Quoi de neuf ?

Sophie Hunger – 2010/12/06 – Paris le Théâtre de l’Atelier

© Philippe Pache

Sophie Hunger pour un dernier concert parisien de cette année finissante, au théâtre de l’Atelier cette fois-ci. Il neige et il fait froid mais nous courrons le cœur vaillant, infuser toute la chaleur humaine que dégage cette artiste. Ce théâtre n’est pas à proprement parler une salle de concert, mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivraie…, Sophie et les siens sauraient transformer un bunker en champ de roses. La formation est la même qu’à la Cigale cet été.

Elle entre seule en scène pour une intro a capella dans une langue alémanique rugueuse et incompréhensible, avant d’être rejointe par les musiciens pour dérouler un concert de rêve. Ce groupe, leurs mots, leurs notes, leur empathie, fondent à chaque fois un nouveau partage avec le public. On croit entendre des titres inconnus mais peut-être ne sont-ce simplement que le réarrangement de morceaux anciens. Chacun attend les sommets que sont 1983, Shape, Your Personal Religion, Le Vent l’Emportera. Ils nous seront servis bien entendu dans l’enthousiasme général.

Sophie passe des guitares acoustique à l’électrique, du piano au micro pour de gentils petits blabla partagés comme au coin du feu, toujours avec une égale grâce. Elle chante avec une énergie insondable, déclenchant un ouragan d’émotion sur un public ébahi. Sophie se livre intégralement avec une grande subtilité musicale et un immense talent. Elle se dépense sans compter pour faire partager son univers mystérieux qui nous attire comme au bord d’un gouffre. Elle rayonne tel un astre au fond de la galaxie, attirant et hors de portée :

With the sounds of my city/ In the blowing of the wind/ In the silence of our children sleep/ Are my continuance day/ In the pushing of the river/ In the falling of the rain/ In the dust in the street/ Are you singing and singing again?/ It’s never gonna die/ It’s never gonna die/ Oh no/ We’re always gonna die/ We’re always gonna die

Trois rappels seront nécessaires dont le dernier est une chanson populaire a capella à cinq, issue sans doute de ses montagnes helvétiques. Alors que les applaudissements ne veulent plus s’arrêter elle nous dit avec son délicieux accent alémanique : « c’est tellement que je ne vais pas pouvoir dormir cette nuit, alors j’en prends seulement un peu que je garderai pour quand le ne pourrai pas jouer pour vous. »

BRMC – 2010/12 – Paris & Londres

Paris l’Elysée Montmartre – 1er décembre 2010 & Londres Brixton Academy – 11 décembre 2010

Les Black poursuivent une tournée triomphale des salles européennes de taille moyenne. Après leurs deux prestations parisiennes cette année en mai au Bataclan et en août à Rock en Seine, le voici de retour le 1er décembre à l’Elysée Montmartre où ils avaient déjà commis un irréparable show en 2007. Et on en redemande ! Les héros sont un peu fatigués, sono et lumières un peu bricolées, mais qu’importe le cœur est toujours vivace et ils nous assènent de nouveau 90 minutes d’âme blues-rock, martelée sur cordes et peaux, de la plus pure inspiration.

Dedans la température explose et dehors la neige fond, les Black sont encore à l’œuvre devant une audience conquise. Des concerts quasiment tous les jours depuis la sortie de Beat the Devil’s Tattoo ; ils terminent celui-ci sur le classique Open Invitation après le déluge de feu de Shadow’s Keeper. Demain Porthmouth, après-demain Nottingham, …et samedi 11 à Londres-Brixton, nous y serons !

En arrivant ce samedi soir à la Brixton Academy le chroniqueur émoustillé chantonne évidemment le Guns of Brixton de feu le Clash en guettant the black Maria qui pourrait l’emmener au poste de police. Mais tout est calme… pour le moment, sauf la Brixton Academy qui chauffe la foule avec le warm up de…

La salle ressemble un peu au Grand Rex de Paris avec un décor kitch façon château fort et un très agréable floor en pente qui offre une vue impeccable sur la scène. Deux bars au fond servent la bière à gogo, tout se passe pour le mieux lorsque débarque le Black : Robert, perfecto noir et capuche, Peter, cuir noir et Lea, Tshirt noir ; et le show démarre sur un torride Love Burns joué en clair obscur avec déchaînement de stroboscopes sur le refrain. Le ton est donné et il n’y a pas à dire lorsqu’un concert démarre par un « Good evening London! » on se sent tout de suite naturellement là où il faut être : au cœur de la patrie du Rock.

S’en suit un Red Eyes and Tears très sombre, plein de guitares miaulantes et larsénisantes sur fond de violents éclairages dirigés vers un public qui n’en peut mais, les mirettes et les ouïes déjà débordantes, et encaisse ensuite un Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll endiablé qui place la barre très haut pour le reste du show « … 1…2…3…4… I fell in love with the sweet sensation/ I gave my heart to a simple chord/ I gave my soul to a new religion/ Whatever happened to you?/ Whatever happened to our rock’n’roll?  » Les britishs en perdraient leur flegme !

Le trio est à l’aise sur cette grande scène dédiée aux Dieux du Rock sous les auspices de la Couronne d’Angleterre, le public est simplement heureux sous les déluges soniques, lumineux et la bière fraiche qui elle aussi coule à flot.

Le concert se déroule de façon fantastique : deux heures trente de blues-rock à l’état chimiquement pur, tout est parfait. Au milieu de la noirceur de la furie, un moment d’émotion avec un hommage à Michael Been, père de Robert, décédé d’une crise cardiaque en août cette année alors qu’il opérait comme ingénieur du son sur la tournée des Black après avoir lui-même tourné comme leader de quelques groupes rocks américains. L’hommage est rendu par Iggy Pop via une bande enregistrée diffusée sur scène en intro d’une furieuse reprise de Real Wild Child (Wild One), elle-même reprise de l’australien Johnny O’Keefe popularisée par l’iguane. Sur scène un guitariste de The Call l’ex-groupe de Michael vient épauler Robert assis au piano pour ce touchant témoignage à un père désormais installé au paradis des rockers pour suivre le parcours gagnant de son fiston !

