Un pari sur l’intelligence perdu

On a cru un moment la droite française réconciliée avec l’intelligence après l’annonce d’une alliance logique pour les élections régionales de fin juin en région « Sud Provence Alpes Côte d’Azur » (ex-PACA) entre les listes Les Républicains (LR) et La République en Marche (LREM) à mener par Renaud Muselier, l’actuel dirigeant LR de cette région à l’accent qui sent la bouillabaisse. Cet espoir a été balayé en quelques heures. Bien que ces deux partis soient largement d’accord sur l’essentiel, le clanisme à courte vue qui les caractérise a fait rapidement voler en éclat cette tentative avisée.

A l’heure qu’il est les deux maires LR de Nice et de Toulon ont « quitté » le parti LR, la liste LR finalement n’accueillera pas de ministre ni d’élus LREM, mais pourrait sans doute compter quelques militants LREM et on ne sait pas bien si ce dernier parti représentera ou non une liste concurrente. Bref, c’est la pétaudière, ou plutôt la bouillabaisse sur les quais du Vieux-Port. C’est un état finalement assez habituel de la politique locale, depuis Gaston Defferre, et sans doute encore auparavant, les pratiques politiques au sud de Valence relèvent d’un ordre et de règles parfumées à l’aïoli.

Le blocage franchouillard qui veut que « la majorité gouverne et l’opposition s’oppose » perdure et rend inconcevable le principe même d’alliance de gouvernement comme il en existe dans les pays de nord. On aurait pu penser que les nouvelles générations politiques arrivent à dépasser ce réflexe claniste mais il n’en est rien, c’est le côté « gaulois réfractaires » déjà souligné par l’actuel président de la République. On veut voir « les autres » chuter dans les urnes pour pouvoir continuer à les critiquer et à les railler, plutôt que participer à leur gestion.

Heureusement quelques individualités LR acceptent, ou ont accepté, de participer au gouvernement LREM mais ils ont été généralement repoussés, dans les mots ou dans les faits, par le parti conservateur.

Les crocodiles se sont dévorés dans le marigot du CAC40

Après une bataille homérique dans les tranchées de la bourse française, Veolia a vaincu et va manger Suez. Le gros dévore le petit, les règles du darwinisme social sont respectées et le prix convenu de 20,40 EUR par action a permis d’emporter l’agrément des réfractaires. Le prix initial était de 15,50 EUR, ce qui donne une hausse de 32% pour vaincre les résistances. Tout a un prix !

Veolia et Suez annoncent que leurs conseils d’administration respectifs ont atteint, hier soir, un accord de principe sur les principaux termes et conditions du rapprochement entre les deux groupes.

Les deux groupes se sont mis d’accord sur un prix de 20,50 € par action Suez (coupon attaché) conditionné à la conclusion de l’accord de rapprochement…

Communiqué de presse : Paris, le 12 avril 2021 – Accord Veolia-Suez

La suite du communiqué liste une série de points d’accord dans les domaines social, juridique et organisationnel de moindre importance. Ainsi, les dés sont jetés, le nouveau Veolia devient un mastodonte du traitement de l’eau et autres prestations de services « écologiques ». L’avenir dira si les clients bénéficiaires de ces services seront ou non gagnants. Malgré les grandes envolées lyriques sur « la construction du champion mondial de la transformation écologique autour de Veolia » personne de peut anticiper à ce jour les résultats futurs de cette opération.

Lire aussi : Ça se tend chez Veolia – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

La droite française toujours la plus bête du monde…

Ce matin il fait beau, la journée s’annonce merveilleuse, France-Info nous informe qu’en région « Sud Provence Alpes Côte d’Azur » (ex-PACA) une alliance a été décidée entre les deux partis de droite La République en Marche (LaREM) et Les Républicains (LR) sur une liste commune pour les élections régionales de fin juin, bref, nous sommes inondés par l’harmonie en ce magnifique dimanche de mai !

Et puis à midi, patatras, tout s’effondre, on apprend que la direction du parti LR s’oppose à cet accord et retire son investiture à la liste « LR » menée par Renaud Muselier, ce qui devrait signifier la mise sur pieds d’une nouvelle liste LR pour cette élection, et don un risque certain de voir perdre les deux listes, celle officiellement investie et celle qui vient d’être reniée.

Ce comportement politicien est toujours étonnant et tristement représentatif de la dérive conservatrice française. Il n’est pas besoin d’être un grand clerc pour comprendre que les partis LR et LaREM sont à peu près d’accord sur 80% de leurs programmes respectifs (« programme » est peut-être un bien grand mot s’agissant d’une liste de slogans un peu hétéroclite). Ce type d’alliance entre des gens qui sont d’accord sur le fond et arrivent à s’entendre sur des noms susceptibles de les représenter semble logique, profitable à tous et susceptible de servir l’intérêt général d’une France qui est majoritairement à droite. Mais les égos sont souvent plus forts que la raison. Le résultat électoral de cette élection sera intéressant à suivre.

Dimanche après-midi, les communiqués des uns et des autres fusaient sur les réseaux dits « sociaux » s’accusant respectivement de cuisine électorale et de privilégier leurs intérêts personnels, et le citoyen qui s’était réveillé plein d’entrain et d’optimisme se couche ce soir en ressassant que la droite française est décidemment la plus bête du monde !

Manuel Valls ne veut pas choisir entre la France et l’Espagne

Manuel Valls, binational franco-espagnol, ancien maire de banlieue, ancien ministre et premier ministre de la République française, ancien député de l’assemblée national française ayant démissionné de ce poste électif pour concourir à la mairie de Barcelone en Espagne (sa ville de naissance), revient dans l’actualité française pour assurer la promotion de son nouveau livre « Pas une goutte de sang français – mais la France coule dans mes veines » aux éditions Grasset. On le voit sur les plateaux médiatiques expliquer qu’il est disponible pour servir la France. Il semble que l’ouvrage relève un peu de la confession intime, révélant ses passions et livrant son parcours politique.

