Un président turc mal éduqué

Métro Paris – Place d’Italie

Après un discours du président de la République française au sujet du séparatisme islamique qui gangrène la France et tue ses citoyens, son homologue turc s’est exprimé avec sa modération usuelle :

« Tout ce qu’on peut dire d’un chef d’Etat qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c’est : “Allez d’abord faire des examens de santé mentale” »

Président Erdogan (Turqie) 24/10/2020

A priori la France s’est crue obligée de répondre à cette grossièreté et de rappeler son ambassadeur à Ankara. Était-ce bien nécessaire ? Le mieux serait de laisser aboyer pendant que la caravane passe et de lancer quelques mesures de rétorsion discrètes sans le crier sur les toits.

Pour parler comme une poissonnière et asséner des outrances, le président turc est et sera définitivement plus fort que le français. Mieux vaut lui abandonner le terrain de la grossièreté et lutter sur ceux sur lesquels nous pouvons encore avoir un peu d’influence.

Lire aussi : La Turquie et l’histoire coloniale

L’attirance pour le conflit

Un nouveau conflit international apparait dans le Caucase dans lequel la Turquie se précipite avec délices et empressement. Il s’agit en fait d’un très vieux litige qui oppose l’Azerbaïdjan et l’Arménie, obscurs anciens territoires soviétiques. A l’intérieur du territoire azerbaïdjanais tel que reconnu par la communauté internationale, une enclave peuplée majoritairement de citoyens d’origine arménienne a proclamé unilatéralement son indépendance en 1991 : le Haut-Karabagh qui compte environ 150 000 habitants pour la surface d’un petit département français. Cette situation est évidemment contestée par l’Azerbaïdjan et des affrontements armés se déroulent régulièrement entre cet Etat et la Haut-Karabagh sécessioniste. C’est une sorte de problème Serbie-Kosovo répliqué dans le Caucase. On s’en passerait bien.

Evidemment dès que la Turquie voit l’Arménie apparaître quelque part, elle est contre et prend position. Ici elle soutient fermement l’Azerbaïdjan (riche en ressources pétrolières) qui, de plus, est musulman (plutôt chiite quand la Turquie est plutôt sunnite, mais qu’importe). La Russie coopère avec les deux parties au conflit à qui elle vend des armes et qui font partie de son arrière-cour. La France, ainsi que d’autres pays européens, qui compte une communauté d’origine arménienne significative sur son territoire, soutient plutôt l’Arménie chrétienne.

Bref nous avons là un conflit régional de peu d’ampleur (à « bas-bruit » comme l’on dit désormais sur les plateaux télévisés branchés) comme il en existe tant dans les Balkans ou le Caucase. Le plus notable dans cette affaire est la célérité avec laquelle la Turquie plonge dans ce nouveau litige avec passion. La volonté de rétablir le lustre de l’empire ottoman à la face du monde emporte tout souci de diplomatie et de mesure. S’il faut attiser une nouvelle guerre étrangère eh bien la Turquie s’y engage sans barguigner. Après Chypre, l’Irak, la Syrie, la Libye, Ankara envoie des armes et des troupes (souvent supplétives) en dehors de ses frontières pour tenter d’y faire valoir sa loi. La Grèce n’a plus qu’à bien se tenir, l’Europe aussi d’ailleurs !

Comme la France en Afrique et au Moyen-Orient, la Turquie intervient et crée le trouble dans les territoires autrefois conquis. C’est le syndrome des anciennes puissances coloniales qui n’arrivent pas à se détacher de leurs possessions passées ni à tourner la page de leur statut d’empire déchu. La Turquie veut reconstruire l’empire ottoman quand la France se demande comment se « débarrasser » des confettis du sien ; la Nouvelle-Calédonie continue à refuser son indépendance et les pays africains appellent les armées françaises à leur secours pour assurer leur survie, en Centrafrique, au Sahel, même au Liban… Dans les deux cas, contraintes ou recherchées, ces interventions étrangères sont néfastes et, très probablement, condamnées à l’échec pour les pays intervenants comme pour ceux qui sont envahis.

La Turquie et l’histoire coloniale

Le président turc continue à pointer le « génocide » dont les forces coloniales françaises se seraient rendues coupables en Algérie jusqu’à l’indépendance de ce pays, et, plus récemment, du rôle de Paris dans le génocide commis au Rwanda en 1994.

La Turquie critiquant le passé colonial de la France, c’est l’hôpital qui se moque de la charité, mais rien n’arrête les envolées lyriques du président turc. Le passé colonial de son pays est largement aussi trouble que celui de la France, et notamment en Algérie que l’empire ottoman occupa durant près de trois siècles, sans parler de la Grèce, de l’Europe de l’Est ou du Moyen-Orient, y compris l’Arménie où la Turquie est également accusée de « génocide ».

Evidemment, le président français a tendu « les cordes pour se faire battre » puisqu’il est allé déclarer lui-même en 2017 lors de sa campagne électorale que « le colonialisme [fut] un crime contre l’humanité ». Ironie de l’histoire, il répondait alors à une interview du journaliste algérien Khaled Drareni qui vient… d’être condamné ce 15 septembre à deux années de prison par la cour d’Alger pour « incitation à un attroupement non armé et atteinte à l’intégrité du territoire national ». Il est assez peu probable que jamais un représentant de la République turque qualifie aussi négativement le colonialisme de l’empire ottoman. Il se fera en revanche un plaisir de reprendre en l’amplifiant l’auto-critique française. Par ailleurs, comme en Algérie, nombre de journalistes connaissent les geôles du régime ce qui permet de museler d’éventuels avis divergents.

En notre époque faîte de slogans et de révisionnisme, où l’intelligence et la modération sont réduites à néant, les déclarations turques font mouche dans les pays émergents d’autant plus qu’elles sont accompagnées de rodomontades militaires en Méditerranée orientale. Voilà déjà longtemps que la Turquie politique s’est révélée telle qu’elle est. Le paradoxe est que malgré ce rejet de l’Occident par le pouvoir d’Ankara, la population turque cherche à venir s’y installer ou, à tout le moins, pouvoir y voyager librement, sans parler de la présence de la Turquie comme Etat membre de l’alliance militaire atlantique OTAN où elle est censée participer à la défense des autres pays membres… qu’elle attaque dans le discours quand ce n’est pas sur les terrains de bataille en Syrie et en Libye.

Ainsi vont les relations internationales en ces temps d’émergence (ou de réémergence) de nouvelles puissances dont les méthodes sont d’un genre disruptif. Il ne sert pas à grand-chose de s’en offusquer et il faut faire avec. Peut-être serait-il plus efficace de laisser la tribune médiatique à la Turquie et à son président mais d’agir de façon discrète et ciblée, sans grandes déclarations ni messages Twitter, pour défendre les intérêts nationaux de la France ?

Lire aussi : « Les nouveaux garde-frontières délocalisés« 

Le Liban a-t-il vraiment besoin d’un Macron en goguette ?

Le Liban est un pays en faillite financière depuis quelques mois, en déliquescence politique depuis des décennies, en guerre chaude contre Israël de temps à autres, en guerre froide en permanence, en guerre civile régulièrement, occupé par des forces étrangères (palestiniennes, syriennes, israéliennes, Nations-Unies …) durant de longues et récurrentes périodes, tiraillé entre les idéologies religieuses, bref, le Liban est un pays en situation difficile de façon structurelle.

Et voici qu’un incroyable accident s’est produit au port de Beyrouth ce 4 août : l’explosion de près de trois mille tonnes de produits chimiques dévastant la moitié de la ville. On ne sait pas bien ce qui a déclenché l’explosion, de mauvaises conditions de stockage ou une intervention extérieure, voire terroriste.

La France qui se croit toujours plus ou moins protectrice de cet Etat, à la création duquel elle participa dans des conditions troubles, envoie son président de la République sur place dès le 6 août. Il se promène en chemise blanche dans les rues de Beyrouth, monopolise le président libanais, conférence devant la presse, lâche quelques incongruités diplomatiques et rentre chez lui en fin de journée. Comme si le Liban n’avait rien de mieux à faire en ces circonstances que de recevoir une délégation française de haut niveau. A quoi peut donc servir un Emmanuel Macron un 6 août à Beyrouth ?

