‘Once upon a time in Hollywood’ de Quentin Tarantino’

Le dernier film de Tarentino est sur les écrans : l’histoire de la descente en pente douce à Los-Angeles d’un acteur (DiCaprio) dans les années 60’ qui voit son succès décliner et se trouve obligé d’accepter des productions de « pacotille » pour pouvoir continuer à maintenir son train de vie. Il est accompagné en permanence de sa « doublure-cascade » (Brad Pitt) qui lui tient lieu de pote de beuverie et de majordome. Plus intéressant, ses voisins de colline sont Roman Polanski (alors en pleine gloire) et sa femme Sharon Tate. Après différentes pérégrinations, Charles Manson et sa bande de hippies ensorcelés viendra semer le trouble dans le quartier mais la fin sera plus heureuse dans le film pour Sharon Tate que dans la vraie vie…

C’est du Tarentino, le final est surprenant et sanguinolant mais l’ensemble manque un peu de l’énergie et de l’humour auxquels le réalisateur nous avait habitués. Un film à voir néanmoins.

Festival de musique de chambre de Perros-Guirec

Le Quatuor Hermès et Geffroy Couteau (piano) enchantent le festival avec un programme Schubert et Brahms. Le quatuor ouvre le concert avec Schubert (quatuor n°13), Geffroy Couteau joue ensuite les Klavierstücke (op. 76)  de Brahms, puis ils se réunissent sur le quintette pour piano et cordes op. 34 de Brahms. Jeunesse, grâce et talent caractérisent ces musiciens venus bercer l’âme de vacanciers à la recherche d’un peu de spiritualité.

MAUGHAM, Somerset, ‘Amours singulières’.

Sortie : 1931, Chez : LE LIVRE DE POCHE 560 (1961).

Somerset Maugham (1875-1965), écrivain britannique, né et décédé en France, a commis sa vie durant nombre de nouvelles, romans et pièces de théâtre. « Amours singulières » retrace des unions amoureuses condamnées par la bonne société anglaise du début du XXème siècle, et il n’en fallait alors pas beaucoup à cette bourgeoisie guindée pour s’émouvoir.

Maugham lui-même, qui affichait son homosexualité décomplexée, a sans doute du affronter cette réprobation qu’il sait si bien peindre dans ce court recueil de nouvelles. Dans un style élégant et léger il détaille avec délectation les habitudes de cette vieille bourgeoisie britannique engoncée dans ses clubs et ses principes, bouleversée par le moindre écart avec la norme.

Alors lorsque l’épouse parfaite s’envole avec un jeune administrateur des colonies, lorsque l’actrice flamboyante retirée à Rhodes préfère sa liaison avec son chauffeur-mécanicien italien plutôt que les propositions de mariage renouvelées d’un dinosaure de la diplomatie britannique, ou le mari attentionné d’une écrivaine réputée part avec la cuisinière…, ce sont autant de pieds de nez à cette bonne et rigide société qui réjouissent Maugham et ses lecteurs.

Et, toujours dans ces nouvelles de Maugham, l’amour triomphe sur la rigidité sociétale. C’est une bonne nouvelle.

La France culottée

Avec le culot qui la caractérise, la France se permet de faire la leçon à la Chine qui traite avec une relative mollesse (par rapport à ses habitudes) les émeutes se déroulant actuellement sur son territoire de Hong Kong. Que n’aurait-on dit si Pékin s’était ingérée dans les émeutes qui ont agité la France tout au long du premier semestre 2019 !

Hong Kong – Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères (14 août 2019).

Les manifestations à Hong Kong se poursuivent dans un climat de plus en plus tendu. Cette situation fait l’objet d’un suivi très attentif de la part de la France, en lien avec ses partenaires, notamment européens. J’appelle toutes les parties, en particulier les autorités hongkongaises, à renouer le fil du dialogue afin de trouver une issue pacifique à cette crise et de mettre fin à l’escalade de la violence.

La Loi fondamentale de Hong Kong et le principe « un pays, deux systèmes » garantissent l’Etat de droit, le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ainsi que l’autonomie du système judiciaire, qui sont essentiels à la population et à la prospérité économique de Hong Kong.

La France est profondément attachée au respect intégral de l’ensemble de ces principes.

www.diplomatie.gouv.fr

Le territoire et les citoyens de Hong Kong, ex-colonie britannique rendue à l’Empire du Milieu en 1997, bénéficient d’un statut particulier qui leur donne plus d’autonomie que le reste des régions chinoises. Ce statut est provisoire et doit durer jusqu’en 2047 suivant l’accord de décolonisation signé entre le Royaume-Uni et la Chine. Il est probable qu’à l’issue de ce délai, le territoire de Hong Kong retournera au droit commun de la Chine. Qui sait d’ailleurs ce que sera le régime chinois en 2047 ?

Les citoyens hong-kongais craignent en tout cas que leurs libertés seront alors restreintes. C’est probable compte tenu de ce que l’on sait aujourd’hui du régime chinois. Toutefois, le pragmatisme de Pékin fait que peut-être un air de liberté au moins économique continuera de souffler sur le territoire compte tenu de son importance comme place financière, à moins que d’ici-là Shangaï ne se soit substituée à Hong Kong ? C’est sans doute la meilleure tactique à mener par la Chine : rendre Hong Kong moins indispensable pour Pékin afin de pouvoir normaliser cette région.