Evidemment il est interrogé sur la démission de son poste de député français pour aller courir des élections espagnoles qu’il a d’ailleurs perdues, devant se contenter d’un modeste poste de conseiller municipal alors qu’il visait celui de maire. Va-t-il démissionner de ce poste maigrichon pour retraverser les Pyrénées si jamais la France lui faisait une offre de services ?

Le garçon n’a pas démérité lorsqu’il exerçait des responsabilités de haut niveau en France. Il eut à se battre contre les archéo de son parti, le PS, contre les assauts du terrorisme religieux des années 2015 en France, contre les arriérations syndicales face aux réformes socio-économiques qu’il promouvait, et il l’a fait de façon valeureuse et avec une énergie qui a forcé l’admiration. Mais il a annoncé en 2018 se « retirer de la vie politique française » et il est tout de même problématique de vouloir y revenir à peine 3 ans plus tard. Tout ceci relève d’une certaine instabilité, voir même d’une indécision peut compatible avec un véritable engagement politique franc et sincère.

Pour la trace qu’il laissera éventuellement dans l’histoire politique, le mieux serait que Manuel Valls renonce à cette tentative de retour et reste discret dans les médias.

On se souvient du dernier message de MonGénéral diffusé le à 28/04/1969 au petit matin après le rejet la veille du référendum sur la régionalisation :

« Je cesse d’exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi ».

On a plus entendu l’ex-président jusqu’à sa mort depuis le 28/04/2021, intervenue il est vrai seulement 18 mois plus tard.

NB : à 58 ans Manuel Valls affiche une coiffure noire de jais de bel hidalgo, sans un seul fil blanc. Il est probable qu’il se teint les cheveux.

L’armée ou la police ?

Charlie Hebdo (23/12/2020)

A l’occasion d’une tribune publiée par des militaires en retraite et d’active s’inquiétant du « délitement » du pays, le débat est relancé sur l’opportunité d’utiliser ou non l’armée pour rétablir l’ordre dans les territoires où il n’existe plus vraiment et où l’on déplore régulièrement des attaques de commissariats de police, des agressions de policiers, des rodéos motorisés, des caillassages d’interventions de pompiers, des nuisances diverses, bref l’expression débridée et nuisible d’une jeunesse en mal de contestation.

Les polémiques embrasent les plateaux télévisés et le Café du Commerce sur le diagnostic de « délitement » et sur l’opportunité de faire appel à l’armée pour redresser la situation. En réalité l’armée, la police ou la gendarmerie sont des instruments au service du pouvoir qui lui donne des instructions pour agir et celles-ci peuvent être plus ou moins fermes. Ce qui inhibe aujourd’hui les dirigeants instruisant les forces de l’ordre est la crainte de blesser gravement, voir de tuer, des agitateurs de banlieues, avec le risque de déclencher des émeutes comme celles de 2005 en région parisienne. C’est la raison pour laquelle, notamment, l’utilisation des lanceurs de balles de défense (LBD) et autres grenades de désencerclement a été réformée pour en réduire les effets après les blessés relevés lors des émeutes de 2019 et 2020. On le voit aujourd’hui les « sauvageons » ne craignent plus grand-chose et certainement pas les foudres de la police ou de la justice, pour ne pas parler de l’autorité de leurs parents…

Mise en œuvre avec les mêmes instructions de prudence face aux désordres actuels, l’armée ne fera sans doute pas beaucoup mieux que police et gendarmerie, et sans doute pire compte tenu de son manque d’expérience dans le domaine du maintien de l’ordre civil. L’armée est d’ailleurs déjà dans les rues depuis les attentats terroristes religieux de 2015 dans le cadre de l’opération Sentinelle. Après avoir subi quelques attaques terroristes dirigées contre ses patrouilles de rue ses militaires désormais ripostent en tirant pour tuer lorsqu’ils sont attaqués.

Il est techniquement possible de répliquer ce genre de méthode contre les « sauvageons » de banlieue mais on entre alors dans un autre monde, aux conséquences imprévisibles. Peut-être faudra-t-il y venir un jour et c’est là la véritable responsabilité des dirigeants élus, pas facile à décider ni à assumer. Les polémistes de circonstance qui devisent sur les plateaux pour gloser sur la question de savoir s’il faut sanctionner les signataires de la tribune ou pas, déployer ou non l’armée dans les banlieues, s’honoreraient à édifier leurs auditeurs sur le fond du problème plutôt que son écume : non pas quels instruments de maintien de l’ordre utiliser, mais plutôt quelles instructions leur donner. Nous célébrons aujourd’hui le 150ème anniversaire de la Commune de Paris en 1871 où l’armée a tué des civils sur ordre politique pour rétablir l’ordre républicain, faisant des milliers de morts parmi les révoltés. C’était il n’y a pas si longtemps… Pas sûr qu’aujourd’hui les mêmes instructions donneraient les mêmes résultats !

Lire la tribune des militaires : https://rehve.fr/wp-content/uploads/ValeursActuelles_Tribune-generaux_20210421.pdf

Assassinat religieux à Rambouillet

Nouvel attentat religieux en France ce 23 avril : une employée administrative du commissariat de police de Rambouillet a été égorgée dans le sas d’accès au commissariat par un individu de nationalité tunisienne. Elle est décédée de ses blessures et l’assaillant a été abattu par les collègues de la suppliciée.

