De fortes attentes comptables

Les « experts de plateaux télévisés » enchaînent les prévisions vides de sens et annoncent comme parole d’évangile que le président de la République « après la réponse sécuritaire doit maintenant dégainer une solution politique » pour sortir des émeutes. En fait les contestataires n’attendent pas grand-chose de « politique » mais bien des annonces comptables : combien vont-ils avoir de sous en plus à court terme à la fin du mois dans leurs poches ! Pour ce faire il va bien falloir payer et financer ces dépenses, soit en augmentant des impôts, soit en baissant d’autres dépenses, soit en transférant les dépenses d’un poste à l’autre, soit en augmentant la dette.

C’est comme à la maison, cela n’a rien de politique mais relève plutôt de la tuyauterie budgétaire. L’exercice est difficile quand il faut sortir des émeutes et satisfaire aux équilibres financiers. Ainsi va la démocratie et… le caractère des français.

Du pain béni pour les pays autoritaires

Les émeutes françaises déclenchent une salve de commentaires réjouis de nombre de démocratie « illibérales » qui avaient subi elles-mêmes des remarques diplomatiques de la France à diverses occasions sur le respect des droits de l’Homme ou du droit de manifester. C’est évidemment du pain béni pour les dirigeants de nombre de ces pays qui  veulent nuire aux démocraties occidentales. La Turquie en tête de gondole appelle Paris à plus de « retenue » et dénonce « l’usage disproportionné de la force ». A Moscou, le ministère des affaires étrangères déclare :

« Nous appelons les autorités parisiennes à s’abstenir de tout recours excessif à la force, conformément aux principes généralement admis de l’humanisme. »

 Même Donald y va de son petit tweet vengeur :

« Je suis content de voir que mon ami @EmmanuelMacron et ceux qui protestent acceptent la conclusion à laquelle je suis parvenu depuis deux ans : l’accord de Paris est fondamentalement mauvais, car il provoque une hausse des prix de l’énergie pour les pays sérieux, tout en donnant un blanc-seing à certains des pires pollueurs. »

C’est évidemment de bonne guerre, même si assez peu élégant, mais la France récolte un peu le fruit des leçons de morale qu’elle se croit régulièrement autorisée à distribuer à travers la planète.

Le gouvernement adopte une proposition des émeutiers

Ça y est : le pouvoir s’incline devant la violence et annule les hausses de taxes sur les carburants qui ont déclenché les émeutes en cours en France. Le coût serait de 3 ou 4 milliards au titre de l’année 2019. Cette recette étant déjà prévue pour le financement des dépenses 2019, il faudra sans doute augmenter un autre impôt ou baisser les dépenses d’un montant équivalent si la République veut maintenir son déficit dans l’ordre de grandeur initialement annoncé. Le premier ministre a indiqué que cette décision se traduirait par une réduction de dépenses ce qui risque de ne pas être très populaire.

Entre temps, la liste des revendications économiques s’est considérablement accrue et le coût pour les finances publiques (et donc les prélèvements sur les contribuables) risque d’être important. Nous sommes en France et la contestation ne se résout généralement que par de la distribution d’argent public. C’est le syndrome national une nouvelle fois à déplorer. On distribue lorsque les choses vont mal et on ne sait pas reprendre lorsqu’elles s’améliorent. Nous vivons sans doute aujourd’hui une nouvelle étape de cette maladie chronique.

La catégorie des semeurs de trouble

Les commentateurs des émeutes qui agitent actuellement la France glosent sur les catégories de manifestants : il y aurait les « gilets jaunes » historiques cherchant l’abolition de la taxe sur les carburants mais étant doux comme des agneaux, des « gilets jaunes » radicalisés ne négligeant pas de balancer un pavé de temps en temps sur les forces de l’ordre et pouvant faire preuve d’un peu plus de nervosité, des casseurs, des autonomes, des identitaires, des extrémistes de droite ou de gauche, etc. etc.

Tout ce petit mondeappartient en tout état de cause à la catégorie unique des « semeurs de trouble » et si les « doux comme des agneaux » ne veulent pas être associés aux émeutiers, il leur suffit de rentrer chez eux lorsque la violence commence…

Londres a finalisé son projet de divorce

L’Union européenne et le Royaume-Uni sont convenus d’un accord de divorce sur un mode amiable après presque deux années de négociation. Cet accord semble préserver la chèvre et le chou : on prolonge un peu l’union douanière, on ne rétablit pas de frontière physique entre la République d’Irlande et le territoire d’outre-mer d’Irlande du Nord, on protège les expatriés chez les uns et chez les autres, bref on est arrivé à un juste milieu conclu entre gens intelligents et de bonne compagnie, conscients de la volonté et des intérêts des populations qu’ils représentent.

