Quoi de neuf ?

Les séditieux espagnols remettent le couvert

Après avoir organisé un référendum en Catalogne que le pouvoir espagnol a jugé inconstitutionnel mais que les partis indépendantistes ont emporté, leurs principaux dirigeants se sont soit retrouvés en prison pour sédition, soit exilés à l’étranger pour fuir la justice. Pour essayer de sortir de cet imbroglio politico-juridique, de nouvelles élections parlementaires ont été officiellement tenues en Catalogne qui ont de nouveau donné la majorité aux partis indépendantistes. Les séditieux emprisonnés ou exilés ont généralement été également réélus et on ne sait pas très bien à ce stade comment ils pourront siéger au parlement !

Si les électeurs unionistes de la Catalogne autonome continuent à être mis en minorité dans toutes les élections il va commencer à devenir difficile de continuer pour le pouvoir central à s’opposer au démantèlement du pays, sinon par la force ce qui ne serait bon pour personne.

On ne sait pas bien comment ni quand tout ceci va se terminer, mais que de temps et d’argent perdus pour des illusions, des combats de coqs sur le fumier, des querelles d’égoïsmes régionaux… La tentation de nos démocraties repues à s’autodétruire est parfois inquiétante.

Dépression au-dessus d’un aéroport

La décision d’agrandissement de l’aéroport de Nantes a été prise par l’Etat au détriment de la construction d’un nouvel aéroport sis sur la commune de Notre Dame des Landes. Ce sujet ne serait pas d’une importance notable s’il n’avait été consciencieusement monté en épingle depuis 50 ans par une classe politique et médiatique très éloignée de ce que les citoyens contribuables en attendent.

Annoncé aujourd’hui, ce choix d’investissement déclenche depuis un déferlement de platitudes et de bagarres médiatiques dont le niveau relève d’une beuverie de fin de mariage de province. Les arguments volent en escadrilles et les mêmes sont utilisés et retournés par les partisans de la décision comme par leurs adversaires et vice-versa. Les avions vont s’écraser sur la ville de Nantes, le lac de Triffouillis-les-trompettes va être pollué, l’aéroport va saturer, le développement économique de tout le Grand Ouest va péricliter, c’est un déni de démocratie, une trahison du Grand Ouest, et patati, et patata…

En face les partisans de cette décision pavanent : grande victoire pour les opposants, pour l’environnement et pour l’intérêt général, la raison a prévalu, décision responsable qui récompense des années de résistance locale, d’expertise citoyenne et de mobilisation nationale, le bon sens l’a emporté et l’intérêt général a fini par prévaloir, etc. etc.

A la vérité personne ne peut vraiment savoir à ce stade si le choix fait est le bon ou pas et seul l’avenir le dira. Prévoir ce que serait le trafic aérien d’un aéroport de province dans les vingt ans à venir est juste impossible ! Alors félicitons-nous, une décision a été prise, respectons là et passons à autre chose. Que la politicaille délaisse ses tweets sur le sujet et se mette au boulot sur nombre des autres pour lesquelles elle est attendue, et rémunérée.

Il y a une quinzaine d’années, le projet similaire du transfert de l’aéroport de Toulouse avait été stoppé. Les mêmes cassandres prévoyaient la saturation du site actuel qui finalement n’a pas encore eu lieu. Et puis s’il faut ressortir le dossier d’un transfert de l’aéroport de Nantes dans 15 ou 20 ans, et bien on le fera et on agira en fonction du bien public et non au gré des égos de petits marquis locaux.

Nabilla et le bitcoin


Nabilla, starlette de la télévision, poitrine démesurée et neurones raréfiés, fait la promotion d’une plate-forme de commercialisation de « bitcoin », nouvel furie spéculative qui occupe les traders-fraudeurs à la recherche d’émotions financières et de gogos à gruger.

… Je connais l’une des filles qui travaille (SIC) avec un trader qui sont à fond dans le bitcoin, c’est un peu la nouvelle monnaie genre la monnaie du futur et donc en fait j’trouve que c’est assez bien, et comme en ce moment c’est grave en train de se développer ils ont créé un site… Même si vous z’y connaissez rien ça vous permet de gagner de l’argent sans investir beaucoup… etc. etc.