Hélas pour les citoyens locaux, il est peu probable que personne au sein de la communauté internationale ne parte « en guerre » pour préserver leur liberté « spéciale ». De même que l’annexion de la Crimée par Moscou n’a pas déclenché une grande émotion au-delà de quelques sanctions économiques, le retour de Hong Kong dans le droit commun chinois ne sera probablement empêché par personne, d’autant plus qu’il est prévu dans le traité de décolonisation entre Londres et Pékin.

Confirmation : la Russie n’aime pas l’Occident

Pour ceux qui avaient encore des illusions sur ce que pense la Russie officielle de l’Occident, ils auront été éclairés par les récentes déclarations du président russe dans différents médias. Depuis une dizaine d’années que Moscou a réaffirmé sa puissance, ses représentants pointent la décadence de l’Occident qui « marie ses homosexuels », M. Poutine revient sur ces changements sociétaux qu’il désapprouve. Il déclare dans une interview au Financial Time du 27 juin que « l’idée libérale est morte » :

The ruling élites have broken away from the people [in the US as in Europe]. There is also the so-called liberal idea, which has outlived its purpose. Our Western partners have admitted that some elements of the liberal idea, such as multiculturalism, are no more tenable.

https://www.ft.com/video/a49cfa25-610e-438c-b11d-5dac19619e08

Interrogé sur cette déclaration au sommet du G20 d’Osaka le 29 juin il illustre ce qu’il a voulu dire en précisant qu’il se revendique libéral lui-même mais qu’il existerait à ce jour « cinq ou six genres de personnes… je ne comprends même pas ce que c’est » ! Il développe sa pensée en précisant qu’une minorité ne peut pas imposer sa volonté à la majorité, en tout cas ce n’est pas ainsi que cela se passe en Russie. Il élargit le sujet aux flux d’immigration qui arrivent en Europe.

Quand on détaille la politique économique russe et la façon dont elle a été privatisée après l’effondrement de l’Union soviétique, on peut avoir quelques doutes sur son aspect « libéral », mais qu’importe, tous les goûts (et les politiques) sont dans la nature et les résultats de cette politique économique feront œuvre de juge de paix le moment venu. Plus déprimant sont ce que ces déclarations racontent de l’état de la relation entre la Russie et le monde occidental, en tout cas européen : Moscou méprise profondément tout ce qui est à l’Ouest de l’Oural et, sans doute, matérialise ce mépris par des actions d’agit-prop afin de nuire à cet Occident honni qui lui, en retour, manifeste indécision et division dans l’attitude à opposer. C’est une sorte de nouvelle guerre froide dont l’issue, comme la précédente, reposera sur la capacité de la Russie à suivre économiquement l’Occident.

Malgré les envolées lyriques occidentales régulières sur l’amitié avec la Russie, l’Histoire montre que la relation a toujours été houleuse entre l’Ouest et Moscou, sous les tsars comme sous les soviétiques, les déclarations du président actuel ne sont que la continuation de cette situation : on a toujours préféré s’opposer que coopérer, à l’exception notable de la deuxième mondiale mais l’éclaircie fut de courte durée… C’est ainsi, on ne peut pas s’entendre avec tout le monde mais il faut arriver à maintenir l’affrontement dans les limites du raisonnable. Le reste est l’affaire du peuple russe qui, peut-être un jour, préfèrera que son Etat dépense un peu moins d’énergie et d’argent pour nuire à l’extérieur et un peu plus à développer son économie intérieure.

Négociations américano-talibanes

Les Etats-Unis mènent des négociations plus ou moins officielles au Qatar avec la rébellion talibane d’Afghanistan. L’objectif est de sortir l’armée américaine des terrains de combat afghans où elle tente avec assez peu de succès d’endiguer le retour des talibans au pouvoir à Kaboul, et avec eux leur cortège de pratiques religieuses d’un autre âge.

Les militaires américains sévissent sur place depuis 2001 et l’attentat terroriste du 11 septembre contre du World Trade Center. Il s’agissait alors de « casser la gueule » aux talibans qui avaient inspiré cet attentat (3 000 morts et 6 000 blessés) et qui abritaient Ben Laden, cerveau saoudien de l’opération. Le problème est qu’une fois cette tâche accomplie, l’Occident s’est mis en tête d’occidentaliser l’Afghanistan en lui indiquant le chemin de… la démocratie. C’était la théorie des néo-conservateurs américains : répandre la démocratie par l’exemple, et au besoin par la force militaire. Les forces de l’OTAN ont alors été mises à contribution et, près de 20 ans plus tard, le dossier n’a pas avancé. Les talibans sont repartis dans leurs montagnes à l’abri desquelles ils mènent leurs actions terroristes pour chasser les forces impies, le business d’opium a explosé, le gouvernement officiel ne gouverne pas grand-chose au-delà de la capitale, et encore, la plupart des forces de l’OTAN sont rentrées dans leurs pénates après avoir encouru des pertes significatives, les attentats terroristes sont légion, les contribuables occidentaux ont dépensé des dizaines de milliards d’euros dans ce pays en vain et les talibans sont aux portes du pouvoir. Seule éclaircie dans ce désastre, il semble que les attentats terroristes menés en Occident ces dernières années ne soient plus fomentés en Afghanistan mais plutôt au Proche et Moyen-Orient.

