Copinages et petits services rendus

Alain Juppé, 73 ans, haut-fonctionnaire qui fut attiré par le chaudron de la vie politique, actuel maire de Bordeaux, est annoncé comme candidat à un poste au conseil constitutionnel. Le bail est de 9 ans, ce qui l’emmènerait jusqu’à 82 ans s’il va au bout. Le garçon, plutôt conservateur, a connu des hauts et des bas dans cette arène politique pour laquelle il n’était manifestement pas calibré. Il a beaucoup démissionné au cours de sa carrière.

D’abord du poste de premier ministre de Jacques Chirac, après la plus incroyable mauvaise décision de la Vème République : la dissolution de l’assemblée nationale en 1997 qui donna la majorité aux opposants socialistes qui le remplacent par Lionel Jospin.  Il avait auparavant en 1995 du rendre les clés d’un appartement appartenant à la mairie de Paris qu’il louait à loyer inférieur au marché, de même que son fils pour un autre appartement à la même adresse.

En 2004 il est forcé à démissionner de toutes ses fonctions électives et de la présidence du parti UMP suite à une condamnation en appel à 14 mois de prison avec sursis et 5 années d’inéligibilité pour avoir trempé dans l’affaire dîtes des « emplois fictifs de la mairie de Parus », en gros, le détournement de l’argent des contribuables parisiens pour payer des personnes qui n’y travaillaient pas.

Puis en 2007, redevenu maire de Bordeaux, il démissionne pour prendre un poste de ministre du président Sarkozy (après avoir promis aux bordelais que jamais il ne les quitterait, même pour un maroquin à Paris), poste dont il démissionnera quelques semaines plus tard suite à sa non réélection comme député.

Après avoir réintégré la mairie de Bordeaux, son refuge, il en redémissionne en 2011, de nouveau pour maroquin ministériel parisien aux Affaires étrangères. Le voici qui va encore démissionner aujourd’hui de la mairie de Bordeaux cette fois-ci pour rejoindre le conseil constitutionnel.

Il n’a pas été plus mauvais que bien d’autres, de droite, du centre comme de gauche, mais il a fait preuve d’une grande instabilité dans ses choix et toujours considéré la mairie de Bordeaux comme son dû qu’il pouvait quitter ou réintégrer selon son bon vouloir. Juppé est le représentant d’une génération politique qui doit passer la main. A 73 ans on peut raisonnablement se demander « à quoi peut donc bien servir un Alain Juppé au conseil constitutionnel » ? Sans doute à pas grand-chose, en tout cas pas de quoi justifier une énième démission de la mairie de Bordeaux avant l’échéance du mandat pour lequel il a été élu. Il aurait été plus honorable qu’il aille au bout puis prenne tranquillement sa retraire. Ce n’est pas son choix et il rempile pour un mandat censé l’emmener jusqu’à 82 ans… Ironie de l’histoire, il va succéder à un ancien premier ministre, comme lui : Lionnel Jospin 81 ans, au sein d’une institution présidée par un autre ancien premier ministre : Laurent Fabius, 72 ans. Aucun d’entre eux ne présente de compétence particulière en droit constitutionnel. Les mauvaises habitudes perdurent et Juppé, hélas, ne sera pas le seul repris de justice à siéger dans la plus haute institution juridique française.

Juppé et Sarkozy

Bassesses et règlements de compte politiques

Le journal Le Monde publie une série de cinq articles sur l’autodestruction de la droite française lors des élections présidentielles de 2017. Il est vrai qu’elle fut un modèle du genre qui restera dans les annales de la politique nationale !

Jean-Louis Debré (75 ans), fils de Michel, auteur de romans de gare, et, accessoirement, ancien magistrat, ministre et président du Conseil constitutionnel, est interrogé par les journalistes et assène quelques sentences lapidaires du genre :

Sarkozy, c’est un chef de bande de banlieue. Fillon, c’est le beauf de province, fils de notaire, que la fille du médecin bourgeois a envie d’épouser.

