattants et intellectuels algériens après avoir déclaré à Alger lorsqu’il était candidat que la colonisation était un « crime contre l’humanité ». Le rapport de Benjamin Stora qui a eu accès aux archives françaises, déclassifiées pour l’occasion, a été mal reçu de l’autre côté de la Méditerranée. Stora, bien que né en Algérie, est français et considéré dans son pays d’origine comme subjectif et son travail comme une affaire franco-française. Il est disqualifié d’office. A peu près au moment où M. Stora a été mobilisé pour son étude (juillet 2020), un rapport sur le même sujet a été commandé par le gouvernement algérien à l’historien Abdelmadjid Chikhi. Il n’est malheureusement pas encore disponible et l’on ne sait même pas si l’idée de sa production n’aurait pas été abandonnée.

Devant cette impossible réconciliation on se demande même si la revendication ultime de l’Algérie était consentie par Paris, des excuses officielles et des compensations financières, changerait vraiment les choses.

Lire aussi : https://rehve.fr/2021/04/stora-benjamin-rapport-sur-les-questions-memorielles-portant-sur-la-colonisation-et-la-guerre-dalgerie/

Communiqué de la Présidence de la République [algérienne] du 02/10/2021

A la suite des propos non démentis que plusieurs sources françaises ont attribué nommément au Président de la République française, l’Algérie exprime son rejet catégorique de l’ingérence inadmissible dans ses affaires intérieures que constituent lesdits propos.

Les propos en question portent une atteinte intolérable à la mémoire des 5.630.000 valeureux martyrs qui ont sacrifié leurs vies dans leur résistance héroïque à l’invasion coloniale française ainsi que dans la Glorieuse Révolution de libération nationale, les crimes de la France coloniale en Algérie sont innombrables et répondent aux définitions les plus exigeantes du génocide contre l’humanité.

Ces crimes qui ne sont pas prescriptibles, ne sauraient faire l’objet d’une manipulation des faits et d’interprétations atténuantes.

La propension des nostalgiques de l’Algérie française et des milieux qui se résignent difficilement à l’indépendance pleine que les Algériens ont gagnée de haute lutte, s’exprime à travers de vaines tentatives d’occulter les exactions, massacres, enfûmades, destructions de villages, des centaines de Oradour-Sur-Glane, éradications de tribus de résistants, qui sont des génocides en séries que les acrobaties conceptuelles et les raccourcis politiques ne parviendront jamais à occulter.

Pour leur part, les appréciations superficielles, approximatives et tendancieuses énoncées en ce qui concerne l’édification de l’Etat national algérien ainsi que sur l’affirmation de l’identité nationale relèvent d’une conception hégémonique éculée des relations entre Etats et ne sauraient, en aucune façon, être compatibles avec le ferme attachement de l’Algérie à l’égalité souveraine des Etats.

Cette malencontreuse intervention qui heurte fondamentalement les principes devant présider à une éventuelle coopération algéro-française en matière de mémoire, a l’incorrigible défaut de tendre vers la promotion d’une version apologique du colonialisme au détriment de la vision établie par I’Histoire de la légitimité de luttes de la libération nationale, alors que rien ni personne ne peut absoudre les puissances coloniales de leurs crimes, y compris les massacres du 17 octobre à Paris dont l’Algérie et sa communauté établie en France s’apprêtent à commémorer dans la dignité.

Face à la situation particulièrement inadmissible engendrée par ces propos irresponsables, le président de la République, Monsieur Abdelmadjid Tebboune, a décidé le rappel immédiat en consultations de l’ambassadeur d’Algérie auprès de la République française.

Terrorisme intra-religieux en Afghanistan

Les attentats meurtriers revendiqués par le groupe « Etat islamique » se multiplient en Afghanistan et font des dizaines de morts civils, généralement aux abords des mosquées, le vendredi jour de prières. Il semble que les cibles soient d’abord les talibans de retour au pouvoir dans ce pays, accusés d’avoir trahi la cause islamiste, et, plus particulièrement, la minorité chiite de la population considérée comme mécréante par l’Etat islamique.

Rappelons de quoi nous parlons :

  • Les musulmans chiites pensent que le successeur légitime du prophète Mahomet (mort en 632) est Abou Bakr qui deviendra effectivement calife
  • Les musulmans sunnites chiites pensent que le successeur légitime du prophète Mahomet est Ali, son gendre et fils spirituel

Pour ne pas être en reste, précisons que :

  • Les chrétiens pensent que Jésus est leur prophète avec des variantes entre ceux qui croient à la sainte-vierge et ceux qui n’y croient pas
  • Les juifs pensent que Jésus n’est pas leur prophète et attendent toujours leur messie
  • Les yézidistes croient en un Dieu qui façonna le monde comme une grosse perle blanche qu’il brisa et dont les éclats formèrent le ciel, la terre et la mer
  • Les zoroastriens considèrent que leur Dieu n’a pas besoin d’adoration, pas besoin d’intermédiaires
  • Etc. etc…

Tous croient à la vie éternelle au paradis où chacun rejoindra son Dieu. Mais en attendant, au nom de celui-ci, on sème la mort et la désorganisation sur une bonne partie de la planète.

