BIZOT François, ‘Le portail’.

Sortie : 2000, Chez : Editions de la Table Ronde / Folio 3606.

François Bizot, né en 1940, est un anthropologue français spécialiste du bouddhisme dans le sud-est asiatique. Affecté par l’Ecole française d’Extrême-Orient (EFEO) au temple d’Angkor au Cambodge il est enlevé en 1971 par les khmers rouges, en rébellion contre le pouvoir central, et retenu prisonnier trois mois dans un camp au milieu de la forêt avec une trentaine d’autres prisonniers cambodgiens. Les hasards du destin firent que le chef de ce camp était le dénommé Douch qui se rendit célèbre plus tard comme chef de la prison S21 à Phnom Penh de sinistre mémoire où des milliers de cambodgiens furent torturés et tués durant la dictature établie par les khmers rouges sur le pays entre 1975 et 1979. Arrêté en 1999 alors qu’il vivait une retraite « paisible » dans un village cambodgien, il fut condamné à la prison à perpétuité en appel en 2012. Il mourra en prison de mort naturelle en 2020, à 77 ans.

La première partie du récit relate les trois mois passés par Bizot dans ce camp, et les étranges relations qu’il entretenait avec Douch. Tous deux révulsés par la violence de l’intervention américaine qui bombarde le Cambodge devenu point de passage et de refuge des troupes communistes nord-vietnamiennes, ils n’en tirent pas les mêmes conséquences. Douch, encore jeune, âgé d’une petite trentaine d’années seulement, pétrit de culture marxiste, haïssant l’impérialisme et le capitalisme mondial, développe un credo maoïste inébranlable, d’autant plus convaincu qu’en 1971 les khmers rouges, portés par leur foi ont de grandes chances d’arriver au pouvoir assez rapidement face à la déliquescence du régime militaire Lon Nol rongé par la corruption et le népotisme, et qui n’est plus défendu par grand monde.

Il échange avec Bizot, sous les arbres de la forêt, sur la situation du pays et l’on croirait Jean-Paul Sartre dans un amphithéâtre de la Sorbonne en mai 68 (la « révolution » bourgeoise parisienne ne s’est déroulée que trois ans plus tôt). Tout y passe, la lutte des classes, la glorification des paysans qui vont participer à la construction du monde nouveau, le mépris de l’élite intellectuelle des urbains corrompus, la purification révolutionnaire, le rejet de la monarchie, la lutte contre la féodalité et le capitalisme, la violence qu’il convient d’appliquer aux contre-révolutionnaires, la torture justifiée contre les récalcitrants, les nécessaires aveux des coupables, les séances d’auto-critique collective, etc. C’est d’ailleurs exactement le programme politique qui sera appliqué après la prise du pouvoir par les khmers rouges en 1975. Bizot, lui, fait part des similitudes qu’il identifie entre la théorie révolutionnaire et la discipline bouddhique mais Douch rejette bien entendu toute religion qualifiée « d’opium du peuple » !

Au hasard des chapitres il accroche aussi un peu l’intelligentsia parisienne qui regarde d’un œil intéressé, voire complice, les expériences marxiste et maoïste en cours dans l’ex-Indochine française. Il mentionne un dîner en 1971 avec le journaliste et biographe Jean Lacouture, entre deux avions, qui refuse d’admettre la présence des communistes nord-vietnamiens au nord du Cambodge. On se souvient que Lacouture signa des chroniques enthousiastes dans Le Monde saluant l’arrivée de khmers rouges au pouvoir en 1975, qu’il regrettera ensuite. Bizot n’a pas la cruauté de rappeler cet aveuglement qui fut loin d’être isolé…

Lorsqu’il narre ses dialogues surréalistes avec Douch, on sent une relative admiration de Bizot devant les certitudes de son geôlier en chef qui n’hésite pas à torturer ni tuer ses prisonniers si l’Angkar (l’organisation suprême des khmers rouges dirigée par Pol Pot) lui en donne l’ordre. Il ressent une certaine émotion de découvrir cet homme devenir le rouage efficace d’un mécanisme de terreur qui, quatre ans plus tard, va révéler toute son horreur dans un des génocides de ce XXème siècle. Finalement Douch plaidera l’innocence de Bizot auprès de l’Angkar et obtiendra de le libérer contre l’avis de ceux qui voulaient l’exécuter pour « espionnage au profit de la CIA ». Le français lui en gardera une certaine reconnaissance lorsqu’il le retrouvera lors de son procès trente années ans plus tard.

La seconde partie du récit se déroule en 1975 alors que les khmers rouges ont vaincu et rentrent dans Phnom Penh dont ils ont chassé le régime Lon Nol. Nombre de cambodgiens se sont réfugiés à l’ambassade de France pour se mettre à l’abri. Bizot va alors servir d’interprète et intermédiaire entre le chargé d’affaires français qui remplace l’ambassadeur rappelé par Paris « pour consultations » et le responsable khmer rouge en charge du quartier où se trouve l’ambassade. Peu encombré par les subtilités du traité de Vienne sur le statut diplomatique ce dernier exige, et obtient, l’expulsion des personnes présentes dans l’ambassade ne détenant que la nationalité cambodgienne. Fort de sa connaissance de la langue et du peuple khmer, Bizot fait plus que traduire et cherche à « sauver les meubles » d’une ambassade au bord de l’implosion. Avec un comportement triste et résigné la plupart des cambodgiens réfugiés la quitteront d’eux-mêmes lorsqu’ils comprendront que les khmers rouges sont prêts à l’envahir à la force des fusils dans le cas contraire. Et ils rejoindront les cohortes d’urbains évacués vers les campagnes en application des instructions de l’Angkar. La plupart mourront.