Jean-Louis Debré, auteur de romans de gare

On a tendance à croire que ce jugement est sans doute réaliste mais quelle haine, quel ressentiment, quelle volonté de vengeance animent ces politiciens pour continuer à dégoiser, à 75 ans, sur un ancien président de la République et son premier ministre, qui plus est de la même tendance politique que leur calomniateur ! M. Debré n’a-t-il rien de mieux à faire que de donner cette terrible image de son monde politique ? Même ses romans de gare sont moins ravageurs pour la culture française que ses confidences de café du commerce sur le duo qui a gouverné la France cinq années durant le sont pour la politique. Il serait intelligent de laisser ces jugements à l’emporte-pièce à Charlie-Hebdo, il est très malsain que des personnages, anciens élus, anciens dirigeants, se croient autorisés à de pareilles assertions. C’est dévastateur et situe le niveau du débat politique tel que le conçoit cette génération en train de s’éteindre.

A 75 ans, M. Debré doit se consacrer à ses romans et cesser de polluer son pays et la Raison, c’est le sens de l’Etat qui l’exige.

Italie-France, la désastreuse valse des ploucs

Les dirigeants italiens se chamaillent avec leurs homologues français et le niveau du débat relève d’un concours de première année de maternelle à celui qui fera pipi le plus loin dans la cour des enfants. Il y a du vrai dans les agressions verbales échangées de chaque coté mais elles sont d’un niveau terriblement consternant venant d’élus européens de deux pays de la vieille Europe.

Les transalpins font comme ils le sentent mais la France s’honorerait à ne pas provoquer leurs réactions sanguines avec de permanentes leçons de morale sur leurs déficits budgétaires ou leur gestion des flux de réfugiés. Mais si le mal fait et que élus français n’ont pas pu s’empêcher de s’occuper de ce qui ne les regarde pas chez leurs voisins au lieu de se consacrer à leurs affaires nationales, le mieux serait de traiter les réactions italiennes par l’indifférence, elles devraient ainsi s’éteindre tout naturellement et à très court terme.

Ce n’est pas l’option qui a été choisie après qu’un ministre italien soit venu rencontrer en France les émeutiers qui agitent l’hexagone depuis plusieurs mois. Du coup la République rappelle son ambassadeur à Rome. On ne va sans doute pas déclarer la guerre à l’Italie alors ces réactions diplomatiques font partie de l’arsenal pacifique disponible, il y aura un peu moins de petits-fours pendant un temps dans les palais romains et tout ce petit monde diplomatico-mondain se retrouvera bientôt sous les ors du Palais Farnèse pour échanger sur les nouvelles de leur microcosme ! Le monde politique français s’engouffre dans la brèche ouverte par les ploucs et commente ce qui n’a que peu d’intérêt. Chacun se positionne sur le conflit verbal et raccroche ses wagons à un train ou l’autre, rabaissant autant que faire se peut le niveau du débat. Qu’ils retournent à leurs dossiers nationaux, ils sont payés par les contribuables et leurs militants pour ce faire, pas pour ventiler sur l’inexistant.

Miro au Grand Palais

On se bouscule à la rétrospective Miro au Grand Palais ; le peintre espagnol-catalan il est vrai a beaucoup peint et vécu en France, il explique d’ailleurs dans une interview filmée montrée dans l’exposition que son atelier parisien rue Blomet a été un endroit clé dans son destin artistique et sa vie en générale, il n’est donc que bonne manière que Paris rende un hommage (fréquenté) à ce peintre.

Joan Miro (1893-1983) n’est pas à proprement dit un artiste d’abord facile, peinture, sculpture, gravure, céramique, il touche à tout guidé par son inventivité, picorant au hasard des grands mouvements artistiques de la première moitié du XXème siècle : le cubisme, le surréalisme, et bien d’autres. Il fréquente Picasso, les poètes et, surtout, suit son inspiration sans limites et sans cesse régénérée. On défile devant les murs du Grand Palais où se succèdent toiles et sculptures dont certains des commentaires affichés à côté des œuvres laissent rêveurs par leur lyrisme, les critiques d’art s’essayent de faire preuve d’autant de créativité que le peintre…

Formes et couleurs sont éclatantes, chacun y trouve ce qu’il cherche, il n’est pas forcément nécessaire d’intellectualiser l’esthétique. En ressortant on ne sait pas bien ce que l’on retiendra de cette exposition, peut-être seulement l’idée d’un homme qui a voulu casser les codes. Il fit partie de ces groupes d’artistes qui ont dynamité l’art et ses traditions, ils furent les punks de la peinture qui ont déclenché un mouvement qui ne s’est plus arrêté depuis. Grâce leur soit rendue ! 

