Quoi de neuf ?

Hilberg Raul, ‘La destruction des juifs d’Europe’.

Sortie : 1985, Chez : . 2 400 pages de plongée dans le processus d’extermination des juifs par les nazis. Raul Hilberg, citoyen américain a consacré sa vie à étudier cette catastrophe et à rédiger cette somme. Ce sont 3 volumes qui détaillent les étapes du génocide avec une terrifiante précision : la définition des victimes, l’expropriation, la concentration, les opérations mobiles de tuerie, les déportations, les centres de mise à mort. La totalité du mécanisme de destruction est mise à nu, depuis ses fondements idéologiques jusqu’à sa mise en œuvre. Rien n’est laissé au hasard, on y découvre l’arsenal juridique mis en place pour légaliser le massacre, la bureaucratie obéissante qui déroule les étapes, les tueurs et leurs réactions face à leur « job », l’acharnement nazi contre les juifs jusqu’aux dernières heures précédent la reddition, la participation plus ou moins active, plus ou moins contrainte, d’une grande partie de l’Europe, les réactions parfois désarmantes des communautés juives au cœur des massacres comme à l’extérieur. 2 400 pages qui montrent froidement ce qui s’est passé, ceux qui ont poussé, ceux qui ont suivi, ceux qui ont subi. 3 volumes qui, jusqu’à la nausée, démontrent comment la vieille Europe, celle des lumières et de Brahms, a organisé l’un des pires massacres de l’Histoire de l’Humanité, au cœur d’une guerre qui a laissé un continent détruit, sur un charnier de 50 millions de morts. Une œuvre qui devrait ramener notre continent disqualifié a un peu plus d’humilité.

Amy Macdonald – 2009/03/30-31 – Paris l’Olympia

Et revoici notre quintet écossais pour terminer à Paris une tournée triomphale assise sur un premier disque de toute beauté This is the Life. Après la Maroquinerie en octobre, le Bataclan en novembre, les voici pour deux Olympia en mars. Mais jusqu’où iront-il ?

Amy explique qu’ils vont maintenant s’arrêter quelques mois après une période intense, retourner à Glasgow pour se remettre immédiatement à l’écriture de nouvelles chansons et nous revenir bien vite. Oui, Amy revient !

Les deux shows de l’Olympia sont conformes à ceux de l’an passé : toujours autant de sincérité, de bonheur de jouer et de romantisme dans les compositions. La voix d’Amy est à la fois tonitruante sur Run, émouvante sur Footballer’s Wife, enthousiasmante sur Poison Prince. Le groupe est uni comme le pack de rugby du 15 d’Ecosse, l’émotion nous fait frissonner d’aise.

Let’s start a Band clôture l’unique rappel de ce groupe particulièrement bien parti… Oui, Amy revient, Amy revient !

Sophie Hunger – 2009/02/28 – Paris la Boule Noire

Sophie Hunger passe une semaine à la Boule Noire, alors tout nous pousse ce samedi à partager avec elle et son groupe un pur moment de bonheur musical, naturel et délicat, une soirée intime offerte par une artiste au ton juste, âgée d’à peine 25 ans…

Suisse alémanique, folkeuse aux accents jazz, compositrice élégante qui ne néglige pas les reprises de ses aînés, rockeuse-guitariste jouant assise sur une chaise ou devant son piano, voix cajoleuse capable de redoutables éclats, brumeuse sur les ballades, soul sur les rythmes appuyés, émouvante sur les reprise, jazzy sur l’ensemble. Sophie est tout ceci à la fois, un mélange explosif de talent et de simplicité. Elle est entourée d’un groupe remarquable, concis et solidaire, dont un tromboniste à la créativité débordante, jouant de ses sourdines comme de véritables cordes vocales et insufflant une partie de l’âme de cette musique multiple.

Sophie est au centre de la scène, détendue et leader, prévenante et assurée de la tranquillité parfois sereine des créateurs. Elle joue son dernier disque Monday’s Ghost qui se déroule avec naturel. Shape en est le titre emblématique, démarrant dans la douceur de notes pincées à la guitare sur des mots mystérieux et débouchant sur un final enlevé où voix et guitares se déchaînent : And we sculpture a statue to worship and bear/ The chaos that’s behind the glass of who and what and who and what we are.

Des reprises opportunes avec Like a Rolling Stone de Dylan à la guitare électrique, gai et dynamique, Le Vent l’Emportera de Noir Désir debout devant son micro et son aide-mémoire, d’un français hésitant, et enfin un sublime et bouleversant Avec le Temps de Ferré chanté au piano. Le quatrième rappel est joué sans les amplis, les musiciens assis sur le rebord de la scène.

On pense à An Pierlé et son White Velvet, à Fiona Apple. On découvre surtout une artiste déjà avérée, originale, débordant de talent, communicative et partageant son plaisir musical.

Ed Laurie en warm-up.

Leila – 2009/02/13 – Paris le Café de la Danse

Premier concert techno pour le chroniqueur et une soirée troublante en compagnie de Leila (Arab de son nom de famille, mais irano-anglaise de nationalité). Une boule de nerfs derrière un monceau de machines disposé un peu en arrière-gauche de la scène. Trois caméras filment les doits de la créatrice (on ne sait s’il faut l’appeler musicienne) qui courent sur les boutons, les contacts, les leviers, retransmis sur le mur du fond en alternance avec des animations féériques.

