« La Mer » exposition photographique de Yann Arthus Bertrand & Brian Skerry au Musée maritime de La Rochelle

Le sympathique musée de la Mer sur le port de La Rochelle expose de sublimes photos de la mer et de son environnement en danger, prises par Yann Arthus Bertrand et Brian Skerry. C’est un pêle-mêle de couleurs et de magnificence, du plus petit au gigantesque, des hommes et des poissons, de l’eau et de l’espace… Bien sûr, certaines photos illustrent tristement les raisons du combat mené par les deux photographes pour sauvegarder la planète, et plus particulièrement son élément liquide, à suivre sur https://www.goodplanet.org/fr/.

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« Moonage daydream » de Brett Morgan

Présenté au festival de Cannes 2022, le documentaire de Brett Morgan retrace les grandes étapes de la carrière de l’artiste britannique David Bowie avec force archives dont la vision fait frémir de bonheur les amateurs de cet immense musicien. Le parti-pris cinématographique est celui d’une bande son composée exclusivement de la voix de Bowie, parlée, lorsqu’il narre ses pensées et ses transformations, ou chantée sur les images de concert.

Evidemment nous sommes dans un film grand public qui se prête assez peu à la philosophie alors certains concepts bowiens sont assénés de façon un peu fumeuse et absconse, ils sont d’ailleurs souvent illustrés à l’écran par des images crypto-psychédéliques style kaléidoscope…

La vraie valeur de ce documentaire réside évidemment dans les extraits des tournées qu’il a menées à travers la planète au fur et à mesure de l’élaboration de son œuvre, de Ziggy Stardust à Heroes, d’Aladdin Sane à Blackstar… Il s’agit souvent de films inédits mis à disposition du réalisateur directement par les gestionnaires des archives personnelles de Bowie. C’est un régal pour le vieux fan qui revit ainsi les grands moments musicaux de sa vie. Il ne faut surtout pas se priver de voir et revoir ce film.

Arcade Fire – 2022/09/15 – Bercy

Kronic à venir

Setlist : Rhapsody in Blue (George Gershwin song)/ Age of Anxiety I/ Ready to Start/ Black Wave/Bad Vibrations (First time since 2008)/ It’s Never Over (Hey Orpheus) (Régine on B-stage)/ My Body Is a Cage (Win and Régine on B-stage)/ Afterlife/ Reflektor/ Age of Anxiety II (Rabbit Hole)/ The Lightning I/ The Lightning II/ Rebellion (Lies)/ Month of May (Tour debut)/ The Suburbs / The Suburbs (Continued)/ Unconditional I (Lookout Kid)/ Haïti (with Boukman Eksperyans)/ Sprawl II (Mountains Beyond Mountains)/ Everything Now

Encore : End of the Empire I-III (Encore performed on B-stage)/ End of the Empire IV (Sagittarius A*)/ Pendant que les champs brûlent (Niagara cover)/ Wake Up (with a 15mn-outro a cappella outside the arena)

ALLEG Henri, ‘La question’.

Sortie : 1958, Chez : Les Editions de Minuit.

« La question » fut un des livres clé qui fit basculer la guerre d’Algérie et comprendre à la population métropolitaine ce qui se passait vraiment dans ce « département français ». Publié en 1958, soit quatre années avant l’indépendance algérienne de 1962, le livre fut immédiatement censuré pour « atteinte au moral de l’armée » ce qui n’empêcha pas des exemplaires d’être imprimés en Suisse et de circuler largement en France.

Henry Alleg (1921-2013) était directeur du journal Alger Républicain et membre du Parti communiste français. Parti s’installer en Algérie depuis 1939 il était très proche du Partic communiste algérien et, bien entendu, en faveur de l’indépendance de l’Algérie. Il fut arrêté à Alger par l’armée française en 1957, alors qu’il était déjà passé à la clandestinité, et torturé par des parachutistes durant plusieurs semaines en même temps que Maurice Audin, dont il était l’ami, qui, lui, fut finalement exécuté extrajudiciairement. Alleg pensait d’ailleurs subir le même sort :

« …j’étais convaincu qu’ils [l’armée française] préféreraient affronter le scandale de ma mort plutôt que celui des révélations que je ferais, vivant. Ils avaient dû peser cela puisque l’un des paras m’avait dit ironiquement, alors que j’étais encore incapable de me lever : ‘C’est dommage, tu aurais pu en raconter des choses, de quoi faire un gros bouquin !' »

Le livre expose avec simplicité et réalisme les tortures qui ont été appliquées à Alleg des jours durant : électricité, brûlures, noyade, soif, violences diverses, etc. Il résista à ces méthodes de militaires à la dérive et ne parla pas. Il s’empressa par la suite d’écrire ce qu’il avait vécu en désignant nommément les militaires qui l’avaient torturé. Après l’indépendance algérienne, il poursuivra ensuite sa carrière de journaliste en France au sein du journal communiste « L’Humanité ».

