La Russie bombarde

Riss / Charlie Hebdo (11/05/2022)

Avec constance les experts militaires de plateaux télévisés, généralement des militaires en retraite ou des journalistes abonnés à « Air & Cosmos », prédisent la fin des stocks de missiles russes. Avec la même régularité ils sont démentis par les faits et des pluies de nouveaux missiles s’abattent sur l’Ukraine, de façon particulièrement intense après chaque revers de l’armée russe sur le terrain. La tactique russe est de détruire les infrastructures d’eau et d’électricité afin de pourrir la vie des civils ukrainiens. Quelques bombes tombent aussi sur les civils, plus ou moins par hasard, faisant des morts et blessés civils tous les jours dans le pays.

La ville de Kherson est symbolique de cette tactique. Elle a été évacuée par l’armée russe il y a deux semaines devant l’avancée de l’armée ukrainienne mais les soldats russes se sont installés à quelques kilomètres, de l’autre côté du fleuve, à portée de canons, et ils bombardent consciencieusement depuis tout ce qui bouge à Kherson afin de rendre infernale la vie des habitants qui ont eu l’outrecuidance d’accueillir les soldats ukrainiens en héros après leur propre évacuation. Le côté inextricable de ce champ de bataille est que dans l’esprit des Russes la ville de Kherson est… russe puisque cette région a été annexée par la Fédération. La Russie bombarde la Russie !

Dans le même temps, les civils ukrainiens qui le peuvent évacuent la ville de Kherson qui devient invivable, une petite victoire politique pour Moscou après la défaite militaire.

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Les inextricables imbroglios juridiques de la guerre d’Ukraine

Dutreix / Le Canard Enchainé (21/09/2022)

A défaut de victoire nette sur le terrain militaire en Ukraine, la Russie s’efforce de tisser une toile juridique pour lier une partie de l’Ukraine à son territoire de façon désordonnée et quasiment inextricable. Quand on connaît le peu de cas que fait Moscou du droit international en général, cette tactique serait plutôt risible mais est annonciatrice de vraies difficultés lorsqu’il faudra défaire ce qui a été fait, si l’Ukraine et la communauté internationale y arrivent un jour et ce, quelque soit l’issue de la guerre en cours.

La constitution russe a été modifiée pour entériner l’annexion de quatre régions ukrainiennes et l’augmentation conséquente du territoire de la Fédération de Russie alors que l’armée russe n’avait pas encore conquis la totalité de ces régions. Depuis cette annexion célébrée en grande pompe à Moscou par le président russe et les responsables ukrainiens prorusses de ces régions, l’armée russe a perdu du terrain et même abandonné la ville de Kherson, capitale d’une des quatre régions, qu’elle ne pouvait plus tenir. À la suite de la mobilisation partielle de ses citoyens, la Russie mobilise maintenant aussi dans ces quatre régions annexées mais non totalement conquises puisqu’elles sont formellement devenues russes… envoyant sur le front contre l’Ukraine des citoyens ukrainiens devenus russes comme effet de cette annexion. Tous ne sont sans doute pas prorusses mais se retrouvent potentiellement enrôlés dans l’armée russe du fait d’une simple signature sur un décret…

Plus pernicieux, la Russie a saisi l’occasion de son occupation militaire sur une partie de ces régions pour procéder à des déplacements de population importants (une ancienne habitude soviétique) de ces territoires vers la Russie, le plus souvent sous couvert de « raisons humanitaires », pour les « protéger » des attaques ukrainiennes. Des milliers de passeports russes ont également été délivrés à des citoyens « ex-ukrainiens » selon l’entendement de Moscou mais pas forcément de celui des personnes concernées. Certains sont prorusses et ne verront pas cette démarche d’un mauvais œil mais ce n’est sûrement pas le cas de tous. Il semble que nombre d’enfants isolés sans leurs parents (que ceux-ci soient au front sous les couleurs ukrainiennes ou soient morts), aient été aussi « déportés » en Russie pour y être russifiés. Le moment venu, il sera bien sûr extrêmement difficile à leurs familles de les retrouver et de les récupérer.

Tout ceci est bien entendu en totale contradiction avec le droit international et le « droit de la guerre », mais cela est fait tout de même par Moscou qui suit ainsi une feuille de route machiavélique. Lorsque cette guerre se terminera, et qu’elle qu’en soit l’issue, ces manœuvres juridiques sont annonciatrices d’un chaos inédit probablement accompagnés de règlements de comptes entre ukrainiens, les prorusses et les fidèles à Kiev. Ceux-ci ont d’ailleurs déjà commencé dans les territoires annexés repris par l’armée ukrainienne.

La France a connu ce genre de circonstances dans son histoire contemporaine avec l’Alsace-Lorraine annexée par l’Allemagne en 1871 après la défaite française contre la Prusse, récupérée en 1918 après la défaite allemande, réoccupée et annexée de facto par le IIIème Reich en 1940 puis de nouveau « francisée » en 1945. Cette situation provoqua des tragédies comme celle des « malgré-nous » qui furent incorporés de force sous le drapeau nazi et qui, pour certains, subirent les affres de l’épuration après la libération en 1945. Ces annexions juridiques sont toujours synonymes de quasi-guerre civile pendant leur déroulement et après, si elles sont « démontées ». Il est à craindre que cela ne sera guère différent dans les régions ukrainiennes reconnues par le droit international et annexées par la Russie.

DA EMPOLI Giuliano, ‘Le mage du Kremlin.’

Sortie : 2022, Chez : Gallimard – NRF

Giuliano da Empoli est un journaliste et essayiste italien travaillant sur la géopolitique. « Le mage du Kremlin » est son premier roman qui lui fut inspiré par Vladislav Sourkov, né en 1964, ex-conseiller du président Poutine au Kremlin durant 20 ans, et même un moment ministre, avant de rendre récemment son tablier. Il se dit qu’il fut l’un des inspirateur de la stratégie russe belliqueuse à l’encontre de l’Ukraine, notamment. A priori, ce n’était pas à proprement parler un poète…

La fiction est construite sur un long monologue de Vadim Baranov, dont on ne sait pas bien s’il est totalement libre de ses mouvements, après s’être retiré des cercles du pouvoir dans sa datcha. Il décrit ceux-ci tels qu’on les imagine depuis l’Ouest, notamment les oligarques peints comme une bande de personnages douteux, incultes, attirés par le clinquant, l’argent et l’illusion de leur influence.

Baranov est une sorte de conseiller en communication qui intègre le Kremlin après avoir travaillé dans les médias d’un de ces oligarques (Boris Berezovsky) retrouvé « suicidé » dans sa résidence londonienne (dans la fiction comme dans la vraie vie). Au cœur du pouvoir, son action est censée attirer les bonnes grâces du milieu artistique, de la jeunesse et d’autres franges russes en faveur du président Poutine. Il assiste (et participe) à la transformation du monarque, d’une marionnette dans les mains de Berezovsky, mis en place par l’oligarque pour servir ses intérêts financiers, à un tsar implacable et sauvage, obsédé par l’idée de rétablir la peur que doit inspirer la Fédération de Russie, tant à l’intérieur de ses frontières que sur la scène internationale, à la hauteur de celle qu’inspirait l’URSS.

