Reconstitution de ligue dissoute

La Turquie, toujours à la recherche de sa gloire passée, vient de redonner à la basilique Saint-Sophie son statut de mosquée, provoquant ainsi l’émotion recherchée chez les pays chrétiens. Ce monument fut construit à partir du IVème siècle pour être la basilique chrétienne de Constantinople. Après moulte agrandissements et embellissements, elle devint même le siège du patriarche de Constantinople (le chef de l’église orthodoxe). Après la conquête musulmane elle devint mosquée au XVème siècle, ce qui lui évita au passage les affres du pillage et de la destruction par les ottomans.

Après la défaite de l’empire ottoman lors de la guerre de 1914-1918, la nouvelle République Turque « laïque » dirigée par Mustafa Kemal Atatürk décide d’offrir le monument à l’Humanité et de les transformer en musée, ce qui est fait en 1934.

C’est sur ce statut que le parti religieux élu, gouvernant actuellement la Turquie, a décidé de revenir. Une première prière musulmane s’y est déroulée ce vendredi avec le ban et l’arrière-ban du pouvoir turc, et, bien entendu, devant les flashs des médias. Les réactions dispensables du « monde chrétien » n’ont pas tardé ce qui a dû réjouir les décideurs turcs puisque c’était l’un des objectifs recherchés : titiller l’Occident qui sous-estime la capacité de nuisance turque. Les autorités ont néanmoins déclaré que le monument resterait ouvert à la visite en dehors des heures de prière. Le mieux serait sans doute de traiter cet évènement par l’indifférence tant personne ne va entrer en guerre pour défendre l’héritage chrétien de Sainte-Sophie.

Le problème n’est pas tant que la Turquie dispose comme elle l’entend du patrimoine religieux existant dans les limites de ses frontières reconnues internationalement, non, le problème est plutôt que la Turquie construise des mosquées dans le monde chrétien et y finance des immams pour diffuser leur propagande religieuse à l’attention des citoyens turcs, ou d’origine turque, voire au-delà, résidant dans ces pays d‘accueil, sans que ces derniers n’arrivent à s’opposer véritablement à cette nouvelle conquête, contraints par leurs principes démocratiques et leurs valeurs humanistes. La Turquie religieuse contemporaine a chaussé les bottes de l’Empire ottoman pour reconquérir sa gloire d’antan, par les armes en Syrie et en Libye, par la religion et l’immigration, pour le moment, en Occident.

Pour ceux qui ont eu l’occasion de visiter les splendeurs d’Istanbul, Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue restent des souvenirs inoubliables. Ce sont des dômes gigantesques cernés de minarets. L’impression de volume infini est encore plus sensible une fois rentré à l’intérieur. Sainte-Sophie offre un incroyable amoncellement de symboles chrétiens et musulmans, les uns parfois collés sur les autres, marquant la succession de croyances qui ont alterné dans l’inspiration de cet édifice ; la mosquée Bleue est un éblouissement de mosaïques sur les bords du Bosphore. Cette dernière était ouverte à la visite en tant que mosquée, il n’y a pas de raison que Sainte-Sophie ne le reste pas non plus, même retransformée en mosquée.

La Turquie « illumine » la marine française

Des incidents navals opposent régulièrement en Méditerranée des bâtiments de la marine turque à ceux de la flotte de l’OTAN, l’organisation du Traité de l’Atlantique Nord dont fait aussi partie la Turquie… Le dernier en date s’est déroulé fin mai alors qu’un navire français participant à l’opération de sûreté maritime Sea Guardian assurant une veille sur toute activité pouvant représenter une menace ou un soutien au terrorisme international, voulut contrôler un cargo supposé transporter du matériel militaire de Turquie vers la partie de la Libye gouvernée depuis Tripoli par le gouvernement reconnu par la communauté internationale et fermement soutenu par Ankara. La Libye étant sous embargo concernant les armes, l’intervention de l’OTAN vise à faire respecter celui-ci. Elle a tourné court car le cargo était escorté par des navires militaires turcs qui ont menacé de tirer sur la frégate française en « l’illuminant » de ses radars de tir, ultime étape avant le déclenchement d’un tir.

En résumé un pays membre de l’OTAN, protégeant un probable trafic d’armes vers un pays sous embargo, a menacé un second pays membre de l’OTAN. Ambiance… En réalité, la Turquie conteste cet embargo arguant que la Russie qui soutient la rébellion libyenne alimente celle-ci en armes par la voie aérienne et que personne ne la contrôle. C’est un fait, et la France qui avait tout de même envisagé de vendre des centrales nucléaires et des avions de combat à la Libye de Kadhafi, avant de déclencher en 2011 l’intervention militaire qui a déposé celui-ci, n’est probablement pas la mieux placée pour donner des leçons de droit international à la Russie ou à la Turquie…

Le véritable enjeu réside plutôt au niveau de l’Alliance atlantique qui fait face à de véritables questions existentielles dans un monde post-guerre froide et qui affronte une véritable sécession en son propre sein avec un pays en quête de rétablissement de sa puissance au détriment des autres, ne facilitant pas la réflexion en cours sur l’avenir de cette alliance. La Turquie fait feu (si l’on ose dire) de tous bois et ne perd pas son temps dans d’interminables états d’âme. Elle n’hésite pas à employer la brutalité ou la menace à l’encontre de ses « amis » lorsque cela sert ce qu’elle croit être ses intérêts. Après tout, elle posa sa candidature pour entrer dans l’Union européenne alors qu’elle occupe illégalement une partie de Chypre, Etat-membre de l’UE, depuis 1974. Le jeu consiste pour Ankara à faire peur avec culot pour obtenir ce qu’elle veut. Après-tout, quel pays occidental est prêt à déclencher une guerre pour empêcher la Turquie (ou la Russie) de livrer des armes à une Libye en pleine déconfiture (qui plus est, du fait d’une intervention militaire occidentale de 2011) ? Sans doute aucun ! En tout cas la frégate française n’a pas ouvert le feu sur son « partenaire » turc comme le veut la procédure lorsque le navire « ennemi » allume ses radars de tir contre un autre bateau.