L’Etat islamique qui attaque les Talibans en Afghanistan, c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité. Cela prêterait à sourire s’il ne s’agissait de massacres d’un autre âge. Le risque est évidemment que ces derniers pactisent avec leurs attaquants et recrée un Etats terroriste comme ce fut le cas entre 1996 à 2001. Si cela survenait et mettait en jeu la sécurité du monde il faudrait de nouveau envisager une application de la stratégie du « cassage de gueule ponctuel avec retour rapide au bercail » et on peut imaginer que la Russie et la Chine qui sont aux premières loges dans la région et directement concernées par les troubles qui pourraient déteindre sur leurs populations de confession musulmane veilleront attentivement à l’évolution de la situation, d’autant plus qu’elles ont marqué leur ouverture à coopérer avec l’Afghanistan taliban après la retraite occidentale.

Gageons néanmoins que les Talibans vont réagir avec les méthodes de combat efficaces qu’on leur connaît et il n’est pas dit qu’ils ne soient pas en mesure de réduire cette rébellion tous seuls comme des grands !

Lire aussi : https://rehve.fr/2019/12/13-militaires-francais-tues-au-mali-en-novembre/

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La France s’émeut

L’amitié russo-malienne : une vague de fond ancienne

La France s’émeut encore une fois de la montée en puissance politique et militaire de la Russie au Mali ainsi que de la mauvaise humeur de ce pays à l’encontre de Paris. Les coups d’état en 2020 et 2021 ont mis au pouvoir à Bamako une junte de galonnés dont la stratégie semble être de négocier avec les terroristes religieux pour trouver un accord avec eux et de coopérer avec la Russie pour une assistance militaire renforcée. Dans le même temps, la énième brouille algéro-française fait qu’Alger interdit le survol de son territoire aux avions militaires français compliquant ainsi le ravitaillement des forces militaires françaises présentes dans le Sahel.

La France a déployé son armée au Mali début 2013, à la demande du gouvernement civil malien de l’époque, pour arrêter des colonnes rebelles nordistes, mêlant indépendantistes touaregs et islamistes, qui fondaient sur Bamako et auraient très certainement pris le pouvoir sans l’intervention étrangère de la France compte tenu de la capacité de résistance plutôt limitée des forces locales. Près de dix ans plus tard, 53 militaires français tués (sans compter des otages civils français également assassinés dans la région) et deux coups d’état militaires, Paris a annoncé la réduction de son dispositif armé sans oser prononcer la fin de ses opérations militaires et le retour de ses effectifs au bercail.

Aujourd’hui les planètes sont alignées pour arrêter cette intervention : le Mali n’en veut plus, l’Algérie interdit le survol de son territoire, très peu d’autres pays européens soutiennent l’action de la France, pas même financièrement, la fiction du « G5 Sahel » censé mettre sur pieds une force africaine multinationale a fait long feu et la Russie se réjouit de prendre la place. Il est temps de laisser Bamako face à ses responsabilités et ses nouveaux amis.

L’argumentation des interventionnistes français est qu’en luttant contre les terroristes au Sahel, l’armée française évite que ceux-ci ne viennent commettre leurs méfaits sur le territoire national. Ce n’est pas très convaincant, on ne sait pas bien d’ailleurs ce qu’en pense réellement les militaires français qui ne s’expriment pas beaucoup. C’est la rengaine déjà entendue « meurt-on pour la France au Mali ? ». Cependant, ramener les forces d’intervention en France permettra de renforcer le dispositif national avec le même objectif de le préserver d’actions terroristes venant de l’étranger. Il n’est pas sûr que cela soit moins efficace que de maintenir ces troupes sur des territoires dont les populations les rejettent. De toute façon il est peu probable que Paris se maintienne contre la volonté du Mali alors accélérons le mouvement et fermons l’intégralité de l’opération Barkhane et laissons le Mali assumer son retour à une coopération avec Moscou.

Les autres pays sahéliens associés et bénéficiaires de Barkhane comme le Niger et le Burkina-Faso regretteront peut-être le retrait de la France mais la raison d’Etat oblige à trouver d’autres méthodes, pour aider les pays qui le souhaitent, qu’une présence militaire sur leur sol qui est forcément condamnée à l’échec puis à un retrait piteux.

Lire aussi : Bienvenue à la Russie de retour au Mali – Hit the road Jack… (rehve.fr)

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Catégorisé comme Afrique

Bienvenue à la Russie de retour au Mali

Junte malienne après le coup d’Etat d’août 2020

Un dirigeant civil malien s’est lamenté ce 25 septembre contre la France à la tribune de l’ONU à l’occasion de l’assemblée générale annuelle de cette organisation multilatérale :

« La nouvelle situation née de la fin de l’opération “Barkhane”, plaçant le Mali devant le fait accompli et l’exposant à une espèce d’abandon en plein vol, nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome ou avec d’autres partenaires »

Dans les couloirs la délégation russe se frotte les mains puisque « les voies et moyens » qui sont évoqués dans cette déclaration concerneraient la société paramilitaire russe plus ou moins privée Wagner. La roue tourne et revient à son point de départ. Le Mali nouvellement indépendant des années 1960 était l’ami « non aligné » de l’Union soviétique et il revient à ses premières amours.