Tout un symbole de notre époque : gros seins et argent clinquant, quelle tristesse ! Plus pernicieux en utilisant les services publicitaires de ce personnage, les spéculateurs cherchent à ferrer des jobards à escroquer et il n’y a pas de doute que la clientèle de Nabilla va se faire dévaliser par les trader-fraudeurs, experts en la matière.

L’Autorité des marchés financiers (AMF) a estimé qu’il y avait danger et a publié un avertissement sur Twitter. Pas sûr que les followers de l’AMF soient les mêmes que ceux de Nabilla.

BADIOU Alain, ‘Notre mal vient de plus loin – Penser les tueries du 13 novembre’.

Sortie : 2016, Chez : Ouvertures Fayard

Ce court texte est la transcription d’un séminaire prononcé le 23/11/2015 par le philosophe aux idées sérieusement ancrées dans le marxisme. Tentant de surmonter l’hébétement qui s’est emparé du pays après la tuerie de masse islamiste il cherche à rendre intelligibles ces actes qui dépassent l’entendement pour nombre d’entre nous.

Evidemment c’est du Badiou, donc le capitalisme et ses pratiques impériales sont au centre de tout, c’est lui qui définit les notions de « barbarie » ou de « civilisation », c’est lui qui qualifie de « coloration religieuse » les massacres perpétrés par « les bandes fascistes » des groupes terroristes Etat islamiste et assimilés. Badiou considère que ces bandes armées ne font qu’occuper le terrain dévasté par le système capitaliste, leur engagement religieux de façade étant similaire aux bondieuseries de la mafia, ou au soutien de l’Eglise catholique aux massacres des troupes de Franco en leurs temps.

Les inégalités mondiales générées par le libéralisme occidental auraient enfanté ce nihilisme qui n’est pour le penseur qu’un nouveau fascisme contemporain dont les tueurs développent ce coté « Viva la Muerte » qui anima aussi les jeunes français collabos des nazis qui profitait de leurs positions pour faire n’importe quoi et tuer tout le monde. Leur imam alors était Pétain !

Comme Phèdre à qui Racine fait avouer son amour qu’elle estime criminel, Alain Badiou conclut :

« Nous pouvons dire aussi que notre mal vient de plus loin que l’immigration, plus loin que l’islam, que le Moyen-Orient dévasté, que l’Afrique soumise au pillage… Notre mal vient de l’échec historique du communisme. Donc il vient de loin, en effet. »

S’il n’est pas sûr qu’un communisme victorieux eut permis d’éviter ces tueries à « coloration religieuse » ont peut au moins convenir avec Badiou que le capitalisme occidental n’a pas su les empêcher d’arriver.

COSTELLO Elvis, ‘Musique Infidèle & Encre Sympathique’.

Sortie : 2015, Chez : Fayard.

L’autobiographie de l’un des rockers britanniques les plus prolixes des quarante dernières années. Fils et petit-fils de musiciens, Elvis Costello (Declan Patrick MacManus de son vrai nom) est d’origine irlandaise, bien sûr, et a surfé sur la vague post-punk pour mettre sa vie en musique et en folie. Il a su digérer un incroyable micmac d’influences musicales qui lui ont été insufflées presque génétiquement par les générations de musiciens qui l’ont précédé : jazz, blues, rock, country, classique, et bien d’autres.

Eveillé au rock par la rébellion punk il a tout de suite canalisé cette énergie en l’intellectualisant grâce à une facilité d’écriture de textes percutants et ciselés, et de composition d’une musique du même acabit. Accompagnés de groupes successifs (The Attractions, The Imposters…) il a sorti un nombre incalculable de disques, une productivité digne de Zappa, et il reste probablement des centaines de morceaux en réserve…

Ayant finalement connu un succès assez rapide avec The Attractions, il raconte dans ce livre cette vie trépidante de la fin des années 70′ à courir les scènes rock du monde et les studios d’enregistrement pour y graver ses idées musicales aussi prolifiques que désordonnées. Une époque pressée, excessive, peuplées de découvertes sans fin. Un temps finalement à l’unisson de sa musique faite de chansons courtes et sèches, au son rugueux juste adouci par le clavier du fidèle Steve Nieve (un jeu de mot avec Naive).

