Quoi de neuf ?

Manuel Valls battu en Espagne

Manuel Valls, ex-politicien français ayant décidé d’aller tenter sa chance en Espagne dont il a gardé la nationalité, une fois naturalisé français, se présentait aux élections municipales, pour la ville de Barcelone, qui se déroulaient en même temps que le suffrage européen de dimanche dernier. Il arrive 4ème avec 13% des votes. Il ne sera pas maire de Barcelone cette fois-ci mais juste conseiller d’opposition au conseil municipal dirigé par les indépendantistes catalans. Pour cette tentative de reconversion ibérique, il avait démissionné de son poste de député français l’an dernier. Peut-être regrettera-t-il l’ancien râtelier ?

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Les femmes s’y mettent

Après avoir vu le fouteballe masculin abrutir toute une frange de la population française par décérébration progressive de millions de personnes, voici maintenant le fouteballe féminin qui arrive. La République organise même la semaine prochaine un championnat du monde de foute de filles à Paris. Evidemment elles n’ont pas encore l’aura de la bande de crétins surpayés qui envahissent les ondes et les cerveaux, mais elles ont encore une « marge de progression » importante ! Cela veut dire que le fouteballe va envahir encore plus les plateaux médiatiques, les conversations de Café du commerce, les dîners de famille et les neurones de 65 millions de français. Accessoirement, cela veut dire aussi encore plus d’argent public jeté par les fenêtres en faveur de pousseurs de baballe : un championnat du monde organisé en France l’est au frais des contribuables bien entendu.

Une nouvelle défaite de la pensée et de l’intelligence !

La droite conservatrice en plein marasme

Le parti Les Républicains est en pleine descente aux enfers après le score de 8 et quelques % réalisé aux élections européennes dimanche dernier, qui a déçu certains et semblé surprendre tout le monde. Sa tête de liste le gentil philosophe catholique Bellamy est aux abonnés absents et le grand chef à plumes Laurent Wauquiez, après avoir rendu responsable le président de la République de ce score a décidé d’organiser des états généraux de son parti en septembre prochain. Soit !

Ce que ne dit pas cette affiche bien propre c’est juste derrière ces trois ravis de la crèche se cachent les numéros 3 et 4 de la liste électorale : Nadine Morano et Brice Hortefeux qui ne sont pas vraiment des perdreaux de l’année. Ces deux zigotos viennent donc d’être élus députés européens pour représenter la France au parlement européen durant les cinq prochaines années et aux frais des contribuables européens. C’est assez navrant !

Peut-être ne faut-il pas chercher beaucoup plus loin la raison de ces 8% qui doivent être finalement assez proche du niveau de popularité de ces deux dinosaures de la politique conservatrice, qui traînent depuis des décennies dans les couloirs du pouvoir. L’un des thèmes à mettre en avant lors des états généraux serait sûrement : comment renouveler le personnel politique présenté aux suffrages des électeurs.

Imaginer un seul instant que Nadine Morano est repartie pour cinq années de mandat européen fait juste frémir d’horreur comme l’illustre le niveau de crétinerie hors catégorie de l’un de ses tweets pris au hasard dans une longue liste, enrichie tous les jours :

Des sondeurs incompétents

Comme assez souvent ces dernières années, les vendeurs de sondages ont commercialisés des produits plutôt avariés. Ils se sont beaucoup trompés, sur le taux de participation comme sur les résultats de nombreuses listes aux élections pour le parlement européen qui se sont tenues hier. On ne peut guère les blâmer de leurs erreurs tant la prévisibilité du vote de Mme. Michu présente un écart-type considérable. En revanche ce qui est assez stupéfiant c’est qu’ils aient encore autant de clients pour dévorer ces produits avariés, du côté de la presse comme du côté des partis politiques !