Baranov relate les pensées du prince avide de rétablir « la verticale » de son pouvoir, loin des « gadgets » occidentaux que sont la démocratie et le débat. L’objectif est la revanche : contre l’Occident qui tente de réduire la grande Russie à une usine du tiers-monde, contre les oligarques russes qui veulent transformer le pays en supermarché low-cost, contre le petit peuple qui n’a pas de conviction…

Ce roman présente le tsar du Kremlin et ses proches comme un nid de serpents à sonnettes, prêts à tout pour se maintenir dans leurs fauteuils, animés d’une idéologie de Café du commerce et tournés vers le pouvoir, celui de l’argent tape-à-l’œil pour les oligarques, celui de la puissance vengeresse pour les politiques. Le président Poutine est présenté comme un animal à sang froid, parfois capable d’ironie, théorisant sa politique comme un combat titanesque pour rendre à la Russie son lustre d’antan, et à son président son rang d’ogre du monde inspirant l’effroi après les présidences rocambolesques de Eltsine (alcoolique) et Gorbatchev (défaitiste).

On ne sait pas bien ce qu’il en est dans la « vraie vie » tant le Kremlin cultive l’opacité sur ses modes de fonctionnement depuis des décennies. Le président, ses ministres et conseillers doivent quand même passer aussi un peu de temps dans leurs journées à gérer les affaires courantes de la Fédération de Russie, le plus vaste Etat de la planète, faire des choses plus triviales et moins glamours que de répandre une capacité de nuisance à travers la planète ou faire la guerre à ses voisins ? Peut-être même dînent-ils de temps en temps avec leurs épouses et leurs enfants ? Le tsar est présenté exclusivement comme un deus ex-machina isolé dans les tours du Kremlin où il donne l’impression de se réveiller tous les matins avec comme seul question du jour : « comment vais-je pouvoir nuire à mon prochain aujourd’hui plus qu’hier ? » Peut-être est-ce ainsi, peut-être pas !

Le livre se termine sur l’image de Baranov caressant tendrement les cheveux blonds de fille de 10 ans en expliquant qu’elle est désormais l’unique sens de sa vie et la raison pour laquelle il a abandonné son poste de conseiller du prince. Le lecteur écrase une larme en refermant ce livre haletant, éclairé aussi par l’actualité…

Souriez, ce n’est qu’un roman !

La Corée du nord s’agite

Félix / Charlie Hebdo (12/07/2017)

En cette période de guerre russe d’Ukraine, et malgré les performances plutôt limitées de l’ex-armée rouge, les amis de Moscou se sentent pousser des ailes. La Chine vient de réaffirmer sa volonté de réunification de Taïwan à la Chine continentale dans les fastes du XXème congrès de son parti communiste (PCC), fermement accroché au pouvoir. L’opposition chinoise à l’indépendance de l’île est désormais inscrite dans la charte de PCC.

La Corée du nord aurait fourni récemment des munitions à la Russie pour l’aider dans sa guerre de conquête de l’Ukraine ce qui n’est après tout qu’un prêté pour un rendu car c’est l’Union soviétique qui avait aidé à l’époque la fondation de l’armée nord-coréenne et sa route vers la bombe nucléaire qu’elle a désormais acquise si l’on en juge les essais déjà menés.

Depuis quelques jours la Corée du nord tire des pluies de missiles non armés en direction du Japon et de la Corée du sud. Il y en aurait pour tous les goûts : du balistique à longue portée, à moyenne et courte portée, des missiles non balistiques et toute une bimbeloterie guerrière dont l’idée qu’elle soit à la disposition du clan familial qui tient ce pays depuis la fin de la guerre de Corée en 1953 fait frémir.

Les tentatives de négociations menées par la précédente administration américaine n’ont pas abouti à faire redescendre la tension. Il y eut même deux rencontres (2018 et 2019) entre le président Trump et son homologue nord-coréen qui n’ont pas été suivies d’effet malgré leur côté spectaculaire.

Félix / Charlie Hebdo (16/08/2027)

Russie, Chine et Corée du nord s’entendent comme larrons en foire, les deux premiers bloquant au conseil de sécurité des nations unis toute sanction contre le troisième, et le trio infernal se retrouvant et se soutenant sur tout ce qui peut nuire à l’Occident tant haï. Comme la planète serait plus tranquille si ces pays autoritaires se préoccupaient de leur développement socio-économique plutôt que de leur puissance militaire ! Mais ce monde idéal n’existe pas et, tel les concours de taille de zizis dans les cours d’école, aujourd’hui si tu n’as pas le bouton nucléaire sur ton bureau tu n’es pas un dirigeant considéré comme sérieux. Ainsi va le monde !

La Russie se révèle

Riss / Charlie Hebdo (02/03/2022)

La guerre d’Ukraine menée par la Russie depuis fin février a révélé ce pays tel qu’il est et il faudra sans doute plusieurs générations avant qu’il ne se rapproche à nouveau de l’Occident, s’il ne s’en rapproche jamais. Depuis la fin de l’Union soviétique en 1991, l’Occident a pensé pouvoir « amadouer » la Fédération de Russie en commerçant avec elle, en l’intégrant au G7 devenu G8 en 1997 avant de redevenir G7 après l’exclusion de la Russie par suite de son annexion de la Crimée en 2014, en investissant sur son territoire, en abritant les investissements de ses oligarques en Europe, en recevant ses dirigeants avec faste, bref en cherchant à traiter avec ce pays comme s’il était membre de la communauté occidentale. On a même entendu le président français déclarer le 19/08/2019 en présence de son homologue russe qu’il recevait au fort de Brégançon :

Je sais une autre chose : c’est que la Russie est européenne, très profondément, et nous croyons dans cette Europe qui va de Lisbonne à Vladivostok. Un grand auteur russe, DOSTOÏEVSKI, dans L’adolescent disait, et je le cite imparfaitement, de mémoire, que le Russe avait cela de particulier par rapport à l’Allemand, au Français ou autre, c’est qu’il était le plus russe quand il était le plus européen, et en quelque sorte son nationalisme était toujours plus grand que lui-même et devait embrasser le fait européen, et je crois très profondément à cela.

Emmanuel Macron (19/08/2019)

Lire aussi : Le président français et la géographie

A force de vouloir que la Fédération de Russie adopte les modes de fonctionnement européen on a fini par croire qu’un pays qui a donné naissance à Chostakovitch et Dostoïevski ne pouvait pas être animée par des valeurs autres que la démocratie, l’état de droit, la liberté d’expression, les droits de l’homme, etc. Eh bien, l’Occident s’est trompé comme l’illustre la tentative d’invasion de l’Ukraine et la façon dont cette guerre se déroule : sauvage et désordonnée, agrémentée de probables crimes de guerres. La Russie est restée fidèle à ses modes de pensée et de fonctionnement tsaristes ou soviétiques.

