« Varsovie 83, une affaire d’Etat » de Jan P. Matuszynski

Nous sommes en Pologne en 1983, le pays de l’Est le plus turbulent du bloc communiste, où la religion catholique a toujours aidé le peuple à lutter contre l’oppression marxiste un peu considérée comme l’antéchrist ! Basé sur une histoire vraie, le film détaille le processus de l’oppression dans lequel des forces de sécurité (la milice) se croient autorisées à toutes les pratiques non-démocratiques, les responsables de ces forces s’estimant investis de la mission divine de faire respecter l’ordre communiste quel qu’en soit le prix, en l’occurrence la mort d’un gamin « déviant » tabassé dans un commissariat par la milice.

La machine répressive cherche alors à « régulariser » le crime pour l’attribuer à d’autres, ce qu’elle va réussir à faire avec un relatif mais incomplet succès. En 1983 la Pologne est déjà agitée de soubresauts démocratiques, attisés par la religiosité de la majorité de sa population mais la machine communiste est encore la plus forte à cette époque pour broyer les aspirations démocratiques d’une grande partie de sa population. Devant la publicité et l’émotion populaire provoquée par la mort violente de ce gamin, le pouvoir communiste en place se sent quand même obligé de se justifier, à défaut d’avoir pu cacher ce décès, la meilleure façon d’y arriver étant encore de faire porter le chapeau par un autre.

Le film revient sur ce processus délétère du maquillage de la vérité, l’un des arts majeurs du communisme et des dictatures en général. Nous sommes en 1983, le communisme a encore quelques années à vivre et beaucoup y laisseront encore leur vie avant la « chute du Mur » et la débandade de l’idéologie afférente en Europe. On se souvient qu’il n’y eut pas d’intervention militaire du « grand frère » soviétique en Pologne lors des grandes contestations du communisme par le syndicat Solidarnosc. Le pouvoir polonais incarné par le général Jaruzelski décida de faire seul le travail de rétablissement de l’ordre et l’Union soviétique n’eut pas à intervenir directement comme elle le fit à Prague en 1968 par exemple.

Ce fut peut-être encore pire en Pologne car ce sont des Polonais qui ont martyrisé d’autres Polonais. Les comptes n’ont jamais été vraiment soldés ni réglés dans ce pays que l’on voit de nouveau dériver vers les rivages dangereux de la « démocrature » tout en ayant choisi le camp occidental et l’abri financièrement rassurant de l’Union européenne. Le film illustre bien cette période trouble.

« Abd el-Kader » au Mucem

Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM), les pieds plongeant dans la rade de Marseille, la grande bleue scintillant sur les infrastructures arabisantes du bâtiment, quel autre grand personnage de l’histoire méditerranéenne pouvait mieux symboliser pour le musée cette attraction-répulsion des deux rives Nord et Sud de cette mer civilisatrice que la personne de l’Emir Abd el-Kader (1809-1883). Et quel puissant symbole de l’exposer au Mucem aux portes du Vieux Port de Marseille qualifiée par les Algériens eux-mêmes de « première ville arabe en venant de Paris ».

Abd el-Kader est resté dans l’imaginaire franco-algérien comme un homme raisonnable, trahi par la France. Religieux certes, combattant l’invasion de 1830 de son pays par la France colonisatrice sans aucun doute, il accepta de signer des traités avec l’envahisseur français, reconnaissant son pouvoir sur l’Ouest algérien. Guerrier et administrateur, il remporte des succès militaires significatifs face à la brutalité de l’armée française du général Bugeaud notamment. Alors que Paris ne cesse de renier ses différents engagements en faveur de l’Emir, la guerre totale est menée contre lui qui doit finalement déposer les armes en 1847 contre la promesse de pouvoir s’exiler au Moyen-Orient.

Un dernier reniement français empêche son exil vers l’Orient et il prend finalement la route de la prison (Toulon, Pau, puis Amboise) avec sa suite. Un courant d’intellectuels européens prend fait et cause pour lui et poussent Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III le libère en 1952 et lui octroie une pension annuelle. Il prend alors la route de la Turquie puis de la Syrie où il décèdera en 1883.

Cette exposition retrace de façon équilibrée le parcours de celui qui est devenu un héros de l’Algérie moderne, considéré par le pouvoir actuel en Algérie comme le véritable fondateur de l’Etat algérien. Descendant d’une famille de l’aristocratie religieuse soufi il s’est transformé en chef de guerre pour combattre l’envahisseur mais il n’échappa pas non plus à une certaine ambiguïté en négociant avec la France, ce qui continue à lui être reproché par certains extrémistes des deux bords de cette relation franco-algérienne si constamment houleuse 60 ans après l’indépendance.

La Pologne n’aime pas la Russie

La Pologne s’est récemment frottée avec le président de la République française, lui reprochant de vouloir continuer à négocier avec le Kremlin dont elle qualifie le chef de « criminel » posant la question de savoir si on « négocierait avec Hitler, Staline ou Pol-Pot ? »

Evidemment, la Pologne a des raisons historiques de redouter la Russie. L’existence même de la Pologne a été niée depuis le XIXème siècle, et même avant, par les empires centraux et Moscou. Même Napoléon qui était attendu comme un sauveur a vassalisé ce pays, recruté nombre de soldats polonais dans la « Grande armée » en les embarquant dans le désastre de ses guerres européennes. Il y a même choisi une maîtresse, Marie Walewska, dont il eut un fils.

Dans un temps plus contemporain, la Pologne a souffert très directement de l’Union soviétique. Après la guerre russo-polonaise de 1920 est arrivée la seconde guerre mondiale. L’URSS, comme l’Allemagne nazie, a toujours considéré la Pologne comme un « non-pays », une plaine de passage, un peu comme Moscou apprécie aujourd’hui l’Ukraine qu’elle voit comme son arrière-cour et non pas comme un Etat souverain. Les clauses secrètes du pacte germano-soviétique signé en 1939 stipulent que ce pays est à partager entre Berlin et Moscou. Aussitôt signé aussitôt appliqué et la Pologne est envahie par les deux puissances totalitaires, l’invasion nazie étant d’ailleurs l’élément déclencheur de l’entrée en guerre de la France et du Royaume-Uni contre l’Allemagne.

Dès 1939 les Allemands installent en Pologne un « gouvernorat général », une sorte de statut colonial, dirigé par le tristement célèbre Hans Frank condamné à mort par le tribunal de Nuremberg puis exécuté. Ils construisent en Pologne des camps d’extermination qui joueront un rôle majeur dans la Shoah, dont Auschwitz-Birkenau, Treblinka, Sobibor…

Les soviétiques de leur côté ne veulent pas être en reste et annexent la partie du pays qui leur échoit, y instaurent le communisme, déportent en masse au Goulag, incorporent de force dans l’Armée rouge, livrent aux nazis les Polonais occidentalisés, assassinent l’élite (massacre de Katyn, 15 000 officiers tués d’une balle dans la nuque par le NKVD – services secrets soviétiques), entre autres joyeusetés. Dans les années 1980, le régime communiste polonais réprime durement les mouvements populaires de révolte, avec l’assentiment de Moscou bien entendu même s’il n’a pas été nécessaire d’envoyer l’Armée rouge pour rétablir l’ordre comme ce fut fait à Berlin-Est en 1953, à Budapest en 1956 ou à Prague en 1968, le pouvoir communiste polonais se débrouillant fort bien tout seul avec l’aide de son armée.

Tout ceci a laissé des souvenirs à Varsovie. L’Allemagne a été défaite en 1945, démocratisée, puis réunifiée et ne présente plus de grands dangers militaires à court terme pour la Pologne. Berlin continue d’essayer de se racheter mais une méfiance bien compréhensible régit les relations diplomatiques entre les deux pays. L’URSS, et son successeur la Fédération de Russie, n’a jamais fait amende honorable de ses exactions en Pologne durant le XXème siècle. Il a fallu attendre 2010 pour que le parlement russe reconnaisse que Staline avait ordonné l’exécution des officiers polonais, et non les Nazis comme le répétait Moscou depuis 60 ans.