« Le portail » qui donne son titre au livre est le portail de l’ambassade de France que Bizot a vu comme les portes du paradis lorsqu’il l’ouvrit pour la première fois après sa libération en 1971 mais comme les portes de l’enfer lorsqu’il fallut le refermer après « l’évacuation » des cambodgiens réfugiés.

Outre l’intérêt historique de ce récit sur l’une des grandes tragédies du XXème siècle, on sent au style de Bizot qu’il est pénétré d’une passion pour ce pays et son histoire. Malheureusement c’est la politique qui mène la danse, les idéologies qui animent les tyrans. On est bien loin de l’anthropologie… Alors derrière les mots attristés de l’auteur, on perçoit la profonde déception d’avoir à commenter l’évolution mortifère d’un peuple qu’il croyait pacifique, d’autant plus que ce livre a été écrit bien après que le génocide khmer eut été connu et largement étudié.

AUSTEN Jane, ‘Northanger Abbey’

Sortie : 1818, Chez : Archipoche.

Jane Austen (1775-1817) est l’une des célébrités du monde littéraire britannique du début du XXème siècle. « Northanger Abbey », parut après sa mort, raconte la vie d’un petit milieu bourgeois, plus ou moins aristocratique, partageant son temps entre Bath l’été et leurs terres et propriétés le reste de l’année.

L’essentiel du roman se passe à Bath où la jeune héroïne Catherine Morland mène ses petites intrigues, entre les salles de bals, les magasins de chapeaux et les parlottes futiles en société. Elle suivra ensuite les Tilney dans la riche et mystérieuse ancienne abbaye (Northanger Abbey) qu’ils habitent dans le pays. Amoureuse du fils de la famille, mais de plus basse condition, elle connaîtra les affres de l’amour empêché, elle alimentera les élucubrations d’une jeune fille en mal d’émotions fortes puis, de retour chez ses parents, trouvera une fin heureuse à son amour avec Henry.

Dans un style merveilleux d’élégance et de douceur, Jane Austen narre la vie des privilégiés de l’Angleterre de l’époque, entre loisirs futiles et gestion de leurs domaines. C’est évidemment un peu mièvre et doucereux (c’était il y a deux siècles) mais c’est aussi une chronique élégante d’un monde passé où les jeunes filles rêvaient de l’amour…

LAFON Marie-Hélène, ‘Histoire du fils’.

Sortie : 2020, Chez : Buchet-Chastel.

Marie-Hélène Lafon, docteur en littérature et agrégée de grammaire, née en 1962 dans le Cantal, est aussi une écrivaine « du terroir ». « Histoire du fils » raconte celle d’une famille à travers trois générations entre le Cantal et Paris. On s’emmêle dans les périodes et les flashbacks pour suivre les parcours mêlés de deux familles à travers le XXème siècle. Les guerres mondiales viennent heurter les personnages, certains y meurent, d’autres font des choix opposés, parfois déchirants, mais la vie du pays et de ses citoyens continuent malgré tout, chacun emportant avec lui son paquet de petits secrets. Histoire dans l’histoire, celle du père invisible fuyant sa responsabilité paternelle. Son fils André ne le rencontrera pas mais les générations suivantes renoueront les liens entre les familles déchirées.

Marie-Hélène Lafon écrit dans un style chaleureux et régional qui se lit comme du Giono. On voit les rides parcheminées de la vieille grand-mère dans sa maison du Cantal, on sent la tranquillité du vieux cimetière de Chanterelle plongé dans l’éternité à l’ombre des platanes, on partage les émotions de ces familles qui traversent les conflits et les bonheurs comme chacun d’entre nous.

STORA Benjamin, ‘Rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie’.

Sortie : 2021, Publié sur le site web de la Présidence de la République .

Accéder directement au rapport : Rapport Benjamin Stora

Les rapports politiques entre la France (ex-puissance colonisatrice) et l’Algérie (ex-puissance colonisée) n’ont jamais trouvé un rythme de croisière apaisé depuis l’indépendance de la seconde obtenue en 1962 après une guerre de décolonisation terrible et sordide. La relation franco-algérienne est au niveau politique un peu bipolaire, parfois bonne, souvent mauvaise, ce qui n’empêche pas des échanges de population constants et anciens basés sur un flux historique de la population important de l’Algérie vers la France.

Compte tenu des échanges humains toujours significatifs entres les deux rives de la Méditerranée, les ponts n’ayant jamais été coupés, les dirigeants des deux pays essayent régulièrement de fluidifier cette relation éruptive sans jamais vraiment aboutir tant leurs attentes respectives sont opposées, en attendant le prochain psychodrame qui ne manque généralement pas d’arriver… Les uns veulent recevoir des excuses, les autres ne veulent pas complètement abdiquer, le pouvoir algérien a basé toute sa légitimité sur sa victoire dans la guerre de libération contre la France quand sa population cherche des visas pour Paris, les autorités françaises doivent compromettre avec l’armée qui a mené la conquête en 1830 puis a été entraînée par le politique dans les « évènements » qui ont mené à l’indépendance et à bien des dérives à partir de 1954. Mais la France doit aussi prendre en compte les sentiments partagés des descendants des harkis, des rapatriés de 1962 et de sa forte population d’origine algérienne, qu’elle dispose d’une double-nationalité ou soit uniquement française, qu’elle soit assimilée ou pas. Stora estime que plus de 7 millions de résidents français sont toujours concernés « par la mémoire de l’Algérie ». Toute cette matière humaine s’enflamme de façon régulière et il est peu probable que le rapport Stora apaise vraiment la situation.