Le terrorisme islamique adresse ainsi une « carte postale » à la France pour se rappeler à son souvenir… A priori l’assaillant s’était radicalisé en solitaire rendant difficile son indentification avant de commettre ses méfaits.

Pénurie de terrains pour construire de nouvelles prisons

Voici des années que la droite réclame à cor et à cris la construction de nouvelles prisons afin de pouvoir y enfermer délinquants et criminels ; et faire baisser la surpopulation carcérale. On ne se souvient pas d’ailleurs que ces constructions aient connu une accélération lorsque ladite droite était au pouvoir, mais qu’importe, elle est maintenant rejointe par des partis plus à gauche sur ce principe d’augmenter le nombre de places disponibles, actuellement dans les 60 000, des budgets ont été votés par le parlement et certains chantiers ont déjà démarré.

Ironie de l’histoire, maintenant au pied du mur, un certain nombre d’élus locaux refusent l’idée d’une telle construction sur leurs territoires, et pas forcément les moins sécuritaires. Evidemment il est plus sexy d’offrir à ses électeurs un espace vert ou une galerie commerciale. Alors construire des prisons, tout le monde est d’accord mais allez donc la construire chez mon voisin. La France éternelle…

Confinons Stéphane Bern !

Le mari de la Reine Elisabeth II du Royaume Uni d’Angleterre et de d’Irlande du Nord est décédé à 99 ans après une longue carrière de prince consort. Il fut un homme valeureux et sympathique. Une cérémonie royale s’est déroulée aujourd’hui, retransmise sur toutes les télévisions françaises.

Le dommage collatéral significatif de ce côté-ci de la Manche de tout évènement concernant la couronne de nos amis britanniques est que le service public français nous ressort systématiquement Stéphane Bern pour le commenter et ça, c’est bien le pire qu’il puisse nous arriver en plus d’un deuil royal. Avec sa tête de ravi de la crèche, décoré de l’ordre de l’Empire britannique et de la légion d’honneur française ???), il nous assène à chaque fois, deux heures durant, ses sempiternels commentaires vides de sens et dénués d’intérêt sur : « l’évènement historique », « la page qui se tourne » et bla-bla-bla. Selon la circonstance, mariage, naissance ou enterrement, il ajuste son ton : enthousiaste, délirant ou catastrophé. Quand le service public va-t-il donc confiner Stéphane Bern ?

Soigner les Français : vaste tâche !

Le Canard Enchaîné (16/12/2020)

Du fait de l’aggravation de la pandémie de coronavirus, la France a accru les contraintes sanitaires pour tenter de mieux contrôler l’expansion de la maladie en attendant que le taux de vaccination des résidents puisse permettre de se rapprocher d’une immunité nationale.

Compte tenu de l’engorgement des hôpitaux dans les régions particulièrement touchées, l’une des solutions est aussi de transférer des patients atteints de la covid dans les hôpitaux d’autres régions comme cela a été fait au premier trimestre 2020 avec force transports par avions militaires et trains de la SNCF recyclés en ambulances sur rail. On apprend qu’aujourd’hui les familles refusent en majorité de tels transports pour ne pas être éloignés de leurs proches malades ; alors qu’on ne leur demandait pas leur avis l’an passé. En conséquence, la SNCF n’a pas été mise à contribution et… les hôpitaux n’ont pas été désengorgés.

Alors que la campagne de vaccination monte en puissance en France, on apprend également que nombre de citoyens refusent de se voir injecter l’un des vaccins disponibles, celui produit par la firme AstraZeneca. Des centres de vaccination ont dû fermer par manque de candidats alors qu’ils disposaient des doses à injecter qui ont sans doute… dû être jetées.

Ceux qui parlent de « dictature sanitaire » devrait peut-être réfléchir quelques instants avant de proférer de tels slogans. Il n’est pas sûr qu’en dictature on demande l’avis des patients ou de leurs familles avant de les vacciner ou de les transporter !

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Catégorisé comme France

Double nationalité, l’éternelle ambiguïté

On se souvient qu’après les attentats religieux de novembre 2015 en France un projet de réforme constitutionnelle avait été élaboré afin d’étendre la déchéance de la nationalité française aux binationaux nés français lorsqu’une telle personne avait été « condamnée pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation ». Par suite de discussions politiciennes, le projet avait été finalement retiré après avoir provoqué beaucoup de remous et notamment la démission du ministre de la Justice de l’époque : Christine Taubira.

On apprend aujourd’hui que l’Algérie a envisagé un projet de même nature et vient de le retirer par suite des « incompréhensions » comme l’a annoncé le président de la République.

De même nature juridique, les objectifs recherchés n’étaient pas tout à fait similaires. La France visait des binationaux commettant des crimes sur son territoire, en clair des actes terroristes exécutés en France par des binationaux français alors que l’Algérie ciblait des binationaux algériens de la diaspora, coupables d’avoir commis des actions contraires à la « sécurité de l’Etat » à l’étranger.

Dans un cas, la France, il s’agissait de rendre expulsables des citoyens français binationaux, dans l’autre, l’Algérie, il fallait empêcher de revenir en Algérie des citoyens algériens binationaux.

Plus subtil, jusqu’à récemment, l’Algérie ne reconnaissait pas la double nationalité. Elle ne pouvait toutefois pas empêcher un Etat tiers de délivrer sa propre nationalité à un natif algérien et nombre de citoyens algériens possédaient une ou plusieurs autres nationalités, notamment française. Supprimer la nationalité algérienne à un citoyen qui, officiellement, ne peut pas en avoir une autre revenait à le rendre apatride, ce qui pose d’autres problèmes. Toutefois, depuis 2005 la pluri-nationalités est tolérée en Algérie, le Parlement ayant ainsi admis la réalité.