Leila s’est fait un nom au-delà du milieu technoïsant en ayant assisté Bjork dans la gestion de ses machines, sur disques et sur scène. Ecrasant sa cigarette elle démarre sur le titre le plus enfiévré de son dernier disque Blood, Looms and Blooms intitulé Mettle et qui semble déclencher l’enthousiasme des connaisseurs. Les rythmes montent rapidement en puissance par empilement de sons inqualifiables mais démoniaques et on se laisse emporter sans regret par la marée sonique qui n’est pas même flux et reflux mais une poussée à sens unique vers un paroxysme vibrionnant auquel la diablesse met soudainement fin en ramenant son bouton central sur le Off. Technicus interrompus, çà commence très brutal.

Et le reste du show est à l’avenant. On ne sait pas trop ce qui se passe au milieu des fils et des machines mais on se laisse prendre par ce qui en sort : un son étrange et diffus, qui pourrait paraître déconstruit si on ne le savait guidé par l’implacable mathématique des ordinateurs qui le diffuse. Des boucles sans fin teintées du romantisme de l’artiste ; parfois tout déraille, se tend, se distord, pour revenir à la mélodie obsessionnelle qui structure chaque morceau.

Trois chanteurs tentent de façon intermittente d’accompagner cette musique martienne. La tâche parait impossible et pourtant ils y réussissent avec délicatesse, dont Roya, sa sœur, aérienne. Un homme qui arrive lui aussi à poser sa voix douce au cœur de cet enfer électronique avec une grâce désarmante. Et une diva argentée que l’on croirait directement sortie du Cinquième Elément.

Parfois la musique se fait langoureuse et plus humaine, Leila change d’humeur. Au final, un spectacle pas toujours facile à comprendre mais un indicible envoutement pour cet incroyable et complexe univers dans lequel une perse londonienne nous a plongés avec furie et doigté.

Filastine en warm-up, même modèle en plus jeune et débridé. Un platineur épisodiquement accompagné d’une violoncelliste qui mêle les sanglots de son instrument aux déraillements de l’électronique. Le duo est audacieux. Lorsqu’il quitte ses platines, l’espagnol encapuchonné frappe sur un caddy de supermarché avec frénésie et originalité.

Travis – 2009/02/10 – Paris le Grand Rex

Ils sont 4 écossais, ils sont mignons, ils sont proprets, ils ont écrit un tube FM qui s’appelle Sing, ils sont un peu ennuyeux et ils sont ce soir au Grand Rex. Nous aussi ! Leur musique est tristounette comme un jour de brume sur les Highlands avec comme seule perspective de rayon de soleil métaphorique, un verre de Guinness au pub enfumé du coin de la rue sombre et luisante de pluie.

Des guitares acoustiques & électriques foisonnantes, une rythmique enjouée sur une voie un peu plaintive, plutôt lancinante. Ils jouent avec leur cœur une musique honnête et sincère, genre pop plutôt démodée, mais étonnamment appréciée par le public bien habillé qui remplit cette grande salle, étape de la tournée internationale de Travis. Et après avoir entendu le banjo de Sing, tout le monde peut rentrer à la maison avec le sentiment du devoir accompli :

Youve been waiting in the sun too long/ But if you sing, sing, sing, sing, sing/ For the love you bring wont mean a thing/ Unless you sing, sing, sing.

The Stranglers – 2009/02/05 – Paris l’Olympia

The Stranglers sont de retour, et à l’Olympia qui plus est, excusez du peu ! Fidèle au public parisien depuis les premières heures punk, et les revoilà chez nous pour un best of de leur carrière, juste pour le plaisir et sans les obligations de la promotion d’un nouveau disque.

La même équipe qu’en 2007 à la Cigale : Jet Black semble être définitivement rangé des voitures même si JJ se croit de nouveau obligé de l’excuser en présentant son « fils bâtard » et ex-roady qui le remplace toujours aux baguettes, Dave derrière ses étages de claviers rouges et ses verres de bière, Baz et Jean-Jacques aux guitares ; tout ce petit monde est habillé de noir comme il se doit et se produit derrière l’immense logo rouge du groupe plaqué sur tenture noire.

Les Stranglers nous déroulent la bande-son de nos années rebelles, un pêle-mêle des chansons de ce temps où nous avions… leur âge, déjà ! Pressé de démarrer ils interrompent la petite ritournelle de Waltzinblack pour entonner Get a Grip et un enchaînement 70’s extrait de Rattus Norvegicus, sorti il y a trente ans, qui déclenche un pogo endiablé du fan-club britanno-écossais massé aux premiers rangs, et un sourire plus mélancolique des quinqua : Walking on the beaches looking at the peaches ânonnent nos quatre salopards qui enchaînent sur Nice ‘N’ Sleazy où Baz plaque cet accord obsédant sur sa guitare noire en gambadant sur le devant de la scène alors que Dave laisse parler l’électronique.