Certains de ses dirigeants rivalisent de provocations infantiles qui prêteraient à sourire s’il ne s’agissait de guerre et de ses milliers de morts déjà à déplorer des deux côtés. Ainsi M. Medvedev, ancien premier ministre, ancien président et actuel vice-président du conseil de sécurité de la Fédération qui twitte compulsivement pour ses 900 000 abonnés sur le réseau dit « social » Telegram :

Traduction Microsoft

POURQUOI NOTRE CAUSE EST JUSTE
Des réponses à des questions simples à l’occasion de la Journée de l’unité nationale

Pour quoi nous battons-nous ? La Russie est un pays immense et riche. Nous n’avons pas besoin de territoires étrangers, nous avons tout en abondance. Mais il y a notre terre, qui est sacrée pour nous, sur laquelle nos ancêtres ont vécu et sur laquelle notre peuple vit aujourd’hui. Et que nous ne donnerons à personne. Nous protégeons notre peuple. Nous nous battons pour tous les nôtres, pour notre terre, pour notre histoire millénaire.

Qui se bat contre nous ? Nous luttons contre ceux qui nous haïssent, qui interdisent notre langue, nos valeurs et même notre foi, qui haïssent l’histoire de notre patrie.

Contre nous aujourd’hui fait partie d’un monde mourant. C’est une bande de toxicomanes nazis fous, un peuple confus et intimidé et une grande meute de chiens qui aboient de chiens occidentaux. Avec eux se trouve un patchwork de cochons grognons et de philistins à l’esprit étroit de l’empire occidental désintégré avec de la salive dégoulinant sur leur menton de dégénérescence. Ils n’ont aucune foi et aucun idéal autre que les habitudes honteuses qu’ils ont inventées et les normes de double pensée qu’ils imposent qui nient la moralité accordée aux gens normaux. Par conséquent, en nous soulevant contre eux, nous avons acquis un pouvoir sacré.

Où sont nos anciens amis ? Nous avons été abandonnés par des partenaires effrayés – et nous leur avons craché dessus. Donc, ils n’étaient pas nos amis, mais juste des compagnons de voyage aléatoires, des autocollants et des cintres.

Des traîtres lâches et des transfuges cupides sont tombés sur les terres des Tri-Nine – laissez-les pourrir leurs os dans un pays étranger. Ils ne sont pas parmi nous, mais nous sommes devenus plus forts et plus purs.

Pourquoi sommes-nous restés silencieux pendant longtemps ? Nous étions faibles et dévastés par l’intemporalité. Et maintenant, nous nous sommes débarrassés du sommeil collant et du bourbier morne des dernières décennies, dans lesquelles nous étions plongés par la mort de l’ancienne patrie. Notre réveil a été attendu par d’autres pays violés par des seigneurs des ténèbres, des propriétaires d’esclaves et des oppresseurs qui rêvent de leur passé colonial monstrueux et aspirent à maintenir leur pouvoir sur le monde. De nombreux pays ont longtemps ignoré leurs absurdités, mais jusqu’à présent, ils en ont peur. Bientôt, ils se réveilleront complètement. Et quand l’ordre mondial pourri s’effondrera, il enterrera sous le nuage de plusieurs tonnes de ses décombres tous ses prêtres arrogants, ses adeptes assoiffés de sang, ses serviteurs moqueurs et ses mankurts sans paroles.

Quelles sont nos armes ? Les armes sont différentes. Nous avons la capacité d’envoyer tous les ennemis dans un enfer de feu, mais ce n’est pas notre tâche. Nous écoutons et obéissons aux paroles du Créateur dans nos cœurs, et ces paroles nous donnent un but sacré. Le but est d’arrêter le souverain suprême de l’enfer, quel que soit le nom qu’il utilise – Satan, Lucifer ou Iblis. Car son but est la perdition. Notre but, c’est la vie.

Son arme est un mensonge complexe.

Et nos armes sont la Vérité.

C’est pourquoi notre cause est juste.

C’est pourquoi la victoire sera la nôtre !

Félicitations!

1,2 million views 07:00 le 04/11/2022

Fallait-il pour autant ne pas essayer d’embarquer la Fédération de Russie dans l’aventure démocratique qui a tout de même produit quelques bonnes choses depuis le XXème siècle ? Sans doute non ! En tout cas c’est l’option qui a été adoptée en Occident avec plus ou moins d’enthousiasme, elle n’a pas atteint ses objectifs, c’est le moins que l’on puisse dire. Gageons que l’Occident sera maintenant vacciné pour un moment de reprendre langue avec ce pays avant, qu’un jour, des discussions ne s’ouvrent de nouveau car la géographie étant ce qu’elle est, la Russie restera frontalière de l’Europe tant que la dérive des continents ne produira pas suffisamment ses effets.

Il faut oser

Il semble que l’armée russe ait acquis des drones « suicide » à l’Iran qu’elle utilise de façon importante contre l’Ukraine depuis une semaine pour détruire ses infrastructures énergétiques civiles. Moscou nie cette acquisition et explique que ces diaboliques petites machines sont russes, elles ont d’ailleurs été rebaptisés d’un nom russe, mais leur origine iranienne ne semble faire guère de doutes parmi les « experts de plateaux télévisés ».

Avec un certain culot, les puissances occidentales accusent Téhéran de violer on ne sait plus quel traité en vendant des armes à la Russie. Quand on voit les quantités astronomiques d’armes que le même Occident déverse sur l’Ukraine depuis des mois, on se demande s’il est bien sérieux d’utiliser les mêmes moyens de propagande que Moscou, et surtout à quoi cela sert-il ? Que la Russie soit réduite à aller acheter de l’armement à un pays en développement ne devrait pas forcément être une trop mauvaise nouvelle pour l’Occident. Prendre ensuite des sanctions contre la compagnie iranienne produisant ces drones comme l’ont fait les Occidentaux fait partie des règles du jeu. Mais critiquer un Etat iranien qui fait exactement la même chose que les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France et tous les autres, c’est-à-dire livrer des armes au belligérant pour qui on a pris parti : est-ce bien nécessaire ?

Le chaos après la bataille

Coco / Charlie Hebdo (20/09/2022)

La guerre d’Ukraine va bien se terminer un jour. On ignore quand. La seule certitude à ce jour est que l’ensemble Ukraine-Russie sera exsangue après la bataille et qu’il faudra des années, voir des décennies, pour redonner bonne figure à ces deux pays. Le chaos sera total et durable, sans parler des dommages collatéraux subis par le reste de la planète qui a pris parti pour l’un ou l’autre des belligérants.

Le désastre va être humain : on parle déjà de bilans à ce jour de 20 à 30 000 morts de chaque côté et la statistique militaire a l’habitude de multiplier le chiffre des morts par deux ou par trois pour estimer le nombre de blessés. Il sera aussi financier, et dans les grandes largeurs, pour reconstruire l’Ukraine et financer son Etat et les contribuables européens sont les meilleurs candidats pour assurer ce financement. Par ailleurs, il est plus que probable que les aides actuelles, budgétaires et en matériels militaires, ne seront jamais remboursées. Le chaos sera probablement aussi militaire, des quantités considérables d’armements, souvent sophistiqués, ont été déversés sur l’Ukraine et personne ne peut assurer que l’Etat ukrainien, ou ce qu’il en restera après la guerre, sera capable de contrôler ces équipements et d’éviter qu’ils ne soient un jour retournés contre leurs donateurs ou se retrouver dans les mains des mafieux de tous ordres qui pullulent à l’Ouest comme à l’Est.