Dans sa lettre de mission à Benjamin Stora le président de la République mentionne :

« Je souhaite m’inscrire dans une volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algériens. Le sujet de la colonisation et de la guerre d’Algérie a trop longtemps entravé la construction entre nos deux pays d’un destin commun en Méditerranée. Celles et ceux qui détiennent entre leurs mains l’avenir de l’Algérie et de la France n’ont aucune responsabilité dans les affrontements d’hier et ne peuvent en porter le poids. Le devoir de notre génération est de faire en sorte qu’ils n’en portent pas les stigmates pour écrire à leur tour leur histoire. Ce travail de mémoire, de vérité et de réconciliation, pour nous-mêmes et pour nos liens avec l’Algérie, n’est pas achevé et sera poursuivi. »

Le rapport est à la hauteur de sa commande, éthéré et bienveillant, mais que pouvait-il être d’autre ? Il formule quelques propositions consensuelles mais ne règlent pas le contentieux politique de fond. Il est donc clairement rejeté par les extrêmes et non lu par la masse. C’est un travail d’historien qui vient s’ajouter à bien d’autres. Il a le mérite de rassembler tous les travaux qui ont été menés depuis 1962 et de citer les principales interventions d’intellectuels et de politiques sur le sujet de la colonisation et la guerre d’Algérie. En fait, beaucoup a été dit et, surtout, fait pour tenter de partager l’Histoire des deux pays au-delà des déclarations politiciennes inutiles et des attaques permanentes des deux bords. C’est bien ainsi et le rapport Stora est une nouvelle pierre apportée à la construction d’une relation la moins mouvementée possible entre les deux ex-ennemis qui n’ont pas réussi à devenir amis.

Alors l’étude passe en revue la « singularité du conflit » et l’opposition « des mémoires », chaque partie a composé son histoire à l’aune de ses propres intérêts politiques et en fonction des groupes de pressions activistes dans chacun des deux pays. Le résultat n’est pas l’Histoire mais la cohabitation de deux récits. Néanmoins Stora tempère cette situation en citant les petits pas réalisés depuis 1962 entre les historiens et les intellectuels français et algériens, loin de la démagogie de la politique dont l’aveuglement a aussi participé à faire le lit de l’islamisme.

Il cite le traumatisme des « rapatriés » qui ont fuit l’Algérie en catastrophe en 1962 et ont été accueillis plutôt froidement en « métropole » qui a laissé des traces durables, y compris dans l’expression électorale. Le cas de ces français qui ont pris fait et cause pour l’indépendance, en métropole comme en Algérie, ceux qui ont « passé les valises » du FLN, les opposants à la guerre qui ont écrit pour s’exprimer pendant les évènements. Stora mentionne les innombrables colloques, séminaires ou ouvrages collectifs qui se sont déroulés depuis l’indépendance pour essayer de faire surnager l’intelligence d’un océan de slogans partisans, et se diriger, lentement, vers une tentative de réconciliation des hommes et des histoires. L’image est aussi un vecteur important de cette relation tumultueuse et de nombreux films documentaires et de fiction ont vu le jour, partisans ou pas, larmoyants ou violents, ils ont sans doute aussi participé à l’éveil des consciences sur ce conflit.

Le rapport revient sur l’évolution des relations économiques et politiques entre les deux pays depuis l’indépendance. Des relations agitées, parfois hystériques, de « devoirs de mémoire » en guerres des mémoires, de rappels d’ambassadeurs en sommations inutiles, de reconnaissances contrites en accusations excessives… ainsi va la vie 60 ans après les accords d’Evian signés en 1962 qui ont établi l’indépendance de l’Algérie. Malgré tous ces drames, les relations n’ont jamais cessé, rendant quasiment inextricables le lien entre les deux pays, mais aussi, donc, la continuation du conflit dans le domaine des déclarations enflammées, toujours préférable à celui des armes.

Stora termine sur un relevé de préconisations, une nouvelle série de petit pas symboliques comme la création d’une commission « Mémoires et vérité », des échanges facilités d’étudiants en histoire, des commémorations diverses, des constructions de stèles, la publication d’un « guide des disparus », un travail commun sur les sites irradiés par les essais nucléaires français dans le désert et les millions de mines posées aux frontières du Maroc et de la Tunisie, la relance des travaux sur les archives existant des deux côtés de la Méditerranée et leur traduction dans les deux langues nationales, etc. Certaines ont déjà commencé à être mis en œuvre récemment, comme la reconnaissance de l’assassinat par l’armée française du militant Maurice Audin ou de l’avocat Ali Boumendjel.

Le rapport Stora n’aboutit pas à une réconciliation politique impossible à imaginer tant que subsisteront des hommes ayant vécu la période de la guerre. Une fois ces derniers éteints, peut-être sera-t-il possible d’évoluer vers un peu plus de sérénité. Le fait d’avoir laissé croître un nombre de français concernés « par la mémoire de l’Algérie » en France rend sans doute incontournable le maintien de relations diplomatiques et humaines entre les deux pays. Les intérêts croisés sont tels que l’option de rupture est quasiment impossible à envisager même si elle doit travailler certains, des deux côtés. Le rapport Stora a été écrit dans cette optique d’une relation à apaiser, il est raisonnable.

CHILD Lee, ‘Blue moon’.