Toucher aux questions de nationalité est toujours un exercice délicat. Paris et Alger l’ont réalisé, chacun pour des motifs différents.

Une honte française !

Après qu’eurent été annoncées hier la généralisation sur toute la France métropolitaine des mesures sanitaires restrictives auparavant réservées à une quinzaine de départements les plus touchés par l’épidémie, les oppositions de tous bords, de gauche, de droite, de la faculté de médecine et des médias Bolloré se déchaînent en faisant assaut d’une irresponsabilité rarement atteinte. Des polémistes de rencontre paradent sur les plateaux médiatiques pour critiquer tout et son contraire, et surtout les décideurs dont aucune action n’emporte leur assentiment. Tout est « nul », le président de la République est accusé d’avoir « du sang sur les mains », la haute administration d’être « inefficace », le ministre de la santé est vendu aux intérêts des grands laboratoires, si l’on confine on est un « enfermiste soumis à la dictature sanitaire » et si l’on libère on est « un néolibéral qui va laisser mourir les français sur des brancards dans les couloirs des hôpitaux »… Les mêmes prennent une position le lundi qu’ils retournent le mardi puis mixent les deux le mercredi sur les plateaux de CNEWS. Et lorsqu’il est demandé à tous ces artistes de la critique systématique ce qu’ils auraient fait à la place du gouvernement la réponse est généralement : « mais si nous étions aux affaires nous n’aurions pas mis le pays dans cette situation. » Cerise sur le gâteau, les oppositions comme un seul homme ont refusé de voter à l’issue du débat parlementaire organisé ce jour sur ces nouvelles mesures sanitaires, quittant les assemblées à grands renforts d’effets de manche, drapées dans leur dignité outragée d’opposants aux petits pieds.

Ces comportements sont navrants et dénotent l’irresponsabilité du monde politique. Dans ces circonstances on eut espéré une solidarité minimum ou à tout le moins un débat intelligent, pour une fois sortir des querelles politiciennes qui minent la Vème République depuis 30 ans. Hélas, hélas, hélas, ces élus sont à l’image de ceux qui les élisent, habitants d’un pays déclassé qui préfère financer sur son sol des jeux olympiques en 2024 plutôt que réduire sa dette ou investir dans ses hôpitaux, un pays où Cyril Hanouna a 6 millions de « followers » sur son compte Twitter mais où la presse écrite sombre, un pays où l’on favorise le geignement sur l’action, un pays où des minorités de circonstance crient plus fort que les majorités silencieuses, un pays où le débat du jour porte sur la nécessité de célébrer, de commémorer ou d’ignorer le bicentenaire de Napoléon plutôt que de réformer l’Etat qui vit toujours sur un système légal et organisationnel mis en place par ledit Napoléon, un pays où l’on octroie la légion d’honneur à des fouteballeurs… mais un pays riche et démocratique où la vie n’est pas si désagréable si l’on en juge par les flux de populations qui cherchent à le rejoindre.

Cette crise sanitaire confirme pour ceux qui ne l’auraient pas encore réalisé que la France a rejoint depuis longtemps la masse des pays moyens, ballotés au gré de mouvements politiques démagogiques, d’inerties administratives et de volontés populaires contradictoires, élisant des représentant à son image. Ce n’est pas un drame, juste un déclassement. Il ne tient qu’à nous d’inverser le mouvement. Notre collectivité nationale montre à l’occasion de cette pandémie qu’elle n’en prend pas le chemin !

Florilège de quelques réactions d’élus de la République sur les mesures sanitaires annoncée le 31 mars, illustrant jusqu’à la caricature la vacuité de leurs auteurs :

La France est à la fois suradministrée et sous-gouvernée. Aux Républicains, notre objectif est simple mais ambitieux : rendre l’action publique efficace pour que la France redevienne prospère.

@ChJacob77 – 31/03/2021

Ma réaction suite aux annonces de #Macron. Ils n’ont rien anticipé, et font payer les Français. Où sont les lits, les soins précoces, les protections ciblées, les contrôles aux frontières ? Sortons de l’enfermement à perpétuité ! Une autre voie est possible : liberté et prudence

@dupontaignan – 01/04/2021

« Le Président nous a annoncé des mesures pour 4 semaines. Ces 4 semaines correspondent à son retard pris sur la vaccination, les revirements sur les vaccinodromes etc. Au début nous ne manquions pas de doses, mais de stratégie » @CNEWS #hdespros2 #Macron20h #COVID19

@nadine_morano – 31/03/2021

Le 7 avril, il se tiendra une réunion de plusieurs forces politiques pour organiser la résistance face aux attaques de l’extrême droite et des macronistes contre les libertés publiques.

@JLMelanchon – 01/04/2021

Macron à fait un pari. Ce sont les Français qui ont perdu. – de 15j après les dernières annonces il faut évidemment changer de braquet. Sans concertation, aucune anticipation possible pour ceux qui vont devoir appliquer les mesures. L’exercice solitaire du pouvoir désorganise tt.

@faureolivier – 31/03/2021

Covid : une coronafolie menace la démocratie

@ivanrioufol – 31/03/2021

Pendant ce temps, en Allemagne, on apprend que des élus du parti chrétien démocrate (CDU) auraient perçu des commissions sur des contrats de fourniture de masques de protection… Nous vivons une époque vraiment formidable !

Le bal des lamentations

Alors que de nouvelles mesures de restriction sanitaire, plutôt légères d’ailleurs, sont annoncées, c’est aussitôt un déluge de critiques, un tsunami de plaintes, un ouragan de geignements. Tout le monde s’y met pour tomber à bras raccourcis sur l’Etat et son administration qui tournent à la « dictature sanitaire », « auront des morts sur la conscience », etc. De droite, de gauche, du centre… du corps médical, de l’enseignement, de la presse… tout le monde est d’accord pour critiquer, dire ce qu’il aurait fallu faire, traîner la France au fond du caniveau et anticiper la catastrophe à venir.