Dorothea Lange ‘Politique du visible’ – Musée du Jeu de paume

Dorethea Lange

Dorothea Lange (1895-1966) fut une photographe américaine qui consacra sa vie à l’Amérique profonde confrontée aux grandes épreuves qui l’ont marquée, de la dépression des années 1929/30 jusqu’à la deuxième guerre mondiale et l’enfermement des populations d’origine japonaise. Ses reportages, parfois commandés par le gouvernement américain qui voulait constituer des archives des grands évènements d’une époque déjà bien ouverte à la photographie, sont extrêmement soignés, mis en scène. Ils constituent une plongée sociologique dans une Amérique réelle, celle de la misère et d’une sorte d’abnégation des populations face à des drames que finalement elles vaincront collectivement. Mais les photos d’individus sont le plus souvent oppressantes : foules de chômeurs urbains, fuite de paysans devant la sécheresse, familles en route vers nulle part sur des routes rectilignes et désertes, une malheureuse valise à la main, portraits de visages ravinés par le soleil et la tristesse, maisons abandonnées dans le désert… Le noir et blanc accentue le coté tragique de ces instants prélevés sur une population désespérée.

Le reportage sur les camps d’internement où furent enfermés 150 000 personnes, de nationalité américaine ou non, mais toutes d’origine japonaise, lorsque les Etats-Unis entrèrent en guerre contre le Japon en 1941 par suite de l’attaque de Pearl Harbor. Ce qui marque dans les photos est que cette population semble plutôt bien mise et intégrée mais dû malgré tout abandonner en quelques jours ses biens et son environnement pour se retrouver dans des camps dont ils ne purent sortir qu’à la fin de la guerre. Les tirages de Lange sont touchants en ce qu’ils transmettent la discipline, et on dirait même la confiance, un mélange de résignation et de dignité qui émanent de ces populations asiatiques. Ses photos furent jugées un peu trop « révolutionnaires » et le contrat qu’elle avait signée avec le gouvernement fut résilié, les photos sont restées, heureusement. En 1988 le Congrès américain reconnut que ces internements n’étaient pas nécessaires pour la défense nationale, présenta ses excuses aux survivants et leur accorda une compensation financière.

En déambulant dans cette bouleversante exposition on pense bien sûr aux romans de Steinbeck, mais aussi aux chansons de Bruce Springsteen dans l’album Nebraska qui dégagent la même beauté triste.

BADINTER Robert, ‘Idiss’.

Sortie : 2018, Chez : fayard.

Idiss est le nom de la grand-mère de Robert Badinter, ancien ministre de la justice sous François Mitterrand, à la stature morale incontestable et qui mit en musique l’abolition de la peine de mort en France voulue par le président. Idiss est aussi le titre du livre hommage à sa grand-mère que M. Badinter vient de publier.

Issue d’une famille juive d’Europe orientale, de Bessarabie plus exactement (aujourd’hui la Moldavie) la grand-mère et ses enfants, dont la future mère de Robert, encore enfant à cette période, décident d’émigrer vers l’Ouest devant la multiplication des pogroms antisémites dans l’empire russe. Et c’est finalement à Paris qu’ils poseront leurs sacs et leurs destinées. Ils y vivront les affres d’un XXème siècle tragique et paieront un lourd tribu à cette barbarie qui les poursuivit jusqu’en Europe occidentale.

Ce livre raconte de façon émouvante le destin de cette famille et tout particulièrement le parcours d’Idiss qui n’avait jamais quitté son « yiddishland », ne parlait bien sûr pas un mot de français, mais qui, poussée par sa foi, son étoile et une inébranlable énergie déplaça sa famille vers la patrie des droits de l’Homme qu’elle croyait un abri sur pour les siens.