Le sujet est de savoir s’il y a moins d’inconvénients à garder la Turquie dans l’OTAN que de l’en sortir, dans l’hypothèse optimiste où tous les autres membres seraient unanimement d’accord pour montrer la porte de sortie à cette nation religieuse turbulente. Pour le savoir, il faudrait tenter l’expérience… Comme une famille ou une assemblée de copropriétaires, une union stratégique fonctionne harmonieusement lorsque ses acteurs sont bien élevés et de bonne compagnie. La Turquie ne rentre plus dans cette catégorie depuis longtemps et le reste de la famille supporte pour le moment les gesticulations de ce gamin de mauvaise compagnie.

La Turquie fait revenir « provisoirement » sur son territoire les candidats réfugiés installés à la frontière gréco-turque

La Turquie qui avait facilité l’arrivée de candidats réfugiés à sa frontière avec la Grèce afin de faire pression sur l’Europe et l’OTAN qu’elle estime trop frileux dans leur soutien à ses actions militaires en Syrie, fait machine arrière à cause de l’épidémie de coronavirus. Elle a ainsi « rapatrié » les 5 à 10 mille réfugiés vers leurs camps de rétention à l’intérieur de son territoire en précisant bien que cette décision est provisoire et qu’une fois la pandémie achevée ces réfugiés seront de nouveau encouragés à essayer de passer en Europe.

Face à cette tactique turque, la Grèce soutenue par l’Europe avait refusé d’ouvrir ses frontières et finalement peu de réfugiés avaient pu les forcer, si ce n’est en passant par la mer. Comme elle l’a déjà annoncé, ne doutons pas que la Turquie va réitérer sa démarche dès que la situation sanitaire le permettra. L’Europe est soumise au chantage de soutenir, au besoin militairement, Ankara dans sa politique d’occupation du nord de la Syrie, ou alors de subir l’assaut des masses de réfugiés cherchant à migrer dans un pays européen. Cruel dilemme car la justification officielle avancée par Ankara de son invasion du nord de la Syrie est de pouvoir y réinstaller… les réfugiés syriens actuellement accueillis en Turquie tout en les protégeant de la répression du régime soutenu par la Russie, ce qui n’est pas en soi complètement illégitime, mais le devient tout de suite un peu plus lorsque l’on sait que cette occupation militaire a également comme but d’anéantir les forces kurdes syriennes, obsession d’Ankara depuis des années.

Ne faudrait-il pas imaginer une sorte d’accord multilatéral qui pourrait mettre cette zone sous protection internationale pour y réimplanter les réfugiés syriens avec un financement conséquent ? C’est évidemment un doux rêve qui nécessiterait l’accord du régime syrien (et de son allié russe) pour une perte de souveraineté sur une partie de son territoire. Il faudrait également que les 3 ou 4 millions de réfugiés syriens en Turquie, ou au moins une partie d’entre eux, acceptent de revenir « volontairement » en Syrie alors qu’ils se sentent sans doute plus en sécurité en Turquie. Les pays occidentaux ne manifestent pas non plus un grand enthousiasme à l’idée de mettre en place une UNRWA bis, cette organisation des Nations unies créée en 1949 pour s’occuper des réfugiés palestiniens chassés de leur terre lors de la création de l’Etat d’Israël et à la suite de la guerre de 1948. 70 ans plus tard l’organisation en est toujours à maintenir des camps de réfugiés dans tout le Proche-Orient dont les effectifs se sont multipliés car elle attribue également le statut de « réfugié palestinien » aux descendants des palestiniens expropriés en 1948.

La responsabilité originelle de tout ce désastre est tout de même essentiellement syrienne. On se souvient d’une relative vague d’optimisme qui avait saisi l’Occident, et sans doute aussi nombre de syriens, lorsque le président Bachar El Assad venait faire ses courses à Paris en se laissant prendre en photo avec son épouse sur le perron de l’Elysée avec le président de la République française. On parlait alors de modernité et d’espoir pour ce pays sur lequel la France avait exercé un mandat délivré par la Société des nations (SDN) entre les deux guerres mondiales. C’était en 2010, une éternité… Depuis la Syrie est revenue à ses démons, un inextricable patchwork de religions, de clans, d’intérêt et de sauvagerie.

La Syrie reconnaît le génocide turc des arméniens

Afin de bien savonner la planche d’éventuelles négociations sur la stabilisation du conflit en Syrie, le parlement de Damas vient de reconnaître le génocide arménien pratiqué par la Turquie au début du XXème siècle. Ladite Turquie occupant militairement actuellement une partie de territoire syrien c’est la « réponse du berger à la bergère » pour titiller un peu plus l’orgueil national de la partie adverse.

La Syrie qui accuse un autre Etat de génocide c’est un peu « l’hôpital qui se moque de la charité » mais plus c’est gros plus ça passe. Turquie et Syrie sont en guerre quasi-chaude depuis quelques semaines et la réaction la plus censée d’Ankara aurait dû être de ne pas même réagir à cette provocation certainement inspirée par le satrape de Damas. Bien entendu ce ne fut pas le cas et les dirigeants turcs vocifèrent depuis sur leurs ondes nationales. Au moins peut-on espérer que lorsque ces dirigeants autoritaires s’affrontent par l’intermédiaire de leurs parlements et leurs télévisions, ils passent moins de temps derrière leurs canons.

L’aide turque aux réfugiés

Quelques milliers de réfugiés en Turquie sont « aimablement » véhiculés par les autorités turques vers les frontières européennes de la Grèce et de la Bulgarie. Il paraîtrait même qu’on leur distribue des cartes pour les guider et que des haut-parleurs les informent dans leurs langues natales que les frontières européennes leur sont ouvertes. Ils sont donc un peu surpris lors qu’ils sont accueillis auxdites frontières par des gaz lacrymogènes des forces de sécurité grecques et bulgares. D’autres migrants ont repris la mer depuis la Turquie vers les iles helléniques. Pour le moment il semble que la majorité de ces migrants soient iraniens ou afghans, mais peu syriens.

