La Syrie et le virus

Le ministre de la santé syrien a déclaré :

L’armée syrienne a nettoyé la Syrie de nombreux germes, il n’y a pas de cas de coronavirus pour l’instant.

Officiellement le coronavirus ne touche pas le pays ce qui laisse nombre d’observateurs sceptiques compte tenu de nombreux iraniens présents sur le territoire, l’Iran étant un foyer important de diffusion de la maladie au proche et moyen Orient. L’avenir devrait dire assez vite ce qu’il en est en Syrie. En attendant les autorités ont quand même pris des mesures contre l’épidémie comme le report d’élections et la fermeture d’écoles ou d’universités.

Un accord de papier

Les Etats-Unis d’Amérique ont signé un accord avec les religieux sunnites talibans, mouvement terroriste rebelle afghan qui met ce pays à feu et à sang depuis des décennies après l’avoir gouverné quelques années à partir 1996 à l’issue d’une guerre civile brutale qu’ils ont emportée. Ils installent alors la loi islamique pure et dure et se rendent notamment célèbres par la destruction au canon des Bouddhas géants de Bâmiyân qui présentaient l’immense défaut d’être « préislamiques ». L’existence des femmes est réduite à leur interprétation du Coran, c’est-à-dire à rien. La musique est interdite, le police religieuse veille dans les rues, des bandes de chefs de guerre règnent sur le pays, règlent leurs comptes sauvagement, cultivent le pavot, prient, coopèrent avec leurs alter-egos pakistanais de l’autre côté de leur frontière Est et accueillent le saoudien Ben Laden qui y fomentera l’attentat du World Trade Center à New York en septembre 2001. Une troupe internationale se met alors en route sous la bannière américaine, elle y est encore… Le gouvernement taliban est déposé en quelques mois et depuis 2001, les talibans passés au maquis bataillent contre l’envahisseur, et le gouvernement local qu’ils estiment asservi à Washington, avec un certain succès et sans doute le soutien d’une bonne partie de la population, sûrs de leur bon droit, après tout ils sont chez eux, et certains que les troupes étrangères se retireront un jour… C’est ce qui en train de se passer près de 20 ans plus tard !

L’accord formalise en réalité la défaite occidentale dans un pays auquel personne en Occident ne comprend grand-chose et qu’il vaut bien mieux laisser s’occuper seul de ses affaires dans ses montagnes. Toutes les tentatives d’intervention ont échoué sur le long terme, qu’elles soient militaires, humanitaires ou politiques. Il semblerait que la négociation qui s’achève entre le gouvernement américain et le mouvement religieux permette le retrait des dernières troupes occidentales du pays sans trop de déshonneur pour la partie américaine. Sans doute personne ne croît une seconde aux engagements pris par les talibans, notamment celui qui consisterait à empêcher la réinstallation de groupes terroristes sur le territoire afghan. Compromettre avec des talibans pour empêcher le retour du terrorisme relève au mieux de la faux-jettonerie, au pire d’un incompréhensible machiavélisme. Mais qu’importe, après tout, les accords de Paris de 1973 qui ont permis le retrait des troupes américaines du Vietnam ont été immédiatement violés par le Vietnam du Nord qui s’est empressé d’unifier tout le pays sous la bannière communiste avant même que l’encre qui avait servi à signer ces accords ne soit sèche ! Idem pour ceux d’Evian qui permirent à la France de rapatrier ses troupes d’Algérie en 1962. L’essentiel pour les pays extérieurs intervenant dans un pays tiers est de pouvoir se sortir du bourbier, mais le mieux aurait été de ne pas s’y mettre.

Dans le cas de l’Afghanistan il paraissait logique que les Etats-Unis et les troupes de l’OTAN réagissent après l’incroyable attaque religieuse contre New-York en 2001 mais sans doute aurait-il été préférable de s’en retourner chez soi quelques mois après avoir renversé le gouvernement des talibans, cela aurait épargné nombre de victimes et encore plus de milliards de dollars aux contribuables occidentaux, pour un résultat globalement identique puisque les talibans vont revenir au pouvoir et, sans doute, déconstruire tout ce que les occidentaux ont cru ériger pour « le bien » de ces pays. L’Afghanistan illustre jusqu’à l’absurde la prétention de ces interventions extérieures dont bien peu réussissent.

En Algérie les français ont voulu importer en plus de la colonisation, l’éducation, la santé et autres « droits de l’homme » qualifiés d’universels. Les américains ont fait de même au Vietnam et les troupes de l’OTAN développaient également un volet civil de leur occupation de l’Afghanistan, cherchant à associer développement économique ou enseignement à la soi-disant sécurité instaurée par les armées de l’OTAN. Tout ceci a échoué car imposé de l’extérieur.

L’Histoire se répète avec constance. La prochaine étape sera celle du retrait des troupes françaises du Sahel qui arrivera immanquablement car il faudra bien se sortir de ce nouveau bourbier. Des terroristes religieux locaux qui harcèlent tout ce qu’ils peuvent, des pouvoirs locaux qui ne gouvernent qu’eux-mêmes, une corruption érigée en mode de fonctionnement, des populations locales qui rejettent rapidement les troupes étrangères voire collaborent avec les terroristes, des règlements de comptes entre clans locaux…, bref, tout est présent au Sahel pour renouveler ce qui s’est passé au Vietnam, en Algérie, en Irak… La sortie sera certainement douloureuse, pour l’honneur de la République française et les sous de ses contribuables !

Au Mali en 2012 peut-être aurait-il été possible d’appliquer la théorie de « cassage de gueule » qui n’a pas été employée en Afghanistan : les armées occidentales vont sur place, traitent le problème puis retournent chez elles sans chercher d’autres résultats, quitte à revenir plus tard si le « problème » menace de nouveau les intérêts occidentaux.

On se souviendra de l’intervention militaire britannique au Sierre-Leone en 2000 pour appliquer les accords de Lomé censés mettre fin à une guerre civile d’un niveau de barbarie très intense : enfants soldats en grand nombre, massacres innommables à la machette (les rebelles pour se venger coupaient les bras des loyalistes au-dessous du coude [mutilation qualifiée de « manches longues »] ou au-dessus [« manches courtes »]), armée loyaliste incompétente, trafics de diamants, prises d’otages, etc. Les britanniques appuyèrent la force de l’ONU et se frottèrent directement aux rebelles qu’ils empêchèrent ainsi de prendre la capitale Freetown. Quelques soldats britanniques restèrent sur place pour « former » l’armée nationale mais globalement tout fut réglé en trois mois. Depuis, la Sierra-Leone est revenue à des dérives et n’est pas sortie de son sous-développement mais ce pays s’occupe de ses affaires sans intervention militaire extérieure.

Dans un autre genre l’intervention militaire de l’OTAN dans les Balkans en 1995 a permis de pousser la Serbie à ralentir les massacres qu’elle effectuait ou couvrait aux limites de l’Europe et à négocier avec les autres pays issus de l’ex-Yougoslavie, puis les forces occidentales sont rentrées chez elles. Depuis il se passe ce qu’il doit se passer mais au moins est-ce de la responsabilité unique de ces pays, sans plus d’occupation étrangère. A méditer !

La Syrie reconnaît le génocide turc des arméniens

Afin de bien savonner la planche d’éventuelles négociations sur la stabilisation du conflit en Syrie, le parlement de Damas vient de reconnaître le génocide arménien pratiqué par la Turquie au début du XXème siècle. Ladite Turquie occupant militairement actuellement une partie de territoire syrien c’est la « réponse du berger à la bergère » pour titiller un peu plus l’orgueil national de la partie adverse.

La Syrie qui accuse un autre Etat de génocide c’est un peu « l’hôpital qui se moque de la charité » mais plus c’est gros plus ça passe. Turquie et Syrie sont en guerre quasi-chaude depuis quelques semaines et la réaction la plus censée d’Ankara aurait dû être de ne pas même réagir à cette provocation certainement inspirée par le satrape de Damas. Bien entendu ce ne fut pas le cas et les dirigeants turcs vocifèrent depuis sur leurs ondes nationales. Au moins peut-on espérer que lorsque ces dirigeants autoritaires s’affrontent par l’intermédiaire de leurs parlements et leurs télévisions, ils passent moins de temps derrière leurs canons.

L’aide turque aux réfugiés

Quelques milliers de réfugiés en Turquie sont « aimablement » véhiculés par les autorités turques vers les frontières européennes de la Grèce et de la Bulgarie. Il paraîtrait même qu’on leur distribue des cartes pour les guider et que des haut-parleurs les informent dans leurs langues natales que les frontières européennes leur sont ouvertes. Ils sont donc un peu surpris lors qu’ils sont accueillis auxdites frontières par des gaz lacrymogènes des forces de sécurité grecques et bulgares. D’autres migrants ont repris la mer depuis la Turquie vers les iles helléniques. Pour le moment il semble que la majorité de ces migrants soient iraniens ou afghans, mais peu syriens.

Cela n’est pas sans rappeler l’implication turque plus ou moins officielle au début de la crise migratoire en 2011/12 lorsque des cargos rouillés et délabrés remplis de candidats réfugiés étaient lancés sans pilote sur les côtes européennes, leurs équipages les ayant abandonnés avant de quitter les eaux internationales en fuyant dans des canots de sauvetage. « L’affrètement » de tels navires passait beaucoup moins inaperçu que des dinghies en caoutchouc de passeurs de circonstance, des photos satellites avaient montré clairement que ces navires sortaient de ports turcs et avaient été communiquées à Ankara qui avait fait ce qu’il fallait pour mettre fin à ce « mode de transport ». Contrairement à ce qui se passait en 2011, la Turquie revendique aujourd’hui haut et fort son action de pousser les migrants hors de son territoire vers ceux des pays membres de l’Union européenne mais n’a pas remis en service ses poubelles des mers.