L’ironie de l’histoire réside aussi dans la leçon de gouvernance infligée par Macron à son alter égo libanais, le Général Aoun, chrétien de 85 ans, passé par les milices, la sécession, les alliances hasardeuses et… l’exil en France durant quinze ans après avoir été exfiltré de l’ambassade de France où il s’était réfugié, ce qui lui a probablement sauvé la vie ! Ce qui ne l’empêche pas de refuser la proposition française d’une enquête internationale sur les causes de l’explosion. Cerise sur le gâteau, alors qu’il déambule dans la ville des habitants implorent l’aide de la France pour « se débarrasser de cette classe politique », et même le retour de Paris comme puissance mandataire, le président Macron répond :

 « Le Liban est un peuple souverain, ce n’est pas à moi de le faire, c’est à vous.

Cela manque pour le moins de diplomatie et, totalement, de réalisme politique. Paris a également expliqué que l’aide sera distribuée directement à la population pour contourner la corruption endémique. Là encore il s’agit d’un vœu pieux puisqu’il est techniquement impossible pour un donateur étranger d’accéder à chaque citoyen du pays aidé. A défaut de passer par l’Etat, il faudra évidemment utiliser d’autres intermédiaires, sans doute des organisations non gouvernementales elles-aussi soumises à la corruption car ce phénomène ne peut fonctionner que globalement : les gros sont grassement corrompus, les moyens sont moyennement corrompus et les petits sont petitement corrompus. C’est ainsi, la corruption est aussi un système de redistribution mais, à la différence de l’impôt, il est organisé informellement en dehors de la Loi.

Dans cet « Orient compliqué », le mieux à faire pour la France est d’aider matériellement ce pays mais surtout ne pas se mêler de sa gouvernance car il n’y a que des coups à prendre et aucun espoir de réussir à faire évoluer les choses. Il faut laisser les libanais et les puissances régionales réformer la gestion de ce pays fracturé, s’ils l’estiment nécessaire. Peut-être le président français est-il confronté à suffisamment de dossiers nationaux urgents pour ne pas aller se mêler de ce qui ne le regarde pas dans les affaires des autres pays, fussent-ils proches de Paris (ce qui d’ailleurs reste encore prouver dans le cas du Liban) ?

Les nouveaux garde-frontières délocalisés

De nombreux candidats réfugiés tentent actuellement la traversée de la Manche entre France et Royaume-Uni pour pénétrer illégalement dans ce dernier pays. Londres accuse Paris de ne point en faire assez pour bloquer ces départs (voire de les favoriser) qui se traduisent par de l’immigration illégale sur son territoire. Evidement c’est toujours mieux pour Londres de laisser ces personnes en France, d’autant plus que l’accord dit « du Touquet » signé en 2003 convient que les contrôles douaniers pour passer du pays A vers le pays B se pratiquent sur le territoire de B par des douaniers de A, et vice-versa. Pour les demandeurs d’asile en Grande-Bretagne, si la demande est formulée avant le départ du navire c’est à la France de traiter la demande, si elle est faite après c’est le Royaume-Uni qui s’en charge et… qui renvoie le candidat en France si sa demande est rejetée ! Il n’est rien prévu de particulier pour les illégaux qui s’embarquent sur des bateaux de fortune. Londres participe au financement des frais engagés par la France pour assurer tous ces contrôles.

Comme il y a beaucoup plus de réfugiés qui veulent se rendre de France vers l’Angleterre que l’inverse, Paris se retrouve avec un nombre important de réfugiés bloqués sur son territoire car ils ne peuvent pas être autorisés à prendre un bateau depuis la France puisqu’ils ne peuvent pas rentrer légalement dans le territoire de leurs rêves.

Cela ne vous rappelle rien ? C’est grosso-modo le même modèle d’accord qui existe entre la Turquie et l’Union européenne (UE) : cette dernière paye Ankara pour que des réfugiés candidats à l’entrée dans l’UE soient maintenus en Turquie et empêchés de franchir illégalement la Méditerranée où ils aboutissent naturellement d’abord en Grèce et en Italie. La France est « bénéficiaire » de l’accord en cours avec la Turquie en ce qu’il bloque dans ce pays des candidats réfugiés dont certains seraient sans doute intéressés par s’installer en France, mais elle est en revanche « contributrice » à l’accord avec Londres puisque celui-ci aboutit à bloquer en France des réfugiés qui cherchent à se rendre au Royaume-Uni… En gros, Paris est le turc de Londres.

Les deux accords affichent le même réalisme (teinté d’une touche de cynisme) à vouloir régenter des flux de réfugiés. Ils sont pour le moment relativement efficaces pour les pays « bénéficiaires » c’est-à-dire les pays de destination et reportent sur les pays « contributeurs » la charge d’accueil et de maintien des réfugiés. L’accord « du Touquet » présente l’avantage d’avoir été signé entre pays « bien élevés et de bonne compagnie » à la différence de celui impliquant la Turquie, pays qui vocifère, menace, ne respecte pas grand-chose et met ses menaces à exécution, au besoin en transportant officiellement les candidats réfugiés vers la frontière gréco-turque en leur faisant croire que le passage est libre[1]. S’il est sans doute possible de transiger avec le Royaume-Uni pour rééquilibrer l’accord « du Touquet », c’est mission impossible avec la Turquie qui continue à utiliser les flux de réfugiés, par ailleurs accueillis sur son sol, comme arme de dissuasion massive pour faire trembler les pays européens qu’elle n’aime pas beaucoup…

Migrations et frontières : c’est la combinaison garantissant le niveau maximum de problèmes dans notre monde d’aujourd’hui (et peut-être aussi déjà dans celui d’hier). La Turquie joue adroitement avec ces deux leviers pour jeter le trouble dans les pays chrétiens d’Europe occidentale qui, par ailleurs, accueillent une forte diaspora de citoyens… turcs (ou d’origine turque) sur leurs territoires, notamment en Allemagne et en France, et à qui les nationalités allemandes et françaises ont été délivrées ou obtenues par le droit du sol ou le droit du sang en vigueur dans nos pays. Ce n’est pas là le moindre des paradoxes d’une situation inextricable qui en compte bien d’autres. Nous en sommes là !


[1] On se souvient que à l’apogée de la crise des migrants en 2015-2016, des vieux cargos rouillés chargés de réfugiés étaient lancés sur les côtes françaises et italiennes après que leurs équipages aient pris la fuite sur les embarcations de secours. Une courte enquête permit d’identifier les ports turcs de départ de ces navires en perdition. Il semble que quelques photos satellites aient été transmises à Ankara par les autorités françaises et ces flux se sont taris assez rapidement.

Des sanctions contre Hongkong sans efficacité

Alors que l’application des lois et règlements chinois au territoire de Hongkong se poursuit à marche forcée, les Etats-Unis décident de sanctions financières à l’encontre de onze dirigeants hongkongais pro-Pékin. Il s’agit principalement du gel de leurs avoirs sur le territoire américain. On peut imaginer sans peine que ces responsables ont liquidé depuis longtemps les éventuels avoirs qu’ils ont pu avoir aux Etats-Unis, s’ils n’en n’ont jamais eu !

Compte tenu de la dégradation des relations entre Pékin et Washington ces dernières années, si des dirigeants chinois (de Chine continentale ou de Hongkong) détiennent des avoirs chez l’ennemi américain c’est qu’ils sont, soit complètement stupides, soit addicts aux risques majeurs.

Le plus probable est que ce gel ne portera sur rien du tout puisque qu’il n’y aura aucun avoir à geler. Il permettra en revanche la diffusion de tweets vengeurs montrant aux électeurs que leur gouvernement agit avec force. La « mise au pas » de Hongkong par la Chine était prévisible et attendue. Les accords de rétrocession de la colonie britannique à la Chine continentale prévoyaient que le régime spécifique démocratique devait subsister jusqu’en 2047. Pékin, sûre de sa puissance, prend 25 ans d’avance sur la feuille de route et une échéance qui était écrite.

