Nouveau nihilisme

Le terrorisme religieux de nos temps met les Etats, démocratiques ou pas, à rude épreuve. Les acteurs du terrorisme moyen-oriental ou européen des années 70-80’ (brigades rouges, Fatah, OLP et autres bandes à Baader) laissaient place à la négociation. Ils détournaient un avion, enlevaient une personnalité, prenaient des otages pour forcer les Etats à les écouter poser leurs revendications politiques. Evidemment ils tuaient parfois mais pas en masse comme c’est le cas désormais. Quand il faisait parler les armes c’était pour appuyer leurs demandes et non pour plaire à Dieu. Et puis ils avaient la volonté de survivre et négociaient aussi un sauf-conduit pour eux-mêmes.

Notons au passage que nombre de ces terroristes ont alors trouvé refuge en… Syrie, accueillis par le régime Assad alors dirigé par le père de l’actuel président. Le vénézuélien Carlos a coulé des jours paisibles à Damas avec sa compagne allemande Magdalena Kopp proche de la mouvance Baader-Meinhof et leur fille, plusieurs années durant à la fin de la décennie 80’. Bien d’autres terroristes moyen-orientaux se sont également installés en Syrie à cette période. Et lorsque Damas a voulu essayer de réintégrer le concert des nations, grosso-modo à la suite de l’invasion du Koweit par l’Irak en 1990, elle a expulsé tout ce beau monde vers des pays avoisinants moins en vue. Alors quand la Syrie d’aujourd’hui dirigée par son fiston explique comme elle l’a fait aujourd’hui que la France a favorisé le développement du terrorisme et récolte les fruits de ses dérives, cela prêterait à sourire si ce n’étaient les conditions dramatiques du moment.

Les terroristes religieux aujourd’hui veulent tuer méthodiquement puis mourir. Ils n’ont pas peur, ils recherchent la fin qui les rapprochera de leur Dieu. Le communiqué du groupe Etat Islamique revendiquant les attaques d’hier relate celle de la salle de concert du Bataclan avec la mort des « croisés … idolâtres dans une fête de perversité » au cœur de Paris « capitale des abominations et de la perversion, qui porte la croix en Europe… ». Ces attaques sont présentées dans ce même communiqué, ponctué de référence à Allah et ses sourates, comme une réponse à l’engagement militaire français en Irak et en Syrie.

Les terroristes des années70’ avaient lu Marx et Mao, ceux d’aujourd’hui s’inspirent du coran.

La révolte des citoyens contre ce terrorisme islamique ne changera pas grand-chose à la détermination fanatique et terrifiante de ses acteurs. Leur plus grande « réussite », si l’on ose dire, réside dans le fait qu’ils ont réussi à insuffler leur idéologie mortifère à des gamins français, et pas uniquement ceux issus de banlieues défavorisées. Même dans l’hypothèse où le groupe Etat Islamique serait éliminé il faudra sans doute au moins une génération avant que ces gamins français embrigadés puissent revenir à de meilleurs sentiments. Et encore n’a-t-on pour le moment pas beaucoup d’idées sur comment arriver à neutraliser l’extrémisme religieux !

 « Vers l’Orient compliqué je m’envole avec des idées simples » disait MonGénéral lors de la deuxième guerre mondiale quand il allait visiter les pays sous mandats français et britannique. Idées simples ou compliquées, l’Occident a failli dans son implication dans la question du proche et du moyen orient : guerre, accords de paix, coopération, rapprochement, éloignement, immigration, fermeture des frontières, coups bas ou interventions en pleine lumière, presque tout a été essayé depuis 70 ans et rien n’a réussi à extirper la violence endémique de cette région qui maintenant se répand en Occident. Tout n’est que guerre et décombres dans ce proche et Moyen-Orient « compliqué ».

En fait la seule stratégie qui n’ait jamais été vraiment essayée est le retrait pur et simple des pays occidentaux de cette région : les laisser se débrouiller et cesser d’intervenir à tout bout de champ avec des buts occidentaux et des objectifs démocratiques. Décision pas facile à prendre quand on connaît les liens entre Israël et les Etats-Unis, entre les pays producteurs de pétrole et leurs pays clients, entre les multiples communautés du proche et du Moyen-Orient installées en Europe depuis des générations, quand on entend les chrétiens d’Orient appeler au secours ceux d’Occident, etc.

Stratégie jamais finalement adoptée, qu’il est sans doute trop tard pour décider, mais qui ne devrait pas empêcher de remettre sur la table l’actuelle politique occidentale en Orient compte tenu de son efficacité plutôt limitée au regard des critères occidentaux et des intérêts nationaux.

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