Tout ce petit monde se lança dans des activités diverses à une époque où la volonté suffisait généralement pour subvenir, même modestement, aux besoins des siens. Les enfants intégrèrent l’école de la République avec le destin que l’on sait pour Robert. Plus que tout ils étaient attachés à la République et ses valeurs, leur choc fut rude lorsqu’ils la virent s’effondrer en 1940. Leur confiance dans la France les rendit incrédules devant les persécutions de juifs qui commençaient à se mettre en place sous l’aval du gouvernement français.

Ils pensaient trouver la paix et la laïcité sous la bannière tricolore mais il n’en fut pas ainsi, le gendre d’Idiss, Simon Badinter, le père de Robert, mourut en déportation ainsi, que son fils Naftoul. Elle-même s’éteignit à Paris durant la guerre alors que sa fille chérie et ses deux petits-fils étaient passés en zone « libre » où régnait encore une sécurité précaire pour les juifs.

Ce récit reconstitué par Robert à partir des souvenirs de sa famille et les siens propres (il est né en 1928) est la touchante histoire d’une famille malmenée par l’Histoire qui traversa l’Europe pour fuir la barbarie mais s’y heurta néanmois ce qui n’empêcha pas ses membres survivants de… survivre et de réussir. C’est un bel hommage à cette grand-mère qui mena sa tribu vers la vie.

SMITH Patti, ‘Dévotion’.

Sortie : 2018, Chez : Gallimard.

Patti Smith continue ses incursions dans le roman avec cette nouvelle : « Dévotion » , consacrée à l’histoire d’une jeune patineuse passionnée, dans l’Europe du Nord où elle échoua après que ses parents la firent fuir de l’Estonie où ils habitaient, en proie aux misères soviétiques. Elevée par une tante belle et généreuse, elle est pure comme la glace qu’elle hante lorsque l’hiver gèle le lac à coté de sa maison, jusqu’à ce qu’un homme plus âgé la prenne sous son aile et l’emmène sur les traces de Rimbaud à la poursuite de ses phantasmes de poésie vers l’Est de l’Afrique. Elle en reviendra seule, toujours à la recherche de ses origines qu’elle pensait trouver sur la glace. La fin est ouverte à l’imagination du lecteur, probablement tragique.

Patti Smith illustre ce livre de ses habituelles photos noir-et-blanc et une longue introduction-divagation sur le processus de l’écriture dans lequel elle convoque ses souvenirs et les écrivains, poètes et philosophes de sa vie.

La nouvelle n’est que la dernière étape de cette longue et poétique pérégrination que suit Patti Smith depuis « Horses », qui l’a menée de la scène rock-underground de New-York des années 70′ à la maison Gallimard en ce XXIème siècle déjà bien entamée. C’est aussi l’histoire de nos vies et elle nous fait la grâce de nous accepter avec elle !

L’esprit et la lettre

A l’occasion d’une cérémonie de galette des rois au palais de l’Elysée avec des artisans de la boulangerie de 11 janvier, le président de la République, insistant sur l’intérêt de la formation professionnelle, a notamment déclaré dans son discours :

Notre jeunesse a besoin qu’on lui enseigne un métier, des gestes, des savoirs, le sens de l’effort et le sens de cet engagement qui fait qu’on n’a rien dans la vie s’il n’y a pas cet effort.
Les troubles que notre société traverse sont aussi parfois dus, liés au fait que beaucoup trop de nos concitoyens pensent qu’on peut obtenir sans que cet effort soit apporté. Parfois on a trop souvent oublié qu’à côté des droits de chacun dans la République – et notre République n’a rien à envier à beaucoup d’autres – il y a des devoirs. Et s’il n’y a pas cet engagement et ce sens de l’effort, le fait que chaque citoyen apporte sa pierre à l’édifice par son engagement au travail, notre pays ne pourra jamais pleinement recouvrer sa force, sa cohésion, ce qui fait son histoire, son présent et son avenir.

Emmanuel Macron – président de la République

Et aussitôt s’est déclenché un déluge de commentaires et d’appréciations agressives sur ces quelques phrases qui marqueraient l’arrogance de son auteur et son éloignement des préoccupations « du peuple ». De l’extrême droite à la gauche, tout le monde tombe sur ce président en interprétant ce qu’il dit comme une « insulte contre son peuple (Florian Philippot) »… Qui pourrait ne pas être d’accord avec ces assertions qu’il faut effectivement rappeler aux jeunes? Le mieux pour les commentateurs serait de s’en tenir à la lettre des déclarations !