Reconstitution de ligue dissoute

La Turquie, toujours à la recherche de sa gloire passée, vient de redonner à la basilique Saint-Sophie son statut de mosquée, provoquant ainsi l’émotion recherchée chez les pays chrétiens. Ce monument fut construit à partir du IVème siècle pour être la basilique chrétienne de Constantinople. Après moulte agrandissements et embellissements, elle devint même le siège du patriarche de Constantinople (le chef de l’église orthodoxe). Après la conquête musulmane elle devint mosquée au XVème siècle, ce qui lui évita au passage les affres du pillage et de la destruction par les ottomans.

Après la défaite de l’empire ottoman lors de la guerre de 1914-1918, la nouvelle République Turque « laïque » dirigée par Mustafa Kemal Atatürk décide d’offrir le monument à l’Humanité et de les transformer en musée, ce qui est fait en 1934.

C’est sur ce statut que le parti religieux élu, gouvernant actuellement la Turquie, a décidé de revenir. Une première prière musulmane s’y est déroulée ce vendredi avec le ban et l’arrière-ban du pouvoir turc, et, bien entendu, devant les flashs des médias. Les réactions dispensables du « monde chrétien » n’ont pas tardé ce qui a dû réjouir les décideurs turcs puisque c’était l’un des objectifs recherchés : titiller l’Occident qui sous-estime la capacité de nuisance turque. Les autorités ont néanmoins déclaré que le monument resterait ouvert à la visite en dehors des heures de prière. Le mieux serait sans doute de traiter cet évènement par l’indifférence tant personne ne va entrer en guerre pour défendre l’héritage chrétien de Sainte-Sophie.

Le problème n’est pas tant que la Turquie dispose comme elle l’entend du patrimoine religieux existant dans les limites de ses frontières reconnues internationalement, non, le problème est plutôt que la Turquie construise des mosquées dans le monde chrétien et y finance des immams pour diffuser leur propagande religieuse à l’attention des citoyens turcs, ou d’origine turque, voire au-delà, résidant dans ces pays d‘accueil, sans que ces derniers n’arrivent à s’opposer véritablement à cette nouvelle conquête, contraints par leurs principes démocratiques et leurs valeurs humanistes. La Turquie religieuse contemporaine a chaussé les bottes de l’Empire ottoman pour reconquérir sa gloire d’antan, par les armes en Syrie et en Libye, par la religion et l’immigration, pour le moment, en Occident.

Pour ceux qui ont eu l’occasion de visiter les splendeurs d’Istanbul, Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue restent des souvenirs inoubliables. Ce sont des dômes gigantesques cernés de minarets. L’impression de volume infini est encore plus sensible une fois rentré à l’intérieur. Sainte-Sophie offre un incroyable amoncellement de symboles chrétiens et musulmans, les uns parfois collés sur les autres, marquant la succession de croyances qui ont alterné dans l’inspiration de cet édifice ; la mosquée Bleue est un éblouissement de mosaïques sur les bords du Bosphore. Cette dernière était ouverte à la visite en tant que mosquée, il n’y a pas de raison que Sainte-Sophie ne le reste pas non plus, même retransformée en mosquée.

La Turquie « illumine » la marine française

Des incidents navals opposent régulièrement en Méditerranée des bâtiments de la marine turque à ceux de la flotte de l’OTAN, l’organisation du Traité de l’Atlantique Nord dont fait aussi partie la Turquie… Le dernier en date s’est déroulé fin mai alors qu’un navire français participant à l’opération de sûreté maritime Sea Guardian assurant une veille sur toute activité pouvant représenter une menace ou un soutien au terrorisme international, voulut contrôler un cargo supposé transporter du matériel militaire de Turquie vers la partie de la Libye gouvernée depuis Tripoli par le gouvernement reconnu par la communauté internationale et fermement soutenu par Ankara. La Libye étant sous embargo concernant les armes, l’intervention de l’OTAN vise à faire respecter celui-ci. Elle a tourné court car le cargo était escorté par des navires militaires turcs qui ont menacé de tirer sur la frégate française en « l’illuminant » de ses radars de tir, ultime étape avant le déclenchement d’un tir.

En résumé un pays membre de l’OTAN, protégeant un probable trafic d’armes vers un pays sous embargo, a menacé un second pays membre de l’OTAN. Ambiance… En réalité, la Turquie conteste cet embargo arguant que la Russie qui soutient la rébellion libyenne alimente celle-ci en armes par la voie aérienne et que personne ne la contrôle. C’est un fait, et la France qui avait tout de même envisagé de vendre des centrales nucléaires et des avions de combat à la Libye de Kadhafi, avant de déclencher en 2011 l’intervention militaire qui a déposé celui-ci, n’est probablement pas la mieux placée pour donner des leçons de droit international à la Russie ou à la Turquie…

Le véritable enjeu réside plutôt au niveau de l’Alliance atlantique qui fait face à de véritables questions existentielles dans un monde post-guerre froide et qui affronte une véritable sécession en son propre sein avec un pays en quête de rétablissement de sa puissance au détriment des autres, ne facilitant pas la réflexion en cours sur l’avenir de cette alliance. La Turquie fait feu (si l’on ose dire) de tous bois et ne perd pas son temps dans d’interminables états d’âme. Elle n’hésite pas à employer la brutalité ou la menace à l’encontre de ses « amis » lorsque cela sert ce qu’elle croit être ses intérêts. Après tout, elle posa sa candidature pour entrer dans l’Union européenne alors qu’elle occupe illégalement une partie de Chypre, Etat-membre de l’UE, depuis 1974. Le jeu consiste pour Ankara à faire peur avec culot pour obtenir ce qu’elle veut. Après-tout, quel pays occidental est prêt à déclencher une guerre pour empêcher la Turquie (ou la Russie) de livrer des armes à une Libye en pleine déconfiture (qui plus est, du fait d’une intervention militaire occidentale de 2011) ? Sans doute aucun ! En tout cas la frégate française n’a pas ouvert le feu sur son « partenaire » turc comme le veut la procédure lorsque le navire « ennemi » allume ses radars de tir contre un autre bateau.

Le sujet est de savoir s’il y a moins d’inconvénients à garder la Turquie dans l’OTAN que de l’en sortir, dans l’hypothèse optimiste où tous les autres membres seraient unanimement d’accord pour montrer la porte de sortie à cette nation religieuse turbulente. Pour le savoir, il faudrait tenter l’expérience… Comme une famille ou une assemblée de copropriétaires, une union stratégique fonctionne harmonieusement lorsque ses acteurs sont bien élevés et de bonne compagnie. La Turquie ne rentre plus dans cette catégorie depuis longtemps et le reste de la famille supporte pour le moment les gesticulations de ce gamin de mauvaise compagnie.

La Chine s’amuse

En période de pandémie planétaire, le Café du commerce international est en pleine activité. Ce fameux coronavirus est parti, a priori, de la ville de Wuhan en Chine. Le président américain l’a donc requalifié de « virus chinois » ce qui a tendance à légèrement énerver les dirigeants de Pékin. Comme certains autres Etats occidentaux en profitent également pour émettre des doutes sur la gestion de cette maladie par la Chine : aurait-elle déclaré ou pas tous les morts ? Le virus ne se serait-il pas échappé par accident d’un de ses laboratoires ? Et patati et patata. Bref, « des gouvernants de rencontre ont pu capituler, cédant à la beaufitude, oubliant l’intelligence, livrant le pays à l’abrutissement[1] ».

La Chine se défend avec la subtilité d’un nunuche de 8 ans dans une cour d’école primaire, un porte-parole du ministre des affaires étrangères accuse à son tour les Etats-Unis d’avoir diffusé le virus et les ambassadeurs chinois relaient la petite guéguerre. Un passage sur le site de l’ambassade de Chine permet de s’en persuader :

Certains présomptueux ont affirmé que « tant que le gouvernement garantira son bonheur et sa sécurité, le peuple chinois tolèrera ce régime autoritaire », mais que l’épidémie « met à mal le contrat entre le peuple et le régime ». Quelle ânerie ! La vocation première et la mission originelle des communistes chinois a toujours été la recherche du bonheur pour le peuple, et de la renaissance pour la nation.
C’est un engagement solennel vis-à-vis de la population. Face aux difficultés, le parti communiste chinois s’est toujours tenu aux côtés de son peuple. Jamais il ne l’abandonnera et le peuple chinois lui fait entièrement confiance. Ceux qui tentent de discréditer le PCC et de créer la discorde entre le peuple et le Parti se condamnent à l’échec et à l’humiliation. Pardonnez ma question mais, la vocation des partis de gouvernement en Occident est-elle autre que d’œuvrer pour le bonheur et la sécurité de leurs peuples ?

