Palais impérial de Compiègne


Le Château de Compiègne a accueilli tout ce que le pays a compté de têtes couronnées depuis Charles V et son achèvement en 1380. D’abord médiéval, il fut transformé par Louis XV puis son successeur Louis XVI puis les empereurs français. La République a mis bon ordre à toute cette royale gabegie, un peu clinquante sur les bords, et transformé ce palais en musée afin que les citoyens puissent se recueillir devant les cendres de la mégalomanie impériale. On y croise de nombreux touristes britanniques, sans doute à la recherche de ce qu’il ne faut pas faire pour maintenir une monarchie en état de marche.

Le visiteur déambule dans les appartements de Napoléon 1er et de Joséphine qui firent remettre en état le château après les dommages de la révolution de 1789. Napoléon III poursuivit la tradition et tout un petit monde lié au pouvoir impérial s’y réunit régulièrement, les diplomates mêlés aux scientifiques, les princes avec les artistes, pour chasser, deviser, écouter des concerts, assister à des pièces de théâtre, bref la vie de cette haute société qui fit progresser l’Histoire des hommes, souvent avec pertes et fracas.

Partie intégrante de cet édifice est le musée nationale de la Voiture dans lequel s’entasse une collection de véhicules hippomobiles du XVIIIème siècle jusqu’à l’apparition des premières automobiles motorisées dont l’on voit la Citroën à chenilles qui participa à l’expédition Citroën en Centre-Afrique dans les années 20 (la « Croisière Noire »), de Colomb- Béchar à Tananarive.

Berlin : l’Histoire à tous les coins de rue


Berlin

En déambulant dans Berlin il est difficile de ne pas se heurter à l’Histoire tragique du XXème siècle à tous les coins de rue. Des petits pavés de bronze ont été ajoutés devant les porches des maisons où résidaient des juifs assassinés, mentionnant leurs noms dates de naissance et de décès ; il y en a beaucoup… Le mémorial de la Shoah juste derrière Unter den Linden avec ses blocs de béton rappelle la tentative de destruction des juifs d’Europe. Le cadre enchanteur du lac de Wannsee ferait presque oublier que sur ses bords apaisés se tint en 1942 la réunion qui permit de finaliser les termes de la « solution finale de la question juive » voulue par Hitler. Un monument sur PostDamer Strasse rappelle la liste des camps d’extermination au bord d’une rafraichissante petite fontaine. Aux pieds du Reichtag, des pierres symbolisent les députés allemands qui ont tenté de résister à la barbarie. Une promenade dans Tiergarden ensoleillé nous fait nous rappeler que dans ces allées ombragées se sont déroulés de sinistres ballets d’espions durant la guerre froide à quelques pas des fusils de VoPos (Volkspolizei, la police du peuple est-allemand).

Berlin est au cœur de notre vieille Europe qui a tant créé mais tant dérivé. Avec une relative honnêteté le peuple allemand s’est tourné vers ce passé pour en admettre l’indicible et accepter sa culpabilité. Peu avaient commis de tels crimes mais aucun n’a assumé avec la même collective clairvoyance.

La Bièvre à Paris


Une sympathique petite association de quartier nous donne à revivre les 13ème et 5ème arrondissements parisiens historiques : http://www.13envues.fr/. Aujourd’hui c’est l’histoire la Bièvre qui est exposée à la Galerie théâtrale du 4 rue Wurtz. C’est aussi l’occasion de rééditer un livre du romancier Huysmans, écrivain contemporain de Zola qui commis un petit ouvrage sur ce fleuve qui coule encore dans les sous-sols de Paris après avoir été pollué durant des décennies par les tanneries du quartier des Gobelins alors qu’il évoluait à ciel ouvert jusqu’à son embouchure dans la Seine vers le quai d’Austerlitz.

Dessins, peintures et photos d’époque montrent cette rivière circulant dans Paris avant que, décidemment trop pollué, il soit décidé de le couvrir au milieu du XIXème siècle après la fermeture des manufactures de toile qui l’utilisaient comme déversoir de leurs saletés.

GENEVOIX Maurice, ‘Ceux de 14 (4/4) – Les Eparges’

Sortie : 1950 (édition définitive), Chez Flammarion.

Quatrième et dernier volume du récit « Ceux de 14 » c’est le récit de la bataille frontale contre les « boches ». La compagnie de Genevoix monte en première ligne et intégrée dans une attaque pour récupérer une crête de la Meuse, celle des Eparges. L’auteur raconte la terreur provoquée par les bombardements sur les soldats blottis au fond de tranchées pleine de boue, l’héroïsme de gamins de 20 ans qui doivent sortir de la protection illusoire de ces tranchées pour monter à l’assaut et récupérer un bout de la tranchée d’en face après en avoir tué les occupants. Il dit le fatalisme des hommes face à la mort qui tombe en pluie sur leurs copains, blessés, tués, déchiquetés, ensevelis, parfois noyés dans la boue… il s’agit juste de ne pas en être !

