Le risque du tourisme à l’étranger

Comme lors de chaque catastrophe, humaine ou naturelle, planétaire ou localisée, des touristes français se retrouvent bloqués à l’étranger, parfois très loin, avec la volonté de retrouver la mère-patrie au plus vite. Comme à chaque catastrophe, la République, bonne-mère, déploie tous les efforts nécessaires pour ramener ses enfants sur le sol national, généralement aux frais des contribuables. Comme à chaque catastrophe, la plupart des rapatriements se passent bien et sont réalisés rapidement avec la bonne volonté de tous les acteurs impliqués. Mais comme à chaque catastrophe, un certain nombre de touristes sont difficiles à exfiltrer rapidement pour différentes raisons.

C’est le cas avec cette épidémie de coronavirus pour certains pays, notamment aux Philippines en confinement où il n’y a plus de lignes aériennes entre les multitudes d’iles de l’archipel et la capitale. Les touristes sont un peu laissés à eux-mêmes pour trouver une solution avec l’aide en ligne des ambassades et consulats français. Bien sûr, certains d’entre eux se révoltent et ne comprennent pas pourquoi la République n’est pas capable de leur envoyer un avion spécial toutes affaires cessantes pour les cueillir là où ils sont, bien sûr gratuitement… Et de déverser leur rancœur sur les réseaux dits sociaux auxquels ils ont toujours accès, surtout quand ils ont dû payer à leurs frais un billet d’avion retour.

Selon le ministère français des affaires étrangères il y avait 130 000 nationaux dans cette situation (y compris des voyageurs d’affaires) au début de l’épidémie. Il n’en resterait plus que 10 000 à ce jour en attente d’une solution que les autorités françaises s’efforcent de mettre en œuvre. L’épicentre de la pandémie étant désormais européen, les touristes bloqués aux Philippines ou ailleurs sont parfois stigmatisés par les populations locales.

Gageons que tout ceci va se résoudre progressivement mais l’irresponsabilité de certains français est, comme souvent, plutôt confondante. Aller passer des vacances à l’étranger c’est prendre un risque, celui de se retrouver dans un environnement social, économique, politique qui est différent de celui de son pays d’origine. Quand tout va bien, on profite de cet exotisme que l’on est venu chercher, mais quand un grain de sable grippe la belle machine du tourisme au long cours on se rend compte assez rapidement que l’on est plus « chez soi ». Prendre l’avion pour passer quinze jours de vacances aux Philippines c’est encourir divers risques, celui de la faillite de la compagnie aérienne qui vous y transporte et disparaît avant de vous en avoir ramené, celui d’une éruption volcanique, d’un coup d’Etat, d’une guerre ou… d’une pandémie planétaire comme aujourd’hui. Quel que soit le cas, il est plus difficile et plus onéreux de ramener un touriste français en perdition aux Philippines que dans le Cantal. Nous en sommes là aujourd’hui.

« C’est l’ambassade de France qui est maintenant chargée de nous trouver une solution de retour avec Qatar Airways et un vol via Doha. Aucune idée des dates possibles et des prix. Nous sommes donc en attente, sans plus de précisions, et avons été obligés de prolonger, à nos frais, l’hôtel et les dépenses quotidiennes, sans parler du billet à venir… » (Une touriste en Birmanie)

« Au fond ma situation est loin d’être grave…. Mais on peut se demander si c’est normal que l’on puisse laisser des ressortissants français seuls comme ça et qu’on leur assène que le rapatriement n’est pas de leur ressort, sans explication et sans solution bis. » (Un étudiant en Allemagne)

Journal Le Monde du 25/03/2020

La mondialisation « heureuse » dans laquelle nous baignions ces dernières années nous a fait oublier ces quelques évidences et, il est vrai que les risques pris étaient marginaux, mais l’intensité de ceux-ci est probablement en train de croître. Le transport aérien va sans doute être l’un des plus atteints par la crise actuelle et, au sortir de celle-ci, il n’est pas sûr que l’activité aérienne soit rétablie « comme avant ». Peut-être qu’il coûtera désormais plus cher de se transporter à l’autre bout du monde, favorisant ainsi les vacances… dans le Cantal, moins risquées s’il faut revenir chez soi en cas de problème. A priori on attrape autant le coronavirus à Aurillac qu’à Cebu mais peut-être est-on mieux potentiellement mieux soigné dans le Cantal qu’aux Philippines, surtout quand on est français. Il faut juste y penser avant de s’embarquer à Roissy.

Quelques chiffres sur les dépenses de santé

En ces temps de crise sanitaire où les experts de plateaux télévisés assènent des sentences définitives et non documentées (« la casse de l’hôpital public », « une gestion de comptables » et bla-bla-bla et bla-bla-bla), il n’est pas inutile de rappeler quelques faits chiffrés publics disponibles à quiconque sur les sites web de l’administration et du parlement.

Le budget de la sécurité sociale fait l’objet d’une loi votée chaque année par les élus de la République. La Loi de financement de la sécurité sociale 2020 (PLFSS) rappelle les montants qui sont en jeu :

Compte tenu des circonstances il est probable que les chiffres votés pour l’année 2020 devront être actualisés mais ils s’élèvent pour le moment à 533 milliards d’euros de dépenses, dont 224 milliards pour la maladie (y compris les hôpitaux). Chaque année depuis 2018 les recettes sont inférieures aux dépenses dégageant donc un déficit. Pour donner un ordre de grandeur, la dette publique française est d’environ 2 400 milliards pour le moment.

En résumé, la République collecte et dépense 500 milliards d’euros chaque année pour ses prestations sociales, dont 220 pour le volet maladie. Cela représente 21% du produit intérieur brut du pays et 117% du budget de l’Etat, et cela augmente chaque année en valeur absolue. Alors ces sommes sont peut-être mal dépensées, insuffisantes, mais elles sont tout de même assez considérables. Il serait judicieux que nos experts de plateaux télévisés les mentionnent de temps à autre pour que leurs auditeurs se rendent compte de ce dont on parle. A tout le moins il serait intéressant de demander à ceux qui se plaignent et réclament « plus de moyens » quels sont exactement les besoins et une fois que l’on s’est mis d’accord sur les « dépenses », passer aux « recettes » nécessaires pour arbitrer ce qui est possible et ce qui ne l’est pas.

Augmenter ces sommes est envisageable, on peut passer les dépenses sociales de 21% du PIB à 25 ou 30 ou 40%, il suffit de voter cette évolution, en dépenses comme en recettes

Allez, encore deux petits croquis pour la route qui permettront à nos stars de plateaux télévisés qui n’ont pas le temps ni les neurones pour lire les 94 articles de la Loi n° 2019-1446 du 24 décembre 2019 de financement de la sécurité sociale pour 2020 :

Au Café du commerce

L’impréparation et le déni de nos dirigeants vont nous coûter bien plus cher qu’un stock de masques et des équipements hospitaliers décents pour faire face à la pandémie.

