Quoi de neuf ?

Roth Philip, ‘La Tâche’.

Sortie : 2000, Chez : . Un roman puissant sous la plume d’un grand écrivain américain. On y retrouve les cotés sombres de l’Amérique, le traumatisme de la guerre Vietnam, l’influence de la ségrégation, qui forment l’environnement dans lequel évoluent des personnalités complexes dans une petite ville universitaire des Etats-Unis. Un héros qui renie ses origines et court après la reconnaissance. Un roman haletant qui se termine par l’anéantissement des protagonistes.

Bryan Ferry – 2007/03/26 – Paris le Grand Rex


Bryan Ferry au Grand Rex, la salle attitrée de ses séjours parisiens, mais l’étoile aujourd’hui sur scène n’arrive plus à briller aussi fort que celles peintes au plafond du hall, inanimées et toujours resplendissantes. On en éprouve des regrets car l’homme est toujours tellement attachant. Son Dylanesque sorti quelques jours avant le show est intéressant. Trémolo vocal et orchestrations soignées civilisent le coté brut de la voix et des chansons de Bob Dylan.

Après son superbe As Time Goes By, reprises de classiques jazz, Ferry poursuit dans les remakes de la musique qu’il a aimé. Et même de déclarer à Libération : « On m’a suggéré John Lennon -beau répertoire. Neil Young ? Je chanterais bien Lou Reed ; pour reconstituer son Velvet Underground, la touche New York… ». La suite est à venir, Bryan sur Pale Blue Eyes… ça pourrait être fameux !

Le présent est pour Dylan : un groupe imposant avec un pack de trois guitaristes dont l’indéboulonnable Chris Spedding et un nouveau venu, Oliver Thompson, jeune blondinet androgyne fringué comme le pirate des caraïbes et plutôt virtuose. Toute une troupe de musiciens/choristes, sous la direction du maestro pianiste Colin Good, et qui fait un peu tapisserie.

On se demande si le nombre est vraiment nécessaire sinon pour faire illusion à la baisse de régime de Ferry. Eh oui, l’artiste commence à se rapprocher de la ligne rouge. Un peu d’embonpoint, beaucoup de transpiration, lecture de ses textes… Tout ceci est un peu douloureux pour les quinquas assis dans les larges fauteuils en skaï usé du Grand Rex à qui il renvoie l’image de leur propre décrépitude. Alors pour nier cette triste réalité quelques spectateurs se croient obligés d’aller se dandiner dans les allées sur Don’t Stop The Danse. Mais il faut tenir le rythme…

Bon, n’en rajoutons pas trop ! Ferry reste l’éternel séducteur à la voix de velours et lorsqu’il sort son harmonica sur Knockin’ On Heaven’s Door tout le monde fond d’émotion. Et quand démarre l’intro de Watchtower on suit le groupe avec enthousiasme sur cette version appuyée du classique dylanien repris par Hendrix, U2 et tant d’autres.

La comète Ferry a voyagé depuis trois décennies dans un espace musical unique, fait d’énergie désabusée et de douceur revigorante, nous captant dans sa lumineuse attraction. Nous rentrons aujourd’hui dans une zone de turbulences mais faisons confiance à l’élégance innée de Bryan pour négocier au mieux un atterrissage en douceur.

Set list : The ‘In’ Crowd/Kiss And Tell/ Just Like Tom Thumb’s Blues/ Positively 4th Street/ This Island Earth/ The Times They Are A-Changin’/ Knockin’ On Heaven’s Door/ Jealous Guy/ Don’t Stop The Dance/ Love Me Madly Again/ Body And Soul (Instrumental)/ When She Walks In The Room/ Casanova/ Simple Twist Of Fate/ Make You Feel My Love/ Gates Of Eden/ Tokyo Joe/ All Along The Watchtower/ A Hard Rain’s A-Gonna Fall/ Let’s Stick Together/ Love Is The Drug

The Musical Box – 2007/03/24-25 – Paris l’Olympia

Le groupe canadien The Musical Box continue à surfer avec talent sur la vague rétro et passe à l’Olympia nous réinterpréter Foxtrot et Selling England by the Pound. Après The Lamb… l’an passé, la recette est toujours efficace, la performance reste virtuose. Réservé exclusivement aux ultra-spécialistes nourris aux notes enrichies de Genesis. Les vieux fans de ce groupe de légende sont comblés par ce feed back sur leurs années 70’s et l’époque des opéras rock, quand l’ampleur de cette musique obsédait nos oreilles et les étranges contes de Peter Gabriel fascinaient nos neurones à la (vaine) recherche de créativité. Et tous n’ont pas eu la chance (ou l’âge suffisant) de les voir sur scène.