Paris, qui vient d’annoncer le 52ème soldat français tué en opération sur le terrain s’émeut de ces accusations qualifiées « d’indécentes » et « d’inacceptables » par sa ministre de la défense, ajoutant qu’elles reviennent à « s’essuyer les pieds sur le sang des soldats français ».

Oui la ministre a raison d’être choquée mais elle a tort de faire une déclaration de circonstance plutôt que d’agir. Les relations franco-africaines sont d’ailleurs régulièrement marquées par ce genre de saillies et il est vain d’attendre la moindre reconnaissance de ces pays à l’égard de l’ex-puissance coloniale qui est systématiquement rendue responsable de tous les maux de ses anciennes colonies, même 60 ans plus tard. Attitude d’ailleurs relayée dans l’hexagone par le discours « décolonialiste » défendu par une partie de l’intelligentsia germanopratine.

Si le Mali, comme la Centrafrique, revient dans le giron de Moscou, c’est une bonne nouvelle pour la France qui pourra donc s’en dégager, épargner et rapatrier ses militaires et réaliser des économies budgétaires significatives. Ce sera aussi très certainement un gage d’efficacité car les troupes russes, d’autant plus si elles sont « privées », utilisent des méthodes de guerre plus « directes » que celles des militaires occidentaux.

En 2012, le président malien a fait appel à la France pour stopper l’avance des militaires religieux en route pour Bamako ce qui a déclenché une opération dont il faut maintenant se dégager au plus vite. En 2021, le Mali fait appel à la Russie, laissons désormais faire les choses comme elles doivent se passer.

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Rupture des contrats

2015 : la France annule le contrat de construction et fourniture de bâtiments de projection et de commandement (BPC) à la Russie en rétorsion à l’annexion de la Crimée par Moscou. Le client, la Russie, explique que la non-livraison des PBC n’aura que peu de conséquences sur sa capacité de défense. « Pour nous, ce n’est pas critique. On survivra ! » déclare alors le président Poutine. Les clauses contractuelles de rupture ont été appliquées et la Russie a été indemnisée en conséquence. La France a ensuite revendu les deux bâtiments à l’Egypte sans que l’on ne sache vraiment si et comment ils ont été payés.

2021 : la France apprend que l’Australie annule le contrat de construction et fourniture d’une dizaine de sous-marins à propulsion non-nucléaire. Cambera a changé d’avis et opté pour l’achat de sous-marins à propulsion nucléaire à fournir par les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Immédiatement Paris monte sur ses grands chevaux, rappelle une tripotée d’ambassadeurs, lâche ses ministres sur les médias et transforme cet aléa commercial en affaire politique considérable.

En réalité ce qui est le plus étonnant dans cette situation c’est que l’Australie ait signé ce contrat de fourniture d’armement en 2012 alors qu’en cas de troubles guerriers dans la zone pacifique, ce n’est pas la France qui viendrait défendre l’Australie mais bien plus probablement les Etats-Unis. Malgré ses dires et la possession de quelques confettis coloniaux dans l’océan Pacifique (dont la Nouvelle Calédonie est d’ailleurs en voie de décolonisation…), la France n’est pas une puissance « Indopacifique ». Elle est très loin d’avoir les sous, les effectifs ou le matériel nécessaires, bref, la puissance qu’il faudrait déployer en cas de conflit pour projeter des forces militaires dans cet océan lointain et immense.

L’annulation du contrat est évidemment une mauvaise nouvelle industrielle et commerciale pour l’hexagone mais le problème ne se résoudra pas par des aboiements médiatiques ni des rappels temporaires d’ambassadeurs. Il vaudrait mieux, comme la Russie en 2015, appliquer les clauses de rupture prévues au contrat, voire réclamer un peu plus, comme des compensations industrielles, les entreprises françaises pourraient par exemple fabriquer en sous-traitance des matériels dans le nouveau contrat entre l’Australie et les Etats-Unis. Mais il est toujours plus efficace de mener de telles négociations dans la discrétion, exactement comme l’a fait Moscou en 2015 avec Paris.

Quand la France cessera-t-elle de se prendre pour le centre du Monde ? Mais quand Paris en rabaissera-t-il de son égo surdimensionné ?

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Une évacuation rondement menée

Les journalistes et les « experts » de plateaux télévisés continuent à qualifier de « désastre » l’opération d’évacuation d’Afghanistan des derniers militaires occidentaux qui s’y trouvaient et d’une partie des Afghans qui le souhaitaient. En réalité cette opération mériterait plutôt d’être reconnue comme un succès logistique. Ce sont en effet environ 120 000 personnes qui ont été évacuées via des rotations d’avions militaires et civils dans un environnement hostile, tellement hostile d’ailleurs qu’un attentat religieux a fait une centaine de morts sur l’aéroport dont une dizaine de soldats américains chargés du contrôle des foules qui étaient massées la en espérant atteindre un avion pour fuir leur pays.