Sortie : 2019, chez : Bantam Books (version anglaise)

Une nouvelle aventure de l’invincible Jack Reacher qui sauve la veuve et l’orphelin et à qui rien ne résiste, pas même les gangs ukrainien et albanais qui tiennent une ville américaine non nommée. Jack s’attaque aux méchants, évitent les tortures les plus sophistiquées prodiguées par ces joyeuses bandes de criminels est-européens, découvre les secrets les mieux cachées par ces organisations mafieuses et, finalement, tue tout le monde pour remettre l’humanité dans le droit chemin. Et au milieu de toutes ces tueries, alors que le sang coule à flots bouillonnants, Jack laisse parler son cœur avec vit une romance avec une serveuse de night club.

Accessoirement, l’auteur britannique Lee Child présente l’Ukraine et l’Albanais sous un jour plutôt défavorable. Les deux pays sont plus ou moins candidats à l’adhésion à l’Union européenne que le Royaume-Uni vient de quitter…

Merci Monsieur Reacher et vivement le prochain épisode.

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LEIRIS Michel, ‘L’âge d’homme’.

Sortie : 1939, Chez : Gallimard / Folio 435.

Les premiers écrits autobiographiques de Michel Leiris (1901-1990), écrivain et ethnologue, composent « L’âge d’homme ». On y traverse les trente premières années d’une vie d’intellectuel né avec le XXème siècle, épris d’observation, de réflexion et de culture. Leiris arrive à rendre intéressant ce qui… ne devrait pas l’être. Il s’agit d’une succession de faits ordinaires qui enclenchent des pensées qui se révèlent extraordinaires, déclenchent des références à des actes et des personnages de la mythologie antique, ou à des œuvres de la littérature ou de la peinture.

Le style est littéraire, tout en douceur, détaillé d’une façon simple et non pesante, descriptif tout autant que réflexif, et se lit dans une totale fluidité. Evidemment l’exercice est fortement égocentré mais c’est un peu le propre du métier d’écrivain, surtout ceux qui, comme Leiris, auront consacré l’essentiel de leur œuvre à l’autobiographie. La période couverte par ce livre se termine sur une cure psychanalytique dont la publication de « L’âge d’homme » fut, semble-t-il, une étape clé.

Il avait déjà rédigé « L’Afrique fantôme » en 1934, journal d’une expédition ethnologique à travers le continent noir et qui s’est aussi, et surtout révélé, comme un monument de l’autobiographie dont Michel Leiris est un grand artiste du genre.

OPPERT Claire, ‘Le pansement Schubert’.

Sortie : 2021, Chez : Denoël.

Claire Oppert, née en 1966, est une violoncelliste diplômée du conservatoire Tchaïkovski de Moscou. En parallèle à sa carrière de concertiste elle consacre son talent et sa passion aux malades, particulière ment ceux en fin de vie. Diplômée en philosophie et en art-thérapie elle confronte la musique qu’elle joue à des autistes en institution, des seniors dans un établissement pour personnes âgées dépendantes et dans un hôpital de soins palliatifs. Elle est même salariée de ce dernier établissement dans lequel elle participe un jour par semaine à un essai clinique sur les effets de la musique sur la souffrance. L’essai est baptisé le « pansement Schubert » car elle a maintes fois constaté le caractère apaisant sur les patients de l’andante du célèbre trio opus 100 du compositeur.

Dans ce livre-récit Claire raconte ses extraordinaires expériences durant lesquelles elle cherche à accompagner en douceur et en élévation les douleurs et l’approche de l’échéance finale de personnes maltraitées par la maladie. Ce sont une trentaine de courts chapitres, d’une page ou deux, pour chaque moment musical partagé avec un patient. Chacun de ces chapitres est précédé d’une page ou deux consacrées à la mise en contexte au début du livre, puis à des réflexions existentielles et poétiques sur la musique, la vie et la mort.

« La musique est voix.
La mort à venir est une source d’effroi qui ne sait se dire.
La voix du violoncelle tente de délier l’étau du silence.
Elle convie une communauté d’émotions et un partage,
En dépit des peurs terrifiantes,
Des désordres du cœur,
Des éclats de rage.
La voix du violoncelle lutte à sa façon contre la désertion suprême.
Elle atteste la possibilité de l’abandon d’une maîtrise.
Elle relie les êtres en présence
Au lit du mourant. »

Claire Oppert exprime avec beaucoup de sensibilité les angoisses qui, on l’imagine, traversent ces patients s’acheminant vers une mort certaine à court terme et, le plus souvent, douloureuse. Elle mesure les effets « relaxant » des notes qu’elle joue mais, réaliste, mesure aussi combien il est délicat de valider ceux-ci de façon scientifique. Il semble, on dirait, peut-être… que les malades souffrent moins en entendant Schubert, même lorsqu’ils sont déjà plongés dans le coma. Les équipes soignantes partagent aussi cette hypothèse, mais qui sait ce qu’il se passe vraiment lorsqu’il s’agit de quitter la vie ? On veut croire avec Claire Oppert que la musique adoucit le passage vers la mort.

Elle exprime également la joie qu’elle ressent en partageant sa musique dans ces conditions avec une audience différente de celle à laquelle son art la destine. La fréquentation continue de ce monde la mort donne à ceux qui la partage une hauteur de vue souvent exceptionnelle. Claire Oppert est de ceceux-làOn croise aussi dans ce livre les équipes médicales admirables qui entourent les patients, dont l’excellent docteur Gomas, patron du centre de soins palliatifs de Sainte Perine, qui a intégré le violoncelle dans ses protocoles de soins et Claire dans ses équipes. Comme il est rassurant pour les vivants de savoir que de telles personnalités se consacrent avec passion à accompagner les mourants !

