Des électeurs australiens chauffés à blanc

Des incendies de forêt gigantesques dévastent l’Australie depuis plusieurs moins. Ils semblent hors de contrôle et le pays attend la fin de la sécheresse estivale, ou d’éventuelles pluies, pour mettre fin au désastre qui pour le moment a fait une trentaine de morts et ravagé des millions d’hectares.

Ce drame écologique et humain suscite actuellement quelques remous politiques dans l’île-continent dirigée par un gouvernement libéral minoritaire dont le premier ministre Scott Morrison est voué aux gémonies lorsqu’il visite les régions sinistrées. Alors que les élections fédérales de mai 2019 ont donné la majorité à une coalition emmenée par le parti libéral, la nomination de M. Morrison n’est survenue que par suite de la mise en minorité de son prédécesseur issu du même parti libéral et qui voulait… respecter les engagements de son pays dans les accords internationaux écologiques dits « de Paris ». Considéré comme un « gauchiste » du fait de son soutien au mariage homosexuel et aux accords précités, M. Turnbull a été évacué par les députés qui ont élu M. Morrison pour le remplacer comme chef du parti libéral et donc premier ministre. Ce dernier n’est pas un perdreau de l’année : chrétien évangélique, il est passé par différents postes gouvernementaux, plutôt tendance « manif pour tous » que « mariage pour tous », il est un défenseur de l’industrie minière australienne (une des principales ressources du continent), etc. Ses convictions de droite et son opinion climatosceptique sont affirmées et connues !

En Australie comme dans bien d’autres pays, les citoyens votent pour des dirigeants sans lire leurs programmes électoraux ni trop s’intéresser aux campagnes. Les voici donc engagés pour la durée du mandat qu’ils ont donné à leurs élus, soit trois années à compter de mai 2019. S’ils ne sont pas contents des gens qu’ils ont élus, eh bien il suffit de voter pour d’autres aux prochaines élections qui devraient intervenir au plus tard en mai 2022. Il doit bien exister une procédure pour provoquer des élections anticipées qui peut sans doute être activée sous certaines conditions. Il est probable qu’une fois les incendies éteints le débat sera chaud en Australie sur le sujet du changement climatique, il sera alors temps de s’inspirer de ses conclusions pour faire évoluer le vote si besoin.

LAURENS Henry au Collège de France, « Crises d’Orient : les origines de l’autoritarisme à partir de 1949 » 3/6.

Troisième épisode des aventures haletantes du Moyen-Orient de l’après IIème guerre mondiale : cela ressemble à une série policière télévisée, ce n’est que l’Histoire tragique narrée par Henry Laurens.

1951-52 : le déclin britannique au Moyen-Orient se poursuit. Les peuples arabes critiquent l’Occident, qui les considèrent comme irrationnels, plutôt que leurs dirigeants dont certains le mériteraient assez largement. Pour les Etats-Unis, la « perte » de la Chine avec l’arrivée de Mao au pouvoir en 1949 a traumatisé Washington qui ne veut pas que le Moyen-Orient suive la même voie.

En Egypte le roi Farouq, déconsidéré pour sa vie personnelle, a écarté du pouvoir le parti nationaliste majoritaire Wafd. En Syrie, Shishakli, militaire, arrivé au pouvoir à l’occasion d’une succession de coups d’Etat depuis 1949, a rétabli le parlement après l’avoir dissous mais contourne le pouvoir des partis politiques. La Syrie est le seul pays arabe sans base militaire occidentale, l’islam en est la religion majoritaire mais pas la religion d’État. Les Frères Musulmans s’y définissent comme socialistes. Des tentatives d’assassinat contre Shiskakli ont lieu en 1950, soutenues par l’Egypte et l’Arabie Saoudite. Nationalisme arabe et anti-impérialisme caractérisent le politique de ce pays pro-Palestine et antisionisme suite à la Naqba. L’armée et les partis s’opposent pour revendiquer l’incarnation du peuple. La déclaration tripartite Etats-Unis/ Royaume-Uni/ France de mai 1950 est renforcée et marque une espèce de statu-quo territorial, doublé de ventes d’armes occidentales aux pays du Moyen-Orient…

Au Liban est établit une forme de libéralisme économique ; Beyrouth apparaît comme une enclave de modernité dans la Région, fortement aidée par bourgeoisie palestinienne exilée dans ce pays alors que population palestinienne « ordinaire » vit recluse dans les camps qui existent toujours aujourd’hui. Il y a (déjà…) des tensions avec la Syrie, la famille Joumblatt (déjà…) fonde le Parti socialiste progressiste qui est et restera propalestinien.

En Palestine les litiges et affrontements avec Israël se poursuivent sur la zone démilitarisée (DMZ) issue des accords de cessez-le-feu pots-guerre de 1948.

En Europe, les pays de l’Est autorisent leurs citoyens juifs à émigrer vers Israël entre 1950 et 53. De façon plutôt inattendue, ce mouvement renforcera l’antisémitisme local sur le thème : « pourquoi eux peuvent partir et pas nous » ? El République fédérale d’Allemagne (RFA, créé en mai 1949 sur les ruines du IIIème Reich) devient la seule représentation de l’Allemagne pour négocier les réparations collectives et individuelles de la Shoah. Israël donne la nationalité israélienne à tous les morts de la Shoah.

Juillet 1952 marque la rupture en Egypte avec le coup d’Etat militaires des « officiers libres ». Le roi Farouk abdique et quitte le pays mais la monarchie demeure sous la forme d’une régence. Les « officiers libres » sont nationalistes mais sans véritable direction politique. Ils entretiennent des contacts avec les communistes et les Frères musulmans. Les Etats-Unis semblent informés de la préparation du coup d’Etat, après avoir tenté de pousser Farouk à réformer le pays, sans succès. Washington intervient alors pour freiner la volonté de réaction militaire britannique et sauver la vie de Farouk. Il n’y a pas de véritable résistance au coup. Les officiers putschistes décident de la marche à suivre de façon collective et mettent en avant le général Naguib, Nasser restant en retrait. Ils purgent les partis politiques de leurs « éléments corrompus » et lancent la réforme agraire. En décembre 1952 constitution est dissoute et la révolution est instaurée comme seul fondement du pouvoir. Début 53 Nasser sort de l’ombre et discourt contre l’impérialisme, le parlementarisme, la pauvreté du peuple… Le slogan est « la religion est à Dieu, la patrie est à tous ». La révolution cherche à reprendre la rue aux Frères M. Malgré les apparences, les « officiers libre » sont pro-occidentaux et pro-américains, au moins au départ. L’Egypte demande aide alimentaire et armes aux Etats-Unis. Côté CIA les positions pro-arabes défendues par Kermit Roosevelt s’opposent à celles pro-israéliennes de James Angleton. Le premier rencontre rapidement Nasser et Naguib au Caire juste après leur arrivée au pouvoir. Les « officiers libres » acceptent de déconnecter dans leur revendication la question du départ des britanniques de celle de l’annexion du Soudan.
Israël mènent des contacts secrets avec l’Egypte en Europe mais pas ils ne donnent rien car Tel Aviv ne veut pas entendre parler de retour des réfugiés palestiniens ni revenir aux frontières existantes avant la guerre de 1948.