Les pleureuses de plateaux télévisés s’émeuvent de la défaite militaire et politique occidentale dans ce pays d’Extrême-Orient qui blesse leur égo de polémistes nombrilistes au point de les aveugler sur la réussite technique de l’opération logistique que fut cette évacuation. Evidement tous les nombreux Afghans qui souhaitaient quitter leur pays après le retour d’un pouvoir religieux fort n’ont pas pu être emmenés mais c’est hélas le lot habituel de ce genre de reddition. Celle des occidentaux en Afghanistan n’a guère différé sur ce point de celles du Vietnam ou d’Algérie.

On peut bien entendu parler de défaite lorsque l’on voit les occidentaux remettre les clés du pays aux Talibans vingt ans après y être entrés pour les en chasser, de désastre lorsque l’on assiste au retour en force de coutumes d’un autre âge, de tristesse lorsque l’on pense que tous les efforts de promotion de la démocratie auront été probablement vains avec le retour de ce pouvoir religieux… mais l’évacuation de 120 000 personnes militaires et civiles fut une opération couronnée de succès.

La fiction des armées locales

L’Afghanistan rendu à ses démons

La prise du pouvoir par les Talibans en Afghanistan a été grandement facilitée par la débandade de l’armée nationale qui n’a quasiment mené aucun combat contre la rébellion religieuse qui, du coup, a rapidement conquis l’entièreté du pays avant même le départ complet des forces occidentales achevé aujourd’hui. Cette « armée nationale » avait pourtant bénéficié des soins et des fonds occidentaux mais les milliards investis par les contribuables de ces pays n’ont pu créer la seule arme indispensable qui manquait, celle de la foi en la victoire dans cette guerre civile.

Cette situation n’est guère surprenante et a été mainte fois constatée aux termes des guerres post-coloniales menées par l’Occident depuis la fin de la seconde guerre mondiale, à commencer par celle du Vietnam dans le conflit contre le communisme. Au cours de leur soutien au Vietnam du Sud pour barrer la route au communisme porté par le Vietnam du Nord, les Etats-Unis d’Amérique ont lourdement investi pour former l’armée du Sud qui s’est effondrée rapidement après les accords de paix de Paris en 1973. Malgré quelques actions héroïques de garnisons sud-vietnamiennes, l’offensive massive de l’armée du Nord en 1975 aboutit rapidement à la reddition du Sud et à la capture d’un important matériel militaire américain par les communistes.

En Irak en 2014, les combattants du groupe terroriste religieux Etat islamique se sont emparé sans coup férir de la ville de Mossoul abandonnée en quelques heures par l’armée irakienne face à une troupe de va-nu-pieds mais motivée, avec la récupération d’un matériel militaire considérable qui a ensuite été retourné contre les armées occidentales présentes. Par la suite la ville a été reconquise et, semble-t-il, les forces spéciales irakiennes se seraient plutôt bien défendues avec les soutiens aériens occidentaux qui n’existent plus aujourd’hui.

En Afrique, malgré des accords de coopération militaires passés et constamment renouvelés entre la France et nombre de ses anciennes colonies depuis les années 1960, les armées locales ont surtout brillé par leurs capacités à mener des coups d’Etat, mais beaucoup moins à défendre leurs nations, concept [celui de nation] d’ailleurs plutôt incompréhensible dans des pays organisés en clans et en ethnies. Depuis son intervention militaire au Sahel en 2013, la France défend vaille que vaille l’idée du « G5 Sahel », une armée multinationale réunissant la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad qui remplacerait l’armée française après l’inéluctable départ de celle-ci, et le plus tôt sera le mieux. Ce « G5 Sahel » est formé et équipé par la France avec l’aide d’autres pays de l’Union européenne. Mais il est peu probable qu’il ne soit jamais véritablement opérationnel, ou en tout cas à la hauteur des combats qu’il faudrait mener contre la troupe décidée des rebelles religieux qui veulent s’emparer du pouvoir dans ces pays et avec laquelle déjà certaines capitales sahéliennes mènent des discussions.

En Afghanistan aujourd’hui, les Talibans ont pu s’emparer de tout le matériel militaire américain donné à « l’armée » nationale et l’on voit ceux-ci parader dans les rues de Kaboul en tenues camouflées bien plus seyantes que leurs djellabas d’antan, et arborant des armes flambant neuves sans doute bien plus destructrices que leurs antiques Kalachnikov. Tout ce matériel vient d’être récupéré dans les stocks laissés sur place après avoir été financés par les contribuables américains. On s’aperçoit maintenant que certaines régions afghanes déclaraient des effectifs militaires fictifs pour recevoir plus de subsides de l’armée américaine qui assurait même la paye de cette « armée » nationale…

La défaillance de ces « armées » locales est finalement peu surprenante. D’abord car l’Occident attend qu’elles s’engagent dans des guerres civiles contre des rébellions qui sont aussi locales et il est toujours plus difficile de combattre ses propres concitoyens lorsqu’on n’est pas même sûr de mener le bon combat. La décision est plus facile à prendre lorsqu’il s’agit de lutter contre des forces d’invasion étrangères. D’autre part, se battre pour maintenir au pouvoir des pouvoirs corrompus (au Vietnam comme en Afghanistan ou en Afrique) et, généralement, dictatoriaux, est fort peu motivant ! Cerise sur le gâteau : quand vous ajoutez que ces « armées » nationales sont payées et équipées par des pays étrangers car leurs propres Etats n’en ont pas les moyens, on comprend mieux leur manque de motivation.

