La fin de l’opération militaire française Barkhane au Sahel

Le président de la République française a annoncé cette après-midi dans une conférence de presse la fin de l’opération militaire Barkhane au Sahel. C’est un bon début. On ne connaît pas bien encore la forme que prendra l’opération suivante, car il y en a déjà une annoncée. On a seulement appris qu’elle impliquerait une baisse significative des effectifs de l’armée française dans ces territoires étrangers. L’option d’un retrait total des troupes françaises du Sahel, comme c’est actuellement le cas pour les troupes de l’OTAN d’Afghanistan, n’a pas été retenue. Peut-être a-t-elle été évoquée ?

Pour le retrait occidental de l’Afghanistan une négociation a été menée entre les Etats-Unis et les rebelles religieux. On ne sait pas s’il en est ainsi pour le Mali et les pays avoisinants. A-t-on demandé leur avis aux gouvernements locaux sur les contours de la nouvelle opération et la fin de l’ancienne ? Il est peu probable que la France puisse maintenir des troupes dans des pays étrangers sans un accord des pays d’accueil et on se dit que si l’on demande son avis au gouvernement malien actuel celui-ci pourrait être négatif.

Les quelques éléments donnés sur la nouvelle opération mentionnent plus de formation et d’encadrement des troupes locales et moins d’interventions directes de l’armée française. C’est une petite musique déjà régulièrement entendue (dans le cas du Rwanda par exemple, ou du Vietnam du sud pour les Etats-Unis) et l’on sait bien que lorsque les armées africaines seront en danger elles demanderont un appui militaire français tant que des militaires hexagonaux seront postés dans leur pays. Et l’on devine qu’en de pareilles circonstance les dirigeants politiques françaises trouveront toujours de bonnes raisons pour « y aller une dernière fois »… L’avantage du retrait total est qu’il n’y a plus d’intervention directe facilitée par le positionnement de personnels et de matériels sur place. Elle est donc beaucoup plus complexe à mettre en branle, le cas échéant.

Bref, cette affaire est sans doute loin d’être terminée puisque l’option du complet retrait n’a pas été choisie, comme elle l’a été pour l’Afghanistan.

Lire aussi : Un départ de l’armée française du Mali pour bientôt ? – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

Un départ de l’armée française du Mali pour bientôt ?

Colonel Assimi Goïta – président de la République du Mali

A la suite du deuxième coup d’Etat galonné au Mali en quelques mois, les désaccords entre la France et ce pays du Sahel s’accentuent. Toujours ravagé par le terrorisme religieux malgré plus de 5 000 militaires français, avec armes et bagages, dans la région, le Mali prend ses distances avec Paris. Le premier, qui est chez lui, prône un rapprochement avec les terroristes religieux qui sont au cœur de sa population quand le second les combat.

La France vient de « suspendre sa coopération militaire » avec le Mali sans que l’on sache exactement ce que cela veut dire mais l’armée française, légèrement aidée par d’autres armées européennes, continue à agir militairement dans ce territoire étranger sur lequel elle a été « appelée » à la rescousse en 2012 par le président de l’époque. C’était il y a dix ans et il va falloir tourner la page. Outre les changements politiques en cours, les populations commencent à se demander à quoi sert ce déploiement d’armées étrangères sur son sol.

Comme les armées occidentales sont en train de finir l’évacuation de leurs troupes de l’Afghanistan après 20 années de guerre, les militaires français vont devoir quitter le Mali. Dans les deux cas, un pouvoir religieux plus ou moins violent va reprendre les rennes, marquant ainsi la défaite stratégique des occidentaux qui combattaient sur place justement pour éviter une telle hypothèse. L’Histoire contemporaine l’a montré à de nombreuses reprises : il est difficile de maintenir longtemps une armée étrangère sur un territoire, quelle que soit la raison de son intervention, contre la volonté de son peuple et de ses autorités. Les Russes et les Turques vont aussi le ressentir un jour en Syrie…

Une fois les troupes françaises et européennes évacuées du Sahel, il adviendra ce qui doit advenir. Si les peuples veulent être gouvernés par la religion, qu’il en soit selon leur volonté. Les économies ainsi réalisées par la France pourront être utilement redéployées, soit pour rembourser partiellement les dettes abyssales de l’Etat, soit pour renforcer les frontières européennes qui deviendront des points sensibles si des gouvernements religieux extrêmes prennent le pouvoir dans les pays du Sahel.

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La mauvaise foi comme stratégie

Alors que la communauté occidentale s’émeut du fait que la Biélorussie ait pu détourner un avion civil qui survolait son territoire pour le faire atterrir de force sur l’aéroport de sa capitale et arrêter un de ses opposants qui s’y trouvait, Roman Protassevitch, ainsi que sa femme de nationalité russe, les autorités de cet Etat expliquent doctement que l’avion avait demandé à atterrir d’urgence car menacé d’un attentat à la bombe par le mouvement palestinien Hamas mais en aucun cas « détourné » par la Biélorussie. Ce sont les autorités biélorusses qui avait informé l’avion des menaces qui planaient sur lui…

L’ambassadeur en France de cette sympathique République a d’ailleurs expliqué sur son compte Twitter que l’équipage avait demandé un aéroport de détournement alors qu’il assurait la ligne Athènes-Vilnius, et que le plus proche était celui de Minsk… Le fait que la police en ait profité pour arrêter son opposant et sa fiancée n’est pas mentionné.

Plus c’est gros plus ça passe. On se souvient que lorsque des militaires russes avaient été arrêtés en Ukraine dans les combats qui opposaient les forces officielles contre les séparatistes soutenus par Moscou, le président russe avait affirmé, sans rire, « je ne peux pas empêcher mes citoyens d’aller passer des vacances en Ukraine. »

Nos démocraties sont bien faibles face aux comportements des satrapes de l’ex-URSS qui ne risquent pas grand-chose. La colère de leurs populations est sous contrôle et, dans le cas de la Russie, semble ne pas même se manifester tant le peuple russe apparaît majoritairement satisfait de faire la nique à l’Occident qui ne déploie que des effets de manche face à ces comportements de voyous. L’OTAN ne va probablement pas déclarer la guerre à la Biélorussie pour son comportement violent mais les appels du ministre français des affaires étrangères à « une réponse ferme et unie des Européens » est juste inutile. Comme toujours, lorsqu’on ne sait pas employer les mêmes méthodes que les adversaires, le mieux est de rester discret et d’activer les quelques leviers qui restent disponibles aux mains des démocraties, ceux des visas et du commerce par exemple. En attendant, l’espace aérien de l’Union européenne a été interdit aux avions biélorusses et les compagnies européennes ont été priées de ne plus survoler la Biélorussie. On peut craindre que ces mesures ne durent pas très longtemps.