En 1953, les Etats-Unis sont en plein réarmement 1953 et voient aussi le Moyen-Orient comme un marché intéressant pour le complexe militaro-industriel. On entre dans l’après-guerre avec Eisenhower qui remplace Truman à la Maison Blanche en janvier 1953 et la mort de Staline au Kremlin en mars de la même année. Eisenhower est un grand chef militaire plutôt centriste habitués des coups tordus et tolérants pour les opérations clandestines comme il en a menées durant la IIème guerre mondiale. Les frères Dulles dirigent le Département d’État (Foster) et la CIA (Allen), ils sont tous deux farouchement anticommunistes. Foster entame rapidement une tournée au Moyen et Extrême Orients : Egypte, Israël, Jordanie, Syrie, Liban, Iraq, Arabie Saoudite, puis Inde et Pakistan. Il reçoit une délégation palestinienne, prend la mesure des conséquences de la création de l’Etat d’Israël. Il pousse Israël à s’intégrer dans la région et prône la neutralité des Etats-Unis.

Jusqu’en 1951 l’URSS soutient Israël à l’ONU et refuse principe du droit au retour des réfugiés qui pourrait le gêner dans le cas de la Pologne ou des minorités allemandes… La seconde guerre mondiale et son règlement ont entraîné des génocides, des purifications ethniques, des déportations et des transferts de population considérables de la guerre qui ont mis quasiment fin à l’existence de minorités dans les pays de l’Est (d’où les positions actuelles de ces pays réticents envers l’immigration) qui sont de ce fait plutôt réticents au concept de « droit au retour ». Cosmopolitisme et décadantisme sont haïs et conspués par Staline qui déclenchent des purges sinistres dont beaucoup les juifs soviétiques. A l’occasion du « complot des blouses blanches » en 1953 (les médecins juifs de Staline sont accusés d’avoir voulu l’éliminer) l’URSS rompt ses relations diplomatiques avec Israël. Staline meurt peu après et Beria qui lui succède provisoirement mène une politique de paix. Il aurait même envisagé une de-communisation de l’URSS ! Il est rapidement débarqué par le parti et exécuté. En août 1953 explose la première bombe H soviétique. Les relations diplomatiques sont reprises avec Israël. L’URSS continue s’opposer émigration des juifs soviétiques et souhaite des relations commerciales avec pays arabes. La nouvelle URSS se consacre à l’Europe plutôt à l’Europe qu’au Proche Orient.

LAURENS Henry au Collège de France, « Crises d’Orient : les origines de l’autoritarisme à partir de 1949 » 2/6.

Henry Laurence poursuit son analyse des temps agités moyen-orientaux post-défaite de la coalition arabe en guerre contre Israël en 1948.

1950 : la Jordanie (alors Transjordanie) annexe « provisoirement » la Judée et la Samarie, y compris Jérusalem Est, qu’elle rebaptise Cisjordanie, tout en menant des négociations secrètes avec Israël sur un corridor d’accès à la mer Méditerranée qui n’aboutiront pas. Elle adhère à l’Organisation des Nations-Unies (ONU) en 1955. Israël continue à revendiquer l’intégralité de la Palestine. Les pays arabes continuent eux à affirmer qu’Israël est une « création » de l’Occident et menacent en conséquence de se tourner vers l’Union soviétique. Malgré tout, le caractère fondamentalement anti-communiste de l’islam les empêchera de mettre véritablement leur menace à exécution. Tout au plus ne voteront-ils pas la résolution de l’ONU sur la guerre de Corée. En réalité, Staline ne voulait pas intervenir au Moyen-Orient, préférant limiter le territoire d’influence soviétique aux zones occupées par l’armée rouge en 1945.

Les problèmes de frontière persistent (et sont d’ailleurs toujours d’actualité…) : zone démilitarisée, ligne verte, lac de Tibériade… Une déclaration tripartite des Etats-Unis, du Royaume-Uni et la France donne une garantie aux accords d’armistice israélo-arabes de 1949 en échange de ventes d’armes occidentales… Durant ces années Israël reçoit et intègre un nombre important de réfugiés, migrants ou exilés, ce que les puissances arabes échouent à faire de leurs côtés.

En 1948, l’intervention soviétique (le « coup de Prague ») met fin à la « rébellion » tchécoslovaque. Selon le mot de de Gaulle : « l’armée rouge est à deux étapes du Tour de France de nos frontières » ! Une union militaire occidentale se met en place qui deviendra l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord »), approuvée en 1950 sans la Turquie ni la Grèce. L’OTAN ne mentionne pas l’Europe pour ne pas effrayer les citoyens-contribuables américains qui ne veulent même pas envisager d’intervenir une troisième fois pour empêcher l’Europe de se suicider. Evidemment, ni la Grèce ni la Turquie, pays méditerranéens, ne sont concernées par « l’Atlantique Nord ».

Malgré tout, la Turquie, craignant l’URSS, souhaite intégrer le plan Marshal. Le pays se libéralise progressivement après la mort de Kémal et, comme gage de sa bonne volonté, envoie un bataillon combattre en Corée côté occidental. Après 1950, le réarmement est général et Grèce et Turquie seront acceptées au sein de l’OTAN afin de bloquer l’URSS dans le Caucase. Le Royaume-Uni est contre cette intégration qui diminue son influence propre au Moyen-Orient en donnant un label occidental à la Turquie. Londres privilégiait une alliance militaire moyen-orientale réunissant Turquie, Royaume-Uni, France, Australie et Nouvelle-Zélande (les puissances coloniales), en dehors de l’OTAN, sur laquelle elle aurait gardé la haute main.

C’est aussi à cette époque que des évolutions considérables touchent le marché pétrolier. Le principe du partage de la rente pétrolière 50/50% entre Etats producteurs et compagnies occidentales est généralisé, parfois même dépassé. Certains Etats comme l’Arabie Saoudite et l’Iraq voient leurs ressources financières propres augmenter considérablement. En octobre 1950 le président américain Truman garantit la sécurité de l’Arabie Saoudite mais des problèmes de délimitation des frontières de ce pays avec les anciennes possessions britanniques (Oman, futurs Etats Arabes Unis, etc.) ne sont toujours pas réglés et donnent lieu à des conflits locaux jusqu’en 1952 dans lesquels sont impliquées les compagnies pétrolières concessionnaires.

En Iran le Shah dirige un pays troublé et sous-développé. Il s’oppose à son premier ministre Mossadeq qui nationalise l’Anglo-Iranian Petroleum en 1951 qui sera évacuée par les britanniques mis devant le fait accompli après une vaine tentative de médiation américaine.