Ces chapitres écrits par un militant politique ont ouvert les yeux de la France sur les méthodes de guerre mise en œuvre par son armée à qui le monde politique avait laissé les pleins pouvoirs. Et c’est bien là sans doute la grande leçon de ce livre et des évènements qu’il narre : quand, dans une démocratie, le pouvoir politique abandonne ses pouvoirs, librement ou de force, à ses militaires, l’histoire se termine souvent mal. Quand des militaires en viennent à torturer leurs nationaux, nous sommes presque en guerre civile. C’est ce qui s’est passé dans les caves des parachutistes à El-Biar (Alger).

En l’occurrence, l’armée française déjà traumatisée par sa défaite en Indochine, voyant se profiler le même sort en Algérie, y compris cette blessure d’honneur de devoir abandonner leurs alliés locaux à un sort peu enviable, va commettre l’irréparable et lancer depuis Alger un putsch en 1961 contre la République qui l’avait menée dans cette impasse. Heureusement les choses vont rapidement rentrer dans l’ordre républicain côté français et l’Algérie obtenir son indépendance.

Alleg n’instruit pas dans ce livre le procès de l’institution Armée même s’il désigne les membres de cette institution qui l’ont torturé. Il n’évoque pas plus le fantasme de « l’Algérie française » tel que le vivaient les « Français d’Algérie (les « pieds-noirs ») mais son histoire personnelle illustre mieux que tout l’aveuglement d’une partie du pouvoir politique et militaire français qui n’a pas su accompagner pacifiquement l’indépendance algérienne qui était inévitable et souhaitable.

Plutôt revancharde, la France condamna Alleg en 1960 à 10 ans de prison « pour reconstitution de ligue dissoute -le Parti communiste algérien- et atteinte à la sûreté de l’Etat ». Emprisonné à Rennes, il s’évada, passa en Suisse puis en Tchécoslovaquie. Il revint en France après les accords d’Evian entre la France et l’Algérie en 1962, tenta de relancer l’Alger républicain en Algérie avant d’y être déclaré persona non grata par le régime Boumediene issu d’un coup d’Etat… Le reste de sa vie il gardera sa foi de militant communiste, soutenant l’intervention soviétique en Afghanistan ou l’ancien dirigeant d’Allemagne de l’Est Honecker. Il se sera beaucoup trompé mais au moins pas sur le destin de l’Algérie.

« Cancers » à la Cité des Sciences et de l’Industrie

La maladie du cancer, vue sous toutes ses formes, exposée à la Cité des Sciences ; il y a de la technique médicale et biologique, de la sociologie, de l’humain et de l’histoire. C’est passionnant et transmis sous forme de vidéos thématiques et pédagogiques, d’interviews de scientifiques, de médecins et de patients mais aussi d’animations très claires faisant comprendre les mécanismes incroyablement pernicieux de ces cellules cancéreuses qui peuvent se développer dans l’organisme pour essayer de le tuer, ce qu’elles n’arrivent pas toujours à faire.

Ces cellules sont programmées pour déconnecter les gènes habituellement chargés de bloquer la prolifération, de créer des canaux sanguins pour les alimenter, de contourner les barrières immunitaires qui, en principe, empêchent les agressions étrangères… Bref, on a une incroyable illustration de la malignité appliquée par ces corps unicellulaires microscopiques. C’est désarmant et pourrait presque faire croire au diable !

Mais la créativité humaine n’est pas encore à court et l’on découvre des trésors d’inventivité déployés par la science pour combattre ce mal. Heureusement elle y parvient parfois. Des patients racontent leur parcours, parfois tragique, sur un mode dramatique ou rigolard, apportant la touche humaine nécessaire au centre de ce monde de combattants pour la survie.

BIAGI-CHAI Francesca, ‘Traverser les murs – La folie, de la psychiatrie à la psychanalyse’.

Sortie : 2020, Chez : Editions Imago.

Francesca Biagi-Chai, psychiatre et psychanalyste, répond dans ce livre aux questions posées par deux psychologues sur la folie chez l’homme et son traitement à l’hôpital psychiatrique au sein duquel elle œuvre depuis le début de sa carrière. La première partie est plutôt centrée sur les concepts qui laissent le néophyte dans le brouillard tant ceux-ci sont complexes et utilisent un jargon hors de portée du lecteur non initié (syntagme, signifiant, parlêtre, sinthome…).

La seconde partie est plus abordable et raconte l’expérience d’hospitalisation de jour (HDJ, à ne surtout pas appeler, selon l’auteure, « hôpital de jour ») mise en place par Mme. Biagi-Chai pour accueillir des patients dans un environnement différent de l’hôpital même si localisé dans le même lieu (la notion de lieu semble très importante pour le traitement de la folie).