Cela n’est pas sans rappeler l’implication turque plus ou moins officielle au début de la crise migratoire en 2011/12 lorsque des cargos rouillés et délabrés remplis de candidats réfugiés étaient lancés sans pilote sur les côtes européennes, leurs équipages les ayant abandonnés avant de quitter les eaux internationales en fuyant dans des canots de sauvetage. « L’affrètement » de tels navires passait beaucoup moins inaperçu que des dinghies en caoutchouc de passeurs de circonstance, des photos satellites avaient montré clairement que ces navires sortaient de ports turcs et avaient été communiquées à Ankara qui avait fait ce qu’il fallait pour mettre fin à ce « mode de transport ». Contrairement à ce qui se passait en 2011, la Turquie revendique aujourd’hui haut et fort son action de pousser les migrants hors de son territoire vers ceux des pays membres de l’Union européenne mais n’a pas remis en service ses poubelles des mers.

L’objectif turque est de pousser l’Europe à soutenir la Turquie afin d’imposer son occupation illégale du nord de la Syrie. Pas sûr que ce ne soit la bonne méthode. En revanche elle est très efficace pour éloigner encore un peu plus la Turquie de l’Europe. Chacun se bat avec les moyens dont il dispose et le seul pouvoir qui ne dévie pas de sa route est le clan Assad en Syrie, soutenu par la Russie, qui veut achever la reconquête de son territoire, serait-ce au prix de l’émigration de millions de ses concitoyens et des 400 mille morts déjà répertoriés depuis le début de cette guerre civile en 2011. Le mal est parti de la et continue à prospérer. L’agitation inquiète de la Turquie n’en est qu’un dommage collatéral.

La Turquie utilise à plein sa capacité de nuisance pour asseoir une occupation illégale de la Syrie

La Turquie accentue le trouble qu’elle sème au Proche-Orient et, par conséquence, en Europe. Ce pays occupe militairement la bande syrienne nord frontalière et se confronte désormais directement à la volonté du régime syrien de reprendre le contrôle de l’ensemble de son territoire. Les armes parlent depuis quelques jours et il y a des morts dans les armées des deux côtés. Evidemment la religion n’est jamais bien loin : les turcs sunnites, plutôt proches de la confrérie des Frères musulmans, sont opposés aux syriens alaouites, une branche de l’islam plutôt proche du chiisme d’où le soutien des iraniens et du Hezbollah libanais à Damas, qui plus est, sérieusement appuyée par l’armée russe.

Alors évidement Ankara se retrouve un peu esseulée et appelle au « soutien » de l’Europe dans son combat, sous menace de renvoyer les deux à trois millions de réfugiés syriens présents sur son territoire vers les pays européens. On ne sait pas bien le type de « soutien » attendu par la Turquie. Veut-elle que les armées européennes, ou l’OTAN, viennent combattre le régime syrien pour « légaliser » l’occupation illégale du nord de la Syrie par l’armée turque et ses séides syriens ? C’est peu réaliste ce qui n’a sans doute pas échappé à Ankara. Veut-elle plus simplement que l’Europe fasse pression sur la Syrie et son allié russe pour que les combats syro-turques se terminent ? Quand on sait que la capacité d’influence du reste du monde sur ces deux pays est quasi-inexistante comme l’ont montré de nombreux exemples, on ne voit pas bien où cela peut mener. La Turquie veut-elle plus de sous de l’Europe, plus d’armes ? Sans doute.

Hélas, les vociférations du président turques contre à peu près tous les pays européens ont légèrement découragé leurs dirigeants respectifs. Le président Erdogan a successivement accusé les allemands de « pratiques nazis », puis son homologue Macron d’être en état de « mort cérébrale », qualificatif que celui-ci avait employé à l’encontre de l’alliance atlantique OTAN dont fait partie la Turquie, ambiance… Et l’on ne parle même pas des envolées lyriques d’Erdogan qui recommande un vote aux allemands d’origine turque pour les élections allemandes ou qui suggère à ceux-ci de faire beaucoup d’enfants pour « occuper l’Europe »[1]. Comme par ailleurs la Turquie occupe illégalement Chypre depuis 1974, membre de l’Union européenne, on comprend que ce pays ne déclenche pas une empathie généralisée dans les capitales européennes, c’est le moins que l’on puisse dire…

Mais ce président colérique est là, la Turquie aussi, les communautés d’origine turque sont très présentes et influentes en Europe de l’ouest (spécialement en Allemagne) alors il faut bien faire avec et les capitales européennes essayent de se dépatouiller de cette inextricable situation. Pour bien marquer sa forte capacité de nuisance, la Turquie a dirigé depuis deux jours des réfugiés européens vers les frontières grecques terrestres et maritimes. Le cynisme de cette action n’a d’égal que sa perniciosité, mais elle a des chances de fonctionner.

Dans le même temps la Turquie a demandé aux Etats-Unis la livraison de missiles anti-aériens comme elle avait demandé et obtenu la même chose de la Russie au grand dam des occidentaux, consternés par ce double langage d’un allié de moins en moins fiable.

Jusqu’ici la Turquie agace considérablement, se trouve plutôt isolée, mais obtient plus ou moins ce qu’elle veut, c’est-à-dire assez peu de réactions à ses déclarations et ses actions va-t-en-guerre. Moscou et Damas doivent plutôt sourire en coin de voir le régime d’Ankara réussir à affaiblir l’Occident à coups de vociférations plus ou moins religieuses… mais depuis quelques jours l’affrontement militaire est direct. La tentation (pourtant forte) de les laisser se débrouiller entre eux n’est pas une option tant ses implications risqueraient d’être négatives pour les pays européens. Le sujet va être très très chauds pour les semaines à venir.

Au moins une certitude, l’option de faire adhérer la Turquie à l’Union européenne n’est plus sur la table pour au moins les 50 prochaines années, c’est déjà ça.


