La propension à la guerre de différents régimes politiques selon Aron

Raymond Aron le 11/10/1981 à Paris

Dans la neuvième leçon (sur 19) du cours « Démocratie et totalitarisme » donné à la Sorbonne durant l’année universitaire 1957-1958, le philosophe politique Raymond Aron (1905-1983) explique la liaison entre la guerre de conquête et le régime politique des Etats.

Entre 1933 et 1939 les régimes constitutionnels pluralistes [les démocraties] paraissaient absolument décadents parce qu’ils avaient en face d’eux des régimes dirigés par des hommes dont la façon de penser et le style d’action étaient essentiellement différents du style de pensée et de la méthode d’action des dirigeants parlementaires. Un dirigeant parlementaire croit au compromis, et de manière générale n’aime pas la violence, le chef d’un parti monopolistique croit en la violence et méprise les compromis. Les chefs des régimes fascistes pensaient que la guerre est l’état normal des collectivités et que la conquête est la fin normale de toutes les collectivités vivantes…

Or, incontestablement les régimes pluralistes au XXème siècle sont mal adaptés à la conquête, et même jusqu’à un certain point à la préparation de la guerre.

Au bout du compte, les régimes que nous étudions [pluralistes] au XIXème siècle ont conquis de grands empires, ajoutons qu’ils les ont perdus au XXème… Ces régimes sont de plus en plus dépourvus des moyens idéologiques de justifier leurs empires et ils ne possèdent ni la capacité de violence ni la capacité d’hypocrisie pour maintenir en permanence une politique contraire à leurs idées.

On a ici la parfaite description de l’impossibilité du dialogue entre les dirigeants d’un parti monopolistique en poste au Kremlin et les pays occidentaux qui soutiennent l’Ukraine dans la guerre de conquête que lui a déclarée la Russie. La conquête reste un objectif de la Russie pour étendre ou reconstituer son Empire quand les démocraties occidentales se réfèrent à l’Etat de droit et à « l’intangibilité » des frontières, et donc au compromis pour ne pas déroger à ces principes. C’est un dialogue de sourds dans lequel la partie attaquante mise sur l’usure attendue des démocraties soutenant la partie attaquée. Le gagnant sera celui qui aura le plus de patience dans ce conflit délétère.

Les tentatives de compromis ont échoué lorsque l’Occident a plus ou moins laissé faire les invasions de la Géorgie, de la Crimée ou la réduction sanglante de la réduction tchétchène par le Kremlin. Elles n’ont pas empêché de nouvelles guerres de conquête comme celle en cours contre l’Ukraine. L’histoire de l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne en 1939 puis par l’Union soviétique en 1968 n’ont pas donné lieu à réactions militaires immédiates des « régimes constitutionnels pluralistes », elles ont néanmoins emmené les pays et régimes agresseurs vers leur défaite en liguant les démocraties contre ces envahisseurs.

L’histoire dira si la Russie aura fait le pas de trop ce 24 février en envahissant militairement l’Ukraine !

Chine et Russie : les nouveaux bons amis

On se souvient que le président russe avait visité son homologue chinois à l’occasion des jeux olympiques organisés à Pékin en février dernier, deux semaines à peine avant le déclenchement de la guerre de la Russie contre l’Ukraine. La Russie ayant été exclue des compétitions internationales par suite du système de dopage institutionalisé ayant été mis à jour quelques temps auparavant, les athlètes russes présents se présentaient sous les couleurs olympiques, les drapeaux russes étant bannis des enceintes de ces jeux. Le président russe en a donc profité pour papoter de deux ou trois choses avec son hôte. Le résultat fut un communiqué commun, daté du 04/02/2022, de sept pages sur la nouvelle ère dans les relations internationales et du « développement durable mondial » qui a été alors diffusé et dont la relecture est particulièrement intéressante à l’aune de « l’opération militaire spéciale » engagée quelques jours plus tard par la Russie contre l’Ukraine.

On y lit comment ces deux puissances contestent la prééminence occidentale « représentant la minorité à l’échelle internationale », et particulièrement celle des Etats-Unis d’Amérique, tout en confirmant leur adhésion à l’ordre multilatéral mis en place après la seconde guerre mondiale.

Le chapitre I est consacré à la démocratie, « une valeur humaine universelle » mais les impétrants s’accordent sur le fait qu’il n’existe pas de modèle unique et que chaque pays doit suivre sa propre voie pour aboutir à la démocratie et au respect des droits de l’homme en fonction de « ses propres caractéristiques nationales, son histoire, sa culture… »

Dans un deuxième chapitre les deux dirigeants abordent les sujets de la coopération économique, scientifique, climatique dans des conditions « ouvertes, égales, équitables et non discriminatoires » en mentionnant les institutions multilatérales préexistantes (ONU, OMC…) mais aussi les organisations plus récentes centrées sur l’Asie qui sont évidemment plus dominées par les pays de la région, au premier rang desquels la Chine, que par l’Occident.

Le troisième chapitre est le plus intéressant car concernant la vision de la sécurité mondiale sur laquelle se rejoignent Chine et Russie :

Les parties réaffirment leur ferme soutien mutuel à la protection de leurs intérêts fondamentaux, de la souveraineté de l’État et de l’intégrité territoriale, et s’opposent à l’ingérence de forces extérieures dans leurs affaires intérieures.

Cette introduction ne manque pas d’ironie venant de Moscou qui se préparait à envahir l’Ukraine quelques jours plus tard mais marque une nouvelle fois la vision politique russe que l’Ukraine relève de ses propres « affaires intérieures ». Ce sentiment est donc également partagé par Pékin qui a grosso-mode le même sentiment vis-à-vis de Taïwan.

L’Alliance de l’Atlantique nord est explicitement citée comme « recourant à des pratiques de concurrence déloyale, en intensifiant les rivalités géopolitiques, en alimentant l’antagonisme et la confrontation, et en sapant gravement l’ordre de sécurité international et la stabilité stratégique mondiale ». Puis les différents accords multilatéraux (désarmements, nucléaires, biologiques…) sont passés en revue pour vanter leur utilité si ce n’était le rôle néfaste des Etats-Unis sur leur efficacité.

Le dernier et quatrième chapitre trace la voie de la fructueuse collaboration sino-russe à renforcer à l’avenir au profit de la planète entière, au besoin en réinterprétant l’Histoire :

Les parties ont l’intention de défendre fermement les résultats de la Seconde Guerre mondiale et l’ordre mondial existant d’après-guerre, de défendre l’autorité des Nations Unies et la justice dans les relations internationales, de résister aux tentatives de nier, de déformer et de falsifier l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

Afin d’éviter que la tragédie de la guerre mondiale ne se reproduise, les parties condamneront fermement les actions visant à nier la responsabilité des atrocités commises par les agresseurs nazis, les envahisseurs militaristes et leurs complices, saliront et terniront l’honneur des pays victorieux.

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Ce long communiqué marque la conscience revenue à ces deux pays de leur puissance économique et militaire (pour la Chine) ou d’une forte capacité de nuisance (pour la Russie) afin de se pousser du col pour revenir au sommet du pouvoir sur le monde après près de 70 ans de domination occidentale. C’est de bonne guerre, si l’on ose dire, mais l’Occident n’a sans doute pas dit son dernier mot. En revanche, il confirme leur ferme intention de refuser le chemin vers la démocratie tel que proposé dans l’architecture de la planète post-1945.

