« The Big Short » d’Adam McKay (2015)

Un film passionnant pour expliquer la spéculation « à la baisse » menée par quelques aventuriers de la finance lors de la crise des subprimes de 2008 qui avaient eu la clairvoyance d’anticiper l’effondrement du marché de ces titres hypothécaires. Comme ils étaient spéculateurs, eh bien, ils ont spéculé et ont gagné beaucoup d’argent. C’est la base de la finance : un jeu à somme nulle, ce que perdent les uns est gagné par les autres, sauf lorsque tout s’effondre, ce qui aurait été le cas en 2008 si les contribuables privés n’étaient pas venus au secours des spéculateurs.

Les noms des vrais personnages sont repris par le scénario, les techniques utilisées sont détaillées (Credit Default Swap [CDS], Collateralized Debt Obligations [CDO], Mortage Backed Securities [MBS]…), mais il est mieux d’avoir un peu de culture financière pour tout suivre, et le déroulement haletant de cette incroyable explosion des marchés due à la rapacité sans limite d’une bande de forbans de la finance se croyant au-dessus de tout et de tous. Le plus extraordinaire dans cette affaire fut qu’ils furent sauvés par les contribuables car ils étaient « too big too fail », la chute de leurs établissements qui aurait été moralement justifiée aurait entraîné encore plus d’inconvénients économiques que leur sauvetage.

Certains des personnages du film affichent quelques états d’âme lorsqu’ils réalisent la manière dont ils s’enrichissent : spéculer à la baisse des titres hypothécaires (CDO) signifie que, si elle se réalise, des millions de petits propriétaires qui eux-mêmes spéculaient sur la hausse de leurs biens immobiliers vont être expropriés, voire ruinés. C’est ce qui s’est passé dans la vraie vie. La morale de l’histoire fut aussi qu’un monde basé uniquement sur la spéculation fait perdre la tête à ses acteurs qui renoncent à tout sens de la mesure, et même à l’intelligence. L’Etat américain n’a pas été non plus sans tâche dans cette histoire car en autorisant, voire favorisant, l’octroi de financements bancaires au « petit peuple » pour lui permettre ainsi de bénéficier de la hausse du marché immobilier, il donnait à ces citoyens un moyen d’arrondir leurs fins de mois sans y contribuer avec des fonds publics, jusqu’à ce que la hausse de l’immobilier s’inverse, ce qui ne devait pas manquer d’arriver, et arriva !

Il fallut une dizaine d’années pour que la planète financière et le marché immobilier récupère ses pertes. Il y eut quelques réformes des marchés financiers internationaux pour cantonner certains excès du monde financier, mais sans doute pas au point d’assainir un système qui porte en lui les germes de crises régulières. Heureusement les contribuables restent fidèles au rendez-vous pour absorber les débordements jusqu’à, peut-être, la super-crise qui fera tout exploser.

Lire aussi : Margin Call

MALRAUX André, ‘Antimémoires’.

Sortie : 1967, Chez : Gallimard.

On suit dans les « Antimémoires » les pérégrinations culturelles et mystiques d’un André Malraux envoyé en voyage en Asie par de Gaulle, président de la République française, en 1965. Il se murmure que cette mission avait aussi un but curatif pour apaiser ce personnage hanté, en proie à dépression et addictions. Le récit est basé sur deux rencontres capitales : Nehru en Inde et Mao en Chine, complétées par des visites à personnages moins connus mais tout aussi importants dans le cheminement intellectuel de Malraux, ainsi que des lieux de référence : les pyramides d’Egypte, Singapour (où l’on retrouve Clappique qui inspira le personnage du même nom de la « Condition Humaine »), Hong-Kong, les jardins japonais présentés par un moine bouddhiste…

Avec Nehru (qu’il avait déjà rencontré auparavant) ils échangent sur le pouvoir et la spiritualité, sur Gandhi et les masses indiennes, sur la violence de la partition du pays postindépendance et l’influence du Bhagavad-Gîtâ (long poème fondateur de la pensée religieuse hindouiste) écrit quelques siècles av. J.-C. Il est question de Krisna, de Dieu… de la vie, de la mort et la pensée.

Avec Mao, il est question de la « Longue Marche » qui a ponctué l’interminable prise de pouvoir des communistes chinois contre le Kuo-min-tang de Tchang Kaï-check qui aboutit en 1949. Ils parlent du monde rural qu’il fallut convertir, souvent de force, aux « mérites » du maoïsme, des « intellectuels » dont il fallut réduire les tendances contrerévolutionnaires. Il conclut son entretien avec Malraux :

« Je suis seul,
enfin avec quelques lointains amis, veuillez saluer le général de Gaulle.
– quant à eux [les Russes] la révolution, vous savez, au fond, ça ne les intéresse pas… »

Les différents chapitres du récit sont ponctués de mentions des évènement historiques auxquels Malraux participa : la guerre d’Espagne, la résistance, son arrestation à Toulouse, la libération de la France. Il est souvent question en toile de fond des camps d’extermination nazi comme un rappel de la barbarie de la vieille Europe face à ces pays neufs qui cherchent leurs propres voies pour émerger en se libérant des affres du colonialisme qui les a soumis, un temps.