Un accord a été conclu entre l’Union européenne et la Biélorussie en mai 2020 visant à faciliter la délivrance réciproque des visas et facilitant la réadmission des personnes en séjour irrégulier. Est-il bien nécessaire de faciliter l’octroi respectif des visas ? En revanche l’aspect réadmission est intéressant. Mais quand on voit la facilité avec laquelle la Biélorussie ne respecte pas les accords internationaux qu’elle a signé, on se dit que la résiliation de celui-ci pourrait être envisagée facilement ?

Lire aussi : Détournements d’avion par des Etats – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

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Il faut restituer les confettis de l’Empire

Quelques milliers de migrants marocains ont envahi l’enclave espagnol de Ceuta en territoire marocain. Il semble que les autorités marocaines reprochent à l’Espagne d’avoir accueilli pour raisons sanitaires le chef du front POLISARION, le mouvement indépendantiste du Sahara dit « espagnol » sur lequel le Maroc affirme sa souveraineté. L’impétrant aurait la Covid.

On connaît le cynisme de certains Etats qui n’hésite pas à utiliser les flux migratoires pour des raisons politiques. La Turquie à cet égard a montré de quoi elle était capable en incitant les réfugiés syriens sur son territoire à entrer en Grèce par la frontière terrestre. Dans le cas du Maroc on franchit une étape supplémentaire puisque ce pays envoie sa propre population comme immigrés illégaux à Ceuta. L’Espagne a déployé son armée sur place et aurait expulsé immédiatement la moitié des 8 000 migrants ayant pris d’assaut Ceuta.

La manipulation des flux de migrants est devenue une arme à la disposition des Etats les plus cyniques, il faut s’y faire. Les Etats agressés de la sorte, généralement plus « occidentaux », hésitent à employer des armes similaires en retour, comme celle des visas par exemple. C’est la comédie humaine rapportée à la géopolitique !

Plus important, ces incidents de Ceuta soulignent une nouvelle fois l’aberration de ces confettis d’empires répartis un peu partout sur la planète. Citons également Melilla, toujours espagnole, au Maroc, mais aussi le britannique Gibraltar en Espagne, les territoires français à Jérusalem-est, la française Mayotte dans l’archipel des Comores, etc. A l’exemple de Hong-Kong qui a été restitué par le Royaume-Uni à la Chine, la raison voudrait que l’on profite de ces évènements pour lancer les négociations de rétrocession des enclaves de Ceuta et Melilla au Maroc. Ces verrues espagnoles en territoire étranger n’ont plus aucun sens et sont source de problèmes sans fin. Les populations sont estimées à 78 000 pour la première et 72 000 pour la seconde. Même si la totalité de cette population souhaitait être rapatriée, l’Espagne devrait pouvoir le faire sans trop de difficultés en regard des bienfaits que représenteraient la restitution de ces territoires qui semble une évidence géographique lorsqu’on regarde une carte de la région.

Mali et Centrafrique à la une

Cela devient une habitude, les galonnés de Bamako ont arrêté le président de la République, le premier ministre et quelques autres dirigeants maliens pour les forcer à démissionner par suite du « sabotage de la transition » dont ils se seraient rendus coupables. Il semble que le dernier gouvernement désigné ne faisait pas la part assez belle auxdits galonnés.

Lire aussi : Le képi en chef du Mali – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

La France dont l’engagement militaire au Sahel contre le terrorisme perdure bien au-delà de ce qui est souhaitable se trouve impliquée un peu malgré elle dans cet imbroglio politico-militaire. Il se confirme une énième fois que passer des accords militaires avec des gouvernements fantoches ne peut rapporter que des problèmes. Il faut donc y mettre fin de façon ordonnée mais décisive.

En République Centrafricaine, la soldatesque russe prend de plus en plus d’importance et c’est très bien ainsi. Elle est simplement de plus en plus difficilement compatible avec la présence de l’armée française dans ce pays, au risque de déclencher des incidents entre les mercenaires russes et les troupes française. Les Russes emploient leurs méthodes pour réduire les rébellions locales et elles sont probablement plus efficaces que celles que s’autorise l’armée française corsetée dans ses principes démocratiques. Il faut laisser la place aux Russes, ils sauront sans doute mieux faire que les militaires Français qui n’ont jamais vraiment quitté le pays depuis son indépendance.

Lire aussi : Les Russes en Centrafrique – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

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Détournements d’avion par des Etats

Le forban qui tient la Biélorussie sous sa botte depuis 1994 s’est illustré aujourd’hui en lançant un avion militaire détourner un avion civil de la compagnie Ryanair qui assurait une liaison Athènes-Vilnius, en survolant le territoire biélorusse. L’un des passagers de cet avion était un opposant recherché par la police politique locale. On ne connait pas encore tous les détails de cette rocambolesque affaire mais toujours est-il que l’avion civil a obtempéré, s’est posé sur l’aéroport de la capitale biélorusse et que l’opposant a été arrêté.

Le monde occidental s’émeut de ces pratiques de brigandage aéroporté et la France n’est pas la dernière à manifester sa désapprobation par la voie de son ministre des affaires étrangères :

Pour les plus jeunes, nous rappellerons ici que le 22/10/1956, en pleine guerre d’Algérie, la République française fit détourner par ses avions de chasse l’aéronef civil qui transportait du Maroc en Tunisie une partie de l’état-major politique du Front de libération nationale (FLN) qui menait la rébellion contre la colonisation française et pour l’indépendance de l’Algérie. Ce détournement réussit et une fois l’avion posé sur la base militaire de Boufarik les cinq dirigeants du FLN, dont Ben Bella, Aït Ahmed et Boudiaf sont arrêtés et emprisonnés. Ils ne seront libérés qu’en 1962 à l’indépendance de l’Algérie sans que leur privation de liberté n’ait changé grand-chose à la guerre d’indépendance en cours.

Certes cet acte de piratage international fut commis en d’autres temps, mais il n’est pas sûr qu’aujourd’hui la France soit la mieux placée pour reprocher à la Biélorussie d’avoir agi comme elle le fit en 1956… Un peu de modestie ne ferait pas de mal à la diplomatie française du XXIème siècle !

Des journalistes de circonstance

A l’occasion du énième embrasement israélo-palestinien, la presse internationale s’émeut d’une possible manipulation dont elle aurait été l’objet de la part de la communication de l’armée israélienne. Celle-ci a en effet communiqué que « l’armée israélienne est rentrée dans Gaza » avant de démentir quelques heures plus tard évoquant une erreur technique de sa part. La presse a immédiatement diffusé cette information sans la vérifier. Il semblerait que les militaires palestiniens se seraient alors positionnés dans les tunnels, construits et utilisés par eux pour sortir sous les frontières terrestres, que les avions israéliens auraient alors bombardés. Le service de communication militaire israélien s’est empressé d’affirmer qu’il n’y avait aucune manipulation de sa part…

Tout est possible et on ne saura sans doute jamais la vérité. En revanche, ce qui est une certitude c’est l’incompétence de journalistes qui ont pris pour argent comptant des informations issues d’un service de communication militaire avant de les répercuter sans vérification. On se demande ce que l’on enseigne dans les écoles de journalisme ?

