Angela Merkel et Nina Hagen vous saluent bien

Alors que la chancelière allemande Angela Merkel va laisser la place après 16 années de pouvoir, l’armée allemande lui présente ses adieux en jouant un morceau choisi par elle de… Nina Hagen. Pour les plus jeunes, rappelons que Nina est une chanteuse née en Allemagne de l’est en 1955 au temps du mur. Elle sortit un premier hit à Berlin-Est : « Du hast den Farbfilm vergessen » (« Tu as oublié la pellicule couleur ») devenu mythique et c’est justement ce morceau choisi par Mme. Merkel que la Bundeswehr lui a joué en version instrumentale

En 1978, elle a suivi à l’ouest son beau-père déchu de sa nationalité est-allemande, elle monte un groupe, le Nina Hagen Band, qui sort un disque éponyme révolutionnaire dans lequel elle fait déjà preuve d’une incroyable agilité vocale et d’un talent pour grimacer de façon clownesque qu’elle exprime sur scène (voir vidéo). Ses musiciens ont des allures improbables, moitié bande à Baader, moitié drag-queens, mais s’avèrent de redoutables instrumentistes. Elle a poursuivi ensuite sa carrière avec la production d’une vingtaine de disques plus ou moins réussis, agrémentés de quelques provocations dont elle a le secret.

Une artiste originale à laquelle il était plutôt inattendu que la chancelière Merkel se réfère dans le cadre de sa cérémonie d’adieux à l’armée nationale. Un clin d’œil de cette grande dirigeante qui confirme en plus qu’elle a très bon goût. On ne sait pas à ce stade ce que Nina Hagen a pensé de ce choix…

SARTRE Jean-Paul, ‘Le Mur’.

Sortie : 1939, Chez : Gallimard / Le Livre de Poche n°33.

Jean-Paul Sartre (1905-1980) a écrit « Le Mur » alors qu’il était dans la trentaine et vivait dans l’Europe des années 1930 agitée de nouveau par ses démons : la guerre d’Espagne, l’arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne et les bruits de bottes provenant de toutes parts.

L’ouvrage est composé de cinq nouvelles dont les thèmes tournent autour de l’enfermement, de l’absurdité et de la sexualité. L’idéologie fasciste est aussi évoquée à plusieurs reprises. La nouvelle « Le Mur » qui donne son nom au recueil nous fait partager la dernière nuit de trois compagnons républicains faits prisonniers et condamnés à mort par les forces franquistes.

Dans « L’enfance d’un chef », Sartre expose les étapes franchies par Lucien avant d’adopter complètement l’idéologie fasciste et antisémite qui rôdait en Europe, à laquelle vont adhérer tant de personnes, insidieusement, progressivement, pour aboutir au désastre de la seconde guerre mondiale.

Bien évidemment ce cheminement improbable vers la barbarie peut être décrit à peu près dans les mêmes termes pour les deux autres grandes idéologies totalitaires du Xxème siècle : le stalinisme et le maoïsme. L’auteur ayant plus ou moins pactisé avec celles-ci à un moment ou un autre de son œuvre, il oriente les personnages du « Mur » vers le fascisme, mais l’Histoire nous a désormais instruit que les processus sont très similaires.

Plus inattendu pour une publication de 1939, la sexualité en est aussi l’un des thèmes centraux : la vie de couple, l’homosexualité, l’abstinence, l’impuissance, la prostitution… Sartre innove aussi sur ce thème et ses personnages sont habités de tendances et de pulsions diverses qui s’entrechoquent avec leurs idées politique.

Après « La Nausée », Sartre démarrait avec « Le Mur » une puissante œuvre politique et littéraire qui a marqué son siècle.