On reste confondu devant l’emprise de la folie sur les patients qu’elle rencontre, qui sont suffisamment psychotiques pour consulter l’hôpital, ou y être conduits par leurs familles ou des tiers. Le dialogue avec eux est surréaliste, les conclusions tirées sont difficilement compréhensibles pour les non-avertis mais que faire d’autre ? D’ailleurs, certains cas évoluent favorablement. On comprend que l’HDJ met plutôt en œuvre la psychanalyse par les mots que la psychiatrie par la médicamentation, mais souvent les deux méthodes sont menées en parallèle tant l’intensité de la folie est forte.

La complexité pour comprendre et soigner cette matière humaine à la dérive ne peut que nécessiter des solutions sophistiquées. Les échanges entre la thérapeute et ses patients (certains ayant déjà commis des homicides, guidés par leurs « voix ») sont parfois lunaires, les conclusions qu’elle en tire sont souvent incompréhensibles pour le lecteur lambda, mais personne n’a vraiment de meilleures solutions pour prendre en charge cette souffrance qui peut s’avérer dangereuse pour le patient comme pour son entourage.

Les querelles entre lacaniens (école à laquelle appartient l’auteure), les freudiens, ou d’autres, semblent de bien peu d’importance ni de réalité face au mur de la folie. Chacun espère ne jamais avoir à heurter celui-ci au cours de sa vie mais on s’inquiète d’apprendre que, parfois, un élément déclencheur inattendu peut entraîner une collision, et tout s’effondre. Des soignants en France travaillent sur ce sujet et recherchent des voies d’accompagnement. C’est bien sûr beaucoup de tâtonnements, d’hypothèses, de théories, d’échecs, d’expérimentations, mais c’est aussi une prise en charge par des personnels qui dévouent leurs vies professionnelle à la folie. C’est rassurant !

Shine au Planétarium de Bretagne

« Shine » est un tribute-band consacré au Pink Floyd : six papys de Lannion épaulés par deux choristes plus jeunes, dont l’une joue du saxophone. Manifestement les anciens, musiciens amateurs, ont été de grands fans de ce groupe mythique et ont décidé en 2020 de se faire plaisir en rejouant la musique des Britanniques. Ils se composent de deux claviers, un guitariste, un bassiste, un batteur et un chanteur. Les instrumentistes sont d’un bon niveau et quand le concert commence sur les nappes de clavier de Shine on your crazy diamond le public replonge dans au cœur des mystères de cette musique de légende. Le petit problème apparaît lorsque le chanteur entre en scène… sa voix n’est pas vraiment à hauteur de celles de ses glorieux anciens.

Qu’importe on se régale de la set-list qui intègre tous les classiques du Pink Floyd : Confortably numb, Money, Saucerful of Secrets, Another Brick in the Wall, Mother, On the Turning Away… Nous sommes sous le dôme d’un planétarium sur lequel sont projetées les images de galaxies et d’étoiles en mouvement, si bien adaptées à cette musique planante qui a marqué nos jeunes années.

Evidemment, on est loin de la sophistication de l’original et de l’immense talent des musiciens britanniques, mais les papys se font plaisir et nous font passer un bon moment. Mention spéciale pour l’une des choristes qui joue aussi (bien) du saxophone et pour le guitariste très bon instrumentiste.

« Ennio » de Giuseppe Tornatore

© Jelmer de Haas, 2015

Un très joli film documentaire sur le musicien italien Ennio Morricone (1928-2020) ; plutôt connu pour les bandes originales (BO) qu’il composa pour des films et qui sont devenues la bande-son des dernières décennies chez les cinéphiles et bien au-delà. Ce n’est sans doute pas la moindre de ses performances d’avoir écrit les musiques inoubliables de Pour une poignée de dollars, Il était une fois dans l’Ouest, Sacco et Vanzetti, Il était une fois en Amérique, Mission…

Ennio voulait être médecin ; son père, trompettiste dans un groupe qui passait dans les cabarets de Rome, décida qu’il serait également trompettiste. Ainsi fut fait et Ennio, inscrit au conservatoire fit des études de musique classique poussées, sous l’aile protectrice du compositeur italien Petrassi, puis commença à vivre de sa musique. A défaut de pouvoir exploiter commercialement ses premières compositions classiques, il s’oriente vers les arrangements pour radios et télévisions, écrit quelques chansons avant sa grande rencontre avec son compatriote réalisateur Sergio Leone (1929-1989). La reconnaissance viendra rapidement et il composera des centaines de BO pour, entre autres, Bertolucci, Pasolini, Joffé, Malick, Tarentino, de Palma, Lautner… et tant d’autres. Il ne délaisse pas pour autant la composition classique et, dans les années 1990 il renoue avec la direction d’orchestre et dirige ses œuvres.