Il faut compromettre pour les plus jeunes alors la set-list s’oriente vers les années tubes, enfin façon de parler pour les étrangleurs chez qui la notion de hit est toute relative, avec notamment Spectre Of Love, Skin Deep, Always The Sun, toujours mélodiques et agréables à entendre. Et un retour en force vers du Stranglers pur jus qui termine le show sur Tank.

La température est élevée dans la fosse de l’Olympia, l’humidité maximum et l’assistance prête à être achevée par une dernière rafale 70’s ! Le coup de grâce dans la nuque est donné avec No More Heroes, avant que les héros presque pas fatigués rentrent retrouver la noirceur des coulisses sans manquer d’avoir remercié la direction de l’Olympia qui a « osé » les inviter dans ce music-hall si parisien et le public qui les a privilégiés au détriment du Sarko-show sur la télé ce soir à la même heure ; succès garanti dans l’assistance.

Les Stranglers furent réjouissants ce soir, épanouis et ironiques, la violence a laissé place à une sourde autodérision, JJ hilare descendant ses lignes de basse ou jouant au chat et à la souris avec Baz, qui l’eut cru ? 35 années de punk-rock mâtiné new-wave et toujours à votre service. Le monde a changé, eux aussi, nous presqu’un peu si ce n’est que nous aimons toujours aussi férocement ces flashback vers notre passé révolu. Alors les gars, même si Something Better Change a déclenché un hourvari de vieux fans, ne changez rien et à l’année prochaine.

En première partie Kim Novak, groupe français. Dehors les affiches du concert de Hugh Cornwell à La Java les 31 mars et 1er avril.

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Set list : Get A Grip (On Yourself) (Rattus Norvegicus – 1977)/ Five Minutes (No More Heroes – 1977)/ Peaches (Rattus Norvegicus – 1977)/ Nice ‘N’ Sleazy (Black And White – 1978)/ Spectre Of Love (Suite XVI – 2006)/ Skin Deep (Aural Sculpture – 1984)/ No Mercy (Aural Sculpture – 1984)/ Always The Sun (Dreamtime – 1986)/ Strange Little Girl (The Collection 1977-1982)/ Golden Brown (Feline – 1983)/ The Raven ( The Raven – 1979)/ Thrown Away (The Gospel According To The Meninblack – 1979)/ Walk On By (Bonus track – Black And White – 1978)/ Hanging Around (Rattus Norvegicus – 1977)/ Straighten Out (All Live And All Of The Night – 1988)/ Big Thing Coming (Norfolk Coast – 2005)/ All Day And Of The Night (Cover’s The Kinks)(Greatest Hits 1977*1990 – 1992)/ Duchess (The Raven – 1979)/ Tank (Black And White – 1978) Encore 1 : Nuclear Device (The Raven – 1979)/ Something Better Change (Greatest Hits 1977-1990) Encore 2 : No More Heroes (No More Heroes – 1977)

La Grande Sophie – 2009/01/29 – Paris l’Alhambra

La Grande Sophie à l’Alhambra ce soir pour jouer les mélodies sucrées qui peuplent son dernier album Des Vagues et des Ruisseaux, comme les précédents d’ailleurs. Grande bringue en jupette rouge, guitariste de talent et rieuse de charme, elle débarque à la République pour tester sa prochaine tournée.

Edith Fabuenna (Les Valentins) qui traîne jeans usés et guitares éraillées depuis des années sur la scène rock française a produit son disque et nous gratifie de deux apparitions au cours de la soirée.

Drôle d’idée de l’organisation, les sièges ont été laissés en place pour un public qui ne tient pas… en place justement. Les rythmes de la Belle déclenchent des houles de spectateurs toujours entre position assise et debout.

Des paroles douce-amères sur la vie qui passe et les rêves qui volent, mais une voix chaude qui transcende les petits bobos ainsi narrés. Une voix élastique, un naturel désarmant, un humour déridant et des jambes si longues… Elle passe avec bonheur de l’acoustique à l’électricité, bricole une boîte à répétition « le Perroquet » qui lui permet d’évacuer ses musiciens et d’empiler seule des nappes de voix sur lesquelles elle chante à l’infini et s’amuse beaucoup, comme lorsqu’elle faisait la manche dans le métro à Marseille, en plus techno.

Quelle que soit la formation, sa force est dans les mélodies, légères et divagantes, sur lesquelles se placent des mots simples. Une envolée romantique avec une très très belle reprise de « Dis quand reviendras tu ? » seule à la guitare acoustique, propice à l’introspection mélancolique. Et d’ailleurs, Barbara, comment ne pas penser à elle en écoutant Sophie ? La voix de Barbara sur une musique comme un grand éclat de rire.

Et Maxence en première parte, jeune guitariste chanteuse accompagnée d’une contrebasse. C’est LGS il y a 20 ans !