Durant la campagne électorale, la plupart des sujets de débats médiatiques portaient sur les sondages, pas sur les programmes. Le lendemain même de cette élection où ils se sont tant trompés, les vendeurs de sondage plaçaient encore leurs produits avec des questions fondamentales du genre : « faut-il que le président de la République change de programme ? »

Ils ont quand même eu à se justifier sur la piètre qualité de leurs prestations et certains ont trouvé une explication plutôt inattendue et d’une mauvaise foi de première catégorie : ce serait l’affaire Vincent Lambert qui aurait fait changer d’avis au dernier moment nombre des électeurs. Il faut quand même oser ! Vincent Lambert est ce malheureux patient dans un état végétatif depuis dix ans à la suite d’un accident de voiture, sans espoir médical de rémission, et dont la famille se déchire devant la justice pour savoir s’il faut arrêter ses traitements au non. Les atermoiements de la justice ayant connu un dernier épisode quelques jours avant le scrutin, le jeune catholique militant menant la liste de Les Républicains y est allé de son couplet sur « il n’y a pas de vie indigne d’être vécue » ce qui, outre son opposition à l’avortement, est en accord avec ses convictions religieuses affichées et aurait détourné une partie de ses électeurs au dernier moment et expliquerait le score de 8,5% de ce parti.

C’est possible, comme le contraire est également probable. Le mieux serait de ne plus faire autant de battage sur les sondages mais d’analyser les programmes proposés aux électeurs. A moins que l’on ne lance un sondage auprès de ceux-ci avec la question :

« Voulez-vous continuer à voir l’argent public dépensé auprès d’officines de sondages qui délivrent depuis des années des prévisions erronées qui ne servent à pas grand-chose sinon à créer de l’émotion inutile, ou préférez-vous que cet argent et le temps perdu par tous sur ces sondages sans intérêt soient consacrés à plus d’analyse et d’intelligence ? »

Des résultats électoraux inattendus

Les partis de gouvernement historiques sortent laminés de l’élection française au parlement européen qui s’est déroulée aujourd’hui. Le PS associé à Place publique emporte 6,2% des suffrages et Les Républicains 8,5%, ce qui est fort peu pour des partis qui ont dirigés la France depuis l’après-guerre. C’est un peu la confirmation de leurs scores aux élections présidentielles de 2017 mais on dirait qu’ils n’arrivent pas à renouveler leurs idées et, surtout, leur personnel.

C’est particulièrement intéressant dans le cas de Les Républicains qui avaient placé Nadine Morano en n°4 et Brice Hortefeux en n°5, et l’on avait échappé de justesse à Rachida Dati qui avait renoncé pour se consacrer aux élections municipales parisiennes. On ne peut pas dire que cette liste fleure bon le renouvellement des personnes…

Ce soir, le chef de ce parti, Laurent Wauqiez, a déclaré :

Le Président de la République a fait un choix lourd de conséquences, en réduisant le débat européen à une croisade contre Marine Le Pen pleine d’arrière-pensées, ce qui n’a abouti qu’à une seule chose : faire progresser les extrêmes. Il a une lourde responsabilité. Il n’a pas été un rempart contre le Rassemblement national, il a été ce soir l’artisan de leur progression.

On ne peut pas dire que ce genre de pleurnicheries fleure bon le renouvellement des idées ni un sens aigu des responsabilités… Pas sûr que la barre ne se redresse pour les prochaines élections !

La nouvelle mode écologique

Un mouvement de la jeunesse mondiale (plutôt localisé dans les pays développés) prend fait et cause pour l’écologie et manifeste son engagement par des voies et moyens variés. En Europe, et notamment en France, des lycéens et étudiants font grève tous les vendredis pour défendre la planète. On voit par ailleurs à Paris des associations non gouvernementales attaquer l’Etat français en justice pour « inaction climatique ».

Tout ceci est bien sympathique mais sans doute un peu vain. Certes l’Etat a sa responsabilité pour guider la transition écologique mais celle-ci ne se fera qu’à condition d’un changement des modes de vie et la population mondiale, et celui-ci ne semble pas encore pour demain. Mais dans notre époque de déresponsabilisation générale, on se retourne contre l’Etat lorsque l’on a des revendications quelles qu’elles soient.