Une telle unanimité dans la critique laisse à penser que les mesures prises sont les bonnes. Elle marque surtout la vacuité de notre pays décadent et sa préférence pour la polémique versus l’action. Quand on pense à cette colossale perte de temps et d’argent on a le vertige devant une telle inefficacité ! Si tous ces beaux esprits, médecins, psychologues, élus, fonctionnaires, journalistes, anonymes… consacraient le dixième du temps perdu en discussions vaines et querelles polémiques à respecter les gestes barrières, l’épidémie serait sans doute sérieusement ralentie.

Spéciale dédicaces pour les médecins et scientifiques de plateaux télévisés dont on se demande à quel moment de leurs journées ils ont encore le temps d’exercer leur beau métier vue la fréquence avec laquelle on les voit se contredire dans les médias ?

Lire aussi : Philippe Juvin : un fâcheux mélange des genres – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

Pendant ce temps, le gouvernement gouverne et prend les mesures sanitaires qu’il pense appropriées. Si l’on n’est pas heureux avec ces décisions il suffira de voter pour d’autres partis politiques aux prochaines élections. Cela tombe bien, des élections présidentielles sont prévues dans un an. En attendant, la meilleure solution est sans doute que ceux qui sont autorisés à travailler (la grande majorité de l’économie) le fasse, arrêtent de se plaindre et bossent aussi pour ceux qui en sont empêchés.

Déprimant dialogue…

« Mcfly et Carlito » sont deux jeunes « casquette-baskets-capuche » sévissant sur une chaîne YouTube (plus de 6 millions d’abonnés) avec des vidéos un peu nunuches, parfois drôles, mais pas méchantes, en tout cas pour ce que nous en avons vu, c’est-à-dire très peu puisque l’internaute doit se farcir de la publicité abrutissante à chaque début de clip. Bref, Mcfly et Carlito gagnent leur vie ainsi en distrayant les « djeuns ». Ils doivent trouver cette activité plus drôle que de travailler chez Amazon ou la BNP. Après tout ce type d’activité de service rentre aussi dans le produit national brut (PNB) de la France. Ils ne font pas trop de mal à leur population cible, qui serait quand même plus avisée de lire Zola et les rapports de la Cour des comptes pour mieux comprendre la marche du monde.

Tout ceci ne serait vraiment pas bien grave si la présidence de la République ne s’était avisée de dialoguer avec nos deux « casquette-baskets-capuche » via Emmanuel Macron lui-même ! Certes, pour la bonne cause puisqu’il leur a lancé un défi de composer une vidéo promouvant les gestes barrière anti-covid, ce qu’ils ont fait, et dont la récompense sera de venir tourner une nouvelle vidéo à l’Elysée même. Est-ce vraiment indispensable de mêler ce type de communication tout de même légèrement abrutissante avec le fonctionnement de la République ? N’y-a-t-il pas moyen de privilégier l’intelligence pour diffuser des messages sanitaires ? Sans doute pas, hélas ! Gros soupir déprimé des sexagénaires…

Fermer les frontières signifie que les frontières ferment !

Devant la dégradation de la situation sanitaire en Moselle et les risques de contagion, l’Allemagne a annoncé la fermeture de sa frontière avec le département français de la Moselle. Aussitôt c’est un déchaînement de lamentations côté français, dirigeants et chefs d’entreprise déplorent les effets à attendre de cette fermeture pourtant assortie de nombreuses souplesses, notamment en faveur des travailleurs transfrontaliers.

L’aspect comique de ce chœur des pleureuses est que certaines d’entre elles appartiennent à des partis politiques qui prônent le rétablissement des frontières sur les plateaux médiatiques toute la sainte journée. Jean Rottner, président conservateur de la Région Grand-Est, semble découvrir dans son tweet que fermer les frontières veut dire que la frontière est fermée, c’est-à-dire que les flux d’hommes et de marchandises vont être au moins partiellement compliqués car contrôlés, voire ralentis. C’est à ça que sert une frontière.

Cette expérience permettra sans doute à M. Rottner et aux siens de bien peser les conséquences d’une fermeture des frontières françaises avant de la prôner à tout va comme ils en ont l’habitude. On peut les fermer mais cela ne donne pas exactement les mêmes résultats que quand elles sont ouvertes !

Le Royaume-Uni montre le chemin

Le Royaume-Uni annonce sur le site web de son ambassade à Paris une hausse du taux d’impôt sur les sociétés et les individus. L’impôt sur les sociétés passera de 19 à 25% d’ici 2023 sauf pour les petites et moyennes entreprises. Pour les individus, l’augmentation fiscale sera obtenue par la non-réévaluation des tranches d’impôt progressif jusqu’en 2026, ce qui revient au même qu’une hausse du taux.

Maintaining the income tax Personal Allowance and higher rate threshold from April 2022 until April 2026.
To balance the need to raise revenue with the objective of having an internationally competitive tax system, the rate of Corporation Tax will increase to 25%, which will remain the lowest rate in the G7. In order to support the recovery, the increase will not take effect until 2023. Businesses with profits of £50,000 or less, around 70% of actively trading companies, will continue to be taxed at 19% and a taper above £50,000 will be introduced so that only businesses with profits greater than £250,000 will be taxed at the full 25% rate.

Budget 2021: What you need to know – GOV.UK (www.gov.uk)

Comme souvent, le Royaume-Uni montre le chemin en matière économique et n’hésite pas à affronter la vraie vie. Les hausses d’impôt sont inévitables, au Royaume-Uni comme ailleurs pour financer une partie du désastre financier généré par la pandémie de la Covid19. La France serait bien avisée de cesser de raconter des sornettes à ses citoyens et d’admettre que les impôts vont bien augmenter et que ce qui reste à déterminer c’est le meilleur calendrier pour lancer cette évolution.

