Chris Isaak – 2012/10/12 – Paris le Grand Rex

Chris Isaak toujours vivant et de nouveau sur la route ! Les nostalgiques de Blue Hotel et autres Wicked Game sont au Grand Rex ce soir, et ne furent pas déçus.

Belle gueule, voix de velours, banane bien laquée, guitare romantique, costume west-coast noir avec fleurs imprimées, Chris n’a pas pris une ride ni perdu un pouce de son talent ! Son groupe est à peu près celui d’origine avec un peu d’embonpoint mais toujours ces glissandos déchirant sur les guitares réverbérées ; oh l’intro de Wicked Game : The world was on fire and no one could save me but you./ It’s strange what desire will make foolish people do./ I never dreamed that I’d meet somebody like you./ And I never dreamed that I’d lose somebody like you./ No, I don’t want to fall in love (This world is only gonna break your heart)/ With you…

Et nos cœurs se brisent comme la vague échoue sur la plage de San Francisco. Laissez le charme agir, nous voici transportés en Californie un soir de coucher de soleil sur la côte sauvage de Big Sur, autour d’un grand feu de bois crépitant… Bon, revenons sur terre pour constater que Chris a tout pour plaire mais n’a guère profité de ces dernières années pour renouveler le genre ni l’inspiration. Mais ne soyons pas chiens, c’est un bain de jouvence que nous offre le beau gosse et sa guitare, et un peu d’originalité tout de même lorsque la fin du show est entièrement acoustique et consacrée à des reprises d’Elvis, Johnny Cash…, et un inoubliable Great Balls of Fire de Jerry Lee Lewis pour terminer avec orgue Hammond B3 prenant feu et tout le tra-la-la. Chris charmeur vampirisé en Chris rockabily, il ne nous en fallait guère plus pour être heureux dans le skaï élimé du Grand Rex.

Setlist : (Instrumental I)/ American Boy/ Pretty Girls Don’t Cry/ Blue Hotel/ We’ve Got Tomorrow/ I Want Your Love/ San Francisco Days/ I’m Not Waiting/ Somebody’s Crying/ Wicked Game/ Best I Ever Had/ Dancin’/ Notice the Ring/ Baby Did a Bad Bad Thing/ Doin’ the Best I Can (Elvis Presley cover)/ Ring of Fire (Johnny Cash cover)/ Dixie Fried (Carl Perkins cover)/ Can’t Help Falling in Love (Elvis Presley cover)/ It’s Now or Never (Elvis Presley cover)/ She’s Not You (Elvis Presley cover)/ That Lucky Old Sun (Ray Charles cover)/ Live It Up/ Miss Pearl (Jimmy Wages cover)/ Great Balls of Fire (Jerry Lee Lewis cover)
Encore : (Instrumental II)/ Oh, Pretty Woman (Roy Orbison cover)/ Big Wide Wonderful World/ Worked It Out Wrong
Warmup : Auren

Radiohead – 2012/10/11 – Paris Bercy

Après les festivals de l’été les Radiohead sont à Paris pour deux Bercy et nous offrir une vraie féérie en sons, lumières et sommets musicaux. Le cadre de cette cathédrale parisienne leur permet d’y redéployer le light show d’origine de la tournée dont nous n’avions bénéficié que d’une version allégée pour les arènes de Nîmes.

Modestes et déterminés, ils allongent ce premier show parisien avec toutes les certitudes du groupe progressiste qui plane bien au-dessus de la planète rock depuis plus d’une décennie. Ils sont à Bercy comme chez eux, face au public français qui leur voue une passion méritée et une adoration croissante, quelques soient les chemins parfois tortueux où ils l’emmènent.

Musicalement le concert est similaire à celui de Nîmes en juillet, avec une set list un peu renouvelée mais dans laquelle on retrouve tout ce qu’il faut pour un fan de la première heure. L’espace de Bercy et le gigantisme du light show donne une allure scintillante à ce spectacle. Petits personnages aux pieds de fontaines de couleurs, on les croit tantôt nageant dans les lueurs bleuissantes d’un aquarium, tantôt sur les charbons ardents d’un fleuve de laves rougeoyantes. Les douze écrans mobiles se positionnent différemment pour chaque morceau, composant un puzzle magique sur les pièces duquel défilent de façon aléatoire et saccadée les images du groupe à l’œuvre, et quelle Œuvre !