Les armées ne sont pas vraiment réputées pour la fiabilité de leur communication qui relève plutôt de la propagande que de l’information objective, et l’on comprend bien pourquoi. Ne pas se méfier a priori de cette source et, qui plus est dans le cas d’espèce, ne pas vérifier de visu la présence de soldats israéliens dans Gaza avant de diffuser relève de la faute professionnelle grave. Mais l’attrait du scoop l’emporte depuis longtemps sur le professionnalisme, ce nouvel exemple vient encore le confirmer, hélas !

Le problème palestinien n’est pas réglé

Une nouvelle montée de tension se produit au Proche-Orient, cette fois-ci entre Israël et le mouvement Hamas au pouvoir dans la bande de Gaza (ce mouvement est considéré comme « terroriste » par l’Europe et les Etats-Unis mais emporte les suffrages des électeurs de Gaza). On retrouve l’habituel déchaînement de violence largement asymétrique entre la puissance militaire de l’Etat d’Israël et celle plus réduite de la branche armée du Hamas ne disposant que de missiles à tirer sur son voisin du nord. On assiste également aux non moins habituelles polémiques en France sur « qui a commencé » et « qui a droit de se défendre », à grands coups de tribunes médiatiques et de manifestations de rue. Elles n’ont guère d’intérêt tant elles sont récurrentes à chaque conflit depuis des décennies et n’apportent strictement aucun élément de solution, mais au contraire un méli-mélo de parti-pris et de mauvaise foi. Ce qui est également très répétitif c’est que les contribuables européens, notamment, vont maintenant devoir payer pour reconstruire ce qui a été détruit. Cela se passe ainsi en moyenne tous les dix ans. Ainsi va l’actualité dans cette région depuis 1948…

Ce qui est plus intéressant aujourd’hui c’est de constater que la question palestinienne n’est toujours pas réglée et qu’elle se rappelle à ceux qui pensaient que quelques accords de reconnaissance mutuelle habilement négociés entre Israël et des Etats arabes en échange de concessions de circonstance auraient pu suffire à aplanir la revendication palestinienne. Ce n’est manifestement pas le cas. Puissance militaire et marchandages politiques montrent une nouvelle fois leurs limites.

La Bible nous apprend dans la Genèse que « Dieu a promis Israël au peuple juif » mais il n’a pas dit ce qu’il fallait faire des Palestiniens qui s’y trouvaient. Alors les hommes cherchent une solution. Celle toujours promue par la communauté internationale de deux Etats n’arrive pas à être mise en place. Celle, plus récente, d’un seul Etat grignotant petit à petit les territoires palestiniens semble montrer ses limites. Là où l’on aurait besoin d’intelligence et de bienveillance, les parties au conflit manifestent haine et violence.

Lire aussi : Israël se déchaîne – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

C’est simplement l’histoire, vieille comme le monde, d’un même territoire revendiqué par deux populations qui ne sont pas d’accord sur sa possession. Israël dispose de la puissance militaire, ses adversaires sont animés par la volonté de pas être chassés de chez eux. Le premier belligérant est par ailleurs assis sur un volcan avec une population arabe de nationalité israélienne d’environ 20% dont le taux de natalité est supérieur à celui du reste de la population. Il y a même des députés « arabes-israéliens » à la Knesset. L’épine est dans le pied… et à chaque fois qu’Israël annexe ou colonise un nouveau territoire elle « annexe » aussi la population arabe qui y réside. Pas sûr que la seule force réussisse à éteindre ce volcan. En tout cas elle n’y a pas réussi jusqu’ici et on peut douter que cela change à terme.

A la prochaine !

Le Soudan ne remboursera pas les contribuables français

A l’occasion d’une réunion multilatérale tenue à Paris sur le financement des économies africaines post-covid, la République française annonce qu’elle annule une créance d’environ 5 milliards de dollars qu’elle détient contre le Soudan. Cela veut dire que les contribuables français ne recouvriront pas 5 milliards de dollars qu’ils avaient « prêté » à ce pays.

Cette issue était bien entendu assez prévisible et annoncer officiellement cette annulation est une position hélas réaliste. En revanche, la vraie question qui n’est pas posée est de savoir par quels étranges mécanismes des décideurs français ont pu prêter 5 milliards de dollars au Soudan ces dernières années. Ce pays anglophone n’est pas particulièrement proche de la France, s’est illustré par des comportements non démocratiques, une guerre civile terrible qui a amené à la sécession du Soudan du Sud, des razzias de ses tribus esclavagistes dans toute la région, des crimes de guerre, etc. Le Soudan a abrité nombre de terroristes dont le vénézuélien Carlos, qui, finalement, sera enlevé par les services français avec l’accord tacite du gouvernement soudanais en 1994.

Comment a-t-on pu prêter 5 milliards de dollars à ce pays ? Peut-être pour favoriser la vente de produits ou de projets par des entreprises françaises ? Auquel cas il aurait mieux valu subventionner directement lesdites entreprises plutôt que de se donner l’illusion de prêter à un pays failli. 30 ans après le « discours de La Baule » par lequel le président Mitterrand annonçait que la France tempèrerait son aide en fonction de la démocratisation des pays récipiendaires, on découvre qu’elle continue de prêter les sous de ses contribuables à des débiteurs défaillants sur le plan financier comme sur celui de leur gouvernance.

Après cette nouvelle annulation de dette, en faveur du Soudan en l’occurrence, il est urgent que les mécanismes d’octroi de prêts publics, soient revus vers plus de rigueur pour empêcher l’hérésie financière que représente l’octroi d’un prêt au Soudan en 2021. S’il s’avère nécessaire que la France participe au financement du développement de ce pays il est préférable de le faire via les institutions multilatérales ou des dons bilatéraux mais en aucun cas avec les prêts publics qui ne sont que très rarement remboursés. Il est d’ailleurs permis de s’interroger sur la nécessité pour la France de financer le Soudan ? Compte tenu des moyens limités dont dispose la République il serait peut-être plus opportun de concentrer ces financements sur les pays en développement dont nous sommes plus proches.

Il suffit d’ouvrir un site web pour communiquer hors des réseaux dits « sociaux »

Après avoir pesté comme un beau diable sur la fermeture de ses comptes sur différents réseaux dits « sociaux » comme Twitter ou Facebook à la suite de l’invasion du Capitole par une bande de furieux, supporters de l’ex-président américain Trump, celui-ci s’est résolu à ouvrir son propre réseau où il peut désormais communiquer comme un grand sans passer sous la censure de groupes privés et il n’a plus qu’à respecter… son propre règlement pour être sûr d’être publié, ce qui ne devrait pas être trop compliqué. Le seul risque qu’il encourt serait que l’hébergeur de son site web le ferme mais si jamais c’était le cas il serait assez simple d’installer une batterie de serveurs dans sa cave pour devenir son propre hébergeur.