Et puis Elvis s’est progressivement assagi et il a duré. Multipliant les collaborations avec de nombreux artistes, dont certains qu’il n’aurait jamais espéré rencontrer un jour et encore moins pour composer avec eux ou pour eux (Hank Williams, Van Morisson, Roy Orbinson, Paul McCartney, Jerry Lee Lewis, Chet Baker…), il s’est ouvert à toute la musique, y compris classique. Reconnu comme un auteur-compositeur hors norme et une Péronne qui compte dans la culture musicale contemporaine.

Sa vie sentimentale fut aussi « diversifiée » que ses influences, il épousa notamment la bassiste des Pogues (dans le genre punk-trash) et file maintenant le parfait amour depuis dix ans avec Diana Krall, subtile et délicate pianiste-chanteuse de jazz…

Ses textes parlent des choses de la musique et de la vie dans un style dynamique à l’humour tout britannique. 800 pages dédiées au destin musical de la famille MacManus, pleines de tendresse à l’égard de ses ancêtres dont le souvenir parcourt ses chansons. Veronica, composée avec McCartney, sur la maladie d’Alzheimer de sa grand-mère :

« Will you wake from your dream, with a wolf at the door
Reaching out for Veronica? »

Et lorsque son père et complice en musique décède il note qu’il va lui falloir du temps « pour accepter l’idée d’écrire des chansons que je ne pourrais jamais jouer pour mon père. L’observer tandis qu’il écoutait un disque était pour moi quelque chose d’irremplaçable. Il est des chagrins que la musique ne peut soigner. »

Après Keith Richard, Bruce Springsteen, Joe Jackson, Neil Young… Elvis Costello a sorti son autobiographie. Même si nombre d’entre eux sont toujours actifs, les rockers de cette génération commencent à tirer leur révérence. C’est un bienfait qu’ils écrivent ce que fut leurs vies et dévoilent ce processus créatif si mystérieux.

« Il n’existe pas de musique supérieure. Pas de haut ni de bas. Ce qui est merveilleux, c’est qu’on n’est même pas tenu de choisir : on peut tout aimer. Ces chansons sont là pour nous aider quand on en a la plus besoin. On peut tomber sur l’une d’elles à tout moment, bienfait émergeant du bruit dans n’importe quel bouge en sous-sol ».

Concours de zizis : Trump vs. Kim

Les présidents des Etats-Unis et de Corée de Nord continuent à jouer au jeu de celui qui fait pipi le plus loin dans la cour de maternelle 2ème année. L’américain écrit en substance :

« Le leader nord-coréen Kim Jong-un vient d’affirmer que le “bouton nucléaire est sur son bureau en permanence”. Est-ce que quelqu’un de son régime appauvri et affamé pourrait-il l’informer que moi aussi j’ai un bouton nucléaire, mais il est beaucoup plus gros et plus puissant que le sien, et il fonctionne ! »

Tout ceci est symptomatique du niveau de responsabilité de ces gouvernants et tout de même un peu effrayant.

Le pape des catholiques discourt

Comme le veut la tradition, le pape François 1er discours à tout va en ces périodes de fête de la nativité : bénédiction dite urbi et orbi (à la ville [de Rome] et à l’univers) dans laquelle on prie pour tous les malheurs du monde et on appelle à l’humilité et l’amour du prochain, messe de minuit, homélies diverses mais surtout les vœux à la Curie, sorte de gouvernement de l’Eglise catholique, une Curie que le bon François cherche à réformer avec difficultés et assez peu de résultats. Il a donc asséné à une assemblée de prélats pourpres et campés sur leurs conservatismes quelques vérités censées remuer ceux qui ne s’étaient pas endormis :

Et parlant de la réforme me vient à l’esprit l’expression sympathique et significative de Mgr Frédéric-François-Xavier De Mérode : «faire les réformes à Rome c’est comme nettoyer le Sphinx d’Égypte avec une brosse à dents». Ceci met en évidence combien il faut de patience, de dévouement et de délicatesse pour atteindre cet objectif, dans la mesure où la Curie est une institution ancienne, complexe, vénérable, composée d’hommes provenant de diverses cultures, langues et constructions mentales, et que, structurellement et depuis toujours, elle est liée à la fonction de primauté de l’Evêque de Rome dans l’Eglise, c’est-à-dire à l’office “sacré” voulu par le Christ Seigneur lui-même pour le bien de tout le corps de l’Eglise (ad bonum totius corporis).