Le chaos sera aussi politique tant l’Union européenne va être bouleversée par les suites de cette guerre et, notamment, par l’adhésion annoncée de l’Ukraine et de la Moldavie et celles des pays balkaniques occidentaux à venir déjà inscrits sur la liste (l’Albanie, la Macédoine du Nord et la Bosnie-Herzégovine, en attendant la Serbie, le Kosovo et le Monténégro). En cas de victoire ukrainienne on peut facilement imaginer la capacité de Kiev quand elle siégera à Bruxelles à se draper derrière le sang versé pour s’être battu « pour préserver l’Europe de la barbarie russe ». Qui osera s’opposer aux demandes de l’Ukraine dans les instances européennes ? Et même si les pays occidentaux de l’Europe avaient l’audace de le faire ils seraient rapidement emportés par la vague de l’Europe centrale et orientale. Et si l’Ukraine perdait la guerre, on ne sait pas encore bien ce qui adviendrait à l’Occident…

Pour la Russie le chaos semble aussi inévitable. Si elle perd la guerre il est probable que le président actuel et son clan seront déposés, voire éliminés, et qui sait qui les remplacera, ni quelles seront les réactions du peuple, des peuples de la Fédération ? Si elle gagne elle devra occuper une Ukraine ou une partie d’Ukraine dont un pourcentage de la population lui sera hostile comme le reste de l’Occident qui maintiendrait alors ses sanctions économiques.

Le mieux aurait été de ne pas faire cette guerre surtout que la Fédération de Russie est déjà le plus grand pays de la planète, quel besoin avait-elle de vouloir encore augmenter son territoire sinon pour satisfaire des égos surdimensionnés de dirigeants de rencontre préoccupés de laisser des traces dans une histoire qu’ils s’évertuent à réécrire avec le soutien plus ou moins affiché d’une partie de leurs citoyens ? Comme tout ceci est vain et inutile !

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Les poètes du Kremlin

Alice / Charlie Hebdo (06/07/2022)

Tout en nuance et subtilité, le fan-club du président russe s’est déchaîné ce 10 octobre comme l’illustrent ces trois publications sur le réseau dit « social » Telegram M. Kadyrov est le président de la République tchéchène qui est partie de la Fédération de Russie. Il est connu pour son idéologie islamiste et la brutalité avec laquelle il gouverne sa République. M. Medvedev est ancien premier ministre et ancien président de la Fédération de Russie, il est actuellement vice-président du conseil de sécurité russe.

Ces personnages font partie de l’aile nationaliste radicale russe. Ils sont investis de pouvoir et peuvent, un jour peut-être, se retrouver les interlocuteurs d’une future négociation entre la Russie et l’Ukraine… Ils sont sans doute représentatifs d’une frange de la population russe qu’on a du mal à évaluer mais qui exprime par leur intermédiaire des décennies de frustrations et d’échecs ainsi que la volonté féroce de ce pays de revenir sur le devant de la scène, quels que soient les moyens à utiliser pour parvenir à cet objectif.

La France, elle-même ex-empire en voie de décadence, vit avec son déclassement ou, tout au moins, essaye de le reconquérir (avec difficulté) par le développement économique et intellectuel plutôt que par « la politique du gourdin ». C’est probablement ce qui différencie la démocratie des dictatures. La bataille entre ces deux méthodes de gestion politique va probablement marquer le XXIème siècle. Le gagnant de ce combat de titans n’est pas désigné d’avance.

Ce populisme autoritaire qui fait flores en Russie est marqué par la libération de la parole de dignitaires dont on s’interroge sur le niveau intellectuel. Le président russe ou son ministre des affaires étrangères développent des théories, certes contestées, mais qui reposent néanmoins sur une rationalité propres et un raisonnement documenté. Les saillies de MM. Kadyrov ou Medvedev relèvent de la cour d’école et seraient risibles si elles n’engageaient pas l’avenir de tout un continent. Le populisme des temps modernes s’accompagne aussi d’un affaissement intellectuel de ses meneurs. Cette triste situation se constate aussi dans certains pays d’Europe, au Brésil et connut une apogée avec la présidence de Donald Trump aux Etats-Unis d’Amérique.

Attaque sur le pont reliant la Crimée à la Russie

Une forte explosion a endommagé le pont de Crimée, reliant la Crimée à la Russie et construit par Moscou après son annexion de la péninsule. Accessoirement il est actuellement utilisé par les Russes se rendant en vacances en Crimée et par les convois d’armement russes allant approvisionner ses militaires combattant au Sud de l’Ukraine. L’attaque n’est pas formellement revendiquée à ce stade mais on peut raisonnablement supposer qu’elle est le fait de l’Ukraine.

Lire aussi : L’incroyable destruction du navire amiral russe en mer Noire

C’est de nouveau une mauvaise nouvelle pour la Russie qui voit ainsi attaquer un ouvrage qui voulait marquer symboliquement la « russité » de la Crimée, quelques jours après l’annexion de quatre nouvelles régions ukrainiennes par la Russie. Ce succès symbolique n’est pas sans rappeler la destruction du navire amiral russe en mer noire au début de la guerre. Il confirme les défaillances d’une armée russe qui se croyait pourtant invincible. Il est vrai qu’une simple analyse des budgets militaires suffit à déduire que la Russie est loin derrière les budgets occidentaux ou chinois. Sachant qu’en plus une partie des budgets russes d’armement semblent s’évaporer dans la corruption qui touche le pays, il n’y avait donc pas de raison de croire à la propagande de ce pays sur la force de son armée. Le problème, « son » problème est que même ses dirigeants semblent avoir cru à leur propre propagande et à l’invincibilité de leurs militaires. Comme ils pensaient par ailleurs que les Ukrainiens les accueilleraient en libérateurs et que le régime de Kiev tomberait comme un fruit mûr, le Kremlin a ouvert les hostilités il y a huit mois et cette guerre absurde se poursuit encore aujourd’hui…

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Ce matin, pour se venger de l’attaque du pont de Crimée, Moscou a envoyé un déluge de bombes et de missiles sur les villes ukrainiennes, y compris sur la capitale, ciblant des cibles civiles et d’infrastructures énergétiques. L’ours russe n’est pas encore complètement moribond et garde une forte capacité de nuisance. Le mieux aurait été de ne pas déclencher cette guerre mais maintenant qu’elle est en cours, on ne sait pas bien comment en sortir. La Russie se dit « attaquée par l’Occident » mais envoie ses missiles sur l’Ukraine qui, elle, ne veut rien céder de ses objectifs de reconquête de l’ensemble de son territoire dans ses frontières telles que reconnues par le droit international… Il va bien pourtant falloir un jour mettre un terme à cette folie guerrière.

La Russie annexe des territoires ukrainiens

Le Kremlin a organisé ces jours derniers des référendums dans les quatre régions ukrainiennes frontalières, déjà partiellement occupées par l’armée de Moscou, pour proposer le rattachement de celles-ci à la Fédération de Russie. Ces régions sont pour l’instant objet de combats plutôt violents entre les belligérants russes et ukrainiens. Elles sont habitées par des Ukrainiens pro-russes et des Ukrainiens antirusses qui, dans leur grande majorité ont fui ces régions et n’ont pas voté. Le résultat a donc été un oui franc et massif en faveur du rattachement à la Russie. Aussitôt dit aussitôt fait, et aujourd’hui les textes « légaux » ont été signés en Russie pour étendre le territoire de la Fédération à ces quatre régions. Il reste à les faire approuver par le parlement dans les jours à venir, ce qui ne devrait pas poser de difficultés. Venus à Moscou, les quatre gouverneurs Ukrainiens pro-russes qui ont demandé cette annexion se réjouissent de la voir se réaliser.