L’Egypte réclame le départ des britanniques et l’intégration du Soudan. Une forte hostilité contre le Royaume-Uni se développe dans le pays. L’Egypte dénonce ses accords avec Londres puis désigne le roi Farouq roi d’Egypte et du Soudan ! Des attentats ont lieu dans le pays contre les britanniques. En janvier 1952 l’armée coloniale veut réduire les policiers égyptiens d’Ismaïlia et attaque leur caserne. Cette intervention plutôt mineure, déclenche de violentes réactions de la population égyptienne du Caire contre l’occupation et, d’une manière plus générale, contre la monarchie considérée comme corrompue. C’est ce qu’on appellera « l’incendie du Caire ». Il ouvre la voie à des changements fondamentaux dans ce pays…

LAURENS Henry au Collège de France, « Crises d’Orient : les origines de l’autoritarisme à partir de 1949 » 1/6.

Franc succès pour le cours d’Henry Laurens ce jour au collège de France : l’amphithéâtre principal est plein et les derniers arrivés verront le show en vidéo dans un deuxième amphi.

Il s’agit du Moyen Orient à partir de 1949 : la seconde guerre mondiale est terminée, les puissances mandatrices France et Royaume Uni se font des mauvais coups sur fond d’accord Sykes-Picot, l’Etat d’Israël est créé, la guerre de 1948 a été perdue par les pays arabes créant un traumatisme gigantesque parmi les populations et leurs dirigeants. Aux Etats-Unis un courant mi-universitaire mi-renseignement, entre université américaine à Beyrouth et CIA à Langley, tente d’influencer l’administration et les décideurs politiques vers une direction panarabiste qui a au moins comme avantage d’essayer de retenir dans l’orbite américaine des pays qui lorgnent vers l’Union soviétique.

L’Occident s’agite au Moyen-Orient comme une mouche prise dans bocal, se heurtant aux parois d’une recherche de paix impossible et de la construction illusoire d’Etats sur un modèle inusité dans cette région. Au même moment le plan Marshal soude l’Europe de l’ouest dans un modèle de société libérale, selon différentes déclinaisons, et donne accès au dollar américain à des pays vivant dans un monde de devises non convertibles, permettant ainsi des importations de biens inaccessibles sinon.

De la création du groupe religieux Frères Musulmans en Egypte à la succession des coups d’état au cours de cette année 1949 dans une Syrie indépendante depuis 1946, en passant par les intérêts pétroliers des uns et des autres, Henry Laurens dresse, parfois avec un peu de cynisme, les débuts d’un chaos arabe qui n’a pas vraiment cessé depuis.

« Le char et l’olivier, une autre histoire de la Palestine » de Roland Nurier

Un film documentaire sur l’histoire de la création d’Israël sur le territoire de Palestine qui rappelle l’histoire depuis ses origines. Après la première guerre mondiale et le démantèlement de l’empire ottoman, le Royaume-Uni et la France bénéficient de mandats (un autre mot désignant la colonisation) pour administrer le Proche et le Moyen Orient et, déjà, l’Europe et la Russie, globalement antisémites, cherchent une terre d’accueil pour y localiser les populations juives qu’elles abritent sur leurs territoires. La déclaration Balfour, du nom du ministre britannique des affaires étrangères britannique de l’époque, évoque en 1917 le principe d’un « foyer national juif » à situer dans la Palestine sous mandat. La suite des événements, et notamment le volontarisme juif parfois localement violent ainsi que la culpabilité occidentale suite à la Shoah aboutiront à la création de l’Etat d’Israël en 1947 issu d’un « partage » décidé par l’ONU entre un Etat juif et un Etat arabe… Il s’ensuivra une première guerre en 1948 avec l’expulsion de 800 000 palestiniens de leurs terres (la Naqba, la catastrophe en arabe), puis de nombreuses autres guerres qui permirent à Israël d’étendre son territoire par la force. Aujourd’hui encore la colonisation israélienne des terres se poursuit et la question de leur annexion pure et simple se pose. Le problème est loin d’être résolu, gangrène toute cette région et une bonne partie de la planète.

Ce documentaire donne une version historique de l’origine du conflit. Les personnes interrogées sont propalestiniennes mais s’expriment avec mesure et sur un mode factuel. La parole n’est pas donnée aux israéliens conservateurs, actuellement au pouvoir dans leur pays, et c’est aussi bien tant le dialogue et la réconciliation sont à ce jour impossibles. Pour les partis israéliens religieux ou en faveur des conquêtes territoriales, leur droit sur ces terres vient de la Genèse de la Bible qui stipule que « Dieu a promis Israël au peuple juif » ! Ben Gourion, le fondateur de l’Etat, disait que la Bible était son titre de propriété. Un titre datant de 4000 ans et rédigé par on ne sait qui…

Lire aussi : Israël se déchaîne

Pour le moment la conquête israélienne se poursuit en évitant l’embrasement général grâce à la puissance de cet Etat et aux soutiens dont il bénéficie, mais les palestiniens n’oublient pas qu’ils ont été expulsés de leur terre il y a 70 ans. Ce souvenir est d’ailleurs soigneusement diffusé aux générations suivantes. Le seul espoir d’une résolution de ce conflit serait l’apparition de leaders intelligents et raisonnables des deux côtés et en même temps. Nous n’y sommes pas encore même si un fol espoir s’était emparé du monde lors des accords d’Oslo en 1993 qui fut ensuite soigneusement démonté par la mauvaise volonté des parties.

Un chef terroriste-religieux tué en Syrie par l’armée américaine

Honoré (Charlie Hebdo – 2015)

Les Etats-Unis, par la voix de leur président ont annoncé avoir tué le chef du groupe terroriste Etat islamique M. Al Bagdhadi, calife auto-proclamé de ce proto-état, au nord-est de la Syrie où il se cachait. L’information reste à être documentée mais elle est probablement vraie. L’évènement est de taille compte tenu de la responsabilité de l’impétrant mais ne va sans doute pas changer la diffusion de l’idéologie religieuse mortifère de ce groupe.

M. Ben Laden chef du groupe Al Qaïda fut un précurseur dans les meurtres de masse avec le premier attentat « mondialisé » en septembre 2001. Il a dirigé des avions de ligne qui se sont écrasés contre les tours jumelles à New-York et le pentagone à Washington, il y eut plus de 3 000 morts et la prise de conscience en occident de la puissance de ces mouvements religieux capables de susciter un tel acte qui a provoqué la sidération dans les pays occidentaux et, parfois, quelques soutiens dans certains pays orientaux. Ben Laden fut également tué par l’armée américaine en 2011.

Bagdhadi a surmonté Ben Laden au niveau de l’idéologie en réussissant à lancer ses troupes dans des actions d’une barbarie rarement égalée : égorgements de prisonniers, d’autres brûlés vifs, tortures diverses, attentats aveugles en Orient comme en Occident, rétablissement de l’esclavage (voir le sort des yézidis), négoce d’êtres humains (on vend les femmes), implication des enfants (les « lionceaux du califat ») dans des actions terroristes et même des meurtres ; toutes ces joyeusetés au nom de Dieu et en direct sur Youtube et les réseaux dits sociaux.