A quoi sert une grève des lycéens et étudiants tous les vendredis ? A pas grand-chose bien entendu. Cette jeunesse serait un peu plus crédible si elle restait en classe le vendredi dans ces lieux de savoir, lycées et facultés, financés par les contribuables, mais si, par exemple, elle s’engageait à la place à ne pas brancher ses smartphones chaque semaine le vendredi afin de mettre au repos les serveurs de Facebook et Instagram, ou à aller passer ses vacances dans le Cantal plutôt qu’en Thaïlande ! Et puis les mêmes qui attaquent l’Etat furent les premiers à lui faire abandonner l’augmentation des taxes sur les carburants polluants dans des mouvements divers, des « bonnets rouges » aux « gilets jaunes ». En réalité, on peut craindre que la planète ne change ses modes de vie que lorsque les coûts de la pollution seront réellement facturés aux utilisateurs, individus, collectivités ou nations. Pour le moment, le jeune en grève le vendredi ne supporte pas vraiment les coûts de la montée des eaux ; au contraire, ses vacances à Bali sont de moins en moins onéreuses. C’est seulement lorsqu’il doit payer que le système capitaliste et les citoyens s’adaptent. Ce n’est peut-être pas très moral mais c’est ainsi. Il sera alors peut-être trop tard mais il faut souhaiter que, le moment venu, le changement soit suffisamment rapide pour rattraper le retard. On est en plein conflit entre le court-termisme du système et le long-termisme de l’écologie. C’est théoriquement la grandeur et la noblesse de la politique d’avoir à gérer cette contradiction, mais ce n’est pas facile.

Des slogans racoleurs vides de sens

Les tracts électoraux des 34 listes aux élections parlementaire européennes, tout au moins pour celles qui ont eu les moyens d’en émettre, sont parsemées de slogans naïfs, dans le meilleur des cas, racoleurs dans les autres, dignes du Café du commerce après 4 tournées de Ricard. Ils relèvent souvent au mieux de l’incompétence, au pire du mensonge, tant ils semblent ignorer que nombre des revendications affichées relèvent de politique purement nationale, la fiscalité par exemple. On voit par ailleurs des concepts étranges comme la double frontière « européenne et nationale » ; comment fait-on, l’une est en principe exclusive de l’autre ? Quand on passe la frontière française à Genève, rentre-t-on en France ou en Europe, ou les deux ?

Tous, en tous cas sous-estiment la complexité d’emporter les décisions lorsqu’on est 28 ou 27 autour de la table avec 28 ou 27 avis différents. Augmenter le pouvoir d’achat est certes un objectif noble mais est-ce que les bulgares et les allemands se mettront d’accord sur un salaire moyen commun compte tenu de leur différence de niveau de vie ? Sans doute difficilement. En attendant si la France veut augmenter son SMIC elle peut tout à fait le faire de son propre chef avec une loi votée par son parlement national ; mais si elle ne veut pas faire cavalier seul sur un sujet qui touche à la compétitivité, il suffit de s’entendre avec ses 27 partenaires

En vérité, l’Europe est un vieux et grand projet, pétrie d’une Histoire tragique, qui a déjà beaucoup donné à ses citoyens. Elle doit continuer à évoluer et elle le fera contre vents et marées, sur la base du consensus car aucun pays ne peut imposer ses vues aux autres, et c’est bien ainsi. Il faut négocier puis voter sur base de majorités qualifiées ou d’unanimité selon des procédures que les pays eux-mêmes ont décidés dans les traités qui régissent l’Union. Ainsi va la vie communautaire, un peu comme dans les familles.

Le bon sens devrait normalement triompher des populismes, ou en tout cas reprendre le flambeau de ceux-ci après leurs échecs programmés. Il est sûr qu’on ne peut qu’être sceptiques lorsque l’on mesure la stupidité de ces tracts électoraux. Ils sont hélas le lot commun des campagnes électorales françaises mais une fois face à leurs responsabilités, les élus européens  retrouvent généralement le chemin du réalisme au parlement, celui de la vraie vie, bien loin de saillies médiatiques de plateaux télévisés qu’ils croient nécessaires de proférer pour être réélus.