« Sois calme… » je me répète : « Sois calme. Regarde sans horreur ; écoute sans épouvante ; il n’y a rien à faire que ce que tu as fait : coller ton corps au parapet, juste ici, et te lever de loin en loin, lorsqu’un obus frappe dans la tranchée… Sois calme.

Cernés par la mort, ces hommes doivent aussi la donner par devoir :

« J’ai tiré ; eh bien ! Oui, j’ai tiré. Lorsque je m’élançais là-haut, était-ce donc vers la joie de tuer, vers l’Allemand qui allait apparaître ? J’ai obéi. Malgré ma vie, contre ma vie, j’ai fait ce geste monstrueux de pousser ma vie sous les balles, et de l’y maintenir, pendant que mon revolver me cognait le poignet. Il n’y a que nous, que nous : ceux qui sont morts ; ceux qui étaient parmi les morts et qui ont eu, comme eux, le courage de mourir. »

Et au milieu de cette terreur inutile pour se disputer quelques arpents de terre boueuse, Genevoix sera blessé en mars 1915, quelques balles reçues au fond de sa tranchée. Il survit, la guerre se termine trois ans plus tard et il écrira cette somme vertigineuse sur une guerre sordide qui n’a fait que flatter les égos de politiciens de rencontre et de militaires d’un autre siècle. Et, préparer la guerre suivante, celle de 39/45…

Un récit hommage à ceux qui ont vécu cette horreur, le livre est dédié :

« A mes camarades du 106
En fidélité
a la mémoire des morts et au passé des survivants »

GENEVOIX Maurice, ‘Ceux de 14 (3/4) – La Boue’.

Sortie : 1950 (édition définitive), Chez Flammarion.

Genevoix poursuit son récit de la vie dans les tranchées durant les premiers mois de la première guerre mondiale. L’héroïne de ce troisième tome est la boue, celle de l’hiver 1914/15 dans les tranchées de l’Est de la France, celle qui envahit les trous où se réfugient les soldats, celle qui colle aux bottes, celle qui pénètre les paillasses sur lesquelles dorment les mobilisés… Cette boue va avec le froid, l’humidité et la mort qui sont les compagnes de ces combats.

Le lieutenant Genevoix guide ses soldats par périodes de trois jours, des tranchées de la première ligne, aux villages en seconde ligne aux cantonnements en principe plus à l’abri du « boche ». C’est la même rengaine des semaines durant face à un ennemi vivant dans les mêmes conditions. Chacun défouraille de temps à autres, des balles, des obus, qui tuent parfois.

Et la vie s’organise dans cette misère routinière avec parfois des périodes d’amusement et de défi pour briser l’ennui, comme cette scène où les combattants jouent à s’élancer en sautant au-dessus de la tranchée pour provoquer la réaction des tireurs allemands postés en face à quelques dizaines de mètres. Une espèce de « 1-2-3-soleil » face à la mort. Parfois des périodes de joie et d’émotion lorsqu’arrive le courrier de l’arrière. Et puis, parfois aussi, la malchance, lorsque le groupe est en première ligne et qu’un ordre arrive d’en haut de lancer l’assaut. Inutile le plus souvent, toujours meurtrier, on se bat pour reprendre un bout de colline ou de tranchée, toujours un univers de boue, sans que cela ne change en rien l’orientation de la bataille sinon d’ajouter quelques morts à la liste déjà longue de ce carnage historique.

Et au cours de longues marches nocturnes pour rallier un point à un autre parfois la vue d’une rivière dans un sous-bois déclenche encore l’émerveillement :

« Nous cédons à un commun besoin d’exprimer notre joie en même temps que nos yeux l’épuisent. Peut-être, redevenus primitifs, tous nos sens rénovés par tant de lumière et d’espace, laissons-nous seulement chanter nos âmes de jeunes barbares ».

Les paysages sont lunaires, dévastés par les bombardements, le plus souvent décris de nuit et toujours sous la pluie ou la neige. L’atmosphère du récit est crépusculaire mais la pensée de son auteur est précise et littéraire pour décrire la vie de ces hommes qui soufrent pour faire leur devoir sans trop douter. Le style date du XIXème siècle, il est mis au service de la narration de cette Grande Guerre qui devait être la dernière, mais qui fut surtout un océan de barbarie et d’inutilité au cœur de la vieille Europe qui ne s’en remettra jamais complètement.

de TALLEYRAND Charles-Maurice, ‘Mémoires de Talleyrand 2/5,

Sortie : 1967 (écrit au XIXème siècle), Chez : Jean-de-Bonnot

Dans le tome II de ses mémoires Talleyrand dévoile ses tiraillements, voir ses ambigüités, face aux ambitions de Napoléon Bonaparte alors que l’administrateur moderne et clairvoyant de la République cédera progressivement aux sirènes du pouvoir et de sa gloire personnelle pour devenir un dictateur aveuglé par sa puissance jusqu’à transformer l’Europe entière en un sanglant champ de bataille.

