La Turquie… encore et toujours

Le président turc, qui a priori n’a pas d’autres tâches plus urgentes à accomplir, conseille dans les médias aux citoyens allemands d’origine turque de ne pas voter pour les partis qu’il qualifie « d’ennemis de la Turquie », c’est-à-dire, dans son esprit, de tous les partis traditionnels. Comme il y a en Allemagne environ trois millions de citoyens d’origine turque, on peut imaginer que cette nouvelle saillie présidentielle puisse rencontrer quelque écho. Ce ne sera pas le cas si ces citoyens se sentent plus attachés à leur nouvelle patrie plutôt qu’à celle dont ils sont issues. L’analyse des votes des prochaines élections législatives allemandes sera édifiante à cet égard.

C’est d’ailleurs là l’un des défis importants de l’immigration dans les pays occidentaux. La France avec sa communauté d’origine magrébine y est également confrontée : comment intégrer ? La meilleure preuve de bonne acclimatation à une nouvelle communauté nationale dont on a hérité de la nationalité (ou dont les générations précédentes l’ont acquise), n’est-elle pas justement la participation au processus politique de son pays d’adoption en parallèle à l’abandon de celui dont on vient ?

Un second critère intéressant pourrait être de savoir où ces citoyens investissent leurs économies (pour ceux qui le peuvent). On se souvient que l’immigration portugaise en France des années 50 et 60 s’est traduite par un nombre significatif de naturalisations de citoyens qui continuèrent à réinvestir leur épargne dans la construction de maisons… au Portugal. C’est l’exemple d’une intégration partielle que l’octroi de la nationalité française, et donc du droit de vote, n’a pas vraiment approfondie.

Les slogans antiallemands lancés à tout va par les autorités turques ont finit par déclencher un peu d’émotion à Berlin qui est en train de revoir sa coopération économique avec ce pays belliqueux. Les investissements allemands sont relativement importants en Turquie et chacun risque de d’y perdre, Ankara sans doute plus que Berlin.

La religion prend le dessus de l’éducation en Turquie

Les autorités en charge de l’éducation en Turquie annoncent que les programmes scolaires du pays ne mentionneront plus la théorie de l’évolution de Darwin faute « de pertinence » mais incluront désormais l’enseignement du « bon jihad », celui qui exalte l’amour de la patrie. C’est le début de la fin du principe de la laïcité turque encore inscrit dans la constitution pour le moment. C’est en tout cas le crépuscule d’une époque, celle lancée par Atatürk de la modernisation du pays basée sur son virage vers l’Ouest.

Le créationnisme qui va à l’encontre du darwinisme est inscrit dans l’ancien testament et le jihad l’est dans le Coran. Ils sont donc privilégiés par le pouvoir religieux démocratiquement élu : la foi plutôt que la raison. C’est une vieille histoire. Rien n’est éternel et gageons que ce pays reviendra un jour sur les chemins abandonnés aujourd’hui. Il aura simplement pris du retard.

Le président turc aux Etats-Unis

Le président turc Erdogan a rendu visite aux Etats-Unis ce 16 mai à un moment où la Turquie s’éloigne de l’Occident tout en restant membre de l’organisation de défense atlantique (Otan) et alors que Washington a annoncé vouloir accentuer ses livraisons d’armes aux milices kurdes qui combattent en Syrie le groupe terroriste Etat islamique, mais sont aussi des opposants à Ankara.

Ces deux présidents populistes et grande gueule vont devoir compromettre sur des sujets sensibles, chacun tenant l’autre par la barbichette. Les forces de l’Otan disposent et utilisent des bases militaires en Turquie pour différentes opérations armées au proche et moyen orient. Les forces turques interviennent directement en Syrie plus ou moins sous l’aile russe et en soutien au régime syrien auquel s’oppose l’Occident. Pas facile de trouver un terrain d’entente dans ces conditions mais on peut gager que ces deux présidents roublards vont bien trouver un accord a minima en catimini, quitte à dire le contraire devant les journalistes.

La vraie question qui risque de se poser à plus ou moins court terme est le maintien de la Turquie dans une alliance militaire dont elle s’oppose frontalement à tous les membres, en des termes qui manquent souvent d’élégance. A force de mener sa diplomatie avec la subtilité d’un éléphant dans un magasin de porcelaine le président turc s’est mis tous ses voisins à dos. La charte de l’Otan stipule qu’en cas d’attaque contre un pays membre les autres doivent réagir. Il n’est pas vraiment réjouissant de penser que si l’Irak ou la Syrie attaquaient militairement un jour la Turquie, lassées des jérémiades et agressions diverses d’Ankara à leur encontre, eh bien les troupes occidentales de l’Otan seraient censées défendre la Turquie. Il va falloir y penser sérieusement si ce pays continue à dériver loin des intérêts occidentaux.