Ceci est très important pour dépasser cette logique déséquilibrée et dégénérée des complots et des petits cercles qui, en réalité, représentent – malgré toutes leurs justifications et leurs bonnes intentions – un cancer qui conduit à l’autoréférentialité, qui s’infiltre aussi dans les organismes ecclésiastiques en tant que tels, et en particulier chez les personnes qui y travaillent. Mais quand cela se produit, la joie de l’Evangile, la joie de communiquer le Christ et d’être en communion avec lui, se perd ; la générosité de notre consécration se perd (cf. Ac 20, 35 et 2Co 9, 7).

En d’autres termes : « remuez-vous bande de fainéants improductifs et incapables sinon vous allez disparaître ! » Pas sûr que ce discours fasse vraiment bouger une Eglise figée sur ses principes et ses corporatismes. L’avenir le dira !

La suite sur : Vœux à la Curie : le texte intégral du discours du Pape François

TOLHURST Lol, ‘Cured – Two Imaginary Boys’.

L’autobiographie de Lol Tolhurst, batteur historique du groupe de légende The Cure : c’est l’histoire d’une bande de potes, adolescents à Crawley, une banlieue populaire au sud de Londres dans l’Angleterre dépressive de la fin des années 70′. En pleine explosion punk et pour lutter contre la morosité ambiante et la grisaille britannique, ils se réunissent sous l’égide de Robert Smith pour créer le son d’une génération.

Tolhurst démarra comme batteur et poursuivit aux claviers. Sérieusement alcoolique il sera finalement viré du groupe (en 1989) qui poursuivit sa route avant des retrouvailles pour une tournée revival en 2011 après qu’il eut réglé son addiction (d’où le titre « Cured »).

Ces mémoires reviennent sur la créativité de Robert Smith qui prit rapidement l’ascendant artistique sur ce groupe de copains musiciens. On est fasciné de se remémorer le parcours de ces gamins qui ont écrit « Boys don’t cry » ou « 10:15 Saturday night » à 18 ans, les ont répétés dans la cave de leurs parents puis déployés sur les plus grandes scènes de la planète. Au hasard des dérives des uns et des autres ils ont su garder cohésion et amitié depuis 40 années, fidèles à leur musique et à leur destin.

Après la violence révolutionnaire du mouvement punk, ils ont mené avec constance et brio ce qui a été alors appelé la cold wave, marquée par un penchant un peu tristoune accentué encore par la voix torturée et les textes de Robert Smith. Mais ce fut une mélancolie salvatrice pour nombre d’adolescents de l’époque et, aujourd’hui encore, The Cure continue à sortir des disque et tourner pour ces anciens teenagers qui continuent à vénérer ce groupe.

Lol Tolhurst n’est plus que rarement de la partie mais son livre se termine par sa victoire dans son combat contre l’alcoolisme et sa réconciliation avec le reste de la bande. Installé à Los Angeles avec sa femme et son fils il a retrouvé une vie apaisée qui lui a permis de revenir à la musique avec un groupe fondé avec son épouse. Une belle histoire de musique et de rédemption.

Gauguin l’alchimiste


Exposition Gauguin au Grand Palais : intitulées « L’Alchimiste » elle montre ses peintures mais aussi les nombreuses autres cordes qu’il avait à son arc artistique, céramique, sculpture sur bois, gravures, zincographie… Artisan expérimentateur, observateur voyageur, attiré par le primitif Gauguin (1848-1903) retranscrit ce qu’il découvre avec toujours un aspect brut qui le caractérise. Même ses autoportraits présentent ce côté rude.

Après avoir abandonné son métier d’agent de change il se consacre à l’art et inspire son œuvre de nombreux voyages dont il a peut-être attrapé le virus pour avoir passé les six premières années de sa vie au Pérou. La Bretagne, le sud de la France, les Antilles et, bien sûr la Polynésie où il s’installera longuement et finira sa vie. Cette région du Pacifique a fait tourner la tête à nombre d’artistes, et bien d’autres. Gauguin y a terminé son œuvre et s’est engagé contre l’évangélisation coloniale de l’époque. Il s’est intéressé de près à l’Histoire et la culture polynésiennes, en a parlé la langue et peint les habitants et les traditions. Il a bien sûr cédé aux charmes des (jeunes) femmes locales, modèles et amantes, dont il a su décrire la naïveté et le naturel tout au long de magnifiques tableaux figurant au cœur de cette exposition.