Varsovie n’oublie rien et sait de quoi la Russie a été capable. Dès la chute de l’URSS et la libération des pays d’Europe de l’Est, elle a regardé vers l’Ouest et intégré l’alliance militaire atlantique en 1999 et l’Union européenne en 2004 afin d’installer un vrai fossé politique en principe infranchissable entre elle et la Russie. Les invasions russes contre la Géorgie, la Crimée et l’Ukraine n’ont fait que la renforcer dans son rejet définitif de la Russie et considérer que le fossé n’était peut-être plus aussi infranchissable que souhaité à l’origine, d’où l’attaque contre le président français qui n’a pas rompu la discussion avec le Kremlin dans l’espoir de favoriser une négociation entre les belligérants pour finir cette guerre insensée contre l’Ukraine. A moins que l’un d’eux ne soit écrasé par l’autre comme le fut l’Allemagne en 1945 il faudra bien négocier un accord entre eux pour arrêter les combats et convenir des relations futures. Il faudra donc parler à celui d’en face.

La Pologne reste tellement hérissée contre la Fédération de Russie qui lui a fait tant de mal dans l’histoire qu’elle se refuse à toute diplomatie avec Moscou. Ne reste comme seule alternative que la poursuite la guerre jusqu’à la reddition sans conditions de la Russie, hypothèse improbable à court terme, ou qui ne serait envisageable que dans le cadre d’une troisième guerre mondiale aboutissant à l’anéantissement d’un protagoniste voire même de la planète Terre. Ce n’est pas une solution raisonnable, le mieux est de continuer à garder le contact avec l’ennemi même en se pinçant le nez. En revanche il faudra aussi se souvenir des obsessions de la Russie et la laisser durablement en dehors de tout dialogue politique avec l’Occident même une fois les sanctions économiques levées, car elles vont bien être levées un jour. On fera du business avec la Russie mais pas plus, il faudra exclure ce pays du cercle des amis de l’Occident et le laisser retourner vers l’Asie à laquelle, après tout, appartient la très grande majorité de son immense territoire. Moscou se souvient par ailleurs que toutes les armées qui l’ont attaquée ont dû se retirer dans les affres d’une piteuse défaite, Napoléon et Hitler pour les plus récents.

A l’avenir, une fois cette guerre terminée, veillons à ce que chacun reste de son côté sans empiéter sur le voisin et cessons les grands raouts à Versailles ou au G8 pour se donner l’illusion que la Russie est un pays ami, ce qu’elle ne souhaite pas être. C’est d’ailleurs un des travers de la démocratie que de croire que tous les pays tiers veulent être en bons termes avec nous. La France de Chirac a reçu le fiston syrien Assad (le président français ayant été le seul chef d’Etat occidental à se rendre aux obsèques de son père en 2000), celle de Sarkozy a reçu le libyen Kadhafi, celle de Hollande a reçu le pouvoir malien et la France de Macron a reçu le président russe avec maints égards. A chaque fois les visiteurs ont été édifiés avec le discours occidental sur la démocratie et les droits de l’homme, et après chaque visite ils ont montré combien ils étaient rétifs à traduire ces principes dans leur gouvernance. N’oublions pas les leçons de l’histoire et ne rêvons pas de transformer ces pays en démocraties apaisées ce qu’ils ne seront jamais.

Varsovie devait se rendre à Moscou le 24 mars pour un match de qualification contre la Russie pour la coupe du monde de fouteballe, elle a refusé de le faire. Il va falloir faire un peu plus peur si l’on veut vraiment obtenir la reddition de Moscou dans sa guerre contre l’Ukraine…

MENGISTE Maaza, ‘Sous le regard du lion’.

Sortie : 2012, Chez : Actes Sud.

Maaza Mengiste est une écrivaine d’origine éthiopienne, naturalisée américaine. Née à Addis-Abeba en 1971, trois années avant l’instauration d’une dictature militaire communiste à la suite de la déposition de l’Empereur Haïlé Sélassié en 1974, elle garde un souvenir très prégnant de ces premiers mois de la « terreur rouge » qui s’abattaient sur ce pays, avant l’exil de sa famille au Nigeria puis au Kenya et, enfin, aux Etats-Unis d’Amérique.

Cette période trouble est le cadre de ce premier roman qui narre l’histoire d’une famille plutôt favorisée au cœur de la capitale éthiopienne en proie à la folie du régime. Arrestations, torture, exécutions, nationalisations, défilés à la « gloire de la Révolution » sont le quotidien de la ville et du pays. Dans ce contexte dangereux et idéologisé, les membres de la famille de Hailu, chirurgien, réagissent différemment, puis tous se retrouveront contre la terreur promue par le major Guddu, inspiré de Mengistu Hailé Mariam, militaire qui dirigea le pays durant ces années noires (il est aujourd’hui toujours exilé et protégé au Zimbabwe, il a été condamné à mort pour génocide par la justice éthiopienne en 2008, on estime le nombre de morts durant son régime aux alentour d’un million, de répression, de famines et de mauvaise gestion).

Ce roman rappelle cette sombre période le l’histoire contemporaine de l’Ethiopie, commencée par la guerre coloniale menée et gagnée par l’Italie dans les années 1930, et dont la violence se poursuit encore aujourd’hui avec la énième reprise de la guerre civile entre Addis-Abeba et la province rebelle du Tigré.

Il décrypte les comportements de résistance de chacun face à l’oppression, le questionnement intime des uns et des autres sur la meilleure réaction possible, les risques à prendre, et pour quel résultat tangible ? On imagine aisément que ce type de réflexion est mené par tout peuple en proie à la répression ou à l’occupation. Jusqu’où peut-on accepter, à quel moment la contestation doit être violente, quel prix est-on prêt à payer pour la liberté ? De l’occupation allemande de l’Europe en 1939-1945, à celle de l’Ukraine par la Russie en 2022, ce problème est aussi vieux que le monde et bienheureux sont les pays démocratiques qui n’ont pas eu à se la poser depuis près de 70 ans !

Le 60ème anniversaire des Accords d’Evian marquant l’indépendance de l’Algérie

Le 19 mars 1962 était signés les accords d’Evian marquant le cessez-le-feu entre la France et l’Algérie, mettant fin, progressivement, à une guerre sauvage et inutile entre une puissance colonisatrice et un pays colonisé, initiant des flux de migrations significatifs vers la France, les français d’Algérie appelés « pieds-noirs » mais aussi beaucoup de citoyens algériens, et le début d’une relation houleuse entre les deux pays, qui n’a jamais pu s’apaiser.

Ces accords stipulaient l’organisation d’un référendum d’autodétermination dans les trois mois suivant leur signature, ce qui fut fait, et aboutit bien entendu à l’indépendance, mais aussi à ces flux de population vers la France dont l’importance n’avait pas été anticipée à ce point. Comme c’est l’habitude en la matière, une partie de ces accords n’a pas été respectée par le vainqueur et, notamment, celle qui stipulait que :

Nul ne pourra faire l’objet de mesures de police ou de justice, de sanctions disciplinaires ou d’une discrimination quelconque en raison :

– d’opinions émises à l’occasion des événements survenus en Algérie avant le jour du scrutin d’autodétermination;
-d’actes commis à l’occasion des mêmes événements avant le jour de la proclamation du cessez-le-feu.
-Aucun Algérien ne pourra être contraint de quitter le territoire algérien ni empêché d’en sortir.

On le sait, les supplétifs algériens de l’armée françaises, les « harkis », qui n’avaient pas été rapatriés en France ont été massacrés en masse, souvent dans des conditions effroyables. Les historiens estiment entre 60 et 70 000 le nombre de victimes. Des règlements de comptes sanglants ont également eut lieu entre les différentes factions du Front de libération nationale (FLN), la plupart des signataires des accords d’Evian ont rapidement été éliminés ou contraints à l’exil.