Malgré quelques rodomontades pro-démocratiques de circonstance en introduction du texte, Moscou et Pékin posent leur ferme volonté de maintenir les méthodes autoritaires de gouvernance de leurs peuples telles que pratiquées actuellement. Et les peuples seront probablement les juges de paix dans cette histoire. S’ils continuent à se satisfaire de cette gouvernance comme cela semble être le cas aujourd’hui, il n’y a guère de raison d’imaginer une évolution à court ou moyen terme et cette « nouvelle ère des relations internationales » restera conflictuelle du type de la « guerre froide », que les plus optimistes ont cru terminée après la fin de l’Union soviétique, mais en plus intense compte tenu du rééquilibrage des puissances en faveur des pays autoritaires. C’est l’hypothèse la plus probable pour les années à venir. Le gagnant n’est pas désigné d’avance, un dérapage militaire n’est pas exclu !

Les risques du compromis selon Raymond Aron

Raymond Aron le 11/10/1981 à Paris

Dans la quatrième leçon (sur 19) du cours « Démocratie et totalitarisme » donné à la Sorbonne durant l’année universitaire 1957-1958, le philosophe politique Raymond Aron (1905-1983) explique le sens du compromis nécessaire en régime pluraliste moderne où cohabitent plusieurs partis. Outre le respect des règles et des lois, la notion de compromis est un principe clé du bon fonctionnement de la démocratie : « accepter le compromis est accepter la légitimé partielle des arguments des autres et essayer de trouver une solution qui ne soit agressive pour personne ».

Malgré tout il y a des domaines où le compromis « est une catastrophe » comme dans le domaine de la politique étrangère où il faut choisir entre deux voies, chacune comportant des avantages et des inconvénients, mais si le choix se porte sur la politique intermédiaire « on ne divise pas les risques par deux, normalement on les multiplie par deux ou tout au moins on collectionne les inconvénients des deux politiques possibles ».

Lorsque l’Italie de Mussolini a voulu faire la conquête de l’Ethiopie [en 1935]… la France et ses alliés avaient le choix entre laissez-faire Mussolini ou l’empêcher par l’usage de moyens militaires… En démocratie on n’aime pas prendre des risques d’opérations militaires, ce qui est d’ailleurs légitime à bien des égards, mais on ne peut pas non plus en politique extérieure atteindre des résultats sans prendre de risques.

La politique choisie a consisté à imposer des sanctions mais des sanctions suffisamment inefficaces pour qu’il n’exista aucun risque de réplique militaire par l’Italie. La conséquence prévisible et inflexible fut que l’Italie fut suffisamment irritée par les sanctions pour glisser du côté de l’Axe [Allemagne-Japon] et ne fut pas suffisamment gênée dans ses entreprises pour être obligée de s’arrêter. Cela c’est l’exemple du mauvais compromis.

Comme souvent Raymond Aron fut un visionnaire analytique et réfléchi sur le monde qui l’entourait dont nombre d’aspects sont toujours d’actualité. Rapportés à la guerre actuelle déclenchée par la Russie contre l’Ukraine, ses commentaires sur le compromis sont toujours frappants d’actualité.

Lire aussi : Aron Raymond, ‘L’opium des intellectuels’.
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L’Ukraine croûle sous les bombes russes, la France manque de moutarde

Biche/Charlie Hebdo (13/03/2022)

Alors que l’Ukraine croûle sous les bombes et les missiles russes qui semblent lancés un peu au hasard sur des objectifs civils comme militaires, la France et d’autres pays occidentaux manquent de matériels et de munitions à fournir à Kiev et… de moutarde pour assaisonner ses hamburgers.

Les citoyens européens découvrent avec un peu de stupéfaction que leurs armées ne disposent que de quelques jours de stocks de munitions et pas assez de matériels pour leurs propres armées, encore moins pour en partager avec l’Ukraine. C’est l’effet de ce qu’on a appelé les « dividendes de la paix » qui ont poussé les gouvernements européens à désinvestir dans leurs forces militaires au profit d’autres dépenses publiques. En France, par exemple, on a adoré financer des compétitions sportives internationales ou des jeux olympiques plutôt que d’investir dans un deuxième porte-avions pour la Marine nationale.

La réouverture de la guerre en Europe est en train de déciller les yeux des dirigeants comme d’une partie de leurs administrés. Il faut réarmer, cela va probablement coûter très cher et prendre du temps avant de pouvoir reconstituer une force susceptible d’impressionner les nouveaux conquérants du monde que sont la Chine, la Russie et leurs affidés. A défaut de les impressionner il faudrait a minima arriver à les dissuader de se lancer dans de nouvelles guerres comme celle actuellement menée par Moscou dont l’issue est encore incertaine.

Mais il va falloir dépenser des sous, beaucoup de sous. Les ordres de grandeur nécessaires sont probablement incompatibles avec le niveau de dépenses publiques françaises auquel la population s’est habituée. L’heure des choix vitaux va bientôt sonner, les contribuables vont devoir payer et les bénéficiaires des prestations publiques vont voir celles-ci se stabiliser, voire décroître. La République va devoir arbitrer dans ses dépenses, ce qu’elle ne sait pas bien faire depuis son dernier budget à l’équilibre qui date de …1974.

En attendant, le ketchup peut heureusement suppléer à la pénurie de moutarde, et les Etats-Unis compenser les défaillances européennes pour délivrer des armements à l’Ukraine.

Le Kremlin toujours malin

Alice / Charlie Hebdo (29/05/2019)

Avec pas mal de perversité et une plutôt bonne efficacité le Kremlin mène sa guerre contre l’Ukraine, non seulement sur le terrain mais en utilisant le soft power à sa main, en troublant le jeu occidental.

Alors que l’Occident se demandait s’il fallait utiliser « l’arme du gaz » pour ralentir ou stopper ses achats d’hydrocarbures à Moscou, c’est en fait la Russie qui prend la décision de fermer progressivement le robinet vers l’Europe, l’augmentation considérable des prix compensant largement l’éventuelle baisse des volumes. Le Kremlin observe avec un sourire en coin l’affolement des gouvernements occidentaux devant l’inflation sur les produits énergétiques, désorganisant la stabilité sociale dans ces pays.

La décision de la Russie d’exiger le paiement des ventes de pétrole et de gaz russes dans leur devise locale, le rouble, et non plus en euros ou en dollars, est techniquement très avisée et a permis le maintien de la valeur du rouble, de façon un peu superficielle certes mais qui offre à Moscou l’occasion de triompher. La gouverneure de la banque centrale russe semble avoir été de bons conseils et la politique monétaire de crise mise en place très rapidement après le début du conflit a permis d’éviter une crise financière pour ce pays par ailleurs peu endetté et à la balance des paiements largement excédentaire, guerre ou pas guerre.

La Russie explique que les difficultés sur le marché des céréales sont liées aux sanctions occidentales ce que nombre de pays émergents sont tout à fait disposés à croire. Des popes orthodoxes russes bénissent les avions et les missiles avant qu’ils ne fassent feu sur l’Ukraine. Des images de militaires tchétchènes barbus expliquant en territoire occupé que si M. Poutine le leur demande ils iront jusqu’à Berlin, ponctuant leurs sorties tonitruantes de cris de gloire à Allah. Quant à la télévision officielle russe, ses analyses auraient fait pâlir d’envie la Pravda de l’époque soviétique. Cerise sur le gâteau, différents dirigeants russes font valoir d’autres revendications territoriales, notamment sur l’Alaska américain, des villes dans les pays baltes, etc.

Dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie, le Rouble est mis en place pour remplacer la devise ukrainienne, les réseaux de téléphonie mobile russes remplacent leurs homologues ukrainiens, la nationalité russe est octroyée sans vergogne aux citoyens restés sur place dont une partie semble plutôt russophile, la piste du référendum est envisagée pour russifier définitivement ces territoires. Une stratégie similaire avait été mise en place en 2014 lors de l’annexion de la Crimée. A défaut de victoire militaire majeure sur le terrain, la Russie utilise tous les moyens à sa disposition pour rendre définitive les conquêtes déjà réalisées

Quelle que soit l’issue de la guerre, on voit mal aujourd’hui comment on pourrait revenir en arrière sur cet état de fait à moins que l’Occident ne rentre en guerre totale contre la Russie, hypothèse peu probable. Nous rentrons dans un nouveau genre de guerre froide dont ne connaît pas encore bien les conditions. Ce qui semble très probable est que la fâcherie avec la Russie va durer longtemps et que l’un des enjeux sera la lutte entre les régimes démocratiques et les régimes autoritaires. C’était déjà un peu le cas lors de la première guerre froide contre l’Union soviétique de la seconde moitié du XXème siècle, mais à l’époque la puissance économique se trouvait sans conteste du côté des démocraties ce qui n’est plus vraiment le cas aujourd’hui où elle est désormais partagée. Le vainqueur de ce nouveau combat n’est pas désigné d’avance.

On assiste également à l’effondrement d’une des thèses défendues par l’Occident qui voulait que le développement économique, la mondialisation du commerce, poussent les pays de la planète à s’entendre et à s’unir. Cela n’a pas été le cas en ce début de XXIème siècle où la puissance économique acquise par des pays comme la Chine ou la Russie a été utilisée pour remettre en cause l’ordre établi au profit de l’Occident après la deuxième guerre mondiale. Le monde rentre dans l’inconnu et bouleverse ses fondamentaux, en commençant par le réarmement des démocraties pour rattraper le retard pris à l’égard du monde autoritaire. L’heure des révisions déchirantes a sonné, dans l’incertitude !

Union européenne : le recul annoncé

Comme c’était prévisible, le conseil européen réunissant les chefs d’Etats et de gouvernements des vingt-sept pays membres de l’Union européenne (UE) a entériné le principe d’un nouvel élargissement vers l’Est. Dans les conclusions du conseil figurent :

Point 10 : Le Conseil européen reconnaît la perspective européenne de l’Ukraine, de la République de Moldavie et de la Géorgie. L’avenir de ces pays et de leurs citoyens réside au sein de l’Union européenne.

Point 11 : Le Conseil européen a décidé d’accorder le statut de pays candidat à l’Ukraine et à la République de Moldavie.

Point 15 : L’Union européenne exprime son attachement total et sans équivoque à la perspective de l’adhésion des Balkans occidentaux à l’UE et appelle à accélérer le processus d’adhésion.

Ce communiqué marquera pour longtemps le pivotement de l’UE vers l’Est et la décision librement choisie par les 27 d’initier le délitement de l’aspect politique de l’Union. Accessoirement c’est également le lancement d’un programme de dépenses qui va se chiffrer en centaines de milliards d’euros sur des décennies afin de mettre les pays candidats au niveau moyen des membres et, conjoncturellement, de reconstruire l’Ukraine lors la guerre avec la Russie sera terminée.

Depuis l’adhésion des pays ex-affiliés à l’Union soviétique au début des années 2000 on a vu progressivement le processus de décision se gripper, particulièrement sur les aspects politiques concernant les concepts de démocratie, de droits de l’homme, de migration, de justice, de liberté de la presse et bien d’autres. La guerre russe n’a fait que mettre temporairement sous le boisseau les litiges en cours entre Bruxelles d’une part, la Pologne et la Hongrie d’autre part qui ne partagent ni ne respectent plus les notions d’Etat de droit tels que les envisageaient les pères fondateurs de l’Europe politique. On image ce que sera demain la situation lorsque l’Albanie, l’Ukraine ou la Moldavie siègeront à la table du conseil européen…

Conçue à l’origine comme un club de pays démocratiques occidentaux riches, l’UE devient progressivement un accord commercial réunissant des pays dont les modes de gouvernement s’étalent entre la démocratie et l’autoritarisme, dont nombre peuvent être économiquement considérés comme émergeants et vont donc être pris en charge pour longtemps par les plus riches. Ce changement est désormais irréversible tant l’agression militaire dont pâtit l’Ukraine rend intenable la position de ceux qui, comme les Pays-Bas, l’Allemagne ou la France, considéraient la situation socio-économique de ce pays comme incompatible avec une adhésion. Autant il a été possible de laisser sur le côté la Macédoine du Nord ou l’Albanie tout en les rassurant sur « leur perspective d’adhésion » et bla-bla-bla, autant ce n’est plus envisageable pour l’Ukraine après le désastre qu’elle affronte.

L’honnêteté intellectuelle voudrait que les citoyens soient informés de cette transformation irréversible de l’UE à la suite de son élargissement vers l’Est. Les Français quant à eux devront être consultés pour toute nouvelle adhésion par référendum au terme de l’article 88-5 de la constitution sauf en cas de vote d’une motion à la majorité des deux-tiers par l’Assemblée nationale et le Sénat. Le jour où l’adhésion de l’Albanie viendra devant le Parlement, nous verrons si deux-tiers des parlementaires l’approuvent, ou s’ils préfèrent prudemment se décharger de la décision sur le peuple, à moins que la constitution n’ait été changée entre temps…

Autre problème qui se poser à court terme est le temps que prendra la mise à niveau aux normes de l’UE des pays candidats avant leur adhésion. Compte tenu de la situation très éloignée du standard européen de ces pays, c’est en décennie qu’il faut compter. Bien évidemment ils ne manqueront pas de demander des passe-droits pour pouvoir adhérer plus vite. L’alternative est, soit d’attendre que les pays atteignent le standard avant de les faire adhérez, ainsi il n’y a pas dilution du niveau de l’Union, soit d’accepter leur adhésion avant en diluant ainsi l’exigence des pays membres, outre le fait que l’on crée ainsi un régime préférentiel pour les nouveaux adhérents qui se traduira certainement par des revendications (sans doute financières) des anciens qui exigeront d’être compensés pour les efforts qu’ils ont menés alors qu’on ne les demande pas, ou partiellement, aux nouveaux !

Lire aussi : Une première victoire de la Russie
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Une guerre dévastatrice

Félix/Charlie Hebdo (26/01/2022)

Après plus de trois mois de la guerre initiée par la Russie contre l’Ukraine la réalité de ce conflit apparaît comme celle d’une guerre d’un autre siècle. Les reportages montrent des villes dévastées rappelant les images de Dresde ou de Berlin en 1945. La guerre éclair de frappes chirurgicales s’est transformée en une guerre d’artillerie et de tranchées où l’assaillant noie l’Ukraine sous un tapis de bombes pour casser les infrastructures et briser le moral des Ukrainiens. Rien ne leur est épargné, des écoles, des gares, des hôpitaux ont été bombardés ; des crimes ont été commis dans les villes occupées (viols, exécution de civils, mises en scène de prisonniers…). Les troupes ukrainiennes sont également accusées d’avoir commis certaines exactions, bien qu’en nombre plus réduit.