Empêtré en 1808 dans d’improbable négociations pour un changement de dynastie en Espagne, Talleyrand dira de son maître :

« Mais, depuis longtemps, il ne s’agissait plus pour Napoléon de la politique de la France, à peine de la sienne. Il ne songeait pas à maintenir, il ne pensait qu’à s’étendre. Il semblait que l’idée de conserver n’était jamais entrée dans son esprit et que son caractère la repoussât. »

Et pour s’étendre il dépensa une énergie sans borne pour placer sa famille ou ses proches à la tête des monarchies avoisinantes, s’imaginant, parfois à tort, que ceux-ci lui obéiraient.

On voit également l’empereur mener un combat contre la papauté pour quelques questions de préséance un peu obscures. Puis il y eut la défaite, les défaites, retentissantes jusqu’à l’Ile de Sainte-Hélène où le « grand homme » rumina sans doute sur son échec et les illusions de la conquête et d’un pouvoir finalement bien éphémère.

Et alors que Louis XVIII rétablit les Bourbons sur le trône de France, il y eut surtout le traité de Vienne où Talleyrand représentait la nation et son roi. Des semaines durant, les pouvoirs coalisés (l’Autriche, la Russie, la Prusse, l’Angleterre, plus quelques confettis) qui avaient mis fin aux folies napoléoniennes s’occupèrent à rétablir un peu de paix et de stabilité en Europe, tout en accordant à la France déchue un rôle non négligeable. Talleyrand et sa délégation furent au cœur de ces négociations dans la capitale autrichienne où la diplomatie se mêlait aux fêtes et aux histoires monarchiques. Il nous en livre le menu détail et les échanges de courriers avec le Roi à Paris et ses ministres sur l’état des discussions.

On y découvre avec intérêt les clés de la négociation, les égos nationaux se percutant avec ceux des dirigeants, les questions de puissance et de territoire, de guerre et de commerce, bref, les fondements d’un monde qui n’ont guère évolué depuis. Seul semble spécifique à cette époque la capacité à disposer des peuples et des frontières pour rattacher tel duché à telle couronne en fonction des intérêts des uns ou des autres.

L’intangibilité des frontières a progressé bien que ces dernières années en Europe les coup de boutoir ont fait vaciller ce principe dans les Balkans, en Crimée…, revenant ainsi à des pratiques d’antan mais qui se fondaient néanmoins aussi sur l’Histoire de peuples.

Il s’agissait à l’époque de rétablir un équilibre européen pacifique après de terribles années de guerre. C’est la raison pour laquelle les souverains prirent leur temps pour peser le pour et le contre et, malgré tout, respectèrent la France à la dérive. Paris oubliera cette leçon et un siècle plus tard imposera une paix forcée à l’Allemagne défaite. Ce traité de Vienne remodela l’Europe mais manqua son objectif principal de ramener la paix sur le continent. Les guerres de 1870, 1914/18, 1939/45 engagèrent la France, et le reste de de la planète pour les deux dernières.

« Une égalité absolue de forces entre tous les Etats, outre qu’elle ne peut jamais exister, n’est point nécessaire à l’équilibre politique, et lui serait peut-être, à certains égards, nuisible. Cet équilibre consiste dans un rapport entre les forces de résistance et les forces d’agression réciproques des divers corps politiques. Si l’Europe était composée d’Etats qui eussent entre eux un tel rapport que le minimum de la force de résistance du plus petit fût égal au maximum de la force d’agression du plus grand, il y aurait alors un équilibre réel, c’est-à-dire résultant de la nature des choses. Mais la situation de l’Europe n’est point telle et ne peut le devenir. »

de TALLEYRAND Charles-Maurice, ‘Mémoires de Talleyrand 1/5,

Sortie : 1967 (écrit au XIXème siècle), Chez : Jean-de-Bonnot

Talleyrand, prince de Bénévent, né en 1754, a commencé une carrière ecclésiastique avant la Révolution de 1789, puis l’a abandonnée pour la diplomatie au sein de laquelle il déploya ses talents jusqu’à sa mort en 1838 après avoir servi tous les dirigeants français de Louis XVI à Louis-Philippe en passant par Napoléon 1er.

Il a traversé une époque guerrière et agitée qui a façonné l’Europe d’aujourd’hui. Il a participé à tous les grands traités de ce temps. Ses mémoires sont un trésor, évidemment subjectif. Il porte son regard d’homme libéral et européen sur les réalisations et les errements d’une Europe qui dominait la planète.

Son regard acéré analyse aussi la politique française et l’ambition des hommes. Certains jugements sont toujours d’une pleine actualité : les emprunts d’Etat, la versatilité du peuple et donc de ses dirigeants, l’ambition dévastatrice de Napoléon qui mena la France au bord du gouffre, l’importance de l’économie, etc.

« L’agriculture n’est point envahissante : elle établit. Le commerce est conquérant : il veut s’étendre. »

Il fait une description ravageuse du duc d’Orléans qui joua un rôle trouble durant la Convention et finit sur l’échafaud. Il traverse et conseille la Révolution, le Consulat puis le 1er Empire de Napoléon. Toujours écouté, souvent suivi, parfois manipulateur, il plaida pour un équilibre européen susceptible de mettre fin aux guerres intestines qui épuisaient le peuple et ruinaient le pays.