La constance avec laquelle l’Histoire se répète est parfois confondante. On se souvient qu’en 1962 la France coloniale signait avec l’Algérie des accords de paix et d’indépendance qui prévoyaient explicitement que les harkis (supplétifs locaux de l’armée française) ne feraient l’objet d’aucune mesure de discrimination après l’indépendance. Il ne fallut pas trois mois après la signature de l’accord pour qu’environ 100 000 harkis ne soient massacrés ! En 1973 les Etats-Unis négocient avec le Vietnam du Nord (communiste) un accord de paix qui prévoit le maintien de la République du Vietnam (du Sud). Il ne faudra pas trois années aux nordistes pour réunifier militairement le Vietnam et instaurer un régime communiste sur la totalité du pays.

La négociation en cours avec les talibans d’Afghanistan suivra probablement la même voie : promesses écrites de ces derniers contre engagement américain du retrait des troupes ; les premières ne seront pas réalisées une fois que ce dernier sera effectif et les talibans reprendront le pouvoir avec les méthodes qui leur sont propres afin de gouverner un pays qui, finalement, n’est sans doute pas vraiment contre.

Vouloir « casser la gueule » des talibans après les attentats américains de 2001 était somme toute compréhensible mais il aurait fallu évacuer ce pays une fois la tâche réalisée. Penser y instaurer la démocratie par les armes fut une illusion qui coûta très cher, à tout le monde. Croire aujourd’hui à des engagements talibans quels qu’ils soient serait une faute. Comme à Alger en 1962, comme à Saïgon en 1973, une fois la puissance colonisatrice ou occupante partie, les nouveaux dirigeants de ces pays « libérés » iront vers où les portent leurs sentiments, sans ne se soucier ni de leurs engagements pris ni des états d’âme de leurs anciens occupants.  Mais il faut bien que les « envahisseurs » s’en aillent un jour de façon plus ou moins honorable car ils ont encore une capacité de nuisance. Alors on négocie le départ contre un traité de papier sur lequel sans doute personne ne se fait beaucoup d’illusions. Le plus étonnant réside dans le fait que se renouvelle encore si régulièrement ce genre de situation !

Ainsi va l’Histoire et il est fort probable qu’elle ne se répète sous peu en Afghanistan.

LEBON Christine, ‘Survivance et Transmission’.

Sortie : 2019, Chez : academia – L’Harmattan.

Christine Lebon est une psychothérapeute belge qui a mené une recherche approfondie sur le statut des survivants du génocide rwandais de 1994 et leur capacité à transmettre/expliquer l’indicible aux générations suivantes. Basé sur un grand nombre d’interviews de rescapés et de leurs enfants, au Rwanda et en Belgique, dans des demeures comme sur les lieux des massacres (église de Nyamata par exemple) ce travail minutieux mené avec tact nous fait plonger au cœur de l’horreur et de l’incompréhensible.

Bien entendu, à la question « pourquoi ce génocide ? », il n’y a pas de réponse et c’est bien là toute la difficulté qu’affrontent les survivants et leurs descendants. Christine Lebon écoute et tente de qualifier cette inextricable situation dans laquelle se retrouvent les survivants qui désormais cohabitent avec les assassins sur les mêmes collines. Le mélange entre les ethnies Tutsi et Hutu aggrave encore le positionnement des uns et des autres : une survivante qui a eu un enfant avec un hutu ignore le rôle de celui-ci dans le génocide même s’il les a protégés, leur fils reste en pleine confusion, que lui dire ?

A la phrase maintes fois entendue : « les enfants ne savent rien », elle constate que les enfants sentent tout et posent des constats pleins de sens. Comment en serait-il d’ailleurs autrement alors qu’ils sont élevés dans cette atmosphère post-génocide si morbide ? La présence de la chercheuse est d’ailleurs parfois utilisée comme vecteur de la transmission de cette réalité complexe où vivent les survivants et les tueurs dans le même espace, national et villageois.

L’observateur occidental a tendance à « racialiser » son analyse : hutus contre tutsi. L’auteure tente de rationaliser cette haine entre deux parties de la population plutôt opposées par des critères dominants/dominés que par des différences ethniques même si leurs cartes d’identité mentionnaient à l’époque formellement la « race » : Hutu, Tutsi ou Twa (Pygmé) ; la lutte des classes plus que le conflit racial.

A la fin de l’ouvrage, modeste, Christine Lebon constate que « rien ne peut être affirmé sur l’avenir, pas plus d’ailleurs que sur l’origine » mais, pour le futur, sa tendance naturelle serait plutôt de suivre le questionnement agité des gamins plutôt que de s’en tenir au « silence fédérateur » pour aider à la reconstruction psychique et sociale de cette population mêlée. Le plus troublant pour le lecteur est d’en déduire que rien ne permet de penser qu’un tel génocide ne se reproduise pas, ici ou ailleurs.