MAURIAC François, ‘Mémoires Intérieurs’.

Sortie : 1959, Chez : Flammarion / Le Livre de Poche (n°1504 & 1505.

François Mauriac (1885-1970), prix Nobel de littérature en 1952, écrivain bordelais humaniste et engagé, a médité sa vie durant sur le bien, le mal et la rédemption, sans doute influencé par l’éducation très catholique reçue du côté de sa mère.

A près de 75 ans, poussé par son entourage, il décide de se lancer dans l’exercice introspectif de l’écriture de mémoires non point centrées sur lui, mais plutôt de « Mémoire intérieurs » consacrés à ses inspirations littéraires et tous les écrivains, poètes et philosophes qui ont guidé sa vie intérieure. Il est aussi question de musiques et de lieux. De Balzac à Valéry, de Artaud à Trotski, sans oublier Baudelaire, Claudel, Pascal, Montherlant… Des auteurs classiques ou contemporains, rencontrés par Mauriac ou seulement lus, c’est tout le monde littéraire de l’écrivain qui se dévoile au travers de réflexions denses et apaisées sur l’écriture, la création, la pensée, les mœurs, les personnages de ses lectures, les apports de leurs créateurs.

Ces « Mémoires Intérieurs » reviennent sur la construction de l’univers merveilleux de la littérature, qui progresse depuis des siècles et s’enrichit avec les apports des uns et des autres. Mauriac est l’une des pièces de l’édifice et il revient non point sur sa propre contribution mais sur celles des autres qui ont inspiré sa vie et son œuvre. C’est l’histoire entremêlée des grands esprits qui ont donné un sens et une raison d’être à notre civilisation. C’est aussi le style de ce grand écrivain du XXème pour lequel chaque mot est pesé et choisi, chaque phrase est rédigée dans sa complétude et le tout est emballé pour délivrer un texte de haute tenue.

Le livre est dédié à son fils Claude (1914-1996), lui aussi écrivain dont le grand œuvre fut la publication de ses journaux personnels rédigés depuis l’âge de 12 ans.

SEMPRUN Jorge, ‘L’écriture ou la vie’.

Sortie : 1994, Chez : Editions Gallimard.

Jorge Semprun (1923-2011), militant républicain espagnol et adhérent du parti communiste espagnol, se réfugia en France avec sa famille en 1939 après la défaite des républicains face au troupes franquistes. Il rejoint alors les réseaux de résistance, est arrêté en 1943 par la gestapo puis déporté au camp de concentration allemand de Buchenwald. Il y survivra et reviendra en France poursuivre la lutte contre le franquisme en Espagne et mener une brillante carrière d’écrivain et d’intellectuel.

« L’écriture ou la vie », paru en 1994, est le livre que Semprun n’a pas réussi à écrire après sa libération de Buchenwald en avril 1945 sur la si terrible expérience de la déportation qu’il venait de vivre. Il lui aura fallu 50 ans pour assimiler ce qui s’était passé en Allemagne pour finalement publier cette œuvre importante. Et encore, Semprun n’aborde-t-il pas directement sa vie dans le camp de la mort mais n’y revient qu’à petites touches en narrant ce qui s’est passé pour lui après ou avant.

Après, ce sont la dizaine de jours qui se sont déroulés entre l’arrivée des troupes américaines qui libèrent officiellement le camp déjà déserté par les nazis qui ont emmené avec eux une partie des prisonniers, et son rapatriement à Paris. Il y rencontre notamment le lieutenant américain Rosenfeld, un juif berlinois exilé aux Etats-Unis lors de la montée du nazisme dans son pays, et qui y revient avec la nationalité américaine pour libérez l’Allemagne. Tous deux intellectuels de haut niveau ils vont dialoguer, en allemand, sur « l’expérience du Mal », se référant aux grands philosophes de l’humanité. Ensemble ils visiteront la maison de Goethe à Weimar pour évoquer ce pays étrange qui construit un camp de concentration sur la colline verdoyante d’Ettersberg, à deux pas de Weimar, ville qui fut un creuset culturel européen bouillonnant au début des années 1900.

Après c’est le retour à Paris, les conquêtes féminines éphémères, les petits plaisirs comme l’achat d’un livre sans une librairie, la reprise d’une vie intellectuelle et culturelle intense, la décision de plonger dans l’oubli du camp, « …Mais qui aura été disponible, autour de nous, en ces temps-là du retour, à une écoute inlassable et mortelle des voix de la mort ?« 

Après c’est encore la reprise de la lutte antifranquiste et la plongée dans l’internationale socialiste, puis son exclusion du parti communiste espagnol. Mais c’est aussi la réouverture du camp par l’Union soviétique pour y parquer ses opposants, Buchenwald étant situé en zone d’occupation soviétique, la future Allemagne de l’est… une pilule amère pour Semprun.

Et après c’est, enfin, le retour à Buchenwald en mars 1992 avec deux de ses petits-enfants de cœur pour affronter ce passé morbide et y apprendre par hasard comment le déporté communiste chargé d’enregistrer les arrivants en septembre 1943 lui avait sans doute volontairement sauvé la vie en refusant de mentionner « étudiant » comme profession sur sa fiche, retrouvée en 1992. Semprun raconte alors aux siens ce qui s’est passé en ce lieu. Et il découvre aussi… que les oiseaux sont revenus sur la colline d’Ettersberg qu’ils avaient désertée lorsque le camp était en activité, et que la fumée sortant des cheminées des fours crématoires polluait toute la forêt.