Patti Smith en concert acoustique au Panthéon pour les 50 ans de FIP

Patti Smith en concert au Panthéon par Christophe Abramowitz ©Radio France

Après ses deux concerts au Grand Rex en octobre, Patti Smith (75 ans) est de retour à Paris pour jouer au Panthéon dans le cadre de l’anniversaire des 50 ans de la radio FIP. Elle succède à Sting dans ce lieu majestueux. Elle est accompagnée de son fils Jackson à la guitare, sa fille Jesse aux claviers et de Tony Shanahan à la basse sur les derniers morceaux.

Le show est diffusé sur FIP et réservé, sur place, à quelques happy few. Patti passe par quelques chansons de son répertoire plutôt peu jouées et une reprise de Bob Dylan. Elle chante avec sa voix grave et on l’imagine tout sourire sous ses cheveux gris, épanouie après toutes ces années de combat et d’écriture, mais toujours sincère et convaincue. Ce court concert se termine sur un People Have the Power plus apaisé que son habituelle version jouée en électrique le poing levé !

People have the power to dream
People have the power to strike
People have the power to vote
People have the power to love

Et notre poétesse-punk tire sa révérence rappelant aux spectateurs « Don’t forget it: USE YOUR VOICE ».

On peut la réécouter sur le podcast FIP, une radio de bon goût !

https://www.fip.fr/emissions/live-a-fip/patti-smith-en-concert-au-pantheon

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« Julie (en 12 chapitres) » de Joachim Trier

Le très joli film du réalisateur norvégien Joachim Trier, dont l’actrice Renate Reinsve a obtenu le prix d’interprétation féminine au festival de cannes 2021, traverse quelques années de la jeune Julie dans le milieu arty-bobo où elle essaye de se faire une place. On y parle d’amour, de mort, d’enfants, du tragique de la vie mais aussi de sa légèreté, le tout se passe dans une ville agréable, sans doute norvégienne, où l’on se laisse bercer par la langue locale un peu rugueuse. Un moment charmant et émouvant !

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« One more jump » de Emanuele Gerosa

Un film documentaire sur la pratique du parkour par de jeunes palestiniens résidant à Gaza. Le parkour est une espèce de running de banlieue, ponctué de franchissement d’obstacles façon breakdance. C’est impressionnant et pratiqué par ces jeunes de Gazacomme un moyen d’évasion de leur chaudron Gazaouite, entre mer Méditerranée, police du Hamas et gardes-frontière israéliens, sans aucun espoir de futur sur place.

Alors tous ces gamins n’ont qu’une idée en tête : fuir leur prison vers l’Europe pour tenter d’y mener une vie meilleure. Le titre du film est une allégorie à cette tentation désespérée. L’un d’eux réussit à partir pour l’Italie pour participer à des compétitions de parkour et le film alterne entre les deux personnages principaux celui de Rome et celui de Gaza. Ceux qui sont restés envient le premier et… le condamnent d’être parti sans eux.

Présent dans la salle, le réalisateur revient ensuite sur les conditions de tournage en 2019 relativement aisées dans un environnement plutôt agité, l’obsession de ces jeunes pour quitter leur territoire sans espoir de retour, la bouffée d’air frais que représente la pratique du parkour dans l’environnement dévasté de Gaza. Il nous apprend pour finir que le premier personnage a eu un accident lors d’un entraînement en Italie et finira sa vie sur une chaise roulante et que le second a finalement pu quitter Gaza, également pour l’Italie, laissant les siens sur place sans doute pour toujours. Pas très gai ce documentaire, pas plus que la situation gelée en Palestine.

« Mourir peut attendre » de Cary Joji Fukunaga

Le dernier James Bond : une histoire compliquée d’arme bactériologique qui ne détruit que les ennemis dont l’ADN est listée par son utilisateur, mise au point par un chercheur russe machiavélique pour un donneur d’ordre très méchant. James Bond est à la retraite en Jamaïque avec son amoureuse mais on vient l’y chercher pour courir après le très méchant. Son remplaçant qui a repris le badge 007 est une femme, noire, dont l’histoire ne dit pas si elle adhère au mouvement LGBTQIA+ ou pas.