Chine Magazine 01/03/2020

Or, dans le même temps, en Occident, on a vu des politiciens s’entre-déchirer pour récupérer des voix ; préconiser l’immunisation de groupe, abandonnant ainsi leurs citoyens seuls face à l’hécatombe virale; s’entre-dérober des fournitures médicales ; revendre à des structures privées les équipements achetés avec l’argent public pour s’enrichir personnellement ; on a fait signer aux pensionnaires des maisons de retraite des attestations de « Renonciation aux soins d’urgence »; les personnels soignants des EHPADs (* *)ont abandonné leurs postes du jour au lendemain, ont déserté collectivement, laissant mourir leurs pensionnaires de faim et de maladie ; on a vu le Commandant d’un porte-avions demander à ses supérieurs l’autorisation d’accoster pour permettre à des marins infectés d’être traités à terre. Il a été limogé…, et j’en passe. Et pourtant, je n’ai pas vu beaucoup de reportages ou d’enquêtes approfondies des grands médias occidentaux révélant ces faits. Ces médias et ces experts, tant épris d’objectivité et d’impartialité, ont-ils donc une conscience ? Ont-ils la déontologie ?

Ambassade de Chine 12/04/2020

Le mieux serait que tous ces dirigeants bien payés par leurs contribuables, à l’Ouest comme à l’Est, fassent leur boulot au lieu de parader dans les médias pour savoir qui a « la plus grosse ». La Chine se serait honorée à ne pas répondre à cette querelle de bas étage mais à laisser parler les faits. Outres quelques centaines de milliers de morts, le coronavirus aura fait une nouvelle victime : l’intelligence collective des dirigeants politiques de la planète. Heureusement, les échos reçus du monde scientifique semblent démontrer que la collaboration entre scientifiques mondiaux est bonne et menée sur des bases de transparence et de sens de l’intérêt général, du moins pour ceux d’entre eux qui travaillent dans leurs laboratoires et non sur les plateaux télévisés.


[1] Inspiré par Mongénéral

La Turquie fait revenir « provisoirement » sur son territoire les candidats réfugiés installés à la frontière gréco-turque

La Turquie qui avait facilité l’arrivée de candidats réfugiés à sa frontière avec la Grèce afin de faire pression sur l’Europe et l’OTAN qu’elle estime trop frileux dans leur soutien à ses actions militaires en Syrie, fait machine arrière à cause de l’épidémie de coronavirus. Elle a ainsi « rapatrié » les 5 à 10 mille réfugiés vers leurs camps de rétention à l’intérieur de son territoire en précisant bien que cette décision est provisoire et qu’une fois la pandémie achevée ces réfugiés seront de nouveau encouragés à essayer de passer en Europe.

Face à cette tactique turque, la Grèce soutenue par l’Europe avait refusé d’ouvrir ses frontières et finalement peu de réfugiés avaient pu les forcer, si ce n’est en passant par la mer. Comme elle l’a déjà annoncé, ne doutons pas que la Turquie va réitérer sa démarche dès que la situation sanitaire le permettra. L’Europe est soumise au chantage de soutenir, au besoin militairement, Ankara dans sa politique d’occupation du nord de la Syrie, ou alors de subir l’assaut des masses de réfugiés cherchant à migrer dans un pays européen. Cruel dilemme car la justification officielle avancée par Ankara de son invasion du nord de la Syrie est de pouvoir y réinstaller… les réfugiés syriens actuellement accueillis en Turquie tout en les protégeant de la répression du régime soutenu par la Russie, ce qui n’est pas en soi complètement illégitime, mais le devient tout de suite un peu plus lorsque l’on sait que cette occupation militaire a également comme but d’anéantir les forces kurdes syriennes, obsession d’Ankara depuis des années.

Ne faudrait-il pas imaginer une sorte d’accord multilatéral qui pourrait mettre cette zone sous protection internationale pour y réimplanter les réfugiés syriens avec un financement conséquent ? C’est évidemment un doux rêve qui nécessiterait l’accord du régime syrien (et de son allié russe) pour une perte de souveraineté sur une partie de son territoire. Il faudrait également que les 3 ou 4 millions de réfugiés syriens en Turquie, ou au moins une partie d’entre eux, acceptent de revenir « volontairement » en Syrie alors qu’ils se sentent sans doute plus en sécurité en Turquie. Les pays occidentaux ne manifestent pas non plus un grand enthousiasme à l’idée de mettre en place une UNRWA bis, cette organisation des Nations unies créée en 1949 pour s’occuper des réfugiés palestiniens chassés de leur terre lors de la création de l’Etat d’Israël et à la suite de la guerre de 1948. 70 ans plus tard l’organisation en est toujours à maintenir des camps de réfugiés dans tout le Proche-Orient dont les effectifs se sont multipliés car elle attribue également le statut de « réfugié palestinien » aux descendants des palestiniens expropriés en 1948.

La responsabilité originelle de tout ce désastre est tout de même essentiellement syrienne. On se souvient d’une relative vague d’optimisme qui avait saisi l’Occident, et sans doute aussi nombre de syriens, lorsque le président Bachar El Assad venait faire ses courses à Paris en se laissant prendre en photo avec son épouse sur le perron de l’Elysée avec le président de la République française. On parlait alors de modernité et d’espoir pour ce pays sur lequel la France avait exercé un mandat délivré par la Société des nations (SDN) entre les deux guerres mondiales. C’était en 2010, une éternité… Depuis la Syrie est revenue à ses démons, un inextricable patchwork de religions, de clans, d’intérêt et de sauvagerie.

La Syrie et le virus

Le ministre de la santé syrien a déclaré :

L’armée syrienne a nettoyé la Syrie de nombreux germes, il n’y a pas de cas de coronavirus pour l’instant.

Officiellement le coronavirus ne touche pas le pays ce qui laisse nombre d’observateurs sceptiques compte tenu de nombreux iraniens présents sur le territoire, l’Iran étant un foyer important de diffusion de la maladie au proche et moyen Orient. L’avenir devrait dire assez vite ce qu’il en est en Syrie. En attendant les autorités ont quand même pris des mesures contre l’épidémie comme le report d’élections et la fermeture d’écoles ou d’universités.

Un accord de papier

Les Etats-Unis d’Amérique ont signé un accord avec les religieux sunnites talibans, mouvement terroriste rebelle afghan qui met ce pays à feu et à sang depuis des décennies après l’avoir gouverné quelques années à partir 1996 à l’issue d’une guerre civile brutale qu’ils ont emportée. Ils installent alors la loi islamique pure et dure et se rendent notamment célèbres par la destruction au canon des Bouddhas géants de Bâmiyân qui présentaient l’immense défaut d’être « préislamiques ». L’existence des femmes est réduite à leur interprétation du Coran, c’est-à-dire à rien. La musique est interdite, le police religieuse veille dans les rues, des bandes de chefs de guerre règnent sur le pays, règlent leurs comptes sauvagement, cultivent le pavot, prient, coopèrent avec leurs alter-egos pakistanais de l’autre côté de leur frontière Est et accueillent le saoudien Ben Laden qui y fomentera l’attentat du World Trade Center à New York en septembre 2001. Une troupe internationale se met alors en route sous la bannière américaine, elle y est encore… Le gouvernement taliban est déposé en quelques mois et depuis 2001, les talibans passés au maquis bataillent contre l’envahisseur, et le gouvernement local qu’ils estiment asservi à Washington, avec un certain succès et sans doute le soutien d’une bonne partie de la population, sûrs de leur bon droit, après tout ils sont chez eux, et certains que les troupes étrangères se retireront un jour… C’est ce qui en train de se passer près de 20 ans plus tard !