L’accord de Brexit refusé par le parlement britannique

Charlie Hebdo – Riss

Le parlement britannique a rejeté ce soir l’accord « raisonnable » qui avait été négocié entre Londres et l’Union européenne. Comme c’était à craindre, une majorité s’est retrouvée pour voter non au projet, ceux qui trouvaient l’accord trop mou se sont ligués avec ceux qui le pensaient trop dur. On se retrouve quasiment au point de départ d’il y a deux ans, personne ne sait bien ce qui va se passer désormais car, bien entendu les parlementaires qui ont voté contre l’accord n’ont pas de projet alternatif. Ils ont fait preuve de la même irresponsabilité que les dirigeants de rencontre qui en 2016 ont eu l’idée saugrenue d’organiser un référendum sur le maintien dans l’Union que tout le monde pensait gagné d’avance, mais il fut perdu et commença alors la débandade sans fin des dirigeants, des parlementaires, des partis politiques et des électeurs.

Finalement les dés en sont presque jetés, peut-être qu’une sortie de l’Union sans accord précis mettra les britanniques au pied du mur pour reconstruire leur avenir. Ce sera sûrement violent sur le court terme mais à plus long terme peut-être profitable pour le Royaume comme pour l’Europe ? Dans 15 ou 20 ans il sera toujours temps d’en faire le bilan. Aujourd’hui on plonge dans l’inconnu. La situation était trop complexe et sensible pour donner lieu à un plan de bataille ordonné, espérons que le chaos sera à terme créateur de développement. L’incertitude effraye toujours l’environnement, spécialement économique, mais parfois le désordre pousse à la responsabilisation. On ne peut pas dire que la classe politique britannique ait fait preuve de beaucoup de rationnel dans la façon dont a été provoquée puis gérée cette affaire majeure pour l’avenir du continent mais il est sans doute temps aujourd’hui de changer d’équipe pour mener la suite. Le pire n’est jamais sûr !

A l’Est la guerre sans fin 1918-1923 au Musée de l’Armée

Le musée de l’Armée rappelle à ceux qui l’avaient oublié qu’après l’armistice de 1918 qui mit fin aux combats sur le front de l’Ouest, principalement entre l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, les belligérants continuèrent à s’affronter à l’Est alors que le démantèlement des empires austro-hongrois et ottoman, les perdants, se déroulait. Cette passionnante exposition explique à grand renfort de cartes animées comment l’Europe a été remembrée dans la douleur après l’armistice de novembre 1918 et la grande violence de l’affrontement des alliés contre l’Allemagne. Les traités qui se succèdent, la création de nouveaux pays, les déplacements de populations, la lutte de l’Ouest contre les bolchéviks, les turcs contre les grecs, bref, la guerre qui continue à l’Est jusqu’à 1923 et sème les germes de la suivante qui sera encore plus dévastatrice.

On y redécouvre l’essentiel que l’on n’aurait jamais dû oublier pour comprendre le présent : la Pologne comme toujours ballotée entre les empires et terre de passage des armées, la France qui occupe Odessa et Constantinople, la Turquie qui termine le massacre des arméniens et se bat avec la Grèce, les Freikorps en action (ancêtres des SS nazis) pour écraser le mouvement communiste allemand mais aussi pour se battre contre bolchéviks dans les pays baltes et en Pologne, etc. etc.

L’Europe des empires laisse la place dans la douleur à l’Europe des nations placée sous le principe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » défendu bravement par le président américain Woodrow Wilson. Ce noble objectif sera finalement assez peu suivi pour reconstruire le continent pendant que la guerre civile en Russie fait des millions de morts. La Société des Nations sera balayée par les nationalismes et la volonté de revanche des empires déchus, la sécurité collective censée résulter de cette Société multilatérale sera un leurre. Tout ce petit monde réarmera pour mener de nouveaux les peuples à se déchirer dans la deuxième guerre mondiale à partir en 1939, sommet de barbarie et fin durable de toute notion d’humanité. Notre vieille Europe, patrie de Descartes, Kant et Brahms commettra les atrocités les plus sordides jamais vues contre le genre humain.