Tout s’enchaîne au milieu de paysages magnifiques, d’Aston-Martin en contre-virage, d’armes à feu, de bagarres et, à la fin, James Bond préfère se laisser mourir sous les missiles de Sa Majesté plutôt que de contaminer sa chérie car le grand 007 (il a retrouvé son badge, le temps de cette ultime mission) a perdu son combat face au très méchant. Il faut dire que James Bond tombant amoureux on comprend vite qu’il n’est plus à la hauteur des combats de titans qu’il a toujours gagnés.

Il y aura sans doute un nouveau 007 mais, sauf si les services secrets britanniques arrivent à ressusciter Bond, James Bond, il portera un autre nom. Les fans de la série parient sur une femme.

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VAILLAND Roger, ‘Un jeune homme seul’.

Sortie : 1951, Chez : Editions Corrêa / Le Livre de Poche n°2212

Roger Vaillant (1907-1965), est écrivain-essayiste-journaliste du XXème siècle, marqué par la seconde guerre mondiale (il entre alors dans la Résistance) et les grands courants de pensée de son époque, il est membre du parti communiste français avant de s’en retirer après la répression de Budapest en 1956.

« Un jeune homme seul » narre la vie d’Eugène-Marie Favart, d’abord durant son adolescence passée dans une maison bourgeoise en province entre les deux conflits mondiaux, bien loin de l’excitation de la vie parisienne qu’il rejoint de temps à autres à l’occasion de réunions familiales, puis, durant la dernière guerre, ingénieur-cheminot exilé dans une autre ville de province avec sa femme espagnole et sa mère acariâtre. Il y est confronté à la dépression et à l’alcoolisme, mais surtout à son indécision à résister ou non à l’occupant allemand et ses affidés français.

Et puis il découvrira l’engagement de son épouse et de ses proches ce qui le poussera à un geste glorieux mais probablement fatal. C’est le prix de l’honneur retrouvé après une longue errance dans la dépression !

FANON Frantz, ‘Peau noire masques blancs’.

C’est le premier essai de Frantz Fanon (1925-1961), psychiatre martiniquais qui s’illustra comme l’un des penseurs importants du tiers-mondisme et de la condition de l’homme noir, ainsi que pour son soutien à la cause de l’indépendance algérienne.

Ecrit en 1952, « Peau noire masques blancs » rend compte de la vision de Fanon sur le positionnement du « Noir » vis-à-vis du « Blanc ». Il y a clairement deux mondes non perméables l’un à l’autre. A force d’avoir considéré l’homme de couleur comme inférieur, le Blanc a réussi à l’en persuader et celui-ci va devoir développer une énergie incommensurable pour essayer d’être à la hauteur de la « civilisation blanche » qui l’a opprimé et continue à le faire.

Pétri de références à la littérature psy l’ouvrage n’est pas toujours très abordable pour le néophyte en la matière mais les grandes idées de la pensée de Fanon apparaissent en force : l’aliénation du Noir par le Blanc par des siècles d’esclavage et de colonisation alors que tous devraient tendre vers un monde « humain » dans lequel il n’y aurait plus d’asservissement des uns par les autres :

« Le Nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc. »

On note avec intérêt l’analyse du cas particulier du « Noir » de Martinique qui se place entre l’Africain et l’Européen, méprisant le premier pour tenter de séduite, vainement, le second, cherchant à s’approprier ses codes socio-culturels pour se rapprocher de celui que des siècles de domination ont présenté comme le modèle à atteindre :

« Je me demande parfois si les inspecteurs d’enseignement et les chefs de service sont conscients de leur rôle aux colonies. Pendant vingt ans, ils s’acharnent par leurs programmes à faire du nègre un Blanc. A la fin, ils le lâchent et lui disent : vous avez incontestablement un complexe de dépendance vis-à-vis du Blanc »

En nos temps actuels marqués par une pensée « décolonialiste » et « racialiste » cherchant à culpabiliser le « Blanc » pour le passé de ses ancêtres colonisateurs pour qu’il dédommage les minorités de couleur, Fanon s’avère moins radical et plus optimiste dans la possibilité de réunir l’humain dans ce monde. Il est vrai que 70 ans se sont passés depuis et que les progrès vers cet avenir radieux ont sans doute été insuffisants pour certains.