Néanmoins, le premier ministre doit maintenant faire endosser ce projet d’accord par son parlement et la partie ne semble pas gagnée tant il s’agit justement d’un accord « modéré » donc considéré comme trop ou trop peu selon qu’il soit vu par les partisans du maintien dans l’Union ou ceux voulant la quitter à n’importe quel prix. Les députés britanniques ont maintenant dans leurs mains le sort de leur pays pour les prochaines décennies ; sacré enjeu ! Alors que les politiciens de circonstance qui ont lancé le Royaume dans cette voie inconnue du référendum pour ou contre le brexit ont tous plus ou moins fui leurs responsabilités, à commencer par le premier ministre David Cameron, laissant à leurs successeurs la complète impréparation du processus de divorce, les parlementaires vont avoir le dernier mot. Le vote est programmé pour le 11 décembre, gageons que nombre d’entre eux risquent d’avoir quelques insomnies d’ici là.

Un grand moment de faux-jettonerie politicienne

Samedi dernier, les contestataires anti-taxe sur le gas-oil ont manifesté leur mécontentement à travers le pays, parfois renforcés par les habituels « casseurs » désormais inévitables dans tout rassemblement. Certaines villes ont été sérieusement secouées par ces perturbateurs. Paris notamment a vu ses beaux quartiers livrés aux combats de rue, noyés sous les gaz lacrymogènes et la fumée des incendies. Les forces de l’ordre ont fait preuve de beaucoup de sérénité face au déchaînement des sauvageons qui ont tagué partout où ils le pouvaient, y compris sur l’Arc de Triomphe, fait les zouaves devant le monument aux morts, pillé des boutiques, attaqués les colonnes de CRS en vagues successives, bref ils se sont exprimés. D’autres troubles sérieux ont eu lieu en province, « dans les territoires » comme il est désormais d’usage de le dire : préfecture incendiée à Vaux-en-Velay, affrontements divers un peu partout, blocages de circulation de ci de là. C’est un miracle qu’il n’y ait eu que des blessés. On compte toutefois plusieurs morts depuis le début de ce mouvement il y a trois semaines, mais plus par accident qu’autre chose. Le lien avec ce mouvement de contestation est malgré tout évident.

Depuis ce samedi agité c’est un festival de faux-jettoneries dans le microcosme. Avant ce samedi noir, le personnel politique d’opposition dans son ensemble avait quasiment appelé à l’émeute : Marine Le Pen avait exigé l’ouverture des Champs-Elysées aux sauvageons, Laurent Wauquiez visité un barrage routier la semaine dernière, Isabelle Balkany publié des gilets jaunes sur son compte tweeter, Jean-Luc Mélanchon crié à l’unisson des casseurs « Macron démission », on en passe et de meilleures. Cette opposition accuse maintenant le gouvernement de faiblesse face aux manifestants et chacun critique la façon dont l’ordre a été plus ou moins maintenu. Il fallait ouvrir les Champs-Elysées, ou pas, il fallait plus de policiers mobiles, ou moins, il fallait faire appel à l’armée, à moins que non, etc. etc. Chacun de ces politicards aux petits pieds s’érige en spécialiste du maintien de l’ordre sur les plateaux télévisés et y va de sa conclusion définitive sur le sujet.

Lorsque l’on voit les images des combats à Paris on imagine aisément que les autorités ont tout fait pour éviter que les opérations de maintien de l’ordre ne se traduisent par des dommages plus graves du côté des manifestants. Il y eut de nombreux blessés, dont l’un gravement après avoir pris sur la tête une grille du jardin des tuileries consciencieusement dessoudée par les émeutiers, dont l’impétrant semble-t-il, quelques mains arrachées par des grenades, mais pas de mort. Ces cassandres qui aujourd’hui, confortablement installés dans les palais de la République et rémunérés par les contribuables, critiquent l’échec du pouvoir, auraient bien entendu été les premières à monter au front pour accuser le gouvernement de disproportion dansl’usage de la force s’il y avait eu des morts. Bref, ces pratiques politiques alliant mauvaise-foi et manque de courage continuent à tirer la France vers la décadence. On les croyait en voie d’abolition avec l’arrivée en 2017 d’un pouvoir jeune et innovant, il y a encore beaucoup de progrès à faire pour ce personnel politique assis sur ses certitudes.