Le concert de ce soir est aussi le 1 000ème show du groupe alors tout est bon pour se laisser aller aux joies du Rock. Voilà dix ans qu’ils sont sur la route. Ils ont sorti six albums et su développer leur vision de la musique, pure et américaine, violente et inspirée. Une formation à trois qui se marie parfaitement avec un jeu de scène dépouillé. Des allures de cow-boys déjantés, le bon, la brute et le truand, passés d’un saloon du Grand Ouest aux salles de concert de notre ère post-punk.

Robert en commandeur dégingandé se contorsionne sur ses bass que l’on croirait sorties d’un magasin d’antiquité. Il assure le spectacle avec brio et modestie. Peter est la base du groupe, tout en discrétion et technique, chemise de bucheron trouée aux manches, caché sous cheveux et rouflaquettes que l’on dirait n’avoir plus vu de peigne depuis des lustres. Il est un exceptionnel guitariste, en principe toujours entre deux cigarettes, mais pour une fois, discipline britannique sans doute, on ne le verra pas fumer sur scène. Lea martelle ses fûts avec autant d’énergie qu’elle dégage de charme. Elle a trouvé la place parfaire dans cet univers de rockers.

Leur Rock est de la musique vraie qui se déroule comme une évidence, frottée à toutes les influences black-blues de la planète, usée par les scènes du monde entier, inspirée par l’âme lugubres de ses créateurs. Ils passent ensemble de l’électricité la plus puissante à une acoustique délicate (sur Suffle your Feets, Lea vient faire les chœurs avec Robert et un tambourin). Ils ont développé maintenant un vrai succès d’estime auprès d’un public croissant.

Robert débute le rappel seul avec une guitare acoustique et s’essaye avec le sourire, à la demande du public, à une reprise de Cyndi Lauper : Girls Just Wanna Have Fun, abandonnée au milieu car il ne sait plus les paroles. Et le concert se termine après le foudroyant Shadow’s Keeper qui se termine comme il se doit par le délire des guitares mêlées à l’électronique, que l’on diraient en roue libre dans un monde sans fin de répétition, de larsen et de gargouillis ; lumières tamisées et lasers perçant permettent de découvrir Robert à genoux entonnant les notes de Open Invitation qui clôture un show de presque trois heures.

Gode save the queen et les BRMC, invités d’honneur du Royaume Uni de Grande Bretagne et du Rock ‘n’ Roll !

Dehors on attend un peu si jamais les héros venaient nous jouer un petit set acoustique comme ils en ont l’habitude, mais il fait trop froid ce soir au cœur de Londres, les lumières de l’Academy s’éteignent et le chroniqueur s’en retourne baguenauder dans Brixton : « When they kick at your front door/ How you gonna come?/ With your hands on your head/ Or on the trigger of your gun. »

Mais le chroniqueur ébahi et rasséréné ne craint plus rien, se disant que finalement une année 2010 qui se termine sur un quatrième concert des Black ne pourra pas être une mauvaise année.

Set list Paris : 666 Conducer/ Mama Taught Me Better/ Red Eyes and Tears/ Awake/ Martyr/ Beat the Devil’s Tattoo/ Ain’t No Easy Way/ Bad Blood/ Berlin/ Weapon of Choice/ Long Way Down/ Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song)/ Dirty Old Town @Cover[The Pogues]/ Devil’s Waitin’/ Salvation/ Howl/ Conscience Killer/ Six Barrel Shotgun/ Spread Your Love

Encore: In Like the Rose/ Shadow’s Keeper/ Open Invitation

Set list Londres : Love Burns/ Red Eyes and Tears/ Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song)/ Spread Your Love/ Stop/ Six Barrel Shotgun/ We’re All in Love/ Heart + Soul/ Devil’s Waitin’/ Shuffle Your Feet @Info[Acoustic]/ Ain’t No Easy Way/ Weight of the World/ Took Out a Loan/ Berlin/ Weapon of Choice/ Windows @Info[Tribute to Michael Been, with Tom Ferrier]

Encore : Girls Just Wanna Have Fun/ Dirty Old Town @Cover[The Pogues]/ Real Wild Child (Wild One) @Info[Johnny O’ Keefe / Iggy Pop cover, with recorded message from Iggy Pop]/ Beat the Devil’s Tattoo/ Bad Blood/ Half State/ Conscience Killer/ Shadow’s Keeper/ Open Invitation

Parker Graham, ‘Pêche à la carpe sous Valium’.

Sortie : 2000, Chez : Points P2400. Graham Parker, légendaire héraut du rock britannique qui n’a jamais connu qu’un succès d’estime auprès des initiés, se commet aussi à l’écriture. Dans ce petit livre déjanté chaque chapitre est comme une nouvelle mais il y a un lien entre chaque, un lien qui pourrait être le fil de vie de Graham. De l’enfance dans les zones industrielles à chômage de l’Angleterre aux tournées de fin de carrière devant des salles de province américaines à moitié vides, en passant par la rencontre avec Keith qui lui propose de remplacer Mick Jagger récemment écrasé bar un bus. Et chaque ligne est truffée de références au monde du rock, ses visions comme ses violences.

SMITH Patti, ‘Babel’.

Sortie : 1981, Chez : .

Après son retrait de la scène rock à la fin des années 70’s, Patti Smith a passé une dizaine d’années « à la campagne », histoire de faire deux enfants et de vivre d’autres histoires loin de la frénésie du rock marquée par son disque de légende « Horses ». Elle est revenue, Dieu merci, a déjà commis quelques nouvelles perles discographiques, photographiques et littéraires. Babel est un long monologue poétique peuplé des phantasmes et visions de Patti. C’est ardu et porteur, délirant et réjouissant. Le bonheur de ce genre de texte c’est la liberté de leur écriture, un déluge de mots dévalant la pente raide de l’esprit d’un créateur !

Hugh Cornwell – 2010/11/22 – Paris la Java

Le Hugh Cornwell Band est de retour à la Java dans les odeurs de merguez de Belleville. Cette année il y a environ 200 personnes dans ce petit club en sous-sol, soit quatre fois plus que l’an passé, mais le barman n’est pas trop bousculé pour servir ses pressions avec olives en sus.

Hugh reste le même. Il porte le même pantalon/T-shirt noir que l’an passé, quelques mèches de cheveux en moins et toujours une maigreur ascétique. Son groupe a changé : en lieu et place de sa virtuose et pulpeuse bassiste il nous a sorti un quinqua joufflu à rouflaquettes et un chevelu à la batterie.