Le Café du commerce sur CNews

On sait qu’en France les papes du CAC40 ont depuis toujours un furieux appétit pour posséder les médias. Comme ceux-ci sont en permanence à moitié au bord du dépôt de bilan et ils tombent progressivement comme des fruits mûrs dans leurs escarcelles. Cela avait commencé dans les années 1950 avec Marcel Dassault, fabricant d’avions et marchand d’armes, qui avait lancé Jours de France, un hebdomadaire dit « féminin » pour salles d’attente de dentistes et ne présentait aucun intérêt, sinon les photos de têtes couronnées sur papier glacé. Il y tenait une chronique intitulée « Le Café du Commerce » donnant ainsi son nom à cette expression passée dans le langage commun pour évoquer les papotages stupides et éphémères. Il acheta plus tard Le Figaro et ses pairs du CAC40 s’inspirent depuis de son exemple en rachetant la presse française à tour de bras. Le groupe Lagardère détient Paris-Match, Elle, Télé 7 jours… Bernard Tapie possède La Provence, Nice-Matin… Bernard Arnault détient Les Echos, La Tribune…, François Pinault Le Point, L’Agefi, Le Magazine Littéraire, Xavier Niel-Matthieu Pigasse Le Monde, Daniel Kretinsky Le Monde, L’Obs, Elle, Bouygues TF1… etc. etc.

Bien entendu chacun de ces capitaines d’industrie jure la main sur le cœur qu’il n’intervient pas dans la « ligne éditoriale » de ses journaux mais tout le monde s’accorde à penser qu’il est assez peu probable que Le Figaro publie, par exemple, des articles contre les marchands d’armes. Il y a donc une forme relativement compréhensible d’autocensure, « on ne tape pas sur la main qui signe le chèque », le tout est de l’exécuter avec subtilité. Et après tout, la plupart de ces journaux seraient morts et enterrés depuis longtemps si ces capitalistes n’avaient pas accepté d’en faire leurs danseuses, parfois sur leurs deniers personnels. Sans doute ces hommes d’affaires s’imaginent-ils ainsi accroître leur pouvoir, ou plus simplement leur capacité d’influence, donc de pression, pour faire fructifier leurs activités et donc leurs revenus ! Pas vraiment sûr que ce ne soit pas une illusion. Pas grave car ils ont les moyens de se payer des illusions. En revanche, cela fait sûrement très chic dans les dîners en ville du Siècle ou d’ailleurs d’afficher non seulement sa réussite dans les affaires mais aussi son bureau dans une grande rédaction parisienne.

Plus improbable est le cas de Vincent Bolloré, le « Mozart du cashflow » comme on le surnommait au temps de sa jeunesse. Homme d’affaires breton, il est parti dans les années 1980 du business familial de papeterie pour arriver aujourd’hui à un conglomérat multicarte et international, notamment dans le secteur des médias. Une franche réussite et une habileté certaine. A la tête du groupe Vivendi il se retrouve de ce fait et, par la grâce de quelques ficelles juridiques, patron du groupe Canal+. Il va alors mettre un malin plaisir à transformer les médias de ce groupe en entreprises où le Café du Commerce est érigé en modèle et la vulgarité en mode de fonctionnement.

Il a commencé par démanteler le côté bobo de la chaîne Canal+ en supprimant son émission phare Les Guignols, il a poursuivi en recrutant Cyril Hanouna sur C8, Zemmour et Morandini sur CNews, chaîne d’information ex-I-Télé, relooké pour la circonstance, où officie un parterre de journalistes en préretraite, s’écoutant parler, ressassant le simplisme comme philosophie, la beaufitude comme stratégie, Mme Michu comme cible. La « ligne éditoriale » n’est pas même conservatrice, elle est juste « plouc ». Et c’est un franc succès d’audience, Bolloré triomphe.

Qu’est-ce qui peut pousser ce garçon à promouvoir ainsi l’abrutissement des masses ? Catholique traditionaliste, personne ne lui reproche ses idées conservatrices ni son sens de l’humour limité, mais que peut rapporter cet investissement dans la bêtise en termes de pouvoir, de fierté, de sous ? Pour choisir il faudrait au minimum le comparer avec un engagement dans l’intelligence avec les mêmes convictions conservatrices. Est-ce si compliqué que pousser vers la retraite quelques journalistes ventouses de plateaux de plus de 70 ans, faire un peu moins dans les slogans et un peu plus dans l’analyse ? Le Figaro est un média conservateur avec des journalistes et non des piliers de bistrot. Ils délivrent un journal de qualité avec un minimum d’exigence.

Merci Messieurs les capitaines d’industrie d’investir dans les médias pour vous substituer aux consommateurs qui ne veulent plus en payer le coût de l’information. De Libération au Figaro, chacun y retrouve ses petits mais quelques brebis galeuses parmi vous préfère investir dans la bêtise, ne serait-ce pas encore une illusion qui se paiera un jour collectivement ?

Respectons la Justice mais…

Un ancien président de la République « de droite », Nicolas Sarkozy, est condamné en première instance par la Justice pour délit de « corruption active et trafic d’influence », embarquant avec lui dans son malheur son avocat et un autre juriste. Ils ont fait appel aussitôt après le prononcé du verdict. Ce n’est pas la première fois qu’un président, ou un ministre, revenu à la vie civile est mis en cause pour diverses filouteries, et ce ne sera sans doute pas la dernière.