Alors que Napoléon étend ses conquêtes, déjà la question ottomane se pose ; on cherche l’amitié des russes, on repousse les assauts de l’anglais, on démantèle l’Espagne et, partout l’empereur cherche à installer sa famille dans les monarchies des pays frontaliers. Au congrès d’Erfurt en 1808 Talleyrand est la manœuvre entre le tsar de Russie et Napoléon. Il pousse plus ses idées que les intérêts mégalomanes de son maître. La Russie tiendra bon et ne se laissera pas entrainée dans des guerres inutiles contre l’Autriche et l’Espagne. Cela sera le début du déclin français.

D’un style élégant et tout en finesse Talleyrand restitue cette époque faite de luxe et de culture pour son aristocratie (entre deux négociations à Erfurt, Napoléon croise Goethe), de guerres et de misère pour la majorité de la population. Il décoche des piques acérées contre les faiblesses du système, il anticipe les évolutions à venir. Il juge les Hommes. Passionnant !

« Tout progrès vers l’ordre véritable serait impossible au-dedans, tant qu’on aurait pas la paix au dehors, …, puisqu’on m’appelait à concourir à son rétablissement, je devais y donner tous mes soins. »

 

« Les hommes gardent rarement leur énergie jusqu’au terme de leur carrière. Les courtisans vieillissent de bonne heure, et aussi, presque tous les hommes qui vieillissent deviennent courtisans. »

 

« Les mots de République, de Liberté, de Fraternité, étaient inscrits sur toutes les murailles, mais les choses que ces mots expriment n’étaient nulle part. … Tout était violent et, par conséquent, rien ne pouvait être durable. »

Maurice Thorez à la Mairie d’Ivry

Mariage à la Mairie d’Ivry : dans le hall d’entrée trône un monument à la gloire de Maurice Thorez « militant éminent du mouvement ouvrier français et international ».

Secrétaire général du parti communiste français lors de la deuxième guerre mondiale, Thorez est mobilisé en septembre 1939 alors que l’Union soviétique a signé le pacte germano-soviétique avec l’Allemagne nazi. L’international communiste dirigée par Moscou enjoint alors à Thorez de déserter, ce qu’il fera avec sa femme Jeannette Vermeersch en rejoignant Moscou. Il est alors condamné à six ans de prison pour « désertion en temps de guerre » par la justice française et déchu de sa nationalité française. Il est également déchu de son mandat de député.

Il restera en Union soviétique jusqu’en novembre 1944 date à laquelle le gouvernement provisoire de de Gaulle (qui comprend deux ministres communistes) lui octroie une grâce individuelle. Il réintègre aussitôt son poste de secrétaire général et n’a pas perdu sa popularité auprès du monde ouvrier. Stalinien compulsif il fut ensuite ministre et poursuivra son œuvre partisane.

Il fallait à l’époque réconcilier les français, et nombre d’entre eux étaient communistes dont certains furent de nobles résistants durant la guerre après la rupture du pacte germano-soviétique. Tout ceci relève maintenant de l’Histoire.

La grande salle des mariages est décorée d’une vaste fresque en hommage à la révolution française de 1789. On y voit le peuple réjouit portant des fleurs vers un ciel bleu et pur, en avant pour un monde nouveau et radieux.

Exposition France Allemagne(s) 1870-1871


Le musée de l’armée aux Invalides expose et explique ce que furent la guerre de 1870-71 contre la Prusse, et la révolution qui s’en suivit à Paris : la Commune. Guidée par l’empereur Guillaume Ier et son chancelier Bismarck la confédération des Etats d’Allemagne du Nord « se fait » déclarer la guerre par Napoléon III pour unir ses forces contre un agresseur commun. La défaite militaire française fut rapide et sans discussion, marquée par la capitulation de Sedan dont la mémoire est encore si vive dans la mémoire militaire hexagonale. L’empereur est alors fait prisonnier et finira sa vie en exil au Royaume-Uni.

La guerre n’en est pas finie pour autant et la Prusse assiège alors Paris et le bombarde. Malgré un soutien de la province pour tenter de sauver la capitale, la défaite est totale. Un armistice est signé le 26 janvier 1871 suivi par le traité de Frankfort le 10 mai qui consacre l’annexion de l’Alsace et la Lorraine. Guillaume Ier poussera même la provocation en prononçant l’Empire allemand dans le Château de Versailles.

La guerre est sauvage et malgré les moyens militaires de l’époque, les ravages sont terribles. Les photos d’époque montrent des villes comme dévastées par des bombardements aériens. Il n’y avait pas encore d’avions mais la technicité allemande des canons Krupp y suppléa.

Devant la déroute de Napoléon III et de son régime, le peuple de Paris (la ville n’a pas été formellement prise par les prussiens) se lève contre les « capitulards » et lance l’insurrection en proclamant la Commune de Paris qui sera réduite en deux mois après une féroce répression. La France reste occupée jusqu’au paiement complet des indemnités de guerre en 1873.