Il joue de la même Fender noire et éraillée, et avec une identique énergie crypto-punk dont il a su garder la pureté originelle. Il est toujours aussi sympathique une fois passée ses grimaces de mauvais garçon. Connaissez-vous beaucoup d’artistes qui autorisent le téléchargement gratuit de leurs albums sur leur site web ? Et qui publient tout aussi gratuitement les tablatures de leurs chansons ? Et bien Hugh, l’homme en noir le fait pour nos beaux yeux. Même la construction de son site est sympa et multilingue avec options pour le grec, turc, arabe et chinois…

Mais sur scène c’est une autre histoire et le show démarre avec un pêle-mêle de morceaux Hugh Cornwell et The Stranglers qui regonfle l’assistance, pas assez tout de même pour relever les plus moroses qui ont osé amener des tabourets aux pieds des musiciens et s’y asseoir. Les compositions d’Hugh se mêlent parfaitement avec les retours sur le passé. La formation « 3 musiciens » permet cette unité, sans les fioritures si typiques des claviers Stranglers. In the City enchaîné avec Always the Sun, ça passe comme dans un rêve. Alors que l’excitation monte-monte-monte avec la musique et le feedback sur nos jeunes années, les vieux assis du devant résisteront jusqu’à No More Heroes qui clôture le premier set et déclenche un véritable houri-vari, l’entrechoquement des gobelets de bière, la valse des tabourets, le pogo des quinqua.

On croit le show terminé mais Hugh nous annonce qu’ils reviennent après un petit break pour nous jouer Rattus Norvegicus. On croit avoir mal entendu et on file vers le bar pour attendre une possible surprise.

Et ils reviennent, et nous avions bien compris, et ils jouent l’intégrale de Rattus Norvegicus, le premier album des Stranglers, datant de 1977. 33 ans et pas une ride : Hanging Around, Sometimes… C’est le délire à la Java, il n’est plus question de places assises, les quinquas se retrouvent au milieu des musiciens (il n’y a pas de séparation entre la scène et le public), Hugh et son producteur leur demandent de rester un peu en arrière car le groupe ne peut plus jouer, c’est presque peine perdue tant plus personne n’écoute lorsque démarre Peaches.

Tant bien que mal Hugh place sa rythmique ravageuse, assène des refrains légendaires : Walking on the beaches/ Looking at the peaches…, rejoue les solos de claviers sur sa Fender pendant que rouflaquettes bombarde ses basses et que chevelu sur ses fûts en ferait presqu’oublier Jet Black.

Hugh Cornwell mâtiné The Stranglers : une soirée inoubliable ! Pas de nostalgie, juste du Rock vrai et sincère joué par une bande de durs assagis qui dédient leur âme à la musique, quoiqu’il arrive. Après les années de galère, les aléas de violence, les disques à la pelle, ils sont toujours là, et nous aussi. A l’année prochaine.

Goldfrapp – 2010/11/22 – Paris le Trianon

Goldfrapp au Trianon ce soir, ambiance disco pour musique électro. Une grande coupole argentée est posée debout en fond de scène par laquelle les artistes entrent sur scène, une espèce de pupille géante stylée James Bond. Les musiciens sont habillés façon Abba année 70’s et accueillent Alysson, un ouragan de blondeur, vêtue d’un blouson à fanfreluches synthétiques noires dont elle jouera le show durant devant ses ventilateurs.

La musique est définitivement électro et binaire, dansante et rétro, mais on aime. Goldfrapp recyclé disco s’en donne à cœur joie, froufrous et nylon, brillant et doré. Une batteuse costaud frappe sur ses caisses à faire trembler la salle, la claviériste manipule ses machines et chante pour accompagner Alysson qui se lance dans de délirantes vocalises retraitées par l’électronique, qui rebondissent sur les balcons du Trianon tout en joie. Un multi-instrumentiste à tête de Jésus exfiltré d’une communauté de babas à Goa, assure les arrières avec un redoutable bassiste.

C’est simple, propret et bien enlevé ; le show défile sans heurt. Grimée en Marlène bionique Alysson assure le devant de la scène et nous offre un retour vers le passé avec une musique calibrée danse. Chaque nouveau disque de ce groupe (en fait un duo Alysson Goldfrapp et Will Gregory [qui ne se produit plus sur scène]) est surprenant et d’une ambiance changeant du tout ou tout. C’est leur marque de fabrique.

Pour le rappel Alysson a remplacé son blouson nylon par un improbable vêtement en gaze blanche qui se rapproche plus de l’abat-jour que du costume… Elle interprète Lovely Head (extrait de son premier disque, 10 ans déjà) pour lequel deux micros sont disposés sur scène dont l’un utilisé pour d’incroyables déchaînements vocaux pour les refrains, dignes d’une La Callas synthétique. C’est Goldfrapp, une voix, de l’originalité et un look, les parfaits ingrédients pour une bonne soirée parisienne, délicieusement désuète, adorablement démodée, joyeusement inutile mais immanquablement tendance.

Set list : Voicething @Tape[intro]/ Crystalline Green/ You Never Know/ Dreaming/ Head First/ Number 1/ Alive/ Rocket/ Believer/ Shiny and Warm/ Train/ Ride a White Horse/ Ooh La La

Encore : Black Cherry/ Little Bird/ Lovely Head/ Strict Machine

Tricky – 2010/11/30 – Paris le Trianon

Noir c’est Noir : Tricky au Trianon ce soir nous a délivré un très beau et troublant concert. You don’t wanna est joué instrumental comme intro (on dirait un arrangement de Sweet dreams… des Eurythmics). Aussitôt arrivé sur scène il dévoile ses abdominaux sculpturaux. Puis il se réfugie, dos au public, sur l’estrade de son clavier. Il passera une bonne partie du concert dans cette position à fumer des clopes (ou pire ?), pendant que son groupe trace sa route, irradiant le lieu de sa seule présence.