CAMUS Albert, ‘Le premier homme’.

Sortie : 1994, Chez : Gallimard.

Voici, 35 ans plus tard, la publication du roman trouvé à l’état de projet (déjà bien avancé) dans la voiture le jour où Camus s’est tué d’un accident de la route le 4 janvier 1960. Remis en forme par sa femme Francine, puis leur fille Catherine, le roman à peu près autobiographique est sorti tel qu’il a été trouvé, avec des blancs laissés pour signifier les mots illisibles dans le manuscrit, des erreurs, de noms par exemple, qui auraient évidement été corrigées dans une version définitive. Ce parti pris éditorial un peu frustrant est vite oublié dès que le lecteur se trouve emporté par la magie de l’écriture. Ce livre explique la vie des colons pieds noirs arrivés au début du XXème siècle sur cette terre aride. Certains avaient été sur les barricades de la Commune de 1870, d’autres devaient refaire leur vie, tous se sont retrouvés seuls dans un monde difficile où tout fut à construire à partir de rien au milieu de la sécheresse, des fièvres, pas encore vraiment de l’hostilité des habitants mais celle-ci ne tardera pas à se manifester. Nombreux sont ceux qui moururent dans ce far-west maghrébin de maladie, d’épuisement, de l’absence de soins minima, bref c’était un défi, celui de toute conquête finalement !

Et dans ce contexte un petit garçon né dans le bled verra son père partir pour la guerre de 1914-18 et n’en pas revenir. Elevé ensuite à l’école de la République à Alger, affectueusement couvé par une mère analphabète (d’origine espagnole) et silencieuse, dans le deuil permanent de son mari mort pour la France, d’une grand-mère autoritaire et d’oncles fantaisistes, il devra à l’affection de sa famille et à la persévérance de son maître d’école de passer au collège alors qu’il était plutôt prévu de le mettre au travail pour qu’il contribue aussi aux besoins d’une famille modeste où tout était compté. C’est évidemment de Camus dont il est question et la lettre qu’il adressa à son maître après la remise de son prix Nobel en 1957 est ajoutée dans les annexes, comme une réponse que celui-ci lui fit quelques années plus tard. Le personnage de Jacques Cornery revient en Algérie, adulte, pour visiter sa mère qui y est restée. Il est à la poursuite de son père qu’il n’a jamais connu, il n’en retrouvera pas grand-chose sinon l’amour infini que sa femme lui portait et qui s’exprime par le silence dans lequel elle s’est recluse depuis toutes ces années.

Mais finalement il n’y avait que le mystère de la pauvreté qui fait les êtres sans nom et sans passé, qui les fait rentrer dans l’immense cohue des morts sans nom qui ont fait le monde en se défaisant pour toujours.

Ce livre est émouvant, d’abord car il fut le dernier de cet immense auteur décédé si stupidement, mais surtout par la tendresse qui de dégage des récits de la vie « ordinaire » de cette famille de pieds noirs, loin des polémiques sur la colonisation généralement attachées à tout ce qui se rapporte à l’Algérie. Les liens avec cette mère si mystérieuse sont détaillés de façon bouleversante et illustre oh combien ce rapport surnaturelle entre une mère et ses enfants. La vie de ces gamins de familles pieds noirs dans les écoles d’Alger ressemble à celle de n’importe quels enfants dans un village de France mais elle est enchantée par l’écriture, si douce, précise et tendre.

Nous sommes avec Camus et donc au-delà de cette introspection familiale, il nous parle de nous, de l’existence et des humains qui la composent, de la condition des gens de rien qui font le monde et lorsque qu’il évoque la recherche du père qu’il n’a pas connu, il aboutit aux cimetières français d’Algérie mais c’est encore pour nous raconter notre histoire :

…les hommes nés dans ce pays qui, un par un, essayaient d’apprendre à vivre sans racines et sans foi et qui tous ensemble aujourd’hui où ils risquaient l’anonymat définitif et la perte des seules traces sacrées de leur passage sur cette terre, les dalles illisibles que la nuit avait maintenant recouvertes dans le cimetière, devaient apprendre à naître aux autres, à l’immense cohue des conquérants maintenant évincés qui les avaient précédés sur cette terre et dont ils devaient reconnaître maintenant la fraternité de race et de destin.