Bref, le voile est tombé, sur le mythe d’une guerre éclair qui aurait provoqué l’effondrement rapide de l’Ukraine. Les prévisionnistes de tous bords qui ont déjà été surpris de voir la Russie franchir le Rubicon le 24 février en lançant ses troupes à l’assaut de l’Ukraine, sont encore plus ébahis de constater la résilience de la Russie face aux sanctions occidentales et sa capacité à détruire son « pays-frère » sans vergogne et sans remords, sûre de son bon droit impérial, avec pour objectif de le mettre au pas.

Les conséquences économiques sont déjà sensibles dans le reste de la planète, les impacts politiques à terme risquent d’être significatifs pour des générations en opposant L’Est et l’Ouest. Le pire n’est pas exclu, conflit nucléaire ou crise économique mondiale mortifère. Pour l’instant c’est l’Ukraine qui en fait surtout les frais. La décision russe du Kremlin ce 24 février va rester dans l’histoire comme génératrice d’un cataclysme qui va faire pour encore longtemps un sujet d’études pour les politistes et les écoles de sciences politiques.

Le risque de l’hubris

Alors que l’armée russe rencontre une franche résistance de l’armée ukrainienne dans sa tentative de mettre au pas ce « pays frère », voire affronte quelques défaites majeures comme l’abandon de son objectif de conquérir Kiev ou la destruction de son navire amiral « Moskva », l’Ukraine et ses soutiens occidentaux commencent à afficher des comportements un peu trop optimistes quand on voit la réalité militaire sur le terrain et la situation politique prévalant dans ces deux pays.

La guerre est sans doute loin d’être terminée et l’égo des dirigeants, voire le nationalisme exacerbé des deux populations, rendent pour le moment improbables toute négociation pour mettre fin à cette guerre et, dans le même temps, font que les deux parties refusent toute concession possible.

La raison devrait pousser les belligérants à tout faire pour négocier et convenir d’un cessez-le-feu dans les meilleurs délais, mais elle est pour l’instant hors de portée des parties qui préfèrent laisser parler les armes. L’Ukraine et ses soutiens occidentaux seraient bien avisés de ne pas trop parader derrière une évolution du conflit qui semble en leur faveur. Discrétion et modestie devraient guider leur attitude. L’action sans triomphalisme devraient guider leur politique en laissant l’hubris au vestiaire.

Pendant la guerre, le gaz à flots continus

La guerre de la Russie contre l’Ukraine remet au goût du jour la dépendance énergétique de nombreux pays européens à l’égard de Moscou mais le plus étonnant est l’espèce d’équilibre de fait, accepté par les belligérants et l’Europe. Alors que les combats font rage avec leur cortège d’exactions, de civils et militaires tués de part et d’autre, de villes dévastées par les bombes, la Russie continue à envoyer son gaz dans les pipelines en direction de l’Ouest, y compris le pipeline traversant l’Ukraine.

L’utilisation de l’arme d’un embargo/coupure de l’approvisionnement du gaz russe effraie tout le monde : la Russie qui du coup verrait disparaître les revenus correspondants, les pays européens qui devraient demander à leurs citoyens de réduire leur consommation. Alors les bombardements russes comme ukrainiens prennent bien soin de ne pas risquer d’endommager les pipelines qui sont à leur portée sur le territoire de l’Ukraine, les autres tuyaux d’approvisionnement se trouvant dans d’autres pays. Le gaz circule joyeusement et il est payé rubis sur l’ongle à des cours extravagants compte tenu de la loi du marché. Le gaz passe d’Est en Ouest et les sous font le chemin inverse. On voit même la Russie payer à l’Ukraine les droits de passage dus au titre du transit de son gaz par les oléoducs traversant ce pays…

En voyant cet accord tacite inattendu entre des nations qui ne se parlent plus qu’à coups de bombes, on se dit que la guerre mondiale n’est pas encore pour tout de suite !

Les bonnes âmes occidentales qui n’osent toujours pas dire à Mme. Michu qu’il va falloir qu’elle diminue sa consommation et que, même après restriction, elle paiera plus cher pour se chauffer, parlent de « diversifier » les approvisionnements c’est dire d’aller acheter des hydrocarbures au Qatar ou en Arabie-Saoudite, pays guère plus recommandables que la Russie et tout aussi capables de couper le robinet si leurs intérêts le commandaient.

On parle de « diversifier » la consommation d’hydrocarbures et non de la diminuer, c’est bien là le problème. Les programmes électoraux présidentiels français d’avril dernier de nombre de candidats misaient sur l’arrêt des projets éoliens, notamment :

Protection de nos paysages : pas d’éolien sans accord des populations.

Mesure 24 de Valérie Pécresse

Interdire tout nouveau projet d’éoliennes.

Eric Zemmour

Et sans parler de l’inénarrable Stéphane Bern qui a pris la tête d’une croisade contre les éoliennes en 2021 en les qualifiant de « supercherie ». Par les temps qui courent, tous ces pourfendeurs d’énergie non carbonées vont peut-être devoir ravaler leurs arguments de « bobos en circuits courts ». Certes, l’énergie éolienne n’est sans doute pas exempte de défauts et ne va pas tout résoudre, mais c’est probablement une diversification aussi intéressante que d’aller acheter du pétrole au Qatar qu’il convient de ne pas négliger. La diversification doit concerner non seulement l’origine mais aussi la nature de l’énergie. D’ailleurs on entend beaucoup moins M. Bern ces derniers temps ce qui est de toute façon une bonne chose.

Lire aussi : Le goût de la polémique
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Retour en fanfare de la faucille et du marteau à Moscou

A Moscou ce 9 mai, la Russie célèbre la victoire de l’Union soviétique dans la deuxième guerre mondiale. Pour ce faire, le fameux drapeau siglé de la faucille et du marteau est ressorti du placard et défile fièrement sur la Place rouge. Voici qui va rappeler des souvenirs à de nombreux citoyens de l’ancien empire déchu !

La Commission européenne a choisi

La représentation de la Commission européenne à Paris est installée face à l’assemblée nationale dans ce très bel immeuble arrondi qui fait l’angle du boulevard Saint-Germain et du Quai Anatole France. Son balcon du premier étage est pavoisé de drapeaux bleu européen frappés des douze étoiles jaunes. Le drapeau central, beaucoup plus grand que les autres est à double-faces : au recto les couleurs européennes, au verso les couleurs ukrainiennes.

On le sait, la Commission européenne est largement en faveur d’une adhésion de l’Ukraine le plus vite possible à l’Union européenne. D’une manière générale, la Commission a toujours promu les élargissements de l’Union. Comme un chef d’entreprise qui n’aime rien tant que voir grossir son business, la Commission qui exécute les décisions prises par les Etats mais avec une forte capacité d’influence, voire une totale indépendance pour les questions commerciales, accroit son pouvoir à chaque fois que de nouveaux pays entrent dans son périmètre. C’est humain.

Outre l’Ukraine, aujourd’hui la Serbie, l’Albanie et la Macédoine du Nord sont sur la liste des candidats ; la Géorgie et la Moldavie viennent de s’y inscrire dans la suite de Kiev. On imagine aisément ce que serait un Conseil européen avec ces 6 pays en plus des 27 préexistants : un capharnaüm indescriptible et ingérable dans lequel serait sans doute impossible tout décision politique, une espèce d’ONU à 33 pays, sans équivalent du Conseil de sécurité permettant à un petit groupe de pays privilégiés d’imposer leurs décisions aux autres.