Sur scène : une chanteuse et une guitariste métisses, une bassiste blanche, un batteur et un clavier, et Tricky bien sûr, inspirateur de cette musique si sombre qu’il semble dominer et diriger mentalement. Lorsque parfois l’aigle descend de son refuge pour se mêler physiquement à son groupe, il s’accroche à son micro comme si sa vie en dépendait et s’agite avec ce tressautement caractéristique pour décliner son trip-hop mâtiné de rap. Parfois il place son micro sur son cœur et continuant à chanter, une voix d’outre-tombe excavée de sa poitrine enfumée. A d’autres occasions il lève le bras pour demander à son groupe de jouer en sourdine avant de le relancer dans de furieux moulinets et laisser parler une rythmique guerrière.

Le combat est mené vaillamment par les trois filles dont cette remarquable chanteuse, toute de noir vêtue, aux déhanchements torrides. Elle fait l’essentiel des vocaux sur les nappes de claviers qui s’empilent en une vertigineuse pyramide de sons électroniques. Les rythmes sourds et violents envahissent l’espace kitch du Trianon et résonnent dans nos cerveaux conquis par cette noirceur.

A deux occasions l’aigle se mêle aux terriens et fait monter sur la scène une foule de spectateurs qui n’en croient pas leurs yeux. Les filles musiciennes se réfugient alors que les estrades et laissent Tricky au milieu de ses fans et de sa musique. Quelques incontournables pétasses sortent leur iphone pour marquer ce moment sur les pixels et interrompent la transe du maître, qui s’y prête avec bonhommie, pour une vulgaire photo.

Et puis la scène est de nouveau rendue au groupe, Tricky remonte fumer ses clopes sur son nid et les filles reprennent le pouvoir des cordes en nous assénant un best of Tricky plus quelques reprises. Les morceaux sont rendus avec l’énergie décuplée de cet excellent groupe dévoué à son mystique leader.

Hakim est invité à jouer un titre éponyme et un son arabisant vient nous ramener au titre de son dernier disque : Mixed Race !

Le rappel est fait sur Past Mistake et pendant que la batterie assourdissante martèle son beat sur la voix bouleversante de la chanteuse et cette obsédante ritournelle de piano, Tricky descend au milieu du public et traverse lentement le floor, étreignant chacun avec tranquillité et sincérité alors que se déroule ce superbe morceau :

I know I paid, that’s why I’m alone today/ Just me myself, no mental health/ My mistake overtakes/ Your love’s overgrown my love/ My love, my love, my love for you/ My love, my love, my love for you…/ Till it burns my soul/ Burns my soul/ Burns a hole…

et Tricky disparaît dans les coulisses nous laissant ébahis.

Vu de près lors de son passage dans la fosse, Tricky a caché ses tatouages sous un sweet rose, son bon sourire, son crâne lisse et le temps qu’il passe à saluer ses fans le font prendre pour un bon père de famille plutôt qu’un mauvais garçon. C’est juste un superbe musicien qui a su intégrer les couleurs de son époques, collaborer avec nombre de ses pairs (Massive Attack dont il fut un membre fondateur, Björk, Goldfrapp,…) et synthétiser l’ensemble dans une musique mystérieuse qui prend vraiment tout son sens sur scène.

Et d’ailleurs, ce même soir Horace Andy, le pilier reggae de Massive Attack, jouait à la Cigale à 50 mètres du Trianon. Se sont-ils parlé ? On ne le sait, mais leur âmes trip-hop / reggae a longtemps plané encore sur le boulevard Rochechouart après la fermeture des portes.

Lloyd Cole – 2010/11/05 – Paris l’Alhambra

Llyod Cole nous revient à Paris avec un nouveau disque Broken Record, mais toujours autant de subtilité, de brio, de talent et cette petite touche d’humour british qui fait tout passer avec douceur et élégance.

Son disque a été produit avec l’aide financière des internautes visiteur de www.lloydcole.com et sans doute beaucoup de persévérance. Enregistré à New York, on y retrouve un groupe relativement classique et électrique, et toujours cette voix enchanteresse. Sur scène, alors que l’an passé il s’était présenté solitaire, il est cette fois-ci accompagné de son small ensemble, deux guitaristes folk qui encadrent Llyod avec beaucoup d’efficacité et de discrétion.

Le concert est un monument de romantisme et de poésie, comme un thé Darjeeling partagé dans un manoir britannique au coin d’un feu violent brûlant dans une vaste cheminée aux armes de la Reine. C’est le résumé sur soixante minutes d’une vie consacrée à l’art et la musique : chaque année l’expérience s’approfondit et l’intensité poétique s’accroît. Tout n’est que tact et nostalgie, si bien résumé par If I were a song : What if I was just a song?/ Words on a page to sing – a song/ What if my essence was pure/ Pure mathematics no more/ Than a romance from a store?/ Would you still cry when I played?/ Would you still turn to me for the pain/ If I were just a song?

Le show est ponctué d’une courte pose pour laquelle Lloyd recommande d’aller fumer une cigarette et d’acheter son disque à vendre à coté du bar, ce que nous ferons bien entendu avant de replonger avec délice dans cette broken musique : But we already sang that song/ and she’s already gone, gone, gone/ and we’re starting to sound like a broken record/ Broken promises/ Broken dreams/ Broken marriages/ Broken rings.

Lloyd Cole nous brise le cœur mais de façon si charmante et légère ! Sa musique dépose subrepticement dans nos âmes une tristesse surannée qui nous fera attendre avec sérénité ses futures étapes. A l’année prochaine Mister Lloyd !

Amy Macdonald – 2010/11/04 – Paris le Zénith

Amy Macdonald lance son European arena tour au Zénith de Paris. Le succès aidant, les choses sont conçues en un peu plus grand : la salle tout d’abord (pas complètement remplie il me semble), le groupe qui compte un sixième musicien (guitare et claviers) et le décorum en une espèce d’arche en milieu de scène encadrant le vaste écran du fond, sur l’une et l’un seront projetées des images peu originales. L’assemblée attend sagement son héroïne, l’âge moyen n’est pas bien élevé.

Le groupe entre en scène pour démarrer An ordinary life avant qu’Amy ne rejoigne son petit monde, montée sur ses hauts talons, habillée d’une jolie robe à motifs bleus, nouvelle coiffure choucroutienne, toujours maquillée comme une voiture volée, des yeux bleus de glace, on pourrait croire à une présentatrice de TF1, mais dès qu’elle s’empare de sa guitare folk et se rapproche du micro, la magie se fait et le plomb se transforme en or.