C’était écrit…

Un prochain projet de loi sur la bioéthique devrait élargir, s’il est voté en l’état, la procréation médicalement assistée (PMA) au-delà de la cible actuelle ainsi décrite sur un site web de l’administration :

L’AMP s’adresse aux couples hétérosexuels (mariés, pacsés ou en concubinage) en âge de procréer et qui se trouvent dans l’une des situations suivantes :

– Le couple ou l’un des membres présente une stérilité (ou infertilité) pathologique médicalement constatée (bilan d’infertilité).

– L’un des membres du couple est porteur d’une maladie grave, susceptible d’être transmise au conjoint ou à l’enfant.

https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F31462

Toutes les femmes seraient maintenant éligibles à la PMA, qu’elles soient en couple (hétéro ou homosexuelles) ou célibataires. Le régime précédent présidé par François Hollande a fait légaliser le mariage homosexuel et avait promis l’étape suivante de la PMA mais avait procrastiné, occupé par d’autres fronts de lutte. Le pouvoir actuel va réaliser la promesse du précédent, la PMA ne serait plus un traitement contre la stérilité des couples hétérosexuels mais un outil pour procréer par des voies non naturelles.

Malgré les dénégations des uns et des autres, à l’époque comme aujourd’hui, il était écrit qu’une fois le mariage homosexuel accordé la PMA suivrait et on peut prédire sans trop de risques de se tromper que la gestation pour autrui (GPA) sera l’étape suivante. La GPA pourrait « résoudre l’inégalité » qui apparaîtra après l’adoption de la PMA entre les couples homosexuels femmes et hommes. Ainsi va le changement des mœurs en Occident, le train est lancé !

Remboursement homéopathique

Une nouvelle polémique est déclenchée à la suite de l’annonce du déremboursement progressif de l’homéopathie par l’assurance santé pour manque d’efficacité de ces produits et, surtout, parce que la sécurité sociale a des dépenses supérieures aux cotisations qu’elle perçoit et qu’il est nécessaire d’essayer de réduire le déficit conséquent. Comme il faut bien commencer par quelque chose et que l’hypothèse d’une augmentation des cotisations ne serait pas vraiment très populaire, le parlement a voté en faveur d’une proposition de l’administration pour cesser de rembourser ces produits dont le service rendu est jugé peu significatif, voire inexistant, par la majorité du corps médical.

Bien entendu cela déclenche un hourvari de plaintes et lamentations en tous genres comme l’extrait de cette pétition (www.change.org) permet de le mesurer :

Les professionnels d’arrière gardent défendent surtout leur pré-carré. Ils estiment que ces nouvelles méthodes de soins, détournent les patients de la médecine conventionnelle au risque de retarder des diagnostics et des traitements nécessaires avec parfois des conséquences dramatiques « dans la prise en charge de pathologies lourdes. C’est oublier un peu vite que l’homéopathie est délivrée par leurs confrères. Quelques 5000 médecins homéopathes exercent en France.

www.change.org

Chacun y va de son cas particulier pour contester une décision prise, en principe, en faveur de l’intérêt général. On peut penser que quitte à dérembourser, peut-être vaut-il mieux commencer par l’homéopathie que par l’oncologie. L’avenir dira si le niveau de santé de la population française s’est dégradé à la suite de cette mesure. Si tel était le cas il serait toujours temps de rétablir ce remboursement et de le financer en augmentant les cotisations ou par déremboursement d’autres.

Les industriels qui fabriquent ces produits annoncent des « menaces sur l’emploi » et des fermetures d’usine. Mme. Michu se plaint de ne plus pouvoir faire financer son homéopathie par la communauté des cotisants et tout le monde se lamente sur le déficit de la sécurité sociale. Bref, comme d’habitude personne n’est content et tous auraient aimé, bien sûr, que rien ne change ou qu’en tout cas les « avantages acquis » ne puissent évoluer que dans le sens de l’augmentation et non point celui de la baisse.

Les produits d’homéopathie seront toujours disponibles en pharmacie, au besoin importés, simplement ils ne seront plus remboursés à leurs consommateurs par les cotisants. Sans doute le déremboursement marquera un petit trou d’air dans la consommation puis celle-ci repartira s’il y a véritablement un besoin. L’accès aux médicaments remboursés non-homéopathique restera inchangé.

La Turquie entre deux rives

La Turquie et son tonitruant président, membre actif de l’organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), est en train d’exécuter un contrat d’armement avec la Russie, prévoyant notamment la livraison de missiles anti-aériens supposés très sophistiqués qui doivent être opérés avec une assistance russe. Dans le même temps, les entreprises turques devaient participer au pool de fournisseurs du programme d’avion de combat américain F35. Les autres membres de l’Alliance, et plus particulièrement les Etats-Unis s’émeuvent de cette double allégeance et Washington vient de suspendre la participation turque au programme F35 craignant qu’elle ne facilité l’acquisition de données sur cet avion du futur par la Russie.