Le site est disponible en cliquant sur From the desk of Donald J. Trump et est promis à un bel avenir. Le dernier message concerne l’éviction de Liz Cheney de son poste de n°3 de la minorité républicaine du Sénat, ce qui ne va sans doute pas beaucoup porter à conséquence. L’impétrante avait eu le défaut d’affirmer haut et fort « plus jamais ça » en parlant de Trump après sa défaite aux dernières élections présidentielles. Elle en prend pour son grade dans le style toujours très fleuri du président déchu… :

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STORA Benjamin, ‘Rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie’.

Sortie : 2021, Publié sur le site web de la Présidence de la République .

Accéder directement au rapport : Rapport Benjamin Stora

Les rapports politiques entre la France (ex-puissance colonisatrice) et l’Algérie (ex-puissance colonisée) n’ont jamais trouvé un rythme de croisière apaisé depuis l’indépendance de la seconde obtenue en 1962 après une guerre de décolonisation terrible et sordide. La relation franco-algérienne est au niveau politique un peu bipolaire, parfois bonne, souvent mauvaise, ce qui n’empêche pas des échanges de population constants et anciens basés sur un flux historique de la population important de l’Algérie vers la France.

Compte tenu des échanges humains toujours significatifs entres les deux rives de la Méditerranée, les ponts n’ayant jamais été coupés, les dirigeants des deux pays essayent régulièrement de fluidifier cette relation éruptive sans jamais vraiment aboutir tant leurs attentes respectives sont opposées, en attendant le prochain psychodrame qui ne manque généralement pas d’arriver… Les uns veulent recevoir des excuses, les autres ne veulent pas complètement abdiquer, le pouvoir algérien a basé toute sa légitimité sur sa victoire dans la guerre de libération contre la France quand sa population cherche des visas pour Paris, les autorités françaises doivent compromettre avec l’armée qui a mené la conquête en 1830 puis a été entraînée par le politique dans les « évènements » qui ont mené à l’indépendance et à bien des dérives à partir de 1954. Mais la France doit aussi prendre en compte les sentiments partagés des descendants des harkis, des rapatriés de 1962 et de sa forte population d’origine algérienne, qu’elle dispose d’une double-nationalité ou soit uniquement française, qu’elle soit assimilée ou pas. Stora estime que plus de 7 millions de résidents français sont toujours concernés « par la mémoire de l’Algérie ». Toute cette matière humaine s’enflamme de façon régulière et il est peu probable que le rapport Stora apaise vraiment la situation.

Dans sa lettre de mission à Benjamin Stora le président de la République mentionne :

« Je souhaite m’inscrire dans une volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algériens. Le sujet de la colonisation et de la guerre d’Algérie a trop longtemps entravé la construction entre nos deux pays d’un destin commun en Méditerranée. Celles et ceux qui détiennent entre leurs mains l’avenir de l’Algérie et de la France n’ont aucune responsabilité dans les affrontements d’hier et ne peuvent en porter le poids. Le devoir de notre génération est de faire en sorte qu’ils n’en portent pas les stigmates pour écrire à leur tour leur histoire. Ce travail de mémoire, de vérité et de réconciliation, pour nous-mêmes et pour nos liens avec l’Algérie, n’est pas achevé et sera poursuivi. »

Le rapport est à la hauteur de sa commande, éthéré et bienveillant, mais que pouvait-il être d’autre ? Il formule quelques propositions consensuelles mais ne règlent pas le contentieux politique de fond. Il est donc clairement rejeté par les extrêmes et non lu par la masse. C’est un travail d’historien qui vient s’ajouter à bien d’autres. Il a le mérite de rassembler tous les travaux qui ont été menés depuis 1962 et de citer les principales interventions d’intellectuels et de politiques sur le sujet de la colonisation et la guerre d’Algérie. En fait, beaucoup a été dit et, surtout, fait pour tenter de partager l’Histoire des deux pays au-delà des déclarations politiciennes inutiles et des attaques permanentes des deux bords. C’est bien ainsi et le rapport Stora est une nouvelle pierre apportée à la construction d’une relation la moins mouvementée possible entre les deux ex-ennemis qui n’ont pas réussi à devenir amis.

Alors l’étude passe en revue la « singularité du conflit » et l’opposition « des mémoires », chaque partie a composé son histoire à l’aune de ses propres intérêts politiques et en fonction des groupes de pressions activistes dans chacun des deux pays. Le résultat n’est pas l’Histoire mais la cohabitation de deux récits. Néanmoins Stora tempère cette situation en citant les petits pas réalisés depuis 1962 entre les historiens et les intellectuels français et algériens, loin de la démagogie de la politique dont l’aveuglement a aussi participé à faire le lit de l’islamisme.

Il cite le traumatisme des « rapatriés » qui ont fuit l’Algérie en catastrophe en 1962 et ont été accueillis plutôt froidement en « métropole » qui a laissé des traces durables, y compris dans l’expression électorale. Le cas de ces français qui ont pris fait et cause pour l’indépendance, en métropole comme en Algérie, ceux qui ont « passé les valises » du FLN, les opposants à la guerre qui ont écrit pour s’exprimer pendant les évènements. Stora mentionne les innombrables colloques, séminaires ou ouvrages collectifs qui se sont déroulés depuis l’indépendance pour essayer de faire surnager l’intelligence d’un océan de slogans partisans, et se diriger, lentement, vers une tentative de réconciliation des hommes et des histoires. L’image est aussi un vecteur important de cette relation tumultueuse et de nombreux films documentaires et de fiction ont vu le jour, partisans ou pas, larmoyants ou violents, ils ont sans doute aussi participé à l’éveil des consciences sur ce conflit.

Le rapport revient sur l’évolution des relations économiques et politiques entre les deux pays depuis l’indépendance. Des relations agitées, parfois hystériques, de « devoirs de mémoire » en guerres des mémoires, de rappels d’ambassadeurs en sommations inutiles, de reconnaissances contrites en accusations excessives… ainsi va la vie 60 ans après les accords d’Evian signés en 1962 qui ont établi l’indépendance de l’Algérie. Malgré tous ces drames, les relations n’ont jamais cessé, rendant quasiment inextricables le lien entre les deux pays, mais aussi, donc, la continuation du conflit dans le domaine des déclarations enflammées, toujours préférable à celui des armes.

Stora termine sur un relevé de préconisations, une nouvelle série de petit pas symboliques comme la création d’une commission « Mémoires et vérité », des échanges facilités d’étudiants en histoire, des commémorations diverses, des constructions de stèles, la publication d’un « guide des disparus », un travail commun sur les sites irradiés par les essais nucléaires français dans le désert et les millions de mines posées aux frontières du Maroc et de la Tunisie, la relance des travaux sur les archives existant des deux côtés de la Méditerranée et leur traduction dans les deux langues nationales, etc. Certaines ont déjà commencé à être mis en œuvre récemment, comme la reconnaissance de l’assassinat par l’armée française du militant Maurice Audin ou de l’avocat Ali Boumendjel.