Florilège :

Donnons le pouvoir au peuple… Rétablir la démocratie en France en en Europe en respectant les citoyens – c’est possible ! (Rassemblement national)

Pour stopper l’immigration de masse, il faut imposer une double frontière, européenne et nationale. (Les Républicains)

Nos eurodéputé.es se battent et se battront pour augmenter les salaires de celles et ceux qui travaillent, et mettre fin à l’évasion fiscale de celles et ceux qui truquent et trichent. (Génération.s)

Respectons les votes des français ! Rendons à chaque pays le contrôle de ses frontières, de ses lois et de son budget. Mettons fin aux normes européennes absurdes. Instaurons le Référendum d’initiative citoyenne – RIC. (Debout la France)

Mettons fin aux inégalités salariales et garantissons les droits des femmes pour écrire une nouvelle page du progrès social. (Europe Ecologie)

Une fiscalité juste et une régulation financière efficace. (PS/Place Publique)

Envoyons des parlementaires de combat pour défendre au niveau européen nos services publics, le protectionnisme solidaire, le climat, la justice fiscale et nos droits sociaux. (La France Insoumise)

Défendre nos conditions de vie et notre pouvoir d’achat exige de s’affronter à la grande bourgeoisie qui tient les commandes. (Lutte Ouvrière)

La France doit se ressaisir. Elle doit cesser d’obéir à Bruxelles et aux lobbys. Elle doit adopter les mesures voulues par la majorité des Français : la hausse des salaires et du pouvoir d’achat, le référendum d’initiative citoyenne (RIC) en toutes matières, le retour de l’emploi en France par la réindustrialisation… (UPR)

Supprimer les 700 milliards de contributions nationales pour que l’Europe ne soit plus financée par nos contribuables mais par une taxe sur les transactions financières, sur les produits importés polluants et sur les visas touristiques. (UDI)

Création d’une clause de non-régression sociale : un Etat membre pourra s’opposer à toute décision de l’UE qui conduit à dégrader nos conditions de vie. (PCF)

Etc. etc.

L’impayable François Asselineau !

L’impayable François Asselineau continue à labourer son sillon pour la sortie de la France de l’Union européenne (ainsi que de la zone euro et de l’OTAN) en affichant sa bobine sur les affiches électorales de la campagne pour le parlement européen. Haut fonctionnaire de la République, formé à HEC et à l’ENA, il a travaillé dans quelques cabinets ministériels de droite et a été conseiller municipal de Paris durant quelques années. Il se présente à toutes les élections en ne recueillant que quelques miettes ne lui permettant pas d’être élu (sauf une fois) et encore moins de se faire rembourser de ses frais électoraux. Comme il engage tout de même des dépenses sans doute substantielles, on se demande comment il les finance. Si c’est sur ses ressources personnelles on peut au moins s’incliner devant cet altruisme politique plutôt inédit, comme devant sa constance dans ses idées.

En tout cas, son programme unique de sortie de l’Europe et de l’OTAN ne semble guère soulever l’enthousiasme des foules. Il est peu probable qu’il en soit autrement dimanche prochain.

PAMUK Orhan, ‘Cette chose étrange en moi’.

Sortie : 2014, Chez : folio 6614

Pamuk, prix Nobel de littérature 2006, continue sa passionnante analyse de la Turquie actuelle à travers des romans foisonnants dédiés à des personnages ordinaires qui traversent avec plus ou moins de bonheur l’actualité de ce pays dynamique et tragique. Avec « Cette chose étrange en moi » nous suivons le périple de Mevlut de 1968 à 2012, de son enfance à l’âge mur. Vendeur de boza (une boisson locale à base de céréales fermentées) de père en fils, il s’installe à Istanbul pour se livrer à cette activité traditionnelle dans cette ville aux dimensions encore modestes à l’époque mais en pleine révolution.

Avec lui, nous allons parcourir 50 ans de la vie de ce pays (et surtout d’Istanbul) vue à travers les petites histoires banales du village d’origine, du bidonville où Mevlut et les siens cohabitent, puis des immeubles lorsque le béton et la croissance démographique auront définitivement repoussé les limites de la ville capitale économique.