[1] On a même vu des dirigeants turcs tenir des meetings électoraux en Allemagne et en France avant des élections en Turquie pour « motiver » leurs électeurs locaux. On n’ose pas même imaginer la réaction turque si des pays européens envisageaient des actions réciproques sur le territoire turc…

La Turquie occupe la Syrie, cela devait bien arriver un jour !

La Turquie occupe militairement depuis quelques semaines, une bande territoriale du nord de la Syrie, frontalière avec elle. C’est le départ des troupes américaines qui a provoqué cette invasion, justifiée officiellement par la nécessité d’avoir un territoire syrien où réinstaller les deux ou trois millions de réfugiés syriens installés sur le sol turc. Il y a également des motifs de guerre de religion, la Turquie portant le drapeau sunnite et soutenant plus ou moins les rebelles inspirés par ce courant alors que le régime officiel syrien alaouite est plutôt du côté chiite d’où le soutien iranien à son combat pour le retour à sa souveraineté territoriale. Les buts moins avoués concernent la hantise turque de voir sa minorité kurdes (25 à 30% de sa population) s’émanciper et l’on sait que la partie militaire des mouvements kurdes prospère dans le nord de la Syrie où elle a participé avec les armées occidentales à la réduction des mouvements terroristes religieux sunnites (les groupes Etat islamiste, Al Qaeda et assimilés).

L’armée turque s’appuie également sur des milices syriennes pro turques et antikurdes : « l’Armée nationale syrienne » !

Le tweet du président turc

Immanquablement cette occupation turque en Syrie va créer des confrontations plus ou moins chaudes avec le régime syrien en place qui n’est pas composé que d’enfants de chœur… Rappelons que la Turquie occupe militairement et illégalement un territoire de l’Union européenne depuis 1973 : Chypre. Cela devient une habitude…

Les mille et une nuits

C’est l’histoire des turcs sunnites, les enfants de l’ex-Empire ottoman, qui s’allient avec des milices syriennes arabes sunnites, plus ou moins proches du groupe Etat islamique, appliquant un islam radical et souvent meurtrier ; ensemble ils envahissent un territoire appartenant à la Syrie dont le pouvoir alaouite, une branche du chiisme, réprime férocement (entre 300 et 500 mille morts) une rébellion politico-religieuse, plutôt sunnite, qui mine le pays depuis 2013. Pour se faire épauler dans ce combat, la dictature syro-alaouite, soutenue par sa minorité chrétienne, reçoit l’aide des russes orthodoxes et des iraniens chiites qui veulent tous deux avoir un accès à la Méditerranée. Dans ce territoire syrien envahi par les turcs s’étaient rassemblés depuis quelques années des syriens kurdes, majoritairement musulmans sunnites mais du genre plutôt flexible (les femmes combattent et ne sont pas voilées) versus les syriens arabes sunnite (les femmes sont voilées et restent à la maison), mais aussi alliés des turcs kurdes, eux-aussi musulmans. Les kurdes, syriens comme turcs, sont pourchassés de façon obsessionnelle et depuis des décennies par le pouvoir turc non-kurdes.

Comme tout ceci était finalement un peu trop simple, la dictature syro-alaouite n’ayant pas réussi à réduire la rébellion interne, cette dernière a prospéré en Syrie dans de multiples directions politico-religieuses dont celle défendue par des sunnites-salafistes encartés au groupe Etat islamique. Ce groupe on le sait veut abattre l’Occident et convertir la planète à ses convictions religieuses. Dans ce but il commet des massacres terroristes dans les grandes capitales. Les pays occidentaux touchés, majoritairement chrétiens, se sont donc alliés aux syriens kurdes pour lutter sur le terrain contre le groupe Etat islamique basé en Syrie. Comme ces occidentaux ne veulent pas risquer de se retrouver face à face avec l’armée turque avec laquelle ils sont membres d’une alliance commune, l’OTAN, eh bien ils ont lâché les syriens kurdes et sont rentrés chez eux. Du coup les syriens kurdes sunnites flexibles viennent de de réconcilier avec le pouvoir syrien alaouite inflexible pour limiter les ambitions turques sunnite sur le territoire syrien !

Vous n’avez pas tout compris ? C’est normal, reprenez depuis le début mais ne tardez pas trop car toutes ces alliances incompréhensibles sont éphémères et changent tous les matins.

Ce que l’on peut affirmer sans trop de risques de se tromper c’est que si la Turquie maintient son invasion du territoire syrien elle risque de le regretter. Cela ne sera sans doute pas aussi tranquille que l’occupation turque illégale d’une partie de Chypre, pays membre de l’Union européenne depuis 1974. Si aucun pays de l’Union n’a estimé vraiment opportun de faire la guerre à « l’allié » turc pour un bout d’île méditerranéenne, on peut prévoir que dans le contexte moyen-oriental tortueux décrit ci-dessus l’occupation de la Syrie va déclencher du bruit et de la fureur.

La Turquie à l’assaut de la Syrie

Maintes fois annoncée, toujours retenue, l’invasion du nord de la Syrie par l’armée turque a débuté cette semaine, appuyée par des supplétifs locaux, plus ou moins islamistes. Le motif officiel est de sécuriser sa frontière sud où, coté syrien, existent des organisations kurdes considérées par Ankara comme ennemi intime depuis des décennies. Officiellement le gouvernement turc souhaite également réinstaller au nord de la Syrie les 2 à 3 millions de réfugiés syriens accueillis sur son sol.

Le chaos syrien s’aggrave, personne ne sait vraiment comment va évoluer la situation que l’Occident a échoué à régler. Ce pays déchiré est maintenant laissé à la dérive avec de nouveaux alliés que sont la Russie et l’Iran. La Turquie s’installe dans sa partie nord et il n’est pas dit que le gouvernement syrien y soit véritablement opposé puisqu’il s’agit de combattre les kurdes, pas vraiment pro-régime syrien.

Les forces kurdes ont mené la plus grande part des combats au sol contre le groupe Etat islamique, les forces de la coalition internationale restant essentiellement aériennes. Elles détiennent toujours un certain nombre de terroristes de ce groupe dont beaucoup sont des étrangers (on parle de plusieurs centaines de français) que leurs gouvernements respectifs rechignent à récupérer. Le risque est aussi de les voir s’égayer de nouveau dans la nature, à moins que les forces turques ne récupèrent la gestion des camps dans lesquels ils sont détenus ?