Bien entendu tout ce processus est parfaitement contraire au droit international malgré un vague vernis de juridisme avec référendums et textes de lois. Mais les pays autoritaires n’utilisent ce concept de « droit international » que lorsqu’il est à leur avantage et se font un malin plaisir d’en trahir l’esprit tout en respectant la lettre. A cet égard l’annexion d’une partie d’un territoire étranger par la Russie finalisée aujourd’hui est un modèle du genre.

L’une des difficultés de ce conflit, quoi que l’on en dise, réside dans le fait qu’une partie des citoyens ukrainiens résidant dans ces régions est prorusse, soutient le rattachement de leurs régions à la Russie et la transformation de leur nationalité ukrainienne en nationalité russe. Nous sommes en présence d’une espèce de guerre civile avec interventions étrangères soutenant chacune leur camp. Les accords de Minsk (deux protocoles successifs signés en 2014 puis en 2015) n’ont jamais été appliqués par des signataires qui n’en n’avaient pas vraiment la volonté. Outre un cessez-le-feu, ils prévoyaient, notamment, un statut d’autonomie pour deux des régions ukrainiennes sécessionistes, celles de Donetsk et de Louhansk avec une décentralisation des pouvoirs. Ces accords proposaient une solution moyenne qui prenait en compte la mixité des habitants de ces zones : russe et ukrainienne, même si les territoires eux-mêmes étaient reconnus comme ukrainiens par le droit international. De tels accords ne pouvaient fonctionner que si les parties y adhéraient. Ce ne fut pas le cas et la guerre a été lancée par la Russie. La où il aurait fallu de l’intelligence et de la diplomatie, on a privilégié l’obstination et la brutalité. Le résultat se constate aujourd’hui dans les tranchées et un regain de nationalisme propice aux dérives de tous ordres.

Fondamentalement cette annexion ne change pas grand-chose sur le terrain où une armée ukrainienne motivée (et armée par l’Occident) s’affronte à une armée russe à l’efficacité plus modeste que prévue. En revanche cette décision éloigne un peu plus la possibilité d’une paix négociée et accroit donc les risques d’une d’extension de la guerre en cours. L’Allemagne nazie avait annexé la région tchécoslovaque des Sudètes en 1939 pour « libérer les Allemands des Sudètes de l’oppression tchécoslovaque » ; il a fallu une guerre mondiale et 60 millions de morts avant que la région annexée ne soit restituée à la Tchécoslovaquie.

La Russie continue à nuire avec l’Occident, elle le fait avec efficacité et délectation, mais les combats continuent et l’escalade s’aggrave.

La Russie mobilise pour reconstituer son armée en guerre contre l’Ukraine

Confrontée à de sérieux déboires militaires et à quelques milliers de morts en son sein, l’armée russe semble reculer dans son invasion de l’Ukraine. Pour reconstituer ses forces, le président russe a annoncé une mobilisation « partielle » de ses citoyens, limitée à ceux ayant des compétences militaires, bref, la réserve. Le chiffre de 300 000 nouveaux soldats est avancé mais cette mobilisation déclenche des vagues d’émigration de citoyens russes mobilisables qui s’enfuient pour se mettre à l’abri dans d’autres pays. Cela rappelle les flux de jeunes américains qui, dans les années 1970, fuyaient leur mobilisation, notamment au Canada voisin, pour éviter d’aller guerroyer au Vietnam.

Evidemment, cette mobilisation n’est pas excessivement populaire ni auprès des populations urbaines favorisées de Moscou et Saint-Pétersbourg qui ont les moyens de s’exiler pour fuir la conscription, ni auprès de populations des Républiques dites « périphériques » qui contribuent à constituer la « chair à canon » beaucoup plus que proportionnellement à leur nombre, comme les afro-américains et les latinos allaient plus faire la guerre du Vietnam sous la bannière étoilée que les WASP des universités de la côte Est.

Il n’en reste pas moins que la mobilisation, même partielle, est une étape de plus vers une guerre généralisée et ce n’est pas un bon signe.

La retraite de Russie ?

Alors que la guerre se poursuit entre la Russie et l’Ukraine, les forces de Kiev ont lancé une contre-offensive depuis quelques jours qui semble rencontrer un franc succès devant des forces russes à la dérive à tel point qu’une reconquête des territoires ukrainiens occupés semble maintenant concevable. Même les médias officiels et quelques dirigeants russes conviennent de l’échec de leurs troupes, évoquant à demi-mots des erreurs stratégiques de leur gouvernement. Il convient sans doute de ne pas se réjouir trop vite tant la Russie a des ressources et la volonté de nuire à l’Ukraine et à l’Occident mais elle ne s’avance pas depuis six mois que dure cette guerre vers une franche et nette victoire.

Evidemment, sans trop triompher publiquement, tout le monde se réjouit à l’Ouest de voir l’ours russe trébucher dans son invasion de l’Ukraine. Tout le monde se rassure en Occident de constater que l’armée russe supposée invincible et de haute technologie trébuche sur les rives du Dniepr. Tout le monde ne peut que constater que les armes occidentales fournies en masse à l’Ukraine sont plus dommageables que celles d’en face.

Localement le Kremlin est toujours soutenu par un fan-club d’ultranationalistes comme l’ancien président Medvedev très disert sur Telegram :

L’avenir est incertain, le président russe commençant à être mis en cause intérieurement va sans doute devoir réagir pour sauver son poste, voire sa tête. Sans doute l’invasion de l’Ukraine a été le pas de trop de la Russie après ses invasions « réussies » de la Transnistrie (1992), la Géorgie (2008), de la Syrie (2013), du Donbass et la Crimée (2014), sans doute la Russie a eu les yeux plus gros que le ventre en s’attaquant à son « frère » ukrainien.

La Russie n’a pas dit son dernier mot dans cette volonté de puissance et de nuisance qui l’anime depuis des siècles. On reste confondu de constater comment la décision d’un clan de quelques individus enfermés derrière les murs du Kremlin, étouffés par leurs égos, peut à ce point bouleverser durablement la situation du monde, dans son économie et sa géopolitique. Cela rappelle aussi a contrario, pour ceux qui en doutent, l’un des mérites des démocraties dont les institutions rendent improbables de telles folles et mortifères décisions.

A suivre…

La Russie et ses nouveaux amis

Biche / Charlie Hebdo (27/04/2022)

La Russie organise en ce moment un Forum économique oriental (Eastern Economic Forum) à Vladivostok dans l’extrême orient russe. Le président russe y accueille certains de ses partenaires comme le Myanmar (ex-Birmanie), l’Arménie, la Mongolie, la Chine, l’Inde, la Malaisie ou le Vietnam.

Le président Poutine a fait un discours d’accueil et est bien sûr revenu sur les effets de la guerre encours dont il fait porter la responsabilité à l’Occident :

I am referring to the Western sanctions frenzy and the open and aggressive attempts to force the Western mode of behaviour on other countries, to extinguish their sovereignty and to bend them to its will. In fact, there is nothing unusual in that: this policy has been pursued by the “collective West” for decades.