L’objectif turque est de pousser l’Europe à soutenir la Turquie afin d’imposer son occupation illégale du nord de la Syrie. Pas sûr que ce ne soit la bonne méthode. En revanche elle est très efficace pour éloigner encore un peu plus la Turquie de l’Europe. Chacun se bat avec les moyens dont il dispose et le seul pouvoir qui ne dévie pas de sa route est le clan Assad en Syrie, soutenu par la Russie, qui veut achever la reconquête de son territoire, serait-ce au prix de l’émigration de millions de ses concitoyens et des 400 mille morts déjà répertoriés depuis le début de cette guerre civile en 2011. Le mal est parti de la et continue à prospérer. L’agitation inquiète de la Turquie n’en est qu’un dommage collatéral.

La Turquie utilise à plein sa capacité de nuisance pour asseoir une occupation illégale de la Syrie

La Turquie accentue le trouble qu’elle sème au Proche-Orient et, par conséquence, en Europe. Ce pays occupe militairement la bande syrienne nord frontalière et se confronte désormais directement à la volonté du régime syrien de reprendre le contrôle de l’ensemble de son territoire. Les armes parlent depuis quelques jours et il y a des morts dans les armées des deux côtés. Evidemment la religion n’est jamais bien loin : les turcs sunnites, plutôt proches de la confrérie des Frères musulmans, sont opposés aux syriens alaouites, une branche de l’islam plutôt proche du chiisme d’où le soutien des iraniens et du Hezbollah libanais à Damas, qui plus est, sérieusement appuyée par l’armée russe.

Alors évidement Ankara se retrouve un peu esseulée et appelle au « soutien » de l’Europe dans son combat, sous menace de renvoyer les deux à trois millions de réfugiés syriens présents sur son territoire vers les pays européens. On ne sait pas bien le type de « soutien » attendu par la Turquie. Veut-elle que les armées européennes, ou l’OTAN, viennent combattre le régime syrien pour « légaliser » l’occupation illégale du nord de la Syrie par l’armée turque et ses séides syriens ? C’est peu réaliste ce qui n’a sans doute pas échappé à Ankara. Veut-elle plus simplement que l’Europe fasse pression sur la Syrie et son allié russe pour que les combats syro-turques se terminent ? Quand on sait que la capacité d’influence du reste du monde sur ces deux pays est quasi-inexistante comme l’ont montré de nombreux exemples, on ne voit pas bien où cela peut mener. La Turquie veut-elle plus de sous de l’Europe, plus d’armes ? Sans doute.

Hélas, les vociférations du président turques contre à peu près tous les pays européens ont légèrement découragé leurs dirigeants respectifs. Le président Erdogan a successivement accusé les allemands de « pratiques nazis », puis son homologue Macron d’être en état de « mort cérébrale », qualificatif que celui-ci avait employé à l’encontre de l’alliance atlantique OTAN dont fait partie la Turquie, ambiance… Et l’on ne parle même pas des envolées lyriques d’Erdogan qui recommande un vote aux allemands d’origine turque pour les élections allemandes ou qui suggère à ceux-ci de faire beaucoup d’enfants pour « occuper l’Europe »[1]. Comme par ailleurs la Turquie occupe illégalement Chypre depuis 1974, membre de l’Union européenne, on comprend que ce pays ne déclenche pas une empathie généralisée dans les capitales européennes, c’est le moins que l’on puisse dire…

Mais ce président colérique est là, la Turquie aussi, les communautés d’origine turque sont très présentes et influentes en Europe de l’ouest (spécialement en Allemagne) alors il faut bien faire avec et les capitales européennes essayent de se dépatouiller de cette inextricable situation. Pour bien marquer sa forte capacité de nuisance, la Turquie a dirigé depuis deux jours des réfugiés européens vers les frontières grecques terrestres et maritimes. Le cynisme de cette action n’a d’égal que sa perniciosité, mais elle a des chances de fonctionner.

Dans le même temps la Turquie a demandé aux Etats-Unis la livraison de missiles anti-aériens comme elle avait demandé et obtenu la même chose de la Russie au grand dam des occidentaux, consternés par ce double langage d’un allié de moins en moins fiable.

Jusqu’ici la Turquie agace considérablement, se trouve plutôt isolée, mais obtient plus ou moins ce qu’elle veut, c’est-à-dire assez peu de réactions à ses déclarations et ses actions va-t-en-guerre. Moscou et Damas doivent plutôt sourire en coin de voir le régime d’Ankara réussir à affaiblir l’Occident à coups de vociférations plus ou moins religieuses… mais depuis quelques jours l’affrontement militaire est direct. La tentation (pourtant forte) de les laisser se débrouiller entre eux n’est pas une option tant ses implications risqueraient d’être négatives pour les pays européens. Le sujet va être très très chauds pour les semaines à venir.

Au moins une certitude, l’option de faire adhérer la Turquie à l’Union européenne n’est plus sur la table pour au moins les 50 prochaines années, c’est déjà ça.


[1] On a même vu des dirigeants turcs tenir des meetings électoraux en Allemagne et en France avant des élections en Turquie pour « motiver » leurs électeurs locaux. On n’ose pas même imaginer la réaction turque si des pays européens envisageaient des actions réciproques sur le territoire turc…

Mauvais temps pour les « fils et filles de » africains

Le fils du président de la Guinée Equatoriale, Teodorin Obiang, lui-même vice-président du pays, a été condamné en France en octobre dernier à trois années de prison avec sursis et 30 millions d’amende, également avec sursis, dans le cadre de la procédure des « biens mal acquis », pour s’être bâti frauduleusement un patrimoine immobilier considérable. Son père Teodoro Obiang Nguema est au pouvoir dans son pays depuis 40 ans après avoir renversé son oncle en 1979 qui était lui au pouvoir depuis 1969. Le fiston, qui a fait ses études en France, a été nommé à divers postes de ministre par papa avant de devenir vice-président en 2016. Il adore les voitures de luxe et accumule Ferrari, Lamborghini et similaire, qui lui ont été généralement saisies dans le cadre de différentes procédures dans les pays où il a investi. Le fiston était absent lors de son procès, un appel et une procédure devant la cour internationale de justice.

La fille de l’ex-président de l’Angola, Isabel dos Santos, est au centre d’une enquête internationale journalistique menée par le Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ), qui révèle en janvier 2020 sa fortune considérable (se chiffrant en milliards de dollars) et les voies complexes et opaques par lesquelles elle et son mari ont accumulé ces actifs dont beaucoup sont localisés au Portugal, ex-puissance colonisatrice de l’Angola. Cette enquête a été lancée à la suite d’une importante fuite de 700 000 documents, probablement le fait d’un hackeur. Son père José Eduardo dos Santos est resté 38 ans au pouvoir dans son pays où fifille a exercé différents postes officiels, notamment la présidence de la société pétrolière nationale. Papa est maintenant installé à Barcelone et son successeur a lancé des poursuites contre la famille dos Santos. A la suite de ces révélations médiatiques le banquier portugais de la banque locale dont elle détenait 42,5% des parts a été retrouvé mort à son domicile, probablement suicidé. Isabel est désormais persona non grata dans un certain nombre de pays occidentaux et, bien entendu, aussi en Angola.

Le fils du président du Congo (Brazzaville), Denis Christel Sassou Nguesso, est mis en examen en France pour blanchiment dans le cadre de cette même procédure des « biens mal acquis ». Son père Denis Sassou Nguesso est au pouvoir dans son pays depuis 36 ans et le fiston, député, a exercé des fonctions dans la société pétrolière nationale, tiroir-caisse du pouvoir et, à une époque sans doute révolue, de certains partis politiques français. Denis Christel a accumulé des biens assez considérables, notamment dans l’immobilier en France.

Ces trois affaires en cours sont intéressantes par leurs similitudes. Elles concernent toutes des « fils et filles de » dont il est juste techniquement impossible qu’ils aient accumulé de telles fortunes, se chiffrant en centaines de millions ou en milliards de dollars, en partant de leurs salaires de ministres ou même de vice-président. Comme le confirment les enquêtes de justice et de l’ICIJ, ils ont largement détourné les fonds publics des Etats dirigés par leurs pères respectifs. Tous trois ont développé un sens du clinquant jet-set qui les a beaucoup desservis, publiant des photos bling-bling sur les réseaux dits-sociaux ou paradant un peu partout où la presse pipole aime à se trouver. La discrétion sied mieux aux opérations illégales que la publicité qui les a attirés comme la lumière brûle les insectes. Ils ne l’ont pas compris. Ils ont également dépensé/investi la plus grande part de leurs sous en dehors de leurs pays d’origine vie des montages légaux et fiscaux complexes largement validés par les cabinets d’audit internationaux, on n’est jamais trop prudent…

Tous clament la complète légalité des transactions qui les ont enrichis en convoquant le « néocolonialisme » des procédures entamées. Dans les cas du Congo et de la Guinée Equatoriale, les papas sont toujours au pouvoir, les justices locales ne sont donc pas saisies comme en Angola où la famille dos Santos est poursuivie localement.

Tous ont des papas qui sont au pouvoir depuis plus de 30 ans sans discontinuer, arrivés à ce niveau le plus souvent à l’issue d’élections fantoches. Cette durabilité hors normes a favorisé ces pactes familiaux de corruption. On n’a pas trouvé de solution à ce jour pour mettre fin à cette mauvaise gestion généralisée, ni dans les pays concernés, ni plus en Occident où les donateurs cherchent à améliorer la situation qui est nuisible pour tous, sauf pour la minorité qui s’enrichit et qui arrive donc à rester en place.

Il serait moral que ces « fils et filles de » rendent l’argent pillé dans leurs pays. Il n’est pas sûr que cela advienne puisque pour le moment au moins deux des trois pays mentionnés ne réclament même pas ce retour. Seule Isabel dos Santos est sur le grill mais il est loin d’être acquis que ses actifs puissent être saisis, vendus ou restitués à son pays. Son mari Sindika Dokolo déclarait au journal Le Monde en 2017 : 

« Je préfère que la richesse du continent revienne à un Noir corrompu plutôt qu’à un Blanc néocolonialiste. »

Tout est dit mais si le « Noir corrompu » n’a pas respecté la Loi des pays où il a investi, il aura peut-être des comptes à rendre si les justices de ces pays se mettent en mouvement !

