« Le lac aux oies sauvages » de Diao Yinan

Un film chinois, polar-noir, qui se déroule de nuit dans les bas quartiers de quelque province chinoise déshéritée où un chef de gang et une prostituée fuient la police, la seconde aidant le premier qui a tué un flic par accident. On erre dans ce monde interlope, éclairé par des néons où des bandes de voyous tiennent le pavé. Tout est sale et repoussant, personne ne rit, l’atmosphère est lourde et humide, la mort est au bout du chemin visqueux.

Les seules images de jour sont éclatantes et ensoleillées, ce sont celles du « lacs aux oies sauvages », un lac où se retrouvent des prostitués et leurs clients. L’homme se sachant condamné veut orchestrer sa dénonciation par cette prostituée afin qu’elle perçoive la récompense et la reverse à sa femme et son fils. Ils réussiront.

Bien loin des images habituelles de la Chine triomphante ce film noir donne à voir l’envers du décor qui existe aussi très certainement. Des voyous, des putes et la police, la recette parfaite d’un polar glaçant à la lumière des néons.

« Histoire d’un regard » de Mariana Otero

Gilles Caron était un reporter-photographe auteur de quelques photos iconiques des conflits des années 60/70, disparu mystérieusement au Cambodge en 1970, probablement happé par le conflit, pris dans un accrochage ou enlevé par les Khmers rouges. On n’a jamais retrouvé son corps ni arrêté d’explication définitive sur sa mort.

Son parcours fut météoritique et il marqua l’histoire française de photojournalisme durant les quelques années où il exerça ce métier. Ses reportages les plus célèbres concernèrent les émeutes de mai 68 à Paris (une photo de Cohn-Bendit souriant face à un CRS), la guerre des six jours en Israël (une photo de Dayan au mur des lamentations que son armée vient de conquérir), les guerres civiles au Biafra et en Irlande du nord, la guerre du Vietnam bien sûr, Prague 1968. Il choisit bien ses sujets avec toujours un temps d’avance sur ses collègues et un œil affuté pour les scènes frappantes. Il a fait la guerre d’Algérie dans les parachutistes ce qui l’a sans doute rendu familier avec les terrains militaires et aidé à cadrer des photos

La réalisatrice reconstitue la vie professionnelle de Gilles Caron à travers des milliers de planches contacts. Ses commentaires pour illustrer ce voyage ne sont pas inoubliables, qu’importe, ce sont les images qui comptent et celles-ci qui ont marqué leur époque sont bonnes à voir et à revoir.

Devendra Banhart – 2020/02/05 – Paris salle Pleyel

Les Inrocks

Découverte de Devendra Banhart en concert à la salle Pleyel ce soir : un musicien américano-vénézuélien d’un genre folk-psychédélique, étrange et original. Une voix profonde de crooner, un look de bel hidalgo, un jeu de guitare délicat, un chant en espagnol ou en anglais et des compositions alternant entre le folk pur et dépouillé et un rock latinos sautillant.

Une révélationà approfondir !

DRIEU LA ROCHELLE Pierre, ‘Gilles’.

Sortie : 1939, Chez : Editions Gallimard / Le Livre de Poche 831-832

C’est le roman majeur de Drieu la Rochelle, écrivain tant critiqué pour ses faits de collaboration durant la IIème guerre mondiale, qui s’est donné la mort en mars 1945 plutôt que d’avoir à rendre des comptes à la Justice devant laquelle il était convoqué.

Les pérégrinations du héros sont en grande partie autobiographiques et certains des personnages sont inspirés de personnes réelles : Aragon est Galant, André Breton est Caël et Drieu est Gilles. Revenu blessé de la première guerre mondiale, Gilles erre dans les salons de la bonne société parisienne à la recherche de réconfort féminin (également susceptible de l’entretenir) et d’engagement politique sans vraiment savoir de quel côté pencher, entre communisme et fascisme. Il promène sa morgue désabusée dans un Paris qui n’a jamais cessé ses activités mondaines durant la Grande guerre, ignorant plus ou moins que ses enfants se faisaient massacrer à quelques centaines de kilomètres plus à l’est.

Alors une fois terminée cette guerre mortifère, ceux qui l’ont vécue se noient dans l’oubli du foisonnement festif et intellectuel du moment dans la capitale. Gilles se marie et divorce une fois, accompagne la mort par cancer de sa deuxième épouse, multiplie les maîtresses, abandonne toutes ses femmes, comprend qu’il n’aime pas l’amour, s’essaye à la politique mais le cœur n’y est pas. Entre nihilisme et désœuvrement cette petite bande de parisiens trop gâtés et, pour certains, dévastés par la guerre, mène sa barque dans un monde bourgeois et superficiel, sans véritables émotions.