Les portraits de femmes lascives qu’il y fait sont remarquables. Des corps ambrés et gracieux plongés dans des fonds jaune-brun-ocres où se mêlent soit une nature accueillante soit des symboles mystérieux de la culture polynésienne. C’est troublant et chaud, primitif et respectueux. Ses tableaux sont souvent titrés d’une phrase tahitienne : Manao Tapapau (l’Esprit veille), Mahana No Atua (Le Jour de Dieu), Te Rerioa (Le Rêve), etc. Il a écrit un journal/recueil Noa Noa, voyage à Tahiti, ponctué de planches, dans lequel il narre ses liens avec cette terre polynésienne à qui il doit tant. Le livre est projeté page à page au terme de cette très belle exposition.

Un film de fiction récemment sorti sur Gauguin a relancé la polémique sur une supposée tendance pédophile de celui-ci. En ces temps de lutte contre machisme et sexisme il est sûr que l’attitude de Gauguin avec ces vahinés à peine nubiles n’était pas très honorable d’autant plus que sa femme et ses enfants l’attendaient en Europe. Cela s’est passé et il aurait mieux valu qu’il n’en fût rien. Restons maintenant concentrés sur l’œuvre.

Affaire Fillon – Le Canard Enchaîné : classée sans suite


François Fillon, candidat conservateur malheureux à la dernière élection présidentielle française avait porté plainte contre le journal satirique Le Canard Enchaîné qu’il accusait de diffusion de fausses nouvelles ayant eu pour effet de détourner des suffrages, qui ne se sont pas portés sur lui.

Le journal avait informé ses lecteurs, et les électeurs en général, que Mme. Fillon avait touché des rémunérations significatives pour des emplois dont la réalité était douteuse. Les sommes avancées par Le Canard ont été contestées par le candidat et qualifiées de « fausses nouvelles ».

Le parquet a classé cette affaire « sans suite », la « diffusion de fausse nouvelle » n’étant pas constituée à ses yeux. François Fillon et son épouse restent mis en examen notamment pour détournement de fonds publics. Ces affaires ont certainement précipité l’échec du candidat qui s’est depuis retiré de la vie politique.

La famille Merah

La première manche du procès d’Abdelkader Merah s’est terminée à Toulouse début novembre par la condamnation de celui-ci à 20 ans de prison pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste (et son acquittement pour complicité d’assassinat). On se souvient que son jeune frère Mohamed avait, en mars 2012, tué trois militaires, blessé grièvement un quatrième, puis avait abattu à bout portant quatre personnes dans une école juive dont trois enfants de 4, 5 et 7ans, et blessé un autre enfant de 15 ans. Il filma l’ensemble de ses actes avec une caméra portable. Ces crimes furent inspirés par la religion de Mohamed qui s’était radicalisé dans différentes zones de combat du Moyen-Orient. Après une courte cavale, il fut tué par la police.

Son frère Abdelkader a été assez rapidement arrêté, soupçonné d’avoir participé matériellement et intellectuellement à cette campagne macabre et d’une violence inédite. Son procès a permis de découvrir de l’intérieur les tenants et aboutissants de cette famille française d’origine algérienne qui aboutirent à ce massacre.

Parents mariés et divorcés à plusieurs reprises, père condamné et incarcéré pour trafic de stupéfiants (il portera plainte contre l’Etat français après la mort de son fils), leurs cinq enfants nés en France ont tous eu plus ou moins maille à partir avec la justice, la mère leur infuse un antisémitisme féroce et leur fait rejeter tout ce qui n‘est pas musulman. Trois d’entre eux vont adhérer aux thèses islamistes extrémistes. Ils fréquentent les propagandistes Clain, fratrie de deux frères convertis, voyagent dans les pays où sévissent le terrorisme religieux et ses inspirateurs. Ils sont violents, selon les circonstances battent leur mère, se poignardent entre eux, vénèrent les armes et les pitbulls.

Abdelkader sera le prosélyte du lot. Ne reconnaissant que l’autorité de Dieu il veut détruire la démocratie et les mécréants qui sont pour lui un régime et un statut juste inconcevables. Au cours du procès il donne l’image d’un homme réfléchi qui sait où il va et où il ne faut pas montrer qu’il est allé. Invoquant Dieu à toutes occasions, il admet ses « dérapages » par rapport aux préceptes religieux (escroquerie aux crédits notamment), il revendique la possibilité d’être un salafiste radical sans être un assassin. Il finira par condamner les actes de son jeune frère mais s’en remet à Allah pour juger celui-ci.