Le fond de l’affaire n’a guère d’importance et n’est que de peu d’intérêt. Ce qui en présente cependant beaucoup plus sont les réactions partisanes face à l’évènement. Chacun commence par asséner : « je crois en la Justice de mon pays et je n’ai pas l’habitude de commenter des décisions de justice, mais… » et vient alors le commentaire de la décision de justice dont le principe vient d’être contesté. Alors la corporation des avocats défend l’avocat « injustement » condamné, celle des magistrats fait part de sa révolte contre le sort réservé à leur collègue, les partis politiques hurlent à la « justice politique » et les journalistes font leurs choux gras de cette nouvelle polémique qui agite le microcosme.

L’ancien président quant à lui donne une interview dans Le Figaro pour clamer son innocence et doit passer à la télévision demain soir. L’appel a déjà été interjeté, l’affaire reprend à zéro et un nouveau jugement sera prononcé dans quelques mois. Business as usual… Le mieux désormais est d’attendre le jugement d’appel et de passer à des sujets plus sérieux, et il y en a beaucoup en France par les temps qui courent.

Division du travail et immigration

Menacé de se voir refuser la délivrance de son statut de réfugié, un immigré soudanais a assassiné son conseiller du centre d’accueil du coin de sa rue à Pau. Aussitôt se multiplient les réactions pavloviennes des élus et polémistes opposés à l’immigration. Leur argumentation est connue et une bonne partie de celle-ci est d’ailleurs recevable. Il est assez probable que les réglementations régissant l’immigration en France vont aller se durcissant (pour les candidats à l’immigration) quelles que soient les futurs majorités politiques qui vont gouverner la France après les prochaines élections présidentielles de 2022.

Mais il reste un point qui, comme toujours, n’est jamais abordé, un point qui ne devrait pas faire polémique mais qui est pourtant soigneusement passé « sous le tapis » par les parties, celui des emplois occupés par les immigrés. Il n’est pas besoin d’être un grand clerc pour constater assez facilement que nombre d’emplois sous-qualifiés, physiquement durs à exercer et socialement dévalorisés (notamment parce que payés dans le bas de l’échelle des salaires) sont exercés par des travailleurs immigrés. Les cuisines des restaurants, les entreprises de travaux publics ou les camions d’éboueurs sont peuplés de travailleurs immigrés qui occupent des emplois dont ne veulent plus les citoyens français aux racines hexagonales plus anciennes. Réduire les flux d’immigration, voire les stopper complètement, posera à terme la question de savoir qui occupera alors ces emplois.

On se souvient que lors du premier confinement en France de mars et avril 2020, la fédération de l’agriculture FNSEA avait lancé un appel aux chômeurs et étudiants français pour qu’ils s’inscrivent afin de participer aux récoltes de printemps habituellement réalisées par des travailleurs venant du sud ou de l’est européen empêchés de voyager du fait de la crise sanitaire. De nombreuses personnes s’étaient portées volontaires mais avaient abandonné après quelques jours, fatiguées ou découragées, et en tout cas bien loin d’avoir délivré la productivité de ceux qu’ils étaient censés remplacer.

Bien évidemment souligner cette division du travail en France peut être considérée comme « politiquement incorrecte » mais c’est une réalité et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle, généralement, les syndicats patronaux en France sont plutôt favorables à l’immigration qui permet notamment d’éviter une inflation salariale dans ces métiers à forte intensité de main d’œuvre. Si demain ces emplois sont redéployés il est assez probable que ce ne sera pas au même coût.

Expliquer à Mme. Michu que l’on va arrêter l’immigration, c’est bien, lui dire qu’il faudra peut-être que son mari chômeur ramasse les poubelles ce serait aussi plus honnête ! Mais sortir du simplisme est sans doute hors de la portée des polémistes de plateaux télévisés.

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Catégorisé comme France Étiqueté

Des engagements parfois un peu stupides et plutôt inefficaces

Qu’est-ce qui peut pousser un président de la République ou un haut dirigeant à prendre devant ses électeurs des engagements précis sur lesquels il n’a que peu de moyens d’agir ? Sans doute leur courte vue et la volonté un peu naïve mais valorisante de vouloir annoncer de bonnes nouvelles à Mme. Michu. Le plus étonnant est que la non-réalisations de ce type d’engagements, quasi systématique d’ailleurs, ne freine pas les ardeurs des responsables à en commettre de nouveaux.

Sans remonter très loin, on se souvient de l’annonce répétée de François Hollande sur « l’inversion prochaine de la courbe du chômage » ou celle d’Emmanuel Macron en 2019 pour reconstruire la cathédrale Notre-Dame de Paris « en cinq ans ». Ce dernier assène désormais dans les médias que tous les français qui le veulent seront vaccinés d’ici le mois d’août 2021… Les plus anciens se souviennent de la décision de Jacques Chirac de « réduire la fracture sociale » !

Il est assez peu probable que Notre-Dame de Paris sera reconstruite d’ici 2024 mais si elle n’est que partiellement rouverte d’ici trois ans ce sera déjà une réussite qui sera probablement gâchée par les débats oiseux qui ne manqueront d’apparaître sur cette échéance ratée. De la même façon, s’il n’y a que 20 ou 30 millions de citoyens vaccinés au 31 août sur 65, ce sera déjà bien, la suite viendra plus tard.

Alors Messieurs les Présidents économisez donc vos engagements précis devant Mme. Michu ; ils ne rassurent pas grand monde, font perdre beaucoup de temps à la société en polémiques futiles et c’est un domaine où il n’y a que des coups à prendre. Il vaut mieux constater les succès et les progrès une fois acquis plutôt que les prévoir à grands renforts de trompettes médiatiques.