C’est un dialogue de géants concernant des pays, des hommes, des idéologies qui ont forgé le XXème siècle. La puissance du style de Malraux et son insondable culture planétaire et historique forcent l’admiration. En lisant cet auteur de génie on approche du sens de ces grands évènements et de la spiritualité de ceux qui en ont été les acteurs. C’était le XXème siècle…

« L’instinct de mort » et « L’ennemi public n°1 » de Jean-François Richet (2008)

Ce film en deux parties résume la vie de Jacques Mesrine, braqueur-voyou-assassin-taulard, qui connut son heure de gloire dans les années 1960-70’ avant d’être abattu par la brigade antigang du commissaire Broussard qui s’était rendu quasiment aussi célèbre que la proie qu’il pourchassait. Mesrine a pu séduire en son temps par culot dont il fit preuve à l’occasion de ses multiples évasions de prison et de braquages plutôt osés qu’il mena. De la guerre d’Algérie au grand banditisme, Mesrine a vécu hors des règles de la société. Même s’il voulut se donner une image de « Robin des bois » il fut un parasite. Il était engagé dans un combat dont la fin était écrite.

Vincent Cassel joue magnifiquement le rôle qui couvre les vingt dernières années de dérive la vie de Mesrine, jusqu’à incarner sa métamorphose physique. Il illustre avec efficacité le côté flambard et égocentrique du voyou, attiré par la lumière des flashs mais guidé par le côté sombre de la vie.

« L’Aveu » de Costa-Gavras (1970)

« L’Aveu », un classique de Costa-Gavras sur les procès de Prague qui se sont déroulés en 1951. Le film est basé sur le récit réel d’Artur London, ministre-adjoint des affaires étrangères de son pays, qui fut avalé par la machine stalinienne anthropophage qui dévora les siens. Les plus élevés dans la hiérarchie communiste étaient mis en scène dans des procès d’opérette (procès « de Moscou » dans les années 1930, « de Prague » dans les années 1950’ et bien d’autres) où ils étaient forcés d’avouer « leurs crimes », les pires étant bien entendu le titisme et le trotskisme. Les anonymes étaient plus simplement passés par les armes ou oubliés dans un goulag.

London raconte dans son récit « L’Aveu » et Costa-Gavras met en scène dans son film éponyme les tortures morales et physiques subies par les dirigeants communistes (dont London lui-même) jusqu’à ce qu’ils avouent des crimes qu’ils n’ont pas forcément commis, ce qui ne leur évitait généralement pas l’exécution à l’issue de ces procès. Yves Montant joue à merveille ce militant communiste, passé par les écoles du parti et la guerre d’Espagne, qui voue toute sa foi à l’idéologie et ne comprend d’abord pas comment le parti peut se retourner contre lui, car le parti ne peut pas se tromper ! Les techniques d’interrogatoire sont redoutables, largement inspirées par les grands-frères soviétiques. Elles cassent même les hommes les plus solides.

Dans la vraie vie, London fut le seul à n’être pas fusillé à la fin du procès. Sa femme (Simone Signoret dans le film) persuadée de sa culpabilité demandera le divorce avant de retirer sa requête. En 1956 il sera finalement réhabilité ainsi que ses co-accusés, à titre posthume seulement pour ces derniers, malheureusement pour eux. London émigrera en France où il publiera ses livres jusqu’à son décès en 1986. L’ouverture des archives tchécoslovaques montra par la suite qu’il fut un communiste « pur et dur » durant la guerre d’Espagne durant laquelle il ne fut pas le dernier à participer aux purges sanglantes à l’intérieur du camp républicain internationaliste qui eurent lieu durant cette guerre civile.

On ajoutera que ce film sorti en 1970 déclencha un violent débat en France entre le parti communiste en déclin et le monde intellectuel dont certains membres s’était déjà éloignés du communisme. La participation de Montant et Signoret dans ce film, qui furent « compagnons de route » du parti, marqua aussi leur propre reniement de cette idéologie, ou tout du moins de ce qui en avait été fait par ses dirigeants.

Costa-Gavras, né grec, a été le cinéaste des dictatures, décrivant par le menu le cheminement de la répression dans ces régimes qui avaient pour objectif de s’emparer des cerveaux des citoyens, par la terreur ou par la conviction (souvent un peu des deux). D’Athènes à Prague en passant par Santiago-du-Chili, il a révélé les vérités que notre XXème siècle a voulu cacher au nom d’idéologies mortifères et répressives. Il a fait œuvre politique et n’ailleurs peut-être pas fini.

Lire aussi : « Missing » de Costa-Gavras (1982)

FLYNN Jack, ‘Blood in the water’.

Sortie : 2019, Chez : Macmillan

Un polar américain bien mené où s’affrontent des méchants-très-méchants, des méchants-plutôt-gentils et une fliquette sur fond de la baie de Boston. Traffic maritime commercial et trafics illicites, mafia locale et mouvement salvadorien MS-13 (qui existe bien dans la réalité), règlements de compte à la machette, sauvagerie à la hauteur des intérêts financiers des uns et des autres, un peu de politique (les salvadoriens se vengent du soutien américain à l’ancienne dictature dans leur pays), un soupçon de sentimentalise (deux histoires d’amour au milieu des gangs), bref, un excellent roman pour maintenir son niveau d’anglais lu.