Dans l’épilogue du roman, Gille crapahute en Espagne au temps de la guerre civile. On comprend qu’il est du côté des « blancs » de Franco, contre les rouges, sans doute plus l’effet du hasard que de ses véritables convictions. Commencé dans les tranchées de Verdun le roman se termine 500 pages plus tard dans celles de la guerre civile d’Espagne. Gilles revient à la guerre qui fut finalement la seule situation qui l’a véritablement motivé et animé.

Le style de Drieu est riche et brillant, décrivant merveilleusement ce que l’on sait de la France de l’entre-deux guerres qui annonçait déjà le renoncement intellectuel des années 30 puis le désastre militaire de 1940 avant les années sombres de l’occupation allemande qui engendra dans doute plus de lâcheté que d’héroïsme… Drieu la Rochelle fut l’un des symboles marquants de cette époque. Il rêva avec le socialisme, compromit avec les surréalistes et le mouvement Dada, pêcha avec le fascisme et se perdit dans la collaboration. A la libération ses amis Aragon et Malraux (que Drieu avait protégés durant l’occupation), notamment, tentent de l’aider. Il refuse l’exil, il préfère la mort.

« …il avait cédé aux avances de Berthe. Il lui donnait son dernier feu. Une conscience désespérée ne l’empêchait pas de paraître encore passionné. En fait, il l’était plus que jamais, d’une passion détachée et sans espoir. De nouveau jaloux, anxieux, tendre, férocement, follement lubrique. L’arbre de la science et l’arbre de la vie ne faisaient plus qu’un seul arbre d’orage, éperdument secoué par un tourbillon final ; il engloutissait dans ses racines, semblait-il, tout ce qui restait de suc dans les parages. »

Au sujet de Berthe l’ultime conquête de Gilles

En 2012 ses œuvres sont publiées dans la bibliothèque de la Pléiade. L’écrivain eut ses faiblesses qu’il eut le courage de solder par le suicide. L’œuvre mérite de ne pas être oubliée.

de BALZAC Honoré, ‘Modeste Mignon’.

Sortie : 1844, Edition : Le club français du livre – 1954.

Le roman fait partie de la « Comédie Humaine », partie « Etudes de mœurs au XIXe siècle/ Scènes de la vie privée ». Ecrit en 1844 au retour de Balzac d’un séjour à Saint-Pétersbourg chez sa bonne amie la comtesse polonaise Hanska à qui il est dédié :

« … à toi, qui es encore la Beauté, cet ouvrage où ton amour et ta fantaisie, ta foi, ton expérience, ta douleur, ton espoir et tes rêves sont comme les chaînes qui soutiennent une trame moins brillante que la poésie gardée dans ton âme, et dont l’expression quand elle anime ta physionomie est, pour qui t’admire, ce que sont pour les savants les caractères d’un langage perdu. »

De Balzac

Situé en 1929 sous le règne de Charles X, c’est l’histoire d’une jeune femme, Modeste Mignon, fille d’un marchand du Havre aux fortunes diverses, elle cherche l’amour sous la stricte surveillance de sa famille. Elle croira l’avoir trouvé mais sera victime d’une escroquerie sur l’identité de l’élu. Une fois dévoilée la tentative de substitution d’identité, son père décidera d’organiser un concours à la loyale entre les trois prétendants, reçus au Havre, y compris l’escroc, pour laisser à Modeste la liberté de choisir celui qu’elle veut véritablement épouser.

Balzac nous plonge alors dans ce ballet de personnages et de sentiments. Il y a l’amoureuse transie mais aussi manipulatrice à ses heures, les trois prétendants : le poète, son secrétaire et le noble, le notaire et son clerc bossu, le père revenu de Chine, sa femme inquiète, la belle-mère aveugle… On croise les anciens soldats de Napoléon, la bourgeoisie satisfaite autant que la noblesse survivante.

Tout ceci se passe il y a deux siècles, les manières sont empesées, les rituels sont affectés mais les mœurs et les sentiments sont éternels, et tellement bien racontés par Balzac que ce roman est autant un livre d’Histoire qu’un traité de psychologie.

Et puis quel style littéraire ! Le problème avec la Comédie humaine (90 ouvrages) est qu’il en reste juste 89 à découvrir si l’on veut vraiment faire le tour de cette œuvre gigantesque.

NIMIER Roger, ‘Les enfants tristes’.

Sortie : 1951, Chez : Editions Gallimard / Le Livre de Poche 1332-1333

Roger Nimier (1925-1962) est un écrivain précoce post-deuxième guerre mondiale, critique littéraire, scénariste de cinéma (notamment pour Louis Malle), éditeur courageux, il défend les œuvres de Céline, Maurras, Brasillach, Morand à une époque où ils étaient condamnés par tous…

« Les enfants tristes » est son troisième roman publié en 1951 qui raconte les déambulations d’un jeune homme issu de la bourgeoisie, qui grandit avec son époque de l’entre-deux guerres aux années 50′. Olivier Malentraide traîne sa morgue à travers une société dont il voudrait s’extraire par ses qualités d’écrivain. La guerre de 39/45 lui offre l’occasion de bouleverser l’ordinaire de sa vie et l’ennui de son existence dont il reprendra le cours ordinaire à son retour à une vie civile, voire civilisée, partagée entre la séduction des femmes dans les salons et les émotions littéraires intérieures. Il y a sans doute beaucoup de l’auteur dans ce personnage.