Sur le fond, la République fait face à des contestataires qui veulent « plus desous » et se tournent vers l’Etat pour régler ce problème, n’hésitant pas à compromettre, voire à s’allier, avec des voyous. Ce qu’ils veulent c’est que la France réussisse économiquement, vite, et que le fruit de cette réussite soit mieux réparti. Ils le font savoir bruyamment et s’opposent sur la méthode mise en œuvre aujourd’hui par les dirigeants élus il y a seulement dix-huit mois. Idéalement il aurait été préférable qu’ils manifestent dans les urnes lors des prochaines élections plutôt que dans la rue, mais ils ne peuvent pas attendre. Le programme de réformes économiques mené actuellement est destiné à résoudre leur première revendication et remettre le pays sur les rails de la croissance. Il n’est pas sûr que leur deuxième revendication, celle de l’équité, soit vraiment au programme… Les bases de celui-ci sont essentiellement libérales et la justice sociale n’a jamais été véritablement un objectif de ce modèle économique, même si des effets collatéraux positifs peuvent en ressortir pour toutes les couches de la population. Jusqu’ici l’Etat français s’est employé à exercer une redistribution sociale en prélevant l’impôt et en le reversant via des prestations sociales. L’exercice a des limites qui ont été atteintes où la population a globalement le sentiment de trop payer par rapport à ce qu’elle reçoit. C’est évidemment macro-économiquement faux puisque l’Etat étant déficitaire depuis 40 ans c’est donc bien qu’il dépense plus qu’il n’encaisse. Nous en sommes là et la revendication générale porte sur « on veut plus de prestations et moins d’impôts ». C’est un cercle vicieux qui n’est pas soluble par des slogans ni des dogmes, mais par de l’intelligence. Le temps n’est pas à la raison pour le moment. Laissons passer l’orage.

La presse adore les « gilets jaunes »

Les plateaux médiatiques adorent la contestation actuelle. D’abord car il n’y a aucune analyse à faire sinon répéter jusqu’à la nausée qu’il ne faut pas confondre les gentils « gilets jaunes » avec les méchants casseur, que le mouvement est inédit car spontané et sans représentant ou gloser sur la pluie de sondages testant le sentiment des français vis-à-vis du mouvement.

Ensuite les politicards s’affrontent sur le sujet au mépris de toute cohérence, où l’on voit la droite conservatrice parader en gilet jaune, l’extrême droite appeler à ouvrir les Champs Elysées aux manifestants, un ancien président socialiste (dont le gouvernement a fait voter la hausse actuelle des taxes sur le carburant) expliquer comment lui écoutait la contestation, Christine Boutin ou Isabelle Balkany tweeter compulsivement leur amour des « gilets jaunes ». Bref, c’est le grand guignol qui constitue le fonds de commerce d’une grande partie de la presse qui se régale.

Enfin, il y a des émeutes et la vision des voitures brûlées dans les rues des beaux quartiers parisiens déclenche une excitation pavlovienne dans l’œil de journalistes qui ne se lassent pas de montrer ces images qu’ils assortissent de leurs banalités.

En fait, comme souvent en France une minorité de citoyens utilise sa capacité de nuisance pour bloquer le pays, et une minorité dans la minorité casse les biens desdits citoyens. Ces perturbateurs se sentent investis d’une mission souveraine qui ne peut pas attendre les prochaines élections pour s’exprimer, ils investissent donc la rue et se souviennent que leurs ancêtres ont guillotiné un roi ! 

Les revendications qui circulent

Certains membres des« gilets jaunes » ont émis une liste de 41 revendications que l’on trouve ci-dessous. On ne sait pas bien si cette liste est représentative de ce que pensent tout ou partie de ces contestataires mais elle a au moins de mérite d’exister. Elle est en tout cas particulièrement représentative du mal français : on augmente les dépenses et les prestations, on baisse les impôts et les taxes pour la majorité, mais on les augmente pour les« gros ». On note aussi les mesures 18 à 21 (pas vraiment politiquement correctes) qui concernent l’immigration et expliquent notamment pourquoi un certain nombre de syndicats et partis politiques soutiennent le mouvements ans véritablement appeler à le rejoindre.