Les organisations kurdes crient à la trahison des occidentaux qui laissent la Turquie venir les combattre sur le terrain syrien. Les alliances se font et se défont ! L’Histoire hélas est riche en abandon : les harkis laissés en Algérie lors du retrait de la France, les sud-vietnamiens laissés par les américains en 1973 après les accords de Paris, etc. Lorsqu’une force étrangère s’installe dans un pays, pour une bonne ou une mauvaise raison, elle va bien en partir un jour et ceux qui ont « collaboré » avec elle auront sans doute des comptes à rendre s’ils restent dans ledit pays. C’est ce qui est en train de se passer au nord de la Syrie en cours d’évacuation par les forces occidentales.

On peut toutefois gager que les forces turques vont en partir un jour, peut-être plus tôt qu’elles ne pensent elles-mêmes d’ailleurs. Tous les éléments d’un profond chaos sont en mis en œuvre pour remplacer l’équilibre, certes instable, qui subsistait avec la présence de quelques centaines de soldats occidentaux dans cette région qui empêchait les nombreuses autres forces belligérantes de trop tenter le diable. Aujourd’hui la Turquie envahit un Etat étranger avec en plus l’appui de milices plus ou moins locales, plus ou moins religieusement fanatisées. Tout ceci fleure bon les règlements de comptes à l’horizon et, à tout le moins, la poursuite de cette tragique guerre civile en Syrie avec l’arrivée officielle d’une nouvelle armée qui jusque-là n’agissait qu’en sous-main. Il y aura forcément des retournements de vestes, des attentats contre l’armée turque, voir contre des civils en Turquie même, des réactions et contre-réactions. L’histoire ne fait que commencer.

Devant ces bruits de bottes on frémit en se rappelant que la Turquie est membre de l’alliance occidentale OTAN et dispose sur son territoire d’armes nucléaires américaines. Après avoir envahi Chypre, un pays membre de l’Union européenne, qu’elle occupe toujours, voici maintenant Ankara envahissant la Syrie. En tant que membre de l’OTAN, la Turquie bénéficie de la clause de solidarité qui veut que les pays de l’Alliance soient engagés à se défendre les uns les autres en cas d’attaque de l’extérieure. Cela veut dire que si la Syrie (ou ses alliés) voulant défendre son territoire ripostait contre Ankara, les pays membres pourraient être appelés à la rescousse.

L’Orient est décidemment très compliqué !

La Turquie entre deux rives

La Turquie et son tonitruant président, membre actif de l’organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), est en train d’exécuter un contrat d’armement avec la Russie, prévoyant notamment la livraison de missiles anti-aériens supposés très sophistiqués qui doivent être opérés avec une assistance russe. Dans le même temps, les entreprises turques devaient participer au pool de fournisseurs du programme d’avion de combat américain F35. Les autres membres de l’Alliance, et plus particulièrement les Etats-Unis s’émeuvent de cette double allégeance et Washington vient de suspendre la participation turque au programme F35 craignant qu’elle ne facilité l’acquisition de données sur cet avion du futur par la Russie.

Au-delà de ces considérations tactiques et techniques bien compréhensible on voit une nouvelle fois les hésitations de la Turquie à se positionner : entre République et Empire, entre Europe et Asie, entre laïcité et religion, entre l’Est et l’Ouest, entre démocratie et dictature. Bref, à la différence de nombre de pays européens, elle n’a pas abdiqué de sa volonté de puissance et fait feu de tout bois pour tenter de revenir à un statut d’influence, empruntant toutes les voies qu’elle pense ouvertes pour ce faire. Cela se fait hélas au détriment de ses convictions et d’une ligne de politique étrangère claire.

Les alliés de la Turquie au sein de l’OTAN peuvent légitimement s’inquiéter de cette attitude girouette. En cas de conflit dur, quel camp choisirait Ankara ? On ne le sait pas vraiment, sans doute pas plus son tonitruant président d’ailleurs, et on frémit à l’idée que tout le matériel militaire de l’Alliance stationné en Turquie puisse être utilisé à mauvais escient. Sans doute des précautions ont été prises pour tenir compte de la fiabilité limitée de cet allié remuant. Entre la Pologne définitivement rebelle à tout rapprochement avec la Russie compte tenu de son histoire récente et la Turquie menant des alliances de circonstance avec Moscou, ennemi historique de l’OTAN, la voie est étroite pour gérer les intérêts contradictoires d’une alliance militaire. Pas sûr qu’elle n’y résiste, ou alors va-t-elle réduire son envergure comme l’Union européenne se séparant du Royaume-Uni, pour se concentrer sur ses vrais amis.

Constantinople et la politique moderne

En campagne électorale municipale le président turc passe la vitesse supérieure dans le beaufitude de son argumentation politique. Le voici maintenant qui s’attaque au statut de la basilique Sainte-Sophie à Istanbul, qui a été successivement une église, puis une mosquée, puis un musée depuis 1934, au fur et à mesure des guerres de conquête des croisés catholiques puis des guerriers musulmans qui ont marqué cette ville, de Byzance à Istanbul, en passant par Constantinople. Dans sa grande sagesse le président Atatürk avait transformé l’ancienne basilique en musée pour marquer l’impossible réconciliation entre les religions, alors que ses troupes voulaient la dynamiter en 1918 après la défaite des puissances de l’Entente lors de la première guerre mondiale et que des troupes occidentales occupaient Istanbul…

Evidement le président actuel dont l’une des stratégies est de réislamiser la Turquie s’empare du dossier et veut retransformer ce musée en mosquée. On se demande s’il n’a vraiment rien de mieux à faire que de perdre son temps à ces billevesées religieuses qui n’intéressent que les extrémistes des deux bords. Il pourrait par exemple consacrer un peu plus de temps au développement économique de son pays ? Ainsi vont politique et religion lorsque par malheur elles sont mélangées.