« Le pansement Schubert » à la salle Gaveau

A la suite de la sortie de son récit « Le pansement Schubert », la violoncelliste et art-thérapeute Claire Oppert. Se produit ce soir avec son trio (violoncelle, piano [Roustem Saitkoulov, le mari] et violon [Maxim Vengerov]), le Dr Gomas, spécialiste des soins palliatifs, Éric Fiat, professeur de philosophie et d’éthique médicale et Elodie Navarre, comédienne.

La soirée commence par l’andante du trio op. 100 de Schubert puis les pièces musicales sont ponctuées des interventions parlées. Claire Oppert parle avec beaucoup de sensibilité de son expérience musicale pour accompagner la douleur, le Dr Gomas de sa collaboration avec Claire dans le cadre d’un essai clinique pour suivre et mesurer les effets de la musique sur les patients, un effet généralement apaisant et le philosophe Fiat de la vie et de l’œuvre de Schubert (un peu romancée tout de même) avec une délicate admiration et des digressions vers La Fontaine. La dernière partie de la soirée voit revenir le trio accompagné de la comédienne qui lit quelques chapitres du livre de Claire Oppert pendant que les musiciens jouent les pièces qui sont citées dans ces chapitres et utilisées comme « pansement ».

Lire aussi : https://rehve.fr/2021/04/oppert-claire-le-pansement-schubert/

La salle Gaveau est pleine, sans doute en grande partie par des spectateurs qui ont croisé la maladie ou la souffrance chez leurs proches ou pour eux-mêmes. Tous sont admiratifs de voir ces esprits brillants et subtils consacrer leur art et leurs connaissances pour accompagner le cheminement des malades, le plus souvent vers leur fin. Tous se félicitent que notre vieille démocratie française consacre encore des ressources humaines et financières à cette noble tâche.

Programme

  • Franz Schubert, Trio op. 100, II. Andante
  • Franz Schubert, Impromptu op. 90 n°3
  • Piotr Tchaïkovski, Trio op. 50, I. Pezzo elegiaco
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« Les Olympiades » de Jacques Audiard

Un film agréable sur la jeunesse du quartier parisien « Les Olympiades », autrement dit Chinatown sans le XIIIème arrondissement. On s’aime, on se quitte, on se retrouve, on travaille, on traîne, on se mélange… une existence de personnages sympathiques issus « de la diversité », chacun un peu affublé de ses stéréotypes d’origine et de ses histoires personnelles, mais le tout donne une image bienveillante de ce quartier surgit dans les années 1960, et asiatisé dans les années 1970.

Il existait après la dernière guerre mondiale une zone industrielle sur les quais de Seine accueillant déjà une communauté asiatique travaillant dans les usines. Après la fermeture de ces ateliers, un programme de construction d’immeubles a été promu dans les années 1960 mais plutôt peu apprécié par les Parisiens. Lorsqu’à la fin des années 1970, les « boat-people » fuyant les régimes communiste au Vietnam et maoïste au Cambodge commencèrent à fuir leurs pays, ils trouvèrent refuge en France dans cette zone du XIIIème où existaient de nombreux logements vides, ils trouvèrent naturellement refuge dans ce qui est devenu le Chinatown parisien. Cet afflux des « boat-people » marqua aussi en France la réconciliation entre Sartre et Aron qui allèrent ensemble à l’Elysées demander des visas pour ceux qui fuyaient le communisme au risque de leurs vies en s’embarquant sur de frêles esquifs en mer de Chine. Quelques photos montrent ces deux-là en 1979 sur le perron de la présidence en compagnie d’André Gluksmann. Déjà très affaibli par plusieurs attaques cérébrales, Sartre décèdera en 1980.