L’accord formalise en réalité la défaite occidentale dans un pays auquel personne en Occident ne comprend grand-chose et qu’il vaut bien mieux laisser s’occuper seul de ses affaires dans ses montagnes. Toutes les tentatives d’intervention ont échoué sur le long terme, qu’elles soient militaires, humanitaires ou politiques. Il semblerait que la négociation qui s’achève entre le gouvernement américain et le mouvement religieux permette le retrait des dernières troupes occidentales du pays sans trop de déshonneur pour la partie américaine. Sans doute personne ne croît une seconde aux engagements pris par les talibans, notamment celui qui consisterait à empêcher la réinstallation de groupes terroristes sur le territoire afghan. Compromettre avec des talibans pour empêcher le retour du terrorisme relève au mieux de la faux-jettonerie, au pire d’un incompréhensible machiavélisme. Mais qu’importe, après tout, les accords de Paris de 1973 qui ont permis le retrait des troupes américaines du Vietnam ont été immédiatement violés par le Vietnam du Nord qui s’est empressé d’unifier tout le pays sous la bannière communiste avant même que l’encre qui avait servi à signer ces accords ne soit sèche ! Idem pour ceux d’Evian qui permirent à la France de rapatrier ses troupes d’Algérie en 1962. L’essentiel pour les pays extérieurs intervenant dans un pays tiers est de pouvoir se sortir du bourbier, mais le mieux aurait été de ne pas s’y mettre.

Dans le cas de l’Afghanistan il paraissait logique que les Etats-Unis et les troupes de l’OTAN réagissent après l’incroyable attaque religieuse contre New-York en 2001 mais sans doute aurait-il été préférable de s’en retourner chez soi quelques mois après avoir renversé le gouvernement des talibans, cela aurait épargné nombre de victimes et encore plus de milliards de dollars aux contribuables occidentaux, pour un résultat globalement identique puisque les talibans vont revenir au pouvoir et, sans doute, déconstruire tout ce que les occidentaux ont cru ériger pour « le bien » de ces pays. L’Afghanistan illustre jusqu’à l’absurde la prétention de ces interventions extérieures dont bien peu réussissent.

En Algérie les français ont voulu importer en plus de la colonisation, l’éducation, la santé et autres « droits de l’homme » qualifiés d’universels. Les américains ont fait de même au Vietnam et les troupes de l’OTAN développaient également un volet civil de leur occupation de l’Afghanistan, cherchant à associer développement économique ou enseignement à la soi-disant sécurité instaurée par les armées de l’OTAN. Tout ceci a échoué car imposé de l’extérieur.

L’Histoire se répète avec constance. La prochaine étape sera celle du retrait des troupes françaises du Sahel qui arrivera immanquablement car il faudra bien se sortir de ce nouveau bourbier. Des terroristes religieux locaux qui harcèlent tout ce qu’ils peuvent, des pouvoirs locaux qui ne gouvernent qu’eux-mêmes, une corruption érigée en mode de fonctionnement, des populations locales qui rejettent rapidement les troupes étrangères voire collaborent avec les terroristes, des règlements de comptes entre clans locaux…, bref, tout est présent au Sahel pour renouveler ce qui s’est passé au Vietnam, en Algérie, en Irak… La sortie sera certainement douloureuse, pour l’honneur de la République française et les sous de ses contribuables !

Au Mali en 2012 peut-être aurait-il été possible d’appliquer la théorie de « cassage de gueule » qui n’a pas été employée en Afghanistan : les armées occidentales vont sur place, traitent le problème puis retournent chez elles sans chercher d’autres résultats, quitte à revenir plus tard si le « problème » menace de nouveau les intérêts occidentaux.

On se souviendra de l’intervention militaire britannique au Sierre-Leone en 2000 pour appliquer les accords de Lomé censés mettre fin à une guerre civile d’un niveau de barbarie très intense : enfants soldats en grand nombre, massacres innommables à la machette (les rebelles pour se venger coupaient les bras des loyalistes au-dessous du coude [mutilation qualifiée de « manches longues »] ou au-dessus [« manches courtes »]), armée loyaliste incompétente, trafics de diamants, prises d’otages, etc. Les britanniques appuyèrent la force de l’ONU et se frottèrent directement aux rebelles qu’ils empêchèrent ainsi de prendre la capitale Freetown. Quelques soldats britanniques restèrent sur place pour « former » l’armée nationale mais globalement tout fut réglé en trois mois. Depuis, la Sierra-Leone est revenue à des dérives et n’est pas sortie de son sous-développement mais ce pays s’occupe de ses affaires sans intervention militaire extérieure.

Dans un autre genre l’intervention militaire de l’OTAN dans les Balkans en 1995 a permis de pousser la Serbie à ralentir les massacres qu’elle effectuait ou couvrait aux limites de l’Europe et à négocier avec les autres pays issus de l’ex-Yougoslavie, puis les forces occidentales sont rentrées chez elles. Depuis il se passe ce qu’il doit se passer mais au moins est-ce de la responsabilité unique de ces pays, sans plus d’occupation étrangère. A méditer !

La Syrie reconnaît le génocide turc des arméniens

Afin de bien savonner la planche d’éventuelles négociations sur la stabilisation du conflit en Syrie, le parlement de Damas vient de reconnaître le génocide arménien pratiqué par la Turquie au début du XXème siècle. Ladite Turquie occupant militairement actuellement une partie de territoire syrien c’est la « réponse du berger à la bergère » pour titiller un peu plus l’orgueil national de la partie adverse.

La Syrie qui accuse un autre Etat de génocide c’est un peu « l’hôpital qui se moque de la charité » mais plus c’est gros plus ça passe. Turquie et Syrie sont en guerre quasi-chaude depuis quelques semaines et la réaction la plus censée d’Ankara aurait dû être de ne pas même réagir à cette provocation certainement inspirée par le satrape de Damas. Bien entendu ce ne fut pas le cas et les dirigeants turcs vocifèrent depuis sur leurs ondes nationales. Au moins peut-on espérer que lorsque ces dirigeants autoritaires s’affrontent par l’intermédiaire de leurs parlements et leurs télévisions, ils passent moins de temps derrière leurs canons.

L’aide turque aux réfugiés

Quelques milliers de réfugiés en Turquie sont « aimablement » véhiculés par les autorités turques vers les frontières européennes de la Grèce et de la Bulgarie. Il paraîtrait même qu’on leur distribue des cartes pour les guider et que des haut-parleurs les informent dans leurs langues natales que les frontières européennes leur sont ouvertes. Ils sont donc un peu surpris lors qu’ils sont accueillis auxdites frontières par des gaz lacrymogènes des forces de sécurité grecques et bulgares. D’autres migrants ont repris la mer depuis la Turquie vers les iles helléniques. Pour le moment il semble que la majorité de ces migrants soient iraniens ou afghans, mais peu syriens.

Cela n’est pas sans rappeler l’implication turque plus ou moins officielle au début de la crise migratoire en 2011/12 lorsque des cargos rouillés et délabrés remplis de candidats réfugiés étaient lancés sans pilote sur les côtes européennes, leurs équipages les ayant abandonnés avant de quitter les eaux internationales en fuyant dans des canots de sauvetage. « L’affrètement » de tels navires passait beaucoup moins inaperçu que des dinghies en caoutchouc de passeurs de circonstance, des photos satellites avaient montré clairement que ces navires sortaient de ports turcs et avaient été communiquées à Ankara qui avait fait ce qu’il fallait pour mettre fin à ce « mode de transport ». Contrairement à ce qui se passait en 2011, la Turquie revendique aujourd’hui haut et fort son action de pousser les migrants hors de son territoire vers ceux des pays membres de l’Union européenne mais n’a pas remis en service ses poubelles des mers.

L’objectif turque est de pousser l’Europe à soutenir la Turquie afin d’imposer son occupation illégale du nord de la Syrie. Pas sûr que ce ne soit la bonne méthode. En revanche elle est très efficace pour éloigner encore un peu plus la Turquie de l’Europe. Chacun se bat avec les moyens dont il dispose et le seul pouvoir qui ne dévie pas de sa route est le clan Assad en Syrie, soutenu par la Russie, qui veut achever la reconquête de son territoire, serait-ce au prix de l’émigration de millions de ses concitoyens et des 400 mille morts déjà répertoriés depuis le début de cette guerre civile en 2011. Le mal est parti de la et continue à prospérer. L’agitation inquiète de la Turquie n’en est qu’un dommage collatéral.