On se croirait revenu en 1968, tout le monde peut y trouver son compte sauf l’Etat qui se trouve devant une équation insoluble…

  1. Zéro SDF : URGENT.
  2. Davantage de progressivité dans l’impôt sur le revenu, c’est-à-dire davantage de tranches.
  3. Smic à 1 300 euros net.
  4. Favoriser les petits commerces des villages et centres-villes. Cesser la construction des grosses zones commerciales autour des grandes villes qui tuent le petit commerce et davantage de parkings gratuits dans les centres-villes.
  5. Grand plan d’isolation des logements pour faire de l’écologie en faisant faire des économies aux ménages.
  6. Impôts : que les GROS (MacDo, Google, Amazon, Carrefour…) payent GROS et que les petits(artisans, TPE, PME) payent petit.
  7. Même système de Sécurité sociale pour tous (y compris artisans et auto-entrepreneurs). Fin du RSI.
  8. Le système de retraite doit demeurer solidaire et donc socialisé. Pas de retraite à points.
  9. Fin de la hausse des taxes sur le carburant.
  10. Pas de retraite en dessous de 1 200 euros.
  11. Tout représentant élu aura le droit au salaire médian. Ses frais de transports seront surveillés et remboursés s’ils sont justifiés. Droit aux tickets-restaurant et aux chèques-vacances.
  12. Les salaires de tous les Français ainsi que les retraites et les allocations doivent être indexés à l’inflation.
  13. Protéger l’industrie française : interdire les délocalisations. Protéger notre industrie, c’est protéger notre savoir-faire et nos emplois.
  14. Fin du travail détaché. Il est anormal qu’une personne qui travaille sur le territoire français ne bénéficie pas du même salaire et des mêmes droits. Toute personne étant autorisée à travailler sur le territoire français doit être à égalité avec un citoyen français et son employeur doit cotiser à la même hauteur qu’un employeur français.
  15. Pour la sécurité de l’emploi : limiter davantage le nombre de CDD pour les grosses entreprises. Nous voulons plus de CDI.
  16. Fin du CICE. Utilisation de cet argent pour le lancement d’une industrie française de la voiture à hydrogène (qui est véritablement écologique, contrairement à la voiture électrique.)
  17. Fin de la politique d’austérité. On cesse de rembourser les intérêts de la dette qui sont déclarés illégitimes et on commence à rembourser la dette sans prendre l’argent des pauvres et des moins pauvres, mais en allant chercher les 80 milliards de fraude fiscale.
  18. Que les causes des migrations forcées soient traitées.
  19. Que les demandeurs d’asile soient bien traités. Nous leur devons le logement, la sécurité, l’alimentation ainsi que l’éducation pour les mineurs. Travaillez avec l’ONU pour que des camps d’accueil soient ouverts dans de nombreux pays du monde, dans l’attente du résultat de la demande d’asile.
  20. Que les déboutés du droit d’asile soient reconduits dans leur pays d’origine.
  21. Qu’une réelle politique d’intégration soit mise en œuvre. Vivre en France implique de devenir français (cours de langue française, cours d’histoire de France et cours d’éducation civique avec une certification à la fin du parcours).
  22. Salaire maximum fixé à 15 000 euros.
  23. Que des emplois soient créés pour les chômeurs.
  24. Augmentation des allocations handicapés.
  25. Limitation des loyers. Davantage de logements à loyers modérés (notamment pour les étudiants et les travailleurs précaires).
  26. Interdiction de vendre les biens appartenant à la France (barrage, aéroport…)
  27. Moyens conséquents accordés à la justice, à la police, à la gendarmerie et à l’armée. Que les heures supplémentaires des forces de l’ordre soient payées ou récupérées.
  28. L’intégralité de l’argent gagné par les péages des autoroutes devra servir à l’entretien des autoroutes et routes de France ainsi qu’à la sécurité routière.
  29. Le prix du gaz et de l’électricité ayant augmenté depuis qu’il y a eu privatisation, nous voulons qu’ils redeviennent publics et que les prix baissent de manière conséquente.
  30. Fin immédiate de la fermeture des petites lignes, des bureaux de poste, des écoles et des maternités.
  31. Apportons du bien-être à nos personnes âgées. Interdiction de faire de l’argent sur les personnes âgées. L’or gris, c’est fini. L’ère du bien-être gris commence.
  32. Maximum 25 élèves par classe de la maternelle à la terminale.
  33. Des moyens conséquents apportés à la psychiatrie.
  34. Le référendum populaire doit entrer dans la Constitution. Création d’un site lisible et efficace, encadré par un organisme indépendant de contrôle où les gens pourront faire une proposition de loi. Si cette proposition de loi obtient 700 000 signatures alors cette proposition de loi devra être discutée, complétée, amendée par l’Assemblée nationale qui aura l’obligation, (un an jour pour jour après l’obtention des 700 000 signatures) de la soumettre au vote de l’intégralité des Français.
  35. Retour à un mandat de 7 ans pour le président de la République. L’élection des députés deux ans après l’élection du président de la République permettait d’envoyer un signal positif ou négatif au président de la République concernant sa politique. Cela participerait donc à faire entendre la voix du peuple.
  36. Retraite à 60 ans et, pour toutes les personnes ayant travaillé dans un métier usant le corps (maçon ou désosseur par exemple), droit à la retraite à 55 ans.
  37. Un enfant de6 ans ne se gardant pas seul, continuation du système des aides Pajemploi jusqu’à ce que l’enfant ait 10 ans.
  38. Favoriser le transport de marchandises par la voie ferrée.
  39. Pas de prélèvement à la source.
  40. Fin des indemnités présidentielles à vi
  41. Interdiction de faire payer aux commerçants une taxe lorsque leurs clients utilisent la carte bleue. Taxe sur le fuel maritime et le kérosène.