Les Radiohead déploient toute leur science du rock moderne avec une sensibilité qui n’a d’égal que leur professionnalisme. Les guitares se superposent aux machines pour mener le dialogue de l’électronique sur lequel plane la voix éthérée et irréel de Thom. La double-batterie marque le beat, les rythmes se bousculent, les sons se brisent, Thom danse à sa façon de pantin désarticulé et mène Bercy à sa baguette, chantant les yeux fermés, balançant la tête devant le micro tel un lion derrière ses barreaux. Le show est un concentré de pure énergie dont l’inventivité laisse, comme toujours, pantois d’admiration. Paranoid Android termine le premier set et assène l’uppercut presque final à un public épuisé de bonheur :

Rain down, rain down/ Come on rain down on me/ That’s it, sir/ You’re leaving/ The crackle of pigskin/ The dust and the screaming/ The yuppies networking/ The panic, the vomit/ The panic, the vomit/ God loves his children, God loves his children, yeah!

Trois rappels prolongent l’expérience d’une heure supplémentaire jusqu’à Idiotheque qui pousse les spectateurs vers la sortie.

Setlist : Lotus Flower/ Airbag/ Bloom/ Kid A/ Myxomatosis/ Bodysnatchers/ The Gloaming/ Separator/ Meeting in the Aisle/ Nude/ Pyramid Song/ Reckoner/ There There/ The National Anthem/ Feral/ Paranoid Android
Encore : Give Up the Ghost/ Supercollider/ Lucky/ Morning Mr. Magpie/ Street Spirit (Fade Out)
Encore 2 : Staircase/Everything in Its Right Place (w/ Björk’s « Unravel » intro)
Encore 3 : Idiotheque
Warm up : Caribou

 

Richard Hawley – 2012/10/10 – Paris la Cigale

Richard Hawley à la Cigale ce soir pour la sortie de son nouveau disque Standing At The Sky’s Edge. Grimmé façon Teddy-boy, jeans et cuir, mèche rebelle et gominée, mais toujours une voix de velours qui emporte tout sur son passage.

Quatre musiciens (bass, guitare, clavier & batterie) l’entourent, un pupitre devant lui, l’homme est serein et une réverbération dantesque nous donne l’impression d’assister à un office dans une cathédrale.

Le dernier disque est plutôt rock-énergique dans ses rythmes, mais passablement sombre dans ses textes qui racontent nos temps hallucinés. Le show démarre sur Standing at the Sky’s Edge, l’histoire morbide d’un Joseph qui tue sa femme et ses enfants, d’une Mary qui vend son corps pour se payer des chaussures avant de finir en prison…

They were standing at the sky’s edge/ And out there, there’s dangerous thinking/ They were standing at the river’s edge/ And watched their lives, slowly sinking away, away, away.

On se croirait dans Berlin de Lou Reed.

Le reste du disque est à l’avenant, il n’y est question que de solitude, d’amour mal embringués et d’âmes dévastées. Mais ces histoires sordides sont déclinées avec une voix formatée pour envoûter, et elle n’y manque pas. Sur scène les chansons sont étendues à l’infini et parsemées de solos de guitare réverbérés, de glissandos dégoulinants évoquant de la musique hawaïenne, mais aussi de sévères attaques sur les cordes, à réveiller les morts.

The Ocean termine le concert, une merveille de douceur tragique qui nous emporte. Richard Hawley extirpe sa musique du fond de son cœur et triture ses guitares pour nous dévoiler ses tourments. Guitariste hors pair, charmeur déprimant, poète maudit, un grand musicien qui rencontre un succès d’estime et fait vibrer d’émotion les salles où il se produit.

Setlist : Standing at the Sky’s Edge/ Don’t Stare at the Sun/ Hotel Room/ Tonight the Streets Are Ours/ Seek It/ Soldier On/ Leave Your Body Behind You/ Before/ Open Up Your Door/ Remorse Code/ Time Will Bring You Winter/ Down in the Woods/
Encore : Lady Solitude/ The Ocean

Nelson Mandela, ‘Un long chemin vers la liberté’.

Sortie : 1994, Chez : Le Livre de Poche 14063. L’autobiographie par Nelson Mandela de ses années de combat, de sa naissance jusqu’à son élection comme président de la nouvelle Afrique du Sud, en passant bien sûr par 30 années de prison. Un destin incomparable pour celui qui grâce à sa foi et sa persévérance en une nation « multiraciale » a su mener son pays sans trop de violence vers l’abolition de l’apartheid.