What I am saying is, many European countries today continue to act as colonisers, exactly as they have been doing in previous decades and centuries. Developing countries have simply been cheated yet again and continue to be cheated.

Russia is coping well with the economic, financial and technological aggression of the West. I am talking about a real aggression; there is no other word for it. Russia’s currency and financial market has stabilised, inflation is going down, as I have already mentioned, and the unemployment rate is at an all-time historical low of less than 4 percent. The assessments and forecasts of our economic performance, including by businesspeople, are more optimistic now than in early spring.

It is important for Russia that the economy of the Russian Far East grows together with Asia Pacific economies, that this region provide modern living conditions, boost people’s incomes and well-being, and that it create high-quality jobs and cost-effective production facilities.

Etc, etc, etc.

http://en.kremlin.ru/events/president/news/69299

M. Poutine décline ensuite longuement les réussites économiques de l’Asie, dont celles de la Russie, les difficultés que l’Occident est en train de s’infliger en soumettant la Russie à des sanctions et les avantages mutuels dont la Russie et l’Asie vont bénéficier en coopérant désormais ensemble. L’avenir dira si les nouveaux amis de Moscou investissent suffisamment pour remplacer les anciens que sont les occidentaux qui ont cessé tout investissement en Russie et même poussé nombre de leurs entreprises à y désinvestir en fermant leurs filiales locales.

La semaine prochaine une rencontre entre les présidents Russe et Chinois aura lieu dans le cadre d’un sommet de l’Organisation de coopération de Shangaï à Samarcande en Ouzbékistan. Moscou se détourne de l’Europe pour se tourner vers l’Est. C’est une page qui se tourne et sans doute pour longtemps. Personne ne sait bien aujourd’hui si ces nouvelles alliances seront bénéfiques. Elles auront au moins le mérite de la clarté : les démocraties libérales basées sur le droit d’un côté, les régimes autoritaires fondés sur un parti ou un dictateur de l’autre. Les dernières illusions d’un monde réconcilié et mondialisé post-guerre froide sont en train de tomber.

Désarmement industriel

Alice / Charlie Hebdo (06/07/2022)

La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine depuis le 24 février dernier divise le monde entre l’Occident qui se place plutôt du côté de l’Ukraine et le reste du monde qui soutient la Russie, même si c’est parfois du bout des lèvres. Le soutien occidental se traduit par des ventes d’armement importantes à Kiev (dont il est d’ailleurs probable qu’elles ne seront jamais payées par l’acheteur mais financées par les impôts des contribuables des pays vendeurs). Ces transferts d’équipements militaires semblent être efficaces sur le terrain où l’armée ukrainienne a bloqué le rouleau compresseur russe mais seraient en train d’atteindre leurs limites par… insuffisance de stocks !

Le citoyen néophyte constate que les armées occidentales semblent être à peu près équipées pour une guerre de « haute intensité » (une guerre totale en français dans le texte) de deux ou trois mois mais guère plus. L’armée russe disposerait toujours de stocks d’armes et de munitions datant de la période soviétique, certes moins sophistiquées que les armements occidentaux mais plus disponibles.

Les processus de production d’armes ont probablement été relancés en Occident et les budgets d’argent public nécessaires débloqués. Il est désormais plus que probable que la Russie va rester un ennemi de l’Occident pour des générations, sinon pour toujours, quelle que soit l’issue de sa guerre d’invasion en cours. Il va falloir réarmer, les industriels du secteur doivent déjà se frotter les mains, et les Français ne sont pas les moins bien placés. Simplement il va bien falloir arbitrer entre les dépenses publiques. Un pays comme la France ne pourra pas tout se payer : des jeux olympiques (par exemple) et refaire ses stocks d’armes. Il va falloir arbitrer dans les dépenses et la France n’est vraiment pas compétente dans ce jeu, le montant de ses dettes publiques est d’ailleurs là pour l’attester.

Espérons que les ogres russes ou leurs amis asiatiques ne vont pas attaquer l’Occident avant que celui-ci n’ait remis ses stocks au niveau nécessaire pour affronter ce nouveau péril !

On n’y comprend plus rien

Juin / Charlie Hebdo (02/09/2022)

On ne comprend plus grand-chose à l’imbroglio sur la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia. Depuis le déclenchement de la guerre de la Russie contre l’Ukraine, cette installation (la plus grande d’Europe) qui comporte six réacteurs électriques est occupée par l’armée Russe. Il semble que les techniciens qui la font fonctionner sont ukrainiens mais que des ingénieurs russes ont également été installés sur place. L’opérateur nucléaire ukrainien Energoatom continue à diffuser des communiqués sur le (mauvais) fonctionnement de la centrale qui serait sous contrôle russe… Bref, on ne sait plus bien qui a les commandes, ce qui n’est pas particulièrement rassurant s’agissant d’une centrale nucléaire.

Située au milieu d’une zone de combat, elle est l’objet de bombardements dont Kiev et Moscou se renvoient la paternité. On a du mal à comprendre qui tire sur qui compte tenu du fait qu’il y a des personnels (plusieurs milliers) à la fois russes et ukrainiens sur le site, et que tout accident nucléaire provoqué par cette guerre touchera en tout premier la Russie et l’Ukraine, modulo le sens du vent ! C’est juste de la géographie.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) vient d’y envoyer une mission d’inspection conduite par son directeur général. Seule la télévision russe a été autorisée à médiatiser l’évènement. La délégation a été guidée par un responsable russe, et encadrée par des soldats, russes également. On voit sur les images des camions militaires russes, des bouts de missiles plantés dans des toits en béton, des trous dans les murs. Le chef de mission a pudiquement déclaré que « l’intégrité de la centrale avait été violée à plusieurs reprises ».

Des réacteurs sont branchés ou débranché du réseau électrique au hasard des bombardements dont on ignore exactement la provenance. L’alimentation électrique des réacteurs est importante car c’est elle qui, en premier niveau, assure le refroidissement du cœur des réacteurs sans laquelle ceux-ci risquent de fusionner (comme ce fut le cas à Three Mile Island [Etats-Unis en 1979], Tchernobyl [Union soviétique en 1986] et Fukushima [Japon en 2011]) et de rejeter des nuages radioactifs dans l’atmosphère.

Further underlining the fragile nuclear safety and security situation, there had been continued shelling of the site from 29 August up to the day before the Director General and his team arrived at the ZNPP. There was damage to the facility’s solid radioactive waste storage, the ventilation pipe of special building 1, and the ZNPP training building.

https://www.iaea.org/newscenter/pressreleases/update-97-iaea-director-general-statement-on-situation-in-ukraine

Voilà qui est encore moins rassurant…

Le combat idéologique de la Russie

Les réalités du champ de bataille de la guerre entre la Russie et l’Ukraine sont ce qu’elles sont et ne semblent pas aussi brillantes que ce à quoi s’attendait l’armée russe en franchissant la frontière pour « libérer » ses « frères » ukrainiens.