Au cours de cette visite turque aux Etats-Unis, des manifestations se sont déroulées devant l’ambassade turque où l’on vit les gardes du corps présidentiels turcs sortir pour tabasser les opposants kurdes, parfois de nationalité américaine, devant une police locale dépassée par les évènements. Il faut dire qu’il est plutôt inhabituel de voir des services de sécurité étrangers faire le coup de poing contre des manifestants à l’occasion d’un voyage présidentiel. Ainsi va la Turquie !

La Turquie s’éloigne

Alors que la Turquie est en train d’organiser un référendum pour transformer son régime en lui donnant un caractère très présidentiel, des ministres de ce pays cherchent à venir animer des meetings en Europe auprès des diasporas turques particulièrement nombreuses en Allemagne et aux Pays-Bas. Certaines de ces réunions ont été annulées par les pays d’accueil, déclenchant de vives réactions en Turquie.

L’Allemagne a été accusée de « pratiques nazies » et les Pays-Bas qualifiés de « fascistes [influencés par] les vestiges du nazisme ». La France qui a laissé un ministre turc venir animer un meeting référendaire à Metz, a pour l’instant été épargnée par les foudres turcs.

Pendant ce temps l’armée turque continue son combat sur le sol syrien contre les milices kurdes qu’elle craint plus que les milices islamistes et le pays accueille plus d’un million de réfugiés syriens.

Il faudra un jour se rapprocher de la Turquie et cela se fera. En attendant, le mieux est sans doute de laisser passer l’orage et poursuivre discrètement les accords qui peuvent l’être, dont ceux de l’OTAN dont la Turquie est membre. Le président Erdogan n’est sans doute pas éternel, gageons que son successeur reviendra à des sentiments moins éruptifs. Le problème est que la transformation constitutionnelle en cours va installer Erdogan au pouvoir absolu pour de longues années mais qui sait ce qui peut se passer en politique, surtout par les temps qui courent où la prévision est un art de plus en plus incertain.

Attentat religieux islamique en Turquie

Le groupe Etat Islamique a revendiqué l’attentat qui s’est déroulé la nuit du réveillon dans une boîte de nuit d’Istanbul. Le mode d’action ressemble à celui mis en œuvre à Paris lors du concert du Bataclan : un fou de Dieu s’introduit dans un lieu festif et tire au hasard sur la foule. Il y a 39 morts et de nombreux blessés. La revendication fait expressément mention de la Turquie « protectrice de la croix » et des fêtes païennes qui se déroulent dans ce pays.

La Turquie a retourné ses alliances. Alors qu’elle soutenait les opposants au régime syrien, la voici maintenant alliée avec la Russie (chrétienne) qui, elle, soutient à bouts de canons le clan au pouvoir à Damas. Pas facile à gérer pour un Etat en cours de réislamisation et toujours en guerre par ailleurs avec sa minorité kurde soutenue elle par l’Occident dans la guerre contre le groupe Etat Islamique. Plus personne ne comprend plus grand-chose dans cet Orient où s’affrontent des arables, des perses, des turcs, des slaves, des occidentaux, des musulmans chiites, des musulmans sunnites, des chrétiens orthodoxes, catholiques ou protestants, avec des alliances qui se font et se défont dans la même journée.

Des négociations politiques sont en cours pour tenter de mettre fin à la guerre syrienne sous l’égide de la Russie et avec la Turquie. Espérons qu’elles aboutiront à quelque chose. En attendant, la guerre de religion absurde se poursuit, le sang continue à couler au nom de Dieu et les groupe terroristes religieux nagent comme des poissons dans cette eau trouble et nauséabonde. La Turquie n’en a sans doute pas fini avec les attentats, pas plus que les pays occidentaux d’ailleurs.

Attentat religieux en Turquie

L’ambassadeur de Russie en Turquie est assassiné par un de ses gardes du corps turc en direct devant les télévisions réunies pour l’inauguration d’une exposition artistique. Le meurtre a lieu alors que l’ambassadeur y prononçait un discours. Avant d’être abattu le tireur a le temps de crier :

N’oubliez pas Alep. Tant que les habitants n’y seront pas en sécurité vous n’y serez pas non plus.