Ce serait sans doute la fin de l’Europe politique telle que voulue par ses pères fondateurs, sans parler des pratiques mafieuses pratiquées dans ces pays candidats et sans doute pas en voie de disparition sur le court terme… L’invasion russe contre laquelle se bat courageusement aujourd’hui l’Ukraine lui vaudra sans doute son ticket d’entrée sans trop de discussions et, dans ces conditions, il sera difficile de le refuser aux 5 autres.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la Commission européenne qui décide d’accepter les candidats mais les Etats-membres. En France, la constitution stipule dans son article 88-5 que :

Tout projet de loi autorisant la ratification d’un traité relatif à l’adhésion d’un État à l’Union européenne est soumis au référendum par le Président de la République.

Toutefois, par le vote d’une motion adoptée en termes identiques par chaque assemblée à la majorité des trois cinquièmes, le Parlement peut autoriser l’adoption du projet de loi selon la procédure prévue au troisième alinéa de l’article 89.

https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur

Ce qui signifie que l’adhésion de l’Albanie ou de l’Ukraine devront être approuvées par un référendum, sauf si elle était approuvée dans les mêmes termes par le sénat et l’assemblée nationale à une majorité des 3/5. Compte tenu des conséquences prévisibles sur l’avenir de l’Union, il est peu probable qu’une telle majorité puisse être atteinte. Le référendum devrait en principe être inévitable si le texte constitutionnel n’est pas modifié et est appliqué. Voilà qui promet des débats animés.

Lire aussi : Une première victoire de la Russie
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Une guerre d’un autre âge

La guerre russe contre l’Ukraine (qualifiée officiellement d’« opération militaire spéciale ») se poursuit. L’armée russe semble avoir abandonné, au moins provisoirement l’idée d’occuper tout le pays et d’en changer le gouvernement élu, pour se concentrer sur la région du Donbass, frontalière de la Russie, à l’est de l’Ukraine, et déjà partiellement occupé depuis 2014.

A Moscou c’est toujours le même défilé de galonnés qui expliquent dans les médias que « l’opération spéciale » suit son cours selon les plans initiaux. Le président russe et son ministre des affaires étrangères continuent à évoquer la menace d’une guerre nucléaire contre l’Occident. La Russie ne semble pas gênée outre-mesure par les sanctions économiques prises par les pays occidentaux même s’il est probable que l’impact ne manquera pas d’être négatif à moyen terme. Pour autant que l’on sache, l’opinion russe n’est pas majoritairement opposée à cette guerre ni à la volonté de leur président à rendre à la Russie son statut de grande puissance.

L’Ukraine fait profil bas sur ses opérations militaires contre la Russie qui semblent être plutôt bien menées à l’aide d’importantes fournitures d’armes occidentales. Les images diffusées par les médias sont terrifiantes quant au niveau de destruction des villes qui ont été attaquées par Moscou. Marioupol en est le symbole où tous les immeubles civils semblent avoir été visés par des bombardements qui ont tout détruit. On se demande même ce que fera Moscou de cette ville si elle arrive à la garder dans son escarcelle : ses habitants ukrainiens l’ont en grande partie désertée, il n’y a plus ni infrastructures ni habitat possible pour le moment. Est-ce que la Russie la coloniserait en y faisant venir des Russes « de souche » et la reconstruirait ? Il est peu probable que l’Occident paye pour réhabiliter une ville ukrainienne qui resterait occupée par la Russie. Le cas de Marioupol n’est pas unique et d’autres villes ukrainiennes ont connu le même sort même si de façon moins extrême semble-t-il.

Cette guerre est un désastre humain, politique et financier. Elle relève d’un autre âge, du temps où l’Union soviétique envoyait l’Armée rouge reprendre le contrôle des « pays frères » communistes qui, déjà, cherchaient à prendre la tangente avec la doxa du Kremlin. Elle va laisser des traces pour des siècles. Les haines et les rancunes vont peser durablement, non seulement entre les deux belligérants, mais aussi entre la Russie et l’Occident. C’est le retour à l’atmosphère de la guerre froide avec des risques de confrontations directes probablement plus importants compte tenu des comportements plus irresponsables et populistes des dirigeants d’aujourd’hui.

L’après-guerre risque d’être aussi une période de confrontations ardues, mais sur le tapis vert ce qui généralement provoque moins de morts que la guerre « chaude ». La Russie s’est déjà éloignée du monde occidental et va vivre son destin, probablement asiatique. L’illusion d’une compatibilité de ce pays avec l’Europe a fait long feu. Il restera Chostakovitch et Tolstoï, et pour la réconciliation, on en reparle dans trois cents ans !

L’incroyable destruction du navire amiral russe en mer Noire

Touché le 13 avril, le navire amiral de la flotte russe « Moskva » a coulé le 14 avril. Officiellement la Russie a annoncé que par suite d’un incendie dans ce vieux croiseur, une explosion s’était produite qui avait provoqué la perte du bâtiment. L’Ukraine a discrètement affirmé qu’elle avait tiré deux missiles, de fabrication ex-soviétique, améliorés par l’industrie ukrainienne, sur la « Moskva », ce que les Etats-Unis ont ensuite confirmé.

Il n’a bien sûr pas été possible d’éviter la publication de photos de l’évènement qui n’a pas été démenti par Moscou. La capitale Russe avait d’abord annoncé que tous les marins avaient été évacués avant d’admettre qu’il y eut un mort et une vingtaine de disparus.

Les Ukrainiens remportent un certain nombre de succès militaires contre l’armée russe qui a revu ses buts de guerre en les limitant : renoncement au moins provisoire à conquérir et occuper tout le pays, et recentrage sur la partie Est de l’Ukraine, le Donbass, qui n’est toujours pas conquis à l’heure qu’il est. Personne ne donnait bien cher de la capacité de résistance de l’Ukraine face à Moscou et la surprise fut plutôt grande de voir le successeur de l’Armée rouge butter ainsi contre l’obstacle. Les avions et hélicoptères russes continuent à tomber et la maîtrise du ciel n’est pas acquise à Moscou. Le volume et la qualité des armements fournis par l’Occident montent en gamme de jour en jour. Il faut bien admettre que l’Ukraine résiste plutôt bien et fait preuve d’une discrétion plutôt avisée sur sa stratégie. C’est plutôt malin : aucun journaliste n’est admis par l’armée ukrainienne pour couvrir ses opérations, très peu de communication est faîte sur les succès militaires de Kiev, aucune information sur les armes reçues, pas plus sur la stratégie mise en œuvre. L’Ukraine déroule sa feuille de route et avance ses pions dans la discrétion et la modestie. L’Occident augmente sa participation indirecte au conflit et l’idée d’une défaite russe n’est plus complètement hors de propos, même si toujours improbable.

La guerre est encore loin d’être terminée et les destructions à haute intensité en Ukraine se poursuivent. Il faut l’arrêter et cela ne va pas être facile. Il faudra bien pour y arriver que les deux belligérants envisagent des concessions. Le référendum organisé par la Russie après sa reconquête de la Crimée, certes illégal au regard du droit international mais dont le résultat fut néanmoins instructif, a clairement montré que cette presqu’île souhaite très majoritairement rester russe. Qui peut d’ailleurs raisonnablement imaginer que la Crimée puisse revenir sous la tutelle de Kiev, mis à part quelques extrémistes ukrainiens ? L’acceptation du fait accompli russe sur la Crimée ne pourrait-il pas être un gage de bonne volonté de Kiev pour trouver un accord de paix ? Il vaut probablement mieux envisager des concessions, sans doute inévitables, lorsque l’on est en position de force plutôt que de se les faire imposer quand on est défait.