L’Occident a échoué dans ses objectifs d’étendre la « démocratie » par la force de ses armes au Vietnam, en Irak ou en Afghanistan, d’abord parce que ces pays n’étaient pas véritablement intéressés, mis à part une élite occidentalisée en accord avec les principes démocratiques, ou très corrompue voulant préserver ses intérêts. Sans doute en sera-t-il aussi de même au Sahel d’où la France a commencé à se retirer et c’est un mouvement raisonnable qu’il faut poursuivre. Avec l’enterrement des illusions occidentales sur les « valeurs universelles » c’est aussi, sans doute, la fin du « droit d’ingérence » sous sa forme actuelle, promu par les tenants de l’humanitaire, comme Bernard Henry-Lévy ou autres Rony Brauman et Bernard Kouchner. Ce droit d’ingérence a tout de même permis d’atteindre quelques-uns de ses objectifs lorsqu’ils étaient purement humanitaires comme d’acheminer des vivres en cas de famine (Biafra, Somalie…) mais il a souvent échoué lorsqu’il était dirigé par des démocraties et que ses buts étaient politiques. Bien évidemment, lorsque la Chine occupe le Tibet elle ne s’en laisse pas compter par les contraintes démocratiques et arrive à y rester plus longtemps…

L’Afghanistan est maintenant face à son destin, le Sahel le sera bientôt. L’Occident va cesser, au moins pour un temps, de faire du prosélytisme en faveur de son propre mode de gouvernance. C’est aussi bien. L’argent ainsi économisé pourra être investi sans son propre processus de développement économique et ses militaires se consacrer à leurs intérêts nationaux. Nouvelle situation, nouveaux enjeux, le pire n’est jamais sûr et peut-être que l’Occident comme l’Orient s’en porteront aussi bien. Rendez-vous dans dix ans pour en reparler !

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Sauve qui peut en Afghanistan

Alors que les opérations d’évacuation des occidentaux et de leurs supplétifs d’Afghanistan se terminent sur l’aéroport de Kaboul, un attentat suicide commis ce 26 août a fait une centaine de morts dont une quinzaine de soldats américains qui en contrôlaient les accès, et de nombreux blessés. Ce massacre a été revendiqué par le groupe religieux Etat islamique qui s’avère un ennemi féroce des occidentaux mécréants, mais aussi des Talibans musulmans, sunnites également. Il existerait quelques subtilités théologiques entre ces deux groupes mais les uns et les autres s’avèrent des habitués des attentats contre leurs populations civiles et les intérêts occidentaux. Les Talibans seraient nationalistes et se contenteraient de gérer leur pays, le groupe Etat islamique serait internationaliste et chercherait à étendre ses croyances au monde entier. Les Talibans ont un drapeau blanc avec des caractères arabes imprimés en noir, l’Etat islamique a un drapeau noir avec des caractères arabes imprimés en blanc. Tout est dit !

Et là, l’observateur commence à se perdre… Mais pourquoi donc un mouvement religieux sunnite mène des opérations barbares contre un autre mouvement religieux sunnite alors que tous deux respectent les mêmes règles, celles de charia, la loi religieuse du Coran ? Sauf les spécialistes du sujet, personne n’y comprend grand-chose mais l’Etat islamique commettant des attentats suicides contre les Talibans c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité ! Ce serait même risible s’il ne s’agissait de milliers de morts dans une population qui n’en peut mais !

Le retrait des armées occidentales de l’Afghanistan va laisser les deux idéologies sunnites face-à-face. L’avenir devrait être violent et le trafic international du pavot qui est quasiment la seule ressource du pays risque de flamber.

Le jargonnage « woke » envahit même l’Afghanistan

Les religieux talibans qui ont pris le pouvoir par les armes en Afghanistan cherchent à rassurer leur peuple et la communauté internationale sur leurs intentions pacifiques. Ils se sont engagés à mettre sur pieds un gouvernement « inclusif » ! Il n’est pas sûr que ce terme soit employé avec le même entendement que celui des vedettes occidentales du discours pro-minorités…

Il reste étonnant de voir la capacité de ce discours « woke » à diffuser, même dans les lieux les plus improbables ! C’est le soft-power de ces minorités agissantes d’arriver à s’imposer partout. Compte tenu des objectifs sociétaux talibans de rétablir la charia en Afghanistan, et du sort que celle-ci réserve aux femmes, il semble peu probable que la partie féministe du discours « woke » ne s’impose véritablement à Kaboul…

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Exil afghan

Comme à l’issue de chacune de ces guerres post-coloniales (Vietnam, Angola, plus anciennement Algérie) des mouvements importants de réfugiés fuyant Afghanistan sont en cours une fois annoncé le départ de ou des puissances occupantes. Les supplétifs afghans des armées occidentales craignant les règlements de compte de la part des nouveaux dirigeants essayent d’obtenir des sauf-conduits pour être exfiltrés vers ces pays. Ils ne demandent évidemment pas à partir vers le Qatar ou les pays du Golfe Persique mais vers les pays occidentaux. Bien entendu des personnages peu recommandables vont certainement se faufiler dans ces flux de migrants comme ce fut le cas lors de la crise migratoire syrienne de 2015, c’est inévitable et même les critères de sélection les plus exigeants ne pourraient les identifier quant on voit les conditions dans lesquelles se déroule cette fuite éperdue de certains Afghans de leur pays.