La Turquie attise le feu

Tout en subtilité, le président turc commente dans ses meetings les attentats de Nouvelle-Zélande contre deux mosquées qui ont fait 50 morts et de nombreux blessés, commis par un suprémaciste blanc australien qui a priori ne nie pas les faits mais au contraire les a théorisé sur ses différents comptes dans les médias dits-sociaux. En campagne électorale le président turc harangue les foules en clamant :

Ce n’est pas un acte isolé, c’est quelque chose d’organisé… Ils sont en train de nous tester avec le message qu’ils nous envoient depuis la Nouvelle-Zélande, à 16 500 kilomètres d’ici.

Se référant à la bataille des Dardanelles pendant la première guerre mondiale, perdue par les alliés, y compris l’Australie, contre l’empire ottoman, il ajoute :

Il y a un siècle, vos aïeuls sont repartis à pied ou dans des cercueils. Si votre intention est la même que la leur, nous vous attendons.

Le terroriste australien qui a mené ces attaques a filmé ses exploits qu’il a diffusés en direct sur les réseaux dits-sociaux. Le président turc a rediffusé une partie de ces images lors de meetings électoraux. Il est indéniable que cet attentat en Nouvelle-Zélande était dirigé contre l’Islam comme ceux commis ces dernières années étaient dirigés contre les non-musulmans. Dans un cas comme dans les autres, ils sont surtout le triomphe de la bêtise humaine sur l’intelligence, la victoire de l’obscurantisme religieux contre la raison. Il n’est pas sûr que la récupération de ces attaques meurtrières dans le cadre d’un débat électoral puisse avoir d’autres effets que celui d’attiser les haines des uns contre les autres. Ce n’est pas le rôle qu’une démocratie assigne à ses dirigeants.

Le gouvernement australien s’est ému de ces propos présidentiels et en a demandé le retrait. Comme il est assez peu probable qu’il obtienne satisfaction, il recommande en attendant la prudence à ses concitoyens qui voudraient se rendre en Turquie. C’est bien le moins.

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Confirmation en Turquie


Un président turc se fait réélire ce week-end au premier tour et son parti islamisé est confirmé au parlement. Après une modification de la constitution approuvée par référendum lui octroyant les pleins pouvoirs, M. Erdogan , un peu calife, un peu soupe-au-lait, très nationaliste, est reparti pour au moins cinq années à la tête de l’Etat après déjà quinze ans de pouvoir.

Le garçon ne plaît pas beaucoup à l’Occident, il copine avec Russes ou arabes (sunnites) selon ses intérêts, éventuellement avec des groupes terroristes si cela l’arrange, son armée bataille en Iraq et en Syrie, il vocifère contre l’Europe, traite les dirigeants allemands de « nazis », mène une guerre civile sans fin contre les kurdes de Turquie ; mais il plait à ses électeurs qui le renouvellent très régulièrement et, même s’il y a sans doute un peu de fraude électorale (sans doute pas plus que lors d’une élection d’un président de l’UMP en France), il est largement et bien élu. Son peuple est content.

Son action depuis quinze ans a sans doute définitivement réglé le sujet de la candidature de la Turquie à l’Union européenne dont des dirigeants de rencontre avaient imprudemment inclus le principe dans le traité de Rome. Ce pays ne peut ni ne veut adhérer, et c’est bien ainsi car les Etats membres actuels ne veulent pas plus de cette adhésion. Voilà un point sur lequel tout le monde est d’accord d’un côté et de l’autre du Bosphore. Alors bien sûr Ankara, comme une fiancée éconduite, va tout faire pour nuire à l’Union européenne mais ce n’est pas la seule capitale à chercher à perturber, nous pouvons même dire que ce sont les lois du genre.

Mais la Turquie fait partie du traité de l’alliance atlantique (OTA N) et là les choses sérieuses commencent. Cette alliance majoritairement américano-européenne offre l’abri du parapluie nucléaire US à l’Europe frileuse et oblige l’alliance à défendre chacun de ses membres en cas d’attaque, et ce n’est pas rien. Ankara abrite des troupes et des armes nucléaires de l’OTAN sur son sol. On frémit à l’idée de ce que ce pays oriental pourrait en faire si la mauvaise humeur de son président se transformait en attitude belliqueuse ! Les chefs militaires comme les dirigeants politiques de l’après-guerre ont cru que la Turquie était occidentale. Ils se sont trompés. Nous reverrons la situation dans 30 ans.

En attendant il faut bien composer avec ce pays clé malgré les sautes d’humeur de son chef. Une diplomatie basée sur les faits et la discrétion reste le mieux que l’on puisse faire pour le moment. Laissons le raïs s’égosiller dans ses meetings électoraux sans réagir, les réalités économiques permettront à l’Europe de maintenir ses intérêts bien mieux que des réactions verbales inutiles.

La Turquie impérieuse

L’hebdomadaire Le Point fait sa une sur la Turquie en affichant en page de couverture une photo de son président sous le gros titre : « Le Dictateur – Jusqu’où ira Erdogan ? ». Des manifestants turcs résidents en France, dont on ne sait pas s’ils ont également la nationalité française, forcent des kiosquiers à retirer l’affiche de la une du Point de leurs kiosques. La rédaction du journal explique être victime d’une campagne de « harcèlement, insultes, injures antisémites ». Les affiches sont remises en place après intervention des autorités françaises.

Cette situation n’est pas véritablement étonnante ni même vraiment inquiétante, mais elle est symptomatique de l’avènement de pratiques propres à ces nouvelles entités appelées parfois « démocratures », alliant démocratie et dictature. Qu’elles soient d’inspiration religieuse comme la Turquie, ou d’obédience plus humaine basée sur la simple volonté de puissance et d’impérialisme comme la Russie, ces nouveaux Etats cherchent à s’imposer au reste du monde non seulement militairement quand ils le peuvent, mais aussi par leurs idées et leurs façons de vivre.