Nimier développe le style des écrivains de cette époque : précis et un peu désabusé , inutile mais plutôt brillant.

« Les amitiés ne sont jamais que des rencontres de fantômes. Chacun n’est qu’un enfant solitaire qui tient, à dix ans de distance, les ficelles d’une marionnette brillante. Ces pantins peuvent se saluer, s’embrasser, croire que tout est arrivé. Inutile. Rien n’a beaucoup changé. On est seul. »

Il refuse manifestement l’utilisation des anglicismes et parle de : foutebôle, coquetelle, fleurt, poulover, piceupe… Son roman est ponctué d’accidents de voiture et d’avion. Il décède le 28 septembre 1962 au volant de son Aston-Martin. Une fin très… Nimier. Sa fille Marie a repris le flambeau littéraire et écrit des romans, des scénarii et des chansons.

« Pour Sama » de Waad Al-Kateab & Edward Watts

Waad Al-Kateab est une jeune étudiante syrienne installée à Alep pour y suivre des études d’économie après avoir renoncé à une carrière de journaliste, métier trop dangereux dans une dictature. De 2011 à 2016 elle filme d’abord le soulèvement étudiant lors de « la révolution », puis les combats et la reprise de la ville par le régime et ses alliés, russes notamment. Durant la guerre elle publie ses chroniques sur Youtube qui sont suivies dans le monde entier. Réinstallée au Royaume-Uni après la reddition de la ville elle les monte avec le documentariste Edward Watts pour un faire un film qui reçoit différents prix et un accueil enthousiaste de toute la profession.

A travers son quotidien, de plus en plus difficile, elle retranscrit le drame du siège de la ville, vécu de l’intérieur, car après l’enthousiasme de la rébellion étudiante voulant mettre à bas la famille Assad qui tient le pays d’une main de fer depuis 1970, la dure réalité de la guerre civile urbaine lui succède. Waad tombe amoureuse et se marie avec Hamza un médecin qui anime un hôpital dans les quartiers assiégés. C’est surtout depuis cet hôpital que l’on suit les évènements. Ils ont une petite fille, Sama, qui apparaît dans ce chaos ; le film lui est dédié car Waad a voulu lui expliquer pourquoi et pour quels idéaux ses parents sont restés au cœur de la tourmente, au risque de leurs vies. Le scénario alterne entre les images paisibles de Sama souriant dans la chambre qu’elle occupe avec ses parents, le bruit du canon au loin, et les images terribles de blessés qui arrivent en masse à l’hôpital. Jeune maman, Waad insiste sur le sort des enfants civils montrant des moments poignants de gamins morts ou gravement blessés. Le spectateur a souvent le cœur au bord des lèvres et les yeux humides devant une telle boucherie.

Les forces du régime ont pris l’habitude de bombarder les hôpitaux pour décourager la population et la pousser à fuir les quartiers rebelles. Hamza devra réinstaller son hôpital dans un autre endroit après sa destruction. Entre deux opérations chirurgicales il commente lui aussi les évènements via WhatsApp sur les chaînes d’information du monde entier assistant impuissant au siège d’Alep. Progressivement tous les quartiers tombent et, lorsque les chars du régime sont dans la rue du dernier hôpital du dernier quartier non soumis, les forces russes transmettent un message aux derniers assiégés par l’intermédiaire de l’ONU leur proposant la reddition et l’évacuation de la ville par les civils et les milices vers la province d’Idleb[1]. La mort dans l’âme, Waad (qui est de nouveau enceinte), Sama et Hamza évacuent leur quartier en janvier 2017 dans d’interminables convois, sans être interceptés lors des contrôles alors que leurs visages sont déjà très connus pour avoir tenu le monde informé au jour le jour de la bataille d’Alep. Les images de la ville rappellent celles de Stalingrad !