Mme. Michu au Café du commerce

Comme à son habitude Mme. Michu rouspète et rabâche ses plaintes en boucle au Café du commerce entre deux ballons de blanc sec. Elle est largement relayée par les « experts » de plateaux télévisés qui ont fait du sujet « masque » l’une de leurs polémiques favorites après avoir raillé et ironisé il y dix ans la constitution de stocks de vaccins et, déjà, de masques lors de l’épidémie de grippe H1N1 en 2009. Ces stocks n’avaient finalement pas été utilisés puis avaient été très significativement réduits et la responsabilité de leur détention partagée entre l’Etat et les établissements hospitaliers.

A la question « serait-il préférable d’avoir un stock de masques plus important aujourd’hui » la réponse est évidemment oui, non seulement à Paris, mais dans tous les pays qui sont en chasse de volumes considérables de ces fameux masques dont la planète manque cruellement. A la question « faudra-t-il adapter le système de santé à ces risques épidémiques, ou en tout cas à certains d’entre eux », la réponse est évidemment oui en choisissant le niveau de risque que l’on veut couvrir. A la question « qui va payer », la réponse est évidemment : M. et Mme. Michu !

Plutôt que le pitoyable bal des pleureuses donné en spectacle sur les plateaux télévisés et au Café du commerce, le mieux est que toute cette énergie perdue soit consacrée à soutenir notre pays qui lutte contre cette maladie, pas plus mal que certains et bien mieux que beaucoup. On n’a pas assez de masques, eh bien les chaînes logistiques sont sur le terrain pour améliorer l’approvisionnement. Notre système de santé est dimensionné pour 5 000 lits de réanimation et ce n’est pas assez, eh bien le corps médical a réussi à faire passer l’offre à 10 000 lits en quelques semaines. Certaines régions sont dramatiquement touchées, eh bien on transfère dans d’autres villes des patients à coups de trains à grande vitesse transformés en ambulances, d’hélicoptères transformés en tapis volants. On a dû fermer les écoles et les universités, eh bien on a recyclé l’enseignement dans le cloud… etc.

Est-ce que tout ceci est 100% satisfaisant : non bien sûr. Est-ce que l’on ne se porterait pas mieux si le virus était resté en Chine : bien sûr que oui. Alors arrêtons de geindre, cessons de critiquer, gelons les polémiques, admirons ce qui fonctionne, soutenons les premières lignes, appliquons les recommandations. Bref, soyons moins franchouillards et plus efficaces, Mme. Michu y compris.

La France réquisitionne les masques produits sur son territoire, les autres pays font de même

La polémique sur la pénurie de masques continue à faire rage en France dans le contexte de la crise sanitaire. Environ 100 millions de masques auraient déjà été distribués par les autorités de santé en fonction d’une liste de bénéficiaires prioritaires préétablie. 100 millions sont insuffisants par rapport au besoin mais ce n’est pas zéro.

Dès le début de la crise l’Etat français a réquisitionné toutes les productions de masques sur le territoire national, c’est-à-dire que ceux sortant des usines françaises (on parle d’une production d’une dizaine de millions par semaine, en cours d’augmentation) doivent être remis à l’Etat et ne peuvent donc pas être vendus à l’exportation. Des commandes publiques auraient été passées à l’étranger pour 1 milliard de masques supplémentaires afin de combler la pénurie. Le problème est que la grande majorité des pays atteints par le virus sont à la recherche de ces mêmes masques et que les pays producteurs font grosso-modo la même chose que la France c’est-à-dire qu’ils réquisitionnent leurs productions nationales pour assurer en priorité les besoins de leurs populations. L’arrivée de ce milliard de masques va sans doute se faire au compte-gouttes dans l’hexagone. C’est le fruit d’un « chacun pour soi » bien compréhensible en pareils circonstances, et il est difficile de reprocher aux autres de faire ce que fait la France sur son territoire national…

Pour l’avenir, la solution sera peut-être de reconstituer un stock de sécurité de masques pour le prochain virus baladeur. C’est techniquement assez simple à faire, il suffit de financer la dépense conséquente.

Le risque du chaos

L’incertitude dans laquelle la pandémie de coronavirus plonge la planète laisse imaginer que le pire puisse en être une option de sortie. Ce serait évidemment un scénario hollywoodien mais le risque d’un véritable chaos n’est sans doute pas à exclure totalement. Chaos interne si des gangs profitaient de la situation pour semer le trouble ou, plus prosaïquement, que des mouvements sociaux mettent la France à feu et à sang. Chaos externe si, au hasard, la Russie décidait d’annexer la Géorgie ou d’envahir la Pologne. Ou si des extrémistes religieux décidaient de reprendre la route de Bamako Bref, gageons que l’intelligence et la raison prévaudront sur la planète au cours de cette crise sanitaire d’un genre nouveau.

“Rest in peace” referendum

On se souvient de l’initiative de parlementaires français qui avaient demandé l’organisation d’un référendum d’initiative populaire (RIP) pour se prononcer sur le projet de privatiser la concession sur 70 ans d’Aéroports de Paris (ADP). Cette procédure constitutionnelle nécessite qu’au moins 1/10 des électeurs inscrits sur les listes électorales se prononcent en faveur de ce référendum. Le nombre à recueillir était de 4 717 396 électeurs favorables sur une durée de neuf mois. Le Conseil constitutionnel en a décompté 1 093 030 entre le 13/06/2019 et le 12/03/2020 et a donc constaté que :

La proposition de loi visant à affirmer le caractère de service public national de l’exploitation des aérodromes de Paris n’a pas obtenu le soutien d’au moins un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales.

Décision n° 2019-1-8 RIP du 26 mars 2020

Evidemment, le décrochage boursier actuel rendait de toutes façons cette privatisation techniquement impossible mais force est de constater que le projet n’a pas trouvé les 4,7 millions de personnes disposées à faire un clic sur internet pour s’y opposer.

Le sujet reviendra bien un jour ou l’autre sur la table. En attendant, la ressource pour les finances publiques qui était attendue de cette opération devra être remplacée par une autre, à moins que l’on arrive à réduire des dépenses par ailleurs pour compenser.

Une vieille idée : faire payer l’Allemagne !