Les « gilets jaunes » : tout le monde s’y met !

Avec un bel ensemble, la classe politique française, la cuillère en avant, va se servir dans l’écuelle de la bonne soupe de la révolte populaire. On s’y bouscule même ! Croustillant : la Balkany, élue conservatrice, multi-délinquante fiscale en compagnie de son mari, maire de Levallois, enfile son gilet jaune avec délectation. Venant d’une personne qui a organisé son patrimoine pour fuir les impôts auxquels elle voulait échapper, on peut au moins se rassurer sur sa cohérence en la voyant aujourd’hui s’associer à un mouvement né d’une augmentation des taxes.

Mais au-delà, les mots manquent devant une telle indécence ; ce type de personnel politique survit à tout et continue à nuire. De génération en génération on espère qu’il ne sera pas reproductible mais hélas la République continue à traîner comme un boulet des cyniques de cette espèce qui ne se contentent pas de s’enrichir en pompant les contribuables, mais font également tout pour semer le chaos partout où ils passent. La Balkany en est l’expression la plus caricaturale mais d’autres sont tapis dans l’ombre pour prendre la suite et faire ce mal que la démocratie leur autorise à répandre.

Le Cameroun va employer son argent à meilleur escient

La fédération africaine de fouteballe constate que le Cameroun qui devait organiser une compétition régionale en 2019 ne sera pas en mesure de livrer les infrastructures attendues dans les délais, du coup voilà le pays privé de cette coupe qui sera organisée ailleurs. C’est une bonne nouvelle pour ce pays qui a vraiment d’autres priorités à prendre en compte que de construire des stades de sport dans un pays miné par le sous-développement, la corruption, la sécession entre anglophones et francophones, le terrorisme religieux, sans parler du vieillard de 85 ans qui occupe sa présidence depuis plus de 35 ans…

Ce malheureux pays concentre tous les errements de l’Afrique postcoloniale après avoir subi les ravages de la double colonisation britannique et française. Les dépenses qui seront ainsi économisées par la non-organisation de la compétition devraient pouvoir être réallouées à des sujets plus productifs et plus utiles à la population, à moins qu’elles ne viennent enrichir encore le clan présidentiel dont le parrain, Paul Biya, passe maintenant plus de temps en Suisse, entre sa résidence de nabab et l’hôpital local, que dans sa capitale.

La coupe « taliban » fait fureur

Voici une photo d’un journaliste du service public qui a adopté la coupe« taliban », crâne rasé et barbe fournie :

C’est une véritable mode virale qui saisit une portion significative de la population. Dès qu’une calvitie s’annonce les impétrants rasent le haut de la tête et libère le bas.Il faut dire que les talibans eux, n’attendent pas la calvitie pour adopter la coupe. Après Booba et Karis :

On a eu Thierry Henri :

Sans parler de notre voisin de palier…

Des manifestations anti-impôt

Une agitation frénétique s’est emparée de la rue et des plateaux médiatiques de France et de Navarre : le motif est une hausse des prix de l’essence, fruit d’une augmentation des cours du pétrole, sur le sacrosaint marché, et des taxes y afférentes dans un objectif écologique de rendre plus chères les énergies dîtes « carbonées ». L’objectif est plus qu’atteint puisque du coup une partie de la population manifeste dans la rue contre cette ponction de son « pouvoir d’achat ». Evidemment les plus défavorisés souffrent plus de ce genre de mesures que ceux qui le sont moins, c’est une vieille histoire, comme le disait naguère Snoopy (et Francis Blanche d’ailleurs) : « mieux vaut être riche et en bonne santé que pauvre et malade ».