Au-delà de ces considérations tactiques et techniques bien compréhensible on voit une nouvelle fois les hésitations de la Turquie à se positionner : entre République et Empire, entre Europe et Asie, entre laïcité et religion, entre l’Est et l’Ouest, entre démocratie et dictature. Bref, à la différence de nombre de pays européens, elle n’a pas abdiqué de sa volonté de puissance et fait feu de tout bois pour tenter de revenir à un statut d’influence, empruntant toutes les voies qu’elle pense ouvertes pour ce faire. Cela se fait hélas au détriment de ses convictions et d’une ligne de politique étrangère claire.

Les alliés de la Turquie au sein de l’OTAN peuvent légitimement s’inquiéter de cette attitude girouette. En cas de conflit dur, quel camp choisirait Ankara ? On ne le sait pas vraiment, sans doute pas plus son tonitruant président d’ailleurs, et on frémit à l’idée que tout le matériel militaire de l’Alliance stationné en Turquie puisse être utilisé à mauvais escient. Sans doute des précautions ont été prises pour tenir compte de la fiabilité limitée de cet allié remuant. Entre la Pologne définitivement rebelle à tout rapprochement avec la Russie compte tenu de son histoire récente et la Turquie menant des alliances de circonstance avec Moscou, ennemi historique de l’OTAN, la voie est étroite pour gérer les intérêts contradictoires d’une alliance militaire. Pas sûr qu’elle n’y résiste, ou alors va-t-elle réduire son envergure comme l’Union européenne se séparant du Royaume-Uni, pour se concentrer sur ses vrais amis.

« Daniel Darc – Pieces of my Life » de Marc Dufaud et Thierry Villeneuve

Un documentaire sur Daniel Darc, l’ange sombre, chanteur et fondateur du groupe français Taxi Girl, phare éphémère de la scène française post punk au début des années 80. Le groupe ne sortit qu’un disque et se rendit célèbre autant par son inspiration poético-morbide que par les frasques de ses membres dont plusieurs sont morts tôt, ravagés par les drogues et des vies sans limite. Darc qui écrivait les textes survécut, un temps, et poursuivit une carrière solo entrecoupée de drames et de fulgurances dont l’excellent disque Crèvecoeur, sorti en 2004 qui relança sa carrière.

Un de ses amis proches l’a filmé tout au long de cette errance, plutôt au cours des dernières années, et monta ensuite ce matériel après la mort de l’artiste en 2013 pour livrer un film émouvant sur les tourments créatifs de cet être pour le moins torturé. Rocker au cœur tendre, il est fasciné par les mots tristes posés sur des notes innocentes. Son modèle toutes catégories est le Velvet Underground. Il est hanté par les poètes maudits et se pense l’un d’eux, et lorsqu’il constate que ses cures de désintoxication assèchent son inspiration il replonge avec conviction dans ses addictions.

Une des dernières séquences le montre sur la scène des Eurokéennes (en 2008 ?) chantant… Sad Song de Lou Reed devant une assemblée parsemée. C’est le résumé tragique de la vie de Darc, né Rozum (famille juive originaire de Russie et de Lituanie) dont la grand-mère mourut à Auschwitz, la mère vécut une histoire d’amour avec un officier de la Wehrmacht durant l’occupation et qui se convertit à la religion protestante pour tenter, en vain, de vaincre ses démons !

Pour les soldats tombés – Peter Jackson

Un documentaire sur la participation britannique à la première guerre mondiale : du recrutement des soldats au retour des survivants, ces images d’époque, colorisées, retracent le cauchemar de combattants partis la fleur au fusil et, pour les survivants, revenus dans l’indifférence du reste de la population sur ce qu’ils ont vécu dans la misère et la terreur du front.

Les commentaires sont faits exclusivement par des soldats survivants, sans doute quelques décennies plus tard si l’on en juge par leurs voix, plutôt âgées, souvent avec humour, toujours avec réalisme. Les allemands sont traités avec bienveillance, après tout ils étaient aussi jeunes et impliqués dans ce conflit par hasard. A la différence de la seconde guerre mondiale, il n’y avait pas d’idéologie dans cette folie meurtrière, mais juste le besoin de puissance et de conquête ; finalement une vieille histoire éternellement recommencée.

Au sortir de ce documentaire émouvant, le spectateur a juste le sentiment d’une guerre qui fut aussi sordide qu’inutile.

BOUKERCHE-DELMOTTE Nafissa, ‘Clinique et politique de la douleur’.

Sortie : 2019, Chez : L’Harmattan

Nafissa Boukerche-Delmotte est psychologue clinicienne, psychanalyste et docteur en psychologie. Elle décortique ici le phénomène de la douleur : « est-elle émotion ou sensation ? » Du statut de signal d’alarme d’une possible maladie, elle est aussi parfois vue aujourd’hui comme une maladie en soi. La psychanalyste va alors plonger dans l’expression de la douleur pour tenter de comprendre ce qu’elle exprime, et l’on est pas à l’abri de quelques surprises lorsque la vérité se révèle.

Freud et Lacan sont mis à contribution pour aborder le concept la douleur, sur lequel ils ont beaucoup écrit, sous différents angles, ceux de la mélancolie, de la création, de la pulsion, de la jouissance, du masochisme, du deuil… La culture est appelée à la rescousse pour partager la vision de la douleur de ses artistes, de Molière (le Malade imaginaire) à Marguerite Duras (« La Douleur », celle de l’attente du retour d’un mari du camp de concentration où il était enfermé) en passant par l’humour décapant de Woody Allen qui s’y connaît en matière psy (« les illusions agissent mieux parfois que les remèdes ») et « le Cri » peint par Munch décliné en de multiples versions toutes exprimant le saisissement de l’horreur dans les mêmes termes.