Les plus anciens ne peuvent s’empêcher de repenser à cette époque en visionnant le film d’Audiard, c’est aussi à celà que sert parfois le cinéma !

Lire aussi : Paris XIII : un riche passé industriel

Du haut du Colisée

Au cœur du Colisée, le visiteur français ne peut s’empêcher de méditer sur le fait qu’à l’heure où les empereurs romains dominaient le monde il y a plus de 2000 ans et présidaient aux combats de gladiateurs devant 50 000 personnes massées dans le Colisée, l’une des plus grandes œuvres de l’architecture et de l’ingénierie romaines, Astérix et Obélix, logées dans des huttes, chassaient le sanglier dans la forêt de Brocéliande…

Voilà peut-être de quoi ramener le Français arrogant à un peu plus de modestie !

« Klimt. La Secessione e l’Italia » au Palazzo Braschi de Rome

Klimt (1862-1918) est exposé dans le magnifique Palazio Braschi place Navonne (existe-t-il des palais romains qui ne soient pas magnifiques ?) qui retrace la vie de l’artiste et son rôle central dans la révolution artistique viennoise de la fin du XIXème siècle. Œuvres monumentales, décors de théâtre, compositions de collages de feuilles d’or et d’argent, tableaux baroques et libertins, il refuse l’académisme et crée la Sécession viennoise avec d’autres artistes pour dynamiter la vie artistique. Il est objet de vives critiques des conservateurs mais gardent le cap de l’innovation.

Sa célèbre Frise Beethoven, ou ce qu’il en reste après reconstitution, également très critiquée, est exposée ici. Inspirée par la IXème de Beethoven, elle a reçu l’imprimatur de Gustav Malher et Auguste Rodin.

Klimt, un artiste autrichien qui a su mettre un coup de pied dans la fourmilière du conservatisme artistique et accompagner le mouvement vers l’art contemporain !

Le musée du Vatican

Et l’incroyable accumulation de richesses et d’œuvres d’art se poursuit, cette fois-ci dans la Cité du Vatican. Les œuvres de Raphaëlle et de Michel-Ange, au-dessus des autres bien sûr, mais ce sont des siècles d’art occidental qui se déroulent sous les yeux des visiteurs pour finir en apothéose avec la chapelle Sixtine, dédiée à l’Assomption de Marie : plafonds peints durant trois ans par le seul Michel-Ange, ancien et nouveau testaments sur les murs de côté, le jugement dernier sur le mur du fond et une incroyable fresque au plafond représentant les étapes de la Genèse.

Devant une telle accumulation de richesses, on doit aussi se souvenir qu’elles ont été extorquées à la sueur du front des chrétiens qui ont financé un Vatican dont les membres n’eurent pas toujours une attitude très compatible avec le message de la Bible. On apprend d’ailleurs, au hasard des déambulations dans les galeries, que les pièces où les papes Borgia et leurs affidés commirent leurs forfaits furent fermées et interdites à toute visite durant des décennies. C’est ce bon pape Paul VI qui les a rouvertes.

Autrefois les citoyens payaient leurs impôts aux seigneurs et à l’Eglise. Ils payent désormais uniquement l’Etat avec éventuellement une redistribution ensuite de l’Etat vers l’Eglise comme en Allemagne par exemple. L’Eglise catholique est allée aussi vers un peu plus de frugalité dans ses modes de vie mais reste assise sur une montagne d’actifs de grande valeur.

Voir aussi : Rome

SCHMITT Éric-Emmanuel, ‘Journal d’un amour perdu’.

Éric-Emmanuel SCHMITT a perdu sa mère à un âge où il commence à être attendu de perdre sa mère. Il en est traumatisé à de nombreux titres. D’abord la vie n’est plus la même, bien sûr, lorsque ses parents ont quitté ce monde, d’autant plus qu’il semblait vivre une relation affectueuse très forte avec sa mère, son père étant déjà décédé depuis longtemps après avoir passé dix-huit années fortement handicapé suite à une attaque cérébrale.