Une seule certitude : les contribuables européens vont devoir payer les centaines de milliards nécessaires pour reconstruire l’Ukraine et, probablement, l’Europe devra l’inclure dans son Union pour panser ses plaies provoquées par l’invasion russe. Inutile de préciser que les armes actuellement vendues à l’Ukraine ne seront très probablement jamais payées. Voici quelques raisons supplémentaires de mettre fin au plus vite au conflit.

Lire aussi : rehve.fr/2022/04/larmee-russe-a-ses-limites/
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Merci Monsieur le président

Le président russe souhaite « bonne santé et du bonheur » à son homologue français Emmanuel Macron à l’occasion de sa réélection acquise hier soir.

Bonne nouvelle : malgré la guerre les amabilités diplomatiques continuent !

La Pologne n’aime pas la Russie

La Pologne s’est récemment frottée avec le président de la République française, lui reprochant de vouloir continuer à négocier avec le Kremlin dont elle qualifie le chef de « criminel » posant la question de savoir si on « négocierait avec Hitler, Staline ou Pol-Pot ? »

Evidemment, la Pologne a des raisons historiques de redouter la Russie. L’existence même de la Pologne a été niée depuis le XIXème siècle, et même avant, par les empires centraux et Moscou. Même Napoléon qui était attendu comme un sauveur a vassalisé ce pays, recruté nombre de soldats polonais dans la « Grande armée » en les embarquant dans le désastre de ses guerres européennes. Il y a même choisi une maîtresse, Marie Walewska, dont il eut un fils.

Dans un temps plus contemporain, la Pologne a souffert très directement de l’Union soviétique. Après la guerre russo-polonaise de 1920 est arrivée la seconde guerre mondiale. L’URSS, comme l’Allemagne nazie, a toujours considéré la Pologne comme un « non-pays », une plaine de passage, un peu comme Moscou apprécie aujourd’hui l’Ukraine qu’elle voit comme son arrière-cour et non pas comme un Etat souverain. Les clauses secrètes du pacte germano-soviétique signé en 1939 stipulent que ce pays est à partager entre Berlin et Moscou. Aussitôt signé aussitôt appliqué et la Pologne est envahie par les deux puissances totalitaires, l’invasion nazie étant d’ailleurs l’élément déclencheur de l’entrée en guerre de la France et du Royaume-Uni contre l’Allemagne.

Dès 1939 les Allemands installent en Pologne un « gouvernorat général », une sorte de statut colonial, dirigé par le tristement célèbre Hans Frank condamné à mort par le tribunal de Nuremberg puis exécuté. Ils construisent en Pologne des camps d’extermination qui joueront un rôle majeur dans la Shoah, dont Auschwitz-Birkenau, Treblinka, Sobibor…

Les soviétiques de leur côté ne veulent pas être en reste et annexent la partie du pays qui leur échoit, y instaurent le communisme, déportent en masse au Goulag, incorporent de force dans l’Armée rouge, livrent aux nazis les Polonais occidentalisés, assassinent l’élite (massacre de Katyn, 15 000 officiers tués d’une balle dans la nuque par le NKVD – services secrets soviétiques), entre autres joyeusetés. Dans les années 1980, le régime communiste polonais réprime durement les mouvements populaires de révolte, avec l’assentiment de Moscou bien entendu même s’il n’a pas été nécessaire d’envoyer l’Armée rouge pour rétablir l’ordre comme ce fut fait à Berlin-Est en 1953, à Budapest en 1956 ou à Prague en 1968, le pouvoir communiste polonais se débrouillant fort bien tout seul avec l’aide de son armée.

Tout ceci a laissé des souvenirs à Varsovie. L’Allemagne a été défaite en 1945, démocratisée, puis réunifiée et ne présente plus de grands dangers militaires à court terme pour la Pologne. Berlin continue d’essayer de se racheter mais une méfiance bien compréhensible régit les relations diplomatiques entre les deux pays. L’URSS, et son successeur la Fédération de Russie, n’a jamais fait amende honorable de ses exactions en Pologne durant le XXème siècle. Il a fallu attendre 2010 pour que le parlement russe reconnaisse que Staline avait ordonné l’exécution des officiers polonais, et non les Nazis comme le répétait Moscou depuis 60 ans.

Varsovie n’oublie rien et sait de quoi la Russie a été capable. Dès la chute de l’URSS et la libération des pays d’Europe de l’Est, elle a regardé vers l’Ouest et intégré l’alliance militaire atlantique en 1999 et l’Union européenne en 2004 afin d’installer un vrai fossé politique en principe infranchissable entre elle et la Russie. Les invasions russes contre la Géorgie, la Crimée et l’Ukraine n’ont fait que la renforcer dans son rejet définitif de la Russie et considérer que le fossé n’était peut-être plus aussi infranchissable que souhaité à l’origine, d’où l’attaque contre le président français qui n’a pas rompu la discussion avec le Kremlin dans l’espoir de favoriser une négociation entre les belligérants pour finir cette guerre insensée contre l’Ukraine. A moins que l’un d’eux ne soit écrasé par l’autre comme le fut l’Allemagne en 1945 il faudra bien négocier un accord entre eux pour arrêter les combats et convenir des relations futures. Il faudra donc parler à celui d’en face.

La Pologne reste tellement hérissée contre la Fédération de Russie qui lui a fait tant de mal dans l’histoire qu’elle se refuse à toute diplomatie avec Moscou. Ne reste comme seule alternative que la poursuite la guerre jusqu’à la reddition sans conditions de la Russie, hypothèse improbable à court terme, ou qui ne serait envisageable que dans le cadre d’une troisième guerre mondiale aboutissant à l’anéantissement d’un protagoniste voire même de la planète Terre. Ce n’est pas une solution raisonnable, le mieux est de continuer à garder le contact avec l’ennemi même en se pinçant le nez. En revanche il faudra aussi se souvenir des obsessions de la Russie et la laisser durablement en dehors de tout dialogue politique avec l’Occident même une fois les sanctions économiques levées, car elles vont bien être levées un jour. On fera du business avec la Russie mais pas plus, il faudra exclure ce pays du cercle des amis de l’Occident et le laisser retourner vers l’Asie à laquelle, après tout, appartient la très grande majorité de son immense territoire. Moscou se souvient par ailleurs que toutes les armées qui l’ont attaquée ont dû se retirer dans les affres d’une piteuse défaite, Napoléon et Hitler pour les plus récents.

A l’avenir, une fois cette guerre terminée, veillons à ce que chacun reste de son côté sans empiéter sur le voisin et cessons les grands raouts à Versailles ou au G8 pour se donner l’illusion que la Russie est un pays ami, ce qu’elle ne souhaite pas être. C’est d’ailleurs un des travers de la démocratie que de croire que tous les pays tiers veulent être en bons termes avec nous. La France de Chirac a reçu le fiston syrien Assad (le président français ayant été le seul chef d’Etat occidental à se rendre aux obsèques de son père en 2000), celle de Sarkozy a reçu le libyen Kadhafi, celle de Hollande a reçu le pouvoir malien et la France de Macron a reçu le président russe avec maints égards. A chaque fois les visiteurs ont été édifiés avec le discours occidental sur la démocratie et les droits de l’homme, et après chaque visite ils ont montré combien ils étaient rétifs à traduire ces principes dans leur gouvernance. N’oublions pas les leçons de l’histoire et ne rêvons pas de transformer ces pays en démocraties apaisées ce qu’ils ne seront jamais.