The Dandy Warhols – 2008/12/07 – Paris le Bataclan


The Dandy Warhols reviennent traîner leur rock obsédant de Portland sur les Planches du Bataclan. Les quatre musiciens sont en ligne : Zia aux claviers avec ses deux couettes blondes (un anneau dans la lèvre), Courtney chant-guitare, beau-gosse avec un air de Noureev sous son béret gavroche et avec un T-shirt hommage à Tom Petty & The Heartbreakers (un anneau dans l’oreille), Peter à la guitare, costume noir-cravate à poix, chevelure blonde embroussaillée sous un melon (un anneau dans le nez) et Brent à la batterie (une pilosité désordonnée empêche de localiser l’anneau).

Ces quatre là sont définitivement américains, leur musique est ample comme la houle du Pacifique sur les plages de l’Oregon, ils ont l’espace pour eux et nous donnent 2 heures non stop d’énergie pure et déliée. La musique rebondit sur nos âmes comme la sueur coule dans la fosse. 4 panneaux lumineux en fond de scène éblouissent les pupilles en synchro avec le rythme du Club des 4 qui explose nos artères. C’est simple et travaillé, enlevé et diablement rock. Zia court de ses machines à son tambourin, et assure la basse électronique en sus, Courtney frappe ses cordes et repousse ses mèches toujours perché derrière son double-micro dont l’un lui assure une voix métallique et trafiquée, comme sortie d’une vieille radio à ondes courtes venue de l’autre bout du monde. Les tubes s’enchaînent sans respiration, la musique nous submerge, la vague grossit sans répit. Il n’y a pas d’issue que de se laisser emporter et malmener par la tempête sonique.

C’est le son de l’Amérique que nous aimons, sombre et divaguant, pop et underground, haletant et brut. Les compositions d’une jeunesse (quadragénaire) sans retenue, la synthèse des pionniers d’un nouveau monde, loin des simagrées clinquantes de Wall Street.

Le final est plutôt chaud, trois corps inanimés sont évacués par la scène, les roadies envoient des bouteilles d’eau sur les premiers rangs, Zia a défait ses nattes et dansent derrière ses claviers, le public survivant est aux anges ! Nous avons même droit en cadeau de Noël à une reprise massacrée garage-grunge de la chanson enfantine Le Petit tambour, oui, vous vous souvenez ? Sur la route/ Paroumpoumpoum poum/ Petit tambour s’en va/ Paroumpoumpoum poum, il fallait le faire.

En première : The Sheep, sympathiques, accrocheurs et honorables ; ils remercient les Dandy’s pour leur accueil tout en déplorant devoir coucher dans les camions de la tournée, mais concluant avec un tonitruant « But that’s Rock ’n’ Roll. » And we like it, pense la foule !

TV On The Radio – 2008/12/01 – Paris le Bataclan

TV On The Radio, le groupe dont on parle, labellisé par les plus grands (Bowie), est à Paris pour un concert au Bataclan. Musiciens de Brooklyn, résolument modernes, définitivement urbains, merveilleusement blacks, on craint un peu l’effet de mode mais on découvre un vrai groupe inventif, aux compositions complexes et au comportement abordable.

Un guitariste-chanteur à la barbe foisonnante et un chanteur-platineur en chemise écossaise, tous deux sur le devant, des têtes d’étudiants intello à grosses lunettes sortant de l’université Patrice Lumumba. Un batteur rasta hirsute, un bassiste-platineur sous son bonnet et un deuxième guitariste (blanc) tatoué et mal rasé jouant d’une 6 cordes à rayures roses comme un gamin avec son camion de pompiers. Le ton est donné et le show est lancé.
Rythmes tressautants, guitares stridentes, overdubs gargouillants, notre chanteur binoclard donne un incroyable spectacle, passant de ses platines à des percussions, jouant avec sa voix du grave au plus aigu, se déplaçant à reculons en une espèce de moon-walk pogo-post punk.

Le style de la musique est inclassable : rock, soul, jazz, une intéressante fusion réalisée par ces musiciens gloutons d’influences multiples qui nous resservent une mixture étrange, à l’apparence déstructurée, à l’harmonie parfois dissonante, mais dont ils détiennent la clé et qu’ils déroulent avec rigueur pour le plus grand plaisir d’un Bataclan (complet depuis longtemps) qui se réjouit de cette originalité déconcertante.

Le Clézio J.M.G., ‘L’Africain’.

Sortie : 2004, Chez : Folio. Le parcours d’un père mauricien parti s’exiler comme médecin militaire de brousse au Nigéria et au Cameroun avant, pendant et après la dernière guerre mondiale. Sa femme et ses enfants partagent une partie de ces années sur une planète loin de toute modernité, parfois violente, souvent foisonnante et humaine. Après le retour définitif à Nice en 1948 ce père assiste, muré dans son silence et sa rigidité, aux indépendances des pays africains, à la sordide guerre du Biafra et aux jeux troubles des pays occidentaux. C’est l’histoire ordinaire d’une famille blanche en Afrique, qui restera marquée à jamais par cette excitante liberté tropicale. Le Clézio, éternel voyageur exilé dans la poésie, est l’enfant de ce continent, son œuvre en est le pur produit.