« Vietnam » de Ken Burns et Lynn Novick

Un vaste documentaire sur la guerre du Vietnam, depuis la défaite française jusqu’à la piteuse fuite de Saïgon par les américains en 1975 : 3 DVDs, 9 épisodes, 8h30 heures de film (18 heures dans sa version pour la marché américain), dix années pour sa réalisation et finalement une passionnante plongée dans cet épisode tragique de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique, du Vietnam et de quelques pays alentour. Cette guerre ayant été très librement ouverte à la presse, au moins du côté occidental, il existe une masse impressionnante de documents de tous ordres et, du côté Vietnam communiste, beaucoup d’informations plus ou moins officielles auxquelles les réalisateurs ont eu accès. Mais surtout, il subsiste encore beaucoup de témoins des deux bords et ce sont leurs interviews qui rendent ce documentaire aussi intéressant : civils, militaires et politiques, vietnamiens (du nord et du sud) et américains, prennent longuement la parole pour partager leurs petites histoires comme leur participation à la grande Histoire.

Les fameux enregistrements du bureau ovale de la Maison-Blanche ayant été dévoilés à l’occasion de l’affaire du Watergate, on entend d’incroyables conversations téléphoniques entre MM. Nixon (président) et Kissinger (secrétaire d’Etat) sur « l’évolution » de cette guerre, des négociations entre les parties pour y mettre fin et de l’influence de tout ceci sur… la réélection de Nixon en 1972.

Les réalisateurs étant américains, ils rentrent dans le détail du mouvement anti-guerre qui s’est développé dans leur pays à partir de 1966 et jusqu’aux accords de 1973, sur les illusions entretenues de « l’endiguement du communisme » en Asie qui justifiaient cette guerre étrangère et sur les désillusions de gamins de 20 ans envoyés mourir dans les rizières vietnamiennes.

La publication en 1971 par le New York Times des « Pentagone papers » écrits en 1967 (7 000 pages) par des militaires et experts politiques à la demande du ministre de la défense (Robert Mc Namara), permet de revenir sur les premiers grands mensonges d’Etat dans ce pays. On y redécouvre que dès le mitan des années 60’ la hiérarchie politico-militaire savait que les Viêt-Cong pouvaient gagner la guerre, puis par la suite, que les Etats-Unis allait la perdre. Ces analyses n’empêcheront pas de renforcer les effectifs militaires sur place jusqu’à plus de 500 000 hommes.

Au terme de cette guerre interminable qui fit 3 millions de morts côté vietnamien (du nord comme du sud, civils et militaires, 10% de la population), 60 mille côté occidental (des troupes d’Australie, de Nouvelle-Zélande, du Canada, des Philippines, de Thaïlande sont venues épauler les américains, même si elles furent très minoritaires), le Vietnam du sud absorbé par celui du nord pour former la République socialiste du Viêt Nam, il est impossible de savoir si le communisme se serait étendu dans toute l’Asie du Sud-est si elle n’avait pas eu lieu, puisque telle était le but de guerre. Le documentaire aborde rapidement l’effondrement économique de la République socialiste qui suivit la réunification, les camps de rééducation dans lesquels ont été envoyés beaucoup de vietnamiens ex-du sud, la fuite d’un million de citoyens sur les « boat-people », puis, au bout d’une dizaine d’années de logique marxiste, l’ouverture et la libéralisation du pays et, enfin, la visite du président américain  Bill Clinton en 2000, marquant ainsi une relative réconciliation entre les deux peuples qui furent de si féroces ennemis.

On est d’ailleurs frappé par la tranquille neutralité avec laquelle s’expriment les vietnamiens des deux bords pour raconter cette période tragique. Cela illustre une réconciliation avec les Etats-Unis qui semble avoir été plutôt bien menée. Le Vietnam du nord était, et reste toujours, guidé par la certitude de la justesse de son combat, le Vietnam du sud s’est trouvé le jeu de puissances qui le dépassaient et a disparu, les Etats-Unis ressassent leur traumatisme dont les effets durent toujours, voire même sont réactivés avec d’autres guerres interminables menées en Orient, notamment en Afghanistan et en Irak…

La leçon de cette période complexe est difficile à tirer. Ce que les faits nous disent c’est la très grande majorité de ces guerres étrangères menées par des puissances occidentales depuis la deuxième guerre mondiale se sont en général mal terminées pour elles… Celle du Vietnam fut une apothéose à cet égard. Ainsi va la vie du monde.

Ah, dernière chose, la bande originale est coordonnée par Trent Reznor (du groupe Nine Inch Nails) et fait la part belle aux Jimi Hendrix, Bob Dylan, Rolling Stones, Byrds… qui accompagnaient les troupes américaines tout au long des combats.

Les confettis de l’empire religieux

A l’occasion d’une chamaillerie entre les services de sécurité israéliens et leurs alter-egos français qui encadraient une visite du président de la République française dans le vieux Jérusalem-est, on apprend que la France détient quatre territoires abritant des édifices religieux dans cette ville. Ce sont non seulement des bâtiments français mais des territoires de la France, gérés par le consul de France. Le plus souvent ces minuscules parcelles sur un territoire étranger ont été données à ou achetées par Paris au XIXème siècle, la France se sentant sans doute légitime à les détenir comme actrice des lointaines et sauvages croisades menées en ces lieux au nom de Dieu. Les différents traités et accords dans la région n’ont jamais remis en cause cette « souveraineté » française sur ces sites chrétiens, de l’empire ottoman à l’autorité palestinienne en passant par la création d’Israël.

Evidemment, le citoyen-contribuable français se demande s’il est vraiment nécessaire au XXIème siècle que la République entretienne encore des colonies, qui plus est religieuses, dans cette région du monde toujours à feu et à sang ? La raison voudrait que Paris abandonne cette souveraineté et la remette aux autorités locales, ce qui risque d’être complexe compte tenu du statut toujours mouvant de cette ville, mais mérite véritablement d’être mené à bien.

« Pour Sama » de Waad Al-Kateab & Edward Watts

Waad Al-Kateab est une jeune étudiante syrienne installée à Alep pour y suivre des études d’économie après avoir renoncé à une carrière de journaliste, métier trop dangereux dans une dictature. De 2011 à 2016 elle filme d’abord le soulèvement étudiant lors de « la révolution », puis les combats et la reprise de la ville par le régime et ses alliés, russes notamment. Durant la guerre elle publie ses chroniques sur Youtube qui sont suivies dans le monde entier. Réinstallée au Royaume-Uni après la reddition de la ville elle les monte avec le documentariste Edward Watts pour un faire un film qui reçoit différents prix et un accueil enthousiaste de toute la profession.

A travers son quotidien, de plus en plus difficile, elle retranscrit le drame du siège de la ville, vécu de l’intérieur, car après l’enthousiasme de la rébellion étudiante voulant mettre à bas la famille Assad qui tient le pays d’une main de fer depuis 1970, la dure réalité de la guerre civile urbaine lui succède. Waad tombe amoureuse et se marie avec Hamza un médecin qui anime un hôpital dans les quartiers assiégés. C’est surtout depuis cet hôpital que l’on suit les évènements. Ils ont une petite fille, Sama, qui apparaît dans ce chaos ; le film lui est dédié car Waad a voulu lui expliquer pourquoi et pour quels idéaux ses parents sont restés au cœur de la tourmente, au risque de leurs vies. Le scénario alterne entre les images paisibles de Sama souriant dans la chambre qu’elle occupe avec ses parents, le bruit du canon au loin, et les images terribles de blessés qui arrivent en masse à l’hôpital. Jeune maman, Waad insiste sur le sort des enfants civils montrant des moments poignants de gamins morts ou gravement blessés. Le spectateur a souvent le cœur au bord des lèvres et les yeux humides devant une telle boucherie.

Les forces du régime ont pris l’habitude de bombarder les hôpitaux pour décourager la population et la pousser à fuir les quartiers rebelles. Hamza devra réinstaller son hôpital dans un autre endroit après sa destruction. Entre deux opérations chirurgicales il commente lui aussi les évènements via WhatsApp sur les chaînes d’information du monde entier assistant impuissant au siège d’Alep. Progressivement tous les quartiers tombent et, lorsque les chars du régime sont dans la rue du dernier hôpital du dernier quartier non soumis, les forces russes transmettent un message aux derniers assiégés par l’intermédiaire de l’ONU leur proposant la reddition et l’évacuation de la ville par les civils et les milices vers la province d’Idleb[1]. La mort dans l’âme, Waad (qui est de nouveau enceinte), Sama et Hamza évacuent leur quartier en janvier 2017 dans d’interminables convois, sans être interceptés lors des contrôles alors que leurs visages sont déjà très connus pour avoir tenu le monde informé au jour le jour de la bataille d’Alep. Les images de la ville rappellent celles de Stalingrad !

Le film ne fait pas de politique même si sa réalisatrice est clairement dans le camp anti-régime. Il ne parle pas des improbables coalitions montées d’un côté comme de l’autre, des massacres initiés de toutes parts. Il y a tout le Moyen-Orient et la Russie actifs sur le front (la coalition occidentale anti-Etat islamique n’est pas à l’œuvre dans cette ville) : le régime Assad, l’Iran, le Liban, la Turquie, les Emirats arabes, les milices des groupes l’Etat islamique et Al-Qaïda et bien d’autres… Les alliances se font et se défont, tout le monde tire sur tout monde avec des armes plus ou moins sophistiquées, plus ou moins hétéroclites… et les civils trinquent. La ville est détruite à 40%. C’est le propre d’une guerre civile, hélas ! Tout n’est pas sans doute pas fini, il faudra reconstruire, les civils évacués ont juré de revenir un jour, la réconciliation est impossible ; la famille Assad et son armée vont probablement geler la situation à défaut de pouvoir la faire évoluer. La dictature ne peut que refermer le couvercle sur la marmite bouillonnante. La démocratie est un leurre pour le moment. On reparlera de la Syrie pour encore plusieurs générations.