« Je ne peux pas dire que j’étais ému, le mot est trop faible. J’ai su que je revenais chez moi. Ce n’était pas l’espoir qu’il fallait que j’abandonne, à la porte de cet enfer, bien au contraire. J’abandonnais ma vieillesse, mes déceptions, les ratages et les ratures de la vie. Je revenais chez moi, je veux dire dans l’univers de mes vingt ans : ses colères, ses passions, sa curiosité, ses rires. Son espoir, surtout. J’abandonnais toutes des désespérances mortelles qui s’accumulent dans l’âme, au long d’une vie, pour retrouver l’espérance de mes vingt ans qu’avait cernée la mort. »

Le parti de Semprun de ne pas raconter mais d’évoquer lui permet de signer un récit majeur de notre XXème siècle, passant en revue la vie intellectuelle européenne, la lutte pour la démocratie en Espagne, les grandes heures du communisme international et tout ceci en regard du Mal absolu généré par le nazisme au cœur de l’Allemagne de Goethe, de Bach et de la folle créativité de la République de Weimar. Un livre qui a été long à mûrir et à publier, mais un livre qui est venu du fond de l’âme de cet acteur des temps les plus sombres et des plus créatifs du XXème siècle. Un jalon unique et exceptionnel ce cette période !

GAITSKILL Mary, ‘Faites-moi plaisir’.

Sortie : 2020, Chez : Editions de l’Olivier, Traduction de l’anglais (Etats-Unis) : Marguerite Capelle.

Novelliste américaine connue, Mary Gaitskill (née en 1954) raconte ici comment le comportement séducteur à la mode du XXème siècle conduit un éditeur à être licencié pour harcèlement, dénoncé par les femmes auprès de qui il fit le beau durant des années sans qu’elles aient eu à s’en plaindre au moment « des faits » au XXIème siècle.

Ce livre décrit l’incompréhension propre aux changements de génération pour ceux qui, parfois, ne voient pas les temps changer. C’est l’histoire de la génération des 20-30 ans d’aujourd’hui qui se laisse facilement convaincre par l’idéologie féministe d’une minorité extrémiste agissante considérant que la galanterie pratiquée par ses parents s’est transformée en agression pour elle. Les féministes surfent sur l’excès pour imposer un changement drastique des comportements qui est finalement entériné par le silence de la majorité. Quin, notre héros new-yorkais découvre, incrédule, cette évolution qu’il n’a pas vu venir, ou dont il a cru pouvoir se tenir à l’abri.

Cette nouvelle évoque le cheminement oh combien pernicieux de ces idéologies dans notre société, leur utilisation minoritaire par des opportunistes de la victimisation et, finalement, leur acceptation par la masse qui ne dit mot. C’est le propre des idéologies de balancer d’un excès l’autre. Quin n’a pas vu le balancier lui revenir en pleine tête. Il sera trop vieux lorsque ce balancier inversera son cours.

BARBUSSE Henri, ‘Le Feu’.

Sortie : 1916, Chez : Flammarion.

Cet ouvrage d’Henri Barbusse (1873-1935) est l’un des classiques sur la « Grande Guerre » qui a ravagé l’Europe de 1914 à 1918. Engagé volontaire dans l’infanterie en 1914 à 41 ans malgré une santé fragile et une conviction pacifiste marquée, il va vivre les affres de la ligne de front durant presque deux années et les restituer dans ce récit marquant qui est publié et récompensé du prix Goncourt en 1916 alors que les horreurs de la guerre sont encore loin d’être terminées.

La première partie décrit le monde des « poilus », ces soldats venus de la France entière, plus ou môns gradés, chacun avec son patois (retranscrit dans les dialogues du livre, pas toujours faciles à suivre…), son histoire, son humour, ses racines. Tout ce petit monde vit, cerné par les bombardements et la mort, dans la solidarité des tranchées, l’héroïsme des individus, alternant les montées en première ligne avec le repos dans des villages de l’arrière. Où qu’ils soient, les conditions de vie sont dures mais les poilus papotent entre eux de l’air du temps, des « boches », des disparus, de la fin de la guerre. C’est un peu le Café du commerce des tranchées rapporté par l’auteur.

On en vient ensuite à la vie dans les tranchées en première ligne dans les conditions dantesques de la pluie d’acier des obus, ceux reçus des boches, ceux envoyés par l’artillerie française, les tués qui restent parfois des jours entiers là où ils ont été touchés, au milieu des survivants (« En attendant, ils ne sont enterrés que dans la nuit. ») , les blessés souvent dans des conditions atroces. Comme Maurice Genevoix dans « Ceux de 14 », l’auteur détaille longuement l’envahissement de la boue dont personne n’arrive à se protéger, qui envahit les guitounes où les soldats essayent de se reposer malgré le bruit continu des bombes, qui recouvrent les cadavres, noie les blessés… Les soldats se perdent parfois dans les méandres du réseau de ces tranchées boueuses et peuvent se retrouver… du côté allemand. C’est un enfer qui s’ajoute à l’angoisse de cette guerre sinistre qui voit la mort et la peur roder partout.

Les derniers chapitres sont plus réflexifs sur la pensée de ces glorieux poilus quant à la paix, l’éventualité de nouvelles guerres après celle-ci, leurs propres interrogations sur les morts qu’ils ont tués, sont-ils aussi des « tueurs » ?

Deux armées qui se battent, c’est comme une grande armée qui se suicide.