Bashung – 2008/11/16 – Paris l’Elysée Montmartre

Comme pour conjurer le destin, Bashung organise une série de concerts le dimanche soir à l’Elysée-Montmartre. Il n’est point besoin d’en rajouter face à cette force et cette tendresse, juste des chansons, des chansons et encore des chansons comme il introduira son concert ce soir. Mais bien plus que des chansons, nous le savons tous, une émotion et un héritage. Alors relisons l’une de celle-ci :

À perte de vue
 Des lacs gelés
 Qu'un jour j'ai juré d'enjamber
 À perte de vue
 Des défilés
 Des filles à lever
 Des défis à relever
 Des prix décernés à tes yeux
 À perte de vue
 Dodelinent des grues
 Les pieds dans la boue
 Qui eût cru
 Qu'un jour nos amours
 Déborderaient
 Fassent oublier aux ajusteurs
 La clé
 Plus de boulons
 Pour réparer la brute épaisse
 Ma pute à coeur ouvert
 Trop de cuirassés
 Pas assez d'écrevisses
 Pour une fricassée
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 À perte de vue
 Du déjà vu
 Du déjà vécu
 Se précipitent
 À mes trousses
 Qu'en dit le héron
 Il en sait long
 Qu'en dit l'éolienne
 Elle me fait hello
 Voies d'eau dans la coque du Poséidon
 Hamacs éperonnés
 Est-ce un espadon
 L'oeuf d'un esturgeon
 Ou un concours de circonstances
 Qu'aurait engendré ce paysage désolé
 De n'être pas resté
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 À perte de vue
 Des lacs gelés
 Qu'un jour j'ai juré d'enjamber
 À perte de vue
 Des défilés
 Des filles à lever
 Des défis à relever
 Des prix décernés à tes yeux
 Des prix décernés à tes yeux

Alain Bashung est mort le 14 mars 2009.

Leonard Cohen – 2008/11/26 – Paris l’Olympia

Dans un monde en plein désarroi il est des instants d’harmonie et de pureté qui réconcilient avec la spiritualité et la profondeur, des moments simples animés par des êtres d’exception, de la race des poètes. Leonard Cohen est de ceux là qui pour son retour à Paris après 15 années d’absence a illuminé l’Olympia trois soirées durant. Véhiculant avec lui 74 années de tourments et de beauté, d’expériences et de musique, de mots et de mélancolie, de livres, de poèmes, de dessins et de disques, c’est une véritable légende qui apparaît au milieu de ses musiciens. Le public ne s’y trompe pas qui lui fait une standing ovation avant même la première note d’un concert qui nous entraînera pour trois heures d’introspection au cœur des étapes magiques d’un parcours musical et cérébral qui fut également le nôtre.

Costume noir et chapeau feutre, d’une élégance surannée, il entre en sautillant comme un gamin sur les tapis persans jetés sur la scène. Son groupe est déployé autour de lui, des musiciens affectueux et respectueux : un guitariste flamenco de Barcelone au premier plan assis sur une chaise, trois choristes dont Sharon Robinson co-auteur de ses deux derniers disques et les deux Webb sisters, un souffleur de différents instruments à vent, un deuxième guitariste, le bassiste historique Roscoe Beckes, directeur musical de la tournée, un batteur et un claviériste sur orgue Hammond.

Et dès qu’il entame Dance me to the end of love sa voix grave et vivante envahit le théâtre de nos âmes. Une voix bouleversante qui a traversé cigarettes, alcool et rébellion pour marquer à jamais nos histoires de ses mots qui nous accompagnent depuis toujours. Il promène son corps fluet sur la scène, comme en apesanteur, s’agenouille sur le tapis persan qui a déjà pris son envol pour le royaume des milles et une émotions. Entre deux chansons il porte son chapeau à son cœur pour remercier le public et ses musiciens de « l’incroyable honneur qui lui est fait de chanter pour nous ce soir ». Revenu de tout il porte un regard émerveillé sur « l’immense privilège qui est le nôtre de pouvoir nous consacrer à une soirée musicale quand le monde n’est que chaos. »

Discret, il s’efface pour laisser chacun se mettre en avant à un moment ou à un autre du show. Modeste il s’agenouille pour déclamer ses chansons comme une supplique de sa voix caverneuse, exhumée des profondeurs pour hanter nos âmes. Il récite A Thousand Kisses Deep, il s’empare d’une guitare noire pour reprendre Suzanne, il se recueille dans l’obscurité pour laisser les Webb sisters chanter If It Be Your Will, l’une à la harpe l’autre à la guitare, un pur sanglot ! La musique se déroule lentement, chaudement, tristement, loin de la furie de l’humanité, seulement empreinte de la sérénité et de la réflexion qui exsudent de cet immense poète : If it be your will/ That a voice be true/ From this broken hill/ I will sing to you/ From this broken hill/ All your praises the shall ring/ If it be your will/ To let me sing.