Il a composé la musique de la célèbre Ballade de Sacco et Vanzetti dont le texte a été écrit par Joan Baez, est devenue un véritable hymne de la jeunesse des années 1970 engagée pour la lutte pour les droits civiques et contre la guerre menée par les Etats-Unis au Vietnam

Le guide de ce documentaire est une interview, sans doute réalisée dans les dernières années de sa vie. Il y revient sur son parcours et ses rencontres, confortablement installé dans un appartement romain dont on devine toute l’élégance. Il décortique sa vie et le processus créatif qui lui permit d’écrire tant de monuments de la musique cinématographique en jouant sur les bruits de la vraie vie, la diversité des instrument (dont la flûte, manifestement l’un de ses préférés), l’art du contrepoint et l’inspiration de ses grand anciens (Bach). On sent au fond de lui une petite frustration d’avoir si bien réussi dans ce domaine qu’il n’ose qualifier de « mineur » mais il s’en fait une raison à la fin de sa carrière, d’autant plus que sa notoriété l’autorisa aussi à commettre des œuvres classiques.

Ses propres mots sont complétés par les commentaires et appréciations de ses pairs, musiciens ou acteurs du monde cinématographique et culturel. On reconnaît notamment le rocker-poète américain Bruce Springsteen ainsi que Paul Simonon (ex-bassiste du groupe britannique The Clash).

Nous sommes en Italie alors l’émotion est toujours palpable. Et nous sommes en présence d’un véritable musicien à l’infinie créativité qu’il a mise au service du média cinéma avec un immense brio.

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GOURAUD Joseph, ‘Les cendres mêlées’.

Sortie : 1998, Chez : Le Cherche Midi éditeur.

Joseph Gouraud (né en 1927, Gourenzeig de son nom originel), juif d’origine polonaise, est raflé avec sa famille en juillet 1944 à Lyon (zone « libre » jusqu’à novembre 1942) où ils s’étaient réfugiés pour fuir les persécutions antisémites. Seule sa jeune sœur échappe à l’arrestation. Ils feront partie de l’avant-dernier train vers Auschwitz. Il a 17 ans. Sa mère sera immédiatement assassinée à l’arrivée et dirigée vers les chambres à gaz, puis il verra mourir son frère et son père, d’épuisement et de découragement.

Son père lui confia comme mission de survivre pour raconter l’enfer de l’extermination des juifs et maintenir le nom Gourenzeig sur terre. Il s’acquitte de cette mission : survivra aux marches de la mort lors de l’évacuation d’Auschwitz-Birkenau à l’approche de l’Armée rouge, fuira dans la campagne allemande après l’abandon par les SS du camp provisoire où les déportés survivants avaient été entassés, rencontrera un officier français qui accompagnera son retour à la vie (y compris par des entretiens philosophiques sur la guerre), il lui servira d’interprète, s’engagera dans l’armée française pour quelques mois, sorte de sas de décompression avant le retour en France où il retrouvera sa petite sœur. Il affronte le silence plus ou moins imposé aux déportés à leur retour par des français qui se veulent insouciants au sortir de la guerre et tournés vers l’avenir et les « trente glorieuses » qui démarrent.

Ce parcours a été écrit 50 ans après les faits, pour ses enfants, ses petits-enfants, pour l’Histoire et pour respecter le vœux de son père adoré. Il retrace l’enfer vu avec les yeux de l’adolescent qu’il était à l’époque. Arrivé à Auschwitz avec la naïveté du gamin de Belleville travaillant dans l’atelier de confection de son père, il ressort, orphelin, dévasté par cette tragédie vécue de l’intérieur mais animé par l’inébranlable serment fait à son père, il doit se relever.

Ce livre décrit avec des mots simples et neutres des faits terribles, presqu’indicibles. Il clôt un cycle mais ne purge pas la mémoire de son auteur car « trop d’ombres gisaient dans nos cœurs ».

SOLLERS Philippe, ‘Une curieuse solitude’.

Sortie : 1958, Chez : Editions du Seuil.

Premier roman de Philippe Sollers, « Une curieuse solitude » a été écrit alors que l’auteur né en 1936 avait 21 ans, et c’est probablement le plus grand mérite de ce court récit narrant comment l’adolescent qu’il était fut « déniaisé » par une employée espagnole qui servait dans la grand maison familiale où il passait ses vacances.

A mi-chemin entre concours d’éloquence et déluge de mots qui se bousculent inutilement, ce livre relève un peu de l’exercice de style autocentré. Car c’est d’abord de Sollers qu’il s’agit, de lui et de personne d’autre. Il est vrai qu’il jongle avec le langage tel un funambule sur son fil pour finalement conclure que l’amour découvert et le désir accompli ne vous retient jamais de retourner à une bienheureuse solitude, seule gage de créativité pour l’écrivain.