Le rapport Stora n’aboutit pas à une réconciliation politique impossible à imaginer tant que subsisteront des hommes ayant vécu la période de la guerre. Une fois ces derniers éteints, peut-être sera-t-il possible d’évoluer vers un peu plus de sérénité. Le fait d’avoir laissé croître un nombre de français concernés « par la mémoire de l’Algérie » en France rend sans doute incontournable le maintien de relations diplomatiques et humaines entre les deux pays. Les intérêts croisés sont tels que l’option de rupture est quasiment impossible à envisager même si elle doit travailler certains, des deux côtés. Le rapport Stora a été écrit dans cette optique d’une relation à apaiser, il est raisonnable.

Coup d’Etat au Tchad

Profitant du décès du chef de l’Etat tchadien, le maréchal Déby, dans des conditions encore mystérieuses, son fils, le général Déby, s’arroge le pouvoir à la tête d’une bande de généraux instituée en conseil militaire de transition, au mépris de la constitution de ce pays africain. Un galonné remplace un autre galonné via un coup d’Etat, en annonçant, bien sûr, le retour prochain à des élections, rien de très surprenant, surtout au Tchad ! Voila qui relativise une nouvelle fois cette volonté occidentale d’instaurer la démocratie sur le continent africain, entre autres.

La France qui a colonisé le Tchad jusqu’à son indépendance en 1960 s’est ensuite compromise avec ses gouvernements successifs qui ont accueilli des contingents de militaires français sur son sol, pour de plus ou moins bonnes raisons, de façon quasiment continue. Paris « rend hommage » au « grand ami » de la France ainsi disparu et s’inquiète de l’avenir de sa coopération militaire avec ce pays.

Alors que les Etats-Unis d’Amérique se retirent actuellement « sans conditions » de l’Afghanistan après 20 années d’aventure militaire, peut-être Paris pourrait aussi réviser sa politique africaine dans le même sens ?

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Double nationalité, l’éternelle ambiguïté

On se souvient qu’après les attentats religieux de novembre 2015 en France un projet de réforme constitutionnelle avait été élaboré afin d’étendre la déchéance de la nationalité française aux binationaux nés français lorsqu’une telle personne avait été « condamnée pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation ». Par suite de discussions politiciennes, le projet avait été finalement retiré après avoir provoqué beaucoup de remous et notamment la démission du ministre de la Justice de l’époque : Christine Taubira.

On apprend aujourd’hui que l’Algérie a envisagé un projet de même nature et vient de le retirer par suite des « incompréhensions » comme l’a annoncé le président de la République.

De même nature juridique, les objectifs recherchés n’étaient pas tout à fait similaires. La France visait des binationaux commettant des crimes sur son territoire, en clair des actes terroristes exécutés en France par des binationaux français alors que l’Algérie ciblait des binationaux algériens de la diaspora, coupables d’avoir commis des actions contraires à la « sécurité de l’Etat » à l’étranger.

Dans un cas, la France, il s’agissait de rendre expulsables des citoyens français binationaux, dans l’autre, l’Algérie, il fallait empêcher de revenir en Algérie des citoyens algériens binationaux.

Plus subtil, jusqu’à récemment, l’Algérie ne reconnaissait pas la double nationalité. Elle ne pouvait toutefois pas empêcher un Etat tiers de délivrer sa propre nationalité à un natif algérien et nombre de citoyens algériens possédaient une ou plusieurs autres nationalités, notamment française. Supprimer la nationalité algérienne à un citoyen qui, officiellement, ne peut pas en avoir une autre revenait à le rendre apatride, ce qui pose d’autres problèmes. Toutefois, depuis 2005 la pluri-nationalités est tolérée en Algérie, le Parlement ayant ainsi admis la réalité.

Toucher aux questions de nationalité est toujours un exercice délicat. Paris et Alger l’ont réalisé, chacun pour des motifs différents.

Une note intermédiaire sur le Rwanda et le génocide des Tutsis

En avril 2019, pour tenter d’apaiser les relations conflictuelles entre le Rwanda et la France concernant l’implication de cette dernière dans le génocide des Tutsis et des Hutus modérés en 1994, le président français a fondé une commission d’historiens censée produire un rapport sur la politique française au Rwanda durant la période 1990-1994.

Une « Note intermédiaire » a été produite en avril 2020 qui détaille en 29 pages la méthodologie de recherche et l’accès aux différentes archives de l’administration sur le sujet. Les hommes en charge de la mission et les outils dont ils disposent semblent à la hauteur de l’enjeu majeur de cette étude qui est de savoir si la France a participé peu ou prou au dernier génocide du XXème siècle ?

Le rapport final doit être remis le mois prochain au président de la République.

Lire aussi : la Note intermédiaire

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La retraite retardée

Une conférence s’est tenue hier entre l’Elysée et les chefs d’Etat des cinq pays africains du groupe « G5 Sahel » sur la présence de l’armée française dans le Sahel. Il a été annoncé le maintien de cette force étrangère dans la zone sahélienne. Alors que dans le même temps les Etats-Unis d’Amérique ont acté le retrait de leurs troupes d’Afghanistan en négociant avec les rebelles talibans, leur donnant ainsi les clés d’un retour prochain au pouvoir à Kaboul, la France retarde encore le moment inévitable où il lui faudra évacuer le Sahel. Les arguments sont toujours les mêmes et surtout le mantra « en protégeant le Sahel du terrorisme religieux, on protège la France ».

L’occident n’arrivera pas à « pacifier » l’Afrique sahélienne et encore moins à y instaurer la démocratie. Cela fait des décennies qu’il essaye, avec le succès que l’on constate. Les armées locales excellent dans la technique du coup d’Etat, mais fort peu dans la défense de leurs pays, et ce malgré les milliards d’euros déversés sur elles par l’Europe ainsi que des centaines de « conseillers techniques » censés les former sur place. Cela ne marche tout simplement pas. Probablement la présence des forces militaires françaises empêche, au moins provisoirement, les religieux de prendre le pouvoir à Bamako et dans les capitales avoisinantes, mais, à moins de les y laisser à vie, ce moment viendra un jour, de gré ou de force.

La junte militaire malienne au pouvoir est d’ailleurs encline à négocier avec ces groupes religieux et sécessionistes, si elle n’a pas déjà commencé à le faire. Les populations locales, très naturellement, commencent à contester et rejeter la présence armée de la France dans leurs pays. Il se murmure que les chefs militaires français sont réalistes sur l’impossibilité d’atteindre leurs buts de guerre. Les citoyens français se demandent eux-aussi pourquoi des soldats meurent dans ce désert et s’il est bien nécessaire d’y dépenser autant de sous. Toutes les conditions sont réunies pour entamer ce repli… qui vient d’être repoussé à plus tard !