Lire aussi : https://rehve.fr/2022/03/raymond-depardon-kamel-daoud-son-oeil-dans-ma-main-algerie-1961-2019/
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Une autre partie de ces accords n’a pas même eu à ne pas être respectée faute de combattants : celle concernant les droits civiques à accorder par le gouvernement algérien aux « pieds-noirs », en effet, ceux-ci sont partis en France dans leur très grande majorité dès l’indépendance prononcée. Certains qui avaient pris fait et cause pour l’indépendance algérienne sont restés sur place et ont généralement pris la nationalité après l’indépendance. Ce statut particulier de « nationaux français exerçant des droits civiques algériens » na pas eu à être mis en œuvre.

L’application des articles sur la coopération économique a rapidement tourné court, notamment celle sur l’exploitation des ressources pétrolières qui devait être paritaire, ce qui était bien entendu ingérable dans le cas d’une Algérie indépendante, de même que, pour le sujet militaire, la location de la base de Mers El-Kébir pour 15 années renouvelables a été rapidement résiliée ainsi que les facilités d’utilisation accordées à la France sur des aérodromes et des sites militaires. Toutes ces illusions de coopération sereine entre les deux pays se sont rapidement révélées inapplicables et sont tombées aux oubliettes de l’histoire.

Il reste la mention de la coopération culturelle qui devait « être développée » selon ces accords, pas sûr que ce fut vraiment le cas…

L’histoire ne dit pas quelle partie proposa d’inclure dans les accords d’Evian ces articles sur la coopération économique, militaire et culturelle qui furent sans doute une façon de sauver la face de la France, chacun sachant qu’ils ne seraient pas appliqués. Ce que révèlent aujourd’hui les historiens est que le départ immédiat de tous les « pieds-noirs » n’avait pas été anticipé. Les signataires pensaient sans doute qu’une partie des Français d’Algérie resterait sur place et participerait à l’élaboration de la nouvelle nation algérienne. Leur départ en dit long sur la confiance qu’accordaient les « pieds-noirs » aux engagements du FLN… L’autre surprise, toujours d’actualité, est que les flux d’immigration de l’Algérie vers la France ont été, et restent encore aujourd’hui, très significatifs. Un fait sans doute révélateur lui aussi d’une confiance limitée des citoyens algériens en leurs dirigeants.

Lire aussi : https://rehve.fr/2022/01/les-facilites-accordees-a-limmigration-des-citoyens-algeriens-en-france/
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Raymond Depardon / Kamel Daoud. Son œil dans ma main. Algérie 1961-2019.

Institut du monde arabe – IMA (Paris Vème)

1961, la guerre d’Algérie est en train de se terminer, l’indépendance du pays est en cours de finalisation via les « accords d’Evian » qui seront signés le 18 mars 1962, les extrémistes pro-Algérie française de l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète) se déchaînent et ensanglantent le pays comme la métropole, le FLN algérien (Front de Libération Nationale) n’est pas en reste, un jeune photographe de 19 ans est envoyé à Alger puis à Evian pour graver sur la pellicule ces instants historiques, il s’appelle Raymond Depardon.

60 ans plus tard, alors qu’il retrouve ces clichés, il décide les publier dans le cadre d’une exposition partagée avec l’écrivain algérien Kamel Daoud (né en 1970) qui ajoute de très beaux textes à ces photos marquantes d’une époque qui s’évapore, celle d’une présence française dans ce pays du Maghreb après 130 années de colonisation dont certaines furent marquées par une violence insigne. En 2019, Daoud et Depardon reviendront à Alger et à Oran (la ville où réside Kamel Daoud) pour ajouter quelques photos contemporaines, également en noir et blanc, sur lesquelles seuls quelques panneaux publicitaires marquent un vrai changement d’époque.

Les textes de Kamel Daoud ne sont pas des commentaires des clichés mais une longue méditation, inspirés par ceux-ci, sur le temps et l’histoire qui ont marqué tragiquement ce pays, ses habitants, ses héros et ses démons, le poids des pères fondateurs de l’Algérie qui ont obtenu l’indépendance à la force de l’épée et qui est parfois dur à porter pour la génération suivante, celle de Daoud.

A ne pas manquer, un film documentaire à la fin de l’exposition réunissant les deux protagonistes qui y poursuivent leur dialogue dont la hauteur laisse incrédule face au niveau tellement déplorable de la relation politique franco-algérienne !

La Russie, l’Ukraine et l’Histoire

Les périodes de guerre sont assez peu propices aux analyses historiques subtiles, on le voit aujourd’hui avec les bagarres de communiqués en cours. La Russie annone depuis le début que l’un de ses buts de guerre est de « dénazifier » l’Ukraine, faisant ainsi allusion à l’attitude d’une partie de ce pays durant la deuxième guerre mondiale. En réalité le « grand frère » russe reproche aussi à l’Ukraine de s’être toujours opposée à l’Union soviétique. Face aux tentatives d’autonomie, voire d’indépendance, l’Armée rouge soviétique a toujours eut à batailler sévèrement en Ukraine pour la maintenir dans l’ordre bolchévique et s’opposer à toutes tentatives « d’ukrainisation ».

L’application forcenée de la collectivisation des terres par le pouvoir de Staline a déclenché de terribles famines au début des années 1930 qui ont provoqué entre 3 et 5 millions de morts en Ukraine. Lors des grandes purges staliniennes les Ukrainiens n’ont pas été les derniers à souffrir des exécutions et des déportations de masse qui ont touché encore quelques millions de citoyens supplémentaires à la fin des années 1930. Ça laisse des souvenirs…

Durant la seconde guerre mondiale, après la rupture du pacte germano-soviétique signé en 1939 par l’Allemagne et l’Union soviétique, Berlin envoie ses troupes vers Moscou, l’opération « Barbarossa », en traversant l’Ukraine. L’armée allemande est alors accueillie comme un sauveur libérant le pays de l’oppression stalinienne. Le fort antisémitisme régnant alors dans cette République, comme dans toute l’Europe centrale ainsi d’ailleurs qu’en France, va entraîner des collaborations nauséabondes entre les Nazis et des groupes locaux. Certains Ukrainiens qui ont été utilisés comme gardiens dans les camps de concentration allemands étaient réputés parmi les plus brutaux d’un personnel qui ne faisait généralement pas dans la poésie. Il y eut même une division SS « Galice » crée avec des volontaires ukrainiens. Les Russes ne sont pas en reste à ce sujet puisque l’un des héros de l’Armée rouge, soutien indéfectible à Staline dans les années 1930, le général Vlassov, qui s’illustra du côté soviétique durant la guerre civile mais aussi à l’occasion du siège de Léningrad où après avoir estimé que Staline avait abandonné l’armée qu’il dirigeait en rase campagne, capturé par les Allemands, il passa à l’ennemi et fonda « l’Armée russe de libération » qui aida la Wehrmacht à lutter contre l’Union soviétique. A la fin de la guerre, capturé par les alliés il fut remis à Moscou puis jugé, torturé et exécuté avec une dizaine de ses officiers supérieurs.

Evidemment, lors du reflux des Allemands, quand l’Armée rouge a retraversé l’Ukraine vers l’Ouest pour arriver à Berlin en 1945, les Russes se sont vengés de la collaboration germano-ukrainienne. Moscou et Kiev n’ont pas su mener une réconciliation comme l’ont fait en leur temps de Gaulle et Adenauer en France et en Allemagne, l’animosité actuelle entre la Russie et l’Ukraine s’explique aussi par cette histoire.

Dans un rapprochement osé, le président Poutine a même expliqué récemment avoir déclenché la mise au pas de l’Ukraine en février dernier pour ne pas renouveler les erreurs du pacte germano-soviétique.