Aragon en son temps encensa ce premier livre :

« Le destin d’écrire est devant lui, comme une admirable prairie. A d’autres, de préjuger de l’avenir, de donner des conseils. Pour moi, j’aime à me contenter d’admirer. Cette fois au moins. »

Louis Aragon

Aragon ne s’était pas trompé en annonçant l’écrivain, il avait sous-estimé l’intellectuel rigolard et pétillant qui, de Marx à Mao, de Lacan à Foucault, de Bordeaux au Café de Flore, a parcouru avec délectation tous les chemins empruntés par l’intelligence française, jusqu’à renier Mai 68 et ses engagements libertaires. Philosophe, éditeur, écrivain, il n’aime rien tant que s’écouter parler, mais avec un fascinant brio. « Une curieuse solitude » est annonciateur de ce destin.

DEBRé François, ‘Trente ans avec sursis’.

Sortie : 1998, Chez : Editions Denoël.

François Debré (1942-2020), fils de Michel Debré (premier ministre du général de Gaulle et rédacteur de la constitution de la Vème République), est un journaliste récipiendaire du prix Albert Londres en 1977 pour son essai sur la Khmers rouges qui a couvert nombre des grands conflits du XXème siècle, du Biafra à l’Asie du Sud-est en passant par le Moyen-Orient. Sa fréquentation de ces lieux et périodes troubles l’a aussi fait sombrer dans la drogue (opium puis héroïne) dont il ne s’est jamais vraiment sorti même s’il a su éviter une issue fatale puisqu’il est mort à 78 ans.

« Trente ans avec sursis » est en fait un roman largement autobiographique et le personnage principal, Bertrand, vit les différentes étapes vers la déchéance que François Debré a lui-même endurées. Quelques chapitres sont consacrés à des moments de journalisme de guerre pour situer le décor et le personnage, mais l’essentiel narre la descente dans l’enfer de la dépendance où il entraîna également sa femme qui, elle, en mourra prématurément, drame dont il ne se remettra jamais.

Hospitalisé durant plus d’un an à l’hôpital psychiatrique parisien de Sainte-Anne il décrit cette attirance morbide pour la drogue et la dépression, sa culpabilité d’inquiéter les siens et surtout ses deux filles, l’absence irréparable de sa femme aimée à la folie, la fréquentation des autres malades soignés ou enfermés dans cet établissement, et puis, sorti de l’hôpital, le retour au monde glauque des dealers et des interpellations par la police. Bref, la vie « ordinaire » d’un drogué qui malgré son nom et son milieu n’a pas réussi à s’extraire de la dépendance.

Le style de ce roman-vérité est simple et factuel, mais aussi terrifiant sur le niveau de déchéance auquel ces produits stupéfiants peuvent mener. François Debré y raconte avec délicatesse et fatalisme sa longue errance de la guerre du Biafra aux illusions des paradis artificiels. On pressent qu’il écrit ce livre non pas pour se justifier ou pour convaincre, mais pour expliquer sa vérité à ses deux filles et à ses proches. C’est émouvant à ce titre mais terrifiant quant au pouvoir d’attraction de ces drogues sur ceux qui s’y abandonnent, quelques soient leurs origines et modes de vie.

STEINER Jean-François, ‘Treblinka, la révolte d’un camp d’extermination’.

Sortie : 1966, Chez : Librairie Arthème Fayard.

Steiner, né en 1938, est le fils d’Isaac Kadmi Cohen, écrivain juif polonais assassiné à Auschwitz en 1944. Il écrit le roman « Treblinka » en 1966 (à 28 ans), époque où la connaissance de la Shoah était balbutiante. Le roman, préfacé par Simone de Beauvoir, composé à partir de nombre de témoignages de survivants et de l’histoire du camp telle qu’elle était connue dans les années 1960, déclenche alors une polémique sur le rôle que l’auteur prête aux responsables juifs dans ce camp. A peu près à la même époque, le récit publié par la philosophe Hannah Arendt « Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal » fait lui aussi polémique sur ce terme « banalité du mal » qu’elle emploie à propos de l’action d’Eichmann qui n’est qu’un logisticien de la mort, et sur l’action des conseils juifs dans les ghettos et les camps. Le sujet est explosif tant il remue de souffrance et de boue !

Dans l’univers sordide des « camps de la mort », Treblinka présente la caractéristique d’avoir subi une révolte des déportés, dont plusieurs centaines réussirent à s’évader, puis d’avoir été démantelé, le site ayant été ensuite transformé avant la fin de la guerre en un innocent domaine agricole et la plupart des archives détruites. La reconstitution de l’histoire du camp par Steiner dans son roman-récit est de ce fait sujette à discussion, surtout dans les années 1960. L’auteur reconnut d’ailleurs quelques erreurs historiques. Il semble toutefois qu’elles ne furent que de peu d’importance même si elles purent heurter la sensibilité de certains survivants.