Alors un certain nombre de citoyens, souvent ceux qui habitent en banlieue ou en province, sans tellement d’alternatives à l’utilisation de leur voiture pour aller travailler ou faire des courses, bloquent les routes et les ronds-points, marchent vers Paris aux cris de « Macron démission ». Ils réclament l’abolition de ces taxes qui amputent leur pouvoir d’achat. Bien entendu ceux qui peuvent absorber les conséquences économiques cette mesure se gardent bien de s’en féliciter pour ses effets bénéfiques.

Au niveau macro-économique ces augmentations auront évidement des effets car ceux qui voyagent, favorisés comme défavorisés, vont arbitrer leurs modes de transport en fonction de leurs coûts respectifs, voire même contre d’autres postes du budget familial pour les moins avantagés. Alors pour faire passer la pilule et tenter de calmer les manifestants, le gouvernement applique ce qu’il fait depuis des années et s’apprête à rendre à certains ce qu’il prendra en plus aux autres. Ainsi va la loi des transferts qui font grimper les dépenses publiques françaises depuis des décennies.

Les contestataires du jour se griment avec les gilets jaunes désormais obligatoires dans les automobiles. Ils manifestent un peu partout, se font infiltrer par des casseurs à l’occasion, réclament tout et son contraire et s’affrontent à la grande règle de la fiscalité qui, depuis des millénaires, veut qu’il vaut mieux tondre un peu tout le troupeau de moutons que de tondre uniquement mais complètement les boucs du troupeau. C’est de la statistique, pas toujours compatible avec l’équité. La spécificité française, outre le déni de cette loi statistique, est que les citoyens veulent à la fois payer moins d’impôts et voir les politiques et services publics se développer. Il suffit de « faire payer les riches » et l’on revient à notre loi statistique…

Cowboy Junkies sort un nouveau disque

Le très beau nouvel album des Cowboy Junkies est disponible et le groupe est en tournée en Europe, sans arrêt en France malheureusement. Comme souvent avec ce groupe canadien-anglophone il y est beaucoup question de désillusion et de la dévastation du temps qui passe, le résultat est magnifique, toujours porté au plus haut par la voix sublime de Margo Timmins :

Welcome to the age of dissolution
The days of death and anger
Old ideas become stronger, welcome

Welcome to the days of wine and roses
To the time of lost pursuits
New ideas taking roots… welcome, welcome…

Wauquiez dans tous les râteliers

Alors qu’un projet de loi sur l’ouverture de la procréation médicale assistée (PMA) aux couples homosexuels se prépare, Laurent Wauquiez rappelle quelques vérités devant un parterre catholique-conservateur de l’organisation Sens commun en expliquant que cette PMA qui existe depuis plusieurs décennies pour les couples hétérosexuels serait immanquablement étendue aux couples gays à partir du moment où le mariage de ceux-ci avait été légalisé. C’était écrit et c’est probablement ce qui va se passer, en ceci il n’avait pas tout à fait tort. Le problème avec ce garçon c’est que depuis qu’il a abandonné la philosophie pour la politique, il a perdu toute mesure et n’a pu s’empêcher d’assimiler la PMA de mener à l’eugénisme et au nazisme, ce qui a déclenché un peu d’émotion sur les plateaux télévisés fréquentés par le microcosme mondain, mais aussi des soignants pratiquant la PMA ainsi que les patients en bénéficiant.

Wauquiez s’adressait à un auditoire conquis qui avait déjà entendu Sarkozy, son ex-mentor, envisager de revenir sur le mariage pour tous. Il a eu son petit succès. Comme d’habitude il a dérivé vers la déraison et sa comparaison avec le nazisme n’a pas de sens et sans doute peu d’efficacité politique. Les militants de Sens commun ne veulent pas de la PMA ni de l’avortement car ces actes sont contraires à leur interprétation de la parole du Dieu auquel ils croient. Ils n’ont pas besoin de l’épouvantail du nazisme pour rejeter ces actes. Par contre les conservateurs et les centristes de droite peuvent être effrayés par un tel manque de sérénité d’un prétendant au pouvoir suprême. On se demande d’ailleurs si Wauquiez se laisse déborder par son bavardage de café du commerce ou si son discours est autocontrôlé ?