Au hasard de ces pérégrinations familiales nous allons découvrir un monde de combines et de petits arrangements avec la vie, la tribu, la religion, l’amour et l’Etat. Nous plongeons dans les traditions claniques, religieuses, politiques entre lesquelles Mevlut se faufile tant bien que mal comme nombre de ses concitoyens. Les mariages sont organisés mais les amoureux enlèvent leurs amoureuses et l’on régularise ensuite la situation, à moins que cela ne se règle plus violement. Le droit de la propriété est inexistant mais on s’arrange avec des titres de pacotille. L’impôt est dû mais personne ne s’avise de le payer, sur quelles bases d’ailleurs puisque tout est en liquide. L’électrification gagne du terrain, alors les branchements pirates se multiplient sur les lignes officielles…

Mevlut regarde, ingénu, les changements fulgurant qui affectent son environnement et les modes de vie ancestraux. Il s’y adapte avec une touchante bonhomie et trace sa route plein du bon sens paysan de son éducation villageoise. On dirait finalement qu’il est le plus heureux face aux adversités qui ravagent ses proches. Il se remettra finalement de la mort de sa première femme en épousant sa jeune sœur dont il fut secrètement amoureux, il contournera les fâcheries familiales et, affichant une modestie à toute épreuve, obtiendra de mener son existence à peu près comme il l’entend.

Dans ce volumineux roman, Pamuk est au sommet de son art : embrasser un monde, celui d’Istanbul et de ses habitants sur 50 années contemporaines, en ne décrivant que les petites choses de la vie de ses personnages. C’est jouissif et le lecteur dévore les 800 pages avec délice.

Rouge – Art et Utopie au pays des Soviets – Grand Palais

Le Grand Palais expose l’utopie artistique de la révolution bolchévique d’octobre 1917 : il s’agissait de construire un monde nouveau pour un Homme meilleur, et bien sûr, de diriger la démocratisation d’un art nouveau au service « des masses », où quand l’idéologie veut gouverner la culture. Le résultat, comme on le sait, fut mitigé.

Bien sûr, au début du régime, nombre d’artistes et d’intellectuels, y compris hors d’Union soviétique, soutiennent la révolution qui a notamment pour objectif de sortir « le peuple » de la dictature tsariste qui le maintenait en quasi-esclavage. L’art « de la production » doit permettre d’ouvrir les yeux du « prolétariat » sur les nouveaux objets utilitaires qui doivent transformer sa vie. Le théâtre promeut des modèles de « vie collective » ; l’architecture construit des lieux communautaires et les maisons « du peuple » ; la photographie participe à l’œuvre révolutionnaire en produisant photomontages et surimpressions…

Et puis Staline a mis tout ce petit monde au pas, envoyé nombre de ces artistes au goulag et lancé le « réalisme socialiste […] pour représenter la réalité dans son développement révolutionnaire ». L’art doit guider le peuple vers son « avenir radieux », quelques toiles exposées montrent une jeunesse blonde et réjouie, enthousiaste et décidée, sous la conduite éclairée de Staline et de Lénine, dont le kitsch le dispute à la platitude. Les affiches issues par le parti (Direction de l’éducation politique) sont fleuries et montrent la voie au prolétariat. Les messages sont mentionnés sous les dessins au cas où celles-ci ne seraient pas assez parlantes comme ceux-ci édités en 1922 :

Au communisme [nous] ne parviendrons que par la dictature du prolétariat fais-en partout la démonstration à l’usine, à la ferme, sur la terre, sur les vagues.

Trouillards et laquais de la bourgeoisie, du vent ! Cette gadoue rend nos feux pâlissants.

Rappelle-toi les social-traîtres sont les ennemis tout autant que Clémenceau et Briand, ton salut, c’est le Kominterm – état-major de l’Octobre mondial, etc. etc.

L’art soviétique s’est effondré avant le système économique, Chostakovitch a bien dû réécrire quelques symphonies pas assez dans la ligne du parti, mais son œuvre majeur est restée comme celle des écrivains classiques russes et de nombre de leurs contemporains. Le système n’a pas su asservir l’âme russe qui a survécu à la dictature. La morale de l’histoire est que, comme toujours, les idéologies veulent aussi s’emparer des esprits, et lorsqu’elles y parviennent c’est l’aboutissement de la dictature, celle des bolchevicks comme celle des ayatollahs. Heureusement elles ne gagnent pas à tous les coups.

Glass / Shankar – « Passages » à la Philharmonie

Philip Glass, musicien-compositeur américain contemporain, rencontre Ravi Shankar (1920-2012), musicien-sitariste et compositeur indien, dans les années 60. De leur amitié est née l’œuvre Passages, jouée ce soir sous la direction de Karen Kamensek, chef d’orchestre américaine.