Le film ne fait pas de politique même si sa réalisatrice est clairement dans le camp anti-régime. Il ne parle pas des improbables coalitions montées d’un côté comme de l’autre, des massacres initiés de toutes parts. Il y a tout le Moyen-Orient et la Russie actifs sur le front (la coalition occidentale anti-Etat islamique n’est pas à l’œuvre dans cette ville) : le régime Assad, l’Iran, le Liban, la Turquie, les Emirats arabes, les milices des groupes l’Etat islamique et Al-Qaïda et bien d’autres… Les alliances se font et se défont, tout le monde tire sur tout monde avec des armes plus ou moins sophistiquées, plus ou moins hétéroclites… et les civils trinquent. La ville est détruite à 40%. C’est le propre d’une guerre civile, hélas ! Tout n’est pas sans doute pas fini, il faudra reconstruire, les civils évacués ont juré de revenir un jour, la réconciliation est impossible ; la famille Assad et son armée vont probablement geler la situation à défaut de pouvoir la faire évoluer. La dictature ne peut que refermer le couvercle sur la marmite bouillonnante. La démocratie est un leurre pour le moment. On reparlera de la Syrie pour encore plusieurs générations.

Après « Eau Argentée » sorti en 2014 sur le siège d’Homs « Pour Sama » suit le même principe : témoigner de la barbarie humaine. Des documentaires qui dérangent.


[1] Où se déroulent actuellement des combats pour la reprise de cette région par les forces pro-régime.

CHOW CHING Lie, ‘Concerto du fleuve jaune’,

Sortie : 1979, Chez : Robert Laffont – Opera Mundi & J’AI LU 1202.

La suite du « Palanquin des Larmes« , Chow Ching Lie quitte Hong Kong, ses deux enfants et sa famille pour venir suivre les cours de piano de l’Académie Marguerite Long à Paris. Munie de peu de moyens, elle n’évite pas de se faire happer par des gens plus ou moins fréquentables de la communauté chinoise locale. Elle va même se remarier avec l’un d’eux par dépit (?) ce qui provoque le rejet de sa famille chinoise car très contraire aux traditions locales s’agissant d’une veuve.

Une fois primée (1er prix) par l’Académie Long, il faut bien vivre et chercher à devenir indépendante d’un mari dictateur alors elle se lance dans le commerce d’objets chinois importés pour, enfin, pouvoir accueillir ses deux enfants avec elle à Paris.

Quelques voyages en Chine en pleine révolution culturelle maoïste lui font comprendre qu’une partie de sa famille a eut à souffrir de son fait puisqu’elle était considérée par les gardes rouges comme une social-traître à la solde des capitalistes…

Et puis la musique la reprendra et elle se lance dans le projet de monter le Concerto du fleuve jaune au théâtre des Champs Elysées avec un orchestre, ce qu’elle fera le 01/12/1973 avec dans l’assistance, une délégation de l’ambassade de Chine populaire.
Ce deuxième épisode de la vie de cette chinoise recyclée en Europe est un peu moins intéressant que le Palanquin des Larmes car finalement son combat pour la survie à Paris est moins exceptionnel que celui de sa jeunesse à l’époque de la Grande Marche, question d’environnement sans doute. Elle a d’ailleurs moins de choses à raconter et dérive régulièrement vers la narration de longues légendes chinoises. Qu’importe, son parcours reste incroyable et ses sentiments à l’égard de son pays natal mitigés. Profondément chinoise et boudhiste, elle porte un jugement indécis sur le maoïsme qui, au-delà de ses dérives autoritaires qu’elle n’a pas vécues en direct, a sorti son pays du moyen-âge. Le Concerto du fleuve jaune est d’ailleurs une œuvre écrite par Shi Shin Haï durant la révolution culturelle plus ou moins à la gloire de celle-ci. Elle se serait réinstallée à Shanghai a ville natale où vivent ses deux enfants qui ont fait leurs études entre Londres et Paris. Quel parcours !

La maison de Balzac à Paris 16ème

Sur cette table Honoré de Balzac a écrit et corrigé toute la Comédie Humaine de 1840 à 1847. Il est installé dans une petite pièce modeste d’une maison de Passy (rue Raynouard) qui a l’époque était un village éloigné de Paris. Durant cette période, Balzac a loué un appartement de la maison de service d’un hôtel particulier qui a été détruit depuis. Le musée occupe cette dépendance et retrace l’atmosphère dans laquelle l’auteur a composé son œuvre majeure. Une exposition temporaire de Grandville est présentée en ce moment. Ce dessinateur-caricaturiste, proche de Balzac, a illustré certaines de ses créations. Il a surtout croqué la société que Balzac décrivait dans sa littérature. Les deux firent la paire pour nous laisser une fascinante plongée dans le mitan de ce XIXème siècle.

Cette petite table de travail sur laquelle furent écrites tant de grandes choses est émouvante. Ce musée parisien nous rappelle le parcours du grand écrivain. Il vaut le déplacement !

Bryan Ferry

« Leonard de Vinci – 1452-1519 » au Louvre

Artiste-novateur au génie reconnu et vénéré, Léonard de Vinci est exposé au Louvre, cinq siècles après son décès, via une rétrospective de quelques tableaux (mais le peintre n’en a produit qu’une quinzaine) et, surtout, de beaucoup de dessins ou d’esquisses détaillant les étapes du processus créatif du peintre. On y voit le galbe d’un pied ou la courbe d’une épaule reproduits à l’infini sur des dessins avant d’aboutir sur le tableau final peint par Vinci ou par ses élèves sous son inspiration.