Alors, après avoir tellement admiré cette musique et ses créateurs-interprètes, les revoir ce soir, même clonés, est un enchantement teinté de nostalgie. Il n’y a pas une note qui déroge au modèle, pas un costume qui n’est point d’époque. Comme si de rien n’était, Genesis est à nouveau devant nous et nous allège un peu du misérable petit tas de secrets de nos existences, accumulé au cours des trente années passées. L’Ange Gabriel revient dans nos consciences embrumées agiter le petit lampion de ses facéties et de son génie comme il l’a fait tout au long de nos existences : The sands of time were eroded by/ The river of constant change.

A la sortie, dans les coulisses, François Gagnon le guitariste attend sagement devant les vestiaires. Il vient de nous jouer de manière envoutante les envolées électrifiées de Firth of Fifth, et nous explique qu’il n’avait pas l’âge d’écouter Genesis à l’époque mais a travaillé cette musique sur le tard pour la rejouer de façon si proche du modèle d’origine.

On parle de la prochaine dissolution de The Musical Box. Ephémère et magnifique expérience d’une œuvre éternelle !


Set list du 24 : Watcher of the Skies, Can Utility and the Coastliners, The Musical Box, Get’em out by Friday, Supper’s Ready, The Return of the Giant Hogweed

Encore : The Knife, The Fountain of Salmacis

Set list du 25 : Watcher of the Skies, Dancing with the Moonlit Knight, The Cinema Show, I Know What I Like, Firth of Fifth, The Musical Box, More Fool Me, The Battle of the Epping Forest, Horizon, Supper’s Ready

Encore : The Knife

Molly Johnson – 2007/03/20 – Paris l’Européen

Le Canada est à Paris, après le rock flamboyant d’Arcade Fire, le rock progressiste de The Musical Box voici venu le temps du jazz avec Molly Jonhson et du cabaret-pop de Lenni Jabour qui fait la première partie de ce concert à l’Européen.

Lenni entre en robe vaporeuse pour s’installer résolument derrière le piano à queue. Elle interprète devant des spectateurs curieux ses douces mélodies aux mots sucrés. Frappant l’ivoire elle fait onduler ses épaules où trône un papillon tatoué qui prend son envol pour semer ses rimes dans nos cœurs attendris. Elle nous invite à cette ballade dans son monde léger, mais grave et envoutant. Chacun la suit dans cette pérégrination intime dans les rues de son âme peuplées de notes, bordées de nostalgie : I ride all night and I’m allright/…/ But it’s green where I go and no one knows me/ I ride – stripclub lights my only guide/ I’m awake more than in a long time.

Molly lui succèdent avec son groupe. Métis black anglophone elle a l’assurance d’une professionnelle de longue expérience, des musiciens tranquillement excellents et même en guest star un accordéoniste français. Sa musique n’est que pure élégance, celle d’un jazz venu du nouveau monde : clair, doux et évident. Parfois mélancolique comme la vie qui passe, souvent joyeuse comme un dimanche dans les bras de l’être aimé : Let the world slip away/ On this almost perfect afternoon/ Can’t  we stay in bed all day/ Just this one day, this golden Sunday with you.

Comme pour transcender le romantisme qui souvent marque ses compositions Molly parle avec profusion entre les morceaux, au milieu de grands éclats de rire, de son engagement dans la lutte contre le sida dans les pays pauvres pour introduire une très belle reprise de Streets of Philadelphia de Springsteen, du désir du Canada de garder le Québec dans la barque, …, mais c’est quand elle chante qu’elle séduit définitivement son audience. Une voix qui vagabonde sur les chemins ordinaires de la vie, mis en musique avec tact et harmonie.

Arcade Fire – 2007/03/19 – Paris l’Olympia

Arcade on Fire

Incroyable concert d’Arcade Fire ce soir à Paris. Un souffle gigantesque a balayé l’Olympia, un énorme enthousiasme a électrisé les 3 000 chanceux spectateurs du premier show français de la tournée Neon Bible.

Après la prestation sympathique des trois jeunes donzelles britanniques de Electrelane, l’entracte n’en finit plus de s’éterniser face à l’amoncellement d’instruments installés sur les différents niveaux de la scène. Les bières circulent dans la foule compacte et surexcitée, les cigarettes s’allument en douce puis les lumières, enfin, s’éteignent. Des bibles électroniques sont reproduites à l’infini sur les écrans et rien ne se passe. Mais la porte d’entrée des spectateurs s’ouvre sur notre joyeuse bande qui se fraye, difficilement, un chemin, portant guitares, violons, archets et porte voix pour s’installer au milieu de la fosse. Et ils entament Wake Up au mégaphone au milieu de spectateurs hallucinés : Somethin’ filled up my heart with nothing’, someone told me not to cry. But now I’m older, my heart’s colder, and I can see that it’s a lie…

Ils rejoignent la scène et le spectacle continue. Une bande de doux cinglés prennent alors le contrôle d’un improbable show, Arcade Fire est à Paris ; provenance : Montréal, Canada ; destination : le sommet infini de notre désir de musique. Black Mirror démarre sous les spots et nous découvrons onze illuminés accrochés à leurs instruments : guitares, cordes, cuivres, micro et mégaphone, même une vielle branchée sur un ampli. Les mecs ont des allures d’émigrants vers la grande Amérique, les filles sont en robettes noires à nœud-nœuds, on les croirait sorties de l’école catho du coin : I walked down to the ocean/ After wawing from a nightmare/ No moon no pale reflection/ Black mirror black mirror.