Un repli ordonné marquera évidement une défaite, comme celle des Etats-Unis en Afghanistan ou en Irak, mais permettrait de façon réaliste de redéployer l’armée française sur des tâches plus efficientes comme le renforcement de la protection du territoire national, et de peaufiner la tactique du « cassage de gueule » consistant en des opérations extérieures coup de poing en tant que de besoin si les intérêts vitaux français sont menacés, mais en renonçant à occuper durablement des pays tiers. Cela n’a jamais fonctionné, ni en Algérie, ni au Vietnam, ni en Angola, ni au Mozambique… et il y a très peu de chances que cela fonctionne au Sahel.

Lire aussi : 13 militaires français tués au Mali en novembre – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

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Une dictature plutôt plébiscitée par la majorité de ses citoyens

Le Canard Enchaîné 20/01/2021

La Russie expulse quelques diplomates européens (de Suède, Pologne et Allemagne) accusés d’avoir participé à une manifestation de soutien à l’opposant Navalny. Les pays européens s’émeuvent et expliquent que leurs représentants ne « participaient » pas à la manifestation mais y « assistaient » à titre d’information.

Alexeï Navalny est un avocat opposant au président Vladimir Poutine, ex-officier du KGB recyclé dans la politique, élu et réélu président depuis 2000, y compris un intermède comme premier ministre afin de contourner la lettre de la constitution russe limitant le nombre de mandats successifs autorisés. Il affiche un cynisme assumé et surfe sur la décadence de l’Occident. C’est lui qui lors de l’invasion de la Crimée par l’armée russe expliquait qu’il ne pouvait pas « empêcher des citoyens russes d’aller passer leurs vacances en Crimée » pour justifier la présence de ses soldats dont certains furent faits prisonniers par les forces ukrainiennes. Sous sa présidence la Russie a initié les meurtres de nombre d’opposants russes réfugiés à l’étranger, y compris avec des armes chimiques avec chaque fois le même déni sur l’implication de son pays dans ces assassinats.

La dernière tentative en date a été menée en Russie en août 2020, justement contre Navalny, empoisonné au Novitchok un agent chimique innervant très puissant développé à l’époque par l’URSS et dont la production fut poursuivie par la Russie. Pour des raisons mystérieuses la Russie a accepté l’évacuation de Navalny, dans le coma, en Allemagne pour y être soigné. Une fois rétabli, il a repris l’avion en janvier 2021 pour la Russie où il a été arrêté dès son arrivé puis condamné à trois années de prison pour n’avoir pas respecté les termes du contrôle judiciaire auquel il était soumis… durant son séjour en Allemagne. Il était supposé se présenter régulièrement au commissariat de police de son quartier à Moscou à la suite de l’une des multiples condamnations dont il a été l’objet. Lors d’une récente conférence de presse, le président Poutine a affirmé que les services russes n’étaient pour rien dans l’empoisonnement de Navalny, la meilleure preuve en étant que s’ils l’avaient été « l’affaire aurait été menée à son terme », accusant au passage son opposant favori dont il ne prononce jamais le nom d’être manipulé par les services secrets américains.

Il est désormais avéré que Moscou a utilisé son soft power de façon intense pour influencer les élections présidentielles américaine et française de 2017 via la diffusion de désinformation sur les réseaux dits « sociaux ». On se souvient que Vladimir Poutine avait reçu officiellement Marine Le Pen au Kremlin en mars 2017. L’élection de dirigeants nationalistes, voire populistes, dans les pays occidentaux sert les intérêts de Moscou qui, de son côté, a réactivé le panslavisme de sa population. On a notamment assisté en France au retournement complet de nombre d’élus de la droite conservatrice qui sont devenus pro-russes après des décennies de discours antisoviétique. Cerise sur le gâteau, le président américain Trump a constamment soutenu la Russie durant son mandat (2017-2021) allant même jusqu’à désavouer ses propres services de renseignements lors d’une fameuse conférence de presse avec le président russe qui, comme à son habitude, cachait sa satisfaction derrière son masque glaçant d’apparatchik du KGB. C’est ainsi que Moscou a atteint avec brio ses objectifs de soft power.

Bref, la Russie est le digne successeur de l’URSS en ce qu’elle cherche à nuire à un occident qu’elle juge aujourd’hui décadent et à la dérive. Elle le fait avec ses méthodes et un succès certain, sachant toucher les points faibles des démocraties. Celles-ci réagissent avec des effets de manche plutôt naïfs et peu efficaces. Le président Poutine est élu et réélu depuis 20 ans. Certes il a laminé toute opposition et continue à le faire mais les sondages plus ou moins libres réalisés dans le pays montrent que le peuple russe soutient globalement son président. Il vote en lui donnant de confortables majorités à chaque élection présidentielle et, même si l’on considère qu’il y a sans doute un peu de fraude, ces majorités sont difficilement contestables et sont en tout cas bien plus larges que celles constatées dans les pays occidentaux.

Cela semble mystérieux aux pays occidentaux qui continuent à vouloir appliquer les principes démocratiques qui régissent encore leurs systèmes politiques. Les russes apparaissent bien plus malins dans leur tactique pour faire tomber l’occident qu’ils ne l’étaient du temps de l’URSS. Ils activent leur hard power sur différents terrains de combat (Ukraine, Syrie, Caucase, notamment) là où il est peu probable que l’Occident viennent guerroyer, et ils déclenchent avec succès leur soft power directement contre les démocraties occidentales pour leur nuire ; ils rejettent systématiquement toute critique ne se gênant pas pour nier les évidences du moment que cela sert leurs intérêts. Le pays est évidemment peu encombré par les associations de défense des droits de l’homme ou pro-démocratiques, et lorsqu’un opposant comme Navalny émerge, il est mis à l’ombre, voire pire…

L’URSS a perdu la guerre froide à la fin des années 1980, elle est en train de prendre sa revanche et l’on dirait que la grande majorité du peuple russe s’en réjouit.

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Plus de joujou pour le président

Certains réseaux dits « sociaux » ont supprimé purement et simplement les comptes personnels de Donald Trump à la suite de son appel à « marcher sur le Capitol », compris par ses fans comme « envahir le Capitole », qu’ils ont donc pris d’assaut ce 7 janvier provoquant cinq morts. C’est le cas notamment de Twitter et de Facebook, très utilisés par le président pour gouverner le pays durant son mandat qui se terminera ce 20 janvier.

Les défenseurs de la « liberté d’expression », même ceux qui sont opposés à ce président, s’émeuvent que la décision d’une entreprise privée puisse ainsi influencer sur le débat public. En réalité la liberté d’expression du président Trump n’est en rien bafouée. Il peut faire autant de conférences de presse qu’il le souhaite et la presse accréditée rendra compte de ses propos. Il peut communiquer via le site internet de la Maison-Blanche (The White House) et, s’il a vraiment besoin de continuer à utiliser un moyen de communication de type Twitter, n’importe quel gamin un peu geek peut lui créer un réseau avec trois serveurs, deux logiciels libres et une bonne liaison par fibre dans un grenier et il n’aura plus à passer sous les fourches caudines d’un réseau ou d’un hébergeur, et personne donc pour le censurer !