Bagdhadi a également « enrichi » le recrutement de son mouvement avec un flux significatif de terroristes venus des pays occidentaux pour participer, parfois de façon très active, à ces actions meurtrières mondialisées. La France n’est pas en reste dans l’alimentation de ces flux avec une population de jeunes issus de l’immigration, ressassant un mélange de frustrations en lien avec le racisme dont ils sont victimes, la colonisation affrontée par leurs ancêtres, la précarité de leurs situations économiques et la religion qui les anime, croyant se réaliser en allant en famille s’associer à un environnement religieux et terroriste. Encore plus étonnant, le groupe Etat islamique a su attirer dans ses rets des jeunes français de bonnes familles catholiques, pas particulièrement défavorisées, dont les enfants se sont convertis à l’islam puis ont émigré vers la Syrie ou l’Iraq, parfois avec femmes, enfants et parents. Ce fut un des grands « succès » de la stratégie de ce mouvement dont Bagdhadi fut le chef (le calife) et, sans doute, le guide.

Encore pire, Bagdhadi a inoculé de virus du terrorisme religieux au sein même des sociétés occidentales, d’où les attentats réguliers menés par ces fameuses « cellules dormantes » comme celui contre la préfecture de police de Paris au début du mois (5 morts dont le terroriste français). Et il y en aura sûrement d’autres.

Le groupe Etat islamique a été forcé de rendre les territoires en Syrie et en Iraq sur lesquels il régnait. Beaucoup de ses combattants sont morts. Les pays occidentaux doivent maintenant se dépatouiller avec leurs citoyens survivants et leurs familles qui, souvent, au moins pour les français, ont l’air de vouloir revenir en France ce qui ne déclenche pas vraiment l’enthousiasme ni des dirigeants ni de l’opinion publique.

La mort du « calife » est une victoire militaire des forces anti-Etat islamique mais qui ne va certainement pas stopper pour autant ce terrorisme religieux qui ronge le Proche et Moyen-Orient ainsi que les pays occidentaux. C’est un mouvement profondément ancré qui prendra des générations avant de s’arrêter. Le temps de faire comprendre à tous ces enfants perdus qu’ils ont aussi à gagner en investissant, non seulement dans le dogme, mais aussi dans la raison et l’intelligence…

Les mille et une nuits

C’est l’histoire des turcs sunnites, les enfants de l’ex-Empire ottoman, qui s’allient avec des milices syriennes arabes sunnites, plus ou moins proches du groupe Etat islamique, appliquant un islam radical et souvent meurtrier ; ensemble ils envahissent un territoire appartenant à la Syrie dont le pouvoir alaouite, une branche du chiisme, réprime férocement (entre 300 et 500 mille morts) une rébellion politico-religieuse, plutôt sunnite, qui mine le pays depuis 2013. Pour se faire épauler dans ce combat, la dictature syro-alaouite, soutenue par sa minorité chrétienne, reçoit l’aide des russes orthodoxes et des iraniens chiites qui veulent tous deux avoir un accès à la Méditerranée. Dans ce territoire syrien envahi par les turcs s’étaient rassemblés depuis quelques années des syriens kurdes, majoritairement musulmans sunnites mais du genre plutôt flexible (les femmes combattent et ne sont pas voilées) versus les syriens arabes sunnite (les femmes sont voilées et restent à la maison), mais aussi alliés des turcs kurdes, eux-aussi musulmans. Les kurdes, syriens comme turcs, sont pourchassés de façon obsessionnelle et depuis des décennies par le pouvoir turc non-kurdes.

Comme tout ceci était finalement un peu trop simple, la dictature syro-alaouite n’ayant pas réussi à réduire la rébellion interne, cette dernière a prospéré en Syrie dans de multiples directions politico-religieuses dont celle défendue par des sunnites-salafistes encartés au groupe Etat islamique. Ce groupe on le sait veut abattre l’Occident et convertir la planète à ses convictions religieuses. Dans ce but il commet des massacres terroristes dans les grandes capitales. Les pays occidentaux touchés, majoritairement chrétiens, se sont donc alliés aux syriens kurdes pour lutter sur le terrain contre le groupe Etat islamique basé en Syrie. Comme ces occidentaux ne veulent pas risquer de se retrouver face à face avec l’armée turque avec laquelle ils sont membres d’une alliance commune, l’OTAN, eh bien ils ont lâché les syriens kurdes et sont rentrés chez eux. Du coup les syriens kurdes sunnites flexibles viennent de de réconcilier avec le pouvoir syrien alaouite inflexible pour limiter les ambitions turques sunnite sur le territoire syrien !

Vous n’avez pas tout compris ? C’est normal, reprenez depuis le début mais ne tardez pas trop car toutes ces alliances incompréhensibles sont éphémères et changent tous les matins.

Ce que l’on peut affirmer sans trop de risques de se tromper c’est que si la Turquie maintient son invasion du territoire syrien elle risque de le regretter. Cela ne sera sans doute pas aussi tranquille que l’occupation turque illégale d’une partie de Chypre, pays membre de l’Union européenne depuis 1974. Si aucun pays de l’Union n’a estimé vraiment opportun de faire la guerre à « l’allié » turc pour un bout d’île méditerranéenne, on peut prévoir que dans le contexte moyen-oriental tortueux décrit ci-dessus l’occupation de la Syrie va déclencher du bruit et de la fureur.

La Turquie à l’assaut de la Syrie

Maintes fois annoncée, toujours retenue, l’invasion du nord de la Syrie par l’armée turque a débuté cette semaine, appuyée par des supplétifs locaux, plus ou moins islamistes. Le motif officiel est de sécuriser sa frontière sud où, coté syrien, existent des organisations kurdes considérées par Ankara comme ennemi intime depuis des décennies. Officiellement le gouvernement turc souhaite également réinstaller au nord de la Syrie les 2 à 3 millions de réfugiés syriens accueillis sur son sol.

Le chaos syrien s’aggrave, personne ne sait vraiment comment va évoluer la situation que l’Occident a échoué à régler. Ce pays déchiré est maintenant laissé à la dérive avec de nouveaux alliés que sont la Russie et l’Iran. La Turquie s’installe dans sa partie nord et il n’est pas dit que le gouvernement syrien y soit véritablement opposé puisqu’il s’agit de combattre les kurdes, pas vraiment pro-régime syrien.

Les forces kurdes ont mené la plus grande part des combats au sol contre le groupe Etat islamique, les forces de la coalition internationale restant essentiellement aériennes. Elles détiennent toujours un certain nombre de terroristes de ce groupe dont beaucoup sont des étrangers (on parle de plusieurs centaines de français) que leurs gouvernements respectifs rechignent à récupérer. Le risque est aussi de les voir s’égayer de nouveau dans la nature, à moins que les forces turques ne récupèrent la gestion des camps dans lesquels ils sont détenus ?