Black mirror black mirror black mirror… et sa rythmique pesante nous fait plonger du haut d’une falaise pour monter à l’assaut du grand fleuve de tous nos sens. Ce groupe impressionnant nous emmène au plus profond de notre plaisir cérébral, déchaînant un torrent de jouissance ébahie. C’est un bouillonnement d’énergie à coté duquel le barrage des Trois-Gorges relève du siphon de lavabo. On coule dans le ressac des riffs, on pousse fort pour aspirer une nouvelle goulée d’air frais pour replonger en apnée dans une folie rythmique et vocale. Les compositions de Neon Bible nous sont lancées comme des bouées ! Les reprises de Funeral ajoutent à la furie ambiante.

Sur scène c’est un véritable capharnaüm. Les uns courent en drumant tout ce qui leur tombe sous la main, les autres échangent leurs instruments entre les morceaux. Les femmes violonistes tiennent tambourins et archets dans leurs deux mains et chantent dans leurs micros en même temps qu’elles jouent et dansent. Tous sèment le sillon profondément creusé dans le terreau de notre lobe musical.

Win Butler, chanteur-guitariste texan et Régine Chassagne, chanteuse-multi-instrumentistes canadienne, forment le cœur du réacteur Arcade Fire. Le premier a des allures et une voix à la David Byrne. Régine ballade ses airs polissons de long en large sur la scène en mimant une gestuelles saccadée, comme stroboscopée.

Au milieu du show elle nous dévide une impressionnante version rock de Poupée de cire Poupée de son, malaxée à l’aune d’une inspiration torride et urgente. En écoutant ce feu, Gainsbarre a du apprécier, rigoler et allumer une Gauloise au paradis des poètes. Et lorsqu’après avoir joué Ocean of Noise sur l’orgue d’église perché en étage Régine descend pour appuyer au piano les accords obsédants de Rebellion (Lies) le barrage qui arrivait encore un peu à canaliser l’énergie explose brutalement déversant sa fureur sur la fosse de l’Olympia : Everytime you close your eyes. Lies!!!/ Ouhuhuhuh, ouhhuhuhu, ouhhuhuhu… Tout a cédé, les spectateurs balayés tressautent sous l’assaut du flot des notes et des voix, le sol n’est plus que vibration, la foule en syncope ondule mécaniquement, onze musiciens d’anthologie ont tiré la bombe et déclenché le feu nucléaire d’une émotion totale : Everytime you close your eyes. Lieieieieieieies!!!

Les musiciens terminent sur Intervention, aussi épuisés que les spectateurs. La scène est dévastée, les cœurs sont chavirés, les esprits bouleversés. Après le rappel des Neighbourhood #2 et #3 les parisiens refusent de quitter la fosse sans revoir les Arcade. Vingt minutes d’acclamations vaincront nos guerriers qui reviennent, déjà habillés pour sortir, et jouent un inattendu In the Backseat !

Ce soir nous avons eu l’aperçu d’une œuvre collective, oh combien, composée et jouée par un groupe unique et inclassable. Il y a l’inspiration des grands espaces dans cette musique et l’énergie du Nouveau Monde dans ses rythmes et ses décibels, des textes sombres et puissants ; une musique accomplie, permanente, émouvante, riche, novatrice, qui nous colle à leurs auteurs/interprètes comme de la limaille à un aimant. Un vrai bonheur, foisonnant, luxuriant, épuisant, fascinant. C’est l’ouragan Arcade Fire, tout simplement !

Set list => Wake Up, Black Mirror, Keep The Car Running, No Cars Go, Haiti, Poupee de Cire/Poupee de Son [France Gall cover], Black Wave/Bad Vibrations, My Body is a Cage, Neon Bible, The Well And The Lighthouse, Ocean of Noise, Rebellion (Lies), Neighbourhood #1 (Tunnels), Intervention
Encore : Neighbourhood #2 (Laika), Neigbourhood #3 (Power Out) ,
Encore 2 : In the Backseat

Peyrelevade Jean, ‘Le capitalisme total’.

Sortie : 2005, Chez : .