Après « Eau Argentée » sorti en 2014 sur le siège d’Homs « Pour Sama » suit le même principe : témoigner de la barbarie humaine. Des documentaires qui dérangent.


[1] Où se déroulent actuellement des combats pour la reprise de cette région par les forces pro-régime.

Des électeurs australiens chauffés à blanc

Des incendies de forêt gigantesques dévastent l’Australie depuis plusieurs moins. Ils semblent hors de contrôle et le pays attend la fin de la sécheresse estivale, ou d’éventuelles pluies, pour mettre fin au désastre qui pour le moment a fait une trentaine de morts et ravagé des millions d’hectares.

Ce drame écologique et humain suscite actuellement quelques remous politiques dans l’île-continent dirigée par un gouvernement libéral minoritaire dont le premier ministre Scott Morrison est voué aux gémonies lorsqu’il visite les régions sinistrées. Alors que les élections fédérales de mai 2019 ont donné la majorité à une coalition emmenée par le parti libéral, la nomination de M. Morrison n’est survenue que par suite de la mise en minorité de son prédécesseur issu du même parti libéral et qui voulait… respecter les engagements de son pays dans les accords internationaux écologiques dits « de Paris ». Considéré comme un « gauchiste » du fait de son soutien au mariage homosexuel et aux accords précités, M. Turnbull a été évacué par les députés qui ont élu M. Morrison pour le remplacer comme chef du parti libéral et donc premier ministre. Ce dernier n’est pas un perdreau de l’année : chrétien évangélique, il est passé par différents postes gouvernementaux, plutôt tendance « manif pour tous » que « mariage pour tous », il est un défenseur de l’industrie minière australienne (une des principales ressources du continent), etc. Ses convictions de droite et son opinion climatosceptique sont affirmées et connues !

En Australie comme dans bien d’autres pays, les citoyens votent pour des dirigeants sans lire leurs programmes électoraux ni trop s’intéresser aux campagnes. Les voici donc engagés pour la durée du mandat qu’ils ont donné à leurs élus, soit trois années à compter de mai 2019. S’ils ne sont pas contents des gens qu’ils ont élus, eh bien il suffit de voter pour d’autres aux prochaines élections qui devraient intervenir au plus tard en mai 2022. Il doit bien exister une procédure pour provoquer des élections anticipées qui peut sans doute être activée sous certaines conditions. Il est probable qu’une fois les incendies éteints le débat sera chaud en Australie sur le sujet du changement climatique, il sera alors temps de s’inspirer de ses conclusions pour faire évoluer le vote si besoin.

LAURENS Henry au Collège de France, « Crises d’Orient : les origines de l’autoritarisme à partir de 1949 » 6/6.

Sixième et dernier épisode des aventures haletantes du Moyen-Orient de l’après IIème guerre mondiale : cela ressemble à une série policière télévisée, ce n’est que l’Histoire tragique narrée par Henry Laurens.

La rupture entre le nationalisme arabe et l’islam représenté par les Frères Musulmans est maintenant consommée. Le plan de paix Alpha apparu en 1955/56 est toujours poussé par les anglo-saxons mais reçu avec mesure par la partie arabe qui y voit surtout un cheval de Troie américain qu’elle refuse malgré le projet de construction du barrage d’Assouan qui est « vendu » avec.

Israël et les Etats arabes ne peuvent pas coexister dans un système de défense occidental auquel aboutirait l’exécution du plan Alpha, d’où l’option de l’URSS que commencent donc à considérer la partie arabe. En 1954 l’Egypte achète 40% de son pétrole aux Etats-Unis et à la Roumanie à qui elle vend son coton ; Nasser préfère par ailleurs acheter des armes à l’Occident plutôt qu’aux soviétiques. L’Egypte retient aussi la leçon du gouvernement guatémaltèque renversé à l’initiative des Etats-Unis car préférant acheter des armes à Moscou… En 1955, les Etats-Unis expliquent à l’Egypte qu’elle n’a pas vraiment besoin d’armes puisque l’accord tripartite garantit sa sécurité, d’autant plus que Le Caire n’a pas de devises pour payer de telles importations… Paris refuse également de fournir des armes à l’Egypte compte-tenu de son soutien aux indépendantistes algériens.

En juillet 55, Khrouchtchev a remplacé Staline, il envoie Chepilov, directeur de la Pravda et futur ministre des affaires étrangères, en Egypte. Il trouve Nasser politiquement confus ! L’URSS vend à l’Egypte ses produits manufacturés, robustes mais de mauvaise qualité, contre des matières premières. Moscou aide à l’industrialisation de l’Egypte croyant favoriser l’apparition d’une classe ouvrière, c’est une « « classe musulmane qui va émerger… L’URSS ne représente que 2% du commerce mondiale, c’est la « puissance pauvre » vers laquelle Nasser se rapproche pour acquérir des armes.

Au Soudan c’est la guerre civile, des mouvements indépendantistes y sont actifs. La question est de décider s’il faut fusionner l’Egypte et le Soudan. Le 1er janvier 1956 l’indépendance du Soudan est déclarée contre la volonté l’Egypte et la Grande-Bretagne.
Le 26 août 1955, Foster Dulles, secrétaire d’Etat américain du président Eisenhower évoque en Israël l’éventualité du rapatriement des réfugiés palestiniens contre le financement du développement économique. Israël de son côté refuse de reconnaître la propriété de l’Egypte sur Gaza. Le 12 septembre 1955 un accord de troc est conclu avec l’Egypte à Prague pour la livraison d’armes, d’avions et de chars soviétiques. En 1955 Eisenhower fait une première crise cardiaque (la seconde viendra en 1957), les frères Dulles (secrétaire d’Etat et directeur de la CIA) prennent la main sur la politique étrangère américaine.

Le Liban développe son économie de services et la place financière de Beyrouth, se tourne vers les économies du Golf. L’Egypte et l’Arabie-Saoudite fomentent de l’agitation dans le pays présidé par le chrétien pro-occidental Camille Chamoun. En Jordanie se développent des mouvements arabistes progressistes. Il y a une crainte forte d’une guerre israélienne de conquête de la Cisjordanie. La Syrie se demande si elle doit rejoindre le pacte de Bagdad, l’alliance entre les anglo-saxons, l’Iraq, la Turquie et quelques autres. Moscou protège l’indépendance de la Syrie et livre de l’armement pour se substituer à la France, laquelle soutient aussi l’indépendance syrienne considérant que menace communiste avancée par les Etats-Unis n’est qu’un prétexte pour favoriser fusion entre la Syrie et l’Irak.

Dans les années 50 subsiste en Israël un certain mépris des survivants de la Shoah qui sera inversé après procès Eichmann ; Ben Gourion dit alors : « on ne se laissera pas mener à l’abattoir » sur question des frontières entre plan de partage et lignes d’armistice.

La Jordanie adhère au pacte de Bagdad soutenue par les anglo-saxons, ce qui provoque la chute du gouvernement, par suite de la démission des députés palestiniens, et des violences populaires. En janvier 56, la Jordanie adhère aux Nations-Unis, y compris la Cisjordanie annexée qui est donc ainsi reconnue territoire jordanien par la communauté internationale.

Le projet de plan de paix Alpha continue son parcours, entre CIA et diplomatie. Une opération baptisée Caméléon ou Gamma est montée pour l’organisation d’entretiens secrets entre Ben Gourion et Nasser, sans succès. Nasser ne veut pas parler directement avec Ben Gourion, mais veut bien parlementer sur le Néguev avec Washington, Ben Gourion affiche la même position en direction inverse, malgré les pressions américaines. Israël mène des provocations en Syrie pour bloquer la fusion avec l’Egypte et pouvoir lancer une guerre préventive. Malgré son rapprochement avec Le Caire, Moscou reste modéré pour ne pas être trop engagée dans le conflit Israël-pays arabes.

Israël parle de guerre préventive pour déplacer les frontières et veut éviter des interventions étrangères. L’Egypte annonce son soutien à la Syrie en cas d’attaque israélienne. En décembre 55 Khrouchtchev s’en prend à Israël ce qui forge l’anticommunisme israélien. Les Etats-Unis ne veulent pas vendre d’armes à Tel Aviv si elle n’accepte pas le plan Alpha, en revanche ils autorisent la France à livrer des armes fabriquées sous licence américaine. En janvier 56, le nouveau gouvernement français Guy Mollet est en pleine confusion du fait de la guerre d’Algérie et lève les restrictions de ventes d’armes à Israël. En Jordanie l’officier britannique dit « Glubb Pacha » qui commandait la Légion arabe depuis 1941 est révoqué, avec ses proches, par le roi Hussein qui crée l’Armé arabe commandée par des officiers jordaniens qui savent qu’ils ne feront pas le poids face à Israël en cas de guerre.

La Grande-Bretagne et les Etats-Unis appellent à la paix. Nasser écrit une lettre secrète aux Etats-Unis acceptant le principe d’une négociation sur les frontières d’Israël, puis nie l’existence de cette proposition qui existe pourtant bel et bien revêtue de sa signature. En février 56 l’accord tripartite n’est pas réitéré car les puissances occidentales réalisent qu’elles n’interviendront pas en cas d’attaque israélienne. Ben Gourion écrit également aux Etats-Unis qui comprennent qu’Israël peut se procurer des armes ailleurs mais cherche plutôt un soutien politique, et que Nasser n’est pas du tout prêt à accepter la paix avec Israël. Ils cherchent alors à traiter avec les autres pays arabes pour isoler Le Caire. Israël met en avant le risque de destruction du pays et compare les pays arabes aux nazis.