Si le néophyte est un peu perdu lorsque le vocabulaire de l’auteure se spécialise (sujet, signifiant, réel), il reprend pieds lorsque l’analyse se tourne vers les ambiguïtés de la médecine de plus en plus scientifique qui a tendance à ignorer ce qu’elle ne sait chiffrer. Ou l’illusion apportée par le progrès scientifique qui veut que le « droit à » soit appliqué au « droit de ne plus avoir mal » ou au « droit à la jouissance » et éventuellement vécu comme un droit à la consommation de service médical, la douleur et la société qui transformerait le médecin en exécutant de la logique de marché pour remettre en état de travailler le patient handicapé par la douleur !

Il est rassurant de savoir que notre système de santé et ses professionnels, formés dans les facultés de la République, ont les compétences et les moyens de publier de telles analyses. Le patient potentiel se réjouit qu’un jour sa douleur puisse être prise en charge quelle qu’en soit l’expression.

Nadine s’en donne à cœur joie !

Nadine Morano, élue député européen le mois dernier sur la liste électorale de Les Républicains s’en donne à cœur joue sur son compte Twitter :

Elle a été élue, elle représente la France au parlement européen, on a les dirigeants que nous méritons ! Elle a le droit de ne pas aimer le fait qu’une sénégalaise naturalisée française soit devenue porte-parole du gouvernement français, elle a même le droit de l’exprimer avec un langage de poissonnière sous réserve que cela ne tombe pas sous le coup de la loi contre le racisme.

En revanche si le parti Les Républicains s’interroge sur les raisons de sa baisse de résultats électoraux, il peut peut-être se poser des questions sur le choix qu’il a fait de positionner Nadine Morano en position éligible sur sa liste aux dernières élections parlementaires européennes ! Si ces propos de poissonnière sont certainement appréciés de nombre d’électeurs de droite conservatrice, il n’est sans doute pas le discours fédérateur et visionnaire susceptible de rassembler le « peuple de droite » vers un avenir radieux. On est au cœur de la beaufitudisation de la société, menée ici par le parti politique lointain successeur de celui créé par le Général de Gaulle.

C’est le choix du parti d’avoir promu ce type de personnages (comme Brice Hortefeux qui a également été élu sur la même liste). Il y avait sans doute des dettes à payer à ces bons soldats de la droite qui ont été de tous ses combats, sauf celui des idées. L’avenir dira s’il fut bon ou pas.

Kraftwerk – 2019/07/13 – Paris la Philharmonie

Kraftwerk dans la salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris : c’est le groupe allemand qui a vulgarisé la musique électronique il y a 40 ans et considérablement influencé le rock du XXème siècle. La prestation ce soir est à leur image, industrielle et technologique, minimaliste et glaçante, dansante et sereine. En sortant les jeunes d’aujourd’hui constatent que Daft Punk n’a finalement rien inventé : retour à la réalité !

Abrutissement et communautarisme sportifs

A la suite de la victoire de leur équipe de fouteballe dans une compétition internationale de baballe des supporters se répandent dans Paris, bloquent le périphérique, détruisent et pillent des magasins de moto sur l’avenue de la Grande Armée. Cela devient désormais un rituel, pour exister il faut casser quelque chose chez le voisin, le piller au passage lorsque cela se présente. L’intérêt particulier des uns n’est considéré comme comblé que si celui de la majorité des autres est dévasté. C’est devenu un mode de fonctionnement dans la République.

Elément de contexte, la compétition de foute en question est une coupe d’Afrique, l’équipe fêtée est celle d’Algérie et c’est là que les choses s’enveniment. Première (bonne) nouvelle : un supporter de l’équipe d’Algérie est une personne ni plus ni moins navrante que son alter-ego de l’équipe de France, un être décérébré dont la joie ou la peine ne peuvent s’exprimer qu’au détriment de son prochain. Deuxième nouvelle (moins bonne) : le syndrome franco-algérien toujours présent aggrave les effets de l’incivisme. Les supporters hooligans se drapent dans… des drapeaux algériens ce qui a tendance à provoquer un léger agacement chez une partie de la population, sans parler des partis politiques conservateurs. Ces comportements communautaires sont à tout le moins maladroits, chaque drapeau algérien agité provoque à coup sûr des votes supplémentaires en faveur de l’extrême droite et de ses messages simplistes.