Les organisations kurdes crient à la trahison des occidentaux qui laissent la Turquie venir les combattre sur le terrain syrien. Les alliances se font et se défont ! L’Histoire hélas est riche en abandon : les harkis laissés en Algérie lors du retrait de la France, les sud-vietnamiens laissés par les américains en 1973 après les accords de Paris, etc. Lorsqu’une force étrangère s’installe dans un pays, pour une bonne ou une mauvaise raison, elle va bien en partir un jour et ceux qui ont « collaboré » avec elle auront sans doute des comptes à rendre s’ils restent dans ledit pays. C’est ce qui est en train de se passer au nord de la Syrie en cours d’évacuation par les forces occidentales.

On peut toutefois gager que les forces turques vont en partir un jour, peut-être plus tôt qu’elles ne pensent elles-mêmes d’ailleurs. Tous les éléments d’un profond chaos sont en mis en œuvre pour remplacer l’équilibre, certes instable, qui subsistait avec la présence de quelques centaines de soldats occidentaux dans cette région qui empêchait les nombreuses autres forces belligérantes de trop tenter le diable. Aujourd’hui la Turquie envahit un Etat étranger avec en plus l’appui de milices plus ou moins locales, plus ou moins religieusement fanatisées. Tout ceci fleure bon les règlements de comptes à l’horizon et, à tout le moins, la poursuite de cette tragique guerre civile en Syrie avec l’arrivée officielle d’une nouvelle armée qui jusque-là n’agissait qu’en sous-main. Il y aura forcément des retournements de vestes, des attentats contre l’armée turque, voir contre des civils en Turquie même, des réactions et contre-réactions. L’histoire ne fait que commencer.

Devant ces bruits de bottes on frémit en se rappelant que la Turquie est membre de l’alliance occidentale OTAN et dispose sur son territoire d’armes nucléaires américaines. Après avoir envahi Chypre, un pays membre de l’Union européenne, qu’elle occupe toujours, voici maintenant Ankara envahissant la Syrie. En tant que membre de l’OTAN, la Turquie bénéficie de la clause de solidarité qui veut que les pays de l’Alliance soient engagés à se défendre les uns les autres en cas d’attaque de l’extérieure. Cela veut dire que si la Syrie (ou ses alliés) voulant défendre son territoire ripostait contre Ankara, les pays membres pourraient être appelés à la rescousse.

L’Orient est décidemment très compliqué !

Il fait chaud dans le golfe persique

Un championnat du monde d’athlétisme se déroule actuellement au Qatar. Les sportifs qui y concourent se plaignent de… la chaleur. Un stade est climatisé mais les épreuves qui se déroulent en dehors de celui-ci. Il fait effectivement plus de 40° la nuit avec un taux d’humidité de 70%. Ce qui est étonnant est que les autorités sportives responsables de l’organisation de tels évènements n’anticipent pas que dans le golfe persique… il fait chaud, même la nuit, même à l’automne !

Les footeux ont mis quelques années à se rendre compte qu’une coupe du monde de fouteballe organisée également au Qatar en 2022 en été est annonciatrice de grosse chaleur… Dans un grand accès de clairvoyance il a finalement été décidé de déplacer cette compétition d’été en hiver.

Il faudrait sans doute prévoir une petite formation aux bases de la météorologie pour les patrons de fédérations sportives. En attendant les sportifs se plaignent et le stade de Doha où de déroule la compétition d’athlétisme est plutôt déserté par les spectateurs.

L’inde : sa citoyenneté, son immigration et ses religions

L’Inde est, comme beaucoup d’autres pays, soumise à des tiraillements identitaires et religieux. L’Histoire n’est jamais loin dans cette ancienne colonie britannique dont la partition qui avait suivi l’indépendance en 1947 après la seconde guerre mondiale était destinée à faire un pays musulman, le Pakistan, et un pays hindouiste, l’Inde. Cette séparation s’était déroulée dans une grande violence et avait fait des centaines de milliers de morts. Evidement cette illusoire répartition basée sur la religion n’a pas été hermétique et chemin faisant les populations se sont mélangées au fur et à mesure des guerres, des catastrophes naturelles, de la mauvaise gouvernance… alors aujourd’hui le président de cette vaste nation, Narendra Modi, que l’on qualifierait de « populiste » dans notre vieille Europe a lancé un recensement dans la province de l’Assam, frontalière du Bangladesh (ex-Pakistan oriental érigé en pays souverain de religion également musulmane en 1971) destiné à identifier et, sans doute, expulser des résidents « illégaux ». Au terme de ce recensement, près de deux millions de personnes se sont vues privées de leur nationalité indienne. La notion de religion n’entrait théoriquement pas dans les critères mais on peut craindre qu’elle ne fût quand même considérée compte tenu du projet Modi de reconstituer une « nation hindoue » !

A priori l’analyse des dossiers se basait sur l’antériorité de leur présence sur le sol indien, état de fait qu’il était souvent extrêmement délicat à documenter dans un pays où l’administration est peu efficace. Alors personne n’est content : des données ont été manipulées, le fait du prince a souvent été appliqué quelques soient les documents justificatifs produits, des indiens dits « authentiques » ont été déchus, le parti au pouvoir de M. Modi claironnait qu’au moins 5 millions de personnes devaient être concernées par ce recensement qui n’a finalement identifié que 2 millions « d’outsiders » comme on les appelle. Aujourd’hui personne ne sait bien ce que vont devenir ces 2 millions de déchus devenus apatrides.

Comme à chaque fois qu’un Etat commence à jouer sur les notions d’identité, d’origine, de pureté… les résultats peuvent être imprévisibles et risquent d’être nauséabonds. En Occident il existe souvent des lois empêchant un Etat de rendre apatrides ses propres citoyens. L’Inde n’a pas ce genre de prévenances et va devoir maintenant régler le « problème » de ces 2 millions de personnes déchues. Il est peu probable qu’elles puissent être déplacée vers le Bangladesh qui doit déjà accueillir les réfugiés Rohingyas expulsées du Myanmar (ex-Birmanie) à coups de pogroms, le plus souvent aussi car ils sont musulmans.

En France nous avons Eric Zemmour et sa théorie du « grand remplacement » qui favorisent les succès de l’extrême droite, en Inde il y a Narendra Modi et cela se termine par 2 millions d’apatrides. Dans les deux pays il y a des leaders d’opinion qui abaissent les débats et tiennent des propos de café du commerce pour s’attaquer à de vrais sujets qui troublent les populations. Dans les deux pays les solutions préconisées ne règlent pas les problèmes (que va faire l’Inde avec ses 2 millions d’apatrides ?). L’intelligence et le droit devraient rester les guides de toute réflexion dans le domaine de l’immigration et de la nationalité ; hélas ce sont plus souvent la haine et la beaufitude qui s’emparent du débat. Il faut sans doute remettre en cause la mondialisation et la liberté de circulation, ou tout du moins, gérer différemment ces concepts qui montrent leurs limites. Les « Eric Zemmour » aux petits pieds affolent Mme. Michu mais n’apportent pas pour le moment de solution viable. Voyons déjà comment l’Inde va se sortir de la situation actuelle dans l’Assam.