En compagnie des pays mal gérés du sud de l’Europe, la France (en déficit de ses finances publiques depuis 1974) relance sa vieille idée de mutualiser la dette européenne, espérant profiter de la crise sanitaire en cours pour faire plier les pays du nord, et en particulier l’Allemagne. En fait il s’agit de faire emprunter l’Union européenne en tant que personne morale, sachant que les éventuels prêteurs savent que derrière cet emprunteur multinational il y a des propriétaires que sont les Etats avec des bons et des mauvais mais, l’un dans l’autre, les prêteurs espèrent que les dérives des uns seront compensées par les vertus des autres. C’est un peu comme l’assurance automobile, les bons conducteurs payent pour les accidents provoqués par les mauvais, c’est le principe de la mutualisation. Dans le cas d’une dette européenne, les mauvais élèves bénéficieraient d’un taux d’intérêt et d’un accès à la ressource moyennés, c’est-à-dire meilleurs que ce qu’ils obtiendraient seuls. A l’inverse, les bons élèves paieraient plus chers…

On imagine toutefois la difficulté d’une dette communautaire : comment détermine-t-on le montant à emprunter, l’affectation des sous encaissés, les parts respectives de chaque Etat dans le pool d’emprunteurs, le mode de remboursement ? Que se passe-t-il si un Etat quitte l’Union avant l’échéance ou y rentre, etc. Bref, nous sommes sans doute encore (très) loin de présenter la maturité et la solidarité suffisantes pour mettre en œuvre une dette mutualisée.

D’ailleurs l’Allemagne et les Pays-Bas viennent déjà de dire (sèchement) non ! L’inquiétude des pays mal gérés réside sans doute aussi dans l’accès aux marchés : compte tenu de l’ampleur des sommes dont on parle, qui se chiffrent en centaines de milliards d’euros, trouveront-ils assez de prêteurs pour répondre à la somme de leurs besoins nationaux ?

Lire aussi : « Mutualiser la dette », la nouvelle illusion !

Non, décidément, le mieux qu’aurait pu faire la République française eut été de rétablir l’équilibre de ses finances publiques avant la crise pour pouvoir affronter celle-ci dans de meilleures conditions sans avoir à devoir « faire la manche » auprès des pays nord-européens ! Cela n’a pas été fait et nous allons sans doute en payer les conséquences.

Les plus anciens se souviendront que « faire payer l’Allemagne » on a déjà essayé avec le Traité de Versailles signé en 1919 à l’issue de la Ière guerre mondiale. Conclusion, elle n’a pas payé et elle a de nouveau franchi le Rhin vers l’Ouest en 1939… Il convient donc de manier ce concept avec prudence et intelligence.

Le syndrome « rue Lauriston »

Les râleurs et les escrocs prospèrent en période de crise, rien que de très normal tant que cela reste statistiquement minoritaire. En l’occurrence on est en train de dépasser les bornes de la décence avec des dénonciations qui rappellent le temps où la grand-mère de Mme. Michu dénonçait son voisin juif au siège de l’officine française de la gestapo rue Lauriston durant l’occupation allemande de la France lors de la IIème guerre mondiale.

Aujourd’hui des infirmiers et infirmières qui sont amenés à croiser des malades du coronavirus dans leur activité professionnelle reçoivent des courriers, anonymes ou pas, de voisins des immeubles dans lesquels ils habitent leur demandant de veiller à ne pas toucher les boutons d’ascenseur, de se garer plus loin, etc… et même d’aller « habiter ailleurs si possible ». L’un d’eux a reçu un courrier officiel du syndic de l’immeuble qui s’est excusé ensuite.

Les arnaqueurs font par ailleurs preuve de créativité et d’énergie pour escroquer ladite Mme. Michu qui, une fois qu’elle a dénoncé son voisin, se fait fourguer des faux masques de protection vendus sur internet par des aigrefins de passage.

Cette montée de ploucitude est désolante, sans doute inévitable en de telles circonstances où la peur prend le pouvoir sur les neurones de certains, déjà bien atteints par des décennies de match de fouteballe à la télévision et les tweets de Nadine Morano.

Déjà des plaintes en justice

Ça y est, il n’aura pas fallu attendre plus de quelques semaines après le déclenchement de la crise sanitaire pour que des individus portent le sujet devant la Justice. En l’occurrence, quelques médecins généralistes attaquent l’Etat pour que les masques FFP2 (à haut niveau de protection) soient fournis aux généralistes. Si l’Etat était déclaré coupable il serait dans l’obligation de fournir ces masques qu’il n’a pas en quantités suffisantes pour le moment d’où la gestion de pénurie. C’est un peu comme ce fameux droit opposable au logement que le président Chirac avait fait voter dans un grand élan de générosité (et sans doute pour avoir la paix) obligeant l’Etat à fournir un logement social à toute personne sans logement répondant par ailleurs à quelques conditions, distribution qu’il est évidemment incapable de faire puisqu’il n’en détient pas assez.

Cette déplorable tendance franchouillarde à polémiquer et à trouver des têtes à couper se manifeste une nouvelle fois, et en plein cœur d’une crise grave. Ces médecins n’ont-ils rien de mieux à faire que d’ester en justice par les temps qui courent ? Il y a pour le moment un écart entre l’offre et la demande de masques qui semble-t-il est en voie de réduction. Des gens intelligents et opérationnels s’occupent d’augmenter les capacités de production nationales. Des millions de masques sont produits et distribués chaque semaine, d’autres sont commandés à l’étranger. Ne doutons pas que chacun fait le maximum pour participer à la réduction du goulot d’étranglement, les actions en justice n’y changeront pas grand-chose sinon de satisfaire les égos de plaignants en mal de gloriole personnelle peu soucieux d’efficacité opérationnelle, et d’emboliser un système judiciaire lui aussi au ralenti.

C’est d’autant plus regrettable que cela risque d’être le début d’une longue litanie d’actions judiciaires que devrait mener un peuple développant un réflexe pavlovien : « c’est la faute à l’Etat » ! Si tous les citoyens pouvaient se mettre au travail et consacrer toute leur énergie à la résolution de la crise ce serait bien.

L’immigration agricole

C’est le printemps, les récoltes de fruits et légumes s’annoncent pour les jours à venir et l’habituel flux de travailleurs agricoles immigrés se tarit du fait de la fermeture plus ou moins hermétique des frontières nationales. Alors le principal syndicat agricole français fait appel aux bonnes volontés pour aller cueillir les fruits et légumes dans les champs. Il manquerait 200 000 travailleurs dans les champs :

Voici un effet plutôt inattendu de la fermeture des frontières. Et l’on découvre les travaux que les citoyens français ne veulent plus ou ne savent plus faire, et pour lesquels la République fait appel à l’étranger. C’est un bon exemple du sujet de la « démondialisation » qui devrait venir sur la table à l’issue de la crise. Si l’on veut résoudre cette dépendance à l’étranger pour notre agriculture il faudra juste trouver 200 mille personnes chaque année pour les 3 mois de récolte printanière. Pour cela il faudra peut-être augmenter les salaires versés ce qui accroîtra le prix du kilo de carottes payé par Mme. Michu au marché ; ou alors réquisitionner des travailleurs. Ce débat sera mené demain et promet nombre de polémiques franchouillardes, d’autant plus qu’il ne sera qu’un des sujets au milieu de bien d’autres similaires.