De Montréal à Hydra, de Los Angeles au monastère bouddhiste de Mount Baldy Zen Center (où il a été ordonné moine Zen sous le nom Jikan Dharma « le silencieux »), Leonard Cohen, est un passager du temps, sans remord ni regret, qui termine son dernier show parisien avec Closing Time, I Try to Leave You et Whither Thou Goest. Le public voit arriver le moment de se quitter avec tristesse voulant espérer qu’il y aura encore une étape et que le bout du chemin n’est pas encore pour tout de suite. Un troublant parfum d’adieux émane de ce final. Réunissant une dernière fois l’ensemble de ses musiciens et son équipe technique il termine avec une adresse au public parisien, debout, ému aux larmes, « il y a longtemps que je t’aime. » Les plus jeunes ne connaissent pas la fin de cette comptine enfantine qu’il ne dira pas. Je la leur dédie : « jamais je ne t’oublierai ! »

Set list : First Set Dance Me To The End Of Love/ The Future/ Ain’t No Cure For Love/ Bird On The Wire/ Everybody Knows/ In My Secret Life/ Who By Fire/ Chelsea Hotel #2 Anthem Second Set Tower Of Song/ Suzanne/ Gypsy Wife/ The Partisan/ Boogie Street/ Hallelujah/ Democracy/ I’m Your Man/ A Thousand Kisses Deep (recitation)/ Take This Waltz/ Encore So Long, Marianne/ First We Take Manhattan/ Famous Blue Raincoat/ If It Be Your Will/ Closing Time/ I Tried to Leave You/ Whither Thou Goest

Hachimi Alaoui Myriam, ‘Les Chemins de l’Exil – Les Algériens exilés en France et au Canada depuis les années 1990’.

Sortie : 2007, Chez : L’Harmattan.

Les parcours différenciés de citoyens algériens qui ont fuit la violence de leur pays. Souvent des intellectuels, menacés mais aussi plus aptes à se « recaser » à l’étranger. La langue française les conduit de préférence dans l’un de ces deux pays. Expériences croisées dans l’ancienne puissance coloniale et son cortège de remugles d’un passé agité, ou découverte d’un pays fondé sur l’immigration. Construit autour d’interviews d’un groupe d’exilés, ce livre universitaire raconte ces vies exilées et les sentiments partagés de ceux qui les vivent.

Aimee Mann – 2008/10/31 – Paris la Cigale

Aimee Mann repasse à Paris, toujours aussi blonde et délicate, toujours américaine jusqu’au bout des ongles, de ce que les Etats-Unis ont produit de plus abouti dans le folk. Son dernier disque @#%&* ! SMILERS vient de sortir, d’une facture nettement moins tragique que le précédent Forgotten Arm. D’ailleurs sur scène deux claviéristes remplacent les guitares électriques donnant au son une atmosphère plus chaude. Les solos de guitare sont joués au mini-Moog et tout ceci passe excellemment bien.

Habillée de Jeans, d’un gilet velours grenat au dos duquel figure une tête de femme aux cheveux de la même couleur que sa cravate : bleu des mers du sud. Ses musiciens sont également cravatés et élégants. Aimee est belle et détendue, grande et inspirée, professionnelle et intuitive. Elle ne lâche pas une guitare acoustique décorée couleur brune assortie à sa chemise. Une voix chaude, cajolante, enveloppante, un vibrato naturel à la Joan Baez ; une voix suave qui plonge la Cigale dans une félicitée béate, comme une journée de bonheur simple dans une grande prairie aux senteurs entêtantes où la seule question à se poser est de profiter encore de cette douceur avant que le soleil ne sombre.

Dans son dernier disque les paroles de chaque chanson sont illustrées d’un dessin à la Popeye, alors le show, comme le CD, se déroule tel une bande dessinée colorée, avec ses histoires de tous les jours et ses bulles animées : 31 today/ What a thing to say/ Drinking Guiness in the afternoon/ Takng shelter in the black cocoon/ I thought my life would be different somehow/ I thought my life would be better by now/ But it’s not and I don’t know where to turn. Elle s’interrompt au milieu du concert pour interpréter quelques titres à la demande du public et ce n’était sans doute qu’à moitié préparé vu l’état de tension des musiciens durant ces morceaux de hasard.

Merveilleuse Aimee Mann, la Cigale déguste ce folk/country comme un élixir d’éternité, tellement évident même sur un trottoir du boulevard Rochechouart.

01: Stranger Into Starman/Looking For Nothing, 02: Freeway, 03: Dear John, 04: Save Me, 05: Wise Up, 06: Mr. Harris?, 07: Great Beyond, 08: Calling It Quits, 09: Red Vines (solo), 10: It’s not, 11: Long Shot, 12: Super Ball, 13: 31 Today, 14: Borrowing Time, 15: One, 16: Today’s The Day, 17: How Am I Different
Encore : 18: 4th Of July, 19: Deathly

1ère partie : The Submarines, une blonde à couettes, un guitariste nerveux et un batteur jouent un dynamique et opportun warm up.

Marie Modiano – 2008/10/28 – Paris le Café de la Dance

Marie Modiano m’a fait louper une sortie d’autoroute alors que je repassais en boucle Last Early Spring découvert par hasard sur un disque promo des Inrocks de la semaine. Voix mélancolique sur douces mélodies, guitare piquée-enjouée, clarinette amusée, bref, assez pour avoir été distrait alors que je roulais sous la pancarte « Guingamp ».