Une excellente analyse du capitalisme moderne : efficacité économique et mondialisation financière mises au service de l’argent roi sans contre-pouvoir autre qu’une intelligentsia politique ou intellectuelle repliée sur la nation et ses illusions de puissance. Face à la « gouvernance » boursière et ses rêves d’enrichissement permanent l’auteur essaye de conclure sur une note optimiste en citant Raymond Aron et son respect des « valeurs politiques ». Il faut y croire…

Nine Inch Nails – 2007/02/21 – Paris l’Olympia

Avec Nine Inch Nails c’est un mythe du rock moderne qui s’installe à Paris pour deux soirées. Le public ne s’y est pas trompé qui a sur-réservé les deux shows depuis plusieurs semaines. L’unique membre permanent du groupe est son leader-créateur, Trent Reznor, un junkie-poète de 40 printemps, petite taille-grande énergie, homme d’excès-nature destructrice. Il fait les gros titres des rubriques intellos underground pour sa capacité à créer une musique dévastatrice, à détruire son environnement matériel et sa propre personne. Le label de Reznor s’appelle Nothing Records !

Il est le parangon du rock industriel, une sorte de mixage urbain entre une électronique résolument glaciale et sophistiquée, avec un rock dur et hargneux. La violence qui en résulte est intergalactique et volcanique. Des éruptions solaires qui projettent loin et longtemps leurs scories incandescentes. Le décor est comme il se doit industriel, façon hangar de forge, crépusculaire. De larges lampes métalliques pendent au bout de longs fils, les lumières viennent du fond de la scène, des fumées diffusent tout au long du show faisant apparaître les musiciens en ombres chinoises. On croirait des ouvriers penchés sur le serpent rougeoyant expectoré d’un haut fourneau digne de Zola !

Et l’enfer de la forge c’est la musique délivrée par ce gang américain, ce sont les paroles de ruine composées par Trent, c’est sa voix blanche hurlée dans le micro à en défaillir, c’est un rythme assommoir, des sons dissonants, des silhouettes démoniaques, menés un Reznor souvent en retrait laissant le devant de la scène à son guitariste, inquiétant et virtuose.

Il n’y a pas de fil conducteur de cette musique si étrange mais tout de même une évidence, celle d’un monde post nucléaire qui survit dans la jungle urbaine dévastée. L’atmosphère est pesante, la performance est étourdissante mais son auteur reste touchant dans le développement de sa vision apocalyptique du monde. Il y va d’un univers de bande dessinée de science-fiction dans lequel tout est terrifiant mais avec un coté naïf, limite enfantin, qui adoucit les mœurs.

A bien regarder sur les crédits du double album phare de Nine Inch Nails : « The Fragile », on trouve des remerciements à David Bowie et on découvre la présence d’Adrian Belew (ex guitariste chez Zappa et Bowie, désormais membre déjanté à part entière de King Crimson, instrumentiste de génie) aux guitares sur plusieurs morceaux. Evidemment, ces deux la ne pouvaient que traîner dans l’univers étrange et saturé de Reznor.

Après deux heures de show, le groupe nous laisse pantois sur le parquet de l’Olympia, repu de rock, les oreilles bourdonnantes et le cœur avec les NIN qui ont su libérer un tel flot d’énergie et de violence un soir d’hiver à Paris. Il n’y a pas de rappel, les guitares ont été brisées sur les amplis pour le final.

Setlist => Somewhat Damaged, Last, March Of The Pigs, Something I Can Never Have, Ruiner, Closer, Burn, Gave Up, Help Me I’m In Hell, Eraser, Wish, The Big Come Down, Survivalism, Only, Suck, The Day The World Went Away, Dead Souls [JOY DIVISION], Hurt, The Hand That Feeds, Head Like A Hole.

Conroy Pat, ‘Saison Noire’.

Sortie : 2002, Chez : . L’année 1966/67 de Pat Conroy comme capitaine de l’équipe de basket de l’université militaire où il faisait ses études. C’est l’histoire d’une jeunesse américaine qui décline ses ambitions d’absolu dans les affrontement sportifs et la discipline militaire. Il y apprend la vie et ses désillusions. 30 ans plus tard, lors de l’écriture de cet ouvrage autobiographique, il retrouve la sororité de son ancienne université, quelques vies brisées par le Vietnam et beaucoup d’américains aux existences forgées à l’école du sport et de l’amitié virile. Comme toujours, il y règle encore quelques comptes avec son père. On se noie parfois un peu dans les comptes-rendus de matchs mais on y retrouve la lumineuse évidence de sa plume de grand écrivain « sudiste ».

Isobel Campbell & Mark Lanegan – 2007/01/30 – Paris le Trabendo

Isobel Campbell et Mark Lanegan au Trabendo ce soir, l’attelage improbable de l’ex-chanteuse violoncelliste écossaise de Belle and Sebastian et d’un chanteur californien de Quenns of the Stone Age, qui développe une musique froide et mystérieuse comme une aurore boréale sur la nuit polaire.