Ensuite, sa mère est décédée, sans doute brutalement chez elle, mais n’a été trouvée que quelques jours après dans son appartement. Alors il y a une forte culpabilité du fils, bien entendu. Et puis il y a l’éventuel secret de sa paternité qui hante l’auteur et dont il espère trouver la réponse dans le journal intime de sa mère sur lequel il met la main. De secret il n’y a finalement pas, mais viendra la confirmation que son père légal est bien son père génétique par l’improbable intermédiaire de lecteurs/amis qui lui transmettent un message post-mortem de cette maman adorée.

Schmitt couche sur le papier de ce petit récit les émotions qui l’assaillent en de courtes phrases un peu naïves, très tendres, comme une thérapie devant ce deuil. Après tout, il est écrivain et autant assécher sa tristesse par ce qu’il sait faire.

Le Palazio Altemps

Le musée Altemps

Un magnifique palais du XVIème, occupé par quelques cardinaux successifs, racheté par l’Etat en 1982 pour être restauré et transformé en un petit musée de « quartier ». Aussi intéressant pour le bâtiment lui-même que pour les sculptures exposées.

Aphrodite

Voir aussi : Rome

Le Château Saint-Ange

Ancienne forteresse construite par l’empereur Hadrien en 125 pour devenir son mausolée, recyclée en fort de défense puis en résidence papale, en prison et enfin en musée, son statut actuel. On y bénéficie aujourd’hui du haut des murailles d’une vue magnifique sur Rome après un parcours historique dans l’histoire de Rome.

Voir aussi : Rome

La Villa Médicis

Possession française à Rome, la Villa Médicis a été achetée par l’Etat en 1803 pour accueillir l’Académie de France à Rome, crée par Louis XIV pour y former chaque année une dizaine d’artistes et qui fut abritée dans différents palais romain avant cette Villa Médicis au cœur de Rome.

Elle existe toujours aujourd’hui avec la même mission. Des artistes comme les musiciens Berlioz, Bizet, Gounod ou Debussy l’ont fréquentées, mais aussi des écrivains, des peintres, des sculpteurs, des architectes, des restaurateurs d’art, des historiens d’art…

Le palais est une merveille de style renaissance du XVIème siècle, bâti par un cardinal en 1564, racheté par un autre, Ferdinand de Médicis, en 1576. Ce dernier va enrichir le parc et le bâtiment. Au gré des changement de propriétaires, elle échoit à la France napoléonienne qui en maintient la vocation artistique. Financée depuis par les contribuables français, elle est ouverte à la visite sur réservation et il ne faut se priver d’une délicieuse plongée dans l’amitié culturelle franco-italienne symbolisée par ce lieu exceptionnel au centre de Rome.

Voir aussi : Rome

Galerie Borghèse

Pauline Bonaparte en Vénus Victrix par Antonio Canova (vers 1804)

Scipione Caffarelli-Borghèse (1577-1633), cardinal, neveu du pape Paul V (Camille Borghèse), fit construire la villa Borghèse qui deviendra galerie du même nom, réunissant une richissime collection d’œuvres d’art : sculptures helléniques, romaines, de Gian Lorenzo Bernini, peinture du Caravage, de Raphaël, Bruegel, Rubens, Titien…

La première pièce de ce magnifique musée expose une exceptionnelle sculpture en marbre signée Canova représentant la sœur de Napoléon (1780-1825), Pauline, mariée en secondes noces au prince Camille Borghèse. La subtilité des détails est stupéfiante de réalisme, les plis du matelas sous le poids de la princesse, le galbe du corps… On a du mal à imaginer que tout cette beauté est partie d’un bloc de marbre brut.