Il n’en reste pas moins que ce livre décrit de manière terrifiante l’implacable organisation allemande mise au service de la destruction des hommes. Les réflexions et plans d’action du commandant du camp surnommé « Lalka » par les prisonniers (1) afin d’améliorer en permanence le « rendement » de l’usine à mort dont il était responsable, l’absence totale de considération pour la vie des juifs qui n’étaient que des sous-hommes destinés à servir la productivité industrielle puis à mourir, sont retracer de façon glaçante. Tous ces éléments ont d’ailleurs été largement confirmés par la suite à l’occasion des travaux d’historiens, des déclarations des survivants comme par les procès des nazis durant la seconde moitié du XXème siècle.

Toute la perversité de la machinerie nazie est tragiquement décrite dans l’implication qu’elle fit de certains travailleurs juifs dans l’organisation du camp : les « sonderkommandos » qui sont chargés d’accompagner les juifs sélectionnés à leur sortie du train pour être directement gazés, les dépouiller de leurs biens puis les enterrer ou incinérer leurs dépouilles, avant d’être eux-mêmes tués pour ne pas laisser de témoins ; les responsables juifs du camp (les fameux kapos), sorte d’interface entre les chefs nazis et la cohorte des déportés… Le vice est même poussé jusqu’à créer des sortes de lutte des classes entre les juifs eux-mêmes : ceux affectés au camp n°2 où se déroulent les opérations d’extermination de la masse et qui sont régulièrement « renouvellés », ceux du camp n°1 subdivisés entre le Hoftjuden (l’élite) et le prolétariat dont les Goldjuden chargé de la récupération de l’or et des bijoux des déportés gazés… Les « gardes ukrainiens » forment par ailleurs la phalange des nazis et se révèlent aussi cruels et antisémites que leurs maîtres. Ils sont redoutés de l’ensemble des déportés. Au sommet rège l’encadrement SS appliquant avec discipline et sans la moindre retenue l’idéologie hitlérienne et, in fine, mener les déportés sur l’allée menant au camp n°2 qu’ils avaient si délicatement surnommée Himmelstrasse (le chemin du ciel) !

Le format roman donne sans doute plus de liberté à l’auteur pour imaginer les hallucinants dialogues des nazis entre eux et des juifs dans leurs baraquements. S’ils font partie de la fiction on sait aujourd’hui qu’ils sont réalistes. Notamment ceux relatifs à la préparation de la révolte de Treblinka rapportés dans le détail, au cours de laquelle une poignée d’organisateurs juifs ont monté cette héroïque opération en août 1943 de laquelle bien peu survécurent mais qui dément ainsi la théorie des juifs « se laissant mener à l’abattoir » sans réagir. Robert Merle (« La mort est mon métier » en 1952) ou William Styron (« Le choix de Sophie » en 1979), notamment, se sont aussi essayés avec talent à la fiction sur le sujet. Le roman n’est pas un mauvais média pour expliquer sans relâche ce que fut l’extermination d’une population entière, ceux qui la conçurent et l’appliquèrent.

Evoquer le sujet de la barbarie nazie appliquée aux populations juives c’est s’exposer à la critique tant le sujet de la Shoah fut, et demeure, un sujet tragique de l’histoire européenne. Steiner le fait ici de façon neutre, son imagination littéraire ne lui ayant servi que pour retracer des conversations auxquelles il n’a pas participé. Il arrive avec précision à se mettre dans la tête des nazis comme dans celles de déportés pour expliquer ce qui les guidèrent durant ces années barbares. Bourreaux et victimes se retrouvent analysés et leurs comportements disséqués.

Un roman-récit qui valait la peine d’être écrit et qui mérite d’être lu.


(1) « la poupée » en raison de sa belle prestance, Kurt Frantz à l’état civil [1914-1998], condamné à la perpétuité après son arrestation en 1959

Lire aussi : Treblinka

WIESEL Elie, ‘Le Crépuscule au loin’.

Sortie : 1987, Chez : Editions Grasset & Fasqelle.

Elie Wiesel (1928-2016), rescapé des camps d’extermination et éternel penseur-témoin de la barbarie européenne, traite dans ce roman, à travers le personnage de Raphael Lipkin, adolescent juif durant la seconde guerre mondiale, les deux sujets centraux de sa vie : la Shoah et le Talmud, concepts paraissant plutôt incompatibles mais dont la cohabitation au cœur du XXème siècle va être le centre de son œuvre littéraire et philosophique.