C’est un véritable bonheur de la lecture. Cet ouvrage devait avoir une suite que nous ne lirons jamais, hélas !

Les avantages collatéraux des émeutes

Devant les risques de perturbations par les émeutiers des cérémonies traditionnelles des vœux du président de la République à toute une palanquée de corps constitués : les ambassadeurs, la presse, les représentants des religions, les uns et les autres, ces cérémonies inutiles et couteuses ont été annulées, sauf pour ce qui concerne l’armée qui aura droit quand même à sa cérémonie de vœux, ce qui est aussi bien.

C’est un avantage collatéral inattendu et bienvenu des émeutes en cours, ces cérémonies duraient des semaines, ne servaient sans doute pas à grand-chose et mobilisaient un nombre très important de fonctionnaires et de dirigeants. Tout ce petit monde pourra cette année travailler au lieu de perdre son temps à babiller devant des montagnes de petits-fours. C’est une grande avancée et une économique symbolique pour la République. A renouveler les prochaines années, si possible sans y avoir été contraint par la rue mais juste guidé par le bon sens.

La justice japonaise

L’emprisonnement en garde à vue au Japon du pédégé du constructeur automobile Nissan, Carlos Gohsn, pour soupçons de malversations financières au détriment de l’entreprise qu’il dirigeait, permet de réaliser ce dont est capable une justice de choc qui ne plaisante pas. Les délinquants en col blanc peuvent rester en prison des mois pour attendre leur jugement et c’est ce qui est train de se produire pour ce pédégé. A chaque fois que la fin de sa garde à vue approche de son terme, une nouvelle inculpation tombe et le garçon reste derrière les barreaux, a priori sans l’ombre d’un traitement de faveur.

Sans doute les (nombreux) responsables français qui accusent en permanence la justice nationale d’être « aux ordres du pouvoir », de « ne pas respecter la présomption d’innocence », et bla-bla-bla et bla-bla-bla, devraient regarder d’un peu plus près comment la chose judiciaire se déroule dans une démocratie comme le Japon, ils apprécieront peut-être un peu plus notre système national, sans doute perfectible mais aussi globalement respectueux des droits des droits des justiciables. La justice japonaise décidera de la culpabilité ou de l’innocence de M. Gohsn. Quoi qu’il ait fait, il devait savoir que travailler et vivre (au moins à épisodes) dans un pays étranger vous soumet aux lois et règlements dudit pays et qu’il convient de s’y plier si l’on ne pas encourir les foudres de la justice locale, surtout lorsqu’elle est sévère comme au Japon.

Le coût des émeutes

Les commentateurs et les agitateurs se gaussent du « soutien populaire » aux émeutes qui perturbent la République tous les samedis depuis maintenant deux mois, sans parler bien sûr du « soutien moral » que nombre de politiciens apportent à ces manifestations violentes en refusant de les condamner. Evidemment, les citoyens lambdas qui n’est pas présent sur les barricades assiste à toute cette contestation devant sa télévision qui excite son tropisme révolutionnaire. Le dimanche ou le lundi matin quand il sort de chez lui, tout a disparu : les rues ont été nettoyées par les services municipaux, les carcasses de voitures brûlées enlevées par les pompiers, les vitrines de magasins dévastées réparées au frais de commerçants, les blessés tranquillement soignés dans les hôpitaux publics financés par les cotisants, l’ordre à peu près maintenu par les fonctionnaires de police payés grâce à l’impôt. Ledit citoyen lambda ne réalise pas encore que c’est lui qui paiera l’addition le moment venu, qui la règle déjà d’ailleurs !

Une alternative, très théorique il est vrai, serait de laisser faire : laisser les émeutiers saccager les villes, laisser les carcasses de voitures brûlées au milieu des rues, laisser les poubelles brûler sur les trottoirs, laisser les rues dépavées, etc. Il n’est pas sûr dans ces conditions que le « soutien populaire » perdurerait très longtemps. Les politiciens pro-émeutes s’en prendraient alors au pouvoir pour son laxisme au lieu de l’accuser de provocation, il s’agirait juste d’un changement d’argumentaire, la cible restant la même.