En revanche, sur le terrain du « softpower », la Russie démontre toujours témérité et efficacité. Depuis le début de la guerre, une dizaine d’oligarques (ceux qui se sont approprié l’outil industriel soviétique lors des privatisations de l’ère Eltsine) sont morts dans des conditions mystérieuses, parfois violentes et accompagnés de membres de leurs familles, parfois même en dehors de Russie. Des officiers supérieurs des services de sécurité auraient aussi disparu suite à leurs performances jugées insuffisantes au cours de cette guerre, sans parler des généraux russes tués eux sur le champ de bataille, en principe, par les forces ukrainiennes.

La disparition des oligarques semble relever plus de la restructuration de l’économie que de la guerre en Ukraine, mais l’occasion fait le larron et le pouvoir russe n’a pas laissé passer la situation de chaos provoquée par la guerre en cours pour régler ses propres comptes. L’assassinat récent de la fille d’un idéologue nationaliste dans l’explosion de son véhicule près de Moscou semble aussi relever de cette logique. Elle-même journaliste engagée dans la promotion des idées de son père, la victime aurait décidé au dernier moment de prendre la voiture paternelle, il n’est donc pas exclu que ce fût le père qui était visé et non sa fille.

Pus pernicieuse et potentiellement inextricable est la politique de russification et de déportation des populations appliquée dans les territoires ukrainiens « libérés » par l’armée russe. Aussitôt installée une administration prorusse dans ces zones, le rouble remplace la monnaie ukrainienne, idem avec les réseaux de téléphonie mobile et les chaînes de télévision. Les programmes et les manuels scolaires sont réécrits par la Russie et il est question que des référendums soient organisés de façon express pour rendre définitif le rattachement de ces territoires à la Russie, sur le modèle appliqué avec la Crimée en 2014.

La Russie a par ailleurs accueilli quelques millions de citoyens évacués des zones de guerre, y compris des enfants isolés. Ceux-ci sont présentés comme des « réfugiés » par Moscou mais qualifiés de « déportés » par Kiev. Evidemment, personne ne leur a demandé où ils souhaitaient se rendre. Pas sûr qu’ils aient choisi la Sibérie si on leur avait proposé la Pologne, mais la Russie présente ce flux d’Ukrainiens vers son territoire comme une opération humanitaire, même si cela rappelle furieusement les mouvements massifs de population pratiqués en Union soviétique pour une raison ou pour une autre.

Tout ceci va être difficile à défaire dans l’hypothèse où cette guerre se terminerait un jour. Moscou le sait bien et ne se gêne pas pour avancer ses pions et marquer « son territoire ». Après tout, en 1945, l’Occident avait bien dû entériner les territoires conquis par l’Armée rouge au jour du cessez-le-feu, et avait même dû en restituer quelques-uns à Staline dans le cadre de la reddition allemande. Il est vrai qu’à l’époque l’Union soviétique faisait partie des vainqueurs de la IIème guerre mondiale, mais il n’est pas encore écrit qu’elle soit vaincue dans son conflit contre l’Ukraine !

Malgré tout, le rideau de fer s’était ouvert cinquante ans plus tard et nombre des « pays frères » de l’Union soviétique en avaient profité pour renier aussitôt la protection ex-soviétique et rejoindre l’Occident. C’est d’ailleurs l’une des origines de la guerre en cours : comment empêcher les dernières républiques soviétiques qui n’ont pas déjà pactisé avec l’Occident de le faire ? L’ours russe utilise ses méthodes habituelles qui ne sont pas empreintes de beaucoup de subtilité et n’ont jamais produit de succès durable !

Gazprom n’aime plus la France

Le producteur de gaz russe aurait informé le distributeur français Engie de la coupure du robinet à compter de jeudi comme communiqué sur le réseau dit « social » Telegram :

Le motif affiché serait une dette française impayée. Il doit s’agir plutôt du refus de payer le gaz en rouble comme exigé par le russe depuis la guerre en Ukraine. Qu’importe, le Kremlin joue avec ses clients occidentaux sur le thème « je te tiens, tu me tiens par la barbichette, rira bien qui rira le dernier ». On ne sait pas encore qui dépend le plus de qui et qui rira le dernier. L’hiver qui approche devrait bientôt permettre de statuer sur cette question un peu existentielle.

La hausse des cours du gaz semble compenser la baisse des volumes mais il va bien arriver un jour ou si le robinet est coupé pour tout le monde il n’y aura plus de recettes. On entend dire que les flux de gaz et de pétrole qui ne sont plus vendus par Moscou à l’Ouest le serait désormais vers l’Est, mais on dit aussi que ces nouveaux acheteurs en profitent pour obtenir de sérieux rabais…

Une inquiétude certaine commence à diffuser en Europe sur la perspective de devoir baisser le chauffage en cas de pénurie, voire pire. Nous n’étions plus très habitués à ça. Après la moutarde, le gaz pourrait lui aussi être en rupture de stock à l’arrivée des frimas. On ne sait pas si la Russie peut encore gagner sa guerre contre l’Ukraine mais elle a en tout cas réussi à très sérieusement tournebouler l’Occident son ennemi en désorganisant le marché mondial de l’énergie, en mettant sa croissance économique en péril et en menaçant le confort de ses habitants. Quelle que soit l’issue du conflit, Moscou aura déjà atteint cet objectif ce que même l’Union Soviétique au plus fort de la guerre froide n’avait pas réussi.

Pendant ce temps, l’ancien président russe Medvedef, et ex-premier ministre du président Poutine, inonde les réseaux dits « sociaux » de messages narquois et infantiles, se moquant de la faiblesse occidentale et prévoyant l’effondrement de l’ennemi ukrainien. La traduction automatique du russe est un peu hasardeuse mais suffit à appréhender le ton du message :

On est loin de la Russie de Tolstoï…

La guerre en Ukraine : un échec collectif

Foltz/Charlie Hebdo (02/03/2022)

Alors que la guerre entre la Russie et l’Ukraine continue à faire rage et qu’aucune solution de cessez-le-feu ne semble poindre à l’horizon tant la détermination des belligérants est aussi forte que leur incapacité apparente à écraser l’autre pour obtenir sa reddition sans négociation, on mesure un peu mieux le cheminement qui a mené à ce désastre, qui semble un peu plus complexe que la présentation simpliste qui en est généralement faite d’un méchant, la Russie, attaquant le gentil, l’Ukraine.

On s’aperçoit aujourd’hui que les Etats-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni ont été très impliqués depuis 2014 (année de l’annexion de la Crimée par la Russie) dans le réarmement et la formation des forces de sécurité ukrainiennes, ce qui explique d’ailleurs en partie la capacité de résistance plutôt inattendue de l’armée de Kiev face à l’invasion russe. Cette occidentalisation à marche forcée de l’Ukraine ajoutée aux mirages d’entrée dans l’OTAN et d’adhésion à l’Union européenne (UE) de ce pays frontalier, ancien membre de l’ex-Union soviétique ne pouvaient que troubler la Fédération de Russie alors en pleine nostalgie de sa puissance déchue.

On relève aussi que le « Protocole de Minsk » signés en 2014 sous les auspices de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), suivi des « Accords de Minsk II », n’a jamais été vraiment mis en œuvre par les parties. Ces accords prévoyaient notamment l’octroi d’un statut d’autonomie aux régions du Donbass et le retrait des forces militaires de ces zones.