Une fois réchappé du massacre où il a laissé la majeur partie de sa famille, Raphael, installé aux Etats-Unis d’Amérique part en 1946 à la recherche de Pedro, dirigeant d’un réseau de soutien aux juifs rescapés (la Briha) qui l’a aidé et fortement impressionné durant un périple qu’ils ont réalisé ensemble, des Carpathes vers Paris à la fin de la guerre. Cette recherche va le mener dans un asile « de fous » new-yorkais au sein duquel il passe plusieurs semaines à la rencontre de ses pensionnaires, tous emberlificotés dans les liens étranges entre leur souffrance, leurs souvenirs tragiques et Dieu.

Il ne retrouve pas vraiment Pedro ni ne règle la question de son éventuelle trahison, mais il sombre dans les questions sans fin qui sont celles auxquelles Wiesel croit avoir répondu par l’existence de Dieu, ce qui permet au moins de repousser la fuite dans la « folie » :

« … j’en viens à me demander si Dieu ne serait pas tout simplement trop occupé ailleurs. Autrement dit : s’il ne serait pas indifférent. Se voulant au-dessus de la mêlée, il laisserait faire. De son trône, il surveille peut-être la scène, intervenant parfois, rarement, dans tel acte, dans tel mouvement mais sans faire vraiment sentir sa présence. Ce qui expliquerait la mort des innocents, la faiblesse des victimes, la vulnérabilité des justes. Leurs prières ne sont pas reçues. Leurs dons sont renvoyés. Entre Dieu et les hommes, aucun contact.

Dieu ? Un étranger parmi les étrangers. Mais alors, à quoi bon le servir ? A quoi cela sert-il de lui rester fidèle ? Quel est le sens de l’alliance si Dieu n’y participe guère ? Si l’ennemi peut bâtir un ghetto de la faim, un ghetto de la honte, un ghetto de la mort, sans que Dieu s’y intéresse, alors l’aventure humaine est condamnée d’avance.

Mais il y a pire. Oui, pire que l’idée d’un Dieu cruel, pire que la notion d’un Dieu indifférent. Dans l’histoire juive, il y a toujours pire. »

Wiesel qui a connu le pire dans les camps d’extermination, continue à interroger sa foi en soutenant que Dieu n’est ni cruel ni indifférent même s’il a laissé l’homme sombrer dans la barbarie. Ceux qui n’ont pas eu cette foi ont effectivement parfois sombré dans la folie.

Le livre est dédié à Jacques Attali.

SAND George, ‘La petite Fadette’.

Sortie : 1849, Chez : Editions Jean-Claude Lattès (1995), version illustrée par Tony Johannot.

George Sand (1804-1876), Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil à l’Etat-civil, amie des artistes, égérie (et souvent amante) de Musset, Chopin, Liszt, engagée politiquement plutôt du côté des révolutionnaires de 1848, féministe à la vie sentimentale agitée… fut aussi une écrivaine prolixe.

« La petite Fadette » raconte une histoire de gémellité située dans la campagne du Berry quand l’un des jumeau va tomber amoureux d’une souillon du village se révélant finalement une femme belle et généreuse, au point que l’autre jumeau va aussi tomber sous son charme. Il s’engage dans l’armée pour laisser le monopole de cet amour à son frère.

Le livre est écrit dans le style du XIXème siècle tout en rondeurs avec nombre d’expressions en patois que le lecteur non initié arrive tout de même à suivre. Un joli roman d’époque, plein de romantisme et d’une émotion surranée.

« Rifkin’s Festival » de Woody Allen

Le dernier film, dispensable, de Woody Allen : l’histoire d’un mari d’un âge certain qui suit sa jeune épouse, assistante d’un réalisateur français, au festival du film de San-Sebastian en Espagne. Des idylles se nouent pour chacun des membres de ce coupe décalé. Ou comment l’amour durable déjà difficile à maintenir dans l’absolu, l’est encore plus dans la différence d’âge, et encore pire dans la superficialité du monde du cinéma. De jolies vues et couleurs de la cité espagnole sous le soleil !

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Catégorisé comme No Musique

SARR Mohamed Mbougar, ‘La plus secrète mémoire des hommes’.

C’est un flamboyant roman livré en 2020 par l’écrivain sénégalais de langue française, résidant en France où il fit ses études supérieures, qui obtint le Prix Goncourt 2021. Inspiré de la vie de l’écrivain malien Yambo Ouologuem pour créer celui de la fiction, l’écrivain sénégalais T.C. Elimane, auteur du « Labyrinthe de l’inhumain » qui guide les recherches, la vie et le récit du narrateur Diégane Latyr Faye, lui aussi écrivain en recherche de son Œuvre à laisser au monde, mais peut-on exister après « Le labyrinthe… » ?