Lorsque Marie s’est annoncée au Café de la Danse il me fallait retrouver ce signe du destin. Elle apparaît dans le noir, silhouette diaphane aux longs cheveux, en jeans et veste, hésitante et fragile, mais déjà sur scène pour présenter des compositions poétiques, dont la musique est cosignée de son Peter Von Poel, musicien suédois, angelot blond, compagnon de musique de Michel Houellebecq lorsque celui-ci s’essaya au rock, et présent sur scène ce soir à guitare et au chant. Ces deux-là ont l’air complices et nous déroule le disque de la Miss : Outland. Le reste de la bande entoure notre petite fée avec affection et professionnalisme, la laissant exprimer une ambiance adolescente joliment mise en mots et en musique. Elle nous offrira en prime une reprise des Bee Gees.

Debout derrière son micro ou assise sur un tabouret, s’essayant à la guitare acoustique, elle rejoint son père au catalogue des artistes qui expriment leur âme pour le plaisir des autres.

Blonde Redhead – 2008/10/25 – Paris Cité de la Musique

Blonde Redhead meets Gainsbourg

Après leur prestation en d’avril dernier au Bataclan, les Blonde Redhead participent au cycle Serge Gainsbourg organisé par la Cité de la Musique. On connaît l’intérêt que porte le groupe au créateur français. Certaines de leurs chansons incluent des clins d’œil au beau Serge. Dans une interview à l’occasion de la sortie de 23, leur dernier album, la chanteuse Kazu Makino déclarait :

« On est des fans de Gainsbourg ! Sa vision de la musique est si originale, en avance sur son temps. Il avait une capacité à faire des chansons simples. La façon dont il utilisait les mots est tellement intelligente. Je me rappelle que lorsque j’étais petite et que je voyais des photos de lui, je me demandais toujours comment il pouvait se comporter dans la vie : comme un tyran ou comme un gentleman ? L’attitude de Gainsbourg, je pense que c’était déjà celle du punk. »

Ce soir ils sont accompagnés d’un ensemble de cordes pour la première partie du show. Ils ne joueront pas de chansons de Gainsbourg comme certains spectateurs le souhaitaient. Ils participent juste à l’hommage rendu à un artiste qu’ils respectent et qui les inspire. Ils placeront un concert assez similaire à celui d’avril avec la touche des cordes qui ramène à certaines atmosphères du français. Ne boudons pas notre plaisir, voir deux fois les Blonde dans l’année n’est pas du temps perdu.

Laetitia Shériff – 2008/10/22 – Paris le Point Ephémère

Laétitia SHERIFF
Tourcoing, le Splendis, le 29 mai 2004

Laetitia Shériff au Point Ephémère, un endroit un peu glauque sur le canal Saint-Martin, entre la place Stalingrad et le siège du parti communiste, un bord du quai où se mélangent sdf et nightclubbers.

Le concert étonnant d’un trio mené avec aisance par cette bassiste/ chanteuse/ compositrice, en robe brune avec deux couettes de pawnee, tendue au début du show, relaxée au fur et à mesure du déroulement d’une musique parfaitement maîtrisée.

Autour d’elle un guitariste, virtuose funambule sur la corde des effets électroniques, lutin déchaîné improvisant sur des boucles répétitives, musicien félin griffant les oreilles des miaulements sans fin de sa guitare ; un batteur qui imprime des rythmes syncopés et obsédants. Laetitia délaisse parfois sa bass pour pianoter sur un petit clavier, elle chante d’une très jolie voix guidée par une inspiration urbaine. Des sourires sur une musique sombre, une Siouxsee & the Banshees de la crise. Et toujours ces rythmes en boucles, ponctués des déchirures de la guitare du maestro des cordes (Olivier Mellano). Il y a du King Crimson dans cette obsession répétitive.

Son dernier disque Games Over est joué dans l’ambiance intimiste de cette petite salle. Une œuvre mystérieuse, des mots (anglais) amères et corrosifs : Men die/ Books lie/ Tears fly/ Ladies shy/ Goodbye… Une artiste déjà aboutie qui mérite un succès bien au-delà de l’estime.

En première partie Mansfield.TYA deux jeunes femmes qui se passent violon, guitares et batterie pour former un duo charmant et complice.

Mademoiselle K – 2008/10/20 – Paris l’Olympia

Wanted !

4 dangereux individus rassemblés en bande organisée sous le patronyme Mademoiselle K sont activement recherchés pour s’être rendus coupables ce 20 octobre 2008 devant de nombreux témoins des faits suivants :

  • mise à feu de l’Olympia
  • génération spontanée de mouvements oscillatoires des fondations et murs du hall et des bâtiments de tout le quartier de l’Opéra
  • séismes répétitifs sur le boulevard des Capucines
  • tapage nocturne aggravé
  • déclenchement de mouvements de foule incontrôlés
  • génération d’épidémie d’extinctions de voix
  • arrêts de travail et baisse de productivité de 3 000 personnes durant les quatre jours suivant l’agression

Armes : micro, guitares automatiques, batterie en rafales et dérision en alexandrins

Leader : femme liane

Signalement : cuir et plumes d’autruche

Comportement : violent, syncopé et ravageur

Antécédents :  agression sonore de même gravité à la Cigale en avril 2008

Slogans :

Je pisse debout et je nique le vent.

On est toujours libre de ne pas faire tout ce qu’on nous dit.