Emotions diverses pour Hong Kong

L’ancienne colonie britannique de Hong Kong que Londres a rendue à la Chine en 1997, son continent de rattachement naturel et historique, s’agite devant la reprise de contrôle progressive de Pékin. En fait, la Chine prend juste un peu d’avance sur les accords de rétrocession qui prévoyaient un régime spécifique jusqu’en 2047, sur les plans démocratiques et économiques. Sans doute peu de gens pensaient que Pékin attendrait sagement jusqu’à la date fatidique pour aligner Hong Kong sur le reste du pays. C’est ce qui est train de se passer et bien sûr les citoyens du territoire vivent mal de voir leurs libertés démocratiques fondre progressivement.

C’était malheureusement écrit et on peut penser que Pékin gardera ce qu’il faut de liberté à Hong Kong pour ne pas tuer la poule aux œufs d’or tant qu’elle lui est encore utile, mais ce temps va en se raccourcissant au fur et à mesure que s’accroit la puissance du continent. Alors l’Occident écrase quelques larmes de crocodile mais qui envisage d’autres réactions que quelques protestations polies, et encore ?

Personne n’a eu envie de se battre contre Moscou après l’annexion des territoires géorgiens en 2008 ou de l’Ukraine en 2013, personne ne s’est ému bien longtemps lorsque Hanoi s’est assis sur les accords de Paris signés en 1975 avec les Etats-Unis d’Amérique pour reprendre par les armes le Viêt Nam dit « du Sud », ou qu’Alger en 1962 ait massacré les « harkis » après l’indépendance.

Ainsi va le cours tragique de l’Histoire, la lutte inégale des Empires ! Il faut juste avoir la chance de naître au bon endroit au bon moment.

Le président français et la géographie

Foolz – Charlie Hebdo

A l’occasion d’une rencontre entre les présidents russe et français, M. Macron a déclaré, entre autres, que la Russie serait européenne jusqu’à Vladivostok. On verra sur la carte ci-dessous que cette ville portuaire d’Extrême Orient est située en face de Saporo sur la Mer du Japon et est frontalière avec la Chine et la Corée du Nord :

Pourquoi donc vouloir qualifier cette ville d’européenne alors qu’elle est manifestement asiatique, par la géographie comme par la politique ? Un tel raccourci ne peut qu’effrayer les citoyens de l’Union européenne et consterner les géographes de toutes origines. De plus, cela semble a priori intéresser fort peu le président russe de voir l’Extrême Orient de son pays « rattaché » symboliquement à une Europe qu’il méprise souverainement. Cette saillie ne fait plaisir à personne sinon à son locuteur qui s’écoute parler et s’imagine passer un coup de brosse à reluire sur les rangers de son alter-ego russe, avachi dans son fauteuil sur le perron du fort de Brégançon, et qui ne lui en sera certainement pas gré, bien au contraire.

Une bonne occasion perdue de se taire !

Je sais une autre chose : c’est que la Russie est européenne, très profondément, et nous croyons dans cette Europe qui va de Lisbonne à Vladivostok. Un grand auteur russe, DOSTOÏEVSKI, dans L’adolescent disait, et je le cite imparfaitement, de mémoire, que le Russe avait cela de particulier par rapport à l’Allemand, au Français ou autre, c’est qu’il était le plus russe quand il était le plus européen, et en quelque sorte son nationalisme était toujours plus grand que lui-même et devait embrasser le fait européen, et je crois très profondément à cela.

Déclaration de presse à l’occasion de l’entretien du Président de la République avec M. Vladimir POUTINE, Président de la Fédération de Russie

La France culottée

Avec le culot qui la caractérise, la France se permet de faire la leçon à la Chine qui traite avec une relative mollesse (par rapport à ses habitudes) les émeutes se déroulant actuellement sur son territoire de Hong Kong. Que n’aurait-on dit si Pékin s’était ingérée dans les émeutes qui ont agité la France tout au long du premier semestre 2019 !

Hong Kong – Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères (14 août 2019).

Les manifestations à Hong Kong se poursuivent dans un climat de plus en plus tendu. Cette situation fait l’objet d’un suivi très attentif de la part de la France, en lien avec ses partenaires, notamment européens. J’appelle toutes les parties, en particulier les autorités hongkongaises, à renouer le fil du dialogue afin de trouver une issue pacifique à cette crise et de mettre fin à l’escalade de la violence.

La Loi fondamentale de Hong Kong et le principe « un pays, deux systèmes » garantissent l’Etat de droit, le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ainsi que l’autonomie du système judiciaire, qui sont essentiels à la population et à la prospérité économique de Hong Kong.

La France est profondément attachée au respect intégral de l’ensemble de ces principes.

www.diplomatie.gouv.fr

Le territoire et les citoyens de Hong Kong, ex-colonie britannique rendue à l’Empire du Milieu en 1997, bénéficient d’un statut particulier qui leur donne plus d’autonomie que le reste des régions chinoises. Ce statut est provisoire et doit durer jusqu’en 2047 suivant l’accord de décolonisation signé entre le Royaume-Uni et la Chine. Il est probable qu’à l’issue de ce délai, le territoire de Hong Kong retournera au droit commun de la Chine. Qui sait d’ailleurs ce que sera le régime chinois en 2047 ?

Les citoyens hong-kongais craignent en tout cas que leurs libertés seront alors restreintes. C’est probable compte tenu de ce que l’on sait aujourd’hui du régime chinois. Toutefois, le pragmatisme de Pékin fait que peut-être un air de liberté au moins économique continuera de souffler sur le territoire compte tenu de son importance comme place financière, à moins que d’ici-là Shangaï ne se soit substituée à Hong Kong ? C’est sans doute la meilleure tactique à mener par la Chine : rendre Hong Kong moins indispensable pour Pékin afin de pouvoir normaliser cette région.

Hélas pour les citoyens locaux, il est peu probable que personne au sein de la communauté internationale ne parte « en guerre » pour préserver leur liberté « spéciale ». De même que l’annexion de la Crimée par Moscou n’a pas déclenché une grande émotion au-delà de quelques sanctions économiques, le retour de Hong Kong dans le droit commun chinois ne sera probablement empêché par personne, d’autant plus qu’il est prévu dans le traité de décolonisation entre Londres et Pékin.