Ça va saigner

Au-delà des mesures sanitaires qui sont prise en France et dans le monde pour essayer de limiter les effets mortifères de l’épidémie actuelle de coronavirus, les Etats annoncent des plans de relance à coups de plusieurs centaines de milliards pour soutenir leurs économies durant cette période qui devrait être en principe provisoire. Il faut éviter les faillites en cascade d’entreprises de toutes tailles afin qu’elles aient la capacité de reprendre leurs activités lorsque l’épidémie touchera à sa fin. En France ce serait 33% de l’économie qui serait actuellement à l’arrêt. La République française annonce un premier plan de 300 milliards d’euros pour soutenir les entreprises et le chômage partiel ainsi qu’éventuellement des nationalisations si le besoin s’en fait sentir, la Banque centrale européenne prévoit une injection de liquidités de 750 milliards pour la zone euros, y compris du rachat de dettes publiques, les Etats-Unis annoncent 2 000 milliards de soutien, etc. Ce sont des méthodes « coup de massue » qui n’avaient pas été employées lors de la crise de 1929 mais qui avaient mise en œuvre après la crise des traders-fraudeurs de 2008. Espérons qu’elles seront efficaces également pour cette crise sanitaire d’un nouveau genre.

Ce que ne disent pas les dirigeants à Mme. Michu c’est que c’est elle qui va payer toutes ces dépenses in fine. En cela l’après crise devrait être particulièrement intéressante lorsqu’il faudra passer à la caisse. Bien évidemment les corporations qui auront pris des risques pour lutter contre l’épidémie réclameront des sous en dédommagement, le corps médical sera au premier plan, mais pas seulement. Les forces de sécurité notamment devraient aussi être en première ligne pour les revendications financières. A ce stade le pouvoir ne remplit que la colonne des dépenses, celle des recettes est laissée sous le tapis mais il faudra bien l’aborder à un moment ou à un autre. Les méthodes habituelles seront mises en œuvre : création monétaire puis que Banque centrale et Union européenne acceptent d’ouvrir les vannes, création qui ne déclenche toujours pas d’inflation ce que les économistes n’arrivent pas vraiment à expliquer, augmentation des impôts (voire rétablissement de l’impôt sur les grandes fortunes – ISF), baisse des dépenses de certains budget jugés dispensables (faut-il vraiment dépenser des milliards pour organiser des jeux olympiques à Paris en 2024 ?), etc. Mais ce qui est sûr c’est que ce sont bien les citoyens et les entreprises qui vont payer l’addition ce qui risque de déclencher des réactions violentes en France où la moindre réforme entraîne généralement manifestations et émeutes.

Evidemment, les pays mal gérés comme la France ou la Grèce, en déficit de leurs finances publiques depuis des décennies, n’ont pas su mettre des sous de côté lors des cycles économiques positifs. C’est la fable de la cigale et la fourmi. Il est sans doute peu probable que les générations actuelles verront un jour la République devenir la fourmi…

Des stratégies différentes

Certains pays anglo-saxons estiment pouvoir lutter contre la pandémie actuelle en laissant courir le virus afin qu’une partie significative de la population soit infectée et développe ainsi une « immunité de groupe » qui arrêtera naturellement le développement de l’épidémie. L’avantage principal d’une telle vision est que l’économie du pays n’est pas mise à l’arrêt mais cependant, en principe, la proportion de morts dans la population devrait être plus élevée que dans les pays qui tentent de stopper la progression du virus par des mesures de confinement.

Le Royaume-Uni et les Pays-Bas, notamment avaient adopté cette stratégie tout en précisant leur volonté de prendre en charge les personnes gravement atteintes. Evidemment s’ils font face à un déferlement de cas graves, leurs systèmes de santé ne parviendront pas à l’absorber. Les pays confinant, la majorité, prennent eux le pari qu’ils arriveront à limiter, peut-être à contrôler, la vague d’hospitalisation des cas graves et donc, toutes choses étant égales par ailleurs, à déplorer proportionnellement moins de décès. Mais en contrepartie, leurs économies sont très ralenties.

En fait personne n’est sans doute véritablement en mesure de dire quelle est la meilleure stratégie. Ce que l’on peut cependant constater c’est que la majorité de la planète opte pour le confinement et que même si les entreprises néerlandaises et britanniques continuent à produire, à qui vont-elles vendre leur production ? Le Royaume-Uni vient d’ailleurs de se résoudre à annoncer des mesures de confinement du pays, certes moins drastiques que dans le reste de l’Europe géographique. Les Pays-Bas également prennent quelques mesures comme la fermeture de lieux publics (y compris les coffee-shops où l’on peut consommer légalement du cannabis), mais pas de confinement général.

Le risque pour les dirigeants qui prennent des chemins de traverse c’est d’avoir tort contre tout le monde… Nous sommes pour le moment dans une relative incertitude sur la suite des événements mais on peut constater que les pays asiatiques qui ont appliqués ce confinement ont réussi, au moins provisoirement, à enrayer la hausse de la maladie. Donc, Royaume-Uni comme Pays-Bas sont en train de rejoindre le troupeau des confineurs, quitte à avoir tort mais avec tout le monde !

L’insurrection de l’Ile-de-Ré

La progression de la pandémie de coronavirus entraîne des décisions nationales de confinement d’une partie de la planète. A ce jour ce sont 2 milliards de citoyens de la planète qui seraient confinés chez eux de façon plus ou moins drastique. Sur une population de 7,5 milliards d’habitants cela fait quand même près de 25% de la planète ! Le corps médical mondial semble impuissant pour le moment à endiguer cette épidémie autrement qu’en imposant aux gens de rester chez eux pour couper tout contact entre les personnes et limiter la contagion. Sans aucun doute les systèmes de recherche scientifique travaillent d’arrache pieds pour identifier traitements et vaccins, mais pour le moment, s’agissant d’une nouvelle maladie virale on ne sait pas quoi faire.