La Turquie utilise à plein sa capacité de nuisance pour asseoir une occupation illégale de la Syrie

La Turquie accentue le trouble qu’elle sème au Proche-Orient et, par conséquence, en Europe. Ce pays occupe militairement la bande syrienne nord frontalière et se confronte désormais directement à la volonté du régime syrien de reprendre le contrôle de l’ensemble de son territoire. Les armes parlent depuis quelques jours et il y a des morts dans les armées des deux côtés. Evidemment la religion n’est jamais bien loin : les turcs sunnites, plutôt proches de la confrérie des Frères musulmans, sont opposés aux syriens alaouites, une branche de l’islam plutôt proche du chiisme d’où le soutien des iraniens et du Hezbollah libanais à Damas, qui plus est, sérieusement appuyée par l’armée russe.

Alors évidement Ankara se retrouve un peu esseulée et appelle au « soutien » de l’Europe dans son combat, sous menace de renvoyer les deux à trois millions de réfugiés syriens présents sur son territoire vers les pays européens. On ne sait pas bien le type de « soutien » attendu par la Turquie. Veut-elle que les armées européennes, ou l’OTAN, viennent combattre le régime syrien pour « légaliser » l’occupation illégale du nord de la Syrie par l’armée turque et ses séides syriens ? C’est peu réaliste ce qui n’a sans doute pas échappé à Ankara. Veut-elle plus simplement que l’Europe fasse pression sur la Syrie et son allié russe pour que les combats syro-turques se terminent ? Quand on sait que la capacité d’influence du reste du monde sur ces deux pays est quasi-inexistante comme l’ont montré de nombreux exemples, on ne voit pas bien où cela peut mener. La Turquie veut-elle plus de sous de l’Europe, plus d’armes ? Sans doute.

Hélas, les vociférations du président turques contre à peu près tous les pays européens ont légèrement découragé leurs dirigeants respectifs. Le président Erdogan a successivement accusé les allemands de « pratiques nazis », puis son homologue Macron d’être en état de « mort cérébrale », qualificatif que celui-ci avait employé à l’encontre de l’alliance atlantique OTAN dont fait partie la Turquie, ambiance… Et l’on ne parle même pas des envolées lyriques d’Erdogan qui recommande un vote aux allemands d’origine turque pour les élections allemandes ou qui suggère à ceux-ci de faire beaucoup d’enfants pour « occuper l’Europe »[1]. Comme par ailleurs la Turquie occupe illégalement Chypre depuis 1974, membre de l’Union européenne, on comprend que ce pays ne déclenche pas une empathie généralisée dans les capitales européennes, c’est le moins que l’on puisse dire…

Mais ce président colérique est là, la Turquie aussi, les communautés d’origine turque sont très présentes et influentes en Europe de l’ouest (spécialement en Allemagne) alors il faut bien faire avec et les capitales européennes essayent de se dépatouiller de cette inextricable situation. Pour bien marquer sa forte capacité de nuisance, la Turquie a dirigé depuis deux jours des réfugiés européens vers les frontières grecques terrestres et maritimes. Le cynisme de cette action n’a d’égal que sa perniciosité, mais elle a des chances de fonctionner.

Dans le même temps la Turquie a demandé aux Etats-Unis la livraison de missiles anti-aériens comme elle avait demandé et obtenu la même chose de la Russie au grand dam des occidentaux, consternés par ce double langage d’un allié de moins en moins fiable.

Jusqu’ici la Turquie agace considérablement, se trouve plutôt isolée, mais obtient plus ou moins ce qu’elle veut, c’est-à-dire assez peu de réactions à ses déclarations et ses actions va-t-en-guerre. Moscou et Damas doivent plutôt sourire en coin de voir le régime d’Ankara réussir à affaiblir l’Occident à coups de vociférations plus ou moins religieuses… mais depuis quelques jours l’affrontement militaire est direct. La tentation (pourtant forte) de les laisser se débrouiller entre eux n’est pas une option tant ses implications risqueraient d’être négatives pour les pays européens. Le sujet va être très très chauds pour les semaines à venir.

Au moins une certitude, l’option de faire adhérer la Turquie à l’Union européenne n’est plus sur la table pour au moins les 50 prochaines années, c’est déjà ça.


[1] On a même vu des dirigeants turcs tenir des meetings électoraux en Allemagne et en France avant des élections en Turquie pour « motiver » leurs électeurs locaux. On n’ose pas même imaginer la réaction turque si des pays européens envisageaient des actions réciproques sur le territoire turc…

« Vietnam » de Ken Burns et Lynn Novick

Un vaste documentaire sur la guerre du Vietnam, depuis la défaite française jusqu’à la piteuse fuite de Saïgon par les américains en 1975 : 3 DVDs, 9 épisodes, 8h30 heures de film (18 heures dans sa version pour la marché américain), dix années pour sa réalisation et finalement une passionnante plongée dans cet épisode tragique de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique, du Vietnam et de quelques pays alentour. Cette guerre ayant été très librement ouverte à la presse, au moins du côté occidental, il existe une masse impressionnante de documents de tous ordres et, du côté Vietnam communiste, beaucoup d’informations plus ou moins officielles auxquelles les réalisateurs ont eu accès. Mais surtout, il subsiste encore beaucoup de témoins des deux bords et ce sont leurs interviews qui rendent ce documentaire aussi intéressant : civils, militaires et politiques, vietnamiens (du nord et du sud) et américains, prennent longuement la parole pour partager leurs petites histoires comme leur participation à la grande Histoire.

Les fameux enregistrements du bureau ovale de la Maison-Blanche ayant été dévoilés à l’occasion de l’affaire du Watergate, on entend d’incroyables conversations téléphoniques entre MM. Nixon (président) et Kissinger (secrétaire d’Etat) sur « l’évolution » de cette guerre, des négociations entre les parties pour y mettre fin et de l’influence de tout ceci sur… la réélection de Nixon en 1972.

Les réalisateurs étant américains, ils rentrent dans le détail du mouvement anti-guerre qui s’est développé dans leur pays à partir de 1966 et jusqu’aux accords de 1973, sur les illusions entretenues de « l’endiguement du communisme » en Asie qui justifiaient cette guerre étrangère et sur les désillusions de gamins de 20 ans envoyés mourir dans les rizières vietnamiennes.

La publication en 1971 par le New York Times des « Pentagone papers » écrits en 1967 (7 000 pages) par des militaires et experts politiques à la demande du ministre de la défense (Robert Mc Namara), permet de revenir sur les premiers grands mensonges d’Etat dans ce pays. On y redécouvre que dès le mitan des années 60’ la hiérarchie politico-militaire savait que les Viêt-Cong pouvaient gagner la guerre, puis par la suite, que les Etats-Unis allait la perdre. Ces analyses n’empêcheront pas de renforcer les effectifs militaires sur place jusqu’à plus de 500 000 hommes.

Au terme de cette guerre interminable qui fit 3 millions de morts côté vietnamien (du nord comme du sud, civils et militaires, 10% de la population), 60 mille côté occidental (des troupes d’Australie, de Nouvelle-Zélande, du Canada, des Philippines, de Thaïlande sont venues épauler les américains, même si elles furent très minoritaires), le Vietnam du sud absorbé par celui du nord pour former la République socialiste du Viêt Nam, il est impossible de savoir si le communisme se serait étendu dans toute l’Asie du Sud-est si elle n’avait pas eu lieu, puisque telle était le but de guerre. Le documentaire aborde rapidement l’effondrement économique de la République socialiste qui suivit la réunification, les camps de rééducation dans lesquels ont été envoyés beaucoup de vietnamiens ex-du sud, la fuite d’un million de citoyens sur les « boat-people », puis, au bout d’une dizaine d’années de logique marxiste, l’ouverture et la libéralisation du pays et, enfin, la visite du président américain  Bill Clinton en 2000, marquant ainsi une relative réconciliation entre les deux peuples qui furent de si féroces ennemis.

On est d’ailleurs frappé par la tranquille neutralité avec laquelle s’expriment les vietnamiens des deux bords pour raconter cette période tragique. Cela illustre une réconciliation avec les Etats-Unis qui semble avoir été plutôt bien menée. Le Vietnam du nord était, et reste toujours, guidé par la certitude de la justesse de son combat, le Vietnam du sud s’est trouvé le jeu de puissances qui le dépassaient et a disparu, les Etats-Unis ressassent leur traumatisme dont les effets durent toujours, voire même sont réactivés avec d’autres guerres interminables menées en Orient, notamment en Afghanistan et en Irak…

La leçon de cette période complexe est difficile à tirer. Ce que les faits nous disent c’est la très grande majorité de ces guerres étrangères menées par des puissances occidentales depuis la deuxième guerre mondiale se sont en général mal terminées pour elles… Celle du Vietnam fut une apothéose à cet égard. Ainsi va la vie du monde.

