Hugh Cornwell – 2009/04/01 – Paris la Java

Belleville une soirée de printemps ; des odeurs de shit et de kebab dans la rue, au fond d’une arrière-cour un escalier qui descend vers une cave basse de plafond, un bar à l’entrée et une mini-scène au fond. Bienvenue à La Java !

Ce soir l’immense Hugh Cornwell, ex fondateur-leader des Stranglers, oui, LE Cornwell des Stranglers, chanteur-guitariste-compositeur anglais des plus belles épopées du post-punk joue pour nous à Paris, et pour nous seuls. Il y a pas plus de 50 fans présents dont beaucoup d’anglais. Certains ont vu l’affiche du concert à la sortie de celui des Stranglers à l’Olympia il y a peu car alors que ses anciens partenaires font l’affiche des grandes salles, Hugh reste fidèle à l’underground, aux sens propre et figuré du terme.

Cornwell apparaît, un peu décharné, accompagné de Caroline Campbell, bassiste et choriste de 25 ans aussi pulpeuse qu’agile à son instrument où elle tient largement la comparaison avec JJ, mini-jupette léopard, rouge à lèvres curien sur un rictus enfantin, une bass rouge grenat, elle danse, fait les chœurs et déroule ses mélodies de bass comme si sa vie en dépendait. Chris Bell est à la batterie.

Hugh, habillé de noir, joue, très fort, de sa guitare noire des chansons énergiques. Ces trois là nous développent un rock garage empreint de subtilité britannique. Parfois ironique, souvent désabusé, nous gratifiant de quelques plaisanteries et sourires, Cornwell reste un grand musicien au-delà des années de succès et de galère, des bagarres et des révoltes, animé par le feu sacré, le même qui brûle encore un peu dans le cœur des 50 spectateurs.

Ces trois là nous donnent deux heures de rock pur et dur. C’est la foi qui les guide, Caroline a reçu le message des Stranglers 5 sur 5 et debout sur le pont, accrochée à sa bass elle sera toujours présente pour assurer la succession lorsqu’elle s’ouvrira. Le dernier disque Hooverdam (en téléchargement gratuit et envente à 10 EUR au bar) est joué intégralement, complété par de redoutables reprises des Stranglers : Golden Brown, Always the Sun, No More Heroes, Hanging Around, Black Hair Black Eyes Black Suit et d’autres jouées en formation à 3, sans clavier bien sûr. Le résultat est exaltant.

Après ce show décoiffant, 50 fans sonnés migrent vers le bar pour méditer sur la constance et la fidélité, des qualités étranges pour des crypto-punks, mais tellement rassurantes pour les fans quinqua qui les admirent !

Hilberg Raul, ‘La destruction des juifs d’Europe’.

Sortie : 1985, Chez : . 2 400 pages de plongée dans le processus d’extermination des juifs par les nazis. Raul Hilberg, citoyen américain a consacré sa vie à étudier cette catastrophe et à rédiger cette somme. Ce sont 3 volumes qui détaillent les étapes du génocide avec une terrifiante précision : la définition des victimes, l’expropriation, la concentration, les opérations mobiles de tuerie, les déportations, les centres de mise à mort. La totalité du mécanisme de destruction est mise à nu, depuis ses fondements idéologiques jusqu’à sa mise en œuvre. Rien n’est laissé au hasard, on y découvre l’arsenal juridique mis en place pour légaliser le massacre, la bureaucratie obéissante qui déroule les étapes, les tueurs et leurs réactions face à leur « job », l’acharnement nazi contre les juifs jusqu’aux dernières heures précédent la reddition, la participation plus ou moins active, plus ou moins contrainte, d’une grande partie de l’Europe, les réactions parfois désarmantes des communautés juives au cœur des massacres comme à l’extérieur. 2 400 pages qui montrent froidement ce qui s’est passé, ceux qui ont poussé, ceux qui ont suivi, ceux qui ont subi. 3 volumes qui, jusqu’à la nausée, démontrent comment la vieille Europe, celle des lumières et de Brahms, a organisé l’un des pires massacres de l’Histoire de l’Humanité, au cœur d’une guerre qui a laissé un continent détruit, sur un charnier de 50 millions de morts. Une œuvre qui devrait ramener notre continent disqualifié a un peu plus d’humilité.