Il y a déjà des quelques milliers de morts répertoriés au titre de ce virus, ce chiffre va continuer à progresser. On frémit en pensant ce que va donner cette pandémie lorsqu’elle va débouler sur le continent africain. Mais en principe l’épidémie s’arrêtera toute seule le moment venu, les spécialistes parlent de quelques mois. Du moins c’est ce qui s’est toujours passé dans l’Histoire. Espérons que cette pandémie ne dérogera pas à l’habitude…

En attendant une partie de l’économie mondiale est à l’arrêt et les effets négatifs vont être gigantesques, à la hauteur de ceux de la crise financière de 2008 déclenchée par la voracité et l’incompétence d’un secteur financier défaillant. Cette fois-ci le sinistre est produit par Dame Nature. Nous verrons dans quelques mois qui aura été le plus nuisible des financiers cupides ou du virus baladeur.

En France les choses vont à leur rythme habituel entre respect des directives de confinement, polémiques sur les ondes, débat sans fin de « spécialistes » et de « communicants » sur un sujet qu’ils ignorent et bien entendu incivilités ordinaires, notamment une invasion de bobos fuyant les villes pour vivre le confinement dans leurs résidences secondaires, au grand dam des habitants locaux qui voient ainsi arriver d’éventuels citoyens contagieux. C’est notamment l’insurrection sur l’Ile-de-Ré où 3 000 bobos, essentiellement parisiens, seraient venus s’installer dans leurs maisons de campagne, apportant avec eux leurs miasmes et leurs comportements :

Facebook du 23/03/2020

Où va-t-on si la Seine Saint-Denis se met à déteindre sur l’Ile de Ré ? Les recommandations officielles étaient de limiter au strict nécessaire les migrations inter-villes. On peut imaginer sans trop de risque de se tromper que les 3 000 parisiens détenant une résidence secondaire sur l’Ile de Ré ne doivent pas être logés dans des HLM de la Seine Saint-Denis et qu’ils auraient pu vivre le confinement dans des conditions pas trop désagréables dans leurs appartements du 7ème arrondissement. Ils n’ont manifestement pas eu la même lecture et se sont précipités dans les gares avec bien d’autres ce samedi 21 mars pour quitter le navire des grandes villes. On a vu dans l’Histoire de France exodes plus douloureux.

Au-delà de ces attitudes discutables, les personnes qui travaillent dans des secteurs vitaux sont priées de continuer à bosser, c’est évidemment le cas du personnel de santé qui est sur le pont pour parer à la crise dans la mesure des moyens disponibles et qui doivent être légèrement agacés de ces petites histoires franchouillardes s’ils ont du temps à y consacrer, ce qui n’est sans doute pas le cas. Il faut aussi nourrir les confinés alors l’agriculture et la distribution travaillent, les services indispensables (eau, énergie, communication) aussi. C’est bien.

Nous sommes bien peu de choses…

Riss/Charlie-Hebdo (18/03/2020)

L’épidémie du coronavirus « Covid 19 » continue à se répandre sur la planète devant des citoyens médusés et incrédules, spécialement dans les pays riches qui se croyaient définitivement à l’abri de ce genre de mésaventures, assis sur leurs certitudes technologiques. C’était une erreur que nous pouvons méditer tout à loisir, confinés dans nos logements pour quelques semaines. Ou comment un simple virus met la planète à genoux ; nous sommes décidément bien peu de choses !

Les polémiques franchouillardes circulent encore plus vite que le virus, entretenues par le bouillon de culture que sont les médias radio-télévisés et les médias dits-sociaux. Les deux principales concernent l’insuffisance de masques destinés à protéger ceux qui les portent de la contagion et la question de savoir si le système de santé français permettra d’absorber le pic de l’épidémie et de traiter en réanimation ceux qui le nécessiteront lorsque ledit pic sera atteint.

Les journalistes et médecins de plateaux télévisés ânonnent sans relâche qu’il y a une pénurie de masques tout particulièrement pour le personnel soignant, et pour bien d’autres professions en général. Pénurie il y a : les dirigeants et les producteurs de masques font ce qu’ils peuvent pour y remédier. Les premiers ont réquisitionné toutes les productions faîtes en France afin d’empêcher qu’elles puissent être exportées puisque, grosso-modo, la plupart des pays européens font face à une très forte demande de ces accessoires. D’après les informations sérieusement sourcées les capacités de production nationales augmentent progressivement sans pour autant rejoindre la demande également en forte augmentation. Les polémistes mondains font pleuvoir la critique sur le pouvoir en place, coupable d’aveuglement et de mondialisme, voire de comportements criminels « on envoie nos soignants au casse-pipe…[1] » et bla-bla-bla. Il semble qu’il existait un stock stratégique de masques détenu par l’Etat il y a une dizaine d’années mais que celui-ci aurait été déstocké après avoir été jugé inutile, cette décision faisant suite à la polémique de grande ampleur apparue à la suite de la décision publique de stocker plusieurs dizaines de millions de vaccins contre la grippe H1N1 en 2009, vaccins finalement non utilisés. Les mêmes commentateurs avaient alors raillé la ministre de la santé de l’époque Roselyne Bachelot, avaient ironisé sur toutes les antennes sur ce « scandale d’Etat ». Les mêmes aujourd’hui, ou leurs successeurs de la même engeance, tombent à bras raccourcis sur « l’imprévoyance du gouvernement »… Bon, il y divergence entre l’offre et la demande de masques, celle-ci devrait se résorber progressivement, c’est évidemment ennuyeux mais ce n’est pas non plus la peine de ne parler que de ça cela ne fait pas avancer la résolution du problème plus vite. Des gens sérieux et opérationnels s’en occupent en dehors des plateaux télévisés.

Deuxième sujet récurrent : y-aura-t-il assez de lits de réanimation pour accueillir les 5% de malades gravement atteints au pic de l’épidémie ? Là encore la question est rabâchée à toutes les sauces par les commentateurs mondains et assénée à tout intervenant sur le sujet. La réponse est : « on ne sait pas » puisque personne n’est en mesure d’évaluer combien de patients seront à traiter le moment venu. Ce que l’on sait c’est que les responsables développent tout ce qu’ils peuvent pour augmenter ce nombre lits de réanimation et lisser la courbe de l’épidémie pour essayer d’atténuer la divergence entre l’offre et la demande. Il y aurait 5 000 lits de réanimation disponibles en temps normal et l’on devrait atteindre 10 000 lits sous peu. S’il y a 20 millions de personnes contaminées et que 5% nécessitent des soins intensifs cela ferait un besoin d’un million de lits de réanimation si toutes ces personnes étaient malades au même moment, d’où les actions de confinement en cours pour lisser la courbe de progression de la maladie. Il est probable que, comme en Italie, nous n’y arriveront pas complètement et qu’il y aura sans doute des décès qui auraient pu être évités si le système de santé offrait 1 million de lits de réanimation au lieu de 10 000. On peut polémiquer sur ces simples statistiques, chercher des têtes à couper, parler dans le vide, surfer sur la peur et l’ignorance comme en ce moment sur les ondes radio-télévisées, mais plus difficile est de réfléchir sur ce sujet épineux. Après tout, il est assez simple de passer de 10 000 lits de réanimation x milliers (ou millions), il suffit de payer.