Confirmation : la Russie n’aime pas l’Occident

Pour ceux qui avaient encore des illusions sur ce que pense la Russie officielle de l’Occident, ils auront été éclairés par les récentes déclarations du président russe dans différents médias. Depuis une dizaine d’années que Moscou a réaffirmé sa puissance, ses représentants pointent la décadence de l’Occident qui « marie ses homosexuels », M. Poutine revient sur ces changements sociétaux qu’il désapprouve. Il déclare dans une interview au Financial Time du 27 juin que « l’idée libérale est morte » :

The ruling élites have broken away from the people [in the US as in Europe]. There is also the so-called liberal idea, which has outlived its purpose. Our Western partners have admitted that some elements of the liberal idea, such as multiculturalism, are no more tenable.

https://www.ft.com/video/a49cfa25-610e-438c-b11d-5dac19619e08

Interrogé sur cette déclaration au sommet du G20 d’Osaka le 29 juin il illustre ce qu’il a voulu dire en précisant qu’il se revendique libéral lui-même mais qu’il existerait à ce jour « cinq ou six genres de personnes… je ne comprends même pas ce que c’est » ! Il développe sa pensée en précisant qu’une minorité ne peut pas imposer sa volonté à la majorité, en tout cas ce n’est pas ainsi que cela se passe en Russie. Il élargit le sujet aux flux d’immigration qui arrivent en Europe.

Quand on détaille la politique économique russe et la façon dont elle a été privatisée après l’effondrement de l’Union soviétique, on peut avoir quelques doutes sur son aspect « libéral », mais qu’importe, tous les goûts (et les politiques) sont dans la nature et les résultats de cette politique économique feront œuvre de juge de paix le moment venu. Plus déprimant sont ce que ces déclarations racontent de l’état de la relation entre la Russie et le monde occidental, en tout cas européen : Moscou méprise profondément tout ce qui est à l’Ouest de l’Oural et, sans doute, matérialise ce mépris par des actions d’agit-prop afin de nuire à cet Occident honni qui lui, en retour, manifeste indécision et division dans l’attitude à opposer. C’est une sorte de nouvelle guerre froide dont l’issue, comme la précédente, reposera sur la capacité de la Russie à suivre économiquement l’Occident.

Malgré les envolées lyriques occidentales régulières sur l’amitié avec la Russie, l’Histoire montre que la relation a toujours été houleuse entre l’Ouest et Moscou, sous les tsars comme sous les soviétiques, les déclarations du président actuel ne sont que la continuation de cette situation : on a toujours préféré s’opposer que coopérer, à l’exception notable de la deuxième mondiale mais l’éclaircie fut de courte durée… C’est ainsi, on ne peut pas s’entendre avec tout le monde mais il faut arriver à maintenir l’affrontement dans les limites du raisonnable. Le reste est l’affaire du peuple russe qui, peut-être un jour, préfèrera que son Etat dépense un peu moins d’énergie et d’argent pour nuire à l’extérieur et un peu plus à développer son économie intérieure.

Négociations américano-talibanes

Les Etats-Unis mènent des négociations plus ou moins officielles au Qatar avec la rébellion talibane d’Afghanistan. L’objectif est de sortir l’armée américaine des terrains de combat afghans où elle tente avec assez peu de succès d’endiguer le retour des talibans au pouvoir à Kaboul, et avec eux leur cortège de pratiques religieuses d’un autre âge.

Les militaires américains sévissent sur place depuis 2001 et l’attentat terroriste du 11 septembre contre du World Trade Center. Il s’agissait alors de « casser la gueule » aux talibans qui avaient inspiré cet attentat (3 000 morts et 6 000 blessés) et qui abritaient Ben Laden, cerveau saoudien de l’opération. Le problème est qu’une fois cette tâche accomplie, l’Occident s’est mis en tête d’occidentaliser l’Afghanistan en lui indiquant le chemin de… la démocratie. C’était la théorie des néo-conservateurs américains : répandre la démocratie par l’exemple, et au besoin par la force militaire. Les forces de l’OTAN ont alors été mises à contribution et, près de 20 ans plus tard, le dossier n’a pas avancé. Les talibans sont repartis dans leurs montagnes à l’abri desquelles ils mènent leurs actions terroristes pour chasser les forces impies, le business d’opium a explosé, le gouvernement officiel ne gouverne pas grand-chose au-delà de la capitale, et encore, la plupart des forces de l’OTAN sont rentrées dans leurs pénates après avoir encouru des pertes significatives, les attentats terroristes sont légion, les contribuables occidentaux ont dépensé des dizaines de milliards d’euros dans ce pays en vain et les talibans sont aux portes du pouvoir. Seule éclaircie dans ce désastre, il semble que les attentats terroristes menés en Occident ces dernières années ne soient plus fomentés en Afghanistan mais plutôt au Proche et Moyen-Orient.

La constance avec laquelle l’Histoire se répète est parfois confondante. On se souvient qu’en 1962 la France coloniale signait avec l’Algérie des accords de paix et d’indépendance qui prévoyaient explicitement que les harkis (supplétifs locaux de l’armée française) ne feraient l’objet d’aucune mesure de discrimination après l’indépendance. Il ne fallut pas trois mois après la signature de l’accord pour qu’environ 100 000 harkis ne soient massacrés ! En 1973 les Etats-Unis négocient avec le Vietnam du Nord (communiste) un accord de paix qui prévoit le maintien de la République du Vietnam (du Sud). Il ne faudra pas trois années aux nordistes pour réunifier militairement le Vietnam et instaurer un régime communiste sur la totalité du pays.

La négociation en cours avec les talibans d’Afghanistan suivra probablement la même voie : promesses écrites de ces derniers contre engagement américain du retrait des troupes ; les premières ne seront pas réalisées une fois que ce dernier sera effectif et les talibans reprendront le pouvoir avec les méthodes qui leur sont propres afin de gouverner un pays qui, finalement, n’est sans doute pas vraiment contre.

Vouloir « casser la gueule » des talibans après les attentats américains de 2001 était somme toute compréhensible mais il aurait fallu évacuer ce pays une fois la tâche réalisée. Penser y instaurer la démocratie par les armes fut une illusion qui coûta très cher, à tout le monde. Croire aujourd’hui à des engagements talibans quels qu’ils soient serait une faute. Comme à Alger en 1962, comme à Saïgon en 1973, une fois la puissance colonisatrice ou occupante partie, les nouveaux dirigeants de ces pays « libérés » iront vers où les portent leurs sentiments, sans ne se soucier ni de leurs engagements pris ni des états d’âme de leurs anciens occupants.  Mais il faut bien que les « envahisseurs » s’en aillent un jour de façon plus ou moins honorable car ils ont encore une capacité de nuisance. Alors on négocie le départ contre un traité de papier sur lequel sans doute personne ne se fait beaucoup d’illusions. Le plus étonnant réside dans le fait que se renouvelle encore si régulièrement ce genre de situation !

Ainsi va l’Histoire et il est fort probable qu’elle ne se répète sous peu en Afghanistan.