On découvre également des visions extraites par infrarouge des dessins sur lesquels la peinture définitive a été apposées. On passe devant des livres écrits ou annotés par le Maître. A défaut de nombreux tableaux de Vinci, la Joconde n’a pas été déplacée dans les salles de cette exposition, on ressort du Louvre avec une meilleure appréhension de la complexité du travail de Vinci, mêlant un investissement continu dans les sciences, la géométrie, la compréhension de l’espace, pour déboucher sur la création artistique. Le parcours d’un homme de valeur.

« Sympathie pour le diable » de Guillaume de Fontenay

Ce film est basé sur l’histoire de Paul Marchand, reporter de guerre, embarqué dans la folie du siège de Sarajevo par les forces serbes de 1992 à 1995. Le scénario est basé sur son autobiographie publiée en 1997. Cette guerre européenne si récente a été terrible, cynique et meurtrière, déclenchée après l’éclatement de la Yougoslavie sur des bases ethniques et religieuses, des motifs que l’on ne croyait encore possibles en cette fin de XXème siècles qu’en Afrique…

Marchand, un journaliste au cœur tendre, amoureux de sa traductrice (serbe), a pris parti dans cette guerre pour aider les bosniaques en lutte contre la barbarie serbe. Sur la voiture dans laquelle il parcourait la ville toujours le pied au plancher pour éviter les balles, il avait écrit « Don’t waste your bullets, I am immortal ». Il a pris des risques personnels considérables pour une cause qu’il estimait bonne, avant d’être atteint au bras par un snipper qui mit fin à sa carrière de journaliste.

Le film nous retrace une personnalité flamboyante et attachante impliquée dans un conflit qui la dépasse, ou quand la vraie vie s’avère souvent bien pire que la générosité débridée d’un individu. Le générique de fin nous apprend qu’il est décédé en 2019 (de mort volontaire, ce que précise Wikipédia) et que son amoureuse serbe qui a conseillé le film vit toujours à Sarajevo.


Ceux qui ne sont pas morts… par l’écrivain Stanley Péan publié le 24/06/2009

Bon, ma Laura dort dans mon lit et David vient de quitter l’appart. C’est le moment de ramasser mes idées, d’essayer d’être plus clair et plus digne de Paul que j’ai l’impression de l’avoir été, en début de soirée à L’été de tout le monde, l’émission de Joanne Prince sur la Première Chaîne de Radio-Canada. Car Paul est mort et vive Paul !

Je vais essayer d’écrire sur Paul M. Marchand, malgré les téléphones et les courriels d’amis à juste titre éplorés. Paul, dont je n’imaginais pas que la mort m’affecterait à ce point, peut-être parce que je n’avais pas imaginé qu’il puisse un jour mourir. Après tout, n’avait-il pas écrit sur le véhicule non-blindé à bord duquel il sillonnait les rues de Sarajevo assiégée cette formule tellement emblématique du personnage : « Don’t waste your bullets: I’m immortal.» Il ne l’était manifestement pas, immortel, ainsi qu’un sniper avait décidé de le lui faire savoir. Rapatrié d’urgence pour être hospitalisé, Paul avait-il retenu la leçon ? Sans aucun doute, dans sa chair meurtrie. Mais peut-être cette leçon ne l’avait-elle rendue que plus amer et plus téméraire.

J’ai connu Paul M. Marchand au Salon du livre de l’Outaouais en 1997. Oh, comprenez-moi bien : avant ça, je savais qui il était. Comme tout le monde, je l’avais entendu au Radiojournal de Radio-Canada, en direct de Beyrouth pendant huit ans de guerre du Liban, puis de la Bosnie pendant un couple d’années. Paul M. Marchand, le téméraire, celui qui n’avait jamais froid aux yeux, celui qui s’aventurait là où nul journaliste n’osait le faire — par couardise ou par « respect » des limites de la couverture des assurances. Le baveux. Le provocateur. La tête brûlée. Je le connaissais de réputation. Mais il avait fallu ce vendredi soir de mars 1997 pour que nous nous apprivoisions, au son du blues qui jouait à des heures indues et généreusement imbibées de la nuit dans ma chambre d’hôtel. Alors que tous les copains assemblés là autour de la bouteille de whisky déliraient ferme, Paul, stoïque, sobre, me demandait simplement s’il pouvait m’emprunter ma cire à chaussure liquide.