On redécouvre avec effarement comment une famille française d’origine immigrée dont les enfants, nés dans l’hexagone, ont été élevés à l’école de la République, a pu devenir la proie consentante d’une idéologie religieuse délirante au point d’y plonger et d’en devenir le prosélyte pour Abdelkader, l’exécutant des basses œuvres pour Mohamed. Le mélange détonnant du rejet de la démocratie, de la haine des autres, du message mal digéré de textes religieux abscons, d’une mémoire de la colonisation occidentale, d’un engagement politique de café du commerce en faveur d’opprimés du Moyen-Orient, sur des esprits étroits a donné cette famille destructrice et en dehors de tout.

L’apparition d’une telle dérive marque l’échec de notre société, française en l’occurrence, à intégrer ses enfants. Elle est aussi le symbole de ce à quoi aboutit la haine érigée en philosophie de vie. D’autres exemples ont existé dans l’histoire récente qui ont pu être réduits par la raison. Lorsque l’on détaille le comportement d’Abdelkader Merah lors de son procès, et avant dans sa vie, on se demande bien comment cette fois-ci l’intelligence arrivera à vaincre une telle régression et une pareille déraison, d’autant plus que le cas de cette famille Merah n’est bien sûr pas unique en France comme dans d’autres pays occidentaux. Le futur procès du seul terroriste religieux survivant des attentats de Paris de 2015 « du Bataclan et des Terrasses » marquera une nouvelle étape dans la connaissance de ce phénomène idéologique criminelle qui marque le début du XXIème siècle.

Le parquet a par ailleurs fait appel du jugement Merah puisque le condamné a été acquitté du chef de complicité d’assassinat. Un nouveau procès aura donc lieu.

Ryan Air et Monsieur le Marché

Ryan Air, compagnie aérienne irlandaise a bâti son succès commercial et financier sur le low-cost. Tous les coûts sont réduits au minimum : personnel significativement moins payé que dans les compagnies classiques, pilotes avec statut d’autoentrepreneur qui payent leurs uniformes, avions mieux exploités (moins de temps d’immobilisation, les pilotes font eux-mêmes le plein de carburant, etc.), réduction des services gratuits aux passagers au strict minimum, tout supplément au simple voyage d’un point à un autre est facturé : bagages en soute, repas, boissons, etc. Ceci associé à une gestion apparemment saine a porté ses fruits : explosion des ventes de billets à petits prix et grosse réussite financière. Le partage de la valeur créée par cette activité s’est fait entre les passagers-consommateurs et les actionnaires-propriétaires pour la plus grande joie de chacun de ces acteurs semble-t-il. Il ne restait plus grand-chose pour les employés-salariés.

Cela a fonctionné tant que le marché des personnels navigants était déprimé et que les salaires de ceux-ci pouvaient être tirés vers le bas. Les choses sont en train de changer et les compagnies aériennes classiques offrent de meilleures conditions. Les personnels de Ryan Air s’en vont planter leurs choux ailleurs et la compagnie low cost est obligée d’annuler des vols qu’elle n’a plus assez de pilotes pour assurer ; pire, devant des préavis de grève, une première, elle vient d’accepter le principe de syndicats dans l’entreprise. Monsieur le Marché a parlé et progressivement va amener une nouvelle répartition de la valeur ajoutée de cette entreprise entre salaires, prix et profits. Les conditions de travail vont probablement s’améliorer un peu, les prix des billets devraient augmenter, voir les profits baisser, il y aura un nouveau mix de ces trois variable, et si tout se passe entre gens intelligents et de bonne compagnie le business model s’adaptera à ce changement de paradigme. Ainsi va la vie en économie libérale !

FAYE Gaël, ‘Petit pays’.

Jeune auteur-compositeur franco-rwandais, né au Burundi en 1982, plutôt porté sur le rap que sur la littérature, Gabriel Faye s’est essayé à écrire un premier roman en 2016. Il est de ces écrivains postcoloniaux qui ont vécu une tranche de vie plus ou moins expatriée dans une Afrique plus ou moins rêvée. Contrairement à celle de William Boyd, l’Afrique de Faye est plus tragique, ô combien plus sanguinaire, elle est celle du génocide des tutsis par les hutus.