1939, signature du pacte germano-soviétique à Moscou par Molotov, en présence de Staline (debout au fond)

Rappelons que ce pacte signé en 1939 entre les Allemands et les Soviétiques a permis, notamment, aux Nazis et aux Soviétiques de se partager la Pologne plus quelques autres territoires. Cette signature entre fascistes et bolchéviques a en tout cas fondé l’anticommunisme de plusieurs générations d’Européens. Poutine affirme que ce pacte était destiné à retarder l’agression allemande et permettre ainsi à l’armée soviétique de se renforcer car elle n’était pas encore prête à combattre efficacement en 1939, mais que ce fut un échec puisque durant les deux années que dura ce pacte, de nombreux territoires et des millions de personnes ont été perdus. Il ne veut pas renouveler cette « erreur » une deuxième fois et il lui a donc fallu envahir l’Ukraine avant qu’elle ne soit trop forte. C’est évidemment une interprétation toute personnelle de l’Histoire et il est plus probable que le pacte germano-soviétique, idéologiquement inattendu, n’était qu’un rapprochement entre dictateurs félons qui était fait pour durer.

Il reste certainement des groupes d’extrême droite à tendance pronazi en Ukraine comme il en existe dans tous les pays, y compris d’ailleurs en Russie ou en France, mais il ne semble pas que le pouvoir ukrainien soit significativement influencé par l’idéologie nazie.

Aujourd’hui, et quelle que soit l’issue de la guerre en cours, la Russie et l’Ukraine sont séparées pour longtemps. Et puis, le temps passera…

L’Empire colonisateur

Dans ses vœux pour l’année 1961, publiés notamment dans le journal de l’armée « Bled », MonGénéral expliquait :

L’empire soviétique colonise
Nous espérons fermement que, chez tous ces peuples, s’instaureront en définitive l’ordre et le progrès, malgré l’Empire soviétique, qui, non content de coloniser 40 millions de musulmans asiatiques et caucasiens et d’asservir une bonne douzaine de peuples qui lui sont complètement étrangers, encourage et exploite toutes les secousses afin de prendre pieds dans les pays troublés. Bref, nous ne nous laisserons pas paralyser par cette odieuse agitation.

Aider l’Ouest et l’Est à en venir à la détente et au désarmement, pour peu que l’Empire soviétique cesse de manier des torches incendiaires tout en lançant, pour la montre, des vols de colombes épouvantées.

« Bled » 05/01/1961

En remplaçant « Empire soviétique » par « Fédération de Russie » on a ici une analyse pas très éloignée de la situation actuelle en Europe.

Le président russe et l’Histoire

Le président russe a signé un long article (15 pages) en juillet 2021 sur l’histoire commune de son pays et de l’Ukraine.

Un peu soporifique et confus, cet article insiste sur le fait que les peuples russe et ukrainien ne font qu’un et que leurs divisions actuelles sont provoquées « par des forces qui ont toujours cherché à torpiller notre unité. »

Les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses sont les héritiers de l’ancienne Russie qui a été le plus grand pays d’Europe.

Le trône de Kiev bénéficiait d’une position dominante dans l’ancien État russe.

S’en suivent dix siècles d’histoire brossée à grands traits mentionnant que « l’Ukraine moderne est entièrement le fruit de l’ère soviétique » et donc n’existait pas vraiment comme Etat avant cette période. Puis, sous influence extérieure depuis la fin de l’URSS, elle fut mal gérée par des autorités qui ont « dilapidé les acquis de plusieurs générations. » pendant que les Etats-Unis d’Amérique et l’Union européenne « ont poussé systématiquement et avec persévérance l’Ukraine à réduire et à limiter sa coopération économique avec la Russie. »

Pas à pas, l’Ukraine a été entraînée dans un jeu géopolitique dangereux, dont le but était d’en faire une barrière entre l’Europe et la Russie, une tête de pont contre la Russie. Inévitablement, le moment est venu où le concept de « l’Ukraine n’est pas la Russie » n’était pas suffisant. Il a fallu « l’anti-Russie », ce que nous n’accepterons jamais.

Bref, les forces extérieures maléfiques s’évertuent à séparer l’Ukraine et la Russie alors que l’histoire n’aurait jamais dû les séparer.

Je suis convaincu que c’est en partenariat avec la Russie que la véritable souveraineté de l’Ukraine est possible. Nos liens spirituels, humains, civilisationnels se sont tissés depuis des siècles, remontent aux mêmes sources, se sont endurcis par les épreuves, les réalisations et victoires communes. Notre parenté se transmet de génération en génération. Elle est dans les coeurs, dans la mémoire des personnes vivant dans la Russie et l’Ukraine modernes, dans les liens du sang qui unissent des millions de nos familles. Ensemble, nous avons toujours été et serons bien plus forts et performants. Après tout, nous sommes un seul peuple.

Tout ceci est entendable mais la seule analyse qui manque est de savoir pourquoi les peuples des anciennes Républiques soviétiques regardent vers l’Ouest plutôt que vers Moscou ? Peut-être est-ce aussi une question de gouvernance, voire de conception de la liberté ? Et comment fait-on pour faire revenir vers soi un pays qui, majoritairement, ne le souhaite plus ? On utilise la force et c’est ce qu’est en train de faire la Russie, comme l’Union soviétique l’a fait autrefois à Berlin, à Bucarest, à Prague.

En fait, le pouvoir russe considère que l’Ukraine est une province de la Russie et il entend y mener ses opérations de maintien de l’ordre En fait, le pouvoir russe considère que l’Ukraine est une province de la Russie et il entend y mener ses opérations de maintien de l’ordre comme il les mène à l’intérieur de ses propres frontières, et avec les méthodes vigoureuses qui sont les siennes. Le problème auquel il se heurte est que l’Ukraine est devenue un pays souverain reconnu par la communauté internationale et que ladite communauté n’aime pas que les frontières soient revues, sauf si c’est le fait de ladite communauté, comme au Soudan par exemple.

Un jour, le moment de la diplomatie reviendra et ce texte sera de nouveau sur la table. Il faudra bien céder quelque chose à la Russie et prendre en compte ses peurs, ou même une partie de son Un jour, le moment de la diplomatie reviendra et ce long texte poutinien sera de nouveau sur la table. Il faudra bien céder quelque chose à la Russie et prendre en compte ses peurs, ou même une partie de son interprétation parfois fantasmagorique de l’Histoire. La guerre déclenchée par la Russie une fois terminée devrait au moins permettre de redéfinir les rapports entre ce pays et l’Europe. Demain la Russie sera toujours là, peut-être dirigée par une autre équipe, et il faudra bien trouver un moyen de cohabitation qui risque de se faire au détriment de l’Ukraine qui pourrait être partitionnée ou rendue neutre comme prix à payer pour la paix, au moins pour quelques décennies.

Les facilités accordées à l’immigration des citoyens algériens en France

La proximité des élections présidentielles françaises en avril 2022 relance les débats sur l’immigration en France de personnes issues d’un certain nombre de pays tiers, dont l’Algérie.

Les accords de cessez-le-feu en Algérie du 18/03/1962

Il est régulièrement fait référence aux accords de cessez-le-feu de 1962 dits « d’Evian » comme ayant octroyé un statut spécifique à l’immigration algérienne, hors du droit commun. Une relecture rapide de ces accords, qui comportent onze articles et des déclarations annexes permet de relever la mention suivante dans le chapitre « Déclaration de garantie », 1ère partie, 2ème paragraphe :

Sauf décision de justice, tout Algérien muni d’une carte d’identité est libre de circuler entre l’Algérie et la France. Les Algériens sortant du territoire algérien dans l’intention de s’établir dans un autre pays pourront transporter leurs biens mobiliers hors d’Algérie. Ils pourront liquider sans restrictions leurs biens immobiliers et transférer les capitaux provenant de cette opération dans les conditions prévues par la Déclaration de principes relative à la coopération économique et financière. Leurs droits à pension seront respectés dans les conditions prévues dans cette même déclaration.