Depuis des décennies le citoyen oublie qu’il est aussi contribuable, ce qu’il casse aujourd’hui il le paira demain, s’il demande une baisse des impôts il est difficile d’exiger dans la même phrase une hausse des dépenses publiques, etc. Ainsi va la France, le sursaut des élections présidentielles de 2017 semble s’estomper doucement dans les fumées des gaz lacrymogènes dans les rues des villes en fusion, hélas.

Ribéry : le retour

Le fouteballeur Ribéry refait parler de lui avec éclat. Le garçon était plutôt absent des conversations mais le revoici en tête de gondole ces derniers jours au sujet plus ou moins obscur d’un bifteck commandé dans un restaurant bling-bling de Dubaï et publié sur son compte Tweeter ! Quelques journalistes qui n’ont rien d’autre à faire que de consulter les tweets de Ribéry ont fait des commentaires qui ont déclenché l’ire du fouteu. Qu’on en juge : 

Le tout sous un bandeau clinquant qui permet de constater que le garçon a 222 mille suiveurs :

Le mieux serait que les journalistes qui bénéficient, rappelons-le, d’une niche fiscale équivalente à une subvention des contribuables pour exercer leur métier, fassent véritablement leur travail d’analyse et donc se déconnectent du compte Tweeter de Ribéry.

Les émeutes toujours

On a vu encore ce samedi des combats au corp à corp dans Paris et quelques autres villes françaises, entre des émeutiers et les forces de l’ordre. C’est d’ailleurs un miracle qu’il n’y ait pas plus de blessures graves, voire de décès, dans ces combats. On relève quand même à ce jour 10 morts par accident aux barrages mis en place par les émeutiers sur différents ronds-points et des centaines de blessés dont nombre sur les mêmes ronds-points ainsi qu’au cœur des émeutes.

Des commentateurs s’efforcent de séparer le bon grain de l’ivraie en cherchant à différencier les « manifestants pacifiques » des « méchants casseurs ». En fait il apparaît que la frontière est difficile à tracer dans ce melting-pot d’émeutiers qui manifestent le plus souvent sans déclaration préalable et en se rendant tout particulièrement sur les lieux où les forces de sécurité leur demandent de ne pas aller. On voit tout de même des milliers de personnes affronter des milliers de policiers et gendarmes, ce n’est pas à proprement parler des « manifestations pacifiques » ! Il y a aussi des casseurs professionnels et des pilleurs de rues qui s’en donnent à cœur joie, inspirés par des idéologies extrêmes ou juste le besoin de changer gratuitement leur aïePhone. Tous ce petit monde se mélange allégrement, se soutient sans trop de prévenance et conteste sur la même ligne toutes les institutions et, d’une façon générale, le pouvoir. C’est le vieil atavisme français pour la révolution et le « raccourcissement » du roi.

On reste donc avec une minorité d’émeutiers qui continue à jeter le trouble dans le pays en voulant imposer leur loi à la majorité. Ils ont déjà obtenu un transfert d’une dizaine de milliards pour l’année 2019 à payer par les contribuables en faveur des citoyens moins favorisés mais ce n’est pas assez. Comme le reste de la population l’abandon de tout sens de l’intérêt général les pousse à la violence encore plus facilement. Evidemment, on aimerait que ceux qui détruisent soient attrapés et condamnés à travailler gratuitement pour la République jusqu’à complet remboursement des dommages qu’ils ont causés. C’est un rêve, les contribuables paieront et les citoyens devront assumer le ralentissement économique généré par cette agitation qui perturbe la France depuis plusieurs mois. Le pouvoir n’arrive pas vraiment jusqu’ici à se dépatouiller de cette situation d’un type nouveau, au moins dans l’Histoire récente. La distribution des sous du contribuable n’a pas suffit à calmer les ardeurs des émeutiers comme c’est d’habitude le cas. Il y aura d’autres étapes !

Les émeutes continuent…

On ne dit plus : le huitième jour d’émeute d’une minorité de citoyens violents qui veulent imposer leurs vues à la majorité du pays en cassant sans compter les biens publics et privés dont les manifestations ont entraîné la mort par accident de déjà dix personnes ; on dit : « le huitième acte des gilets jaunes ».