En cheminant dans les vastes salles on découvre aussi comment l’art baroque, né en Italie à la fin du XVIème siècle, a introduit le mouvement, l’exubérance des formes, la couleur et les effets dramatiques dans tous les domaines artistiques. Dans la galerie, de nombreuses sculptures de Bernini (1598-1680) permettent de comprendre cette évolution. Artiste favori de Scipione Borghèse il produit au début du XVIIème des sculptures éblouissantes exposées ici. Il sculpte le marbre comme de la pâte-à-modeler et produit des œuvres sublimes d’une incroyable maturité avant même d’avoir passé ses vingt ans. Il illustre à merveille, dans son domaine, le passage de l’art de la Renaissance au baroque dans la sculpture.

Les aléas de la famille Borghèse poussèrent Camille, beau-frère de Napoléon, époux de Pauline, à vendre la collection familiale à l’Etat français en 1807. Il en récupèrera une partie après la chute de l’Empereur, avant que l’Etat italien ne rachète l’ensemble en 1902 à une famille en mauvaise santé financière.

Le bâtiment abritant cette extraordinaire collection est située au faîte d’une colline boisée deminant la Piazza des Polulo. Aujourd’hui, une exposition temporaire de Damien Hirst est mixée dans le musée et vient se heurter aux œuvres baroques qui constituent ce palais d’une incroyable richesse. Les inspirations baroques des époques s’entrechoquent et donne à ce curieux mélange son aspect flamboyant.

Le dernier Borghèse dont on ait entendu parler fut Junio Valerio Borghèse (1906-1974), officier sous-marinier sous Mussolini, ayant poursuivi le combat aux côtés des Allemands, fut condamné après la dernière guerre. Libéré en 1949, il se recycla dans l’extrême droite et aurait même été impliqué dans une tentative de coup d’Etat en Italie en 1970.

Voir aussi : Rome

« Chefs-d’œuvre photographiques du MoMA – la collection Thomas Walther » au musée du Jeu de Paume

Thomas Walter est un collectionneur allemand qui a constitué dans les années 1970 une collection de photos « avant-gardistes » de la première moitié du XXème siècle qui sont exposées au musée du Jeu de Paume. Il s’agit de clichés en noir-et-blanc, souvent expérimentaux, de portraits, de mouvements, d’objets, qui retracent les courants dadaïstes, du Bauhaus, du surréalisme… bref, des photos complexes qui ne déclenchent pas trop d’émotion mais plutôt de l’intérêt pour les recherches menées à l’époque sur ce nouveau médium :

Il y a cent ans que le photographie est inventée, elle vient seulement d’être découverte.

Laszio Moholy-Nagy – 1930 (artiste et théoricien de la photographie)
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PADURA Leonardo, ‘L’homme qui aimait les chiens’.

Sortie : 2011, Chez : Métailié.

Leonardo Padura, écrivain cubain né en 1955, a écrit ici un fantastique roman historique centré sur l’assassinat de Trotski, exécuté en 1940, sur ordre de Staline, au Mexique où il était en exil après son expulsion d’Union soviétique. Les personnes réelles (le plus souvent) se mêlent aux personnages romancés dont Ivan, écrivain cubain mis en contact sans le savoir avec Ramon Mercader, l’assassin (vrai) de Trotski dont il va écrire et publier l’histoire. C’est le roman dans le roman.

Cette histoire réelle et violente est racontée à travers trois parcours, celui de Trotski lui-même, celui de Mercader, l’agent stalinien espagnol choisi pour accomplir le noir dessein de Staline et celui d’Ivan l’écrivain cubain témoin halluciné de ces évènements tragiques. Les deux premiers ont été les acteurs de l’Histoire, engagés dans un combat de titans, une bataille idéologique, militaire et d’égos que Staline va remporter, assis sur plus de 20 millions de morts, victimes d’une des plus grandes répression organisée par un régime politique.