Ainsi nous voyons des soutiens d’un président turc intervenir violemment à l’étranger contre la liberté d’expression propre à ce pays, la Russie perturber des processus électoraux dans des pays occidentaux pour tenter d’y faire élire des candidats de leurs choix, généralement ceux susceptibles d’amener le chaos dans leurs pays une fois élus (Le Pen en France, Trump aux Etats-Unis) et favoriser l’émergence de la puissance de leurs parrains. A l’extrême, des mouvements terroristes actuels inspirés par des courants religieux moyen-orientaux cherchent aussi à modifier profondément les modes de vie en semant le chaos dans leurs pays cibles, occidentaux souvent mais pas toujours.

Le concept « d’agit-prop » (agitation et propagande) n’est pas vraiment nouveau et les occidentaux n’ont pas été les derniers à le développer. La radio américaine Voice of America a pendant des années diffusé sa propagande vers les pays du bloc soviétique pour les convaincre d’abandonner Moscou, la France postcoloniale n’a pas lésiné sur les moyens durant des décennies pour faire prospérer la Françafrique après des indépendances données à ses anciennes colonies. Durant la période coloniale, l’Eglise catholique a aussi puissamment œuvré pour convertir, parfois de force, des populations de va-nu-pieds.

Non, ce qui est nouveau c’est que cette « agit-prop » déroule ses effets perturbateurs désormais au cœur des démocraties occidentales et, qui plus est, menée par les va-nu-pieds d’antan. C’est la réponse du berger à la bergère. Elle caractérise la perte de puissance et d’influence des démocraties occidentales, accentuée en interne par la baisse de moral de leurs populations.

Que l’on se rassure, tout n’est pas perdu pour l’Occident et son mode de vie et de liberté continue à attirer comme un aimant, la vague actuelle des migrants le démontre jusqu’à l’absurde. Même la Turquie met au premier plan de ses préoccupations politiques l’assouplissement dans la délivrance des visas européens à des citoyens turcs. Il y aurait a priori plus de demandes pour entrer en Europe depuis la Turquie que l’inverse. Il faut laisser passer ces caprices de gamins mal élevés, ces comportements passeront sans doute à la Turquie avant que la France ne s’en fatigue. Ce pays a probablement eu plus à souffrir des temps de sa puissance que de ceux de son ouverture à l’Occident. Il aura plus à regretter de sa « démocrature » que de la démocratie. Son peuple s’en rendra bien compte un jour et reviendra à de meilleurs sentiments.

La Turquie sur tous les fronts

La Turquie qui occupe illégalement au regard du droit international depuis des années un pays membre de l’Union européenne, Chypre, s’est lancée dans une nouvelle conquête, cette fois-ci en Syrie, pour prendre le contrôle d’une bande de territoire frontalière « gérée » pour le moment par des bandes armées kurdes considérées comme terroristes par Ankara et d’autres capitales. On connaît l’extrême rejet de la Turquie à l’idée de toute reconnaissance du fait kurde et encore plus à la création d’un Etat kurde, elle est rejointe en ce sens par tous les pays où existe une forte minorité kurde, alors Ankara s’est alliée avec des milices opposées au régime syrien, pour chasser les kurdes de cette bande frontalière. Ses forces armées sont en train de combattre sur le territoire de cette Syrie dévastée par plusieurs années de guerre civile attisée par les intérêts divergents des grandes puissances.

L’imbroglio syrien se complexifie : la Turquie membre de l’Otan et donc alliée des pays occidentaux de cette alliance, occupant une partie de la République de Chypre membre de l’Union européenne, plus ou moins réconciliée avec la Russie, avec laquelle il était sévèrement fâché depuis que son armée de l’air avait abattu un avion russe, pour soutenir le régime Assad en Syrie, lui-même soutenu militairement par l’Iran et le Hezbollah libanais, se lie avec des opposants armés audit régime et fait intervenir son armée à l’étranger pour chasser les kurdes qui ont pris le pouvoir sur une partie de la Syrie, les kurdes étant soutenus militairement par l’Otan pour lutter contre le terrorisme religieux en Syrie… Il y a maintenant sur le terrain des soldats slaves, arabes, persans, ottomans, et dans les airs, les mêmes plus les américains et quelques européens… Relisez depuis le début si cela ne vous paraît pas clair !

Ce qui est hélas relativement compréhensible c’est que la Turquie est une alliée de l’Occident quand cela l’arrange. Son implication armée désordonnée dans le conflit syrien risque de lui revenir en boomerang un jour ou l’autre et elle devra sans doute en payer l’addition un jour, sans parler des effets intérieurs négatifs de sa progressive transformation en « démocrature religieuse » source potentielles de tensions internes, ne serait-ce qu’avec sa très significative communauté kurde déjà sérieusement malmenée. On frémit à l’idée que la situation se retourne, que la Turquie soit agressée par l’un de ses multiples ennemis et fasse appel à l‘article 5 du traité de l’Otan qui veut que les pays membres de l’alliance volent au secours d’un des leurs en cas d’agression extérieure. Le cas échéant, cela voudrait dire que les armées européennes et des Etats-Unis seraient engagées pour défendre une Turquie guerroyant indirectement contre certains pays membres et occupant Chypre…

Grandeur et décadence de la diplomatie internationale !

Curieuse géographie

Le journal Le Monde classe ses articles sur la Russie et la Turquie dans sa rubrique « Europe » et non « Asie-Pacifique ». On se demande si les écoles de journalisme en France apprennent bien la géographie à leurs élèves ?

La Turquie… encore et toujours

Le président turc, qui a priori n’a pas d’autres tâches plus urgentes à accomplir, conseille dans les médias aux citoyens allemands d’origine turque de ne pas voter pour les partis qu’il qualifie « d’ennemis de la Turquie », c’est-à-dire, dans son esprit, de tous les partis traditionnels. Comme il y a en Allemagne environ trois millions de citoyens d’origine turque, on peut imaginer que cette nouvelle saillie présidentielle puisse rencontrer quelque écho. Ce ne sera pas le cas si ces citoyens se sentent plus attachés à leur nouvelle patrie plutôt qu’à celle dont ils sont issues. L’analyse des votes des prochaines élections législatives allemandes sera édifiante à cet égard.