L’exposition retrace bien la solitude européenne de de la France en 1870 face à la Prusse. Les autres pays lui marquent un soutien prudent mais la laissent seule au combat. Heureusement la leçon aura été retenue pour les deux guerres suivantes contre l’Allemagne qui seront mondiales pour réduire la barbarie. On comprend mieux aussi les origines de la Commune qui reposent certes sur le sentiment anti-Napoléon III mais surtout sur la nationalisme de ses animateurs qui ne veulent pas céder devant les casques à pointes (dont des exemplaires sont bien sûr exposés) mais défendre la patrie attaquée !

La France reste occupée jusqu’au paiement complet des indemnités de guerre en 1873. Les allemands reviendront en 1914, puis en 1940 avant de participer à la création d’une Europe en paix, mais que de mauvais souvenirs.

Des origines de l’égorgement

La pratique de l’égorgement remise à l’ordre du jour ces derniers temps par les terroristes religieux du groupe Etat islamique déclenche au Café du commerce nombre de rapprochements erronés entre cette pratique et la religion musulmane. Rappelons que le premier « égorgeur » qui a inspiré et oriente toujours tant de croyants n’est pas Mahomet (7ème siècle après Jésus-Christ) mais Abraham, 20ème siècle avant Jésus-Christ, à qui « Dieu » a demandé de sacrifier son fils « en holocauste » et alors que le couteau en main il s’apprêtait à immoler Isaac, Yahvé a arrêté son geste et a dit :

« Je jure par moi-même, parole de Yahvé : parce que tu as fait cela, que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable qui est sur le bord de la mer, et ta postérité conquerra la porte de ses ennemis… ».

Comme un malheureux bélier passait par là, il a payé pour Isaac !

Toutes ces joyeusetés sont dans la Bible La Genèse #23. Ainsi est née la tradition de l’égorgement il y a 4 000 ans, reprise depuis notamment dans la fête musulmane de l’Aïd-el-Kébir (du sacrifice) où chaque année les familles doivent égorger un mouton en hommage à la foi d’Abraham. Une relecture de la Bible de temps à autres est recommandée, elle déclenche toujours un intérêt sociologique qui n’a d’égal que la consternation devant de telles billevesées. On trouve également dans la cette même Genèse #17 la nécessité de la « circoncision du prépuce qui sera le signe de l’alliance entre moi [Yahvé] et vous. »

Voici pourquoi chez les croyants, juifs, musulmans et chrétiens (du moins dans des temps plus anciens pour ces derniers), on coupe beaucoup les prépuces, les animaux et, parfois la tête des hommes pour ceux qui appliquent à la lettre l’exemple de Yahvé. Sans doute les garçons qui ont écrit la Bible n’imaginaient pas une seconde que toutes ces sornettes déclencheraient de tels flots de sang sur un même océan de barbarie. Quelle que soit la religion, l’application sans réflexion de textes millénaires reste dévastatrice, c’est d’ailleurs la définition même du fondamentalisme. Le mieux serait sans doute de les lire comme des légendes et non comme des manuels de savoir-vivre.

La République reconnaît sa culpabilité dans le massacre des harkis dans Algérie post-indépendance

La colonisation de l’Algérie s’est terminée par une guerre sordide de plusieurs années (la dernière où des appelés français ont été envoyés au front) qui aboutit à l’indépendance du pays, et des milliers de morts. La paix enfin signée, un million de colons français sont rapatriés en quelques mois de l’année 1962. Des supplétifs de l’armée française avaient été recrutés localement pendant ces années de guerre pour « défendre » les villages. Après les accords d’Evian mettant fin à la guerre, quelques dizaines de milliers d’entre eux furent rapatriés en France, les autres furent laissés sur place et massacrés ou emprisonnés. On parle aujourd’hui d‘environ 100 000 assassinats par vengeance, souvent après des tortures.

La France vient de reconnaître par la voix de son président de la République « les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines de ceux transférés en France ».

Ces règlements de compte étaient, hélas, inévitables comme à la fin de tout conflit armé où il y un vainqueur et un vaincu. Après toute guerre ou invasion, ceux qui ont collaboré d’une façon ou d’une autre avec l’envahisseur ont des comptes à rendre avec les vainqueurs. Quoi qu’on ait pu leur inculquer à l’école sur leur appartenance française, les harkis ont été vus (et le sont toujours) comme ceux ayant pris les armes avec l’occupant, la grande majorité d’entre eux ont payé de leur vie pour ça. Cela s’est passé en 1944 en France où l’épuration aurait fait 10 000 morts, cela s’est passé au Vietnam où nombre des collaborateurs des américains sont morts dans des camps de rééducation après 1975 ou noyés en fuyant par la mer (les boat-people), cela est en train de se passer en Afghanistan et en Irak avec ceux qui ont travaillé avec les troupes occidentales et cela se passera sans doute en Nouvelle Calédonie et dans les Départements d’outre-mer lorsque ces territoires prendront leur inévitable indépendance.