La Turquie cherche à rétablir la peine de mort

Drapeau_TurquieSuite à la tentative avortée de coup d’Etat en Turquie qui a fait près de 300 morts et de nombreux blessés, le pouvoir cherche à rétablir la peine de mort « sous la pression du peuple ». Comme il s’agirait principalement de châtier les présumés coupables de ce coup, ce rétablissement devrait être avec effet rétroactif. Comme l’affirme le président de la République avec une démagogie à faire pâlir d’envie Laurent Wauquiez:

« Ce qui compte n’est pas ce que dit l’Occident mais ce que dit mon peuple »,

Cette peine capitale avait été abolie en 2004 pour pouvoir lancer les négociations d’adhésion à l’Union européenne. Son rétablissement entraînera leur arrêt complet, sans doute pour longtemps. Comme plus grand monde ne croît cette adhésion possible ni souhaitable des deux côtés du Bosphore, la conséquence de cette décision, si elle était prise, ne ferait qu’entériner une situation de faits.

En attendant, la République turque continue aussi son chemin vers un abandon de sa laïcité et de son orientation vers l’Occident. Le pays est par ailleurs en cours de réislamisation (tendance sunnite). La question suivante qui va se poser sous peu est le maintien ou non de ce pays dans l’alliance atlantique (OTAN). Le Canard Enchaîné a cru pouvoir affirmer que les Etats-Unis avaient discrètement déplacé en dehors du pays les missiles nucléaires qui y étaient entreposés ; mesure sans doute prudente en attendant d’y voir plus clair sur le côté vers lequel penchera la balance dans les mois à venir !

La Turquie éructe…

Drapeau_TurquieAlors que nombre d’Etats occidentaux se demandent comment sortir du piège moyen-oriental, la Turquie lutte pour y entrer. Déjà engagée militairement en Syrie pour y défendre une stratégie pas toujours très claire, si ce n’est son aspect antikurde, Ankara qui dispose d’une base militaire dans le nord de l’Irak fait des pieds et des mains pour participer à la bataille pour le reprise de la ville de Mossoul tenue par les terroristes religieux sunnites du groupe Etat islamique. Le gouvernement irakien du moment étant chiite, la Turquie sunnite voudrait s’assurer que les intérêts religieux sunnites seront maintenus après une éventuelle victoire chiite.

Alors que le premier ministre irakien critiquait la présence militaire turque dans son pays, le président turc lui a répondu dans son style très personnel et tout en subtilité lui enjoignant de rester à sa place :

« Tu n’es pas mon interlocuteur, tu n’es pas à mon niveau. Peu nous importe que tu cries depuis l’Irak, nous continuerons à faire ce que nous pensons devoir faire…  L’armée de la République turque n’a pas de leçon à recevoir de vous. »

Pas sûr que la réconciliation du Moyen-Orient soit pour demain !

Deux forbans en Turquie

Drapeau_TurquieL’agitation politique actuellement constatée en Turquie relève beaucoup d’un clash d’égos entre deux fortes personnalités confondant la religion avec le pouvoir politique, leurs intérêts particuliers avec l’avenir de leur pays. Exilé aux Etats-Unis d’Amérique Fethullah Gülen ferraille avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, le pouvoir d’un intellectuel à réseaux contre celui d’un dirigeant politique armé de la puissance d’un Etat, le combat est inégal ! Autrefois alliés ils se sont séparés lorsque l’un a mis à jour la corruption gangrenant l’entourage du second.

Le gouvernement turc accuse M. Gülen d’avoir fomenté le récent coup d’Etat militaire qui a échoué. C’est possible, le pays est régulièrement agité de coups d’Etat qui doivent bien être pensés par quelqu’un ! La spécificité du débat actuel réside dans le fait que les deux ex-partenaires se rangent chacun derrière la religion islamique comme guide de leur action. A défaut de choisir entre Dieu et le pouvoir politique, ils aboutissent à désorganiser leur pays en attisant les haines recuites, les comportements déraisonnables et le recul de leur pays qu’ils disent pourtant vouloir promouvoir.

Dans un proche et moyen Orient en proie à la guerre, quasiment sans interruption depuis 1948, le monde aurait besoin d’une Turquie apaisée, leader raisonné et moderne d’une région dévastée, capable de montrer l’exemple et de parlementer avec toutes les parties, un pont entre Occident et Orient. Du fait de l’aveuglement de deux forbans, le pays, au contraire, opte pour les règlements de compte, la valse des alliances opportunes et la démagogie généralisée. Triste situation !