Je l’ai aimé tout de suite. Pas pour la cire liquide, on s’entend. Pour sa franchise frisant l’insolence. Pour son intransigeance dans la vie personnelle comme dans la vie professionnelle, cette haute exigence qu’il imposait à ses amis et à lui-même en tout finalement. Pour les prises de tête et les fous rires, pour les filles qu’on se disputait amicalement et sans le moindre sérieux. Pour cette compassion et cette capacité insoupçonnée d’écoute, qu’il prenait plaisir à dissimuler sous son dehors bourru et macho, sa carapace, son imprenable forteresse de solitude (en apparence, du moins). Je crois bien que cette affection était réciproque, au grand dam de ces faux francs-tireurs qui s’imaginaient peut-être qu’il suffisait de partager un repas, un cigare et un scotch avec lui pour s’autoproclamer de sa trempe. Paul n’avait rien de faux. C’était un vrai, jusqu’au bout des ongles. Et cette vérité a fini par en lasser plus d’un dans ce Québec mou, avec lequel il entretenait une relation d’amour-haine.

Je me souviens de Paul, chapitrant gentiment Jacques Godbout en direct à la radio pour avoir cité une chronique de Nathalie Petrowski durant une intervention : « Depuis que je suis dans ce foutu pays, on ne cesse de me répéter que vous êtes un cinéaste, un romancier, un intellectuel de grande envergure et c’est ça, votre référence, Nathalie Petrowski, une poubelle, une sorcière ! »

Je me souviens de Paul, me houspillant gentiment pour avoir été trop poli dans mon papier dans Ici sur celui qu’il appelait « l’enfant de chienne de Thierry Séchan » qui avait eu le culot un soir de parader dans Montréal avec au cou une médaille offerte par Karadzic ou encore se moquant gentiment de mon éloge funèbre d’Anne Hébert dans La Presse : « C’est quoi, cette déclaration d’amour cucul à cette vieille écrivaine morte, Péan ? »

Je me souviens de Paul au Salon du livre de Québec, balançant à une Denise Bombardier juchée sur le piédestal qu’elle était en train de s’ériger elle-même en se comparant (sans rire) à Simone de Beauvoir : « Vous ? Une nouvelle Simone de Beauvoir ! Mais je rêve. Votre problème, Mme Bombardier, c’est que vous êtes incapable de prendre la critique et que ce que la critique a à vous dire, c’est que vos livres, c’est de la merde ! »

Je me souviens de l’émission de télé que nous avions développée ensemble, quelques potes et moi, autour de la figure de Paul M. Marchand, une sorte de Cinq fois cinq en plus décapant, en plus satirique, en plus fantaisiste et surréaliste, où l’on aurait montré Paul circulant en Jaguar à travers Montréal, répondant aux questions les plus saugrenues de son public par des reportages fouillés sur des sujets parfois fictifs.

Je me souviens de Paul, fustigeant l’équipe d’une émission de radio matinale à Québec qui présentait un reportage sur la guerre des motards. « Une guerre ? Quelle guerre ? Quelques brutes bedonnantes gavées de bières se tirent dessus, font exploser quelques voitures piégées et vous faites dans votre froc en pensant sincèrement être plongés dans une guerre ! »

J’ai tellement de souvenirs de Paul, l’amateur des Rolling Stones comme eux jamais satisfait, l’homme du refus de la demi-mesure, l’extrémiste, le merveilleux emmerdeur qui toujours nous mettait au défi d’aller plus loin, de nous remettre davantage en question. Paul, reconverti en romancier sulfureux, faisant montre en littérature de la même intransigeance qui le rendait à la fois attachant pour certains et rebutant pour d’autres. Tiens, sa mort soudaine m’informe qu’il l’avait fait paraître, ce troisième roman chez Grasset, qui m’était carrément passé sous le nez sans que je m’en aperçoive : Le paradis d’en face. Pas lu, celui-là. Mais j’avais beaucoup aimé les deux précédents, Ceux qui vont mourir… et J’abandonne aux chiens l’exploit de nous juger, que j’avais par ailleurs commentés çà et là.

J’ai souvenir aussi de son dernier passage à Montréal (à ma connaissance), il y a un an et demi environ. Il était venu à la maison, souper en tête à tête avec moi, partager un plat de fettucine al mare et une bouteille de blanc sec, un verre de scotch et un cigare, et bien des anecdotes et réflexions sur nos parcours respectifs depuis son départ du Québec, sur notre manière d’apprivoiser la paternité, les ruptures et l’éternelle insatisfaction que nous inspiraient nos vies sentimentales d’ados attardés. C’est la dernière fois que je l’ai vu. Je ne savais pas que c’était la dernière fois que je le verrais.

Je me fais sentencieux, alors que le personnage l’était si peu, tout entier livré à ses passions, à ses emportements. Mieux vaut me taire, alors. On aura compris la valeur de l’homme qui nous a quittés la semaine dernière. Il me manquera, le vieux Paul, sacrement ! Il manquera à tous ceux et celles qui avaient su voir au-delà de l’armure, l’être véritablement humain en lui.

