L’agriculture face au libéralisme

Le monde rural français est en émoi devant la baisse des prix internationaux de ses productions. Des paysans manifestent, déversent des tonnes de purin devant les préfectures, bloquent les routes et les supermarchés en appelant au soutien des prix, c’est-à-dire la générosité des contribuables et des consommateurs, nationaux ou européens.

Soudainement on n’entend plus les parangons du libéralisme échevelé, les ayatollahs du libre marché, les Guillaume Roquette de pacotille qui a longueur de journaux (subventionnés par les contribuables) vantent les mérites de Monsieur le Marché pour réguler nos vies enfermées dans l’étatisme de la « gauche laxiste ». Ceux-là en appellent à « prendre des mesures drastiques » ou à « envoyer des signaux forts » sans plus de précisions…

La vérité c’est que nous sommes en surproduction agricole ce qui amène très logiquement Monsieur le Marché à ajuster ce déséquilibre en poussant les prix à la baisse. C’est ce qu’on appelle le principe de « l’offre et la demande », un concept assez élémentaire mais qu’il conviendrait de ne pas utiliser uniquement lorsque cela arrange des positions politiciennes et en dérange d’autres. La baisse des prix pousse en dehors du marché les producteurs qui ne peuvent pas aligner leurs coûts sur ceux des voisins.

On peut considérer que l’agriculture doit sortir des fourches caudines de Monsieur le Marché mais à ce moment-là il faut accepter de faire payer le consommateur ou le contribuable, ou les deux plus probablement. Il faudra aussi accepter de ne plus (ou de moins) exporter car une production subventionnée jouerait une concurrence déloyale face à celle de Monsieur le Marché. Soit les prix sont libres et fruit de la confrontation de l’offre avec la demande, soit ils sont administrés. C’est un choix de société que là encore le monde politique et médiatique s’honorerait à poser un peu plus clairement devant les citoyens.

A court terme c’est le contribuable français qui paye pour subventionner le manque de compétitivité d’une partie de la production agricole française et débloquer provisoirement la situation. En réduisant les charges sociales des agriculteurs sans baisser les prestations dont ils bénéficient, on fait donc payer ces dernières par les autres. C’est le jeu de bonneteau budgétaire favori de la République, depuis des années…

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