Une voix chaude à peine marquée par les pompes saccadées imprimées à sa guitare rythmique, elle emmène son groupe sur des compositions toujours délicates. Ils joueront les deux disques aujourd’hui disponibles : This is the life un vrai succès d’estime qui a lancé la Miss, et A curious Thing un succès commercial non démenti semble-t-il.

Amy affiche toujours un peu de distance, mais laisse parler son cœur lorsqu’elle joue. Qu’elle s’époumone comme une cantatrice sur Run, qu’elle nous envoute de sa voix caressante sur les accords mineurs de Trouble soul ou qu’elle se retire du devant de la scène pour martyriser sa guitare, les lèvres pincées, légèrement penchée en arrière comme pour mieux laisser son bras droit mouliner ses cordes ; elle nous charme toujours par une touchante sincérité et des mélodies folk désarmantes de simplicité qui vont droit à l’âme.

Et lorsqu’elle qu’elle introduit This is the life en nous rappelant qu’elle a écrit cette chanson à 17 ans sans jamais imaginer qu’elle serait un jour n°1 dans plus de dix pays, on est ému avec elle et on prend encore un immense plaisir à écouter une énième fois cette entraînante comptine : And you’re singing the songs/ Thinking this is the life/ And you wake up in the morning and your head feels twice the size/ Where you gonna go?

Le rappel est démarré sur une très belle reprise de Born to run de Springsteen, manifestement l’un des inspirateur d’Amy qui jouait jusqu’ici Dancing in the dark et se termine sur le classique Let’s start a band.

Tout ceci est bien sage et bien rangé. Même si Paul Weller (ex-The Jam) a participé au dernier disque, on y sent guère de révolte, mais plutôt les tourments d’une adolescente inspirée qui devient adulte et dont la musique est le viatique. On aurait tort de s’en priver, en espérant que ce talent déjà bien né puisse évoluer naturellement vers la maturité et encore nous surprendre.

Coe Jonathan, ‘La pluie avant qu’elle tombe’.

Sortie : 2007, Chez : Folio 5050. Une vieille dame enregistre un dernier témoignage avant de se donner la mort. Elle parle pour décrire vingt photos, quarante années de vie, à une jeune femme aveugle afin qu’elle ne perde pas la mémoire visuelle de ces tranches de vie auxquelles elles ont été mêlées, douloureusement. Ces photos sont l’occasion de revenir sur des années où des destins se sont entremêlés, se sont combattus mais parfois retrouvés. Le style est émouvant, comme l’histoire, humaine, tout simplement.

Laetitia Shériff – 2010/10/12 – Paris le Batophar

Soirée musique française au Batofar (pour 50 spectateurs) avec et dans l’ordre : les Stoned Popes, une bande de joyeux drilles qui jouent et s’amusent avec un groupe à la Kusturica, et We Only Said, un excellent groupe rennais alternatif de trois guitaristes et un batteur, rejoints par Laetitia Shériff qui les accompagnera pour quelques morceaux à la bass et un déchaînement de cordes et de boucles.

Et puis Laetitia revient sur scène en solo avec une guitare baryton et quelques machines. Habillée d’un jean et d’une chemise à carreaux beiges, elle affiche toujours autant de subtilité et d’intériorisation pour l’expression de sa musique. La tonalité grave de sa guitare baryton donne l’ambiance : sombre et dépouillée. Les coups de médiator sonnent sur les cordes qui diffusent un son sec et cassant, le jeu est simple et marque le rythme dont le caractère obsédant est parfois accentué par des machines répétantes. Dans cet univers toujours troublant Laetitia pose une voix douce et assurée, elle sourit, les yeux fermés, et chante subrepticement. La fusion avec le rythme de la guitare est parfaite, c’est un mélange aigre-doux, une saveur sucrée-salée, la patte de Laetitia.

En rappel, les We Only Said viennent lui rendre son invitation en montant sur scène. Et puis  pour une dernière apparition et retour sur une guitare électrique classique elle joue Baby Man, un petit joyau : Baby man/ In my arms/ Sleep tight/ You are allowed to cry/ I’m only a woman but I can cry/… I’m able to cry.

Cette prestation solo était inattendue, elle est réussie. Le talent déborde quelque soit l’environnement dans lequel il s’exprime. Celui de Laetitia est incontestable

Un concert pour 50 personnes, longue vie à ces artistes qui se battent pour survivre dans notre monde de brutes !

Morcheeba – 2010/10/11 – Paris le Bataclan

Concert vanille, musique chair de poule, rythmes chaloupés : Morcheeba, ressuscité avec le retour de sa chanteuse fétiche Sye Edwards, a ébloui le Bataclan. Ce soir il n’était plus question de grève ou de retraite à 60 ans mais de vie éternelle à la lumière du romantisme soul des Morcheeba !

Skye est revenue après huit années d’absence insuffler un charme à couper le souffle à la formation britannique. Elégante comme une Sade trip-hop, vêtue d’une de mousseline rouge avec une longue traîne finement attachée à ses poignets, elle en joue devant un ventilateur lorsqu’elle chante et se transforme en princesse du désert, en ondine des sables.

Des frères Godfrey, créateurs du groupe, il ne reste que Ross aux guitares (mais Paul cosigne toujours les morceaux et figure sur la pochette). On dirait le marchand de journaux du coin de la rue, sous barbe et embonpoint, mais que l’on ne s’y trompe pas, c’est un guitariste d’exception et un mélodiste hors pair. Il jongle avec le manche de ses guitares avec virtuosité et à propos, heureux, comme le reste du groupe, d’offrir pour Skye l’écrin brillant où poser sa voix d’émeraude.

Toute à ses vocalises et effets de mousseline, Skye fait sérieusement monter la température dans le public. Elle est troublante et joue avec habilité de son charme surnaturel. Elle chante avec un naturel désarmant et un talent qui semble inné. Elle est belle, puissante, libérée, elle développe une voix chaude, douce et violente, sur les saccades du trip-hop ou les mélopées du blues. On avait aimé Manda dans la formation 2008 mais Skye ajoute ici son âme black ce qui, pour chanter le blues, révèle d’insoupçonnés trésors de sensibilité.

Ross délivre quelques solos de guitare redoutables et occupe le devant de la scène avec sa chanteuse. Il partage largement avec elle le succès d’estime et l’applaudimètre des spectateurs esbaudis par tant de talent.