La colonisation fut une erreur historique qui n’a apporté qu’une puissance éphémère à des Etat colonisateurs égarés et surtout des siècles de problèmes récurrents à gérer ensuite. L’immigration en France par exemple, sujet si sensible aujourd’hui au cœur de la cité, est en grande partie le fruit de cette colonisation… Celle de l’Algérie fut un drame qui s’est terminé dans le sang et le déshonneur. Tous les ressorts de la barbarie humaine s’y sont exprimés des années durant, et tout ça pour quoi ? Pour une déroute. La morale aurait voulu que la République évacue, en plus des pieds noirs, ses supplétifs (et leurs familles) qui risquaient d’avoir des comptes à rendre avec les nouvelles autorités et les citoyens de l’Algérie indépendante. Cela aurait représenté quelques centaines de milliers de personnes de plus, en tout cas un flux très important qui aurait quasiment doublé le nombre de rapatriés. MonGénéral a, on imagine douloureusement, opté pour la raison d’Etat, pensant sans doute à l’impossibilité d’intégrer cette population à qui notre République colonisatrice attribuait un statut de seconde zone. La politique est violente et génère des positions terribles lorsqu’il s’agit de solder des errements sans espoir.

Nous, citoyens français portons la colonisation de l’Algérie comme une tâche dans l’Histoire de notre pays, nous en assumons la responsabilité collective et ne devons pas oublier ces erreurs colossales commises par nos parents au nom de la République. Les pieds noirs ont souffert lors de leur débarquement en France. Les harkis qui n’ont pas pu être évacués en France ont été tués sur place, c’est le terrible bilan de cette désastreuse aventure coloniale.

Une jeunesse allemande

Une-jeunesse-allemandeUne jeunesse allemande, un documentaire de Jean-Gabriel Périot sur le groupe terroriste allemand Fraction Armée Rouge, encore appelé la « bande à Baader » et qui défraya la chronique dans les années 70’ en même temps que les Brigades rouges en Italie et Action Directe en France. Ce furent les « années de plomb » dans une vieille Europe qui se débattait idéologiquement entre les lambeaux du marxisme et les joies du capitalisme, le tout dans une ambiance de guerre froide Est-Ouest et d’agitation étudiante soixante-huitarde.

Basé uniquement sur des images d’archive, le film raconte la sidération du peuple allemand devant ces combattants d’un autre âge défendant le prolétariat et la lutte des classes par les armes. Andreas Baader, Ulrike Meinhof, Gudrun Ensslin, Holger Meins sont les enfants de la génération nazie, tous nés durant la seconde guerre mondiale (sauf Meinhof, plus âgée, née en 1934). Le père de Baader est mort en 1945 sur le front russe. Ils ont du mal à vivre ce lourd héritage, surtout quand ils voient nombre d’anciens nazis toujours aux commandes de la République fédérale, dont le chancelier Kiesinger de 1966 à 1969.

Comme la jeunesse de cette époque ils s’interrogent sur les options idéologiques possibles, du marxisme au capitalisme, avec dans le cas particulier de l’Allemagne, 25 ans après l’ouverture des camps, le poids de la culpabilité nationale. Ulrike Meinhof était journaliste dans un journal de gauche plus ou moins communiste, participait à nombre de débats télévisés et radiophoniques, de ce fait des archives la concernant sont plus nombreuses que pour ses acolytes.

Le documentaire montre l’évolution du groupe jusqu’à la prise des armes et l’action violente contre le système capitaliste dont ils sont très majoritairement issus. Le combat s’achèvera faute de combattants, la grande majorité des allemands étant plus tournée vers la prospérité renaissante que l’action révolutionnaire, même si une certaine intelligentsia apportait un soutien moral au groupe. Jean-Paul Sarthe rendit d’ailleurs une visite restée célèbre à Andreas Bader emprisonné dont la légende dit qu’il en ressortit en assénant un lapidaire « Ce qu’il est con ce Baader ! » mais il continua néanmoins à contester les conditions de haute sécurité dans lesquelles étaient détenus les membres du groupe mis à l’isolement total.

Au total ce ne furent que quelques dizaines de citoyens allemands qui furent membres de la bande et bien moins encore qui participèrent à l’action violente. Ils reçurent un temps le soutien de palestiniens chez qui ils étaient bien sûr allés se former : un détournement d’avion de la Lufthansa par des terroristes moyen-orientaux réclamant la libération des prisonniers Baader-Meinhof se termina par un assaut à Mogadiscio et la libération des otages.

La grande majorité des membres du groupe Baader-Meinhof sont morts en prison dans des conditions qui ne sont pas encore parfaitement établies, les hypothèses possibles alternant entre suicide collectif (version officielle) et assassinats d’Etat. Ulrike Meinhof est retrouvée pendue dans sa cellule le 8 mai 1976, Gudrun Ensslin dans les mêmes conditions le 18 octobre 1977, Andreas Baader une balle dans la tête le même jour (l’arme lui aurait été remise par son avocat) et Holger Meins était mort suite à une grève de la faim le 9 novembre 1974.

Un film troublant sur une époque que l’on pensait révolue… Mais le terrorisme a réapparu aujourd’hui dans les conditions que l’on connaît. Seule l’idéologie a changé, on est passé de Marx à Dieu mais la dévastation est la même. La similitude entre ces deux dérives est d’ailleurs frappante : dans les deux cas les enfants d’une nation en viennent à répandre la mort parmi les leurs en se laissant emporter par des slogans idéologiques aboutissant à la déraison.