Débats franchouillards oiseux sur « l’islamogauchisme »

Un nouveau débat de Café du Commerce saisit le microcosme politico-médiatique : la question de l’islamogauchisme dans les universités françaises. Alors que différentes personnalités accusent l’Université d’abriter des tenants de cette idéologie qui l’utiliseraient pour orienter les programmes et les budgets de recherche, les représentants universitaires adoptent une tactique de défense basée sur le déni, arguant que « l’islamogauchisme » est un concept qui n’existe pas scientifiquement et qu’il n’y a donc pas lieu d’en débattre, circulez il n’y a rien à voir. Une sous-ministre de l’Enseignement supérieur a annoncé sa volonté de mander le CNRS (centre national de la recherche scientifique) pour réaliser une étude sur ce concept dans l’Université, déclenchant aussitôt un hourvari de clameurs scandalisées d’une partie du monde intellectuel, mais aussi, plus discrètes, des voix pour la soutenir.

« L’islamogauchisme », slogan politique utilisé dans le débat public, ne correspond à aucune réalité scientifique. Ce terme aux contours mal définis, fait l’objet de nombreuses prises de positions publiques, tribunes ou pétitions, souvent passionnées. Le CNRS condamne avec fermeté celles et ceux qui tentent d’en profiter pour remettre en cause la liberté académique, indispensable à la démarche scientifique et à l’avancée des connaissances, ou stigmatiser certaines communautés scientifiques. Le CNRS condamne, en particulier, les tentatives de délégitimation de différents champs de la recherche, comme les études postcoloniales, les études intersectionnelles ou les travaux sur le terme de « race », ou tout autre champ de la connaissance.

Communiqué de presse du CNRS du 17/02/2021

Pas sûr que le CNRS ne participe avec beaucoup d’enthousiasme à l’étude que lui demande sa ministre de tutelle…

En réalité chacun fait assaut de la mauvaise fois typique de ce genre de débat cherchant à bloquer toute remise en cause de certains sujets-valise. L’islamogauchisme n’est sans doute pas encore défini scientifiquement par la science mais il va peut-être falloir commencer à le faire. Dans la bouche de ceux qui emploient ce terme, c’est l’alliance d’une pensée de gauche marquée avec l’islam politique plutôt radical, parfois accompagné d’un relent d’antisionisme, voire d’antisémitisme. Sans doute dans sa sortie la sous-ministre voulait aussi englober les sujets un peu envahissants comme les études « de genre », celles sur le « décolonialisme », le « post-colonialisme », la « race », le féminisme et autres joyeusetés « intersectionnelles », tout ceci rédigé bien entendu en « écriture inclusive ».

La simple consultation des sites web de certaines universités permet de confirmer que certains de ces sujets sont effectivement dans les programmes.

Par exemple, l’université Paris 8 – Vincennes offre un Master « Etudes sur le genre » :

Les études de genre font l’objet d’une attention grandissante dans l’espace public (médias, débats politiques). Les questions de la domination masculine, des LGBTQI, des stéréotypes de genre, etc., sont devenus des enjeux sociaux contemporains de premier ordre. Face aux menaces internationales qui pèsent actuellement sur la conception de la science et des formes de transmission du savoir, les études de genre apparaissent comme un levier de la pensée critique, et sont en cela fortement attaquées. Ainsi, offrir une formation de qualité sur le genre s’inscrit dans la tradition de Paris 8 de développer une pensée critique en prise avec le monde contemporain…

Master Etudes sur le genre – Université Paris 8 (univ-paris8.fr)

ainsi qu’un Laboratoire d’études de genre et de sexualité (LEGS) :

La question des constructions « genrées » et des rapports de sexe concerne d’une manière ou d’une autre l’ensemble des pratiques sociales et symboliques, publiques et privées, collectives et individuelles. Elle se pose désormais de manière explicite dans de nombreux champs de pensée et de savoir. Son traitement requiert ainsi la collaboration d’approches multiples. Dans cette perspective, l’UMR LEGS se donne pour tâche et pour défi de faire travailler ensemble humanités, sciences sociales, et arts.

UMR 8238 : Laboratoire d’études de genre et de sexualité (LEGS) – Université Paris 8 (univ-paris8.fr)

La propension de l’Université à étudier et diffuser des idées « progressistes » n’est pas vraiment nouvelle et cela fait des décennies qu’une gauche que l’on peut qualifier d’extrême s’est retrouvée sur une communauté de pensée… dans les camps palestiniens du Proche Orient ou sur le « Petit Livre rouge » de Mao. Ce qui apparaît novateur aujourd’hui est la volonté de vouloir expliciter et réparer les discriminations dont certaines minorités sont supposées avoir été victimes (minorités sexuelles, femmes, citoyens issus de la « diversité », etc.). Ainsi va la vie intellectuelle en France, plutôt portée par la pensée « de gauche », plutôt protégée par un système universitaire public, reprenant aujourd’hui les sujets en vogue. Comment s’en étonner ? Mais l’Etat ne doit pas s’interdire de faire l’inventaire des recherches en cours, majoritairement financées par les contribuables. Heureusement celles concernant ces nouvelles modes assimilées à « l’islamogauchisme » semblent minoritaires et il faut s’assurer qu’elles le restent. Quand on voit le développement anarchique de l’écriture « inclusive » contre les principes de l’Académie française on comprend qu’il faille rester vigilant. La liberté de pensée et de recherche c’est bien, l’imposition de principes minoritaires à la majorité, c’est plus discutable.

Le CNRS a accepté du bout des lèvres de

C’est dans cet esprit [ouvert et respectueux] que le CNRS pourra participer à la production de l’étude souhaitée par la Ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation visant à apporter un éclairage scientifique sur les champs de recherche concernés.

Communiqué de presse du CNRS du 17/02/2021

Ouf !