Ah, dernière chose, la bande originale est coordonnée par Trent Reznor (du groupe Nine Inch Nails) et fait la part belle aux Jimi Hendrix, Bob Dylan, Rolling Stones, Byrds… qui accompagnaient les troupes américaines tout au long des combats.

Les confettis de l’empire religieux

A l’occasion d’une chamaillerie entre les services de sécurité israéliens et leurs alter-egos français qui encadraient une visite du président de la République française dans le vieux Jérusalem-est, on apprend que la France détient quatre territoires abritant des édifices religieux dans cette ville. Ce sont non seulement des bâtiments français mais des territoires de la France, gérés par le consul de France. Le plus souvent ces minuscules parcelles sur un territoire étranger ont été données à ou achetées par Paris au XIXème siècle, la France se sentant sans doute légitime à les détenir comme actrice des lointaines et sauvages croisades menées en ces lieux au nom de Dieu. Les différents traités et accords dans la région n’ont jamais remis en cause cette « souveraineté » française sur ces sites chrétiens, de l’empire ottoman à l’autorité palestinienne en passant par la création d’Israël.

Evidemment, le citoyen-contribuable français se demande s’il est vraiment nécessaire au XXIème siècle que la République entretienne encore des colonies, qui plus est religieuses, dans cette région du monde toujours à feu et à sang ? La raison voudrait que Paris abandonne cette souveraineté et la remette aux autorités locales, ce qui risque d’être complexe compte tenu du statut toujours mouvant de cette ville, mais mérite véritablement d’être mené à bien.

« Pour Sama » de Waad Al-Kateab & Edward Watts

Waad Al-Kateab est une jeune étudiante syrienne installée à Alep pour y suivre des études d’économie après avoir renoncé à une carrière de journaliste, métier trop dangereux dans une dictature. De 2011 à 2016 elle filme d’abord le soulèvement étudiant lors de « la révolution », puis les combats et la reprise de la ville par le régime et ses alliés, russes notamment. Durant la guerre elle publie ses chroniques sur Youtube qui sont suivies dans le monde entier. Réinstallée au Royaume-Uni après la reddition de la ville elle les monte avec le documentariste Edward Watts pour un faire un film qui reçoit différents prix et un accueil enthousiaste de toute la profession.

A travers son quotidien, de plus en plus difficile, elle retranscrit le drame du siège de la ville, vécu de l’intérieur, car après l’enthousiasme de la rébellion étudiante voulant mettre à bas la famille Assad qui tient le pays d’une main de fer depuis 1970, la dure réalité de la guerre civile urbaine lui succède. Waad tombe amoureuse et se marie avec Hamza un médecin qui anime un hôpital dans les quartiers assiégés. C’est surtout depuis cet hôpital que l’on suit les évènements. Ils ont une petite fille, Sama, qui apparaît dans ce chaos ; le film lui est dédié car Waad a voulu lui expliquer pourquoi et pour quels idéaux ses parents sont restés au cœur de la tourmente, au risque de leurs vies. Le scénario alterne entre les images paisibles de Sama souriant dans la chambre qu’elle occupe avec ses parents, le bruit du canon au loin, et les images terribles de blessés qui arrivent en masse à l’hôpital. Jeune maman, Waad insiste sur le sort des enfants civils montrant des moments poignants de gamins morts ou gravement blessés. Le spectateur a souvent le cœur au bord des lèvres et les yeux humides devant une telle boucherie.

Les forces du régime ont pris l’habitude de bombarder les hôpitaux pour décourager la population et la pousser à fuir les quartiers rebelles. Hamza devra réinstaller son hôpital dans un autre endroit après sa destruction. Entre deux opérations chirurgicales il commente lui aussi les évènements via WhatsApp sur les chaînes d’information du monde entier assistant impuissant au siège d’Alep. Progressivement tous les quartiers tombent et, lorsque les chars du régime sont dans la rue du dernier hôpital du dernier quartier non soumis, les forces russes transmettent un message aux derniers assiégés par l’intermédiaire de l’ONU leur proposant la reddition et l’évacuation de la ville par les civils et les milices vers la province d’Idleb[1]. La mort dans l’âme, Waad (qui est de nouveau enceinte), Sama et Hamza évacuent leur quartier en janvier 2017 dans d’interminables convois, sans être interceptés lors des contrôles alors que leurs visages sont déjà très connus pour avoir tenu le monde informé au jour le jour de la bataille d’Alep. Les images de la ville rappellent celles de Stalingrad !

Le film ne fait pas de politique même si sa réalisatrice est clairement dans le camp anti-régime. Il ne parle pas des improbables coalitions montées d’un côté comme de l’autre, des massacres initiés de toutes parts. Il y a tout le Moyen-Orient et la Russie actifs sur le front (la coalition occidentale anti-Etat islamique n’est pas à l’œuvre dans cette ville) : le régime Assad, l’Iran, le Liban, la Turquie, les Emirats arabes, les milices des groupes l’Etat islamique et Al-Qaïda et bien d’autres… Les alliances se font et se défont, tout le monde tire sur tout monde avec des armes plus ou moins sophistiquées, plus ou moins hétéroclites… et les civils trinquent. La ville est détruite à 40%. C’est le propre d’une guerre civile, hélas ! Tout n’est pas sans doute pas fini, il faudra reconstruire, les civils évacués ont juré de revenir un jour, la réconciliation est impossible ; la famille Assad et son armée vont probablement geler la situation à défaut de pouvoir la faire évoluer. La dictature ne peut que refermer le couvercle sur la marmite bouillonnante. La démocratie est un leurre pour le moment. On reparlera de la Syrie pour encore plusieurs générations.

Après « Eau Argentée » sorti en 2014 sur le siège d’Homs « Pour Sama » suit le même principe : témoigner de la barbarie humaine. Des documentaires qui dérangent.


[1] Où se déroulent actuellement des combats pour la reprise de cette région par les forces pro-régime.

Des électeurs australiens chauffés à blanc

Des incendies de forêt gigantesques dévastent l’Australie depuis plusieurs moins. Ils semblent hors de contrôle et le pays attend la fin de la sécheresse estivale, ou d’éventuelles pluies, pour mettre fin au désastre qui pour le moment a fait une trentaine de morts et ravagé des millions d’hectares.

Ce drame écologique et humain suscite actuellement quelques remous politiques dans l’île-continent dirigée par un gouvernement libéral minoritaire dont le premier ministre Scott Morrison est voué aux gémonies lorsqu’il visite les régions sinistrées. Alors que les élections fédérales de mai 2019 ont donné la majorité à une coalition emmenée par le parti libéral, la nomination de M. Morrison n’est survenue que par suite de la mise en minorité de son prédécesseur issu du même parti libéral et qui voulait… respecter les engagements de son pays dans les accords internationaux écologiques dits « de Paris ». Considéré comme un « gauchiste » du fait de son soutien au mariage homosexuel et aux accords précités, M. Turnbull a été évacué par les députés qui ont élu M. Morrison pour le remplacer comme chef du parti libéral et donc premier ministre. Ce dernier n’est pas un perdreau de l’année : chrétien évangélique, il est passé par différents postes gouvernementaux, plutôt tendance « manif pour tous » que « mariage pour tous », il est un défenseur de l’industrie minière australienne (une des principales ressources du continent), etc. Ses convictions de droite et son opinion climatosceptique sont affirmées et connues !

En Australie comme dans bien d’autres pays, les citoyens votent pour des dirigeants sans lire leurs programmes électoraux ni trop s’intéresser aux campagnes. Les voici donc engagés pour la durée du mandat qu’ils ont donné à leurs élus, soit trois années à compter de mai 2019. S’ils ne sont pas contents des gens qu’ils ont élus, eh bien il suffit de voter pour d’autres aux prochaines élections qui devraient intervenir au plus tard en mai 2022. Il doit bien exister une procédure pour provoquer des élections anticipées qui peut sans doute être activée sous certaines conditions. Il est probable qu’une fois les incendies éteints le débat sera chaud en Australie sur le sujet du changement climatique, il sera alors temps de s’inspirer de ses conclusions pour faire évoluer le vote si besoin.