Si demain la République veut accroître ses stocks de sécurité de masques, de blouses, de lits de réanimation, de personnel soignant, etc. il suffit de dépenser plus. Ce n’est pas un problème technique mais une question budgétaire. Nous avons un parlement qui examine chaque année le budget de la sécurité sociale, dépenses comme recettes, et qui peut le doubler, le tripler ou le décupler. La difficulté sera évidemment d’expliquer aux citoyens comment ces augmentations seront financées car il faudra dans ce cas accroître les cotisations, les impôts, diminuer d’autres budgets pour compenser, sans doute un peu des trois. Et cela risque d’être douloureux mais c’est la grandeur de nos démocraties de prendre ce genre de décisions démocratiquement !

Rappelons une nouvelle fois que la corporation des titulaires de cartes de presse donneurs de leçons bénéficie d’une niche fiscale sous forme d’un abattement forfaitaire sur leurs revenus imposables pour « frais d’emploi ». Ces subventions financées par les contribuables devraient, à tout le moins, générer un comportement responsable des journaux et journalistes qui en sont les bénéficiaires. Ils sont ainsi reconnus un peu comme service public, qualification qui devrait être un gage de qualité et non de beaufitude.

Une solution serait peut-être de résilier cette niche fiscale imméritée et d’en allouer le produit à la reconstitution d’un stock de masques chirurgicaux. Ce serait sans doute ainsi une bien meilleure utilisation des fonds publics.


[1] Ivan Rioufol de Valeurs Actuelles sur un plateau

Il faut choisir M. Valls

Kiro/Le Canard Enchaîné (05/09/2018)

Manuel Valls, ex-ministre de l’intérieur de la République française, ex-premier ministre, ex-ennemi intime de Martine Aubry, ex-député élu en 2017 puis démissionnaire de l’assemblée nationale pour présenter sa candidature à la mairie de Barcelone, l’impétrant bénéficiant de la double nationalité franco-espagnole, ex-battu à plates coutures à ladite mairie, mais néanmoins élu conseiller municipal, produit des interviews dans la presse en ce premier trimestre pour faire savoir qu’il serait disponible pour servir République française, tout en précisant bien entendu qu’il n’est « candidat à rien ».

L’instabilité de ce garçon est tout de même étonnante. Après avoir démissionné de son mandat de député français en début de mandat, il envisagerait de démissionner de son poste de conseiller municipal espagnol de Barcelone, quelques mois après son élection, pour revenir servir Paris ; retour vers la République après un petit passage dans la Monarchie, mais que veut-il exactement ? Quelles sont ses véritables convictions ? Comment mieux illustrer l’incohérence de la double nationalité que par son comportement divaguant ? Sa proposition n’a d’ailleurs pas vraiment déclenché un enthousiasme populaire ni politique. Entre réformes et coronavirus la République a d’autres soucis que d’assurer les vieux jours de M. Valls. Non, le mieux est qu’il assume son mandat de conseiller municipal, pour lequel il a démissionné de l’assemblée nationale française, jusqu’à son terme en respectant l’engagement qu’il a pris devant les électeurs espagnols. On pourra éventuellement voir, ce terme venu, si la République a besoin de Manuel Valls.

Les plateaux télévisés encombrés « d’experts » bavards

Depuis que la France est devenue l’un des épicentres européens de l’épidémie de coronavirus, ce sujet sanitaire occulte tous les autres. Outre les journalistes qui se sont tous érigés en experts épidémiologiques, un nombre significatif de représentants du corps médical se succède sous les spotlights pour édifier les spectateurs d’avis et de commentaires dispensables, souvent contradictoires, parfois polémiques. Les journalistes-experts adorent insister sur lesdites contradictions en pointant le fait que untel a dit ceci il y a deux jours et dit maintenant cela. Ils n’ont pas encore admis qu’une épidémie est évolutive et peu prévisible, alors les tactiques et stratégies mises en place évoluent au jour le jour en fonction de la situation. C’est ce pourquoi les contribuables payent leurs dirigeants politiques.

En revanche, on s’étonne un peu que ces médecins variés aient tant de temps à perdre sur les ondes radio-télévisuelles. Compte tenu des circonstances ne serait-il pas plus opérationnel pour le système de santé qu’ils soient au travail dans leurs cabinets et hôpitaux plutôt qu’à bavasser sur les plateaux ? Ensuite on a des décisions politiques liées à cette crise sanitaire qui sont prises tous les jours, elles-mêmes basées sur un « conseil scientifique » plutôt transparent qui publie désormais ses analyses via des communiqués lisibles par Mme. Michu. Alors Messieurs les professeurs de plateaux télévisés, le mieux est que vous alliez travailler pour appliquer les instructions politiques, aider vos collègues surchargés, ou que vous vous reposiez de vos efforts, mais votre envahissement des ondes est juste du temps perdu et détourné de la juste cause.

Elections et discipline

Dans un petit bureau de vote parisien c’est le désert pour ce premier tour des élections municipales. Pendant ce temps, le jardin public contigüe est plein de familles prenant le soleil, allongées sur les pelouses ou faisant la queue devant la bicoque à confiseries. La veille au soir le premier ministre avait appelé les citoyens à rester chez eux pour cause de virus baladeur, sauf pour faire leurs courses alimentaires et voter… Il y a encore un peu de travail à faire pour améliorer le sens civique de la population.

Le goût de la polémique

Les journalistes et commentateurs mondains, piliers de plateaux télévisés de chaînes d’information en continu, se sont érigés en experts épidémiologiques depuis que l’Europe, et tout particulièrement la France, est attaquée par un virus contre lequel il n’existe à ce stade ni traitement ni vaccin. Les mêmes qui ricanaient en 2009 face à la commande de vaccins faite par souci de prudence par l’Etat contre la grippe H1N1, puis finalement annulée, raillent aujourd’hui les autorités de santé de n’être pas assez prudentes en maintenant pour demain le premier tour d’élections municipales alors que le pays s’enfonce dans la crise sanitaire et les mesures de confinement.

Rappelons que la corporation des titulaires de cartes de presse bénéficie d’une niche fiscale sous forme d’un abattement forfaitaire sur leurs revenus imposables pour « frais d’emploi ». Ces subventions financées par les contribuables devraient, à tout le moins, générer un comportement responsable des journaux et journalistes qui en sont les bénéficiaires. Ils sont ainsi reconnus un peu comme service public, qualification qui devrait être un gage de qualité et non de beaufitude.