Un statut similaire est également prévu pour les Français résidant en Algérie en qualité d’étrangers, 3ème partie, 1er paragraphe :

Les ressortissants français pourront entrer en Algérie et en sortir sous le couvert, soit de leur carte d’identité nationale française, soit d’un passeport français en cours de validité. Ils pourront circuler librement en Algérie et fixer leur résidence au lieu de leur choix. Les ressortissants français résidant en Algérie, qui sortiront du territoire algérien en vue de s’établir dans un autre pays, pourront transporter leurs biens mobiliers, liquider leurs biens immobiliers, transférer leurs capitaux, dans les conditions prévues au titre III de la Déclaration de principes relative à la coopération économique et financière et conserver le bénéfice des droits à pension acquis en Algérie, dans les conditions qui sont prévues dans la Déclaration de principes relative à la coopération économique et financière.

Mais la complication extrême de ces accords fut de régir le statut des Français « pieds noirs » résidant en Algérie avant mars 1962, qu’ils souhaitent rester sur place (une minorité) ou s’exiler (la grande majorité).

En outre, des articles stipulent également l’établissement d’une amnistie pour tous (qui ne fut pas respectée pour les « harkis » qui n’ont pas pu embarquer pour la France et dont beaucoup ont été exécutés), d’une coopération économique et culturelle, la location par la France du port militaire de Mers-el-Kébir pour quinze années, le maintien d’une préférence accordée à la France pour l’exploitation pétrolière dans le Sahara. On sait maintenant qu’existait aussi un protocole annexe secret pour la poursuite des essais nucléaires français dans ce même Sahara.

Le pouvoir des vainqueurs, mais pas toujours…

Nombre de ces engagements n’ont pas été respectés par les parties, chacun devait d’ailleurs le savoir en signant les accords, mais il s’agissait de sortir impérativement du bourbier de cette guerre coloniale. Le Traité de Versailles mettant fin à la première guerre mondiale, les Accords de Paris signés entre le Vietnam et les Etats-Unis d’Amérique, ne l’ont pas plus été. Dans ces contextes de fin de guerre, bien entendu, le vainqueur militaire a bien plus tendance que le vaincu à prendre des libertés avec les engagements qu’il a signés, mais dans le cas du Traité de Versailles c’est pourtant le vaincu qui a violé les accords…

Dans une situation plus pacifique et récente, on voit que le Royaume-Uni n’aura pas mis plus de quelques mois à refuser d’appliquer le volet irlandais des accords de sortie de l’Union européenne qu’il avait pourtant signés peu auparavant.

Ainsi va la vie dans le monde des traités internationaux !

Le décret français de 1969 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles 

Pris six années après la fin de la guerre d’Algérie, un décret du 18/03/1969 signé de MonGénéral, du premier ministre Maurice Couve de Murville et de son ministre des affaires étrangères Michel Debré précise les conditions du statut spécifique accordé aux migrants algériens en France.

Ce texte relatif à « la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles » institue un contingent pluriannuel de travailleurs algériens entrant en France « en vue d’y occuper un emploi fixe ». Ils disposent d’une période de neuf mois pour trouver un emploi, période à l’issue de laquelle leur est délivré un titre de séjour (certificat de résidence) renouvelé gratuitement et automatiquement. Le regroupement familial est également autorisé par ce décret. Les détenteurs de titre de séjour sont ensuite dispensés de visas d’entrée en France.

Evidemment, ce texte datant de 1968 a été amendé au cours du temps mais les citoyens algériens continuent à bénéficier à ce jour de conditions dérogatoires, et plus favorables, au droit commun comme le mentionne le site internet du ministère français des affaires étrangères :

L’entrée des Algériens en France est facilitée (condition d’entrée régulière, et non de visa de long séjour, pour la délivrance de certains titres de séjour). ;

Les Algériens bénéficient de la liberté d’établissement pour exercer une activité de commerçant ou une profession indépendante ;

Les ressortissants algériens peuvent accéder plus rapidement que les ressortissants d’autres États à la délivrance d’un titre de séjour valable 10 ans.

https://www.immigration.interieur.gouv.fr/Europe-et-International/Les-accords-bilateraux/Les-accords-bilateraux-en-matiere-de-circulation-de-sejour-et-d-emploi/L-accord-franco-algerien

Il semble que certains dirigeants français, y compris l’ex-président Sarkozy, aient envisagés de rouvrir la négociation sur ce statut privilégié accordé aux citoyens algériens. Le faire reviendrait à remettre en cause les accords de cessez-le-feu de 1962 et, finalement, personne n’a osé s’y frotter. Eh oui, Alger a aussi des moyens de pression sur Paris et la crise actuelle déclenchée, entre autres, par la liaison faite entre la délivrance de visas (ne pas confondre visa et titre de séjour) et la bonne volonté des pays d’origine à réadmettre leurs ressortissants en situation illégale en France est là pour le rappeler.

Nous verrons sous peu si le prochain pouvoir français issu des élections d’avril 2022, s’il était issu de la « droite dure et décomplexée » osera s’attaquer à ce statut mais il est plus probable que personne ne le fera, préférant laisser le sujet sous le tapis tant il y a de coups à prendre à le sortir de l’oubli. D’ailleurs aucun des candidats ne parle vraiment des accords d’Evian, au-delà des slogans de circonstance sur le « 0 immigration ».

Ce qui ne manque pas d’ironie c’est que l’immigration algérienne est aussi l’un des produits de la guerre coloniale perdue par la France. Il a bien fallu consentir des faveurs pour mettre fin « aux évènements » comme on disait à l’époque. Outre le droit à l’autodétermination accordé en 1962 au « département français » qu’était l’Algérie, les négociateurs français, sous l’autorité de MonGénéral, ont facilité l’accès des ressortissants du pays vainqueur au territoire du pays vaincu ! L’histoire ne dit pas si la demande en avait été faîte par la partie algérienne, mais c’est probable, ce qui accentuerait encore le paradoxe de la situation : le vainqueur veut continuer à pouvoir accéder librement au pays qu’il a défait.

La relecture des accords « d’Evian » permet de penser qu’ils constitueraient un excellent modèle de négociation pour un accord d’accès à d’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, évidemment sans le volet « cessez-le-feu » puisque la France n’est pas à proprement parlé en guerre avec Nouméa, mais tous les autres chapitres seraient quasiment duplicables en l’état pour une relation future entre la France et une Nouvelle-Calédonie indépendante.

« Maison natale Charles de Gaulle » à Lille

Charles de Gaulle est né le 22/11/1890 dans la maison de ses grands-parents maternels à Lille désormais transformée en musée. On y découvre une demeure bourgeoise mais sans ostentation, des pièces aux dimensions modestes, meubles classiques, crucifix et images saintes à tous les étages, petit jardin où le futur général jouait aux petits soldats avec ses cousins. Il n’y avait pas l’eau courante à l’époque mais du personnel pour porter l’eau dans les ersatz de salles de bain.

On ne sent pas encore la grandeur dans cette maison mais l’idée de l’éducation stricte et joyeuse d’un homme qui sera la France et restera sa vie durant attaché à cette région du Nord où il passera de nombreux moments de sa vie.

L’armistice du 11 novembre 1918 met fin au carnage

Le 17 novembre 1918, le capitaine Jacques M. écrivait à sa mère, six jours après l’armistice mettant fin à la guerre contre les « Boches ». Blessé dans la Somme, puis soigné, il avait été renvoyé au front dans l’armée de l’air comme « mitrailleur-observateur » (à cette époque il n’existait pas d’armée de l’air en tant que telle mais les avions et leurs effectifs étaient rattachés à l’armée de terre).

En novembre 1918, il a participé à la victoire de la France, a sauvé sa peau et s’apprête à rentrer chez lui après avoir vécu ce carnage que fut la première guerre mondiale qui marqua le début de la décadence européenne dont le continent ne s’est jamais relevé.

L’allemagne en bas, notre chère Patrie victorieuse à jamais et la fierté d’avoir combattu pour ce triomphe…

L’Allemagne sans majuscule et Patrie avec !