Entre les chansons, Skye papote beaucoup, partage son bonheur d’être sur scène, le shopping qu’elle a fait à Paris et, humant des vapeurs de marijuana, déclame que par décret des Morcheeba l’herbe est autorisée pour leurs concerts…

Pour le rappel, le thermomètre et le taux d’humidité sont au plus haut, Skye oriente son ventilo vers le public et entame I Am The Spring avec Ross seul à la guitare folk : I am the spring/ Love is blossoming/ You take the fall/ And sacrifice/ I’ll cheer you u/. Fill your empty cup/ A weekend song/ On summer skies.

Le concert est un triomphe. Un deuxième est prévu demain soir, déjà complet bien entendu.

Set list : The Sea/ Friction/ Otherwise/ Never an Easy Way/ Even Though/ Part of the Process/ Blood Like Lemonade/ Slow Down/ Crimson/ Trigger Hippy/ Beat of the Drum/ Blindfold

Encore : I Am The Spring/ Over & Over/ Be Yourself/ Rome Wasn’t Built In A Day

Lanzmann Claude, ‘Le lièvre de Patagonie’.

Sortie : 2009, Chez : Folio 5113. Un livre exceptionnel, l’autobiographie de Claude Lanzmann : le récit de l’incroyable destin d’un homme d’action et de conviction. Résistant contre les nazis au lycée, philosophe, intellectuel un temps proche du parti communiste, compagnon de route de Sartre, compagnon de cœur (et de pensée) de Simone de Beauvoir, défenseur d’Israël contre vents et marées, auteur du film Shoah ; on se sent bien peu de choses face à un tel personnage.

Coetzee J. M., ‘Disgrâce’.

Sortie : 1999, Chez : Points. Le démon de midi d’un professeur quinqua du Cap le ramène subrepticement vers sa fille qui vit une expérience de brousse comme un boers des origines, et gère comme elle peut sa culpabilité de « l’homme blanc » dans un pays dévasté par la violence post-apartheid. Le thème et le ton font immanquablement penser aux romans d’André Brink.

Shannon Wright – 2010/09/30 – Paris le Point Ephémère

Shannon Wright est de retour moins d’un an après sa dernière prestation parisienne. Son prochain disque Secret Blood est tout juste annoncé pour les prochaines semaines.

Compositrice inspirée, toujours secrète et divagante, un jeu de guitare à la Lou Reed étrange et répétitif qui accompagne au mieux un chant extirpé du fond de son âme. Les concerts de Shannon sont toujours un moment exceptionnel où l’on voit un créateur livrer son être à un public. C’est sans doute la définition de l’Art. L’exercice est sincère et semble douloureux, comme initié par une force vitale qui n’est pas contrôlable. L’équilibre est instable et l’artiste surfe sur un axe étroit d’où tout peut basculer.

Affectueusement et efficacement entourée par un bassiste et un batteur, ses doigts frappent mécaniquement sur les cordes pendant que s’échappent ses cris d’une bouche parfois gigantesque noyée sous un déluge de cheveux roux.

Comme ensorcelée elle mène son show, chargée d’une mission divine… ou diabolique. Elle n’a d’autre choix que de délivrer le credo du rock, celui de l’électricité d’une poésie urbaine et touchante.

L’exorcisme abouti Shannon revient saluer sur la scène, purifiée de sa fureur, elle nous envoie son cœur et réintègre le monde qu’elle n’avait quitté que pour accomplir son destin musical.

Warm up : Mars Red Sky

Blonde Redhead – 2010/09/16 – Paris le Bataclan

Les Blonde Redhead sont de retour avec un nouveau disque : Penny Sparkle et un show au Bataclan. L’un et l’autre diffusent une ambiance électro nouvelle à l’image de Black Guitar qui démarre sombrement ce concert : longue élégie amoureuse où se superposent les arpèges de guitare sur les boites à rythmes, les nappes de claviers (jouées par un roadie de circonstance) et les dialogues d’Amadeo et de Kazu, cachée sous un masque en bois et rafia d’origine indéterminée : Black guitar gave me a song/ The role of your own demise awash my tears/ If the sun may blind you/ I find you the moon/ No one shadows/ The retina of your heart.

Le disque est disponible depuis trois jours seulement et peu nombreux sont ceux qui en connaissent déjà l’atmosphère un peu déroutante, aussi lorsque retentissent les stridences de Spring enchaîné sur Dr. Strangelove le public manifeste son plaisir d’un retour en territoire plus familier et dynamique.

Mais les Blonde ont atterri sur une nouvelle planète vers laquelle ils nous ramènent avec douceur, celle de l’électro où plane toujours bien haut la voix de Kazu, surfant sur des vagues de tendresse et de mystère. Habillée d’un pantalon à paillettes et d’un pull elle joue alternativement de la guitare ou de la bass, ou alors ondule accrochée à son micro dans un érotisme musical torride.

Elle se loupe sur deux lancements et dans un grand éclat de rire fait redémarrer le groupe plus à propos. Elle n’arrive plus à arrêter son clavier à la fin d’un morceau. Tout cela fleure bon le démarrage de tournée mais tout leur est presque pardonné. Laissez le charme agir !

Un petit rappel-retour sur Penny Sparkle et c’en est fini d’un show un peu court et improvisé qu’il faudra confirmer à l’écoute du disque mixé par Alan Moulder (Nine Inch Nails, Smashing Pumpkins, The Cure). Nouveau son, nouvelle inspiration, nouveau tempo, le trio new-yorkais exotique continue une route de traverse intéressante sur laquelle nous les suivrons avec gourmandise !

Set list : Black Guitar/ Here Sometimes/ Spring And By Summer Fall/ Dr. Strangeluv/ Love or Prison/ Oslo/ Falling Man/ 23/ SW

Encore : Not Getting There/ Harry and I/ Penny Sparkle

Beigbeder Frédéric, ‘Un roman français’.