De nombreux émissaires français parlent du sujet algérien en Egypte alors que le soutien apporté par Le Caire est surtout politique, les armes étant fournies au FLN par la Tunisie et le Maroc.
Les projets secrets Alpha et Gamma n’ont été vraiment connus qu’à ouverture des archives des années plus tard. Celles-ci révélèrent également que Nasser a toujours été insincère il voulait plus casser le pacte de Bagdad que lutter contre Israël. Les Etats-Unis avaient alors de la sympathie pour les pays arabes et foi en une alliance avec Israël, mais ils n’ont obtenu que des problèmes en retour.

Alors qu’il conclut ce cycle de six leçons, le conférencier note qu’à ce rythme il faudra encore dix-neuf années pour arriver à l’époque contemporaine de cette région. Le mieux est encore de lire ses livres… A l’année prochaine !

Le Groupe des Patriotes du Mali

La côte de la France au Mali est en hausse…

Le Groupement des Patriotes du Mali (GPM) est un groupuscule au soutien populaire pour l’instant limité mais qui souhaite que son pays renoue avec Moscou. Il est vrai que ce pays a été longtemps frère de l’Union soviétique. Dans son message, le président du GPM souhaite renouer avec Moscou :

MESSAGE DU PRESIDENT DU GROUPE DES PATRIOTES DU MALI (GPM)

Patriotes du Mali
Notre Mouvement a pour objectif principal de rétablir la coopération intensifiée entre notre pays et la fédération de Russie à l’instar de Celle qui a existé entre le Mali et l’URSS dans les dimensions de la dignité réciproque.
Le GPM a demandé à la Russie son implication dans la gestion de la crise Malienne d’abord en terme[SIC] de formation et d’équipement adéquat de nos forces armées… Le Malien, au regard de sa dignité, n’a pas besoins de troupes étrangères pour combattre à sa place mais des moyens nécessaires qui nous manquent gravement. Le GPM demande aux des mesurés [reSIC] de ne pas tenter de donner un autre contenu indigne et sauvage a son idéal
Président de Groupe des patriotes du Mali (GPM)
M. Fodé Sidibé

Sur la page Facebook du GPM on trouve aussi quelques messages sur le même thème de groupements frères comme « Yerewolo, debout sur les remparts » :

On comprend un peu mieux pourquoi le président de la République française va s’entretenir avec ses collègues africains ce 13 janvier à Pau de leur réelle volonté de voir Paris maintenir des troupes dans leurs pays…

L’ego de l’opposant ivoirien

Guillaume Soro est homme politique ivoirien, passé alternativement des ors du pouvoir aux affres de la rébellion armée et de l’exil. Lorsqu’il est dans l’opposition, il est régulièrement impliqué dans des tentatives de coups d’état contre le pouvoir en place à Abidjan. Il a été l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat qui furent vaines jusqu’ici.

Aux dernières nouvelles il était plutôt coté opposition et réfugié à Paris et s’était mis en tête de revenir à Abidjan pour se présenter aux élections présidentielles prévues pour octobre 2020. Mal lui en pris car un mandat d’arrêt international a été lancé contre lui par la justice ivoirienne pour « tentative d’atteinte à l’autorité de l’Etat ». Ses comparses locaux ont déjà été arrêtés et M. Soro qui était dans l’avion entre Paris et Abidjan ce 23 décembre a fait faire demi-tour à son aéroplane (a priori un vol privé) par peur d’être arrêté dès son arrivée.

De retour à Paris il déclare :

« Je suis et reste candidat à la présidence de la République. Je vais organiser la résistance comme le général de Gaulle l’a fait depuis Londres… je suis quand même surpris : le président français s’est rendu en Côte d’Ivoire, y a fêté son anniversaire mais il n’a pas eu la capacité de dire à ses hôtes qu’il était important de respecter la démocratie en Afrique. J’espérais qu’un président comme lui ait davantage de courage et de maturité pour le faire. »

Sans vergogne, le garçon se compare à MonGénéral, sans la moindre décence il critique le président du pays où il est réfugié. Avec un tel énergumène, la Côte d’Ivoire n’est pas encore sortie d’affaires.

Une bonne nouvelle pour l’Afrique

En réunion à Abidjan, les présidents ivoirien et français annoncent que le franc CFA va être remplacé en Afrique de l’Ouest par une nouvelle monnaie, l’ECO dont la gestion sera sensiblement réformée. Il n’y aura plus d’administrateur français dans les instances de la Banque centrale de Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et celle-ci n’aura plus à déposer une partie de ses réserves auprès du Trésor français. Cependant, il semble que le cours fixe entre l’Euro et l’Eco serait maintenu et que la France continuerait à garantir la convertibilité de l’Eco. Ces deux derniers points, s’ils étaient confirmés, limitent sérieusement l’ampleur de la réforme.

Il serait souhaitable de couper définitivement le cordon monétaire entre la France et ses anciennes colonies. Si l’on se contente de changer le nom de la devise mais de continuer à attendre que la France garantisse son cours et sa convertibilité, on ne va pas bien loin dans ce sens. Espérons que ne n’est qu’une première étape vers un changement plus radical donnant la responsabilité monétaire pleine et entière aux Etats africains.

13 militaires français tués au Mali en novembre

Un accident d’hélicoptères fait treize morts militaires français au Mali au cours d’une opération de combat contre des religieux islamistes le mois dernier. C’est très regrettable et les commentateurs de plateaux télévisés reposent la question du sens de cette énième intervention militaire française dans ses anciennes colonies. Le sujet est d’importance. Comme à chacune d’entre elles, la République part la fleur au fusil dans le cadre de ses accords de défense bilatéraux ou appelée au secours par des Etats locaux faillis, comme à chacune d’entre elles la France ne sait plus comment mettre fin à ces opérations une fois celles-ci entamées et comme à chacune d’entre elles les populations locales sont montées progressivement contre les troupes françaises considérées comme armée d’occupation.

La France n’a-t-elle pas en 1966 elle-même éconduit les troupes étrangères de l’OTAN stationnées dans l’hexagone à sa demande ?

C’est pourquoi la France se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements « intégrés » et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN.

MonGénéral – lettre au président américain, 1966

Tout ceci est réglé comme du papier à musique. Dans notre monde moderne, la présence de troupes étrangères sur un territoire donné provoque invariablement et assez rapidement une réaction de rejet des populations locales, quelles que soient les raisons de cette présence : bonnes ou mauvaises. La France en est là, face à sa malédiction d’ancienne puissance coloniale elle n’arrive pas à se dégager de ces pays. Elles les quittent régulièrement mais y est rappelée tout aussi régulièrement. La tentation de laisser tomber est forte mais pour le moment, les raisons officiellement avancées sont que pour le Sahel l’armée française limite par sa présence les infiltrations de terroristes religieux sur les territoires français et européen, et qu’en Centrafrique elle repousse la tentation du génocide entre les populations. Ces justifications sont certainement réelles mais a-t-on aussi évalué les conséquences pour l’intérêt national d’un retrait militaire rapide versus dans quelques années, comme il se produira immanquablement ? Les spécialistes de l’Afrique savent bien qu’il faudra plusieurs générations pour que les pouvoirs politiques et les armées des pays africains soient en mesure de contrer le terrorisme religieux, si jamais ils y arrivent.

Il conviendrait d’étudier la stratégie du « cassage de gueule ponctuel avec retour rapide au bercail ». Le cas de l’Afghanistan est à ce titre emblématique. En 2001, les attentats contre le World Trade Center de New York (environ 3 000 morts recensés) donnent lieu à une attaque de l’Afghanistan, où a été fomenté cet attentat, par les troupes de l’OTAN (les Etats-Unis ont déclenché l’article 5 du traité Nord-Atlantique réclamant la solidarité des autres membres). Le pouvoir religieux-taliban est mis en fuite en quelques semaines. Nous sommes 20 ans plus tard, des troupes étrangères stationnent toujours dans ce pays et les religieux talibans paraissent plutôt en bonne forme si l’on en juge les nombreux attentats sanglants commis très régulièrement. Des centaines de milliards de dollars ont été dépensés par les contribuables occidentaux en pure perte. Des dizaines de morts sont à déplorer dans les armées de l’OTAN, des milliers parmi les citoyens locaux, et les Etats-Unis d’Amérique sont en train de mener des négociations avec… lesdits talibans sur les conditions de leur retrait militaire. On se croirait revenus en 1973 lorsque Washington négociait avec le Vietnam du Nord l’évacuation de ses GI’s du pays, Hanoï jurant la main sur le cœur qu’il respecterait la ligne de démarcation entre le Nord et le Sud. Il ne faudra pas plus de deux ans pour que le Vietnam du Nord, revenant sur ses engagements, réunifie tout son petit monde par la force sous la bannière communiste, et il n’a d’ailleurs pas eu vraiment à insister tant le Vietnam du Sud rongé par la corruption et la mauvaise gouvernance est tombé comme un fruit mûr. Les plus anciens se souviennent bien des images dantesques d’hélicoptères américains évacuant des grappes humaines du toit de l’ambassade US à Saïgon vers les porte-avions stationnés au large.

Les talibans qui contrôlent déjà une bonne partie du territoire afghan vont revenir au pouvoir à Kaboul, c’était écrit sans doute dès le départ tant ils disposent de soutiens locaux et tant les tentatives de démocratisation du pays et d’instauration d’une gouvernance à l’occidentale ont été vouées à l’échec. On peut imaginer que si les troupes de l’OTAN s’étaient retirées en 2002, les talibans seraient revenus plus tôt au pouvoir mais que l’Occident se serait épargné bien des désillusions et des avalages de chapeaux, quitte à y retourner pour purger la situation si l’Afghanistan se remettait à financer le terrorisme contre nos pays. Il aura fallu 20 ans pour revenir à la situation de départ… et encore les négociations entre Etats-Unis et religieux-talibans ne sont pas encore conclues.