Pérégrinations lorraines

Metz

Metz, l’un des « trois évêchés » avec Toul et Nancy, dans la tranquillité de l’automne déploie de jolies couleurs le long de la Moselle et de Seille, dans un entrelacs de courbes, de petits îlots et de verdure.

Au centre de la vieille ville trône sa majestueuse cathédrale gothique Saint-Etienne, construire en pierre de Jaumont (calcaire pus oxyde de fer) comme la plupart des bâtiments, donnant cette couleur jaune d’or à toute la ville :

Cathédrale de Nancy

Et bien sûr le Musée Centre Pompidou-Metz qui déploie sa structure en bois et toile sur le parvis de Droits de l’Homme, comme une immense tente blanche, offrant aux messins les joies des collections du Centre Pompidou. En ce moment, Yves Klein (1928-1962) et ses contemporains sont exposés dans « Le ciel comme atelier » : pas mal d’élucubrations artistiques sur l’espace, la couleur, le « rien »…, des tableaux, des installations, des regroupements d’artistes dans des collectifs improbables, de l’imagination à en revendre… tout ceci plutôt contemporain, après tout c’est bien la philosophie du Centre Pompidou, même à Metz. Fin novembre ce sera Chagall qui remplacera Klein.

Et encore, le musée de la Cour d’Or, entre cathédrale et préfecture, construit sur les ruines d’un site romain pour nous rappeler l’histoire millénaire de la ville qui s’appelait Divodurum à l’époque gallo-romaine avant JC. Puis les siècles passèrent, la ville s’enrichit par le commerce et la banque, devient une République oligarchique objet de guerres permanentes entre le Saint-Empire germanique et la France. Metz est annexé par la France en 1552, par la Prusse en 1870, reste allemande jusqu’en 1918 période durant laquelle le français est toléré comme langue étrangère. Considérant cette ville comme appartenant pour toujours à leur « espace vital » les allemands y investissent et la modernisent significativement. Et Metz redevint française en 1918 après la défaite de l’Empire et de nouveau allemande après l’invasion du IIIème Reich en juin 1940. Himmler est sur place en septembre, Hitler pour Noël 1940 (renonçant à faire un discours pour ne pas froisser les susceptibilités locales), Goebbels en 1941. L’évêque de Metz sera même député au Reichstag. La propagande nazie fera rage jusqu’à la reprise de la ville par l’armée américaine en novembre 1944. Metz est redevenue française depuis.

Chaque coin de rue de la ville historique rappelle ce passé trouble qui s’est traduit à chaque étape par d’importants mouvements de population dans tous les sens.

« Ouvre ton regard à la poésie du hasard, force-le à s’arrêter sur les traces chaotiques de la vie ordinaire, donne-lui à voir la fuite du temps et ces vanités que l’habitude a rendu invisibles. »

Affiché au Musée des Beaux-Arts de Metz

Nancy

30 minutes de train, voici Nancy, sa place Stanislas et son « Ecole de Nancy », sorte d’art nouveau architectural et mobilier, lancé à la fin du XIXème siècle alors que nombre de messins fuyant l’annexion de l’Alsace-Moselle par la Prusse viennent se réfugier à Nancy et alentours, apportant avec eux capitaux et créativité. La « Villa Majorelle » et le musée de l’Ecole de Nancy présentent les mécènes et grandes signatures de cette époque dans le cadre reconstitué de leur habitat. On y retrouve ce mobilier de bois sombre, un peu lourd et torturé, orné de magnifiques créations de maîtres verriers (Daum notamment).

Sur la place Stanislas donne l’opéra construit durant la première guerre mondiale après l’incendie du précédent opéra. Il s’est voulu une réduction de l’opéra Garnier parisien mais avec des façades extérieures respectant rigoureusement la rigueur carrée et l’harmonie de cette célèbre place. Le musée des beaux-arts se trouve la porte à côté, la cathédrale et son orgue imposant, à peine plus loin.

A l’église des Cordeliers, dans la vieille ville, sont exposés les tombeaux des Ducs de Lorraine qui se sont succédé sept siècles durant à la tête de ce territoire. Au fil des alliances, au gré des batailles, ils menèrent finalement à l’annexion du duché de Lorraine à la France en 1766. Un temps allié des Habsbourg la Lorraine a toujours concerné l’Empire d’Autriche. Les visiteurs d’aujourd’hui se recueillent devant les gisants comme le firent Marie-Antoinette, princesse d’Autriche, avant de rejoindre son mari Louis XVI ou, en 1867, ou François-Joseph 1er, Empereur d’Autriche. Dans la chapelle des Cordeliers continuent à être célébrés mariages et requiem pour les Habsbourg. En 2011 une messe de requiem y a été dite en hommage à l’archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine


La Lorraine désormais apaisée affiche ses richesses et ses secrets à travers ces villes qui entretiennent soigneusement leurs patrimoines. Merci à la République de maintenir cette culture à la portée de tous !