L’histoire commence durant la guerre civile en Espagne à la fin des années 1930, où s’affrontèrent les « Républicains » et les « fascistes » sous les ordres du général Franco. Dans cette période où montaient les pouvoirs fascistes en Allemagne et en Italie, où les rumeurs de guerre enflaient dans toute l’Europe, l’affrontement idéologique entre Staline et Trotski était déjà sanglant en Espagne. Les « brigades internationales » réglaient leurs comptes, les agents secrets pullulaient, exécutions sommaires et massacres étaient érigés en méthodes de guerre par toutes les parties et la malheureuse Espagne fut le premier terrain d’affrontement de ces personnages mortifères qui ont ravagé le siècle et entraîné des dizaines de millions de morts.

Au cours du processus de recrutement de Mercader par les services secrets soviétiques en vue de tuer le « renégat » Trotski, Padura montre parfaitement l’aveuglement des acteurs de cette époque, pris par le culte de la personnalité en faveur de Staline, emportés par les idées communistes, terrorisés par la menace des grandes purges soviétiques qui ont démarrée à cette période à Moscou et des exécutions sommaires réalisées à l’étranger par les services soviétiques. Soumis à la propagande et aux manipulations machiavéliques de son mentor soviétique, Mercader finira par exécuter Trotski dans son refuge mexicain avec le désormais fameux coup de piolet dans le crâne du « renégat ».

Après vingt ans de prison au Mexique durant lesquelles il n’avouera jamais qui étaient les commanditaire de cet assassinat, il est libéré en 1960 et accueilli en Union soviétique, décoré en tant que « Héros de l’Union soviétique » et reçoit la médaille de l’Ordre de Lénine puis mis au placard, déstalinisation oblige. Son silence en prison au Mexique et la mort de Staline lui ont sans doute permis d’éviter l’exécution par les russes. Il mourra d’un cancer à Cuba, sans avoir jamais revu l’Espagne. Comme sa victime, Trotski, il était devenu un exilé dont personne ne voulait mais il réussit à survivre à la terreur stalinienne.

Padura est né 2 ans après la mort de Staline dans un pays « frère » de l’Union soviétique, Cuba. Il a connu de l’intérieur une nation engagée dans le système révolutionnaire et communiste du XXème siècle qui a même poursuivi son parcours marxiste alors que Moscou changeait de cap après la chute du mur de Berlin. Le roman parle dans le détail de cette utopie et de son effondrement, de cet ogre bureaucratique qui n’a survécu qu’en dévorant les siens et dont Cuba fut le bon élève tropical.

Le personnage (vrai) sans doute le plus intéressant est l’agent soviétique qui forme et guide Mercader, Leonid Aleksandrovich Eitingon. Espion trouble aux multiples noms et personnalités, d’un cynisme affiché et d’une fidélité à Staline plutôt générée par la peur que par l’adhésion à ses idées, il traverse et commente dans le roman toutes les grandes purges staliniennes et leurs procès où défilent tous les chefs bolchéviques de la première heure pour avouer des crimes qu’ils n’ont pas commis puis être exécutés. Dans la vraie vie comme dans le roman, il sera emprisonné à son tour, survivra et retrouvera Mercader exilé à Moscou.

Dans ce roman réaliste, seul Trotski tire son épingle du jeu, modulo son assassinat sauvage. On sent une certaine tendresse de Padura à son égard qui le présente comme un exilé âgé, sa vie dédiée à la réflexion, notamment pour dénoncer les dérives staliniennes contre son peuple. C’est faire un peu court avec la véritable Histoire… Trotski est aussi le créateur de l’Armée rouge et fut théoricien de la terreur pour asseoir le pouvoir bolchévique lors de la révolution en Russie tsariste, bref, il ne fut pas complètement innocent de la dictature soviétique, même si celle-ci l’a assassiné. Mais Trotski, probablement à cause de sa fin tragique, a séduit une bonne partie de l’intelligentsia européenne jusqu’à la fin du XXème siècle. Leonardo Padura fait probablement partie du lot.