Mark a rencontré Isobel à Glasgow à l’occasion d’un concert des Quenns… Ces deux la partiront à Los Angeles mêler leurs humeurs maussades et aériennes pour sortir ce petit joyau de Ballad of the Broken Seas qu’ils nous jouent ce soir agrémenté de quelques nouveautés.

Il a la voix éraillé d’un vieux bluesman usé par la route, la vie, le bourbon et les cigarettes. Elle a la grâce, blonde et éthérée, d’un ange descendu des Highlands, un pays où la vie est rude. Ils chantent un blues/folk/pop mélancolique et subtil, touchant et minimal. Elle susurre des mots à peine audibles sur la voix toute en basse de son partenaire. Elle est l’auteur de ces compositions qui évoquent les grands espaces et le vide ordinaire de nos vies, à l’image des photos du disque prises dans la chambre d’un motel au milieu de nulle part.

Il ne se passe rien sur scène, juste deux musiciens qui discrètement nous délivrent leur bande sonore, innovent et dérivent de leurs chemins habituels, se retrouvent pour fusionner sur une nouvelle route. Et quand Isobel s’empare de son cello, c’est encore un peu plus de nostalgie entêtante qui descend sur nous : Against my will to these sad shores/ An unknown force has drawn me/ Bound unto a future shaped by ancestors before me/ Day on day I march the beat to someone else’s drum/ I have searched far foreign lands there’s nowhere left to run…

Un petit rappel et s’en vont silencieusement, nous laissant dans nos rêves inachevés du miracle d’une rencontre musicale et exigeante partagée avec nous le temps d’une soirée parisienne. Simplement de la musique et de l’émotion, du talent et pas de prétention.

Archive – 2007/01/20 – Paris le Zénith

Après être apparu dans un secret show acoustique pour MySpace.com le 11 janvier à l’aquarium du Trocadéro Archive a donné ce soir au Zénith une éblouissante démonstration, électrique cette fois-ci, de son talent et de sa capacité à faire couler de l’émotion pure dans les veines des 6 000 spectateurs du concert parisien, complet depuis plusieurs semaines. Le groupe a joué jusqu’à n’en plus pouvoir et trois rappels n’ont pas suffi à apaiser un public français bouleversé par la performance.

Lights ouvre le show, morceau éponyme de leur dernier disque, 20 minutes de montée en tension où l’ambiance froide des claviers du départ est progressivement complétée par l’entrée en scène des musiciens et instruments sur fond de vidéo montrant une lampe de bistrot qui se balance lentement au bout de son fil. L’électronique et les machines s’unissent pour atteindre à leur apogée un déchaînement électro-rock de rythmes et de volume portés par l’incroyable voix de Pollard Berrier qui énonce tous les motifs de souffrance sur la planète terre : It hurts to feel/ It hurts to hear/ It hurts to face it…. Outre Pollard, le collectif de chanteurs à géométrie variable est composé de Dave Pen et Maria Q, trio parfait qui rentre dans le moule Archive comme s’il y était né. Ils se succèdent sur scène ou aux guitares suivant le sombre sillon profondément tracé par le duo créateur, Darius Keller et Danny Griffiths.

Toute la bande est de noir vêtu, tel un groupe de clergymen délivrant le catéchisme sonique de notre siècle décadent. Collé à ses machines, Darius fait des pompes sur ses claviers comme un sage juif devant le mur des lamentations !  Danny coiffé d’une casquette de base-ball beaufesque appui sur des boutons et lance des machines. Steve Harris, le seul instrumentiste véritablement virtuose de l’équipe avec le batteur, guitariste good looking guy, portrait craché de Zidane, danse sur scène aux rythmes syncopés qu’il impose à ses cordes. Dave perdu sous une tignasse rebelle se lance à corps perdu dans des vocalises puissantes et insuffle la gégène à sa guitare noire. Et puis il y a Maria, et la, tout s’arrête ! Pour ceux qui ignorent ce que peut être l’émotion pure de la musique, il leur suffit sans doute d’écouter Maria chanter I will Fade pour être convertis. Sa voix éthérée s’envole dans l’espace silencieux d’un Zénith qui a religieusement déposé les armes aux pieds d’un ange pour fuir avec lui dans le réconfort d’une nostalgie entêtante : And you never see me walking towards you/ I you did I would surely fade/ And you never see me trying to hold you/ I you did I would surely fade away.