Un livre hommage aux frères d’armes d’Henri Barbusse qu’ils ont mérité au prix de leur sang et de leurs souffrances. Heureusement que des écrivains comme lui ou Genevoix ont aussi participé à cette guerre pour avoir pu nous en rendre compte avec tant de réalisme. Ils ont écrit l’indicible avec tout leur talent (peut-on employer ce mot en de telles circonstances ?).

Il fait dire à l’un de ses camarades :

…Non, on ne peut pas s’figurer. Toutes ces disparitions à la fois excèdent l’esprit. Il n’y a plus assez de survivants.. Mais on a une vague notion de la grandeur de ces morts. Ils ont tout donné ; ils ont donné petit à petit , toute leur force, puis finalement, ils se sont donnés, en bloc. Ils ont dépassé la vie ; leur effort a quelque chose de surhumain et de parfait.

Bunny Wailer est mort

Bunny Wailer est mort hier dans un hôpital de Kingston en Jamaïque, son pays. En 1963, il a fondé The Wailers, avec Bob Marley et Peter Tosh, qu’il a quitté en 1974 pour mener une carrière solo. Marley continuera avec le groupe renommé Bob Marley and the Wailers, ils feront aimer la musique reggae-jamaïcaine au monde entier.

Bunny était le dernier survivant de ces trois légendes de la Jamaïque !

« The House of Cards » d’Andrew Davies, épisodes 1 et 2/4

Arte rediffuse cette série britannique de 1990 romançant la succession de Margaret Thatcher au poste de premier ministre. C’est une « série », donc du cinéma étriqué et à courte vue. C’est une « série », donc du simplisme et du papotage de Café du commerce. C’est une « série », donc un format peu intéressant et il serait vraiment superfétatoire de regarder les épisodes 3 et 4.

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STEWART Michael, ‘Après Keynes’.

Sortie : 1970, Chez : Editions du Seuil.

Michael Stewart, économiste britannique, revient en 1970 sur les concept de Keynes, 35 ans après la publication de la « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie ». Ce livre analyse la situation économique britannique des année 1960 à la lumière de cette révolution keynésienne que fut la « Théorie générale ». L’un des éléments clés de cette théorie consiste à édicter qu’en cas de dépression économique l’Etat à intérêt à relancer la demande en baissant les impôts, en distribuant des subventions et en investissant pour soutenir les entreprises privées. De cette façon, le pouvoir d’achat injecté par la puissance publique va relancer la demande ce qui permettra d’atteindre un nouvel équilibre économique entre offre et demande tout en préservant la croissance globale de l’économie. L’application de ce principe permit d’éviter le chômage de masse dans les économies capitalistes durant les trente glorieuses.

Keynes a aussi compris et analysé les liens entre croissance économique, balances des paiements et liquidités internationale que Stewart explique de façon très pédagogique dans de courts chapitres. Evidemment, de nombreux autres phénomènes entrent en ligne de compte et les crises ont continué à secouer les économies modernes depuis des décennies, mais les bases de l’analyse keynésienne restent valables, même si certaines des solutions proposées sont devenues un peu datées.

Aujourd’hui, en pleine pandémie de coronavirus, les politiques de relance massive de la demande par la distribution tous azimuts d’argent public sont appliquées partout. Merci Keynes !

GALLIENNE Alicia, ‘L’autre moitié du songe m’appartient’.

Sortie : 2020, Chez : NRF Gallimard poèmes.

Urgence : c’est le premier sentiment qui vient à l’esprit du lecteur du recueil de poèmes d’Alicia Gallienne décédée en 1990 à 20 ans d’une maladie de sang. Consciente de son état après avoir assisté au décès de son frère Éric, du même mal, lorsqu’elle avait 7 ans, elle a composé des centaines de poèmes, saisie par cette urgence vitale d’écrire avant que sa plume ne s’éteigne comme elle en saisissait la possibilité.

Issue d’un milieu favorisé, nourrie aux meilleurs auteurs et poètes de la littérature, sautant des fêtes parisiennes à ses études de lettres, alternant Cyndi Lauper et Jean Genet, elle passe ses nuits à écrire des mots qui coulent de son âme comme un flot furieux. Il est question d’amour, de partage, d’émerveillements, de doutes, de fragilités, d’Éric ; peu de son propre sort sinon par quelques pudiques évocations. Mais il y a surtout la longue obscurité de la nuit dans laquelle Alicia noircit les pages d’une écriture fiévreuse par peur de ne pas arriver à graver l’explosion permanente de ses sentiments, souvent tragiques.

Le style n’est sans doute pas des plus académiques mais l’émotion du lecteur est d’autant plus intense devant ce flux ininterrompu et saisissant des mots, tellement matures et poétiques. Quel incroyable embrasement de sentiments pouvait ainsi saisir l’esprit de cette jeune femme ? Quel fulgurant talent lui a permis de les partager ! 30 ans plus tard, Sophie Naulleau, éditrice, qui n’a jamais connu Alicia Gallienne, approchée par Guillaume Gallienne, cousin d’Alicia, décida qu’il fallait publier une sélection de ses poèmes, composée de près de 400 pages… Hommage à une étoile filante. Grâce lui soit aussi rendue !