Varsovie devait se rendre à Moscou le 24 mars pour un match de qualification contre la Russie pour la coupe du monde de fouteballe, elle a refusé de le faire. Il va falloir faire un peu plus peur si l’on veut vraiment obtenir la reddition de Moscou dans sa guerre contre l’Ukraine…

L’Eglise orthodoxe russe dans la guerre

La religion est aussi un point de divergence entre la Russie et l’Ukraine, deux pays majoritairement orthodoxes. L’organisation de l’église orthodoxe est particulièrement complexe et il faut être un spécialiste pour s’y retrouver dans l’organigramme et comprendre la sémantique propre à cette religion : l’autocéphalie, le primat, le métropolite, le tomos, etc. On comprend malgré tout qu’il s’agit d’une religion chrétienne au sein de laquelle le port de la barbe est signe de pouvoir.

En 2018, à l’issue d’un processus un peu mystérieux pour les néophytes l’Eglise orthodoxe d’Ukraine devient la 15ème église autocéphale orthodoxe, c’est-à-dire indépendante de l’église de Moscou, sans que l’on sache vraiment ce que cela change pour les croyants sinon leur procurer un sentiment d’indépendance vis-à-vis du patriarcat la Russie. C’est le patriarche de Constantinople, le grand chef de tous les orthodoxes, qui a accordé ce nouveau statut.

Le chef de l’église orthodoxe russe, le patriarche Kirill, est plutôt proche du Kremlin ce qui ne manque pas de sel quand on sait que le président russe est un ancien officier du KGB de l’ère soviétique, période où la religion était considérée comme une idéologie « opium du peuple » incompatible avec le dogme marxiste… Aujourd’hui Monsieur Kirill apporte sa caution religieuse la guerre de la Russie contre l’Ukraine, contre « les forces du mal ». Il voit dans cette offensive la possibilité de rétablir « l’unité spirituelle » des Russes et des Ukrainiens qui seraient « un seul peuple ».

Lire aussi : Lire aussi : https://rehve.fr/2022/02/le-president-russe-et-lhistoire/
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Une église engagée dans une guerre c’est un peu le retour au Moyen-Age, comme d’ailleurs cet affrontement entre la Russie et l’Ukraine. Nous en sommes là !

Des oligarques clinquants

Les « oligarques » russes sont l’une des cibles des sanctions occidentales prises contre la Russie à la suite de sa guerre menée contre l’Ukraine. Ces sanctions consistent pour le moment à geler leurs actifs identifiés en Occident.

Ces affairistes russes ont créé des fortunes considérables en rachetant à vil prix les entreprises d’Etat privatisées à la suite de la dissolution de l’URSS, principalement sous l’ère du président Eltsine. Reconnaissons-leur qu’ils semblent avoir réussi à gérer correctement les entreprises acquises même si le prix d’achat largement sous-évalué permettait d’absorber quelques erreurs de gestion, au moins dans les premières années. Notons qu’un processus assez similaire s’est déroulé en Ukraine dont l’économie est toujours largement dans les mains d’oligarques qui n’ont pas grand-chose à envier à leurs collègues russes en termes de corruption et de prévarication.

Ce qui est assez comique c’est que nombre de ces affairistes, un peu m’as-tu-vu, sont allés acquérir et domicilier leurs actifs de prestige en… Occident. En gros, les usines polluantes sont en Russie et les yachts clinquants sont à Monaco. Il est vrai qu’ils y sont plus visibles que sur la mer Noire mais les « oligarques » sont ainsi punis par où ils ont péché.

Un site web a été mis en place pour répertorier les biens qui ont pu être rattachés à ces affairistes sanctionnés. On peut leur faire confiance pour avoir caché leurs actifs autant qu’ils le pouvaient sous des montages leur assurant un anonymat, mais comme ils n’aiment rien mieux que parader sur leurs joujoux clinquants la piste de leurs biens n’est souvent pas très compliquée à remonter comme l’illustre le site web monté à cet effet : https://cdn.occrp.org/projects/russian-asset-tracker/en/

L’un des plus flamboyants est Roman Abramovich, que l’on a vu d’ailleurs participer aux négociations menées au début du conflit entre l’Ukraine et la Russie comme conseiller du Kremlin semble-t-il. Le garçon qui aurait trois nationalités (russe, israélienne et portugaise) est à la tête d’un empire dans les hydrocarbures et la sidérurgie, en Russie, mais aussi d’une société de capital-investissement basée à Londres prenant des participations un peu partout, y compris aux Etats-Unis d’Amérique. Il a acheté, entre autres « danseuses » un club de fouteballe britannique performant dont il peut difficilement cacher qu’il en est le propriétaire puisqu’il parade dans les stades les jours de match. Sentant venir le vent du boulet lors du déclenchement de la guerre en Ukraine il a annoncé officiellement qu’il mettait en vente son club alors qu’il n’était pas encore sous sanction et espérant pouvoir conclure la transaction rapidement. Hélas pour lui, le Royaume-Uni a rapidement gelé ses actifs et le club fait partie du gel. Cependant, il aurait eu le temps d’amarrer deux de ses yachts en Turquie, pays qui n’applique pas les sanctions occidentales.

La morale de l’histoire est qu’un investissement en dehors du pays dont on détient la nationalité présente toujours un risque politique supplémentaire par rapport à son propre pays. Les « oligarques » sont en train de confirmer ce principe élémentaire de l’économie. Pas sûr qu’ils en comprennent bien les tenants et aboutissants puisqu’il semble qu’ils soient en train de réorienter massivement leurs investissements de prestige vers les pays du Golfe persique, pour le moment plus conciliants avec la Russie et ses affairistes.

La vraie question qui se pose est de savoir pourquoi ces oligarques préfèrent localiser leurs résidences secondaires princières, et autres actifs tape-à-l’œil, à Nice ou Londres, plutôt que dans l’Oural ou sur les bords de mer d’Azov. Cela relève probablement d’un manque de confiance dans la Russie pour préserver la valeur de ces biens (un peu comme ces français qui avaient des comptes bancaires en Suisse à la fin du siècle précédent) mais aussi par leur besoin de parader et de briller ce qu’il est plus valorisant de faire à Monaco qu’à Sotchi.

Dur d’être russe et riche !

L’armée russe a ses limites

Juin/Charlie Hebdo (02/03/2022)

Ce sera sans doute l’un des enseignements de cette guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine : la puissance militaire de l’ours russe n’est finalement peut-être pas si invincible qu’on pouvait le craindre. Hier soir, le navire amiral de la flotte russe en mer Noire, un croiseur lance-missiles datant de l’ère soviétique la « Moskva », a été coulé comme l’ont reconnu les autorités de Moscou qui expliquent cet évènement par un incendie qui aurait déclenché une explosion de munitions alors que les Ukrainiens disent avoir tiré deux missiles (de fabrication ex-soviétique) sur le navire. Les personnels du bord auraient pu être évacués et il n’y aurait pas de victimes.

Les experts semblent privilégier la seconde explication en ajoutant que ce croiseur était non seulement le bateau de commandement, donc avec une forte charge symbolique, mais assurait également la protection électronique de la flotte de la mer Noire, posant ainsi un problème au reste des bâtiments, d’autant plus que le détroit du Bosphore étant fermé par la Turquie au trafic des navires militaires, la Russie ne pourra pas faire venir un nouveau pour remplacer la « Moskva », à moins d’obtenir une dérogation d’Ankara, ou… de passer en force.