La Russie n’étant pas un pays réputé pour la subtilité de ses interventions, sa phobie de l’encerclement par les forces occidentales s’est muée en déclenchement d’une guerre stupide qui se déroule beaucoup moins bien pour elle qu’anticipé. C’est d’ailleurs la seule « bonne nouvelle » de ce conflit, l’ours russe est toujours très agressif mais finalement peut-être pas aussi fort que ses rugissements veulent le laisser croire.

La géographie étant ce qu’elle est, il est probable que l’Ukraine restera voisine de la Russie pour longtemps. La politique étant ce qu’elle est, on voit mal la Russie évoluer à court terme vers un régime démocratique respectant le droit international et le bien des peuples. Il va donc falloir continuer à cohabiter entre voisins acariâtres, même une fois cette guerre terminée, et même si le Kremlin change ses dirigeants un jour ou l’autre. Cela crée des risques et des obligations qu’il faut bien prendre en compte pour une solution pacifique durable.

On peut continuer à vitupérer contre les agresseurs russes mais, mêmes vaincus ce qui est encore loin d’être le cas, ils seront toujours là et resteront peu sensibles aux sirènes de l’occidentalisation et de la démocratisation avant des générations et des générations. Ils seront toujours adeptes de réactions qui paraissent primaires mais qu’ils ne sauront s’empêcher de manifester, sans parler de la nostalgie d’un retour à une puissance passée.

Il faut bien tenir compte de cette situation, de ces différences d’appréciation qui peuvent se transformer en tirs de missile… Hélas pour elle, l’Ukraine est voisine de la Russie, ce qui ne lui laisse pas toute la liberté qu’elle souhaite pour définir son destin. Elle doit composer avec la force nuisible de ce voisin. C’est l’inégalité de la géographie. La France a dû cohabiter avec une Allemagne frontalière et agressive qui a déclenché trois guerres contre la France entre 1870 et 1939, dont deux sont devenues mondiales et ont déclenché une barbarie encore jamais vue sur la planète. Après des millions de morts, ces deux pays sont maintenant amis.

C’est frustrant pour une partie de la population ukrainienne urbanisée qui se verrait bien adopter le mode de vie de Paris ou Berlin le plus rapidement possible, ça l’est sans doute un peu moins pour d’autres parties de sa population dans les régions frontalières avec la Russie. Car ce sont bien des Ukrainiens qui revendiquent le rattachement à la Russie de leurs Républiques « indépendantes » et ce sont bien des Ukrainiens séparatistes qui entretiennent la rébellion contre Kiev depuis 2014. La Russie trouve aussi des Ukrainiens qui gèrent les zones contrôlées par l’armée russe, L’Ukraine n’a pas seulement à gérer à l’agression extérieure de la Russie dont elle est victime, mais elle a aussi à affronter une rébellion interne d’une partie de sa population. L’indépendance unilatérale des « Républiques de Donetsk et de Lougansk » n’a pas été prononcée uniquement par les Russes, mais bien par des Ukrainiens séparatistes. Lorsque la guerre se terminera, il faudra aussi prendre en compte cette volonté séparatiste d’une partie de la population ukrainienne. Il faudra d’ailleurs sans doute considérer cette volonté dès les discussions de sortie du conflit.

Si dans le cadre d’une autonomie bien gérée un processus référendaire sur le modèle de celui offert par la France à la Nouvelle-Calédonie (qui a duré des décennies) était mis en place il pourrait aboutir à une indépendance de ces régions du Donbass ou leur rattachement à la Russie d’une façon démocratique qui serait alors reconnue par la communauté internationale.

Lorsque le statut de cette guerre passera du chaud au froid, ce dernier risquant de durer encore quelques siècles, il faudra trouver un compromis avec le voisin russe (et son allié biélorusse) pour que chacun reste à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues. Même si la Russie était défaite, elle serait toujours là et toujours aussi nuisible et haineuse pour tout ce qui se trouve sur son flanc ouest. Les pistes envisagées par le président ukrainien au début du conflit d’une neutralité, à définir, de son pays et d’un étalement sur plusieurs décennies des négociations sur la Crimée reviendront sur la table un jour ou l’autre. Elles méritent d’être considérées, le retour sur des accords de Minsk remodelés aussi.

Ce sera long et douloureux, exigera des talents politiques et diplomatiques, non identifiés à ce stade, mais on peut penser que ce serait plus raisonnable et donc durable. Bref, faire parler l’intelligence plutôt que les canons !

La propension à la guerre de différents régimes politiques selon Aron

Raymond Aron le 11/10/1981 à Paris

Dans la neuvième leçon (sur 19) du cours « Démocratie et totalitarisme » donné à la Sorbonne durant l’année universitaire 1957-1958, le philosophe politique Raymond Aron (1905-1983) explique la liaison entre la guerre de conquête et le régime politique des Etats.

Entre 1933 et 1939 les régimes constitutionnels pluralistes [les démocraties] paraissaient absolument décadents parce qu’ils avaient en face d’eux des régimes dirigés par des hommes dont la façon de penser et le style d’action étaient essentiellement différents du style de pensée et de la méthode d’action des dirigeants parlementaires. Un dirigeant parlementaire croit au compromis, et de manière générale n’aime pas la violence, le chef d’un parti monopolistique croit en la violence et méprise les compromis. Les chefs des régimes fascistes pensaient que la guerre est l’état normal des collectivités et que la conquête est la fin normale de toutes les collectivités vivantes…

Or, incontestablement les régimes pluralistes au XXème siècle sont mal adaptés à la conquête, et même jusqu’à un certain point à la préparation de la guerre.

Au bout du compte, les régimes que nous étudions [pluralistes] au XIXème siècle ont conquis de grands empires, ajoutons qu’ils les ont perdus au XXème… Ces régimes sont de plus en plus dépourvus des moyens idéologiques de justifier leurs empires et ils ne possèdent ni la capacité de violence ni la capacité d’hypocrisie pour maintenir en permanence une politique contraire à leurs idées.

On a ici la parfaite description de l’impossibilité du dialogue entre les dirigeants d’un parti monopolistique en poste au Kremlin et les pays occidentaux qui soutiennent l’Ukraine dans la guerre de conquête que lui a déclarée la Russie. La conquête reste un objectif de la Russie pour étendre ou reconstituer son Empire quand les démocraties occidentales se réfèrent à l’Etat de droit et à « l’intangibilité » des frontières, et donc au compromis pour ne pas déroger à ces principes. C’est un dialogue de sourds dans lequel la partie attaquante mise sur l’usure attendue des démocraties soutenant la partie attaquée. Le gagnant sera celui qui aura le plus de patience dans ce conflit délétère.

Les tentatives de compromis ont échoué lorsque l’Occident a plus ou moins laissé faire les invasions de la Géorgie, de la Crimée ou la réduction sanglante de la réduction tchétchène par le Kremlin. Elles n’ont pas empêché de nouvelles guerres de conquête comme celle en cours contre l’Ukraine. L’histoire de l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne en 1939 puis par l’Union soviétique en 1968 n’ont pas donné lieu à réactions militaires immédiates des « régimes constitutionnels pluralistes », elles ont néanmoins emmené les pays et régimes agresseurs vers leur défaite en liguant les démocraties contre ces envahisseurs.

L’histoire dira si la Russie aura fait le pas de trop ce 24 février en envahissant militairement l’Ukraine !