Sigur Ros – 2013/02/27 – Paris le Zénith

Sigur Rós en démonstration devant un Zénith plein à craquer, complet depuis des lustres : une fois encore les islandais éblouissent l’assistance par leur poésie et la magie de leur musique, pourtant plutôt complexe. Mais parfois le lyrisme et l’absolu savent tracer leur chemin jusqu’aux âmes de spectateurs pas encore complètement pervertis par la simili-civilisation de l’aïe-phone !

Le quatuor islandais est accompagné d’une section de cordes et d’une autre de cuivres. Jónsi son charismatique leader guide ce groupe avec une incontestable présence. Le show démarre alors que toute la scène est empaquetée derrière un voile vaporeux sur lequel de reflète des effets de lumière en aurores boréale. Le ton est donné ! Après une longue introduction (tous les morceaux sont sur format de 10 mn…) le voilage tombe et l’on croit que disparaîtra ainsi le flou artistique visuel, mais toute la scénographie du concert continuera de reposer sur des atmosphères en demi-teintes, en lumières tamisées, en projections d’images sur les musiciens eux-mêmes, les mêlant merveilleusement, mais en arrière-plan, à leur musique galactique. Jónsi comme à son habitude joue de la guitare électrique avec un archet, produisant ainsi un son sans attaque, difficile à identifier dans l’unité sonique du groupe, mais bien présent.

Leur nouveau disque s’appelle Kveikur et est annoncé pour juin prochain. Certains morceaux en seront joués ce soir, mais pour les non spécialistes il n’est pas toujours aisé de reconnaître les chansons tant la musique de ce groupe est plus une question d’ambiance, chantée en islandais ou en « hopelandic », un langage inventé, et parfois en anglais. Musique d’atmosphère ne veut pas dire superficialité ni ambiance de hall d’aéroport. Bien au contraire, et c’est la qualité exceptionnelle des Sigur Rós de produire un son magique et bouleversant, porté par la voix de castra de Jónsi et les plaintes de sa guitare. Les compositions envoutantes du groupe poussent au rêve et l’assistance se laisse divaguer au gré de ces mélodies incertaines, servies dans le flou des projections de films sur la nature, sur l’espace, sur tout ce que chacun veut bien y trouver en fonction de son vécu intérieur. Et parfois les morceaux prennent une pente incandescente qui monte en tension jusqu’à une explosion finale de notes, de couleurs, d’images et de sons. Dans ces moments le Zénith est pénétré d’émotion, imprégné de l’énergie diffusée par ces musiciens si originaux, et se laisse porter par la déferlante soulevée par les islandais.

A l’issue de ce concert hors norme, toute la bande des Sigur Rós reviendra sur scène pour applaudir longuement les spectateurs avec lesquels ils ont partagé ce moment culturel d’exception.

Ce groupe inclassable à la créativité vibrionnante commet également de très beaux films où se mêlent leur musique et le monde. Après le remarquable Heima sur une tournée dans des villages islandais aux sublimes paysages, Valtari est sorti l’an passé pour accompagner le disque du même nom. On en trouve 16 vidéos extraites sur leur site (http://www.sigur-ros.co.uk/valtari/videos), troublantes, esthétiques, désarmantes, en un mot, très Sigur Rós !

Set-list : Yfirborð/ Í Gær/ Ný Batterí/ Vaka/ Sæglópur/ Brennisteinn/ Olsen Olsen/ E-bow/ Varúð/ Hoppípolla/ Með Blóðnasir/ Glósóli/ Kveikur

Encore: Svefn-g-englar/ Hrafntinna/ Popplagið

Les photos de Roberto