Le public était déchaîné ce soir et a eu droit à 2 heures de rock et de sueur. Katherine de plus en plus professionnelle n’a pu cacher un petit moment d’émotion devant ce succès. Quel parcours ! L’an passé son groupe jouait dans des arrière salles et les voici seul face à un Olympia archicomble et ébahi, le hall des exploits de Jimi Hendrix, David Bowie et de tant d’autres… La diva des banlieues nous a raconté son dernier disque Jamais La Paix et ses histoires de fille à coups de riffs rageurs, d’enthousiasme et de tendresse. Un grand moment de rock festif !

Suzanne Vega – 2008/10/19 – Paris l’Alhambra

Suzanne Vega termine sa tournée Beauty & Crime à l’Alhambra de Paris. Heureuse surprise elle est accompagnée de Gerry Leonard qui a joué sur son dernier disque et accompagné David Bowie dans diverses pérégrinations, dont ses deux derniers disques et tournées.

La scène est décorée de tentures d’un noir d’encre sur lesquelles se détachent les yeux gris-bleus de Suzanne et la chevelure blanche-peroxydée de Gerry. Toujours d’une rare élégance, un chapeau sur ses cheveux roux, un tailleur moiré noir, discrètement accrochée à sa guitare dont elle joue avec un immense talent, Suzanne nous distille les étapes de sa vie à travers ces chansons que nous fredonnons depuis des décennies. Souriante et délicieuse elle introduit les morceaux d’une petite comptine et de discrets sourires : un amoureux à Liverpool, une ville sauvage et nue (New-York), Franck et Ava… Et toujours elle chante de cette voix brumeuse qui fait se perdre l’assemblée dans un paradis de douceur et de poésie.

Gerry de son coté torture ses guitares pour en tirer d’étranges sons en harmonie avec le folk ambiant, et il sait aussi le faire excellemment.

Suzanne ne change en rien ses habitudes artistiques, intellectuelle américaine jusqu’au bout des ongles, attachées à sa ville du fond du cœur (New York is a woman she’ll make you cry/ and to her you’re just an other guy) elle distille ce folk introspectif en un concentré d’intelligence harmonique, de tendresse musicale et de subtilité poétique.

Set list : Marlene on the Wall/ Heroes/ Small Blue Thing/ Caramel/ Gypsy/ Frank and Ava/ New York is a Woman/ Pornographer’s Dream/ Left of Center/ Tombstone/ The Queen and the Soldier/ Maggie May/ Some Journey/ In Liverpool/ Luka/ Tom’s Dinner

Encore 1 : Anniversary/ World Before Columbus

Encore 2 : Calypso/ Rosemary

Amy Macdonald – 2008/10/18 – Paris la Maroquinerie

C’est au son des cornemuses que cette écossaise de talent entre sur la scène de la Maroquinerie avec son groupe. Amy Macdonald ressemble à une jeune fille bien sage dans sa robe parsemée de petites étoiles, ses ongles faits et ses grands yeux bleus innocents. Nous sommes vite détrompés dès les premières notes de Poison Prince, nous avons face à nous un groupe de redoutables musiciens au service de compositions émouvantes. Un guitariste aux allures de gavroche sous sa casquette, un bassiste, un batteur et un clavier entourent Amy avec la complicité de vieux professionnels. Elle joue (très bien) de la guitare acoustique et chante (merveilleusement bien) d’une voix claire et puissante (un accent écossais à couper au couteau).

Le show gicle sans répit d’un morceau sur l’autre. L’association des deux guitares est parfaite, le reste du groupe est à l’unisson. Le bassiste sort une trompette sur l’intro de Let’s Start a Band. Le batteur vient jouer sur le devant de la scène pour Barrowland. La musique respire les grands espaces et la nostalgie des Highlands. Les rythmes parfois furieux nous rappellent le monde où nous vivons, celui d’une déplorable instantanéité alors que l’on aimerait se laisser porter par la poésie et la beauté de cette voix. Elle nous en laissera quelques rares occasions notamment sur une bouleversante version solitaire de Dancing in the Dark de Springsteen et Footballer’s Wife, une histoire de gloire et de rêve, qui nous fait sombrer dans une sombre introspection : Oh I don’t believe in the selling of your glories before you leave this life/ There’s so much more to see/ I don’t believe this is how the world should be.

Ces cinq gamins jouent avec l’énergie du désespoir une pop/folk électrifiée et enlevée. Tout est naturel et beau, comme un torrent d’eau glacée et transparente qui coule de la montagne et vous serre le cœur.

Notre temps d’amoralité n’a pas encore éteint l’inspiration de ces petits princes du rock, que Dieu nous les garde. Le public est aux anges. Le Bataclan du 13 novembre est déjà complet !

Set list : Poison Prince/ LA/ A Wish For Something More/ Mr Rock & Roll/ Fooballer’s Wife/ Barrowland Ballroom/ Youth of Today/ This is The Life/ Next Big Thing/ Hallelujah (L. Cohen)/ Run
Encore : Dancing In The Dark (B. Springsteen)/ Roas to Home/ Let’s Start a Band
Warm up: Jim Bianc