Ceci étant dit le débat sur l’extension de la PMA mérite d’être mené car quoi que l’on en dise, l’étape suivante sera la GPA (gestation pour autrui). C’est écrit également et cela ne sert à rien que de vouloir cacher cet agenda, sinon attiser les haines et les soupçons. Oui il y a un risque d’eugénisme, ou en tout cas de choix génétiques qu’il faut anticiper et encadrer, oui il y a une possibilité de dérives commerciales concernant l’acte de procréation, etc. Ce débat mérite de l’intelligence et de l’éthique comme on en usa lors des discussions sur les différents textes de loi sur la fin de vie. Il faudrait donc exclure les Wauquiez & co. de ce type de discussions. C’est hélas démocratiquement impossible.

King Crimson – 2018/11/16 – Paris l’Olympia

L’Olympia nov. 2018 – Robert Fripp photographié par Tony Levin

King Crimson de retour à l’Olympiapour trois concerts dans le cadre de cette tournée entamée en 2014 et rebaptisée « European Fall Tour 2018 ». Robert Fripp et les siens déroulent une setlist enrichie d’extraits de Lizard sans doute plus joués depuis longtemps ; magnifique troisième album du groupe, sorti en 1970 et d’inspiration très jazzy. Jon Anderson, le chanteur de Yes, chantait sur Prince Rupert Awake, ce soir il sera remplacé par la guitare de Fripp, magnifique ! Les King Crimson sont éternels.

Setlist :

Set 1 : Drumsons/ Larks’ Tongues in Aspic, Part One (with « La Marseillaise » snippet)/ Suitable Grounds for the Blues (with Jeremy Stacy piano intro)/ One More Red Nightmare/ Epitaph/ Red/ The Letters/ Sailor’s Tale/ Moonchild (including Bass, guitar and piano cadenzas)/ The Court of the Crimson King (including Coda)/ Discipline/ Neurotica/ Indiscipline/

Set 2 : CatalytiKc No. 9/ The ConstruKction of Light/ Fallen Angel/ Cirkus/ Lizard (Bolero, Dawn Song, The Last… more )/ Interlude (Guitar only, as an outro to Prince Rupert’s Lament)/ Cadence and Cascade/ Radical Action (To Unseat the Hold of Monkey Mind) (partial)/ Radical Action III/ Meltdown/ Radical Action II/ Level Five/ Encore : Starless



Le cubisme au centre Pompidou

George Braque, Le Viaduc à l’Estaque – 1908

Braque, Picasso, Fernand Léger, Delaunay (Robert et Sonia), le centre Pompidou de Beaubourg revient à la fondation du cubisme au début du XIXème siècle. Apollinaire écrivait :

« Le cubisme authentique, si l’on veut s’exprimer d’une manière absolue, serait l’art de nouvelles constellations avec des éléments formels empruntés, non à la réalité de vision, mais à celle de la conception. »

En 1908 un critique décrit les toiles de Braque comme « des schémas géométriques, des cubes » ; le cubisme est né, il va inspirer une époque, ses peintres et ses sculpteurs, un mouvement va infuser les artistes de ce temps en cassant les lignes et les habitudes. Cette exposition retrace et illustre cette histoire avec des toiles qui ne déclenchent pas vraiment d’émotion esthétique. C’est le cubisme…

Total in love with Morcheeba

Comme à son habitude, Skye, la chanteuse de Morcheeba, a retourné le Trianon ce soir par son sourire, sa grâce, son charme et son chant sublime. Leur nouveau disque s’appelle Blaze Away.

Setlist : Never Undo/ Friction/ Neveran Easy Way/ Otherwise/ The Sea/ Part of the Process/ Blaze Away/ TriggerHippie/ Blood Like Lemonade/ Slow Down/ Summertime (George Gershwin cover)/ Paris sur Mer/ Let’s Dance (David Bowie cover)/ Blindfold/ Let Me See

Encore : Sweet L.A./ Rome Wasn’t Built in a Day

La minute de silence à la radio

En ce jour de commémoration du centenaire de l’armistice de la guerre de 14-18, les journalistes de radio s’écoutent parler en commentant un défilé de dirigeants mondiaux sur le pavé parisien. Mais il y a une chose qu’ils n’aiment pas c’est la minute de silence propre à ce genre de cérémonie. Une minute de silence  nécessite en principe… le silence, c’est-à-dire se taire, fermer sa bouche, mettre ses cordes vocales au repos pour 60 secondes. Se taire pour un journaliste c’est une maladie honteuse, alors généralement au bout de 15 secondes ils reprennent la parole pour aligner les banalités qu’ils affectionnent. Ainsi va notre société qui privilégie la communication sur le fond.