La Turquie entre deux rives

La Turquie et son tonitruant président, membre actif de l’organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), est en train d’exécuter un contrat d’armement avec la Russie, prévoyant notamment la livraison de missiles anti-aériens supposés très sophistiqués qui doivent être opérés avec une assistance russe. Dans le même temps, les entreprises turques devaient participer au pool de fournisseurs du programme d’avion de combat américain F35. Les autres membres de l’Alliance, et plus particulièrement les Etats-Unis s’émeuvent de cette double allégeance et Washington vient de suspendre la participation turque au programme F35 craignant qu’elle ne facilité l’acquisition de données sur cet avion du futur par la Russie.

Au-delà de ces considérations tactiques et techniques bien compréhensible on voit une nouvelle fois les hésitations de la Turquie à se positionner : entre République et Empire, entre Europe et Asie, entre laïcité et religion, entre l’Est et l’Ouest, entre démocratie et dictature. Bref, à la différence de nombre de pays européens, elle n’a pas abdiqué de sa volonté de puissance et fait feu de tout bois pour tenter de revenir à un statut d’influence, empruntant toutes les voies qu’elle pense ouvertes pour ce faire. Cela se fait hélas au détriment de ses convictions et d’une ligne de politique étrangère claire.

Les alliés de la Turquie au sein de l’OTAN peuvent légitimement s’inquiéter de cette attitude girouette. En cas de conflit dur, quel camp choisirait Ankara ? On ne le sait pas vraiment, sans doute pas plus son tonitruant président d’ailleurs, et on frémit à l’idée que tout le matériel militaire de l’Alliance stationné en Turquie puisse être utilisé à mauvais escient. Sans doute des précautions ont été prises pour tenir compte de la fiabilité limitée de cet allié remuant. Entre la Pologne définitivement rebelle à tout rapprochement avec la Russie compte tenu de son histoire récente et la Turquie menant des alliances de circonstance avec Moscou, ennemi historique de l’OTAN, la voie est étroite pour gérer les intérêts contradictoires d’une alliance militaire. Pas sûr qu’elle n’y résiste, ou alors va-t-elle réduire son envergure comme l’Union européenne se séparant du Royaume-Uni, pour se concentrer sur ses vrais amis.

320 morts au Sri-Lanka dans un attentat religieux

Le groupe Etat islamique a revendiqué l’attentat terroriste qui a fait plus de 320 morts et encore plus de blessés dans des hôtels et des églises de cette île-Etat. Il s’agit d’une attaque coordonnée de plusieurs kamikazes qui ont ciblé tout particulièrement des églises où se pressaient des foules de fidèles à l’occasion de la célébration des fêtes catholiques de Pâques. La cible des hôtels a « permis » d’atteindre une population non-sri-lankaise nombreuse.

C’est un Dieu contre un autre, et la guerre continue ! Elle a même tendance à s’élargir à des pays d’Asie qui étaient jusqu’ici plutôt épargnés par cette barbarie religieuse.

Constantinople et la politique moderne

En campagne électorale municipale le président turc passe la vitesse supérieure dans le beaufitude de son argumentation politique. Le voici maintenant qui s’attaque au statut de la basilique Sainte-Sophie à Istanbul, qui a été successivement une église, puis une mosquée, puis un musée depuis 1934, au fur et à mesure des guerres de conquête des croisés catholiques puis des guerriers musulmans qui ont marqué cette ville, de Byzance à Istanbul, en passant par Constantinople. Dans sa grande sagesse le président Atatürk avait transformé l’ancienne basilique en musée pour marquer l’impossible réconciliation entre les religions, alors que ses troupes voulaient la dynamiter en 1918 après la défaite des puissances de l’Entente lors de la première guerre mondiale et que des troupes occidentales occupaient Istanbul…

Evidement le président actuel dont l’une des stratégies est de réislamiser la Turquie s’empare du dossier et veut retransformer ce musée en mosquée. On se demande s’il n’a vraiment rien de mieux à faire que de perdre son temps à ces billevesées religieuses qui n’intéressent que les extrémistes des deux bords. Il pourrait par exemple consacrer un peu plus de temps au développement économique de son pays ? Ainsi vont politique et religion lorsque par malheur elles sont mélangées.

La Turquie attise le feu

Tout en subtilité, le président turc commente dans ses meetings les attentats de Nouvelle-Zélande contre deux mosquées qui ont fait 50 morts et de nombreux blessés, commis par un suprémaciste blanc australien qui a priori ne nie pas les faits mais au contraire les a théorisé sur ses différents comptes dans les médias dits-sociaux. En campagne électorale le président turc harangue les foules en clamant :

Ce n’est pas un acte isolé, c’est quelque chose d’organisé… Ils sont en train de nous tester avec le message qu’ils nous envoient depuis la Nouvelle-Zélande, à 16 500 kilomètres d’ici.

Se référant à la bataille des Dardanelles pendant la première guerre mondiale, perdue par les alliés, y compris l’Australie, contre l’empire ottoman, il ajoute :

Il y a un siècle, vos aïeuls sont repartis à pied ou dans des cercueils. Si votre intention est la même que la leur, nous vous attendons.

Le terroriste australien qui a mené ces attaques a filmé ses exploits qu’il a diffusés en direct sur les réseaux dits-sociaux. Le président turc a rediffusé une partie de ces images lors de meetings électoraux. Il est indéniable que cet attentat en Nouvelle-Zélande était dirigé contre l’Islam comme ceux commis ces dernières années étaient dirigés contre les non-musulmans. Dans un cas comme dans les autres, ils sont surtout le triomphe de la bêtise humaine sur l’intelligence, la victoire de l’obscurantisme religieux contre la raison. Il n’est pas sûr que la récupération de ces attaques meurtrières dans le cadre d’un débat électoral puisse avoir d’autres effets que celui d’attiser les haines des uns contre les autres. Ce n’est pas le rôle qu’une démocratie assigne à ses dirigeants.

Le gouvernement australien s’est ému de ces propos présidentiels et en a demandé le retrait. Comme il est assez peu probable qu’il obtienne satisfaction, il recommande en attendant la prudence à ses concitoyens qui voudraient se rendre en Turquie. C’est bien le moins.

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Attentat terroriste en Nouvelle-Zélande

Un « suprémaciste blanc » australien a attaqué cette semaine des mosquées dans la ville de Christchurch en Nouvelle-Zélande, il y a une cinquantaine de morts. Le terroriste est arrêté, il a filmé et diffusé en direct ses meurtres sur Facebook. Ce pays pacifique est choqué, la dernière fois qu’il eut à affronter le terrorisme c’était lors de l’action des services secrets français contre le bateau écologiste Rainbow Warrior qui manifestait contre les essais nucléaires français dans le Pacifique, il y eut un mort, c’était en 1985.

On suppose que le nom de la ville, Christchurch, n’a pas été choisi au hasard par ce suprémaciste dont l’idéologie est de marquer la supériorité de la civilisation blanche et chrétienne sur le reste de la planète, et particulièrement face à la civilisation islamique. Le terrorisme idéologique est maintenant clairement mondialisé et le bal morbide des crétins n’a plus de frontière, du Bataclan à Christchurch.