La vengeance des vainqueurs et l’exil des vaincus sont des conséquences vieilles comme le monde de ce type de conflits. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles il ne faut pas les mener. La France, hélas, est passée par ces malheureuses étapes comme vainqueur et comme vaincue. En 1944-1945 après la défaite de l’Allemagne, une épuration extra-judiciaire aurait fait environ 10 000 morts exécutés sommairement, surtout par des résistants dont certains n’avaient de « résistant » que le nom mais songeaient plutôt à régler des comptes personnels ou à s’approprier les biens des fusillés. Pendant ce temps, en septembre 1944, le maréchal Pétain, accompagné de dirigeants vichystes, partait s’exiler à Sigmaringen, une enclave française spécialement crée en Allemagne par les Nazis pour accueillir les derniers « collabos ». En avril 1945, la défaite totale de l’Allemagne mit fin à cette fiction et Pétain se livra aux nouvelles autorités françaises. Condamné à mort par la justice républicaine il fut gracié ce qui n’a pas été le cas de nombre de ses collègues (Déat, Darnan, Luchaire…). Beaucoup d’intellectuels qui avaient pactisés avec l’ennemi choisirent aussi l’exil à la Libération, comme Céline, ou furent condamnés à mort et exécutés (Brasillach, …). Drieu la Rochelle quant à lui s’est suicidé alors qu’il allait être arrêté.

A peine dix ans plus tard la France perd sa guerre coloniale d’Indochine à la bataille de Diên Biên Phu en mai 1954 et quitte piteusement ses colonies asiatiques. Hélie Denoix de Saint Marc, ancien déporté, officier de la Légion étrangère, racontera comment ses hommes durent repousser durement leurs supplétifs Hmong qui, comprenant que les troupes françaises allaient les abandonner, s’accrochaient désespérément à leurs camions.

Et encore moins de dix ans plus tard, l’histoire se renouvelait en Algérie où la France, après sa défaite matérialisée dans les « accords d’Evian » laissa sur place une grande partie de ses supplétifs, les « harkis » qui furent massacrés par l’Algérie indépendante souvent après d’atroces tortures. La partie algérienne qui s’était engagé à ne pas mener de représailles physiques contre ces harkis n’a pas bien entendu respecté ses engagements. Les historiens estiment qu’entre 60 et 80 000 furent tués pendant qu’environ 40 000 furent accueillis en France. Ce fut d’ailleurs l’un des motifs pour lesquels des officiers comme Denoix de Saint Marc participèrent au putsch d’Alger en 1961, se refusant à abandonner une nouvelle fois ceux qui avaient combattu à leurs côtés.

Après la retraite américaine du Vietnam en 1975, les sud-vietnamiens pro-occidentaux qui n’ont pas pu émigrer aux Etats-Unis d’Amérique ont passé quelques années dans les camps de rééducation communistes dont certains n’y ont pas survécu. On se souvient des images des grappes de réfugiés accrochés aux hélicoptères US qui n’arrivaient même plus à se poser sur le toit envahi de l’ambassade américaine. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce sont aujourd’hui plus ou moins des scènes similaires que l’on voit sur l’aéroport de Kaboul.

Evidement, chacun voit midi à sa porte et est persuadé que la guerre qu’il mène est la bonne. Si peu de monde fut en faveur des puissances de l’Axe défaites en 1945 (mais il y en eut quand même), les guerres de décolonisation et post-coloniales ont entraîné des attitudes très partagées de la communauté internationale. C’est d’ailleurs peut-être la raison principale pour laquelle elles se sont toutes terminées en faveur des pays occupés par des forces étrangères, quelles que soient les raisons de cette occupation. L’expérience en cours de l’OTAN en Afghanistan, après celle des Soviétiques dans les années 1980, montre une fois encore l’inutile et dangereuse prétention qu’il y a à vouloir changer un pays contre l’avis de la majorité de sa population. Cette dernière l’emporte quasiment systématiquement, et malheur alors aux minorités !

La France doit méditer cette histoire pour son combat militaire en cours au Sahel auquel il va falloir mettre fin un jour, et le plus vite sera le mieux. Il restera ensuite le cas du Tibet occupé par la Chine mais la puissance et les méthodes de cette dernière rendent peu probable sa résolution à court terme. Il n’est toutefois pas exclu que la sinisation de cette région menée à marche forcée par Pékin échoue, un jour, face à la résistance acharnée des Tibétains.

Vous avez aimé Saigon, vous adorez Kaboul !

Une nouvelle défaite de l’occident en Asie

Ça y est : le mouvement religieux des « Talibans » (voulant dire « étudiants en religion ») a pris le pouvoir en Afghanistan, quasiment sans combattre, du fait de la peur qu’ils inspirent, de la complète démotivation des forces de sécurité de ce pays aux confins de l’Asie et du soutien d’une partie de la population opposée à l’occupation étrangère du pays depuis des décennies : des anglais aux troupes de l’OTAN en passant par les soviétiques !