Evidemment la destruction de ce navire amiral ne provoque pas une immense peine côté occidental mais il vaut mieux cacher sa joie et ne pas enterrer trop rapidement la Russie qui dispose encore d’une très forte capacité de nuisance. Cela ne nous aide toujours pas beaucoup pour imaginer comment terminer cette guerre inutile et couteuse qui est plutôt en phase d’escalade que de décrue. Les coqs aux ergots acérés se battent sur leur tas de fumier, comme il est peu probable que l’un arrive à mettre l’autre définitivement à terre, nous en sommes toujours au même point : comment sortir de là ? Ah si, une chose a évolué significativement : le niveau des destructions en Ukraine du fait des bombardements et exactions russes suite auxquelles les contribuables occidentaux vont devoir payer la reconstruction et plus la guerre durera plus le coût sera considérable.

Alors bien sûr, à l’issue de ce nouvel évènement de guerre révélant une petite faiblesse de Moscou, tout le monde se demande : et si la puissance nucléaire russe était finalement aussi un « ours de papier » ! C’est une hypothèse qu’il vaut mieux ne pas essayer de tester… C’est le principe même de la dissuasion : faites-vous peur mais ne touchez pas !

La Russie est loin d’être isolée dans la guerre qu’elle mène contre l’Ukraine

Les dirigeant européens qui défilent à Kiev se gargarisent du soutien international dont bénéficierait l’Ukraine face à la Russie. Cette vision angélique et occidentalo-centrée est incorrecte et pour s’en convaincre il suffit de regarder les résultats de différents votes qui se sont déroulés à l’assemblée générale des Nations Unies, les débats au conseil de sécurité étant systématiquement bloqués par la Russie qui en est un membre permanent et dispose à ce titre d’un droit de veto qu’elle utilise pour repousser toute condamnation ou décision la concernant.

Le 02/03/2022 l’assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution « déplorant dans les termes les plus énergiques « l’agression » commise par la Russie contre l’Ukraine et exigeant que la Russie retire immédiatement ses forces militaires du territoire ukrainien. » par 141 voix pour, 5 contre (Biélorussie, Corée du Nord, Erythrée, Fédération de Russie et Syrie) et 35 abstentions dont la Chine.

Lire aussi : https://news.un.org/fr/story/2022/03/1115472
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Le 07/04/2022 l’assemblée générale a adopté une résolution pour suspendre la Russie du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. 24 pays ont voté contre : Algérie, Biélorussie, Bolivie, Burundi, République Centrafricaine, Chine, Congo, Cuba, Corée du Nord, Érythrée, Ethiopie, Gabon, Iran, Kazakhstan, Kirghizstan, Laos, Mali, Nicaragua, Fédération de Russie, Syrie, Tadjikistan, Ouzbékistan, Vietnam, Zimbabwe. 93 pays ont approuvé et 58 se sont abstenus dont l’Inde, le Pakistan, le Brésil, nombre de pays du Golfe persique et l’Arabie Saoudite.

Lire aussi : https://news.un.org/fr/story/2022/04/1117912
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Indépendamment de la guerre en Ukraine, le statut de la Russie comme membre d’un comité des « droits de l’homme » laisse pantois, mais après tout de comité qui comprend 47 Etats intègre également l’Arabie-Saoudite, le Bahreïn, Cuba, le Salvador, l’Ethiopie, le Kazakhstan, la Turquie, la Chine… dont le moins que l’on puisse dire est que leur conception des « droits de l’homme » n’est pas vraiment celle partagée par Paris ou Washington. Alors ces conceptions différentes se sont affrontées et il s’en est fallu de peu que Moscou puisse rester dans ce comité des « droits de l’homme » malgré sa guerre déclenchée contre l’Ukraine.

En vérité, nombre de pays trouvent dans cette guerre l’occasion de marquer leur anti-occidentalisme, fruit d’un XXème siècle de domination et de réussite de l’Ouest face au reste de la planète, et malgré deux guerres mondiales qui ont ravagé plusieurs pays occidentaux et nombre de guerres coloniales qui les ont impliqués, sans parler de conflits postcoloniaux vains et perdus, en Afghanistan, en Irak, au Sahel. Le soutien à la Russie face à l’offensive occidentale est un peu la revanche des non-occidentaux qui, entre temps, se sont musclés économiquement et militairement et pour qui envahir un pays tiers ou bombarder des populations civiles ne représente pas un problème moral significatif.

C’est le nouveau paradigme et l’Occident doit s’habituer à vivre dans cet environnement où il n’est plus l’instance dominante unique. C’est ainsi. Il n’en reste pas moins que la liberté défendue comme valeur fondamentale de l’Occident continue à attirer : les réfugiés qui en font leur destination ultime, les oligarques russes qui y installent leurs yachts clinquants plutôt que sur la mer Noire, ou les investisseurs chinois qui adorent acheter des grands crus classés à tour de bras. Tout n’est donc pas perdu pour les valeurs occidentales qui ne sont pas si dévalorisées que ça.

L’armée malienne va mieux !

La présidence militaire malienne se félicite de la meilleure santé de son armée avec force photos d’avions gros-porteurs débarquant du matériel militaire, sans doute en provenance de Russie dans le cadre de la coopération entre les deux pays qui est en train de se substituer à celle que Bamako entretenait avec Paris.

Dans le même temps des opérations sont menées par l’armée malienne et des supplétifs russes, dont on ne sait pas bien s’ils sont des mercenaires privés ou des soldats russes officiels, contre les rebelles religieux dans le pays avec quelques débordements et massacres comme il y en a également en Centrafrique, également dans un cadre de coopération avec la Russie.

Le gouvernement malien vient de décréter l’interdiction des médias RFI (Radio France Internationale) et France24 sur son territoire et interdit leur rediffusion par les médias locaux. Tout en subtilité, le gouvernement malien compare ces médias français à « Radio Mille Collines » qui, durant le génocide contre les Tutsis au Rwanda en 1994, appelait les citoyens à tuer les « cafards », noms donnés aux Tutsis et aux Hutus modérés.

Il semble que les autorités maliennes ne rompent pas totalement les relations avec l’Europe, dont l’ancienne puissance coloniale, car elles auraient compris que la Russie ne financera pas leur développement, et selon le précepte éternel « on ne tape pas sur la main qui signe le chèque » il convient de continuer à bénéficier des subsides des contribuables européens pour maintenir l’économie locale la tête hors de l’eau. Evidemment si des exactions de ses forces armées sont mises à jour et documentées cela risque de jeter un petit froid dans le cœur des bailleurs de fonds. Le procureur de la République a donc ouvert une enquête le 06/04/2022 sur les « allégations d’exactions présumées commises sur des civils dans la période du 23 au 31 mars 2022 dans la zone de Moura ». Les conclusions de ce travail seront intéressantes.

Le retrait de l’armée française du Mali est en cours dans une relative discrétion et c’est bien ainsi. Ce seront sans doute les derniers jours de cette évacuation qui seront les plus cruciaux, on peut supposer que les Maliens comme les Russes ont intérêt à ce qu’elle se passe bien. Seuls les terroristes religieux pourraient vouloir perturber les derniers jours comme ils l’ont fait en Afghanistan sur du retrait occidental sur l’aéroport de Kaboul en 2021.

Souhaitons maintenant la réussite de la coopération militaire entre le Mali et la Russie. Elle a été librement choisie et unit des gouvernants qui partagent la même conception du pouvoir et de l’organisation de la société. Elle a donc plus de chances d’aboutir que celle avec la France qui, non seulement était marquée du sceau infamant du néo-colonialisme, mais, surtout, s’est épuisée à vouloir faire évoluer le Mali vers un modèle démocratique dont pas grand monde ne voulait dans ce pays sahélien.