Enfant dans les rues de Bujumbura il raconte de façon désopilante la vie d’un gamin ultra-favorisé dans l’atmosphère de « Tintin au Congo » avec ces petits riens que seuls ceux qui ont vécu ce quotidien peuvent partager, les gags du boy, l’explication des races tutsi-hutu-twa, la compréhension des coups d’Etat, la rencontre avec la soldatesque avinée et la police corrompue, les coupures d’électricité, la pagaille généralisée et permanente… Bref l’Afrique de Gaye ne paraît guère avoir changé par rapport à celle de Boyd mais toutefois rôdent les conflits ethniques qui semblent avoir passé la vitesse supérieure en matière de sauvagerie. C’est sans doute les effets de la mondialisation sur un continent perdu par des décennies de pouvoirs à la dérive. Le résultat fut épouvantable au Burundi et au Rwanda dont est issue la mère de l’auteur-narrateur.

Alors l’enfant est confronté à la mort et à la barbarie, en direct dans son environnement personnel et à travers sa mère qui, de retour au pays, survivra aux décombres fumant mais y perdra son âme et la raison. Ce livre raconte avec drôlerie et sincérité le traumatisme profond d’un observateur du génocide, vu avec le regard innocent d’un enfant qui n’en sortira sans doute pas indemne.

PROUST Marcel, ‘A la Recherche du Temps Perdu II – A l’ombre des jeunes filles en fleurs’

Ecrit entre 1907 et 1920, « A la Recherche du Temps Perdu » fut le grand-œuvre de la vie de Proust, un roman qui a fait de lui l’un des grands écrivains du XXème siècle. Dans ce deuxième tome l’écrivain consacre toute la minutie de son style unique à la plongée au cœur du sentiment amoureux, pour Gilberte et puis, bien sûr, pour Albertine. Les deux aventures se déroulent, la première, dans le cadre des mondanités parisiennes, la seconde, à Balbec, cité imaginaire en Normandie où la bonne société va aux bains de mer en été.

Dans chacune de ces circonstances Proust narre l’environnement suranné d’un siècle passé, les familles bourgeoises aux principes aussi empesés que leur cols sont amidonnés, aux critères catholiques bien-pensants aussi rigides qu’un système social qui les mena à la Révolution quelques années auparavant, de principes politiques tellement aveugles qu’ils conduisirent la vieille Europe à son autodestruction quelques années plus tard… mais au-dessus de toutes ces avanies plane l’amour qui à toutes époques transcenda l’Homme tout en l’enfermant dans un égoïsme féroce, dans lequel il n’est plus question que d’elle et lui, et de rien d’autre.

A travers ses relations avec Gilberte et Albertine le narrateur parle de ses sentiments, de ses approches pour atteindre l’être qu’il croit aimer, de ses contacts avec les familles, les amis, toutes voies qui pourraient le mener à accomplir son but de séduction, son objectif d’amour. Il n’en délaisse pas pour autant sa fantastique capacité d’observation et ce don à retranscrire sa réalité. C’est unique et exceptionnel, et il reste deux tomes dans la série !

« En attendant les hirondelles »


En Attendant les Hirondelles : le joli film du réalisateur algérien Karim Moussaoui qui plonge au cœur du marasme dans lequel se débat son pays et sa population. On suit les destins de trois personnages et leurs entourages dans une Algérie à l’arrêt : celui d’une jeunesse écrasée par les traditions, d’un entrepreneur confronté à la corruption qui gangrène ce pays et d’un médecin qui affronte un passé terroriste auquel il a participé malgré lui. Le film est tourné en hiver ajoutant à l’aspect mélancolique et délabré des paysages : les quartiers périphériques d’Alger au milieu des vastes chantiers immobiliers en déshérence, les collines pierreuses de Biskra…

Il n’y a pas beaucoup d’espoir dans ce film, mais beaucoup de regrets. On reste indécis quant à l’avenir d’Aïcha qu’on laisse dans son taxi en ignorant si elle retourne vers le mari qui lui a été désigné ou si elle part retrouver son amour de jeunesse. Les hirondelles reviennent au printemps, en principe, mais elles quittent leur fil à l’automne alors que le seul avenir prévisible n’est que froid, tempête et nuit. C’est un peu le dilemme des algériens.