Les morceaux se succèdent sans intermède ni respiration. 2 heures 30 d’une ambiance musicale aux harmonies en mode mineur dont les pics de violence hypnotique ne font pas oublier la douleur d’une vision désenchantée de la vie. On ne parle ici de quêtes sans espoir, d’échecs sans rémission, d’amours carbonisés. Le coté trip-hop répétitif de la construction musicale achève de nous persuader que l’espoir n’est pas pour demain. Archive nous délivre tout ceci en un cocktail nostalgique, qui mêle Massive Attack et les Pink Floyd, dans une humeur définitivement européenne. Darius et Dany, quinquagénaires désabusés infiltrent leurs accords synthétiques au milieu des boîtes à rythmes et des boucles de bass, réinventent des sons évidents qui portent, enrobent, insufflent les voix sublimes de notre trio de chanteurs au service de leurs guides.

Le Zénith vibre lorsque démarrent les arpèges d’Again chanté par Dave qui apparaît transcendé par cette mélodie sans fin qui s’enroule autour de lui. L’harmonica déchirant souligne la question lancinante : If I was to walk away from you/ Could I laught again… L’audience ondule lorsque le même entame Fuck U et règle ses comptes avec l’objet de ses tourments : There’s a space kept in hell with your name on the seat/ So fuck you anymay. Dans la peine comme la vengeance, Dave est convaincant et cette musique infiniment belle. You make me feel nous ramène à 1999. Roads nous est offert en deuxième rappel, une reprise de Portishead à la mélancolique et si proche inspiration ; suivi d’un terrifiant Numb pour clôturer le show. Mais le Zénith ne veut pas se vider alors Archive, en formation réduite, entoure Pollard qui interprète A taste of blood à l’émotion si subtile qui ne pouvait mieux terminer cette soirée troublante.

Setlist : Lights, Noise, Bridge scene, Veins, I will fade, Headspace, You make me feel, Fuck U, Black, Sane, Sit back down, Again, Pulse rappel 1 : Fold, Programmed, System, rappel 2 : Roads (portishead), Numb, rappel 3 (!): Taste of blood.

Pamuk Orhan, ‘Le Livre Noir’.

Sortie : 1990, Chez : . Le somptueux récit de Galip à la recherche de sa femme partie retrouver son demi-frère, chroniqueur célèbre. 700 pages denses et intenses, où l’histoire ottomane s’entrechoque avec l’actualité turque. Tout se passe dans la nuit d’Istanbul et le froid des hivers neigeux. C’est foisonnant comme le bazar de la vieille ville. C’est une histoire d’amour, une quête d’admiration et une ode à l’écriture comme unique consolation devant le temps qui passe et les êtres chers qui disparaissent. Un ouvrage superbe du récent prix Nobel turque de littérature.

Brisa Roché – 2006/12/06 – Paris le Café de la Danse

De retour de l’enregistrement de son deuxième disque dans le sud de la France et sur la route de New-York pour son mixage, Brisa Roché s’arrête pour une soirée parisienne. Après An Pierlé en octobre, le Café de la Danse, si parisien, nous réjouit pour une nouvelle soirée pleine de notes mutines et de sensibilité féminine. Brisa, artiste américaine vaguement californienne exilée à Paris, habite en fait la planète musique depuis longtemps. Auteur-compositeur-interprète, elle joue de la guitare (modèle « Destroyer »), parle en français avec un accent américain des plus charmants, elle est belle, est entourée d’excellents musiciens à qui on ne raconte pas d’histoire.

Son premier disque The Chase, signé chez le célèbre label Blue Note, est un joyau jazzy qu’elle interprète sur scène de façon plus rocky et énergique, pour notre plus grand bonheur. Nous aurons aussi quelques nouvelles chansons dans leur version provisoire en attendant qu’elles soient mises en boîte. Et même une reprise de Girl’U want superbement interprétée, pleine de chaleur et d’à propos, loin de la folie de l’original créé par Devo !

L’artiste chante et nous parle d’une voix polissonne et chaleureuse. Elle nous emmène dans un voyage intérieur largement ouvert aux vents et influences d’une vie aussi riche que ses inspirations. Un passé underground, des courts de chant à 2 ans, la manche dans le métro, des écoutes multiples, une sincérité désarmante, une fraîcheur préservée, une imagination délicieuse, bref, le cocktail d’une existence pérégrine sur les chemins de traverse, le long des cordes d’une guitare, qui génèrent une personnalité touchante et une musique tendre et décalée.

Tout le Café de la Danse a été renversé par ses éclats de rire au micro, fronçant les sourcils et plissant son petit nez, nous expliquant qu’elle a oublié de brancher sa guitare. Toute l’assistance est tombée définitivement amoureux de cet ange virevoltant entre les notes et les mots.

Festival les Inrocks – 2006/11/12 – Paris la Cigale

Cuvée 2006 du Festival des Inrocks : c’est l’étape de la Cigale ce dimanche après-midi, le festival se produit aussi dans différentes villes françaises. Et c’est toujours un régal de programmation multiformes, du neuf et du classique, de l’éphémère et du durable, bref, une atmosphère très « Inrocks ».