Au cœur de la communauté africaine de Paris des années 2000, il rencontre Siga, possiblement cousine ou sœur d’Elimane, Aïda, une amante qui le fait presque chavirer, Muzimbwa l’étudiant zaïrois qui a connu le pire dans son pays et tente de l’oublier dans la fête parisienne, la poétesse haïtienne. Tout ce petit monde festoie, divague, refait le monde, s’aime, se mélange, tente d’écrire, de laisser des traces, jusqu’à ce que Diégane mette la main sur « Le labyrinthe de l’inhumain » qui change sa vie et le pousse à la recherche de son mystérieux auteur.

Cette quête va lui faire rencontrer de savoureux personnages qui vont l’accompagner et le guider jusqu’à son retour au village d’Elimane au Sénégal. Elle le ramène aussi à la deuxième guerre mondiale, à la Shoah, aux tirailleurs sénégalais, au monde littéraire du Paris des années folles. Et d’ailleurs, comme pour le livre d’Ouologuem, celui d’Elimane est accusé de plagiat. La vengeance de l’écrivain fictif sera terrible… mais son retrait de la littérature définitif comme son modèle dans la vraie vie.

Outre son histoire rocambolesque, ce roman fait aussi la chronique des effets délétères de la colonisation et de la décolonisation, de l’exil, de l’attirance-répulsion exercée par le monde intellectuel de l’ancienne puissance coloniale, de la volonté d’émancipation d’écrivains africains installés à… Paris. Mais il relate aussi l’ordinaire d’une Afrique tiraillée entre des traditions d’un autre âge et la Révolution seule susceptible de bousculer l’immobilisme et de toucher à la modernité.

Le style de Sarr est hyperactif, foisonnant, sautant d’une époque à l’autre au cœur d’une multitude de personnages et de situations. On s’y perd avec délices dans l’attente du dénouement de la recherche sans limite, littéraire et humaine, de Diégane. Nombre de mots employés ne sont pas d’usage courant et accentue le sentiment de richesse et de profusion de ce roman original dans son thème comme dans son style.

Il reste maintenant à lire le « vrai » livre de Yambo Ouologuem !

Joe Jackson – 2022/07/12 – Salle Pleyel

Kronic à venir

Setlist : One More Time/ Big Black Cloud/ Sunday Papers/ Dave/ Look Sharp!/ Fabulously Absolute/ Solo (So Low) (Joe piano solo)/Real Men (Joe piano solo)/ Knowing Me, Knowing You (ABBA cover) (Joe piano solo)/ Love at First Light (Joe piano solo)/ The Blue Time/ Blaze of Glory/ Fool/ Sing You Sinners (Tony Bennett cover)/ Is She Really Going Out With Him?/ It’s Different for Girls/ I’m the Man

Encore : You Can’t Get What You Want (Till You Know What You Want)/ Steppin’ Out

Musée Albert-Kahn de Boulogne

Abraham Kahn (1860-1940) a réussi dans les affaires puis, fortune faîte, a lancé un projet philanthropique visionnaire : « Les archives de la planète » afin de constituer des bases de données (photographiques, cinématographiques et documentaires) sur un monde dont il pressentait que les transformations en cours rendraient bientôt caduques le style de vie, d’où sa volonté de documenter ce monde en disparition. Pour ce faire il finança des équipes de géographes et de reporters pour parcourir la planète et documenter le monde.

Une partie de ce travail est exposée par le musée via un immense mur de petites images et, en grands formats, sur différents écrans où le visiteur peut faire défiler celles-ci par thèmes avec affichage de commentaires.

Après ce parcours dans le passé, le très agréable parc offre un havre de paix et d’apaisement dans des jardins composés avec harmonie, en référence également à différentes régions du monde.

Après la grave crise économique de 1929, Albert Kahn du mettre fin à ses activités philanthropiques par suite de sa mise en faillite. Heureusement son œuvre lui a survécu.

Lire aussi : Paris 1910-1937 : Promenades dans les collections Albert-Kahn à la Cité de l’Architecture
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Flammarion, « David Bowie »

Sortie : 2022, Chez : Flammarion.

Les éditions Flammarion ont demandé à une vingtaine de photographes qui ont eu, à un moment ou à un autre, à photographier l’artiste David Bowie de rassembler quelques un de leurs meilleurs clichés et de les introduire en quelques lignes.

Cela donne un ouvrage de qualité sur la rockstar et les différents personnages qu’il incarna. Les amateurs ont déjà vu la plupart des images mais ce livre de photos a sa place dans toute bibliothèque d’admirateur du musicien. On se replonge avec bonheur dans les photos du Thin White Duke, celles de la tournée « Heroes », celle publiée en couverture de Libération le jour de sa mort où l’artiste est allongé avec sa fille encore nourrisson posée sur son ventre, devant une fenêtre donnant sur la ville de New York, celles de l’époque London Boy, bref un retour passionné sur la carrière à l’incroyable créativité du musicien britannique.