En réalité, l’armée afghane n’a pas vraiment combattu contre les rebelles religieux voulant réinstaurer leur pouvoir sous l’ombrelle de la « charia », la loi du Coran. La dernière occupation étrangère qui vient de se terminer a été menée par les Etats-Unis d’Amérique en 2001 après les attentats terroristes religieux de New-York qui avaient consisté à faire écraser en même temps quatre avions de ligne et leurs passagers sur le territoire américain, un sur chacune des tours jumelles du « World Trade Centrer » de New-York qui se sont effondrées sous le choc, un sur le ministère de la Défense à Washington, le « Pentagone » et le dernier qui était probablement destiné à la Maison Blanche mais qui s’était écrasé dans une forêt, sans doute suite au mouvement de révolte des passagers. Les Etats-Unis avaient alors déclenché la clause de la charte de l’OTAN prévoyant la solidarité des pays membres en cas d’attaque d’un des leurs. Les forces militaires envoyées sur place avaient alors défait assez rapidement le régime taliban qui abritaient le mouvement terroriste religieux Al-Qaïda et son chef, Ben-Laden, qui avaient commis et revendiqué cet attentat d’un nouveau genre qui a fait plus de 3 000 morts.

Les religieux talibans, outre leur soutien au terrorisme international, avaient instauré entre 1996 et 2001 dans leur pays un strict régime islamique particulièrement contraignant pour les femmes et relevant d’un autre âge : interdiction de la musique, destruction d’œuvres artistiques dont les Bouddhas monumentaux de Bâmiyân, lapidation des femmes adultères, coupages des mains de voleurs, décapitation des criminels en place publique, etc. Ils annoncent leur intention de réinstaurer rapidement ces pratiques.

Comme souvent en ces circonstances, après sa victoire militaire en 2001 l’Occident s’était alors mis en tête de « démocratiser » ce pays en y instaurant sa vision de l’Etat. Comme toujours à l’est de la ligne Oder-Neisse, cette ambition s’est révélée un fiasco et, à la fin, aboutit au retrait piteux des occidentaux. Le parallèle avec la défaite et le retrait des Etats-Unis au terme de la guerre du Vietnam est troublant.

Le plus étonnant dans ces affaires n’est pas tant la défaite idéologique mais la constance avec laquelle les pays occidentaux s’ingénient à vouloir « faire le bien » autour d’eux en diffusant leurs conceptions de l’Etat à des populations qui n’en veulent pas vraiment et qui sont à mille lieux d’en accepter les contraintes. Cela n’a pas fonctionné durant la période coloniale, ni la période dé-coloniale, et cela ne semble pas plus adapté de nos jours.

Cerise sur le gâteau, les talibans qui avaient forgé leur unité à l’aune de la lutte antisoviétique dans les années 1980 auraient informé Moscou que ses diplomates ne seront pas inquiétés après la prise du pouvoir. La Chine les avait déjà reçus en grande pompe à Pékin avant même leur installation à Kaboul. Les autres pays sont en train d’évacuer leurs ressortissants en catastrophe ainsi que leurs affidés locaux pour leur faire échapper à la vengeance talibane.

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Ce nouvel échec sociétal et militaire occidental en Orient doit véritablement pousser à abandonner cette idée de croisade idéologique pour la promotion de la démocratie partout sur la planète, y compris par la force des armes. Ce qui se passe aujourd’hui à Kaboul, comme hier à Saigon et Bagdad ou en ce moment dans le Sahel, montre que cela ne marche pas, quels que soient le contexte ou le lieu. La démocratie est un mode de gouvernance européen, inventé par les Grecs, enrichi par Rousseau et Tocqueville et pratiqué en occident, majoritairement en Europe et en Amérique du Nord. La plupart des autres continents ne marquent pas un grand intérêt pour la démocratie, les élections, les droits de l’homme et tout ce qui va avec. Et même en occident certaines vieilles démocraties oublient un peu leurs principes fondateurs : partout des partis extrémistes gagnent du terrain.

Même si des minorités de ces pays, souvent éduquées en occident ou sur des principes occidentaux, marquent un intérêt pour ce système, elles n’arrivent pas à convaincre la majorité de leurs concitoyens de leur point de vue. En Afghanistan l’Union soviétique a tenté d’instaurer le communisme pendant une guerre de 10 ans, l’OTAN a essayé d’insuffler la démocratie avec une guerre de 20 ans et ce sont des religieux qui finalement emportent le morceau pour y installer la Charia. Alors pourquoi ne pas laisser faire les choses comme elles doivent se faire plutôt que de dépenser des ressources humaines et financières considérables pour aboutir à des désastres comme ce qu’il est train de se passer en Afghanistan ?

Tant que les démocraties existent en occident, qu’elles défendent leurs intérêts et répondent au besoin par les armes à toute agression venant de l’extérieur comme ce fut fait en 2001 en Afghanistan, mais qu’elles cessent de croire résoudre les problèmes des autres en leur imposant une gouvernance dont ils ne veulent pas.