GENEVOIX Maurice, ‘Ceux de 14 (2/4) – Nuits de Guerre’.

Sortie : 1950 (édition définitive), Chez Flammarion.

Second volume de « Ceux de 14 », outre l’environnement des tranchées, Genevoix s’y attarde sur la vie des combattants lorsque relevés par d’autres, ils profitent d’un jour ou deux de répit dans un village quelques kilomètres en arrière de la ligne de front.

Lorsque ces villages ont été épargnés par les canons boches les officiers trouvent parfois une chambre dans une maison encore habitée par des femmes et des vieux (tous les jeunes hommes ont été mobilisés). Les hommes du rang s’entassent dans les granges toujours plus accueillantes que les tranchées.

Dans les maisons villageoises encore habitées c’est alors un peu de chaleur, un lit et parfois quelques bons repas partagés avec les habitants. C’est plus rarement un rejet. C’est souvent un repos dans des maisons en ruines ou dans des caves peu confortables mais au moins quelque peu éloignées des boches bien que rarement à l’abri de leurs canons et de leurs snipers. Ce sont quelques instants un peu plus calmes où l’on peut écrire un mot à sa famille, dépioter et partager un paquet reçu, souvent boire un bon coup…

Parfois une journée de permission permet à l’un de ces soldats de faire un aller-retour dans son village lorsque celui-ci est proche du front. C’est alors l’émotion des retrouvailles avec une mère ou une fiancée, et puis toujours l’heure du retour au front revient !

La encore Genevoix s’étend sur la camaraderie et la solidarité de ces hommes, au repos comme au combat, malgré la terrible adversité de cette époque.

GENEVOIX Maurice, ‘Ceux de 14 (1/4) – Sous Verdun’.

Sortie : 1950 (édition définitive), Chez Flammarion.

Ecrivain du XXème siècle, Maurice Genevoix a été mobilisé en 1914, a combattu contre les « Boches » dans les tranchées, y a été gravement blessé et, surtout, dans les années qui ont suivi, a mis sa remarquable plume au service du témoignage de cette guerre aussi sanglante qu’absurde.

Le livre premier y raconte la vie hallucinante dans les tranchées de Verdun où tout n’est que boue, eau, humidité et mitraille. D’ordres en contre-ordres les sections de fantassins vont et viennent d’une tranchée à l’autre, attaquent et comptent leurs morts, ou restent stoïques et comptent les heures qui passent avant la relève. Les « Boches » sont en face de l’autre coté des barbelés, parfois à quelques dizaines de mètres. Les collines se prennent et se perdent. Les artilleries dévastent le paysage et réduisent les hommes en bouillie.

Et dans cette atmosphère morbide, Genevoix décrit la camaraderie émouvante qui unit ces soldats au cœur du désastre. Ils partagent la même haine du Boche même s’ils ne comprennent pas forcément les enjeux de cette guerre. En-a-t-elle d’ailleurs sinon la folie des hommes. Ils ont l’espoir de s’en sortir vivant et pas trop amochés. Alors lorsque tonnent les canons ils se partagent des petits riens au fond de leurs tranchées, écrasés par la peur, un peu de tabac, des souvenirs du village, quelques prunes cueillies dans un champs au détour d’une marche harassante d’un point à un autre…

Ils sont « le Peuple du Front » dont Genevoix fut acteur et témoin. La dédicace de ce recueil de quatre volumes « Ceux de 14 » mentionne : « A mes camarades du 106. En fidélité à la mémoire des morts et au passé des survivants ».

D’où a bien pu naître la femme ?

Un débat théologique de fond est engagé pour savoir si la femme est née « de la côte d’Adam » ou « à côté d’Adam ». Certains spécialistes remettent en question la traduction de la bible qui est bien évidemment sujette à de sérieux doutes quand on sait que l’original a été écrit sur des supports qui n’ont pas survécu au temps. Le texte a donc été recopié à de multiples reprises au cours des siècles et traduit successivement en plusieurs langues. On imagine aisément combien il a été altéré au cours de ces différentes étapes.

L’exemplaire en notre possession édité en 1949 par La Maison de la Bible sise à Genève stipule dans la Genèse :

« Alors l’Eternel fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit ; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place. L’Eternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme et il l’amena vers l’homme. Et l’homme dit : Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! on l’appellera femme, parce qu’elle a été prise de l’homme. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. »

Les féministes affirment que cette rédaction a marqué le statut de la femme depuis 2 000 ans et explique sa domination par l’homme. Evidemment, si on croit que de pareilles sornettes aient pu influer le caractère humain, le fait que la femme serait née « à côté » d’Adam aurait pu changer la face du monde.

En vérité, il est maintenant assez probable que l’homme et la femme soient nés de l’évolution d’une microscopique bactérie ayant traversé l’univers il y a des millions d’années, soit bien avant l’écriture de la bible. C’est ainsi ! Et quoi qu’il en soit, l’homme aurait dominé la femme car c’est ainsi que cela se passe dans la plupart des races animales. La grandeur de la race humaine est de se rendre compte de l’imperfection d’une telle domination et d’y mettre fin (très) progressivement.