« Jimi Hendrix « Hear my train a comin » » de Bob Smeaton (2013)

Un beau documentaire diffusé par Arte sur Jimi Hendrix (1942-1970), guitariste et musicien-auteur-compositeur de génie, fauché dans la fleur de l’âge à 27 ans après une carrière fulgurante et quatre disques de légende, il a marqué le rock du XXème siècle. Le film de Bob Smeaton retrace la vie de cet artiste unique à la personnalité douce et timide hors de la scène, libérée et extravertie lorsqu’il joue devant son public.

Inspirée par le blues, Hendrix a joué et chanté du rock. Sa voix légère se posait sur l’électricité de ses cordes, il chantait merveilleusement bien et maniait sa guitare comme un démon. Les images d’archive nous rappellent son jeu volcanique ; nous avons tous déjà vu des dizaines de fois ces fameux extraits où il met le feu à sa guitare à Monterey, ou crée les hurlements des bombes sur l’hymne américain improvisé à Woodstock, etc.

La musique aurait sans doute été différente si Jimi avait survécu.

MORRISON Toni, ‘Jazz’.

Sortie : 1992, Chez : Christian Bourgeois éditeur & 10/18 n°2604.

Une histoire d’amour et de meurtre dans le New York des années 1920′ et le milieu des descendants d’esclaves. Il y a toujours la même violence, des êtres et des sentiments, dans les romans de Morrison, les frustrations d’un peuple avec de perpétuelles références à un passé terrible, un vent de folie qui souffle sur les hommes à la recherche d’un présent « normal »…

Pourquoi le titre « Jazz » ? Il n’est pas vraiment question de son dans ce roman, sinon par l’évocation de l’influence des afro-américains sur la musique de cette période, comme la reconnaissance de la sensibilité d’une partie de cette population à laquelle on ne voulait reconnaître que bestialité.

Dans son style si particulier, l’auteure nous emmène à travers de longs monologues portés par ses personnages, comme du langage parlé converti sur les pages, un rapp littéraire en sorte. Il y a souvent des références et des rappels à des évènements dont le lecteur apprendra l’existence plus tard. On découvre qui est le locuteur choisi pour un chapitre seulement après la lecture de plusieurs pages de celui-ci. On ne sait pas bien quand nous sommes dans la réalité ou dans les rêves de celui qui parle. C’est l’inspiration complexe de Morrison qui revisite les conséquences de l’histoire raciale si violente de son pays, les Etats-Unis d’Amérique.

Les tulipes de Jeff Koons au Petit-Palais

Après une polémique bobo-mondano-culturelle comme seule notre pays sait en provoquer sur des non-sujets, l’œuvre de l’artiste américain Jeff Koons, cadeau en hommage à Paris par suite des attentats terroristes islamiques de 2015, est exposée dans les jardins du Petit-Palais. La polémique a porté sur le côté kitsch de l’œuvre (10 mètres de haut, 30 tonnes), sa localisation, la publicité gratuite qu’elle rapportera à son auteur, le coût de l’entretien, les déductions fiscales dont bénéficieront les mécènes qui financeront ce dernier, et, enfin et surtout, le fait que le dossier s’est retrouvé sur la table de la maire de Paris, Anne Hidalgo, honnie par une partie de la ville.

Bref, les tulipes sont installées et Anne Hidalgo a été réélue pour six années comme maire de Paris lors des élections municipales de juin 2020. Si l’on veut se débarrasser des unes comme de l’autre, il suffit de le décider et de voter différemment aux municipales de 2028, bref, être cohérents. Rien, ni personne, n’est éternel sur ce bas monde. Gageons que la polémique ne va pas manquer de ressurgir dès que quelques tâches de rouille vont apparaître, à moins que d’ici là les bobos parisiens n’aient trouvé des sujets plus vitaux à prendre en compte.

« L’âge d’or de la peinture danoise (1801-1864) » au Petit Palais

Une jolie exposition qui trace l’histoire de la peinture danoise au XIXème siècle. On y réapprend quelques éléments d’histoire sur la Scandinavie lorsque le monarque du Danemark régnait aussi sur la Norvège et la Suède au XVIème siècle, les guerres déclenchées pour conserver le pouvoir et les territoires jusqu’au XVIIIème, la faillite du pays en 1814, les deux conflits menés par la Prusse pour récupérer le Schleswig au nord de leur « espace vital » (déjà)…

Les tableaux exposés sont inspirés par cette Histoire agitée mais aussi par la lumière de ce pays nordique. Certains paraissent de véritables photographies de personnages ou de paysages. On chemine agréablement dans la création artistique qui nous fait découvrir ce pays intéressant.