C’est d’ailleurs là l’un des défis importants de l’immigration dans les pays occidentaux. La France avec sa communauté d’origine magrébine y est également confrontée : comment intégrer ? La meilleure preuve de bonne acclimatation à une nouvelle communauté nationale dont on a hérité de la nationalité (ou dont les générations précédentes l’ont acquise), n’est-elle pas justement la participation au processus politique de son pays d’adoption en parallèle à l’abandon de celui dont on vient ?

Un second critère intéressant pourrait être de savoir où ces citoyens investissent leurs économies (pour ceux qui le peuvent). On se souvient que l’immigration portugaise en France des années 50 et 60 s’est traduite par un nombre significatif de naturalisations de citoyens qui continuèrent à réinvestir leur épargne dans la construction de maisons… au Portugal. C’est l’exemple d’une intégration partielle que l’octroi de la nationalité française, et donc du droit de vote, n’a pas vraiment approfondie.

Les slogans antiallemands lancés à tout va par les autorités turques ont finit par déclencher un peu d’émotion à Berlin qui est en train de revoir sa coopération économique avec ce pays belliqueux. Les investissements allemands sont relativement importants en Turquie et chacun risque de d’y perdre, Ankara sans doute plus que Berlin.

La religion prend le dessus de l’éducation en Turquie

Les autorités en charge de l’éducation en Turquie annoncent que les programmes scolaires du pays ne mentionneront plus la théorie de l’évolution de Darwin faute « de pertinence » mais incluront désormais l’enseignement du « bon jihad », celui qui exalte l’amour de la patrie. C’est le début de la fin du principe de la laïcité turque encore inscrit dans la constitution pour le moment. C’est en tout cas le crépuscule d’une époque, celle lancée par Atatürk de la modernisation du pays basée sur son virage vers l’Ouest.

Le créationnisme qui va à l’encontre du darwinisme est inscrit dans l’ancien testament et le jihad l’est dans le Coran. Ils sont donc privilégiés par le pouvoir religieux démocratiquement élu : la foi plutôt que la raison. C’est une vieille histoire. Rien n’est éternel et gageons que ce pays reviendra un jour sur les chemins abandonnés aujourd’hui. Il aura simplement pris du retard.

Le président turc aux Etats-Unis

Le président turc Erdogan a rendu visite aux Etats-Unis ce 16 mai à un moment où la Turquie s’éloigne de l’Occident tout en restant membre de l’organisation de défense atlantique (Otan) et alors que Washington a annoncé vouloir accentuer ses livraisons d’armes aux milices kurdes qui combattent en Syrie le groupe terroriste Etat islamique, mais sont aussi des opposants à Ankara.

Ces deux présidents populistes et grande gueule vont devoir compromettre sur des sujets sensibles, chacun tenant l’autre par la barbichette. Les forces de l’Otan disposent et utilisent des bases militaires en Turquie pour différentes opérations armées au proche et moyen orient. Les forces turques interviennent directement en Syrie plus ou moins sous l’aile russe et en soutien au régime syrien auquel s’oppose l’Occident. Pas facile de trouver un terrain d’entente dans ces conditions mais on peut gager que ces deux présidents roublards vont bien trouver un accord a minima en catimini, quitte à dire le contraire devant les journalistes.

La vraie question qui risque de se poser à plus ou moins court terme est le maintien de la Turquie dans une alliance militaire dont elle s’oppose frontalement à tous les membres, en des termes qui manquent souvent d’élégance. A force de mener sa diplomatie avec la subtilité d’un éléphant dans un magasin de porcelaine le président turc s’est mis tous ses voisins à dos. La charte de l’Otan stipule qu’en cas d’attaque contre un pays membre les autres doivent réagir. Il n’est pas vraiment réjouissant de penser que si l’Irak ou la Syrie attaquaient militairement un jour la Turquie, lassées des jérémiades et agressions diverses d’Ankara à leur encontre, eh bien les troupes occidentales de l’Otan seraient censées défendre la Turquie. Il va falloir y penser sérieusement si ce pays continue à dériver loin des intérêts occidentaux.

Au cours de cette visite turque aux Etats-Unis, des manifestations se sont déroulées devant l’ambassade turque où l’on vit les gardes du corps présidentiels turcs sortir pour tabasser les opposants kurdes, parfois de nationalité américaine, devant une police locale dépassée par les évènements. Il faut dire qu’il est plutôt inhabituel de voir des services de sécurité étrangers faire le coup de poing contre des manifestants à l’occasion d’un voyage présidentiel. Ainsi va la Turquie !

La Turquie s’éloigne

Alors que la Turquie est en train d’organiser un référendum pour transformer son régime en lui donnant un caractère très présidentiel, des ministres de ce pays cherchent à venir animer des meetings en Europe auprès des diasporas turques particulièrement nombreuses en Allemagne et aux Pays-Bas. Certaines de ces réunions ont été annulées par les pays d’accueil, déclenchant de vives réactions en Turquie.

L’Allemagne a été accusée de « pratiques nazies » et les Pays-Bas qualifiés de « fascistes [influencés par] les vestiges du nazisme ». La France qui a laissé un ministre turc venir animer un meeting référendaire à Metz, a pour l’instant été épargnée par les foudres turcs.

Pendant ce temps l’armée turque continue son combat sur le sol syrien contre les milices kurdes qu’elle craint plus que les milices islamistes et le pays accueille plus d’un million de réfugiés syriens.

Il faudra un jour se rapprocher de la Turquie et cela se fera. En attendant, le mieux est sans doute de laisser passer l’orage et poursuivre discrètement les accords qui peuvent l’être, dont ceux de l’OTAN dont la Turquie est membre. Le président Erdogan n’est sans doute pas éternel, gageons que son successeur reviendra à des sentiments moins éruptifs. Le problème est que la transformation constitutionnelle en cours va installer Erdogan au pouvoir absolu pour de longues années mais qui sait ce qui peut se passer en politique, surtout par les temps qui courent où la prévision est un art de plus en plus incertain.