Laissons la bible à ses illusions et travaillons le sujet des inégalités sur la planète entre les humains, Dieu ne sera pas contre.

Les privilèges

PDG_20150804C’est l’anniversaire de la nuit du 4 août 1789 au cours de laquelle les révolutionnaires français et leur assemblée constituante ont aboli les droits et privilèges féodaux. La Butte-aux-Cailles fête l’évènement avec le parti de gauche et des « chansons révolutionnaires en yiddish », un hommage à Serge Torrano, cheminot militant communiste-libertaire décédé en début de cette année, etc. Le tout sur la place de la commune, beau programme ! Il reste encore des militants dans ce pays.

La reddition

Reddition_Allemagne_194505077 mai 1945, Jodl signe la reddition militaire de l’Allemagne à Reims. Les signataires conviennent de garder le secret jusqu’au 8 mai afin de laisser encore un peu de temps aux populations allemandes pour passer en zone alliée, de l’autre côté de ce qui sera bientôt le rideau de fer.

Le lendemain à Berlin l’acte définitif est signé au quartier général soviétique par Keitel et une brochette de militaires nazis.

C’est la fin d’un carnage qui aura fait plus de 50 millions de morts. C’est l’aboutissement d’une tragédie dans laquelle la vieille Europe s’est compromise d’une façon définitive et qui n’a pas fini de produire ses effets délétères.

L’acte de reddition en cliquant ici.

Le centenaire d’un génocide en Arménie

Après des années de lutte l’Arménie a réussi à faire reconnaître le génocide de son peuple en 1915 par l’Empire ottoman (environ 1,5 millions de morts) par la quasi-totalité de la planète, excepté la Turquie qui a succédé à l’Empire accusé. Le terme génocide est juridiquement bien cadré depuis l’extermination des juifs par les nazis. On passe du massacre de masse au génocide lorsqu’il y a une véritable intention politique de faire disparaître un groupe d’hommes pour raison ethnique, raciale ou religieuse. Il semble bien que le parti des Jeunes Turcs  et ses dirigeants aient eu cette intention en 1915.

Le pouvoir actuel turc refuse d’admettre officiellement avoir commis un génocide. Il a fallu attendre le président Chirac et son discours du Vel d’Hiv en 1995 pour que la France officielle admette sa participation aux rafles nazies en 1942 (« La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. »). Les pouvoirs qui s’étaient succédés à Paris depuis la libération n’avaient pas varié en affirmant unanimement, de de Gaulle à Mitterrand que « Vichy n’était pas la France ». Cette fiction a été nécessaire un moment pour reconstruire la Nation puis, le moment venu, la vérité connue de tous a pu être admise. Le déni du génocide arménien est un des éléments fondateurs de la Turquie moderne. Il tombera, un jour…

La reconnaissance par le reste du Monde n’est pas allée de soi. La chute de l’Empire ottoman après la 1ère guerre mondiale, la deuxième guerre mondiale suivie de la guerre froide, n’y ont pas aidé. Les Etats-Nations avaient autres choses à faire. La communauté arménienne s’est battue avec conviction pour atteindre ce but, qui ne l’est encore que partiellement puisque la Turquie s’y refuse toujours formellement. Cette lutte a été appuyée par du terrorisme : ciblé avec les exécutions de dirigeants turcs dans les années 20, puis aveugle avec dans les années 80 des attentats comme ceux de l’Asala (Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie) sur l’aéroport d’Orly en France qui tue 9 personnes au comptoir de Turkish Airlines. Le chef du commando a été arrêté, fait 17 ans de prison en France puis a été extradé vers l’Arménie et on ne parle sans doute plus de ces choses-là avec Erevan.

Evidemment il s’agit aussi de religion : l’Arménie est chrétienne depuis des lustres, a été l’alliée des croisées, à l’origine d’une très riche Histoire, se targue de culture européenne, etc. L’Occident la regarde toujours avec affection.

Alors aujourd’hui la communauté internationale se presse à Erevan, capitale de l’Arménie pour célébrer ce centenaire. L’Arménie est devenue véritablement indépendante en 1991 après la fin de l’Empire soviétique, pour immédiatement entrer en guerre contre l’Azerbaïdjan à cause de revendications territoriales. Pays enclavé, Erevan est fâché ou en guerre avec deux de ses pays frontaliers : la Turquie et l’Azerbaïdjan ; la frontière avec la Géorgie est en partie fermée pour cause de rébellion de la minorité arménienne de ce pays, et celle avec l’Iran fait 35 km. Au cœur d’une région à forte activité sismique, l’Arménie est régulièrement l’objet de tremblements de terre dévastateurs.

Pas facile de survivre dans de telles conditions. On se demande si cette entité n’est pas condamnée à être baladée d’empires en catastrophes au gré des hasards de l’Histoire. Elle est pour le moment dans les mains de l’Empire des créanciers multilatéraux et bénéficie de la générosité d’une nombreuse diaspora à travers la planète. Idéalement il conviendrait qu’elle se réconcilie avec au moins un de ses voisins pour assurer son développement économique… mais ce n’est pas encore vraiment d’actualité.