« Missing » de Costa-Gavras (1982)

« Missing » : un film politique marquant sorti en 1982, qui a reçu la palme d’or au festival de Cannes, Jack Lemon étant primé du prix d’interprétation masculine. Basé sur une histoire vraie, le scénario raconte la vie bohème d’un couple de jeunes américains installés à Santiago du Chili au moment du coup d’Etat militaire du général Pinochet (11/09/1973) contre le pouvoir socialiste d’alors dirigé par Salvador Allende, président de la République, qui mourra dans son palais, officiellement suicidé bien la thèse de l’assassinat soit aussi défendue par certains.

Charles, le mari de Beth (jouée par Sissy Spacek) et fils de Ed Hormann (Jack Lemmon dans le film) a découvert par hasard l’implication des Etats-Unis dans le coup d’Etat militaire. Il est enlevé par les militaires chiliens puis exécuté, après avoir été probablement torturé comme la pratique en était habituelle par le régime militaire. Son élimination ayant même été peut-être autorisée par les Etats-Unis. Avant que ne soit confirmé cet assassinat, son père, homme d’affaires new-yorkais arrive à Santiago pour rechercher son fils. Au fur et à mesure de ses investigations avec sa bru, et la collaboration plus ou moins forcée de l’ambassade américaine locale, il découvre avec effarement l’implication de son gouvernement dans le renversement du pouvoir chilien élu. Et il redécouvre avec émotion que son fils était quelqu’un de bien, que l’amour qu’il portait à sa femme était immense et que leur conception poétique de la vie, bien éloignée de celle de Wall Street qui était la sienne, était aussi défendable et ne justifiait en aucun cas les méthodes appliquées par la junte militaire chilienne, soutenue par les Etats-Unis. Et alors qu’il se confronte, éploré, à l’ambassadeur qui reconnait à demi-mots l’implication de son pays dans les évènements en cours où son fils a sans doute perdu la vie, ce dernier prône l’intérêt général des Etats-Unis qui est de défendre les entreprises américaines présentes au Chili (du risque de nationalisation), ce qui bénéficie également aux citoyens américains ; son collaborateur ajoute que le fils d’Ed a fouiné là où il n’aurait pas dû, ce qui était sans doute la cause de son probable décès.

Dans la vraie vie, la famille Hormann portât ensuite plainte contre le gouvernement américain mais cette action n’aboutit pas. Le corps de Charles a été renvoyé dans son pays plus de sept mois après le départ de son père de Santiago alors que le consul américain le lui avait promis pour « dans quelques jours » après lui avoir présenté la facture du rapatriement, avant d’y renoncer. Des analyses ADN réalisées quelques années plus tard ont montré que le corps restitué semble ne pas avoir été celui de Charles.

Sortie en 1982, ce film a déclenché la polémique et a été bien entendu interdit de diffusion au Chili jusqu’au retour du pays à la démocratie en 1988 (après un référendum qui entraînera le départ volontaire du Général Pinochet deux ans plus tard). Le contexte de l’époque était celui d’un conflit idéologique binaire entre le marxisme et son économie collectivisée emmené par l’Union soviétique et le libéralisme et l’économie capitaliste dont les Etats-Unis étaient le leader. Cet affrontement se traduisait par une guerre qualifiée de « froide » dans les pays développés mais plutôt chaude dans les pays en développement, dont l’Amérique latine faisait partie. L’Europe de l’Est restait sous le joug soviétique, l’Amérique latine (Cuba excepté) restait « l’arrière-cour » nord-américaine. Il n’y avait pas de milieu, il fallait choisir son camp et chaque puissance utilisait les outils de… sa puissance pour maintenir sa prééminence, quel qu’en soit le prix humain.

Le monde intellectuel de l’époque s’est ému de la violence des dictatures militaires sud-américaines (le plus souvent d’inspiration extrême droitiste) tout en contestant « l’impérialisme américain » et prônant plus de démocratie. Il n’a pas été écouté et la lutte à mort s’est poursuivie jusqu’à la chute de l’Empire soviétique par KO. Au moment du coup d’Etat militaire du Chili fin 1973, les Etats-Unis signaient un accord de retrait de leurs troupes du Vietnam du Sud après leur défaite militaire et politique. Quelques mois plus tard en 1975, le Vietnam du Nord se « réunifiait » avec le Sud sous la bannière communiste et le Cambodge instaurait sa dictature maoïste qui aboutit à un génocide de sa propre population qui fit entre 2 et 3 millions de morts. Des milliers de citoyens du Vietnam, du Cambodge et du Laos se sont alors mis à fuir leurs pays par la mer (les boat-people, on estime que 200 à 250 000 personnes moururent en mer) pour peupler, notamment, le XIIIème arrondissement parisien ainsi que nombre d’autres pays d’accueil, dont les Etats-Unis…

Le monde était binaire, nous l’avons dit. Ceux qui tiraient les ficelles n’ont pas su ou pas voulu le gérer de façon apaisée, voire démocratique. La dictature chilienne en est l’un des avatars. Si le clan soviétique l’avait emporté la planète aurait été différente mais il est difficile de rembobiner l’Histoire tragique pour savoir si c’eut été en bien ou en mal ? Il ne reste qu’à l’imaginer. Sans doute est-il utile de rappeler ces éléments de contexte aux jeunes spectateurs.