Un dirigeant balourd

Avez-vous remarqué la signature de Donal Trump, président des Etats-Unis d’Amérique ?

Elle est aussi balourde que le personnage et que la décoration de son appartement new-yorkais :

Il l’applique avec délectation sur des instructions qu’il prend bien soin de signer devant les caméras. Elle est énorme et prend d’ailleurs environ 9 secondes pour être apposée. Ce goût du lourdaud et du kitch caractérise le personnage : un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Tic verbal compulsif : l’adjectif disruptif

Employé à toutes les sauces, l’adjectif disruptif fait savant quand il est employé dans les dîners en ville. A l’origine il sert à désigner un phénomène technique lié à l’électricité, sorte de court-circuit. Aujourd’hui, employé en économie ou la vie de tous les jours, il indique un changement, une rupture, dans la façon de mener un business ou de conduire sa vie. Il marque surtout le côté précieux, et même un peu anglophone, de celui qui l’emploie.

Ca flingue en Corse

Un énième règlement de compte à l’aéroport de Bastia laisse sur le carreau un mort et un blessé grave dans un état désespéré. Le premier venait de terminer une peine de quatre années de prison pour préparation d’un meurtre d’un parrain local. Il était baptisé du sympathique surnom de « Tony le Boucher ». Le second était en permission avant de réintégrer sa prison où il avait été condamné dans la même affaire que son camarade. On ne connaît pas les détails ni les commanditaires de cette nouvelle tuerie corse, mais le cv des protagonistes et le mode opératoire de leur assassinat laissent penser que l’on est au cœur d’une affaire mafieuse insulaire comme il y en a si régulièrement.

La puissance publique, et encore moins le pouvoir ni la population corses, n’ont su endiguer cette violence endémique. Cela pose le problème général d’un « peuple » qui n’a pas su maîtriser la violence primaire de ses membres et encore moins faire sortir son économie des mains des clans mafieux. Cela en tout cas réduit significativement la crédibilité des partis indépendantistes qui ont su parfois employer cette violence à leur profit quitte à copiner avec les mafieux.

Pas sûr qu’ils n’arrivent mieux à régler ce problème une fois l’indépendance acquise !

Les iles françaises en route vers l’indépendance

Après avoir élu trois députés « nationalistes » en juillet dernier la Corse poursuit sa route vers l’indépendance en donnant un succès électoral aux partis indépendantistes. Comme dans d’autres iles françaises, la population corse veut s’émanciper de la tutelle française qu’elle estime « coloniale ». Les antillais, les polynésiens, les réunionnais et autres guyanais partagent avec les corses le même rejet de la France, plus ou moins conscient, mais toujours exprimé de façon assez clair dans leurs actes et façons d’être. Ils ont tous également la certitude qu’ils pourront mieux vivre loin de la France, quitte à continuer à en recevoir des subsides de ses contribuables.

Le temps n’a rien fait pour inverser ce courant. Les poussées de violence politique sont régulières et inquiétantes dans ces confettis de l’Empire, certains territoires sont de plus la proie de clans mafieux qui font parler les armes pour préserver leurs intérêts économiques, la Corse étant un modèle du genre. Faut-il chercher à garder contre leur gré des populations qui veulent s’éloigner ? Sans doute pas, ce n’est l’intérêt de personne. Il faut plutôt essayer d’accompagner doucement ces populations à prendre leurs responsabilités, à transformer en acte émancipateur le ressentiment qu’elles vouent à l’hexagone.

La Nouvelle-Calédonie va y arriver, la Corse en prend le chemin, les Antilles, la Guyane et la Réunion suivront si les choses se passent bien. Et il faut faire qu’elles se passent bien. Le référendum d’indépendance prévu en Nouvelle-Calédonie en 2018 sera une étape clé à cet égard.

Evidemment, une fois l’indépendance acquise par ces iles rebelles, le risque existe que d’autres régions, cette fois-ci métropolitaines, veuillent aussi prendre la poudre d’escampette. Il faudra faire preuve de doigté politique pour que l’hexagone reste… hexagonal, mais lutter pour garder au sein de la République des populations dont la tendance naturelle les porte vers l’émancipation est une bataille perdue d’avance dans laquelle il n’y a que des coups à prendre et des coûts à charger aux contribuables.