Aujourd’hui au Sahel et en Centrafrique les gouvernements locaux ne soutiennent que modérément une présence militaire étrangère permanente face à leurs populations qui la contestent et continueront à l’abhorrer quoi qu’il arrive. Les questions tribales se superposent aux croyances religieuses, personne n’y comprend vraiment grand-chose au nord de la Méditerranée, alors pourquoi ne pas laisser faire ce qui doit être et pratiquer des opérations coups-de-poing si les circonstances l’imposent ? La question mérite d’être étudiée par nos stratèges militaro-politiques qui vont commencer à se fatiguer de prononcer des hommages mortuaires aux Invalides face aux cercueils des soldats français. Le président Macron a en principe lancé cette réflexion et invité les chefs d’Etats africains concernés à y participer à Pau en janvier prochain.

LAURENS Henry au Collège de France, « Crises d’Orient : les origines de l’autoritarisme à partir de 1949 » 5/6.

Cinquième épisode des aventures haletantes du Moyen-Orient de l’après IIème guerre mondiale : cela ressemble à une série policière télévisée, ce n’est que l’Histoire tragique narrée par Henry Laurens.

En 1954 en Egypte les Frères musulmans présentent leur pays comme une dictature prooccidentale et la compare à la Syrie. Le traité de rétrocession de la base de Suez est signé avec la Grande-Bretagne incluant une clause de retour possible en cas de guerre mondiale ou d’attaque turque. En octobre a lieu un attentat a lieu contre Nasser du fait d’un tireur Frère musulman. C’est a priori un acte isolé et nom de résultat d’un complot. A cette occasion Nasser sort de l’ombre et se révèle un redoutable orateur. La répression déclenchée contre les Frères musulmans est sévère par suite de cet attentat. La tendance du nationalisme arabe est de casser toute relation avec un islam politique. Naguib est démis de ses fonctions et mis en résidence surveillée. Il y restera 20 ans avant d’en être libéré par Sadate.

Les Etats-Unis aident le régime, y compris via des ventes d’armes. Le procès des saboteurs juifs d’dEgypte se conclut par 2 exécutions. Le pays abrite les nationalistes des pays du Maghreb opposés à la présence française. Le Caire lance la radio « La voix des arabes » qui diffuse son nationalisme anti-impérialiste et supplante BBC et VOA (Voice America). Le FLN algérien est créé en Egypte où Nasser accueille Ben Bella (qui ne parle pas arabe).

En France, la guerre d’Indochine est financée par les Etats-Unis car jugée de nature anticommuniste. L’aide restera financière et Washington prendra la suite du combat après Dien Bien Phu. Paris poursuit son réarmement, y compris nucléaire. La France vend sa technologie nucléaire à Israël en 1954 (Simon Peres est le négociateur de Tel Aviv).

Les nationalistes arabes (et tout particulièrement en Irak) se désolidarisent avec les nationalistes du Maghreb en lutte contre la France. Après le traité passé entre l’Egypte et le Royaume-Uni, les anglosaxons initient le projet Alpha de règlement du conflit entre Israël et les pays arabes. Il prévoit la réinstallation des réfugiés palestiniens, la gestion des eaux du Jourdan, des garanties de sécurité offertes et un soutien à l’Egypte pour emporter un accord de paix avec Israël.

En février 1956 le « pacte de Bagdad » est signé entre l’Irak et la Turquie soulevant quelques réactions opposées de pays arabes compte tenu du passé de la Turquie au Moyen-Orient. Ce traité est censé organiser de façon apaisée la relation entre ces deux pays.

En 1954 des soldats israéliens sont faits prisonniers en Syrie. Israël détourne un avion Syrien pour obtenir leur libération inaugurant ainsi une longue série de détournements d’avion, la méthode devenant très prisée dans la région. Il existe un conflit interne en Israël entre Ben Gourion partisan de la solution forte et un clan plus modéré. En février 1955 une infiltration de palestiniens venant de Gaza fait des morts en Israël. Ben Gourion ordonne des représailles qui sont exécutées sous le commandement d’Ariel Sharon et la supervision de Moshe Dayan. L’attaque israélienne porte sur un camp en Egypte près de Gaza et fait beaucoup de morts arabes. Des manifestations populaires éclatent un peu partout, Nasser visite Gaza, même les angloaméricains sont mécontents de ces représailles qui provoquent la réprobation internationale.

En Egypte Nasser radicalise son discours et attaque verbalement tous les régimes de la région les traitant de laquais impérialisme, de réactionnaires, etc. Son arme est le verbe et celui-ci devient de plus en plus marxiste. Il cherche malgré tout aussi à moderniser son armée. Cette évolution politique le fait mal considérer par le Liban et la Syrie qui ont tendance à le mépriser.

Novembre 1955, la Grande Bretagne adhère au pacte de Bagdad, de même que le Pakistan. Désormais une série de pactes cernent l’URSS du Canada aux Philippines avec chaque fois un pays jonction d’un pacte à l’autre.

Cette période marque le rejet domination coloniale européenne. La chartre ONU retient la décolonisation comme « mission sacrée ». La capitulation du Japon a bloqué la reconstitution des empires coloniaux en Asie. C’est aussi le début des guerres de décolonisation : Indochine, Philippines, …

L’Orient arabe affiche son anti-impérialisme et envoie ses étudiants dans les universités américaines plutôt qu’européennes. Le « nouvel impérialisme » américain se construit sur un mode différent : il favorise l’influence par l’édification de bases militaires plutôt que les conquêtes territoriales qui étaient le but des anciens empires coloniaux….

L’URSS fait évoluer son discours vers l’antifascisme ce qui lui permet de s’allier aux… impérialistes. En Occident le débat intellectuel entre antifascisme et anti-impérialisme fait rage.

Dans les années 50 la guerre froide a gelé la situation en Europe et la violence a été exportée vers Asie. Alfred Sauvy invente le concept de « tiers monde » en plus de ceux de l’Occident et de l’URSS. C’est une référence au « tiers-état » de la révolution française : « il est tout et veut être quelque chose » !

Les nations Afro-asiatiques luttent ensemble pour l’autodétermination et contre impérialisme. L’URSS se rapproche de ces non-alignés. En 1955 se tient la réunion Bandung (Indonésie) sans les « blancs » (URSS et Israël) mais avec la Chine populaire. Moscou rappelle néanmoins sa position anti-impérialiste. Nasser y participe. Ces pays « non-alignés » discourent tous en… anglais… Le concept des droits de l’homme est mis en avant pour justifier l’autodétermination des peuples mais oublié face au principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays. On parle de droits de l’homme pour le collectif mais pas pour les individus.

Les pays pro-occidentaux attaquent l’impérialisme soviétique en Asie centrale. Les pays Afro-asiatiques prônent le neutralisme et y associent URSS. Ils constituent un ensemble divisé, se retrouvant sur la nécessaire décolonisation et l’anti-impérialisme, mais supportant les dictatures locales.

A la conférence de Genève en 1955 apparaît la détente. C’est l’équilibre des forces nucléaires, on commence à parler désarmement.

Au Moyen-Orient le plan de paix Alpha continue à être (difficilement) discuté. Les va-t’en guerre israélien envisagent la conquête de Gaza pour en sortir l’Egypte. Celle-ci entraîne des commandos « fedayin » destinés à être infiltrés en Israël. Personne ne veut accepter un règlement politique. Israël veut juste des armes et des garanties de sécurité, mais n’est pas intéressée par un plan de partage de la Palestine ni, bien sûr, par un retour des réfugiés…

LAURENS Henry au Collège de France, « Crises d’Orient : les origines de l’autoritarisme à partir de 1949 » 4/6.

Quatrième épisode des aventures haletantes du Moyen-Orient de l’après IIème guerre mondiale : cela ressemble à une série policière télévisée, ce n’est que l’Histoire tragique narrée par Henry Laurens.

En Iran, après la nationalisation de l’économie pétrolière en 1952 par le gouvernement de Mosaddeq, premier ministre du Shah, la Grande Bretagne et les compagnies pétrolières occidentales qui contrôlent le marché mondial, « les sept sœurs » (6 américaines et 1 britannique) boycottent l’Iran. Le cartel qui contrôle même le fret compense la perte de l’approvisionnement iranien par une augmentation de la source iraquienne. L’économie iranienne s’effondre rapidement. Le Shah et son premier ministre s’opposent pour le contrôle de l’armée. Mossadeq se maintient en se présentant comme un rempart contre les communistes. En octobre 1952 il rompt les relations diplomatiques avec Londres qui mène des actions secrètes avec les Etats-Unis pour le déchoir.

En février 1953 Royaume-Uni et Etats-Unis conviennent d’une opération clandestine nommée Ajax destinée à renverser le gouvernement Mossadeq pour le remplacer par un pourvoir pro-occidental. A l’occasion d’un soulèvement populaire ils diffusent des fausses nouvelles et agissent en sous-main. Les religieux soutiennent l’opération car conforme à leur vision anticommuniste. Le Shah hésite puis révoque Mossadeq le 12 août ; celui-ci conteste le pouvoir constitutionnel du Shah à la destituer. Le 15 août, devant la confusion générale le Shah quitte le pays pour Rome. L’armée et les religieux le soutiennent, il rentre à Téhéran le 22 août après la reddition de son ex-premier ministre. La répression est menée, Mossadeq est condamné trois ans de prison puis finira ses jours en résidence surveillée en 1967. Ce coup d’état a bien été financé par des fonds des services secrets américains et britanniques mais l’opposition était locale. Une fois le pouvoir su Shah rétabli à l’ombre du parapluie occidental anglo-saxon, il n’est toutefois pas possible de revenir sur la nationalisation de l’Anglo-Iranian Oil Company (AIOC) alors un consortium est créé avec la National Iranian Oil Company (NIOC) qui deviendra la British Petroleum (BP).