Une solution serait peut-être de résilier cette niche fiscale imméritée et d’en allouer le produit à la recherche pour un vaccin contre le coronavirus actuel. Ce serait sans doute ainsi une bien meilleure utilisation des fonds publics.

Les commentateurs et les statistiques

Les commentateurs et journalistes mondains qui édifient Mme. Michu sur l’évolution du virus qui attaque la planète entière ont manifestement du mal avec la science statistique. Ceux qui se veulent rassurants n’arrêtent pas de répéter que 80% des patients s’en sortent avec un peu de paracétamol, 15% doivent être traités plus sérieusement, éventuellement à l’hôpital, et les 5% restant nécessitent des soins intensifs en réanimation, dont 1% décèdera. Le problème dans ce ratio n’est donc pas le numérateur mais bien son dénominateur. Si 15 millions de citoyens sont infectés cela fera donc 750 000 personnes (5%) à passer en réanimation (heureusement pas toutes en même temps) et 150 000 morts (1%).

Le débat suivant concerne la capacité d’accueil des hôpitaux qui serait « le résultat scandaleux du sous-investissement de l’Etat dans son système de santé depuis des décennies ». Là encore le calcul statistique fait partie des critères de choix des stratégies. C’est un peu comme la construction d’une digue : on la dimensionne pour résister à la crue triennale, décennale, centenaire, millénaire, qu’importe mais elle aura une limite de résistance. Tout dépend de la hauteur de la vague. C’est une question de coût et de calculs techniques des ingénieurs responsables de la construction.

On parle d’une capacité de 5 000 lits de réanimation en France. Manifestement cette capacité est à peu près suffisante en temps « normal » mais n’a pas été dimensionnée pour une pandémie de coronavirus. Si l’on veut passer cette capacité à 100 000 lits c’est assez simple : il suffit de payer pour de nouveaux hôpitaux, du matériel et du recrutement de personnel médical. Pour ça il existe un parlement qui statue chaque année sur le budget de la sécurité sociale. Il peut décider de doubler, quintupler, décupler le budget actuel en indiquant aux citoyens les sources de financement à mettre en œuvre pour ce faire : cotisations sociales, impôts ou autres, car à la fin c’est bien le citoyen qui paiera.

Laissons passer l’épidémie actuelle qui provoque pas mal d’émotion, peu propice à des réactions raisonnables et, certainement, le débat reviendra sur la table une fois l’orage passé. En attendant il faut juste espérer pour soi et ses proches que nous resterons dans les 80% d’infectés qui se soignent au Doliprane. Statistiquement c’est le cas le plus probable…

Ambitions et réalités

En ces temps d’accidents climatiques et d’intronisation d’une nouvelle commission de l’Union européenne (UE), ladite commission a publié le 11 décembre 2019 un texte de 28 pages (plus 5 d’annexes) intitulé « Le Pacte vert pour l’Europe ». En matière écologique la commission n’a qu’un pouvoir de proposition aux Etats membres et au parlement européen qui décideront ce qu’ils veulent retenir de cette longue litanie de bons sentiments, mais ils risquent très fortement d’y tailler à la hache en fonction de leurs intérêts nationaux propres et de la profondeur de leurs poches.

Le texte qui reste à un niveau très général est plutôt consensuel. Mis à part quelques idéologues extrémistes et peu réalistes, qui pourrait ne pas être d’accord avec les propositions qu’il contient ? Les mots-valises emportent l’agrément assez facilement dès l’introduction :

Cette nouvelle stratégie de croissance vise à transformer l’UE en une société juste et prospère, dotée d’une économie moderne, efficace dans l’utilisation des ressources et compétitive, caractérisée par l’absence d’émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050 et dans laquelle la croissance économique sera dissociée de l’utilisation des ressources. 

Cette stratégie vise aussi à protéger, préserver et consolider le patrimoine naturel de l’UE, ainsi qu’à protéger la santé et le bien-être des citoyens des risques et incidences liés à l’environnement. Dans le même temps, cette transition doit être juste et inclusive.

« Le Pacte vert pour l’Europe », document réf. COM(2019) 640 final

La vraie vie sera sans doute toute autre lorsque cette communication devra être transformée en mesures effectives à décider et appliquer par 27 Etats membres. Chacun tentera de défendre ses intérêts particuliers en oubliant l’objectif général. Chacun devra composer avec les considérations de ses électeurs. Les Etats déjà avancés en matière de neutralité climatique n’auront plus les mêmes objectifs que les mauvais élèves. Les Etats pauvres voudront faire payer les riches et les riches ne voudront pas financer les Etats peu rigoureux comme la France ou la Roumanie, etc. etc…

La vraie question est sans doute essentiellement comportementale : comment faire changer le mode de vie de populations plus préoccupées de leurs taux de cholestérol et de leurs modèles d’aïephones que de l’avenir climatique qu’ils laisseront à leurs enfants. Comment faire que les bobos aillent passer leurs vacances dans le Cantal plutôt qu’à Phucket, que les gamins utilisent un peu moins les réseaux de l’Internet[1] et leurs accessoires connectés, que les citoyens mangent moins de viande… Il faudra produire et consommer différemment (pour ne pas dire moins produire et moins consommer), remettre en cause les fondements de l’économie libérale qui a considérablement amélioré la condition humaine ces deux derniers siècles. C’est une révolution pacifique qu’il faudrait mener, mais par où et par qui commencer ?


[1] Les fermes de serveurs des GAFAM et leurs affidés consomment tellement d’énergie qu’elles sont délocalisées dans les zones froides voire polaires pour atténuer les coûts de refroidissement. Bien entendu les coûts du réchauffement qu’elles provoquent ne sont facturés à personne…

Les scientifiques ont beau sauter sur leurs chaises comme des cabris en criant : « c’est la fin du monde, on va tous mourir ! » c’est la grandeur de nos démocraties de ne pas savoir imposer des comportements à ses citoyens ; pour les changer il faut convaincre et il faut faire adopter des lois par des parlements élus démocratiquement. C’est ce qu’on appelle la liberté si chère à notre univers occidental. Evidement nous allons peut-être mourir de cette liberté si la planète grille avant que nous ne réagissions suffisamment mais la clé n’est pas que chez les gouvernements ou l’Union européenne ou les organisations multilatérales, elle est surtout dans les mains des citoyens qui doivent consentir à aller dans le sens de ce qu’indiquent le bon sens et… la commission européenne. Pour commencer, ils devraient lire les 28 pages du « Pacte vert » mais combien le feront bien que cette lecture ne prenne pas plus de temps qu’une mi-temps de fouteballe à la télévision (moment que M. Michu préfère généralement consacrer à l’évacuation de son trop plein de bière pendant que Mme. Recharge les pizzas industrielles « 4 fromages ») ?