LAURENS Henry au Collège de France, « Crises d’Orient : les origines de l’autoritarisme à partir de 1949 » 6/6.

Sixième et dernier épisode des aventures haletantes du Moyen-Orient de l’après IIème guerre mondiale : cela ressemble à une série policière télévisée, ce n’est que l’Histoire tragique narrée par Henry Laurens.

La rupture entre le nationalisme arabe et l’islam représenté par les Frères Musulmans est maintenant consommée. Le plan de paix Alpha apparu en 1955/56 est toujours poussé par les anglo-saxons mais reçu avec mesure par la partie arabe qui y voit surtout un cheval de Troie américain qu’elle refuse malgré le projet de construction du barrage d’Assouan qui est « vendu » avec.

Israël et les Etats arabes ne peuvent pas coexister dans un système de défense occidental auquel aboutirait l’exécution du plan Alpha, d’où l’option de l’URSS que commencent donc à considérer la partie arabe. En 1954 l’Egypte achète 40% de son pétrole aux Etats-Unis et à la Roumanie à qui elle vend son coton ; Nasser préfère par ailleurs acheter des armes à l’Occident plutôt qu’aux soviétiques. L’Egypte retient aussi la leçon du gouvernement guatémaltèque renversé à l’initiative des Etats-Unis car préférant acheter des armes à Moscou… En 1955, les Etats-Unis expliquent à l’Egypte qu’elle n’a pas vraiment besoin d’armes puisque l’accord tripartite garantit sa sécurité, d’autant plus que Le Caire n’a pas de devises pour payer de telles importations… Paris refuse également de fournir des armes à l’Egypte compte-tenu de son soutien aux indépendantistes algériens.

En juillet 55, Khrouchtchev a remplacé Staline, il envoie Chepilov, directeur de la Pravda et futur ministre des affaires étrangères, en Egypte. Il trouve Nasser politiquement confus ! L’URSS vend à l’Egypte ses produits manufacturés, robustes mais de mauvaise qualité, contre des matières premières. Moscou aide à l’industrialisation de l’Egypte croyant favoriser l’apparition d’une classe ouvrière, c’est une « « classe musulmane qui va émerger… L’URSS ne représente que 2% du commerce mondiale, c’est la « puissance pauvre » vers laquelle Nasser se rapproche pour acquérir des armes.

Au Soudan c’est la guerre civile, des mouvements indépendantistes y sont actifs. La question est de décider s’il faut fusionner l’Egypte et le Soudan. Le 1er janvier 1956 l’indépendance du Soudan est déclarée contre la volonté l’Egypte et la Grande-Bretagne.
Le 26 août 1955, Foster Dulles, secrétaire d’Etat américain du président Eisenhower évoque en Israël l’éventualité du rapatriement des réfugiés palestiniens contre le financement du développement économique. Israël de son côté refuse de reconnaître la propriété de l’Egypte sur Gaza. Le 12 septembre 1955 un accord de troc est conclu avec l’Egypte à Prague pour la livraison d’armes, d’avions et de chars soviétiques. En 1955 Eisenhower fait une première crise cardiaque (la seconde viendra en 1957), les frères Dulles (secrétaire d’Etat et directeur de la CIA) prennent la main sur la politique étrangère américaine.

Le Liban développe son économie de services et la place financière de Beyrouth, se tourne vers les économies du Golf. L’Egypte et l’Arabie-Saoudite fomentent de l’agitation dans le pays présidé par le chrétien pro-occidental Camille Chamoun. En Jordanie se développent des mouvements arabistes progressistes. Il y a une crainte forte d’une guerre israélienne de conquête de la Cisjordanie. La Syrie se demande si elle doit rejoindre le pacte de Bagdad, l’alliance entre les anglo-saxons, l’Iraq, la Turquie et quelques autres. Moscou protège l’indépendance de la Syrie et livre de l’armement pour se substituer à la France, laquelle soutient aussi l’indépendance syrienne considérant que menace communiste avancée par les Etats-Unis n’est qu’un prétexte pour favoriser fusion entre la Syrie et l’Irak.

Dans les années 50 subsiste en Israël un certain mépris des survivants de la Shoah qui sera inversé après procès Eichmann ; Ben Gourion dit alors : « on ne se laissera pas mener à l’abattoir » sur question des frontières entre plan de partage et lignes d’armistice.

La Jordanie adhère au pacte de Bagdad soutenue par les anglo-saxons, ce qui provoque la chute du gouvernement, par suite de la démission des députés palestiniens, et des violences populaires. En janvier 56, la Jordanie adhère aux Nations-Unis, y compris la Cisjordanie annexée qui est donc ainsi reconnue territoire jordanien par la communauté internationale.

Le projet de plan de paix Alpha continue son parcours, entre CIA et diplomatie. Une opération baptisée Caméléon ou Gamma est montée pour l’organisation d’entretiens secrets entre Ben Gourion et Nasser, sans succès. Nasser ne veut pas parler directement avec Ben Gourion, mais veut bien parlementer sur le Néguev avec Washington, Ben Gourion affiche la même position en direction inverse, malgré les pressions américaines. Israël mène des provocations en Syrie pour bloquer la fusion avec l’Egypte et pouvoir lancer une guerre préventive. Malgré son rapprochement avec Le Caire, Moscou reste modéré pour ne pas être trop engagée dans le conflit Israël-pays arabes.

Israël parle de guerre préventive pour déplacer les frontières et veut éviter des interventions étrangères. L’Egypte annonce son soutien à la Syrie en cas d’attaque israélienne. En décembre 55 Khrouchtchev s’en prend à Israël ce qui forge l’anticommunisme israélien. Les Etats-Unis ne veulent pas vendre d’armes à Tel Aviv si elle n’accepte pas le plan Alpha, en revanche ils autorisent la France à livrer des armes fabriquées sous licence américaine. En janvier 56, le nouveau gouvernement français Guy Mollet est en pleine confusion du fait de la guerre d’Algérie et lève les restrictions de ventes d’armes à Israël. En Jordanie l’officier britannique dit « Glubb Pacha » qui commandait la Légion arabe depuis 1941 est révoqué, avec ses proches, par le roi Hussein qui crée l’Armé arabe commandée par des officiers jordaniens qui savent qu’ils ne feront pas le poids face à Israël en cas de guerre.

La Grande-Bretagne et les Etats-Unis appellent à la paix. Nasser écrit une lettre secrète aux Etats-Unis acceptant le principe d’une négociation sur les frontières d’Israël, puis nie l’existence de cette proposition qui existe pourtant bel et bien revêtue de sa signature. En février 56 l’accord tripartite n’est pas réitéré car les puissances occidentales réalisent qu’elles n’interviendront pas en cas d’attaque israélienne. Ben Gourion écrit également aux Etats-Unis qui comprennent qu’Israël peut se procurer des armes ailleurs mais cherche plutôt un soutien politique, et que Nasser n’est pas du tout prêt à accepter la paix avec Israël. Ils cherchent alors à traiter avec les autres pays arabes pour isoler Le Caire. Israël met en avant le risque de destruction du pays et compare les pays arabes aux nazis.

De nombreux émissaires français parlent du sujet algérien en Egypte alors que le soutien apporté par Le Caire est surtout politique, les armes étant fournies au FLN par la Tunisie et le Maroc.
Les projets secrets Alpha et Gamma n’ont été vraiment connus qu’à ouverture des archives des années plus tard. Celles-ci révélèrent également que Nasser a toujours été insincère il voulait plus casser le pacte de Bagdad que lutter contre Israël. Les Etats-Unis avaient alors de la sympathie pour les pays arabes et foi en une alliance avec Israël, mais ils n’ont obtenu que des problèmes en retour.

Alors qu’il conclut ce cycle de six leçons, le conférencier note qu’à ce rythme il faudra encore dix-neuf années pour arriver à l’époque contemporaine de cette région. Le mieux est encore de lire ses livres… A l’année prochaine !