Allez, Paul, pars en paix, mon vieux. Ceux qui ne sont pas encore morts te saluent. Avec respect. Avec honneur.

MURAKAMI Haruki, ‘Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil’.

Sortie : 1992, Chez : Belfond, 2002 (traduction française).

Hajine raconte ses conquêtes féminines depuis son enfance jusqu’au quarantenaire qu’il est devenu aujourd’hui à Tokyo. Deux d’entre elles vont réapparaître après trente années d’absence et bouleverser l’ordinaire de sa vie de père de famille. Leur retour est nimbé de mystère et de tragique. Finalement Shimamoto-san disparaîtra de nouveau et poussera Hajine à retourner à sa famille, peut-être…

L’auteur (né en 1949) a publié nombre de romans à succès et s’exprime ici à travers le personnage de Hajime sur la mélancolie du temps qui passe, l’amour parfait inatteignable et autres sujets éternels. Son style romantique mêle le Japon moderne des cités gigantesques aux montagnes désertes et enneigées telles que les imaginent ceux qui n’y sont jamais allé. Un roman qui se lit vite.

David Bowie

Archive

SWAIN Jon, ‘River of time – Mémoires de la guerre du Vietnam et du Cambodge’.

Sortie : 1995/2019, Chez : Random House 1995, Editions des Equateurs 2019.

C’est un nouveau récit de reporter de guerre sur les conflits du Vietnam et du Cambodge. Celui-ci n’apporte rien de bien nouveau sinon que son auteur avait choisi de retourner à Phnom Penh en 1975 pour assister à la prise de la ville (et du pays) par les Khmers rouges, à ses risques et périls. Comme d’autres, il s’est alors réfugié à l’ambassade de France avant d’en être évacué vers la Thaïlande.

De Lucien Bodard à Michael Herr, beaucoup a déjà été dit, écrit et filmé sur ces guerres sordides et les traces mortifères qu’elles ont laissées au coeur des peuples impérialistes qui les ont menées et perdues.

Comme beaucoup d’autres Jon Swain a été fasciné par cette région et… par les guerres qui y sévissaient. Cette vie dans les années 70-75 où il sautait d’un hélicoptère à un halftrack pour suivre les combats avant de goûter le repos du guerrier dans les bras d’une congaï ou au bout d’une pipe d’opium, lui a manqué le reste de son existence. Une histoire d’amour avec une franco-vietnamienne qu’il n’a pas pu éviter de briser, vient pimenter le tout. Ce récit est intéressant.

Massive Attack

CHEMAM Mélissa, ‘En dehors de la zone de confort, de Massive Attack à Bansky’.

Sortie : 2016, Chez : Edition Anne Carrière.

Mélissa Chemam, journaliste, a plongé dans l’histoire de Bristol et de ses artistes pour nous raconter l’extraordinaire explosion musicale et culturelle qui transcende cette ville située à 250 km à l’ouest de Londres. Cité portuaire au passé esclavagiste honteux, peuplée d’une forte communauté antillaise et africaine, elle a connu un passé rebelle et continue à se révolter de temps à autres. Depuis le mouvement d’émancipation des populations noires dans les années 60′, elle est à l’origine d’une formidable explosion culturelle basée sur ce joyeux mixage humain. Mélissa nous emmène au long de ce brillant parcours bristolien en suivant l’histoire du groupe Massive Attack et du graffeur Banksy, deux des plus belles réussites artistiques de la ville.

Un groupe de potes, Robert Del Naja (3D, d’ascendance italienne), Grant Marchall (Daddy G, originaire de la Barbade aux Antilles), Adrian Thaws (Tricky) et Andrew Vowles (Mushroom) traînent chez les disquaires et dans les bars de la ville plutôt qu’à l’école, bricolent des sound systems, vivotent en faisant les DJs dans des soirées arrosées et, surtout, laissent leur imagination les porter. Ils ont été fascinés par l’énergie débridée du mouvement punk, qui s’éteint en ce début de la décennie 80′, et qu’ils mélangent avec l’amour du reggae et du dub que leur ont insufflé leurs amis jamaïcains. Ils ne sont pas musiciens, 3D est graffeur-peintre et couvre les murs de Bristol de ses œuvre (embarqué parfois par la police pour ses dessins qui choquent la bourgeoisie locale). Ils montent le collectif The Wild Bunch (L’Equipée Sauvage) qui se transformera en Massive Attack (attaque massive d’avant-garde) à la fin des années 80′. Leur premier album s’intitule Bleu Lines sort en 1991 et sonne comme un coup de tonnerre dans l’univers musical européen.

L’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher, les guerres au Moyen-Orient, forgent l’engagement politique du groupe qu’il ne cessera d’afficher. Robert Del Naja se sent particulièrement concerné par l’histoire et la responsabilité britanniques dans cette région, leurs shows diffusent nombre de messages sur ce conflit et l’activisme néfaste des Etats-Unis qui a pris la suite de celui de Londres.