Lire aussi : Alicia Gallienne lue au théâtre de l’Athénée – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

« Pulp Fiction » de Quentin Tarantino (1994)

Près de 25 ans après Orange mécanique, Tarantino nous a régalé de la violence ironique de Pulp Fiction qu’il ne faut pas de priver de revoir ! Monté de façon non chronologique on y suit les aventures des deux porte-flingues d’un puissant mafieux de Los-Angeles ainsi que d’un boxeur sur le retour chargé de truquer un match par le chef mafieux. Beaucoup de sang, beaucoup de cynisme et d’humour, il ne faut pas craindre l’hémoglobine mais les mises en situation sont burlesques, les comportements et dialogues de Vincent Vega (John Travolta) et Jules Winnfield (Samuel L. Jackson) sont hilarants. Le film a obtenu la palme d’or au Festival de Cannes 1994 ce qui fut bien mérité et lança la carrière internationale de Tarantino qui poursuit depuis son œuvre sur le même sillon.

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« Orange mécanique » de Stanley Kubrick (1971)

Alors que des sauvageons mal élevés mettent à mal l’autorité de la police et de la justice en injuriant, taguant et agressant à tout va, certains parlent d’une génération « Orange mécanique ». Il était temps de revisionner ce film de Stanley Kubrick, tiré du roman d’Anthony Burgess paru en 1962, le film datant de 1974. Et l’on suit les aventures d’Alex et sa bande, modérément intéressés par la chose scolaire mais beaucoup plus par la violence et le sexe. Alex, passionné de Beethoven, laisse ses parents désemparés qui ne savent pas comment le ramener à la raison. La police essaiera de s’en charger et, en prison, il subira un protocole médical destiné à le faire revenir dans le droit chemin. Un peu de chimie en échange d’un peu plus de tranquillité pour la société, deal qui se retournera contre le pouvoir politique qui croyait avoir trouvé le graal contre la violence mais sera finalement accusé de totalitarisme !

Le roman ainsi que film peuvent être qualifiés « d’anticipation » et la métaphore du traitement chimique provoquant un débat de société n’est pas très éloignée des polémiques sans fin de notre monde d’aujourd’hui face à une ultraviolence qui elle, est bien notre quotidien.

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ELLIS Bret Easton, ‘American psycho’.

« American psycho » est le grand œuvre de Bret Easton Ellis, dans la même veine que les précédents mais encore plus cynique et sanglant. C’est l’histoire d’un yuppie new-yorkais à la fin des années 1990, riche, nageant dans le consumérisme tape-à-l’œil permis à cette classe de nouveaux riches. Jusqu’ici rien que de très classique dans le monde d’Ellis si ce n’est que Patrick Bateman, le yuppie en question, est un psychotique dangereux dont on ne saura pas s’il exécute les crimes atroces décrits dans le roman, ou s’il ne fait que les rêver.

Le mode descriptif du milieu dans lequel évolue Bateman est proprement hilarant. Celui-ci n’est obnubilé que par les marques des habits portés par lui et ceux qu’il rencontre. Chaque fois qu’un personnage intervient dans le scénario, Bateman note par le menu détail toutes les marques portées, des chaussures à la cravate, avec souvent mention du prix, ce qui prend à chaque fois une dizaine de lignes. C’est un peu lassant mais l’effet de répétition marque l’inanité de ces personnes dont l’une des principales activités consiste à d’abord réfléchir dans quel restaurant hype ils vont pouvoir réserver pour leurs repas, puis de parler de rien dans ces lieux tout en cherchant à reconnaître qui de leurs congénères dînent aux tables à côté ou qui couche avec qui ? Une autre obsession est celle du corps et tout ce beau monde passe un temps infini à soigner ses abdos dans les clubs chics de musculation et les boutiques vendant des produits de beauté de luxe.

Il n’est jamais question d’activités professionnelles dans ce roman comme si c’eut été vulgaire de le faire. L’argent coule à flot de toute façon et sa provenance n’a guère d’importance. Le côté sombre de Bateman transparaît dans les chapitres consacrés à ses crimes particulièrement horribles.

Le style d’Ellis est fait de courts chapitres alternant la description d’une soirée dans une boîte chic avec celle d’une orgie-tuerie sanguinolente menée par Bateman. Il est basé sur la répétition de comportements vides de sens de cette population new-yorkaise qui a perdu tout contact avec la vraie vie. Bien entendu, l’excès et la concentration de ces personnages, souvent ubuesques, dans les 500 pages de ce roman lui donnent son côté désopilant. Publié en 1991 il brosse une réalité qui éclatera au grand jour lors de la crise qui fera exploser la planète financière en 2008 où l’on découvrira les comportements asociaux et frauduleux d’un clan de financiers surpayés ayant perdu tout contact avec la réalité et abandonné toute barrière morale. Le pouvoir laissé à ces escrocs clinquants généra une des grosses crises financières du monde capitaliste occidental qui coûta beaucoup à l’ensemble des contribuables dans les pays concernés. Bret Easton Ellis a bien cerné ces personnalités dans « American Psycho » !

« Phantom of the Paradise » de Brian de Palma

1974, Brian de Palma réalise « Phantom of the Paradise » ou le mythe de Faust adapté au monde du glamrock de l’époque. Winslow a composé et interprète une cantate mais il se fait maltraiter par le producteur Swan (joué par le musicien et acteur Paul William qui a aussi écrit la bande originale du film ainsi que de nombreux autres hits) qui veut la faire chanter par d’autres. Swan a passé un acte avec le diable qui lui assure une éternelle jeunesse. S’en suivent bien des évènements au cours desquels Winslow signe lui aussi un pacte avec Swan pour que Phoenix, la chanteuse qu’il a choisie soit son interprète. Ensemble, ils se rendent « du côté de chez Swan » pour finaliser la cantate qui sera jouée en public et aboutira à un incroyable final avec la mort de Swan et de Winslow, et le triomphe de Phoenix.

Un beau film, une très belle musique, à revoir régulièrement !

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Radiohead