Au-delà de ce psychodrame de peu d’intérêt, le monde est en train de découvrir la puissance de ces fameux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Microsoft et Amazon, et sans doute quelques autres). Grâce à leur phénoménale capacité d’innovation ces entreprises ont surfé sur l’économie libérale qui leur a permis de grossir et d’atteindre une situation de monopole. La théorie économique explique doctement qu’une entreprise qui atteint une taille de monopole ne joue plus avec les règles de la concurrence, écrase son secteur et perd ainsi sa capacité à innover. C’est la raison pour laquelle cette même théorie prévoit également des règles anti-trust pour rétablir le bon fonctionnement de la concurrence. L’exemple le plus marquant de cette politique fut le démantèlement du monopole des télécommunications d’AT&T (American Telephone & Telegraph) aux Etats-Unis dans les années 1970’.

En réalité, la censure que peuvent exercer les GAFAM et assimilés sur les réseaux dits « sociaux » qu’il contrôlent n’est qu’une toute petite partie émergée de l’iceberg et finalement de peu d’importance lorsqu’on voit le niveau « de caniveau » des messages qui y circulent. C’est un peu comme fermer le Café du Commerce du coin de la rue, la pensée survivra et s’en portera sans doute mieux. Limiter la diffusion de messages sur Twitter ce n’est pas nuire à la liberté d’expression, c’est au contraire rétablir l’exigence d’intelligence !

En revanche la capacité technologique des GAFAM à tracer nos vies numériques et en stocker tous les évènements est bien plus effrayante. L’économie libérale ferait sans doute bien de sérieusement réfléchir à l’opportunité de démanteler ces mastodontes du numérique, d’une part d’un point de vue sociétal, mais aussi afin de rétablir les conditions d’une saine concurrence présentée comme le Graal par la pensée économique capitaliste.

Retournements de veste en série après l’assaut contre le Capitole à Washington

L’invasion du Capitole de Washington par une bande furieux ce 6 janvier aura fait finalement cinq morts. Trois sont décédés à l’extérieur d’attaques cardiaques et autres pathologies ; dans l’enceinte même du bâtiment, un policier est mort de ses blessures le lendemain après avoir été frappé à coups d’extincteurs, une manifestante a été atteinte par un tir de la police. L’un des agresseurs portait un T-shirt siglé « Camp Auschwitz – Works brings freedom » autour d’une tête de mort, un autre était affublé de cornes de bisons et d’une peau de bête, certains couraient avec un drapeau confédéré au vent, une partie de la foule avait élevé une potence et appelait à « pendre » le vice-président qui avait « trahi » son chef en acceptant de valider la victoire de son successeur… Pendant ce temps, les parlementaires, le vice-président et le personnel avaient été évacués dans les parkings pour les mettre à l’abri.

C’est maintenant l’heure des retournements de veste en série. Un certain nombre de conseillers et de ministres du président Trump démissionnent huit jours avant son départ définitif de la Maison-Blanche arguant qu’il avait incité les manifestants, venus le soutenir physiquement, à envahir le Capitole. Ces démissionnaires de la dernière heure ne sont guère crédibles après avoir cautionné quatre années durant les actes de leur président. Tout ce petit monde a sans doute eu rétrospectivement peur que l’assaut du Capitole se soit terminé bien plus mal compte tenu de la passion américaine pour les armes et les tueries de masse réalisées régulièrement dans ce pays par des furieux encore plus furieux que la moyenne. La police a retrouvé quelques explosifs dans les véhicules de manifestants.

On a sans doute évité le pire pour cette fois mais ça n’est peut-être que partie remise. Il est à craindre qu’il n’existe parmi l’extrême droite quelques furieux-furieux capables de commettre un meurtre de masse dans l’enceinte d’une institution comme le Capitole. 15 000 hommes armés de la Garde nationale sont actuellement déployés dans la capitale afin de protéger la cérémonie d’investiture du nouveau président le 20 janvier prochain, et dans le même temps les réseaux dits « sociaux » fréquentés par les furieux fourmillent d’appels à manifestation dans différentes villes le 20 janvier.

Tout le monde tombe maintenant à bras raccourcis sur le président Trump après ce qu’il s’est passé au Capitole. En réalité les primo-coupables sont les furieux et ils sont activement recherchés. Certains ont déjà été arrêtés ce qui a été grandement facilité par leur propension à s’autofilmer avec leurs téléphones mobiles, à visages découverts, et à diffuser leurs exploits plus ou moins en direct sur les réseaux dits « sociaux ». Trump est bien sûr leur guide « spirituel » et il n’a cessé d’attiser leur colère. Le journal New York Times a analysé ses 11 500 tweets diffusés durant les trois premières années de sa présidence sur son compte personnel. Cela fait une moyenne de 10 tweets par jour qu’a priori il rédige le matin et le soir lorsqu’il est seul chez lui et donc non influencé par ses conseillers. Ces messages racontent donc la vraie pensée du président et son moyen de gouverner. Il y a des insultes et des fautes de grammaire, des contre-vérités et de la démagogie, mais aussi des décisions politiques (il a viré un certain nombre de ses ministres via ce réseau), bref, tout ce qu’il faut pour motiver la bande de furieux du Capitole dont on va encore entendre parler, même après le départ de leur héros de la présidence.

Les électeurs américains ont élu le président Trump en 2016 et il a gouverné à sa façon durant quatre ans. 74 millions lui ont renouvelé leur confiance en 2020 ce qui ne fut pas assez pour assurer sa réélection. Les Etats-Unis d’Amérique doivent maintenant se dépatouiller de cette situation et des furieux qu’elle a engendrés. Le problème Trump semble presque derrière nous mais il faut désormais gérer ses enfants. Pas sûr que la politique de la main tendue annoncée par le nouveau président ne soit efficace. On ne sait d’ailleurs pas bien quoi lui suggérer pour rétablir ce pays dans les clous d’une cohabitation apaisée entre ses citoyens. A moins que l’ensemble de l’occident ne bascule dans le trumpiste ce qui n’est pas totalement à exclure. Ce serait la fin de la démocratie telle que nous l’entendons aujourd’hui. On a les dirigeants que l’on mérite !

Trop morts de rire les ennemis des Etats-Unis d’Amérique…

Après les émeutes de Washington qui ont vu une bande de furieux envahir le Capitol et fait cinq morts dont un policier à l’intérieur du parlement, tué à coups d’extincteur, les pays autoritaires ennemis de l’Amérique se tiennent les côtes devant l’évènement et n’ont pu s’empêcher de diffuser des messages ironiques sur la démocratie américaine. C’est de bonne guerre compte tenu des leçons de morale que les démocraties occidentales leur assènent régulièrement.