En 1983, alors que l’Union soviétique pointait des missiles nucléaires vers l’Europe de l’Ouest, le président français Mitterrand lâchait cette célèbre phrase devant le Bundestag : « Les pacifistes sont à l’Ouest, et les missiles sont à l’Est. »

Quoi qu’il en soit le film « Missing » est à voir et à revoir, méritant largement sa Palme d’Or de 1982 !

LEVI Primo, ‘Les naufragés et les rescapés – Quanrante ans après Auschwitz’.

Sortie : 1986, Chez : Gallimard

Primo Levi revient sur l’expérience d’Auschwitz où il fut déporté une année entre février 1944 et janvier 1945 lorsque le camp fut libéré par l’Armée rouge. Il analyse dans cet ouvrage le phénomène concentrationnaire nazi avec minutie : l’organisation du camp, les traitements différenciés des déportés (les privilégiés, les « Sonderkommandos » qui géraient les fours crématoires qui étaient soigneusement éliminés pour ne laisser aucun survivant en mesure de témoigner, les kapos, les collaborateurs, les « musulmans » [dénomination choisie pour ceux qui avaient abandonné tout sentiment de survie et se trouvaient promis à une mort rapide et certaine],…).

Il parle des comportements humains relevés face à la souffrance, l’égoïsme parfois déclenché par l’instinct de survie, la volonté de témoigner un jour qui a donné à nombre de déportés l’incroyable volonté de survivre, les petits arrangements pris avec le destin dans la situation indicible de ces camps d’extermination.

Il revient également sur l’organisation des ghettos juifs avec ses chefs dont certains ont parlé avec les nazis pour tenter d’adoucir le sort des leurs, d’autres ont collaboré par attrait pour le pouvoir, par aveuglement sur les objectifs de l’occupant à l’encontre de la communauté juive, devant l’énormité de ceux-ci. Levi s’interroge pour savoir si l’extermination des juifs décidée par les nazis a été l’expression d’une folie collective ou le déroulement rationnel d’un plan inhumain.

Le livre se termine avec des extraits de lettres que Levi échangeât avec des lecteurs allemands de « Si c’était un homme ». Ces lecteurs étaient des contemporains de l’Allemagne nazi, ils étaient « ceux-là ». Dans sa volonté de « comprendre le peuple allemand », d’expliquer comment ce pays a pu dériver jusqu’à l’inhumain, il correspondit parfois durant des années avec ces lecteurs qui, souvent, voulaient eux-aussi expliciter ce parcours collectif vers la barbarie.

Un livre intéressant qui explique ce qui s’est passé mais laisse en suspens la question : « comment tout ceci a-t-il pu être possible ? »

« Comme en 40 » au Musée de l’Armée – Invalides

Le Musée de l’Armée retrace le traumatisme national que fut la défaite de juin 40 après que l’armée allemande eut enfoncé les armées belge, néerlandaise et française très en de violents combats entre mi-mai et mi-juin 1940. A une date toujours incertaine, le 15, 23 ou 28 juin, Hitler fait l’unique voyage de sa vie à Paris pour contempler sa victoire. Le 22 juin il assiste à la signature de l’armistice entre les Allemands et les Français dans le wagon de la forêt de Compiègne où avait été signé en 1918 un armistice entre les mêmes parties… La ligne Maginot était réputée imprenable, la Wehrmacht est donc passée au nord par la Belgique avant d’installer son QG avenue Kléber quatre semaines plus tard.

Les infographies nous détaillent la progression allemande vers l’ouest tout au long de ces quatre semaines. Les cartes nous montrent la zone occupée et la zone libre. Les photographies et les films nous illustrent les bombardements, l’évacuation de la poche de Dunkerque, les 8 millions de réfugiés lâchés sur les routes, la Wehrmacht défilant sur l’avenue Foch, le drapeau nazi hissé au sommet de la Tour-Eiffel, etc. Des mannequins nous présentent les costumes militaires des différentes armées, des deux côtés (nous sommes amis maintenant). Des vitrines nous exposent la presse, les ouvrages d’époque, dont « Main Kampf », les affiches de propagande comme les annonces faites aux citoyens par les autorités d’occupation (dont la mise à l’heure allemande des pendules françaises) où les autorités françaises.

La bataille de France fut bien plus rude que ce qu’il en resté dans l’imaginaire français et l’armée allemande y a laissé hommes et matériels qui lui manqueront plus tard. On parle de 60 000 morts de chaque côté. Elle fut aussi un terrible traumatisme pour la nation : les « Boches » pour la troisième fois en France en moins d’un siècle… et l’annonce du pouvoir absolu donné au vieux maréchal Pétain et à la clique des félons qui l’ont entouré pour mener la République à l’abîme !

Et comme nous sommes définitivement amis, l’exposition démarre sur l’esplanade des Invalides où sont parqués un char français et un Panzer. Certains doivent tout de même s’en retourner dans leurs tombes.