On est un soldat et un fils, et le même éclair de noblesse unit la troupe et ses chefs…

Jacques a retrouvé sa mère et les siens, a fondé une famille, eu trois enfants et quatre petits-enfants, a intégré les réseaux de résistance durant la deuxième guerre mondiale, à nouveau contre les « Boches », fut multi-décoré par la République et s’est éteint en 1970 après une vie ravagée par ces deux conflits sauvages.

Capitaine Jacques M

« Les Olympiades » de Jacques Audiard

Un film agréable sur la jeunesse du quartier parisien « Les Olympiades », autrement dit Chinatown sans le XIIIème arrondissement. On s’aime, on se quitte, on se retrouve, on travaille, on traîne, on se mélange… une existence de personnages sympathiques issus « de la diversité », chacun un peu affublé de ses stéréotypes d’origine et de ses histoires personnelles, mais le tout donne une image bienveillante de ce quartier surgit dans les années 1960, et asiatisé dans les années 1970.

Il existait après la dernière guerre mondiale une zone industrielle sur les quais de Seine accueillant déjà une communauté asiatique travaillant dans les usines. Après la fermeture de ces ateliers, un programme de construction d’immeubles a été promu dans les années 1960 mais plutôt peu apprécié par les Parisiens. Lorsqu’à la fin des années 1970, les « boat-people » fuyant les régimes communiste au Vietnam et maoïste au Cambodge commencèrent à fuir leurs pays, ils trouvèrent refuge en France dans cette zone du XIIIème où existaient de nombreux logements vides, ils trouvèrent naturellement refuge dans ce qui est devenu le Chinatown parisien. Cet afflux des « boat-people » marqua aussi en France la réconciliation entre Sartre et Aron qui allèrent ensemble à l’Elysées demander des visas pour ceux qui fuyaient le communisme au risque de leurs vies en s’embarquant sur de frêles esquifs en mer de Chine. Quelques photos montrent ces deux-là en 1979 sur le perron de la présidence en compagnie d’André Gluksmann. Déjà très affaibli par plusieurs attaques cérébrales, Sartre décèdera en 1980.

Les plus anciens ne peuvent s’empêcher de repenser à cette époque en visionnant le film d’Audiard, c’est aussi à celà que sert parfois le cinéma !

Lire aussi : Paris XIII : un riche passé industriel

Un ambassadeur très souvent dans l’avion

Alger vient de rappeler son ambassadeur « pour consultation » comme point d’orgue d’une accumulation de reproches faits à la France ces dernières semaines. Les hostilités avaient déjà démarré dans une époque récente en mai dernier avec, déjà, le rappel de l’ambassadeur algérien, à la suite de la diffusion d’un documentaire sur France 5 sur les mouvements de jeunes anti-pouvoir (le Hirak). En réalité, les hostilités diplomatiques n’ont jamais cessé depuis 1962, année où l’Algérie est devenue indépendante.

Cette fois-ci deux évènement ont entraîné l’ire du pouvoir algérien : la réduction des visas français à octroyer aux citoyens algériens à titre de sanction du fait que l’Algérie refuse de réadmettre les Algériens faisant l’objet d’une expulsion du territoire français d’une part, et les propos du président français devant un groupe de jeunes de la troisième génération dont les ancêtres ont été concernés par la guerre d’Algérie, d’une façon ou d’une autre : petits-enfants de combattants du FLN, de militaires français, de harkis ou de « pieds-noirs » rapatriés. Français, algériens ou binationaux, ils ont débattu avec Emmanuel Macron sur la tragédie algérienne. Ce groupe de jeunes a été constitué dans la suite du rapport Benjamin Stora sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie et se réunit régulièrement afin de produire des propositions au président en vue de la réconciliation algéro-française. Le déjeuner à l’Elysée du 30 septembre constituait un point d’étape de cette vaste tâche.

Quelques jours auparavant, le 20 septembre, le président avait officiellement demandé « pardon » et annoncé des compensations financières à verser par les contribuables français aux descendants des harkis :

« Aux combattants abandonnés, à leurs familles qui ont subi les camps, la prison, le déni, je demande pardon, nous n’oublierons pas »

Ce « pardon » venait après la reconnaissance par le président Hollande en septembre 2016 de la « responsabilité » française dans le sort des harkis :

« [des] responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines de ceux transférés en France »

Lire aussi : https://rehve.fr/2016/09/la-republique-reconnait-sa-culpabilite-dans-le-massacre-des-harkis-dans-algerie-post-independance/

Des journalistes assistaient au déjeuner du 30 et en ont rapporté quelques propos tenus par le président et ce sont justement une partie de ceux-ci qui ont déclenché ce énième incident diplomatique avec Alger avec remise de son ambassadeur dans un avion pour le sud. Au milieu d’échanges qui paraissent plutôt apaisés et intelligents M. Macron a évoqué « l’histoire officielle » réécrite par un « système politico-militaire » basée sur « la haine de la France », une « rente mémorielle ». N’en jetez plus, c’en était trop pour les autorités algériennes !

La France s’épuise à essayer de se faire pardonner son errance coloniale. Depuis l’élection en 2017 de M. Macron, Paris a reconnu les assassinats par l’armée française d’un certain nombre de combattants et intellectuels algériens après avoir déclaré à Alger lorsqu’il était candidat que la colonisation était un « crime contre l’humanité ». Le rapport de Benjamin Stora qui a eu accès aux archives françaises, déclassifiées pour l’occasion, a été mal reçu de l’autre côté de la Méditerranée. Stora, bien que né en Algérie, est français et considéré dans son pays d’origine comme subjectif et son travail comme une affaire franco-française. Il est disqualifié d’office. A peu près au moment où M. Stora a été mobilisé pour son étude (juillet 2020), un rapport sur le même sujet a été commandé par le gouvernement algérien à l’historien Abdelmadjid Chikhi. Il n’est malheureusement pas encore disponible et l’on ne sait même pas si l’idée de sa production n’aurait pas été abandonnée.

Devant cette impossible réconciliation on se demande même si la revendication ultime de l’Algérie était consentie par Paris, des excuses officielles et des compensations financières, changerait vraiment les choses.

Lire aussi : https://rehve.fr/2021/04/stora-benjamin-rapport-sur-les-questions-memorielles-portant-sur-la-colonisation-et-la-guerre-dalgerie/

Communiqué de la Présidence de la République [algérienne] du 02/10/2021

A la suite des propos non démentis que plusieurs sources françaises ont attribué nommément au Président de la République française, l’Algérie exprime son rejet catégorique de l’ingérence inadmissible dans ses affaires intérieures que constituent lesdits propos.

Les propos en question portent une atteinte intolérable à la mémoire des 5.630.000 valeureux martyrs qui ont sacrifié leurs vies dans leur résistance héroïque à l’invasion coloniale française ainsi que dans la Glorieuse Révolution de libération nationale, les crimes de la France coloniale en Algérie sont innombrables et répondent aux définitions les plus exigeantes du génocide contre l’humanité.

Ces crimes qui ne sont pas prescriptibles, ne sauraient faire l’objet d’une manipulation des faits et d’interprétations atténuantes.

La propension des nostalgiques de l’Algérie française et des milieux qui se résignent difficilement à l’indépendance pleine que les Algériens ont gagnée de haute lutte, s’exprime à travers de vaines tentatives d’occulter les exactions, massacres, enfûmades, destructions de villages, des centaines de Oradour-Sur-Glane, éradications de tribus de résistants, qui sont des génocides en séries que les acrobaties conceptuelles et les raccourcis politiques ne parviendront jamais à occulter.

Pour leur part, les appréciations superficielles, approximatives et tendancieuses énoncées en ce qui concerne l’édification de l’Etat national algérien ainsi que sur l’affirmation de l’identité nationale relèvent d’une conception hégémonique éculée des relations entre Etats et ne sauraient, en aucune façon, être compatibles avec le ferme attachement de l’Algérie à l’égalité souveraine des Etats.