Un porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères a souhaité un « retour à l’ordre » tout en notant que lors de l’invasion du parlement de Hong-Kong par des manifestants prodémocratie les réactions de personnalités américaines avaient été fort différentes, mais que fort heureusement il n’y avait pas eu de mort à Hong-Kong.

Un élu russe, Konstantin Kosachev, président de la commission des Affaires étrangères de la chambre haute du Parlement, a proclamé que « la fête de la démocratie est terminée » en plaignant l’Amérique « boîtant des deux pieds ».

Et l’Iran bien sûr a ironisé par la voix de son président sur la « grande nation américaine » dirigée par un populiste qui a provoqué un désastre, en espérant que les prochains dirigeants américains en tiendront compte.

La leçon de tout ceci est que nos démocraties devraient à l’avenir s’abstenir de donner des leçons de gouvernance à la planète entière sur comment elles doivent se tenir. Organisons nos pays comme nous l’entendons et laissons les autres faire de même. Si nos Etats veulent promouvoir la démocratie chez les autres, qu’ils le fassent de façon discrète sans le claironner, exactement de la même façon que la Russie, par exemple, tente de saper les démocraties avec des cyberattaques d’ampleur et autres actions de soft power tout en niant continuellement en être à l’origine, même devant l’évidence. Et même en matière de hard power, on se souvient que lors de l’invasion de la Crimée ukrainienne par la Russie en 2014, les militaires russes ne portaient aucun insigne pouvant les rattacher à Moscou et, une fois avéré qu’ils étaient russes, le président Poutine avait déclaré, sans rire, qu’il ne pouvait pas empêcher ses citoyens d’aller passer leurs « vacances » en Crimée si tel était leur bon plaisir ! Ce n’est qu’une fois l’opération militaire aboutie par les « forces d’autodéfense » que le parlement de Crimée demanda son rattachement à la Russie, demande qui fut acceptée.

Agissons dans le respect de nos règles démocratiques plutôt que de communiquer, voici une tactique qui devrait d’ailleurs s’appliquer dans bien d’autres domaines.

Une fin de parcours en apothéose

Donald Trump

Le président des Etats-Unis d’Amérique Trump est en train de finir son mandat de quatre ans comme il l’avait entamé : en apothéose. Et il est même peut-être prématuré de parler de fin de mandat car il lui reste encore quinze jours avant de remettre les clés du camion à son successeur, soit encore largement assez pour nous surprendre.

Après avoir refusé d’admettre sa défaite à l’élection présidentielle du 3 novembre il a promu une manifestation de ses supporters hier à Washington à qui il a délivré un discours habituel sur cette « élection volée » et appelé ceux-ci à « marcher » sur le Capitole. Il n’y a pas eu besoin de leur répéter longtemps et ce Capitole étant situé à quelques centaines de mètre de la Maison Blanche, à 20h, heure locale, une horde de furieux cassait vitres et portes et entrait dans ce bâtiment. Les forces de sécurité n’ont pu empêcher cette invasion et on a vu circuler des photos redoutables de certains de ces furieux parader dans les bureaux des dirigeants du Parlement, dont celui de Nancy Pelosi, 80 ans, présidente de la Chambre des représentants.

Les parlementaires qui étaient en train de certifier l’élection du nouveau président ont été évacués par la police avant de pouvoir reprendre leurs travaux. Une femme a été tuée par la police à l’intérieur du Capitole et trois autres décès ont été constatés aux alentours, sans avoir plus de précisions sur les causes de ces morts. Les images de l’invasion du Capitole ont à ce point bouleversé les non-trumpistes que les réseaux dits « sociaux » ont suspendu les comptes de Donald Trump, notamment sur Facebook et Twitter. Ces deux réseaux étant le mode de communication favori de ce président tragico-comique, l’oiseau voit ainsi ses ailes un peu rognées pour le moment.

On a les dirigeants que l’on mérite. Trump a été élu, il est venu et il a gouverné à sa façon qui a quand même satisfait plus de 70 millions d’électeurs qui viennent de revoter pour lui. La majorité a choisi son successeur, voyons-le maintenant à l’œuvre mais il va bien devoir compromettre d’une façon ou d’une autre avec les 70 millions de trumpistes qui ne vont pas disparaître d’un coup.

En moins dramatique, la France a connu un épisode similaire lorsqu’en décembre 2018 une même horde de furieux a dégradé l’Arc de Triomphe au cours d’une manifestation, prenant des selfies assis sur le monument au soldat inconnu. Quelques émeutes plus tard, ils tentent de pénétrer dans le ministère du porte-parolat du gouvernement après avoir défoncé la porte d’entrée avec un véhicule de chantier volé. Certains se dirigent vers l’Elysée en affirmant leur objectif d’y « entrer » de force, ce qu’ils n’ont pas pu faire pour le moment.

Nos vieilles démocraties, de l’Amérique du nord à l’Europe, sont confrontées à l’émergence de ces populations insatisfaites renonçant aux méthodes de revendication habituelles, contestant tout ce qui vient du « système » et élisant des dirigeants à la Trump ou à la Bolsonaro (au Brésil). C’est l’échec de la démocratie telle qu’elle a été conçue par nos parents au lendemain de la IIème guerre mondiale. Nous vivons aujourd’hui un drame de la bêtise, des pays sont gouvernés sur Twitter, les réseaux dits « sociaux » prennent le pouvoir en 140 signes, la publicité abrutit les populations, des journalistes érigent l’absence de réflexion en mode de fonctionnement, des hommes politiques diffusent des images de leur sexe sur Facebook, d’autres sont condamnés en justice pour fraude fiscale ou détournement d’argent public, des joueurs de fouteballe sont décorés de la légion d’honneur, le dogme religieux empiète de plus en plus sur la raison, la vulgarité prend le pouvoir, des théories foutraques inspirent les gouvernants, la « vérité alternative » se glisse dans la politique, chacun menace et injurie son prochain… Dans beaucoup de pays une fantastique énergie est dépensée à flux continus pour critiquer et geindre en permanence plutôt qu’agir. La France, elle, se désagrège sans doute plus rapidement que ses voisins européens.

C’est ainsi et nous devons assumer la responsabilité collective de cette décadence. Personne ne sait où elle nous mènera, nos enfants sont en train de prendre le relais en élisant des dirigeants « populistes ». Peut-être vont-ils instaurer un nouveau mode d’organisation de la société qui balayera toutes les certitudes sur lesquelles les générations précédentes ont bâti le monde occidental ? Les institutions démocratiques actuelles leur en donnent le droit et leur en offre l’opportunité. L’exigence d’intelligence et de démocratie est en train de se dissoudre dans les réseaux dits « sociaux ». L’avenir dira si l’on peut gouverner et survivre sans intelligence !

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