Du bon sens et de la modération devraient amener ces supporters à un peu plus de discrétion, peut-être en déployant un peu moins de drapeaux algériens ? Ces qualités sont, hélas, assez peu partagées dans le monde de la baballe, la relation franco-algérienne à fleur de peau fait le reste en jetant du sel sur des plaies jamais complètement cicatrisées de la guerre coloniale qui a opposé ces deux pays. Les descendants de ces combattants qui ont vaincu leur puissance coloniale se croient beaucoup permis dans ladite puissance qui, le plus souvent, a octroyé sa nationalité à leurs parents. Et c’est là toute l’ambiguïté de la relation entre ces deux nations : des millions de français d’origine algérienne vivent dans le pays qui a asservi leurs ancêtres. Il y a pour certains la volonté plus ou moins consciente d’une revanche à prendre, d’une dette à faire payer, même après tout ce temps passé. La génération qui a fait et vécu cette guerre est en train de s’éteindre doucement des deux côtés ; gageons qu’une fois complètement disparue les tensions diminueront peu à peu. Les gouvernements algérien et français ne réussissent toujours pas à partager une relation politique apaisée, les prises de bec sont fréquentes, souvent sur des détails de protocole, même si la coopération sur le fond est excellente. Comment imaginer alors qu’il puisse en être autrement pour les citoyens ?

Une partie significative de la population française a des origines au Sud de la Méditerranée alors chaque évènement dans ces pays riverains d’Afrique du Nord, heureux ou malheureux, a des répercussions dans l’hexagone. L’enthousiasme méditerranéen ajoute l’exubérance et l’excès que l’on voit dans les rues ces jours-ci. Une génération plus tôt, la réconciliation franco-allemande s’est faite sur un mode plus froid, propre aux pays du Nord. Elle ne s’est pas traduite non plus par l’émigration significative d’une population vers le pays de l’autre. Après la dernière guerre chacun a repris son développement de son côté, mené par deux dirigeants visionnaires : le Général de Gaulle et le Chancelier Adenauer. Peut-être l’Algérie et la France ont-elles manqué de visionnaires ces dernières décennies ?

Les déserteurs du FMI !

Cabu – Charlie Hebdo 2011

Une nouvelle fois un chef du Fonds monétaire international (FMI) déserte son poste avant son terme et avec la même nonchalance que nombre de ses prédécesseurs.

  • 2019, Christine Lagarde démissionne pour prendre un poste à la Banque centrale européenne
  • 2011, Dominique Strauss-Kahn démissionne pour aller en prison
  • 2007, Rodrigo Rato démissionne pour prendre un poste dans une banque d’affaires (il finira en prison pour une affaire de corruption liée à la faillite de la banque Bankia dont il était le chef)
  • 1987, Jacques de la Rosière démissionne pour prendre un poste à Banque de France

et sans doute d’autres encore auparavant.

La légèreté avec laquelle ces apprentis-responsables délaissent les fonctions importantes qui leur sont confiées par la communauté internationale, le plus souvent pour des maroquins qu’ils estiment plus en rapport avec leurs petits prestiges personnels, est confondante. Il est regrettable qu’au moins 3 français se soient lâchement débinés au milieu de leurs mandats, le cas de M. Strauss-Kahn est un peu particulier puisque c’est la police qui a mis fin à ses activités, mais le résultat est le même. Il est d’ailleurs probable que s’il n’avait pas été impliqué dans un crime il aurait quand même démissionné pour se présenter à l’élection présidentielle française de 2012. La police new-yorkaise a permis à la République française d’éviter un tel naufrage.

Il faudrait interdire aux Etats qui ont couvert de telles désertions de pouvoir représenter un nouveau candidat national pour au moins les deux mandats suivants.

Indécent !

Après des années de battage médiatique et judiciaire sur un sujet qui nécessiterait plutôt réflexion et discrétion, « l’affaire Vincent Lambert » arrive à son terme. Cet homme maintenu en état végétatif à l’hôpital depuis plus de dix ans, à la suite d’un accident de la circulation, va bientôt mourir dans le cadre de la procédure collégiale de fin de vie prévue par la Loi de la République. Ce drame a été outrageusement médiatisé par une famille incapable de s’entendre en son sein sur une démarche commune, les uns (ses parents), pour des motifs religieux, voulant le maintenir en vie assistée, les autres (menés par sa femme), désirant mettre fin à l’assistance, le corps médical concluant que l’on se trouvait au stade de « l’obstination déraisonnable » et qu’il fallait maintenant accompagner sa fin de vie.

Le principal intéressé n’ayant pas rédigé ses dernières volontés, la famille s’est écharpée devant la justice et dans les médias, souvent de façon indécente. On a même entendu une partie avancer des métaphores footballistiques de très mauvais goût (la « remontada ») lors d’un des énièmes rebondissements judiciaires. Durant ces dix années de combat, personne n’a voulu céder, les uns assis sur la certitude de leur dogme religieux, les autres sur ce qu’ils croyaient savoir de la volonté non formellement exprimée de Vincent Lambert. Mais nous sommes dans un pays de droit et la justice a parlé en fonction de la Loi et non des convictions religieuses de certains, quelles qu’elles soient. Les parents religieux viennent d’ailleurs d’annoncer qu’ils renonçaient à mener de nouvelles actions judiciaires, la possibilité de celles-ci étant d’ailleurs épuisée.

On mesure aisément la douleur d’une mère devant un tel dilemme : approuver la fin de son fils, mais comment avoir accepté, voir provoqué, ce grand déballage public sur lequel les médias se sont précipités avec voracité. Comment n’avoir pas su limiter ce débat à l’intimité du cercle familial ou amical ? Notre époque est au voyeurisme et au nombrilisme mais la vie d’un fils n’aurait-elle pas mérité un peu plus de décence ?