Tapes’n Tapes pour commencer, quatre américains crasseux de Minneapolis qui joue un rock garage à tendance punky sans grand intérêt sinon de nous faire patienter pour la suite des évènements, le temps que la salle se remplisse.

Arman Melies un folkeux français mélancolique et séduisant, jouant de sa guitare électro-acoustique et de ses ordinateurs avec brio. Une espèce de Robert Fripp local, échappé d’une planète poétique où il dessinait des moutons. A réécouter.

Plan B : un rappeur encapuchonné, éructant devant une batterie, avec une puissance terrifiante et, il faut le dire, une présence fascinante. Il empoigne parfois une guitare histoire de marquer d’un peu de mélodie une logorrhée incompréhensible qui véhicule dédain et violence. C’est… impressionnant et expressif. Il pousse même le vice à rapper sur un sampling de Radiohead. A ne pas écouter dans son salon pour une soirée romantique, mais vaut le déplacement.

The Pipettes : trois girls britanniques fringuées comme pour une publicité d’aspirateurs Hoover des années 50 qui délivrent une pop surannée et sympathique. Du look et du rythme pour un cocktail indolore et joyeux.

Jarvis Cocker nous revient après l’aventure Pulp et quelques productions et participations de/à différents projets musicaux. Son disque solo The Jarvis Cocker Record sort le lendemain dans les bacs français. Grand échela binoclard, il est entouré d’une bande de requins de studio très pro et, quand il ne nous raconte pas sa vie interminablement entre les chansons, joue une musique dynamique, moins immédiatement séduisante que ses exploits pulpiens. Il faudra écouter avec attention son nouvel opus pour en découvrir les subtilités cachées. En attendant, ça joue bon et fort des mélodies légèrement sophistiquées qui font plaisir à entendre et accompagnent une voix de velours toujours aussi profonde et troublante, parfaitement appropriée à ses textes foisonnants, fruit de l’imagination débordante de cet artiste attachant.

Merci les Inrocks de maintenir ce rendez-vous rock au cœur de Paris qui donne des forces à l’orée de l’hiver urbain !

Kaiser Chiefs – 2006/11/08 – Paris le Trabendo

Cinq garnements sont descendus de Leeds au Trabendo ce soir pour nous jouer un rock sympathique et dynamique. Sortis de l’anonymat en 2005 avant sans doute d’y retourner un jour ou l’autre, les Kaiser Chiefs s’amusent et nous distraient agréablement, sur les traces de Franz Ferdinant. Sur le devant de la scène, le chanteur Ricky Wilson assure le show et regonfle musiciens et public lorsque cela s’avère nécessaire. C’est un peu le retour de la britpop : des guitares acérées sur des mélodies sucrées reprises en chœur par la troupe, des ritournelles surlignées par trois notes ânonnées sur un clavier. C’est correctement écrit, bien emballé et joyeusement interprété !

A force d’avoir tourné dans des salles qu’on imagine enfumées et assuré les premières parties des U2, le groupe et son staff atteignent maintenant un bon niveau de professionnalisme. Le Trabendo est une salle idéale pour siroter une bière en écoutant du live. Kaiser Chiefs est tombé à point pour nous y faire passer une soirée onctueuse.

Antony & the Johnsons – 2006/11/07 – Paris l’Olympia

Antony & the Johnsons se produisent à l’Olympia sur une mise en scène de Charles Atlas. Le nouveau héros de la scène new-yorkaise qui fait se déplacer les plus grands, Lou Reed chante sur son dernier disque I’m a bird now, nous ouvre ce soir son monde tragique et bouleversant. Antony c’est d’abord une voix troublante dont le vibrato diffuse la douceur et la délicatesse d’un oisillon tombé dans les bas-fonds d’un monde acharné à l’écraser et qui regarde malgré tout vers le ciel dans l’espoir de retrouver l’illusion de son nid. Cette voix à l’amplitude vertigineuse transcende la souffrance de son auteur, elle incarne ce personnage torturé qui se tient devant nous, tout de noir vêtu. Lorsqu’il chante, ses mains se tordent en mouvements désordonnés, on a l’impression d’un processus douloureux et infiniment solitaire.

Les cordes et le piano qui l’accompagnent se cachent derrière cette voix sublime juste pour marquer la tonalité et laisser s’envoler le flot de ses vocalises.

Durant les 13 chansons du show, 13 femmes montent l’une après l’autre sur une mini-scène, tournant sans fin sur elle-même, pour être projetées sur le grand écran derrière le groupe. Jeunes ou vieilles, minces ou rondes, modernes ou classiques, c’est la féminité qui s’expose derrière l’artiste masculin/féminin et cette ambigüité est le thème majeur de ses textes et de sa douleur.