« Les Trois Jours du Condor » de Sidney Pollack

Un grand classique du film d’espionnage sorti en 1975, en pleine guerre froide. Un bureau new-yorkais de l’agence américaine d’espionnage américaine (CIA) regroupe une dizaine de lecteurs de tout ce qui est publié à travers la planète afin de trouver des idées. Un jour, toute l’équipe est sauvagement éliminée dans ses locaux sauf Turner « Condor », parti chercher le déjeuner à l’extérieur, joué par Robert Redford qui va mener son enquête, avec ses moyens, alors qu’il est pourchassé par le réseau parallèle qu’il a mis à jour un peu par hasard au cœur de la CIA.

Outre une petite affaire amoureuse entre Redford et Faye Dunaway, le film voit surtout se heurter la logique sinistre de la real politik menée par l’Etat américain avec la naïveté romantique d’un jeune homme, qui travaille tout de même pour… la CIA, même s’il s’agit d’un job a priori loin de l’espionnage. Il se trouve que la cellule noire de la CIA planifiait une hypothèse d’occupation des champs de pétrole du Moyen-Orient si la nécessité s’en faisait sentir car il faut bien alimenter l’économie en énergie, ainsi que les voitures des citoyens américains en pétrole…

Evidemment, Turner-Redford s’en émeut, d’autant plus que cet objectif a failli se faire au détriment de sa vie. Le spectateur est laissé dans l’incertitude sur le futur du héros romantique et de son combat. Pas sûr que ce ne soit pas le méchant qui gagne cette fois-ci. Un très beau film.

Gregory Halpern – « Soleil cou coupé » et Sergio Larrain – « Londres » à la Fondation Henri Cartier-Bresson

Exposition croisée de photos prises aujourd’hui en Guadeloupe par un américain et à Londres durant l’hiver 1958-59 par un chilien. Comme à son habitude la Fondation Cartier-Bresson dévoile dans le Marais dans de petites salles les regards sur le monde de photographes généralement inconnus du grand public. C’est toujours bon à prendre.

« RBG – Ruth Bader Ginsburg » de Betsy West et Julie Cohen

Un joli documentaire de 2018 sur Ruth Bader Ginsgburg, icône démocrate féministe, avocate, juge fédérale puis nommée juge à la Cour suprême des Etats-Unis d’Amérique en 1993 et décédée il y a quelques jours. Le documentaire décrit son parcours : des parents juifs-russes immigrés d’Odessa qui incitent leur fille à faire les études qu’ils n’ont pas pu faire, l’université juridique, son mari rencontré à l’université, une carrière brillante qui se termine en apogée avec sa nomination à la Cour suprême où elle fut la deuxième femme à entrer. Le combat féministe guida sa vie et son action, mais un combat intelligent et apaisé qui fit probablement plus progresser la cause que la lutte excessive menée par certains de ses successeurs.

« RBG », un petit bout de femme énergique, convaincue, mesurée qui atteint le statut d’icone alors que la Cour suprême se droitisait progressivement avec les nominations de juges (ils sont nommés à vie) conservateurs. Elle n’hésita pas jusqu’au bout à émettre des avis contradictoires aux jugements majoritaires de la Cour. Sa seule faille ? Peut-être n’avoir pas démissionné sous la présidence Obama (elle avait déjà plus de 80 ans) pour être remplacée par un juge d’orientation démocrate alors que le président républicain Trump est en train de la remplacer par une juge très conservatrice, bloquant pour les prochaines décennies la majorité de cette Cour suprême dans une vision ultra-conservatrice.

Paris 1910-1937 : Promenades dans les collections Albert-Kahn à la Cité de l’Architecture

Vue du Trocadéro avant sa reconstruction pour l’exposition universelle de 1937

Albert Kahn (1860-1940) fut un banquier mécène et humaniste qui a consacré une partie de sa vie et de sa fortune à répertorier les richesses du monde à travers le projet les « Archives de la Planète ». Il a utilisé la technique naissante de l’autochrome (photo couleur) et du cinématographe pour documenter ces merveilles. La présente exposition montre une série de photos et de films sur le Paris de l’entre-deux guerres.

L’exposition de la Cité de l’Architecture est captivante sur l’histoire proche de notre capitale. On y apprend que le Palais du Trocadéro était d’un tout autre style que ce que nous connaissons aujourd’hui (cf. photo) et ressemblait plutôt à la basilique Sainte-Sophie. Il avait été construit pour l’exposition universelle de 1900 et l’actuel bâtiment l’a été pour celle de 1937. On voit des photos des murailles Vauban qui étaient censées protéger Paris des envahisseurs et qui montrèrent leur inefficacité durant les guerres allemandes de 1870 et 1914-18, qui furent détruites et remplacées par des logements pour répondre à la demande galopante. On s’arrête devant les vues des jardins ouvriers, des bidonvilles, des maisons closes…

Une époque où l’on hésitait moins qu’aujourd’hui à refonder la ville. Des quartiers entiers furent détruits et reconstruits, des monuments également au gré des expositions universelles qui se succédaient. Ce fonds Albert Kahn est un trésor (5 000 autochromes et 90 000 mètres de film) et sera de nouveau mis en valeur au musée départemental Albert Kahn en cours de rénovation à Boulogne-Billancourt : réouverture prévue pour 2021.