Cette malencontreuse intervention qui heurte fondamentalement les principes devant présider à une éventuelle coopération algéro-française en matière de mémoire, a l’incorrigible défaut de tendre vers la promotion d’une version apologique du colonialisme au détriment de la vision établie par I’Histoire de la légitimité de luttes de la libération nationale, alors que rien ni personne ne peut absoudre les puissances coloniales de leurs crimes, y compris les massacres du 17 octobre à Paris dont l’Algérie et sa communauté établie en France s’apprêtent à commémorer dans la dignité.

Face à la situation particulièrement inadmissible engendrée par ces propos irresponsables, le président de la République, Monsieur Abdelmadjid Tebboune, a décidé le rappel immédiat en consultations de l’ambassadeur d’Algérie auprès de la République française.

Exil afghan

Comme à l’issue de chacune de ces guerres post-coloniales (Vietnam, Angola, plus anciennement Algérie) des mouvements importants de réfugiés fuyant Afghanistan sont en cours une fois annoncé le départ de ou des puissances occupantes. Les supplétifs afghans des armées occidentales craignant les règlements de compte de la part des nouveaux dirigeants essayent d’obtenir des sauf-conduits pour être exfiltrés vers ces pays. Ils ne demandent évidemment pas à partir vers le Qatar ou les pays du Golfe Persique mais vers les pays occidentaux. Bien entendu des personnages peu recommandables vont certainement se faufiler dans ces flux de migrants comme ce fut le cas lors de la crise migratoire syrienne de 2015, c’est inévitable et même les critères de sélection les plus exigeants ne pourraient les identifier quant on voit les conditions dans lesquelles se déroule cette fuite éperdue de certains Afghans de leur pays.

La vengeance des vainqueurs et l’exil des vaincus sont des conséquences vieilles comme le monde de ce type de conflits. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles il ne faut pas les mener. La France, hélas, est passée par ces malheureuses étapes comme vainqueur et comme vaincue. En 1944-1945 après la défaite de l’Allemagne, une épuration extra-judiciaire aurait fait environ 10 000 morts exécutés sommairement, surtout par des résistants dont certains n’avaient de « résistant » que le nom mais songeaient plutôt à régler des comptes personnels ou à s’approprier les biens des fusillés. Pendant ce temps, en septembre 1944, le maréchal Pétain, accompagné de dirigeants vichystes, partait s’exiler à Sigmaringen, une enclave française spécialement crée en Allemagne par les Nazis pour accueillir les derniers « collabos ». En avril 1945, la défaite totale de l’Allemagne mit fin à cette fiction et Pétain se livra aux nouvelles autorités françaises. Condamné à mort par la justice républicaine il fut gracié ce qui n’a pas été le cas de nombre de ses collègues (Déat, Darnan, Luchaire…). Beaucoup d’intellectuels qui avaient pactisés avec l’ennemi choisirent aussi l’exil à la Libération, comme Céline, ou furent condamnés à mort et exécutés (Brasillach, …). Drieu la Rochelle quant à lui s’est suicidé alors qu’il allait être arrêté.

A peine dix ans plus tard la France perd sa guerre coloniale d’Indochine à la bataille de Diên Biên Phu en mai 1954 et quitte piteusement ses colonies asiatiques. Hélie Denoix de Saint Marc, ancien déporté, officier de la Légion étrangère, racontera comment ses hommes durent repousser durement leurs supplétifs Hmong qui, comprenant que les troupes françaises allaient les abandonner, s’accrochaient désespérément à leurs camions.

Et encore moins de dix ans plus tard, l’histoire se renouvelait en Algérie où la France, après sa défaite matérialisée dans les « accords d’Evian » laissa sur place une grande partie de ses supplétifs, les « harkis » qui furent massacrés par l’Algérie indépendante souvent après d’atroces tortures. La partie algérienne qui s’était engagé à ne pas mener de représailles physiques contre ces harkis n’a pas bien entendu respecté ses engagements. Les historiens estiment qu’entre 60 et 80 000 furent tués pendant qu’environ 40 000 furent accueillis en France. Ce fut d’ailleurs l’un des motifs pour lesquels des officiers comme Denoix de Saint Marc participèrent au putsch d’Alger en 1961, se refusant à abandonner une nouvelle fois ceux qui avaient combattu à leurs côtés.

Après la retraite américaine du Vietnam en 1975, les sud-vietnamiens pro-occidentaux qui n’ont pas pu émigrer aux Etats-Unis d’Amérique ont passé quelques années dans les camps de rééducation communistes dont certains n’y ont pas survécu. On se souvient des images des grappes de réfugiés accrochés aux hélicoptères US qui n’arrivaient même plus à se poser sur le toit envahi de l’ambassade américaine. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce sont aujourd’hui plus ou moins des scènes similaires que l’on voit sur l’aéroport de Kaboul.

Evidement, chacun voit midi à sa porte et est persuadé que la guerre qu’il mène est la bonne. Si peu de monde fut en faveur des puissances de l’Axe défaites en 1945 (mais il y en eut quand même), les guerres de décolonisation et post-coloniales ont entraîné des attitudes très partagées de la communauté internationale. C’est d’ailleurs peut-être la raison principale pour laquelle elles se sont toutes terminées en faveur des pays occupés par des forces étrangères, quelles que soient les raisons de cette occupation. L’expérience en cours de l’OTAN en Afghanistan, après celle des Soviétiques dans les années 1980, montre une fois encore l’inutile et dangereuse prétention qu’il y a à vouloir changer un pays contre l’avis de la majorité de sa population. Cette dernière l’emporte quasiment systématiquement, et malheur alors aux minorités !

La France doit méditer cette histoire pour son combat militaire en cours au Sahel auquel il va falloir mettre fin un jour, et le plus vite sera le mieux. Il restera ensuite le cas du Tibet occupé par la Chine mais la puissance et les méthodes de cette dernière rendent peu probable sa résolution à court terme. Il n’est toutefois pas exclu que la sinisation de cette région menée à marche forcée par Pékin échoue, un jour, face à la résistance acharnée des Tibétains.

Au Grand Balcon à Toulouse

Dans les chambres de l’Hôtel du Grand Balcon erre l’âme de Saint-Exupéry dont la chambre n°32 donnait sur la place du Capitole. Mermoz occupait la n°20.

Saint-Ex, Guillaumet et Mermoz dans la salle à manger du Grand Balcon

Crée dans les années 1920 par Pierre-Georges Latécoère à Toulouse, la Compagnie générale aéropostale avait pour mission de transporter le courrier aérien à travers l’Atlantique et le sous-continent sud-Américain. Ainsi naquit l’une des plus formidables aventures aéronautiques racontée, notamment, dans certains romans d’Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944), célèbre écrivain et l’un des pilotes de l’Aéropostale, mais aussi par Joseph Kessel (1898-1979), autre écrivain-aventurier, grand ami de Mermoz (1901-1936) dont il écrivit la biographie. Le Grand Balcon à Toulouse était le camp de base de cette folle épopée dont beaucoup des acteurs moururent en vol pour faire passer le courrier coûte que coûte, sous les ordres du sévère Didier Daurat (1891-1969), directeur de l’exploitation de la compagnie.

La CGT à Toulouse

La Bourse du travail de Toulouse rend hommage dans son hall d’entrée à Georges Séguy (1927-2016), ex-secrétaire général du syndicat CGT. Né à Toulouse, fils de cheminot syndicaliste CGT, militant communiste, il est embauché durant la dernière guerre mondiale dans une imprimerie qui travaille clandestinement pour la résistance. Dénoncé, il est arrêté en 1944 avec tous ses collègues puis déporté à Mauthausen. Il en survit. Après sa libération il est embauché à la SNCF, adhère au parti communiste français et progresse dans la hiérarchie syndicale de la CGT dont il deviendra secrétaire général de 1967 à 1982, y compris donc durant les émeutes de l’année 1968.