On a le souffle coupé par les flots d’émotion qui nous submergent en vagues de mélancolie. C’est le propre de l’artiste d’extérioriser ses sentiments. La réussite d’Antony est à cet égard proprement incroyable ! Tout est posé la où il le faut pour arriver à composer un joyau de pureté et de dépouillement. Il y de multiples inspiration dans cette musique : soul, blues, mais surtout la formidable énergie créatrice d’un auteur à part, guidé par un mal-être qu’il met en notes chaleureuses. Et là n’est pas la moindre des contradictions de cette musique étrange, elle est interprétée avec tellement d’âme qu’elle en devient douce !

Le rappel Man is the Baby est chanté au milieu des 13 femmes dispersées sur la grande scène : Forgive me, Let live me/ Bless my destiny/ Set my spirit free/ Weakness sown, Overgrown/ Man is the baby.

L’assistance reste muette de bonheur mais sans arriver à se dégager de cette tristesse qui imprègne la performance artistique de ce chanteur/compositeur d’exception. Sa fragilité effraie, son désespoir est contagieux, son monde est obscur. Mais quelle beauté tirée de toute cette noirceur !

Djian Philippe, ‘Impuretés’.

Sortie : 2005, Chez : . Les déambulations d’un gamin cerné par trop de richesse, de drogue, de morts et de fuite. Djian décrit avec brio les enfants de la génération de bourgeois soixante-huitards. Ils n’ont retenu de leurs parents que le mauvais exemple de la facilité, de l’apparence et de la poudre. Ils s’en sortiront moins bien. Le style cynique et hyper-réaliste de l’auteur fait merveille pour décrire un tel milieu en pleine décrépitude.

An Pierlé & White Velvet – 2006/10/06 – Paris le Café de la Danse

Jolie surprise ce soir au Café de la Danse, An Pierlé & White Velvet nous offrent un concert de toute beauté après une récente prestation télévisée promotionnelle sur Campus ! C’est un délice de découvrir ce groupe flamand déjà aguerri par quelques disques et années de route, mais encore peu connu en France.

On parle de Rock ‘n’ Roll bien sûr, mais aussi de douceur ; cette musique originale et scintillante est portée par la voix et la présence d’An : sauvage et féline, blonde et délurée. Elle est la belle et la bête d’une musique enflammée où sa voix est capable de gronder tout autant que de câliner. Son amoureux est à la guitare, ensemble ils composent et écrivent cette musique souple et variée. C’est une histoire d’amour et d’harmonie des plus inspirées. Deux choristes, un clavier, une guitare rythmique et un batteur font du monde et du son sur cette petite scène de la Bastille.

De très fines compositions, bâties sur une montée progressive de tension, démarrées par An au piano et une voix mystérieuse se terminent en rocks énergiques et syncopés. L’amplitude vocale d’An fait merveille pour donner âme et sensibilité à cette musique ciselée. Une reprise de David McWilliams : The Days of Pearly au milieu du show, un deuxième rappel avec C’est comme ça des Rita Mitsouko, confirment la curiosité musicale du groupe, outre la référence au Velvet Underground.

An Pierlé & White Velvet, une affaire de séduction de nouveau à l’affiche parisienne en mars 2007.

Ellis Bret Easton, ‘Les lois de l’attraction’.

Sortie : 1987, Chez : . Sur la même veine que « Moins que zéro », on suit ici les déambulations d’un groupe d’étudiants sur un campus de la cote Est. Cocktail de cocaïne, de fainéantise et de coucheries. Cela donne très envie de faire ses études aux Etats-Unis dans les 80’s !

Ellis Bret Easton, ‘Moins que zéro’.

Sortie : 1985, Chez : . On a crié au génie quand ce premier roman d’un jeune auteur américain a été publié. Il ne faut tout de même rien exagérer ! Des phrases de trois mots, des dialogues d’onomatopées, pas d’histoire, bref, un grand vide pour narrer la vie ordinaire d’une jeunesse friquée de Los Angeles, qui dénomme ses doberman de compagnie Hanoi et Saigon et dont le seul souci est le nombre de rails de cocaïne qu’elle s’enfile en une heure ou le modèle de Porsche qu’elle demandera à ses parents pour son petit Noël. Sans parler de dérives sexuelles plus sordides. Le monde abordé est fort peu intéressant, l’absence de style littéraire n’arrange pas les choses.

Mimouni Rachid, ‘Le Fleuve détourné’.

Sortie : 2000, Chez : . Le roman amer d’un combattant de l’indépendance de retour en Algérie. Il découvre la faillite de ses idéaux et de son pays. Tout le monde l’avait cru mort, il recherche sa femme et son fils. La première a compromis pour sauver le second qui sombre dans le désespoir d’une adolescence pleine de rage.