Cynisme et excès

Drapeau_TurquieAvec habileté et une bonne dose de cynisme politique, le président turc, par ailleurs leader du parti religieux au pouvoir, assimile dans une interview au journal Le Monde la récente tentative ratée de coup d’Etat militaire que son pays vient d’affronter à du « terrorisme » et les pays occidentaux qui l’ont soutenu du bout des lèvres d’avoir « pris le parti des putschistes et des terroristes. »

Il semble établi que nombre de chancelleries occidentales n’auraient pas pleuré bien longtemps si le pouvoir religieux d’Ankara avait été déposé, même si élu de façon démocratique. Ce coup d’Etat raté par l’armée n’a pas grand-chose à voir avec le terrorisme islamique mondialisé qu’affrontent nombre de pays, y compris la Turquie d’ailleurs. Il ne s’agit que du nouvel épisode du conflit entre les galonnés et le pouvoir civil dans ce pays, vieux comme la moustache d’Ataturk. A la différence des précédents, ce coup d’Etat a échoué du fait de la division des militaires qui depuis en payent le prix, comme de nombreux civils.

Cette assimilation entre coup d’Etat militaire et terrorisme, surtout par les temps qui courent, permet au président turc de passer pour le grand innocent malmené par l’Occident qui soutient le « terrorisme ». La Turquie tient par ailleurs entre ses mains un levier pour limiter les flux de migrants vers l’Europe et ne manque pas de s’en servir. Tout ceci relève de la politique, pas toujours très brillante, mais illustrant la vraie vie des relations entre les continents.

Le président turc est élu par une nette majorité de ses électeurs, les galonnés de son armée sont une des forces vives de l’alliance atlantique (OTAN), ce pays asiatique joue un rôle clé (et parfois trouble) dans les multiples conflits qui agitent le proche et moyen Orient, il est candidat à l’adhésion à l’Union européenne même si son entrée est de plus en plus improbable, ses citoyens constituent une forte communauté immigrée en Europe, particulièrement en Allemagne, il accueille des millions de réfugiés moyen-orientaux et contrôle plus ou moins le robinet du flux de ceux-ci vers l’Europe…

Grandeur et décadence de la realpolitik, il faut bien s’entendre avec la Turquie en dépit des différences. Gageons que l’intelligence vaincra et que cette agitation médiatique du microcosme s’apaisera au profit des intérêts nationaux bien compris.

Des purges massives en Turquie

Drapeau_TurquieSuite au coup d’Etat militaire qui a échoué en Turquie le parti religieux au pouvoir règle ses comptes et procède à des purges massives, non seulement au sein de l’armée mais aussi chez les fonctionnaires, les journalistes, dans des entreprises et diverses autres corporations. L’ampleur et l’immédiateté des arrestations, 18 000 en quelques jours selon les estimations les plus fiables, laisse imaginer que des listes étaient prêtes bien avant les évènements. Il est également procédé à des licenciements en masse (63 000 fonctionnaires), des confiscations de passeports (50 000) et des fermetures de médias. On ne sait pas bien comment la justice va pouvoir traiter ces dizaines de milliers de suspects arrêtés et emprisonnés (y-avait-il suffisamment de places disponibles dans les prisons pour de telles foules d’arrivants ?). Le pouvoir parle de rétablir la peine de mort que le peuple réclame à grands renforts de meeting pro-pouvoir monstres à Istanbul et Ankara.

A l’émotion de certains pays occidentaux, le président a déclaré depuis son palais présidentiel :

« Certains nous donnent des conseils. Ils se disent inquiets. Mêlez-vous de vos affaires ! »

On aurait facilement tendance à suivre cet oukase si les intérêts occidentaux n’étaient si importants en Turquie. Il faudra, hélas, continuer à s’intéresser à l’avenir de ce pays et essayer de trouver un moyen pour qu’il ne soit pas trop durablement déstabilisé. Car il est à craindre que la tendance actuelle vers un régime religieux autoritaire n’amène à terme plus de problèmes qu’il n’en résoudra !