Sortie : 2009, Chez : Livre de Poche 31879. Au cœur d’une (longue) garde à vue pour consommation de cocaïne, notre chevelu ex-fils de pub reconverti dans la littérature, revient sur son enfance. Celle d’un gamin errant dans un milieu socioculturel plutôt favorisé, baladé avec son grand frère, au gré du divorce de ses parents, de Neuilly à l’école Bossuet en passant par des voyages au long cours et la fréquentation du beau monde, apprenant l’anglais à New-York sur Dust in the Wind de Kansas, découvrant l’ivresse de la vitesse avec Jacques Laffitte conduisant l’Aston-Martin paternelle, et les grands auteurs dans la bibliothèque de la maison familiale au pays basque. L’itinéraire d’un enfant gâté de cette fin du XXème siècle qui s’est mis lui aussi à divorcer (deux fois) et, lorsque que les réjouissances du Polo club et de Castel ont cessé de l’intéresser, finalement, à se consacrer à l’essentiel, sa fille et les choses de l’esprit. C’est enlevé, bien écrit et plutôt charmant.

le Carré John, ‘La Chant de la Mission’.

Sortie : 2007, Chez : Points 2028. Les aventures d’un interprète originaire du Kivu, engagé pour ses talents dans une machination fomentée par de bons espions européens qui veulent « le bien » du Congo oriental et s’apprêtent à y organiser un coup d’Etat pour s’approprier ses richesses minérales, sous couvert de bons sentiments. Tout le monde en prend pour son grade dans un monde de corruption de fureur et de prévarication, les blancs comme les africains. Les tutsis rwandais ne sont pas les derniers à être épinglés pour leur férocité et leur machiavélisme. L’idée du personnage de l’interprète au courant de tout mais blanc comme neige est intéressante et permet à l’auteur de porter un regard perçant sur les autres personnages de ce roman hauts en couleurs.

Bramly Serge, ‘Le premier principe Le second principe’.

Sortie : 2008, Chez : Livre de Poche 31746. Passionnante histoire d’espionnage dans la France des années délétères de la fin de l’ère Mitterrand où se mêlent marchands d’armes, cabinets ministériels, supercheries des services, photographes people et manipulations diverses. Des faits réels (le « suicide » de Bérégovoy, la mort « accidentelle » de Lady Diana et d’autres) sont remis en perspective à l’aune des sales histoires de la République et de l’imagination débridée de l’auteur. On reste persuadé que tout ce qu’il invente aurait largement pu exister et a d’ailleurs peut-être été ! C’est ce qui donne à ce roman une actualité haletante de vérité.

Festival Rock en Seine – 2010/08/27>28 – Paris Parc de Saint-Cloud

Vendredi 27 août 2010

Les Black Rebel Motorcycle Club ne quittent plus la route pour laquelle ils sont taillés, et Paris qui leur voue un franc succès. Après leur show au Bataclan en mai et l’annonce de leur retour à l’Elysée Montmartre en décembre, les voici à Saint-Cloud pour un set de 50 mn. Pete et Lea font eux-mêmes le sound-check pendant que la scène de la Cascade se remplit doucement. Il fait frais et sombre lorsque le groupe débarque et entame Beat the Devil’s Tatoo. Robert est encapuchonné et Saint-Cloud se réveille sous les assauts de sa basse.

L’Amérique Rock ‘n’ Blues a débarqué sur les bords de Seine pour nous réjouir. Que demander de mieux pour lancer la cuvée 2010 de Rock en Seine ?

Les fans pogotent, les musiciens se déchaînent, tout est noir et sombre et le Rock est notre destin mené d’un train d’enfer par trois apôtres à qui la foi a été révélée dans les garages enfumés de San Francisco.
Robert termine le show sur Spread your Love, debout sur la barrière qui contient le public. On peut être un rocker d’anthologie en cuir noir, on en a pas moins un gros cœur : son père, ex-guitariste de The Call, et ingénieur-son des BRMC est décédé il y a deux semaines lors d’un show du groupe en Belgique. Le site web des BRMC lui rend depuis hommage.

Set list : Beat the Devil’s Tattoo/ Love Burns/ Mama Taught Me Better/ Stop/ Bad Blood/ Ain’t No Easy Way/ Conscience Killer/ Berlin/ Weapon of Choice/ Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song)/ Spread Your Love

Samedi 28 août 2010

Paolo Nutini sur la Grande Scène, habillé en marinière (comme cette déplorable mode qui envahit les rues parisiennes), folkeux écossais sympatoche en diable avec un groupe qui assure. Un succès d’estime mérité.

Queens of the Stone Age : c’est du sérieux, des rockers sévèrement burnés qui viennent nous délivrer le message stoner rock de Californie sous la direction avisée de Josh Homme, doigts tatoués et bagousés, crête blonde gominée, blouson élimé, clope à tout va. La musique est plus sophistiquée qu’il n’y parait : rythmes hypnotiques, guitares grasses et son plutôt lourd. Le vent qui souffle n’abaisse pas la crête de Josh et les riffs assénés réchauffent les spectateurs. Il y a de la foi dans ce rock caverneux, il y a de la joie sur la Grande scène, nous sommes à Rock en Seine et le festival bat son plein avec toujours autant d’à propos.

Set list : Feel Good Hit of the Summer/ The Lost Art of Keeping a Secret/ 3’s & 7’s/ Sick, Sick, Sick/ Misfit Love/ Monsters in the Parasol/ Burn the Witch/ Long Slow Goodbye/ Little Sister/ I Think I Lost My Headache/ Go With the Flow/ No One Knows/ A Song for the Dead

Massive Attack est là ce soir et ils sont plus que bienvenus après leurs deux concerts parisiens du Zénith fin 2009. L’ambiance festival et la nuit qui tombe sur les grands espaces de Saint-Cloud donnent une coloration différente à leur musique d’outre-tombe. Martina est avec eux et vient d’assurer un remplacement au pied levé sur la scène de l’Industrie.
Le concert est de facture classique. Les infrabasses et les sons des machines montent vers la lune pendant que le commando des voix des Massive rencontre toujours un accueil chaleureux à la hauteur de leurs magnifiques et sombres performances.

On ne se lasse pas de cette musique de notre temps, les spectateurs sur la plaine absorbent goulument ces couches d’électronique sur lesquelles se placent les voix traitées. 3D assure la direction du collectif, DaddyG a la tête qui tangente les étoiles, Horace (pour une fois sans couvre chef) nous envoie des cœurs et des vibratos, Martina nous émeut aux larmes sur Teardrop et Deborah nous emmène au firmament sur Safe from Harm.
Les horaires étant ce qu’ils sont, les Massive Attack enchaînent Atlas Air sans même une pose de circonstance pour faire rappel. Le final est éblouissant pour des spectateurs enchantés dont les sens résonneront encore longtemps de l’obsédante ritournelle de clavier de ce morceau d’anthologie souligné par l’explosion stroboscopique du light show.
Le trip-hop de Bristol a encore frappé sur la France !