Ils collaborent avec toute une bande bristolienne qui gravite les uns autour des autres et qui invente de Trip-Hop, sorte de fusion entre le psychédélisme (le trip) et le hip-hop (le rap naissant) qui fait fureur à l’époque. Leur musique est mélancolique et urbaine, leurs paroles mystérieuses (majoritairement écrites par 3D) et minimalismes. Ils aspirent toutes les inspirations qu’ils trouvent pour inventer le « bristol sound ». Massive Attack est un collectif à géométrie variable qui se transforme progressivement de sound system en véritable groupe avec des instrumentistes et des voix variées et renouvelées. Ses prestations scéniques deviennent progressivement un spectacle époustouflant, sombre et total.

Pointilliste à l’extrême 3D met un temps infini à transformer ses idées en sons et images. Il recherche toujours le travail collectif et affronte quelques déceptions au hasard des pérégrinations de ses acolytes. Au moins Horace Andy, chanteur reggae jamaïcain légendaire, est embarqué sur tous les disques et toutes les tournées, les autres vont et viennent mais le son est toujours celui de Massive Attack dont Robert Del Naja est le sorcier. Le groupe produit également des clips vidéo musicaux très originaux et novateurs, ainsi que de nombreuses musiques de films et séries.

Les artistes orbitant autour de Bristol sont légion. Portishead (du nom d’une ville toute proche) marque aussi son empreinte dans le paysage. Les musiciens s’échangent et s’influencent. Les producteurs aussi. Tricky (le mauvais garçon de la bande) qui participe aux deux premiers disques avant de partir vivre sa vie musicale en solo. Martina Topley-Bird (ex-épouse de Tricky), revenue en force et en beauté sur l’album Heligoland et la tournée qui s’en suit. Neneh Cherry née à Stockholm et rapidement installée à Londres, après avoir collaboré avec les Slits croise la route des Massive Attack dont elle épouse le premier producteur et pour laquelle 3D signe quelques titres. Il y en bien d’autres tant ce groupe inspire à tous l’envie de travailler avec lui.

Autre enfant de Bristol, Banksy n’est jamais bien loin non plus. Admirateur de Robert lorsque celui-ci n’était que grapheur de rue, il est resté très proche du collectif et a mené sa barque depuis. Son ironie un peu désespérée et son engagement politique l’ont toujours fait voguer dans l’univers des Massive…

C’est un beau livre, pour initiés ou ceux qui veulent le devenir, sur ce groupe et la fantastique histoire d’une bande d’adolescents multiculturels qui ne connaissaient rien à la musique mais dont la curiosité et la créativité leur ont permis de synthétiser le son de notre époque : nostalgique, urbain et politique. Depuis vingt ans ils sont les têtes chercheuses de ce Trip-hop qui est l’âme de Bristol.

Garbage

« Les Misérables » de Ladj Ly

Ce film plonge au cœur des banlieues parisiennes troubles en 1998, année d’une autre fiction post coupe du monde de fouteballe qui fit long feu, celle d’une France victorieuse « black-blanc-beur ». Le film nous emmène à travers Montfermeil, en compagnie d’une patrouille de trois policiers, dans un univers interlope où s’entrechoquent les gangs de différentes communautés, les mères de famille, les armes, les dealers, les filous, les caïds, les religieux, le tout dans un univers de cités et d’anarchie. Tout n’y est que délits, crimes et trafics. Au bout d’un moment, bien entendu, il y a une bavure policière commise par l’un des membres du trio issu lui-même de Montfermeil. Le troisième tiers de l’histoire montre la vengeance froide et violente d’Issa, le gamin victime de ladite bavure. La dernière image est un face-à-face entre le gamin et l’un des policiers dont on ne sait comment il se termine. Le générique de fin démarre sur une citation :

« Il n’y a pas de mauvaise herbe, ni de mauvais homme, il n’y a que de mauvais cultivateurs »

Victor Hugo, Les Misérables

L’écrivain aurait rédigé Les Misérables en partie à Montfermeil, pas sûr qu’il aurait écrit la même sentence s’il y avait vécu en 1998 !

Le film fait actuellement polémique pour des questions collatérales touchant au passé judiciaire de son réalisateur. Sur le fond il décrit le chaos qui règne (ou en tout cas qui régnait en 1998) dans ce quartier où pas grand monde ne respecte grand-chose. Les commentateurs qui n’y ont jamais mis les pieds s’imaginent que c’est la réalité, ce que semble confirmer la chronique sans fin des émeutes, des attaques, des mises en examen et des « plans banlieue » qui se succèdent. La description des différentes communautés est plutôt équilibrée, tout le monde dérive, mais il y a tout de même ceux qui commencent et ceux qui réagissent !