En Egypte la République est proclamée en 1953, présidée par Mohammed Naguib qui était déjà à la tête du mouvement des officiers libres. Les Etats-Unis soutiennent ce mouvement qui s’oppose à la Grande-Bretagne présente militairement dans le pays avec la base de Suez qui irrite fortement ces officiers et la population. La menace soviétique d’une invasion du Moyen-Orient à travers Caucase suffit à convaincre le congrès de maintenir son aide aux officiers libres égyptiens. Par ailleurs, d’anciens nazis réfugiés dans la région les aident[1]. Nasser neutralise le Waft, les communistes et s’attaque aux Frères musulmans. Le 14/01/1954 il les accuse de complot avec la Grande-Bretagne et de vision réactionnaire. Le parti est interdit. Le noyautage de la police et de l’armée se met en place. Nasser n’est pas particulièrement pro-religieux, il attaque l’impérialisme qui a planifié la Naqba, cette catastrophe contre le monde arabe. Naguib s’oppose à lui puis démissionne en novembre pour être remplacé par Nasser. Le slogan en usage est « la révolution contre la réaction », celle-ci faisant référence à l’ancien système parlementaire. Naguib a cédé devant Nasser pour éviter guerre civile.

Nasser est soutenu par les occidentaux. Des négociations secrètes sont menées avec Israël sur le partage de la Palestine mais n’aboutissent pas face au refus de Tel-Aviv de tout partage du Néguev. Israël s’oppose à ce que l’Egypte récupère base militaire anglaise de Suez qui renforcerait ainsi les capacités offensives du Caire. Les Etats-Unis cherchent à favoriser un accord sur la répartition des eaux du Jourdain afin d’aider à la réinsertion des réfugiés palestiniens. En réalité nombre de ces réfugiés se sont déjà recosnvertis dans les pays du Golf.

Le réarmement militaire en cours aux Etats-Unis s’accompagne d’un réarmement religieux. En ces temps de guerre froide l’origine judéo-chrétienne de l’Occident est mise en avant. La devise américaine « In God we Trust » apparaît à cette époque. Cette référence est nouvelle, auparavant on parlait des origines grecques. La seule jonction historique entre chrétienté et judaïsme c’est… l’Islam.

En Israël il existe une forte opposition entre les activistes violents menés par Ben Gourion et les modérés. L’année 1954 voit une succession d’attentats et de raids de représailles en et par Israël. Eisenhower veut rester impartial. Activistes (Dayan, Sharon…) veulent lancer une nouvelle guerre contre les arabes et envisagent des alliances avec certaine minorités dans ces pays comme les druzes par exemple.

En Jordanie le roi Abdallah est assassiné en 1951. Son fils Tallal lui succède et met en place une politique plutôt libérale. Il est déposé un an plus tard pour problèmes médicaux (schizophrénie ?). Son fils Hussein (18 ans) lui succède. En 1950 la Cisjordanie a été annexée par Royaume hachémite de Jordanie (ex-Transjordanie jusqu’en 1949). A sa prise de pouvoir Hussein reste confronté à une opposition structurée par les communistes, une guerre des frontières en cours, des risques de conflit avec l’Irak. Il doit par ailleurs s’accommoder de la présence d’officiers britanniques dans son armée nationale.

En Syrie, l’année 1954 voit se succéder des soulèvements druze puis hachémite. L’armée dépose Chichakli[2] et c’est le retour à un régime civil. L’armée est divisée, la question Croissant fertile réapparaît : le projet d’une région rêvée allant du Liban à l’Irak. Les élections de septembre 1954 mènent à un glissement à gauche. La Syrie est instable, agitée de rumeurs diverses mais est aussi le foyer d’une vie culturelle moderne.

Cette période marque l’entrée de l’orient arabe dans la guerre froide. La Grande-Bretagne cherche à transformer une domination en partenariat mais les arabes veulent se débarrasser de présence étrangère sur meurs territoires. Churchill est premier ministre. Londres a restitué la base de Suez aux autorités égyptiennes avec une clause de retour en cas d’attaque turque ou de guerre mondiale (en 1954 la peur du feu nucléaire est répandue).

1953 c’est la fin de la guerre Corée, en 1954 la fin de la guerre d’Indochine. Il y a une certaine détente à l’ouest mais pas au Moyen-Orient. L’idée d’une frontière collective de Méditerranée jusqu’à Chine progresse, c’est le projet britannique de North frontier. Les Etats-Unis distribuent un aide militaire aux pays pro-occidentaux sur cette ligne de frontière ce qui inquiète Israël mais aussi d’autres pays arabes d’ailleurs, spécialement Irak. En juillet 1954, Londres et Le Caire paraphent l’accord de rétrocession de la base de Suez.

L’Egypte veut instaurer son hégémonie l’Orient arabe tout en se proclamant anticommuniste. Nasser parle surtout développement économique intérieur dans ses discours. Toutefois, il accuse les Frères musulmans et les communistes d’être opposés au traité avec la Grande-Bretagne de rétrocession de Suez et de combattre le régime. Israël continue à favoriser des attentats menés par des militants juifs en Egypte pour tenter de torpiller le traité avec Londres, ce qui aura impact négatif sur la situation des juifs en Egypte. Nasser charge Sadate de fonder un islam laïque.


[1] L’Egypte n’est pas le seul pays à « recycler » des nazis : à l’époque, sur 70 000 hommes de la Légion étrangère en France, la moitié sont allemands, ce qui fera dire à qu’à Diên-Biên-Phu en 1954 on parlait plus français du côté du vietminh que de l’armée française…

[2] Il part en exil au Liban puis au Brésil où il sera assassiné par un druze en 1964 sur ordre du gouvernement syrien voulant se venger des bombardements menés sur les montagnes druzes du temps de Chichakli. Toute sa famille sera également assassinée partout dans le monde.

LAURENS Henry au Collège de France, « Crises d’Orient : les origines de l’autoritarisme à partir de 1949 » 3/6.

Troisième épisode des aventures haletantes du Moyen-Orient de l’après IIème guerre mondiale : cela ressemble à une série policière télévisée, ce n’est que l’Histoire tragique narrée par Henry Laurens.

1951-52 : le déclin britannique au Moyen-Orient se poursuit. Les peuples arabes critiquent l’Occident, qui les considèrent comme irrationnels, plutôt que leurs dirigeants dont certains le mériteraient assez largement. Pour les Etats-Unis, la « perte » de la Chine avec l’arrivée de Mao au pouvoir en 1949 a traumatisé Washington qui ne veut pas que le Moyen-Orient suive la même voie.

En Egypte le roi Farouq, déconsidéré pour sa vie personnelle, a écarté du pouvoir le parti nationaliste majoritaire Wafd. En Syrie, Shishakli, militaire, arrivé au pouvoir à l’occasion d’une succession de coups d’Etat depuis 1949, a rétabli le parlement après l’avoir dissous mais contourne le pouvoir des partis politiques. La Syrie est le seul pays arabe sans base militaire occidentale, l’islam en est la religion majoritaire mais pas la religion d’État. Les Frères Musulmans s’y définissent comme socialistes. Des tentatives d’assassinat contre Shiskakli ont lieu en 1950, soutenues par l’Egypte et l’Arabie Saoudite. Nationalisme arabe et anti-impérialisme caractérisent le politique de ce pays pro-Palestine et antisionisme suite à la Naqba. L’armée et les partis s’opposent pour revendiquer l’incarnation du peuple. La déclaration tripartite Etats-Unis/ Royaume-Uni/ France de mai 1950 est renforcée et marque une espèce de statu-quo territorial, doublé de ventes d’armes occidentales aux pays du Moyen-Orient…

Au Liban est établit une forme de libéralisme économique ; Beyrouth apparaît comme une enclave de modernité dans la Région, fortement aidée par bourgeoisie palestinienne exilée dans ce pays alors que population palestinienne « ordinaire » vit recluse dans les camps qui existent toujours aujourd’hui. Il y a (déjà…) des tensions avec la Syrie, la famille Joumblatt (déjà…) fonde le Parti socialiste progressiste qui est et restera propalestinien.

En Palestine les litiges et affrontements avec Israël se poursuivent sur la zone démilitarisée (DMZ) issue des accords de cessez-le-feu pots-guerre de 1948.

En Europe, les pays de l’Est autorisent leurs citoyens juifs à émigrer vers Israël entre 1950 et 53. De façon plutôt inattendue, ce mouvement renforcera l’antisémitisme local sur le thème : « pourquoi eux peuvent partir et pas nous » ? El République fédérale d’Allemagne (RFA, créé en mai 1949 sur les ruines du IIIème Reich) devient la seule représentation de l’Allemagne pour négocier les réparations collectives et individuelles de la Shoah. Israël donne la nationalité israélienne à tous les morts de la Shoah.

Juillet 1952 marque la rupture en Egypte avec le coup d’Etat militaires des « officiers libres ». Le roi Farouk abdique et quitte le pays mais la monarchie demeure sous la forme d’une régence. Les « officiers libres » sont nationalistes mais sans véritable direction politique. Ils entretiennent des contacts avec les communistes et les Frères musulmans. Les Etats-Unis semblent informés de la préparation du coup d’Etat, après avoir tenté de pousser Farouk à réformer le pays, sans succès. Washington intervient alors pour freiner la volonté de réaction militaire britannique et sauver la vie de Farouk. Il n’y a pas de véritable résistance au coup. Les officiers putschistes décident de la marche à suivre de façon collective et mettent en avant le général Naguib, Nasser restant en retrait. Ils purgent les partis politiques de leurs « éléments corrompus » et lancent la réforme agraire. En décembre 1952 constitution est dissoute et la révolution est instaurée comme seul fondement du pouvoir. Début 53 Nasser sort de l’ombre et discourt contre l’impérialisme, le parlementarisme, la pauvreté du peuple… Le slogan est « la religion est à Dieu, la patrie est à tous ». La révolution cherche à reprendre la rue aux Frères M. Malgré les apparences, les « officiers libre » sont pro-occidentaux et pro-américains, au moins au départ. L’Egypte demande aide alimentaire et armes aux Etats-Unis. Côté CIA les positions pro-arabes défendues par Kermit Roosevelt s’opposent à celles pro-israéliennes de James Angleton. Le premier rencontre rapidement Nasser et Naguib au Caire juste après leur arrivée au pouvoir. Les « officiers libres » acceptent de déconnecter dans leur revendication la question du départ des britanniques de celle de l’annexion du Soudan.
Israël mènent des contacts secrets avec l’Egypte en Europe mais pas ils ne donnent rien car Tel Aviv ne veut pas entendre parler de retour des réfugiés palestiniens ni revenir aux frontières existantes avant la guerre de 1948.