Set list : United Snakes/ Babel/ Risingson/ Girl I Love You/ Invade Me/ Mezzanine/ Teardrop/ Angel/ Inertia Creeps/ Splitting The Atom/ Safe From Harm/ Atlas Air

Ouh là là là là là là, Bryan apparaît en smoking noir, cravate mauve clair sur chemise blanche et boutons de manchette, accompagné de Phil à la guitare et aux cheveux blancs, Andy aux instruments à vent, Paul à la batterie, Colin Good au piano et d’un gang de gamins/gamines pour réinventer Roxy Music : la claviériste violoniste en combinaison moulé-argentée aux allures de catwomen (et d’Eddy Jobson, violoniste historique du premier Roxy), Oliver Thomson jeune éphèbe guitariste déjà présent sur la tournée Dylanesque, un bassiste en costard noir et quatre choristes black. Tout ce petit monde démarre sur Re-Make Re-Model à 21h pétante sur la scène de la Cascade, le premier morceau du premier disque historique de Roxy Music ! Ouh là là là là là là :

I tried but I could not find a way/ Looking back all I did was look away/ Next time is the best we all know/ But if there is no next time where to go’/ She’s the sweetest queen I’ve ever seen (CPL593H)/ See here she comes, see what I mean’ (CPL593H)/ I could talk talk talk, talk myself to death/ But I believe I would only waste my breath/ Ooh show me

Et en plus ils enchaînent sur Out Of The Blue ! Mon Dieu ; le chroniqueur solidement installé au premier rang défaille. Oh My God ! Ils osent enchaîner sur Out Of The Blue : boum_tchak-tchak_boum-boum_tchak-tchak_boum… frappe Bryan son poing droit dans la paume gauche ; boum_tchak-tchak_boum-boum_tchak-tchak_boum… martèle la violoniste à grand moulinets de son archet dans l’air ; boum_tchak-tchak_boum-boum_tchak-tchak_boum … assène Paul sur ses caisses, et monte la lancinante progression de cette exceptionnelle chanson jusqu’au solo final de violon à la stridence orgasmique exécuté avec brio par catwomen debout sur son estrade :

Then: out of the blue/ Love came rushing in/ Out of the sky/ Came the sun/ Out of left field/ Came a lucky day/ Out of the blue/ No more pain

Sur In Every Dream Home A Heartache, Oliver nous sert le solo d’origine sous le regard protecteur et attendri de Phil. Et Roxy Music poursuit sa folle cavalcade glamour avec autant de bonheur : Virginia Plan, Do The Strand, My Only Love… tous les classiques n’ont pas pris une ride et les gamins de 20 ans qui poussent derrière et dansent sur Let’s Stick Together n’en pensent pas moins.

Et puis vient A Song for Europe où Bryan plus élégant que jamais décline le déclin de notre continent sur les trilles mineures de Colin :

…And here by the Seine/ Notre-Dame casts/ A long lonely shadow/ Now – only sorrow/ No tomorrow.

Ses vibratos se terminent en murmures, se transforment en sanglots :

Here’s no today for us/ Nothing is there/ For us to share/ But yesterday.

Et enfin, bien sûr, Bryan siffle sur le final de Jealous Guy, juste For Your Pleasure… Les iphones clignotent, les cœurs battent la chamade et les gamins dans la fosse se regardent en découvrant que la musique a existé avant l’électronique !

Et pendant que Roxy Music finissait d’éblouir la scène de la Cascade, les Arcade Fire démarraient leur show sous forte menace météorologique. Le temps de courir vers la Grande Scène et tout Saint-Cloud est déjà sous le feu de Ready To Start. Même au bout du bout du terrain, le son est gigantesque et balaye les nuages, l’éclairage est violent et les Arcade sont déchaînés. Leur musique est calibrée pour les grands espaces et leur présence au final de Rock en Seine ne pouvait mieux tomber.

Les premières notes d’accordéon de Régine sur Laïka déclenchent comme toujours une véritable hystérie collective chez les spectateurs et une agitation remarquable sur scène avec nos huit compères en ligne hurlant : Our mother shoulda just named you Laika!

Le vent souffle et les rafales balancent le son d’un coté à l’autre de l’assemblée, on s’accroche au mât pour soutenir le groupe qui souque ferme. La vague de The Suburbs (Win aux claviers) nous submergent mais le show continue à tracer sa route dans un environnement déchaîné.
Sur les grandes orgues de Intervention les nuages crèvent et des rideaux de pluie ondulent au-dessus des têtes. Qu’importe, le navire est secoué mais toujours vent debout :

…Singing hallelujah with the fear in your heart/ Every spark of friendship and love/ Will die without a home/ Hear the soldier groan, « We’ll go at it alone »

Et puis sur We Use to Wait, l’équipage abandonne, la tornade se déchaîne, la scène est inondée, les équipes techniques recouvrent les instruments de bâches, et les spectateurs prennent leur mal en patience sous l’orage, guettant une accalmie qui ne viendra point.

Les Arcade sont désolés, s’excusent puis reviennent jouer Wake Up en acoustique (seuls instruments autorisés sous la pluie), puis s’en vont, comme l’orage d’ailleurs. Mais il est trop tard pour reprendre le show. Les horaires, toujours les horaires de notre société aseptisée ! Il y a 20 ans, quand les concerts commençaient avec trois heures de retard, on a jamais vu les Rolling Stones arrêter un concert à cause de la météo…

Qu’importe, malgré ce coitus interomptus l’édition de 2010 fut d’une excellente tenue. Seule ombre au tableau le logo mortifère qui empêcha nombre d’entre nous d’acheter le T-shirt de l’année.

Set list : Ready to Start/ Keep the Car Running/ Neighborhood #2 (Laika)/ No Cars Go/ Haïti/ Modern Man/ Rococo/ The Suburbs/ Ocean of Noise/ Intervention/ We Used to Wait
Wake Up @Info[Acoustic]