Triste Liban

Après neuf mois de crise politique, le premier ministre Hariri, qui avait été nommé pour former un gouvernement en mesure de tenter de concevoir et d’amorcer le redressement économique du Liban, se montre incapable de mener la tâche à bien. Il faut dire que ce pays soi-disant multiconfessionnel est proprement ingouvernable. Fondée sur la base d’une constitution inspirée par le mandataire français (ou, pour parler plus clair : le colonisateur français) prévoyant la répartition des postes par religion : le président doit être chrétien maronite, le premier ministre est musulman sunnite et le président de l’assemblée nationale est musulman chiite. Une constitution confessionnelle élaborée par le pays de la laïcité, ce n’est pas le moindre paradoxe de ce pays méditerranéen.

Les guerres contre Israël, les camps palestiniens depuis 1948, la montée en puissance du Hezbollah pro-iranien, moitié milice-moitié parti politique, la corruption endémique qui ravage la société, le trafic de drogue, l’explosion en 2020 du port de Beyrouth, les conseils de la France qui continue à se mêler de ce qui ne la regarde plus, la crise sanitaire en cours font de ce pays un refuge pour des forbans comme Carlos Ghosn ou Ziad Takieddine , mais un désastre pour le reste de la population et l’avenir à court terme de ce sympathique pays.

Pendant ce temps, une enquête judiciaire est ouverte en France contre le gouverneur de la banque centrale du Liban pour « blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs », beaucoup de gens se demandant comment il a pu accumuler une fortune immobilière qui se chiffre en dizaines de millions d’euros, notamment en France. Et le pays n’a toujours pas de gouvernement officiel, les différents partis religieux ne voulant rien céder de leurs intérêts particuliers pour satisfaire l’intérêt général de leur pays à la dérive en voie de paupérisation accélérée. Les organismes financiers multilatéraux comme nationaux ont sorti leurs carnets de chèques mais ne veulent envoyer des sous que dans le cadre d’un plan de relance économique concocté par un gouvernement officiel ! On en est loin.

On ne sait pas ce qui va se passer dans le futur proche. Théoriquement il faudrait mettre le pays sous tutelle mais ne n’est évidemment plus possible, pas sûr d’ailleurs que cela serait efficace tant la population divisée se réunirait rapidement pour rejeter tout proconsulat étranger. Et puis qui serait prêt à l’assurer ? Heureusement la Syrie a autre chose à faire pour le moment sinon elle aurait réenvahit le Liban sans barguigner et probablement sans rencontrer vraiment d’opposition.

Alors il faut attendre et espérer l’élan collectif d’un peuple fatigué pour identifier un sauveur parmi les leurs, capables d’oublier son appartenance communautaire, de ne pas être trop corrompu et avoir une vision de l’avenir du pays partagée par une majorité… Vaste tâche !

Le retrait se termine

Les troupes occidentales sont en train d’achever leur retrait d’Afghanistan après une guerre qui aura duré 20 ans à la suite des attentats religieux du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles du World Trade Center de New-York. Les clés de l’immense base militaire aérienne de Bagram ont été remises aux autorités locales et la population se serait empressée de la piller sitôt le dernier soldat américain parti. Cette base est emblématique des invasions étrangères qui ont marqué ce pays. Construite dans les années 1950 par les Etats-Unis alors que l’Afghanistan était leur alliée dans la guerre froide, elle est ensuite passée sous contrôle soviétique lors de l’invasion communiste de 1979, elle fut l’objet de féroces combats entre les chefs de guerre afghans après le retrait soviétique en 1989, puis récupérée par les Etats-Unis et l’OTAN en 2001 après leur entrée dans le pays.

Il est peu probable que l’armée nationale afghane n’ait jamais l’utilité réelle d’une telle installation. Le mieux aurait sans doute été de la démanteler une bonne fois pour toute et de la transformer en terrain agricole pour y cultiver des céréales… ou du pavot.

Dans le même temps, l’insurrection religieuse talibane progresse et chacun parie sur la prise de pouvoir rapide de tout le pays par ce groupe qui a déjà dirigé l’Afghanistan avant d’être délogé en 2001 par les troupes américaines qui commencèrent ainsi le long chemin de croix qui s’achève aujourd’hui. Le retour probable des talibans au pouvoir avec leurs pratiques qui apparaissent d’un autre âge aux occidentaux nous fait revenir en 1996. La roue a tourné et est revenue à son point de départ. L’avenir sera évidemment différent de ce qu’il fut en 1996 et peut-être pas pire que ce que furent les 20 dernières années. Au moins sera-t-il majoritairement afghan avec une baisse des influences étrangères dans le pays. Les principes talibans basés sur une application stricte du Coran dans la politique, s’ils sont rejetés par une minorité formée à « l’occidentale » et intéressé par la modernité, sont sans doute plus ou moins validés par une bonne partie de la population. Le seul point qui vaille est de savoir si l’Afghanistan va redevenir une base de départ pour le terrorisme religieux international ? Les talibans se sont engagés à ne pas l’autoriser dans les accords signés avec les Etats-Unis. S’ils contrevenaient à cet engagement ils prendraient alors un risque de voir une nouvelle invasion de leur pays. Mais l’avenir ne manquera pas de réserver des surprises car il n’est jamais la reproduction à l’identique du passé.

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