Coup d’Etat militaire avorté en Turquie

Drapeau_TurquieDes militaires sortent de leurs casernes en Turquie dans la nuit du 15 au 16 juillet et tentent de s’emparer du pouvoir. Ils représentent une part minoritaire de l’armée semble-t-il et le pouvoir les réduit rapidement. Il y a quand même deux cents morts, pour le moment, entre Ankara et Istanbul. Le parti religieux islamique au pouvoir profite de la reprise en main pour se lancer dans une purge de grande envergure. C’était prévisible.

Voilà qui devrait encore repousser négociations et conclusion d’un accord d’adhésion à l’Union européenne de ce pays, dont personne ne semble vraiment souhaiter une issue favorable. Il ne serait pas facile d’expliquer aux citoyens européens que la Turquie remplace le Royaume-Uni…

Les dirigeants turcs au bord de l’hystérie

Drapeau_TurquieLe parlement allemand vient d’adopter une résolution reconnaissant plus ou moins le génocide commis par la Turquie en Arménie avec l’aide, ou tout au moins le silence coupable, du IIIème Reich allemand. Compte tenu de la forte et ancienne immigration turque en Allemagne, le parlement de ce pays compte nombre de députés d’origine turque dont onze d’entre eux ont voté pour le texte. Le président turc, plutôt du genre nerveux, s’est aussitôt répandu dans les médias :

« Des Turcs, disent certains. Quels Turcs ! Leur sang devrait être analysé par un laboratoire… on sait de toute façon de qui ils [les onze députés d’origine turque] sont les porte-parole. Ils sont l’extension en Allemagne d’organisations terroristes séparatistes en Turquie… Leur sang est, au bout du compte, impur. »

Tout en nuance et subtilité…

La Turquie telle qu’elle est

Drapeau_TurquieLa Turquie est dans la tourmente et l’ambiguïté : parti religieux au pouvoir et président autocrate, implication trouble dans la guerre civile syrienne, obsession antikurde, état de quasi guerre avec la Russie, chantage aux réfugiés vis-à-vis des pays européens, reprise en main de la presse d’opposition, etc.

Le pays se révèle tel qu’il est c’est-à-dire plus tourné et concerné par l’Orient que par l’Occident ce qui n’est pas incongru s’agissant d’une puissance asiatique. Gageons que les évènements actuels repousseront aux calendes grecques l’option de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.

Il va falloir faire preuve de trésors de diplomatie pour tenter de calmer les ardeurs guerrières et manœuvrières de la Turquie, membre de l’OTAN, et sans doute capable de déclencher un conflit sans s’en apercevoir. Le pays est sanguin et, comme beaucoup, avide de retrouver son statut d’empire. Ainsi vont les affaires du monde.

La Turquie comme la Géorgie

On se souvient de la Géorgie qui en 2008, dirigée par M. Saakachvili, n’avait rien trouvé de mieux que de déclarer la guerre à la Russie pour une sombre histoire de revendication territoriale. Son armée de pacotille avait bien sût été balayée en quelques jours par la puissance russe et l’Europe, alors présidée par M. Sarkozy, avait fait le petit télégraphiste pour essayer de calmer l’ours russe, ce qui fut fait après moult concessions dont la quasi indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, territoires revendiqués par la Géorgie bien que majoritairement russophones et russophiles. On eut des cauchemars a posteriori en songeant au fait que Tbilissi voulait intégrer l’OTAN et que si cette adhésion eut été réalisée, cette folie géorgienne eut mis l’alliance militaire occidentale en bien fâcheuse position face à Moscou !

L’Histoire se répète et aujourd’hui c’est la Turquie qui s’offre le luxe de mener des actions agressives contre la Russie en abattant un avion de combat russe qui aurait empiété sur son territoire lors d’une mission de bombardement sur la Syrie. Il est assez peu probable que ce chasseur Soukhoï menaçait Ankara et on aurait apprécié que la Turquie modère un peu ses réactions, ou à tout le moins les rende proportionnelle avec la menace. Il y eut deux pilotes russes tués lors de l’incident : l’un des deux équipiers de l’avion abattu et un deuxième lors de l’opération d’exfiltration du second pilote de l’avion.

Le problème est que, contrairement à la Géorgie, la Turquie fait, elle, partie intégrante de l’OTAN et que si Moscou ouvre les hostilités contre Ankara c’est l’ensemble des pays de l’alliance qui devront défendre la Turquie. Il serait utile que les coups de sang des dirigeants turcs soient mis sous contrôle d’autant plus que le rôle de ce pays dans la crise au Moyen-Orient mériterait par ailleurs un examen plus que critique.