Le mémorial de Montmormel

Août 1944, les alliés enferrent les troupes allemandes dans la « poche de Falaise », entre Argentan et Vimoutiers en Normandie. Le débarquement a commencé sur les plages le 6 juin 1944 et les libérateurs se dirigent vers l’Est, ils atteindront Berlin presqu’un an plus tard, et vers l’ouest breton d’où ils délogeront les troupes allemandes tapies dans les derniers ports qu’elles tiennent.

Après de gros efforts et des pertes importantes, les troupes alliées sont parvenus à s’extraire des plages du débarquement. Du 6 au 13 août elles font face à une contre-offensive allemande vers Avranches pour tenter de couper les lignes américaines. C’est un échec et les allemands sont enfermés dans la « poche de Falaise » que domine la colline sur laquelle est établi le musée, la côte 262 nord sur le mont Ormel. 50 000 soldats ennemis seront faits prisonniers, 10 000 seront tués mais une partie des divisions blindées SS parviendra à s’échapper pour fuir vers la Seine. La colline est tenue par la 1ère division blindée polonaise du général Maczek qui aura un comportement héroïque et à qui est dédié ce mémorial. Ce sera le dernier gros affrontement de la bataille de Normandie. La suite mènera à la jonction des alliés avec l’armée rouge à Berlin et la reddition de l’Allemagne nazie

Le musée du Mémorial a été rénové en 2019. Les batailles sont présentées avec des animations vidéo. Un film fait parler les vétérans, y compris un ancien officier SS… Et les spectateurs terminent la visite dans une vaste rotonde qui domine les lieux où se déroula la bataille, aujourd’hui calmement occupés par les vaches dans les champs. Des photos d’époque sont exposées au pied des baies vitrées rappelant le chaos que fut cette zone bombardée jour et nuit par l’aviation et l’artillerie. On y voit un enchevêtrement de cadavres de soldat, de blindés et de matériels pulvérisés, de chevaux morts. Le passage encore ouvert dans cette nasse par lequel fuyaient les troupes allemandes fut baptisée « le couloir de la mort ». La côte 262 et les soldats polonais qui la tenaient étaient aux premières loges. Visitant les lieux, le général Eisenhower les qualifiera de « l’une des plus grandes tueries de la guerre ».

Après la guerre, la Pologne communiste retirera sa nationalité au général Maczek car il combattit les bolchéviques lorsque ceux-ci se partageront la Pologne avec les nazis en application du pacte Après la guerre, la Pologne communiste retirera sa nationalité au général Maczek car il combattit les bolchéviques lorsque ceux-ci se partageront la Pologne avec les nazis en application du pacte germano-soviétique de 1939. Il resta exilé au Royaume-Uni, ne reçut aucune rémunération/retraite de Londres, et encore moins de Pologne. Il travailla notamment, comme serveur dans un bar d’Edimbourg où certains clients se mettaient au garde-à-vous devant lui. C’est seulement en 1989, après la chute du Mur de Berlin que le dernier gouvernement polonais lui présentât des excuses publiques et le rétablit dans sa citoyenneté polonaise. Il est mort à Édimbourg en 1994 à 102 ans.

Musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin

Un nom un peu long pour un petit musée très intéressant sur la libération de Paris en août 1944. Complètement rénové, il a été déménagé en 2019 de la gare Montparnasse à Denfert-Rochereau à l’occasion du 75ème anniversaire de la libération de Paris, dans le bâtiment même dont le sous-sol avait été transformé en quartier général du commandement de la résistance parisienne lors des combats d’août 1944 autour de l’entrée de la 2ème division blindée commandée par Leclerc dans la capitale.

Le musée est aussi consacré à Jean Moulin et au général Leclerc dont les vies sont retracées avec de nombreux documents d’époque. Le premier était déjà mort dans les prisons de la Gestapo à la Libération de Paris dont le second a été un acteur important. On découvre leurs parcours entremêlés avec les heures décisives des combats de Paris en 1944. Des vidéos connues, le célèbre discours de de Gaulle à l’Hôtel de Ville « … mais Paris libéré… », le voyage de Pétain en mars 1944 venu dans la capitale pour compatir avec les victimes des bombardements aériens alliés, la reddition des nazis le 25 août, les derniers bombardements allemands du 26…

En descendant 100 marches on se retrouve dans les caves qui avaient été aménagées pour être un abri de défense passive et accueillir les personnels de l’administration parisienne qui travaillaient dans le bâtiment du rez-de-chaussée donnant sur la place Denfert-Rochereau. Cet abri est devenu le quartier général de colonel Rol-Tanguy, chef (communiste) des Forces françaises de l’intérieur (FFI) de la région parisienne qui participèrent à l’insurrection de Paris durant ces heures décisives d’août 1944. Le visiteur se promène avec un casque de réalité virtuelle sur la tête en suivant le soldat Jean qui le fait pénétrer dans les salles reconstituées numériquement avec les personnages animés qui les occupaient : le standard téléphonique, les bureaux du colonel Rol et celui de Madame qui lui servait d’assistante…

Un beau musés dédié aux grandes heures des combats pour la Liberté animées par des grands hommes et des anonymes. Quelle époque !

« Nous vous aimons, Madame » ‘Simone Veil 1927-2017’ à l’Hôtel de Ville de Paris

La mairie de Paris organise plusieurs évènements en souvenir de Simone Veil (1927-2017), personnage politique consensuel d’une grande élévation, qui a parcouru les drames du XXème siècle sans rien abdiquer de ses principes renforcés à la terrible expérience des camps d’extermination nazis.

La salle d’exposition de la rue de Lobau retrace la vie de Simone Veil avec photos, vidéos et documents historiques, objets marquants dont son épée d’académicienne marquée de son numéro de déportée 78651 tatoué sur son bras gauche, du nom du camp de Birkenau, les devises française « Liberté, égalité, fraternité » et européenne « Unie dans la diversité », les flammes symbolisant les fours crématoires mais aussi deux mains jointes pour rappeler la fraternité.

Née dans une famille juive (Jacob) non pratiquante plutôt bourgeoise, enfance à Nice, vacances à la montagne ou à La Ciotat, entrée dans la clandestinité en 1944 pour échapper aux rafles anti-juives avant d’être arrêtée avec toute sa famille en mars de cette même année, le retour en en France en 1945, sans ses deux parents et son frère assassinés sur place, les études de droit, son mariage avec Antoine Veil (1926-2013) rencontré à Sciences-Politiques et l’amorce d’un long et brillant parcours dans la magistrature puis la politique. Chaque étape de cette vie foisonnante est restituée dans les salles d’exposition jusqu’à son entrée à l’Académie française où Jean d’Ormesson l’accueillera avec émotion et cette phrase partagée par beaucoup : « Nous vous aimons, Madame », puis son entrée au Panthéon avec son mari, quelques mois après son décès en 2017.

On s’attarde sur sa foi et son expérience européennes, elle fut présidente du parlement européen en 1979, son combat pour faire voter une loi en France sur l’interruption volontaire de grossesse en 1974, et on relit avec consternation les attaques dont elle fut l’objet de la part de parlementaires conservateurs et d’anonymes, allant même jusqu’à la traiter de nazie à la tribune de l’assemblée nationale ou via des lettres anonymes d’insultes… On s’émeut devant ses témoignages de l’horreur nazie qu’elle vécut de l’intérieur qu’elle rapporte via d’innombrables cérémonies, souvenirs, visites des camps, interviews, engagements notamment à la présidence de la « Fondation pour la mémoire de la Shoah »… et dont elle parle inlassablement toujours avec cette indicible tristesse de ceux qui sont revenus de la barbarie et ne s’en sont jamais remis.

Une intéressante exposition sur une femme politique que « nous aimons » bien sûr, et dont nous regrettons encore plus la stature quand on la compare au niveau des débats politiques actuels.