La France, à la tête des pays indisciplinés et mal gérés, est un bon exemple des difficultés de la démarche. On se souvient de l’écotaxe qui avait été votée, fait très rare, à l’unanimité du parlement national, toutes couleurs politiques confondues, mais qui avait du être retirée en catastrophe en 2013 suite aux émeutes et sabotages déclenchés par une bande de furieux prêts à mettre le pays à feu et à sang pour ne pas la payer. Plus récemment, c’est l’augmentation des taxes sur le carburant diesel qui a déclenché les émeutes et blocages violents menés par des délinquants qui perturbent le pays depuis plus d’un an, et bien que là aussi le pouvoir ait renoncé à cette hausse de taxe.

En fait, seul le coût peut avoir un effet pédagogique sur les producteurs et les consommateurs : si le coût du démantèlement des centrales nucléaires était facturé aux consommateurs ils allumeraient leurs radiateurs avec plus de parcimonie, si les coûts écologiques étaient inclus dans la facturation du transport aérien les bobos achèteraient un peu moins de kiwis importés de Nouvelle-Zélande et consommeraient un peu plus de pommes normandes, etc. Le capitalisme a toujours fait montre d’une remarquable plasticité pour s’adapter aux changements de son environnement, il le fera de nouveau face au défi climatique s’il y a intérêt. Mais il faut savoir introduire ces coûts de façon maligne, sans doute les compenser par des baisses d’autres impôts et taxes par ailleurs pour que la charge globale reste la même mais le principe « pollueur-payeur » signifie bien que le pollueur… payera plus et donc, ne sera pas content. Mais répartir de nouveaux coûts sur des critères écologiques cela veut dire jouer avec les règles de la concurrence, démanteler certains secteurs économiques et certaines activités humaines, en promouvoir de nouveaux. C’est difficile, il y a des intérêts, des enjeux, des pressions. Pour le moment personne n’y a vraiment réussi et les citoyens ne sont pas véritablement demandeurs au-delà des slogans de circonstance. Au contraire, ils ont élu des dirigeants climatosceptiques aux Etats-Unis, en Australie, au Brésil… Peut-être l’aggravation de la situation écologique aboutira à la prise de conscience citoyenne à laquelle les pouvoirs actuels échouent ?

Les dirigeants élus dans nos démocraties doivent composer avec tous ces éléments contradictoires et surfer sur les humeurs de Mme. Michu. On voit en France ces derniers mois que cela n’est pas aisé alors que très peu de changements ont pour l’instant été instaurés en faveur du climat , mais tout de même un peu. L’inertie des comportements et l’égoïsme des citoyens ne poussent pas vraiment à l’optimisme ; la difficulté pour aboutir à une entente planétaire opérationnelle, ne l’est guère plus. Les plus pessimistes (voir les cabris ci-dessus) perdent déjà tout espoir, les masses attendent la sortie du prochain modèle d’aïephone, certains hurluberlus ne peuvent pas s’empêcher de penser qu’à la fin des fins, au bord de l’abîme, il y aura bien des réactions salutaires et que le monde survivra, même avec 2 ou 3° de plus ! L’avenir le dira. En attendant, que chacun prenne ses responsabilités, agisse là où il le peut et cherche à entraîner son voisin vers un comportement plus vertueux, ce sera déjà ça de pris.

Télécharger le texte de la Commission européenne : Le Pacte vert pour l’Europe, Annexe

Ce que dit la communication

La croissance doit être « durable et inclusive », bien sûr. Les mesures à prendre doivent être « audacieuses et complètes », évidemment, etc.

S’en suivent d’intéressants développements sur la nécessaire transformation des économies des Etats membres pour atteindre la « neutralité climatique » en 2050 avec une réduction des gaz à effets de serre en 2030 de 55% par rapport au niveau de 1990 en instaurant une taxation des émissions de carbone dans l’Union et, éventuellement, une taxation des produits à l’entrée dans l’Union si les pays tiers ne consentent pas les mêmes efforts. Il faudra transformer l’économie « linéaire » de l’industrie actuelle, qui représente 20% des émissions de gaz à effet de serre de l’Union, en une économie « circulaire » qui est censée limiter le gaspillage des ressources et l’impact environnemental. Il est recommandé d’améliorer l’information des consommateurs afin qu’ils optent pour des produits durables et d’utiliser les technologies numériques pour atteindre les objectifs du pacte vert.

Les bâtiments représentant 40% de la consommation d’énergie en Europe, le pacte recommande l’engagement d’une « vague de rénovation » des bâtiments publics et privés. De même, la transition vers une « mobilité durable et intelligente », notamment en incluant dans les prix du transport les coûts environnementaux. Il est question de concevoir un système alimentaire « juste, sain et respectueux de l’environnement » de « la ferme à la table » avec notamment une baisse de l’utilisation des produits chimiques dans l’agriculture et le lancement de l’économie circulaire générant moins d’impacts environnementaux. Il faudra « préserver et rétablir les écosystèmes et la biodiversité », développer une « ambition zéro pollution pour un environnement exempt de substances toxiques », cela va sans dire.

Le maître mot est la « durabilité » qui devra être intégrée dans toutes les politiques de l’UE en promouvant la finance et l’investissement verts et en assurant une transition juste. Et là apparaît la première évaluation financière de la commission qui estime à 260 milliards les investissements annuels qu’il convient de lancer pour atteindre les objectifs climatiques de l’horizon 2030, l’ampleur de ces sommes nécessitant la mobilisation des secteurs privés et publics. La commission recommande que les budgets nationaux soient « verdis » avec une fiscalité adaptée. La recherche doit également être fortement impliquée pour identifier « des solutions durables » et une « innovation de rupture ». L’éducation également sera un point d’entrée clé pour la réussite du pacte vert.

L’UE se veut le « chef de file » mondial pour encourager les pays tiers à adopter des mesures similaires afin que ce « pacte vert » devienne mondial, condition indispensable à sa réussite. L’Union mettrait en place une « diplomatie du pacte vert » en appuyant les accords multilatéraux comme l’Accord de Paris aussi bien que les accords bilatéraux, particulièrement avec les pays voisins. L’idée des marchés internationaux du carbone est relancée[1]. Enfin, la commission souhaite lancer un « pacte européen pour le climat » pour mobiliser les citoyens en faveur du climat.


[1] Après les résultats plutôt mitigés des premières expériences qui ont plus brillé par les fraudes colossales qu’elles ont engendrées, plutôt que leur impact sur la décarbonation…