FINKIELKRAUT Alain, ‘L’identité malheureuse’.

Sortie : 2013, Chez : Stock.

Alain Finkielkraut, philosophe-écrivain, ressasse dans ce court essai, surchargé de citations littéraires et philosophiques, toutes ses obsessions sur l’identité française en voie de dissolution dans le multiculturalisme provoqué par une immigration qui modifie de façon significative ces dernières décennies le peuplement et les modes de vie de France et du reste de l’Europe.

Lui-même, né en 1949, fils d’immigrés juifs polonais arrivés en France dans les années 1930′, ayant bénéficié avec ses parents d’une naturalisation collective de l’Etat français en 1950, s’est intégré dans le système républicain et en a franchi les étapes réservées à l’élite : Ecole normale supérieure, agrégation de philosophie, professeur dans les plus grandes écoles en France ou aux Etats-Unis… Finkielkraut fait part de son effarement devant les changements de la société française en ce début de XXIème siècle peuplé de bobos, de business, de publicité, de désintégration du « vivre-ensemble » par l’intrusion de préceptes religieux musulmans…

Le diagnostic est sombre : la laïcité républicaine est balayée dans les banlieues, la mixité est contestée par une minorité agissante, l’identification à la nation française est abandonnée, la langue française est jetée à la poubelle, la culpabilité d’un passé honteux tient lieu de philosophie de l’Histoire, la littérature classique est massivement abandonnée par la jeunesse au profit des smartphones (Péguy vs. Facebook), le sens du respect est délaissé par des minorités contestant l’ « humiliation » dont elles sont victimes, etc.

L’analyse faite par le philosophe de la situation actuelle séduit mais il ne va guère au-delà de cette longue lamentation sinon en clamant que « c’était mieux avant ». Oui c’était mieux avant que les comportements religieux n’envahissent la République, oui c’était mieux avant que Nabilla remplace Zola dans le cœur de la jeunesse, oui c’était mieux avant quand les enfants disaient « oui Monsieur » à leur maître d’école, oui… mais nous sommes après, et la génération des Finkielkraut doit aussi assumer sa part de responsabilité dans ce que nous sommes devenus collectivement. Et maintenant il faut bien s’en sortir car on ne reviendra probablement pas avant !

La colère et l’amertume ne sont pas bonne conseillères, elles ne conseillent d’ailleurs rien du tout M. Finkielkraut. La lecture de l’ « Identité malheureuse » le confirme, si besoin en était.

ECHENOZ Jean, ‘Ravel’.

Sortie : 2006, Chez : Les Editions de Minuit.

Echenoz romance les dernières années de Maurice Ravel et raconte le compositeur à l’apogée de sa gloire, voyageant à travers la planète pour assister à des concerts de ses œuvres puis retrouvant sa maison de Montfort-l’Amaury et son jardin japonais. Ravel est décrit comme un personnage un peu dandy, un peu hautain, toujours merveilleusement habillé et entouré de sa cour. Nous sommes à la fin des années 1920′, il s’attaque au Boléro et à ses deux concertos pour piano mais la maladie guette et sa mémoire va s’éteindre. Léo Ferré chantera « Ravel avait dans la tête une tumeur qui lui suça d’un coup toute sa musique ». Une opération au cerveau précipitera la fin.

Ravel est présenté dans ces pages sous un jour peu favorable : imbu de sa personne et plutôt hautain, plus préoccupé par les plis de ses costumes que par le bien-être de son entourage, bref, bien moins romantique que le second mouvement du concerto en sol…

On retrouve dans ce court roman quelques anecdotes célèbres concernant le musicien. On apprécie ce rappel léger à la vie d’un artiste immense, même s’il fut, peut-être, du genre grognon.

13ème arrondissement : un riche passé industriel

L’historien Thierry Depeyrot poursuit ses recherches sur le 13ème arrondissement de Paris et consacre une petite exposition dans la salle associative du Fil Rouge (4 rue Wurtz) au passé industriel de cet arrondissement. Les usines étaient majoritairement localisées entre la place d’Italie et la Seine, soit au sud-est, les vents dominants protégeant ainsi les beaux quartiers de l’ouest parisien de la pollution.

Quelques photos d’époque commentées nous rappellent la présence de quelques grands sites industriels comme la verrerie Saget sur les quais de Seine qui fournissait notamment les pinardiers de Bercy, la Société urbaine de distribution d’air comprimé (SUDAC) rue Sainte-Anne qui alimente notamment toutes les horloges pneumatiques publiques de la ville, l’usine Panhard & Levassor, la raffinerie de sucre Say rue Jeanne-d’Arc, Les Grands Moulins de Paris aujourd’hui réhabilités en université, et bien d’autres…

Un passé pas si lointain puisque certaines de ces usines étaient encore en fonction dans les années 1980’. Mais un passé révolu, les locaux ont été reconstruits en logements et en bureaux, les habitants ont poussé les ouvriers dehors et nombre de ces usines ont été délocalisées dans les banlieues ou les régions, voire encore plus loin.

Heureusement il reste les historiens et M. Depeyrot présent dans la salle nous explique son travail.

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