Antony & the Johnsons – 2009/07/09 – Paris Salle Pleyel

Après sa prestation au Grand Rex en avril, Antony nous revient avec ses Johnsons Salle Pleyel pour présenter The Crying Light et la nouvelle mesure de ses tourments. On ne saurait trouver lieu plus opportun pour accueillir l’ange nouveau de l’undergound. La blancheur dépouillée du décor et la chaleur douce de l’acoustique en bois clair sont le cadre parfait pour la pureté de la voix d’Antony Hegarty et la beauté de ses compositions.

Il est désormais habillé en femme, vêtu d’une robe de soie Givenchy somptueuse avec collerette matelassée (« [qui lui] …rappelle son chat quand il se couchait sur ses épaules ») et traîne royale. Assis au piano dans ses froufrous de soie, sur le coté, il laisse le centre de la scène à ses musiciens, cordes et cuivres. L’éclairage est tamisé pour préserver l’intimité du show.

Antony a beaucoup grossi depuis ses concerts parisiens de 2005, ce qui semble avoir libéré sa parole. Il est devenu très bavard entre les chansons au milieu de grands éclats de rire. Il se lance même dans un défilé de mode devant une audience éberluée pour faire admirer sa nouvelle parure.
Grimé en une espèce de Castafiore gonflée à l’hélium, revenant ainsi sur le thème du travestissement si cher à son cœur et permanent dans son imaginaire (One day I’ll grow up, I’ll be a beautiful girl/ But for today I am a child, for today I am a boy), il a encore épuré sa voix et son art pour nous mener toujours plus haut sur les sommets de l’émotion musicale. Le public cette année n’est plus distrait par la mise en scène rocambolesque de 2005 mais juste concentré sur un grand piano noir où se réfléchit cet artiste inqualifiable, éclairage à contre-jour, entouré d’un groupe de musiciens délicats qui ne sont pas les derniers à poser leur part de pureté sur ce concert.

Plus d’une fois on est saisi par la beauté qui exhale de ses cordes vocales, amplitude, vibrato, pose, c’est un torrent de douceur et d’amertume qui se perd dans un océan de tristesse. Une voix aux accents blues et jazzy, une voix aux références imperceptibles, une voix qui réalise l’alchimie parfaite de ses influences et de son âme. Heureusement il parle à n’en plus finir entre ses chansons comme pour laisser aux spectateurs le temps de se reprendre. Chacun est au bord de la défaillance lorsqu’il joue de cette voix au-delà du sublime (certainement étayée par une solide technique).
La poésie de ses textes n’est pas moins bouleversante que les notes sur lesquelles ils reposent. Il est question de monde perdu, d’univers rêvé, de colombe fuyante, il est question d’une âme complexe et tiraillée par l’angoisse, de pureté dévoyée, de personnalité introuvable, d’aspiration impossible : I’m only a child/ Born upon a grave/ Dancing through the stations/ Calling out my name.

On l’a vu et écouté l’an passé assurer les chœurs de Lou Reed sur Berlin et reprendre en rappel un Candy Says qui en a secoué plus d’un. Aussi à l’aise dans les reprises des artistes qui l’entourent que dans ses propres compositions, il transcende la fragilité qu’il inspire, sûr de son art et de son pouvoir. Chaque écoute d’une de ses chansons, chaque show auquel on assiste, donne une étrange impression d’éphémère mais ce troisième disque The Crying Light confirme la marche sans faille de cet artiste puissant vers une œuvre essentielle.