En 1953, les Etats-Unis sont en plein réarmement 1953 et voient aussi le Moyen-Orient comme un marché intéressant pour le complexe militaro-industriel. On entre dans l’après-guerre avec Eisenhower qui remplace Truman à la Maison Blanche en janvier 1953 et la mort de Staline au Kremlin en mars de la même année. Eisenhower est un grand chef militaire plutôt centriste habitués des coups tordus et tolérants pour les opérations clandestines comme il en a menées durant la IIème guerre mondiale. Les frères Dulles dirigent le Département d’État (Foster) et la CIA (Allen), ils sont tous deux farouchement anticommunistes. Foster entame rapidement une tournée au Moyen et Extrême Orients : Egypte, Israël, Jordanie, Syrie, Liban, Iraq, Arabie Saoudite, puis Inde et Pakistan. Il reçoit une délégation palestinienne, prend la mesure des conséquences de la création de l’Etat d’Israël. Il pousse Israël à s’intégrer dans la région et prône la neutralité des Etats-Unis.

Jusqu’en 1951 l’URSS soutient Israël à l’ONU et refuse principe du droit au retour des réfugiés qui pourrait le gêner dans le cas de la Pologne ou des minorités allemandes… La seconde guerre mondiale et son règlement ont entraîné des génocides, des purifications ethniques, des déportations et des transferts de population considérables de la guerre qui ont mis quasiment fin à l’existence de minorités dans les pays de l’Est (d’où les positions actuelles de ces pays réticents envers l’immigration) qui sont de ce fait plutôt réticents au concept de « droit au retour ». Cosmopolitisme et décadantisme sont haïs et conspués par Staline qui déclenchent des purges sinistres dont beaucoup les juifs soviétiques. A l’occasion du « complot des blouses blanches » en 1953 (les médecins juifs de Staline sont accusés d’avoir voulu l’éliminer) l’URSS rompt ses relations diplomatiques avec Israël. Staline meurt peu après et Beria qui lui succède provisoirement mène une politique de paix. Il aurait même envisagé une de-communisation de l’URSS ! Il est rapidement débarqué par le parti et exécuté. En août 1953 explose la première bombe H soviétique. Les relations diplomatiques sont reprises avec Israël. L’URSS continue s’opposer émigration des juifs soviétiques et souhaite des relations commerciales avec pays arabes. La nouvelle URSS se consacre à l’Europe plutôt à l’Europe qu’au Proche Orient.

LAURENS Henry au Collège de France, « Crises d’Orient : les origines de l’autoritarisme à partir de 1949 » 2/6.

Henry Laurence poursuit son analyse des temps agités moyen-orientaux post-défaite de la coalition arabe en guerre contre Israël en 1948.

1950 : la Jordanie (alors Transjordanie) annexe « provisoirement » la Judée et la Samarie, y compris Jérusalem Est, qu’elle rebaptise Cisjordanie, tout en menant des négociations secrètes avec Israël sur un corridor d’accès à la mer Méditerranée qui n’aboutiront pas. Elle adhère à l’Organisation des Nations-Unies (ONU) en 1955. Israël continue à revendiquer l’intégralité de la Palestine. Les pays arabes continuent eux à affirmer qu’Israël est une « création » de l’Occident et menacent en conséquence de se tourner vers l’Union soviétique. Malgré tout, le caractère fondamentalement anti-communiste de l’islam les empêchera de mettre véritablement leur menace à exécution. Tout au plus ne voteront-ils pas la résolution de l’ONU sur la guerre de Corée. En réalité, Staline ne voulait pas intervenir au Moyen-Orient, préférant limiter le territoire d’influence soviétique aux zones occupées par l’armée rouge en 1945.

Les problèmes de frontière persistent (et sont d’ailleurs toujours d’actualité…) : zone démilitarisée, ligne verte, lac de Tibériade… Une déclaration tripartite des Etats-Unis, du Royaume-Uni et la France donne une garantie aux accords d’armistice israélo-arabes de 1949 en échange de ventes d’armes occidentales… Durant ces années Israël reçoit et intègre un nombre important de réfugiés, migrants ou exilés, ce que les puissances arabes échouent à faire de leurs côtés.

En 1948, l’intervention soviétique (le « coup de Prague ») met fin à la « rébellion » tchécoslovaque. Selon le mot de de Gaulle : « l’armée rouge est à deux étapes du Tour de France de nos frontières » ! Une union militaire occidentale se met en place qui deviendra l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord »), approuvée en 1950 sans la Turquie ni la Grèce. L’OTAN ne mentionne pas l’Europe pour ne pas effrayer les citoyens-contribuables américains qui ne veulent même pas envisager d’intervenir une troisième fois pour empêcher l’Europe de se suicider. Evidemment, ni la Grèce ni la Turquie, pays méditerranéens, ne sont concernées par « l’Atlantique Nord ».

Malgré tout, la Turquie, craignant l’URSS, souhaite intégrer le plan Marshal. Le pays se libéralise progressivement après la mort de Kémal et, comme gage de sa bonne volonté, envoie un bataillon combattre en Corée côté occidental. Après 1950, le réarmement est général et Grèce et Turquie seront acceptées au sein de l’OTAN afin de bloquer l’URSS dans le Caucase. Le Royaume-Uni est contre cette intégration qui diminue son influence propre au Moyen-Orient en donnant un label occidental à la Turquie. Londres privilégiait une alliance militaire moyen-orientale réunissant Turquie, Royaume-Uni, France, Australie et Nouvelle-Zélande (les puissances coloniales), en dehors de l’OTAN, sur laquelle elle aurait gardé la haute main.

C’est aussi à cette époque que des évolutions considérables touchent le marché pétrolier. Le principe du partage de la rente pétrolière 50/50% entre Etats producteurs et compagnies occidentales est généralisé, parfois même dépassé. Certains Etats comme l’Arabie Saoudite et l’Iraq voient leurs ressources financières propres augmenter considérablement. En octobre 1950 le président américain Truman garantit la sécurité de l’Arabie Saoudite mais des problèmes de délimitation des frontières de ce pays avec les anciennes possessions britanniques (Oman, futurs Etats Arabes Unis, etc.) ne sont toujours pas réglés et donnent lieu à des conflits locaux jusqu’en 1952 dans lesquels sont impliquées les compagnies pétrolières concessionnaires.

En Iran le Shah dirige un pays troublé et sous-développé. Il s’oppose à son premier ministre Mossadeq qui nationalise l’Anglo-Iranian Petroleum en 1951 qui sera évacuée par les britanniques mis devant le fait accompli après une vaine tentative de médiation américaine.

L’Egypte réclame le départ des britanniques et l’intégration du Soudan. Une forte hostilité contre le Royaume-Uni se développe dans le pays. L’Egypte dénonce ses accords avec Londres puis désigne le roi Farouq roi d’Egypte et du Soudan ! Des attentats ont lieu dans le pays contre les britanniques. En janvier 1952 l’armée coloniale veut réduire les policiers égyptiens d’Ismaïlia et attaque leur caserne. Cette intervention plutôt mineure, déclenche de violentes réactions de la population égyptienne du Caire contre l’occupation et, d’une manière plus générale, contre la monarchie considérée comme corrompue. C’est ce qu’on appellera « l’incendie du Caire ». Il ouvre la voie à des changements fondamentaux dans ce pays…

LAURENS Henry au Collège de France, « Crises d’Orient : les origines de l’autoritarisme à partir de 1949 » 1/6.

Franc succès pour le cours d’Henry Laurens ce jour au collège de France : l’amphithéâtre principal est plein et les derniers arrivés verront le show en vidéo dans un deuxième amphi.

Il s’agit du Moyen Orient à partir de 1949 : la seconde guerre mondiale est terminée, les puissances mandatrices France et Royaume Uni se font des mauvais coups sur fond d’accord Sykes-Picot, l’Etat d’Israël est créé, la guerre de 1948 a été perdue par les pays arabes créant un traumatisme gigantesque parmi les populations et leurs dirigeants. Aux Etats-Unis un courant mi-universitaire mi-renseignement, entre université américaine à Beyrouth et CIA à Langley, tente d’influencer l’administration et les décideurs politiques vers une direction panarabiste qui a au moins comme avantage d’essayer de retenir dans l’orbite américaine des pays qui lorgnent vers l’Union soviétique.

L’Occident s’agite au Moyen-Orient comme une mouche prise dans bocal, se heurtant aux parois d’une recherche de paix impossible et de la construction illusoire d’Etats sur un modèle inusité dans cette région. Au même moment le plan Marshal soude l’Europe de l’ouest dans un modèle de société libérale, selon différentes déclinaisons, et donne accès au dollar américain à des pays vivant dans un monde de devises non convertibles, permettant ainsi des importations de biens inaccessibles sinon.

De la création du groupe religieux Frères Musulmans en Egypte à la succession des coups d’état au cours de cette année 1949 dans une Syrie indépendante depuis 1946, en passant par les intérêts pétroliers des uns et des autres, Henry Laurens dresse, parfois avec un peu de cynisme, les débuts d’un chaos arabe qui n’a pas vraiment cessé depuis.