Un compte Suisse pour Raymond Barre

L’ancien premier ministre de la République de 1976 à 1981 Raymond Barre, qualifié à l’époque de « meilleur économiste de France », décédé en 2007 avait quelques millions d’euros (on parle de 7) cachés en Suisse. La révélation en a été faite par Le Canard Enchaîné qui explique que ses héritiers ont décidé de régler les impôts et pénalités nécessaire à l’administration française afin de régulariser cette somme frauduleuse. On ne sait pas à ce stade quelle était la source de revenus qui a permis d’accumuler ce pactole, sans doute pas les rémunérations versées par la République à ses serviteurs.

Il s’est rendu célèbre d’abord car c’est sous son règne que le dernier budget français a été voté en équilibre soit il y a plus de 40 ans, depuis, la France dépense plus qu’elle ne gagne. Il avait aussi été l’auteur de quelques sorties de légende notamment : un « si les Corses veulent leur indépendance, qu’ils la prennent », frappé au coin du bon sens, mais d’autres saillies moins glorieuses, à la toute fin de sa vie sur les juifs, ce qui prouve en tout cas que les hommes politiques ne devraient plus s’exprimer une fois leur retraite prise d’abord car ce qu’ils peuvent raconter n’intéresse plus personne et ensuite parce que l’avancée de la vieillesse peut entraîner parfois des dérèglements fâcheux dans le fonctionnement des neurones.

Raymond Barre fraudeur ! C’est une mauvaise surprise pour nombre de citoyens, tout au moins ceux qui se souviennent encore de lui tant le personnage incarnait la rigueur et l’orthodoxie économique. Il fut universitaire bien plus longtemps qu’homme politique et nombre d’étudiants en économie ont planché sur ses écrits. A priori cela ne l’a pas empêché de se laisser tenter par l’attrait de l’argent et prendre le risque de la fraude. C’est une nouvelle certitude qui s’effondre, une illusion qui s’envole. Pour un amateur de sciences économiques, apprendre que Raymond Barre était fraudeur c’est un peu comme si Christine Boutin découvrait que la vierge Marie n’était pas si vierge que ça ! Ça laisse pantois et un brin découragé.

AUSTER Paul, ‘4321’.

Sortie : 2017, Chez : ACTES SUD.

Un roman monumental de Paul Auster (mille pages) ou l’histoire d’un adolescent américain dans les années 60 à New-York et alentours ; nous sommes au mi-temps des années 60, entre « summer of love » et assassinats des Kennedy et de Martin Luther King, des manifestations contre la guerre au Vietnam à celles pour l’émancipation des noirs, des Black Panthers aux Républicains tendance Nixon. Le héros du livre, Archie Fergusson, navigue entre ces évènements, intègre les concepts d’une époque qui en fut fertile, hésite entre les orientations, alterne entre les amours, bref, découvre la vie pré-adulte. Il y a sûrement beaucoup de Paul Auster dans cet adolescent tellement porté sur la littérature et le cinéma.

Le côté fantastique dans ce roman est sa structure : Auster raconte quatre scénarios possibles pour les années que nous traversons dans la vie d’Archie, chacun diffère par ce qui arrive au héros, non point par des options fondamentalement différentes mais par de petites touches qui marquent son entourage et ses choix. Nous sommes toujours au cœur d’une famille juive new-yorkaise, issue de l’immigration d’un ancêtre russe arrivé à Ellis Island le 1erjanvier 1900 et dont Archie représente la troisième génération désormais intégrée dans l’Amérique moyenne, mais l’auteur imagine quatre histoires possibles pour Archie et les siens, et ces quatre scénarios s’entremêlent dans la narration, chaque chapitre passant d’une vie à une autre. Celles-ci sont globalement proches mais toujours différentes, on se perd un peu dans toutes ces vies qui s’entrechoquent, selon les cas le même personnage féminin passera du statut d’amour infini à celui de belle-sœur confidente, Archie sera un apprenti-poète neurasthénique ou un brillant étudiant, son père mourra accidentellement dans l’incendie de sa compagnie ou d’un arrêt cardiaque sur un cours de tennis, etc.

Mais il y a des constantes dans cette mosaïque : la littérature tout d’abord dont Archie fait la découverte avant de se lancer dans l’écriture ou la traduction, le cinéma de la nouvelle vague française, la ville de New York et cette Histoire américaine si prolixe et tragique à l’époque, les émois amoureux de l’adolescence…

Le cheminement du héros à travers ces obstacles et découvertes est merveilleusement couché sur la papier par cet écrivain d’exception dont la capacité à décrire les petites choses de la vie est merveilleuse. Qui ne se retrouvera pas dans la narration des tourments de l’adolescence, de la difficulté des relations avec les parents, de la découverte des idées politiques… ? La densité de l’écriture ne laisse pas un moment de répit tout au long de ces mille pages qui se dévorent comme un roman policier. Evidement le lecteur apprend à la fin lequel des quatre Archie est le vrai, c’est l’écrivain bien sûr et le roman qu’il termine s’appelle « 4321 ». Merci Paul Auster !