Les caravanes passent…

L’Amérique latine connaît elle-aussi ses flux de migrants quittant des pays pauvres (Honduras, Guatemala et autres confettis d’Amérique centrale) pour espérer rentrer aux Etats-Unis d’Amérique, pays riche. Depuis quelques semaines ils ont monté des « caravanes »de plusieurs milliers de personnes remontant à pieds vers le Nord dans l’espoir de forcer la frontière américaine. Les dangers sont moindres que pour les migrants tentant de traverser la Méditerranée pour rentrer en Europe mais ils ne sont pas absents. Les membres de ces caravanes se font copieusement piller et racketter par les citoyens des pays qu’ils traversent et les femmes sont souvent forcées de délivrer des « services sexuels » pour poursuivre leur route. C’est un peu comme Mme. Michu à Paris qui en 1940 dénonçait son voisin juif pour pouvoir s’approprier son commerce ; pas très brillant mais ainsi va la condition humaine.

Evidemment, tout ceci est du pain-béni pour les conservateurs américains qui communiquent sur le grand-remplacement avec la subtilité d’un Eric Zemmour sur un plateau télé de variétés. En période d’élections législatives pour le renouvellement du sénat et de la chambre des représentants, la Mme. Michu de l’Amérique profonde vote pour le parti républicain avec détermination d’autant plus que le président annonce l’envoi de l’armée pour renforcer la frontière avec le Mexique et annonce qu’elle pourrait faire feu si les migrants montrent de l’agressivité. Zemmour va demander l’asile au Texas…

En réalité les pays riches sont confrontés à l’exigence d’accès à leurs territoires toujours plus forte venant des pays pauvres. Si l’on exclut le cas des réfugiés répondant à une autre logique, il y a dix ou vingt ans les travailleurs maliens rentraient en France de façon illégale mais discrète et espéraient qu’au bout du compte ils pourraient régulariser leurs situations, ce qui était souvent le cas. Il en allait de même pour les « latinos » pénétrant illégalement aux Etats-Unis. Aujourd’hui les flux des pays les moins avancés vers les pays riches, émigrant pour améliorer leur situation économique, ne semblent pas beaucoup plus importants en nombre de personnes qu’il y a vingt ans mais la revendication est désormais tonitruante. L’entrée sur le territoire riche est quasiment considérée comme un droit, consciemment ou pas, peut-être comme une compensation à l’inégalité frappante et croissante des niveaux de richesse respectifs. L’une des causes de cette inégalité est locale mais la politique des Etats-Unis n’est pas exempte de tout reproche à cet égard. On pourrait d’ailleurs en dire largement autant de la responsabilité passée de la France dans la gestion des pays africains de départ.

Le cas du Honduras est caractéristique, rongé par la corruption, la mauvaise gouvernance, le trafic de drogue de mafias barbares, il fut aussi un proconsulat de la politique américaine de lutte contre le communisme dans les années 70/80’ laissant des ravages profonds dans le système politique de ce pays. Alors ses citoyens s’estiment en droit d’émigrer aux Etats-Unis sans suivre la voie légale qui leur serait de toute façon refusée. C’est une espèce de migration pour solde de tout compte…

Le problème est que cetteexigence se heurte à la zemourisation des élites de nombre des pays riches dont les électeurs ne voient pas pourquoi ils devraient partager leur niveau de vie avec des va-nu-pieds. C’est une vielle histoire et les dirigeants démocratiquement élus sont bien obligés de prendre en compte aussi les revendications de Mme. Michu, qu’elle habite le Minnesota ou Nice. Le chemin est étroit entre l’action intelligente et le populisme. Il n’y a pas de réponse évidente une fois que l’on a dit qu’il faudrait favoriser le développement économique des pays de départ pour que leurs citoyens n’aient pas le besoin de les fuir…Quel que soit le jugement moral que l’on porte sur la légitimité de ces flux de migration économique il est maintenant incontestable qu’ils gangrènent le débat politique dans les pays riches et font évoluer progressivement les démocraties vers le bord du gouffre. On ne sait pas encore qui sera gagnant à la fin de la partie, sans doute pas la Raison.