Glass, créateur de « musique à structures répétitives » a collaboré avec nombre artistes du XXème siècle, de Boulez à Bowie, de Scorsese à Léonard Cohen, toujours à l’affut de nouveautés et de l’air de son temps. Shankar a suivi la même voie ; on l’a vu jouer à Woodstock en 1969 et multiplier les collaborations de Yehudi Menuhin à Gorge Harrisson, en passant par Allen Ginsberg. Ses enfants enrichissent son héritage musical : Norah Jones dans un mode jazz-pop et Anoushka Shankar qui joue du sitar ce soir avec l’Orchestre de chambre de Paris.

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Les huit musiciens indiens (dont l’un d’eux est manifestement occidental), flutes et percussions, sont assis en tailleur, pieds nus, sur des tapis de circonstance derrière Anoushka, sur le côté droit de la scène, le reste étant réservé à l’orchestre de facture plus classique. Les instruments sont sonorisés et trois chanteurs interviennent également dans l’œuvre.

Passages se révèle une œuvre inspirée par ces deux cultures occidentale et asiatique dont relèvent ses deux compositeurs. Organisée en mouvements successifs, joués alternativement par le combo indien puis l’orchestre de chambre qui donnent un peu l’impression de se lancer la balle l’un l’autre plutôt que de se compléter, les passages indiens sont fascinants pour l’assistance. La fille Shankar, sous des allures lascives sur son tapis, se révèle une virtuose du sitar dont elle tire des sons proches d’une guitare électrique sans se départir des harmonies de sa propre culture. L’aspect répétitif de la composition et son interprétation au sitar fait immanquablement penser au King Crimson des années 2000. Quelle satisfaction de voir ces musiques et ces cultures se mélanger si harmonieusement, quel bonheur d’avoir eu des musiciens visionnaires capables de transcender ce multiculturalisme en notes et d’en avoir inspiré tant d’autres. D’avoir eu ? Non, de toujours avoir : Philip Glass est présent ce soir et, après une rencontre à 19h avec quelques spectateurs chanceux, vient saluer l’assistance au terme de Passages, entouré avec respect, affection et admiration par Anoushka et la chef d’orchestre (elle aussi pieds nus en vêtue d’un sari) : un triomphe !

Archive – 2019/05/16 – Paris la Seine Musicale

Archive fête ses 25 années d’existence musicale avec un concert à la Seine Musicale de l’Ile Seguin. Rien de neuf mais toujours beaucoup de bonheur à écouter cette belle musique. 3h30 de concert interrompu par 15mn d’entracte, une setlist de… 25 ans ; tous les musiciens qui ont participé à l’aventure de ce combo à géométrie variable ne sont pas présents mais les historiques sont là, sauf Rosko le rappeur. Le light-show est minimal et la scène reste presqu’en permanence dans l’ombre, tout est pour la musique, le déroulement du show est un peu convenu mais le succès est total. Ne boudons pas notre plaisir !

Archive est d’abord la création du duo londonien Darius Keeler et Danny Griffiths qui fondèrent le groupe en 1994 et l’animèrent ensuite sur un mode à dimension variable où les musiciens, chanteurs et chanteuses se sont succédés puis retrouvés au gré des évolutions de la bande. A l’origine fut le disque Londinium sorti en 1996 avec la chanteuse Roya Arab et la rappeur Rosko John, dans la lignée des groupes de Trip Hop de Bristol, Massive Attack et Portishead, devenu une référence du genre : crépusculaire, rythmé et obsédant. S’en suit une période plus pop à partir de 2000 avec au chant Craig Walker, Dave Pen, Pollar Berrier et l’inestimable Maria Q à la voix bouleversante. La musique évolue sur des chemins toujours très sombres mais aussi plus classiques, fleurtant avec le rock progressif, des morceaux parfois déchirants pouvant durer dix minutes de longues mises en tension jusqu’à l’explosion instrumentale finale (Light), sans oublier des chansons courtes et tranchantes marquées du sceau d’un rock nerveux (Fuck U, Numb).

En 2009 paraît le premier opus de la série de deux albums Controlling Crown qui marque le retour de Rosko avec son rap chaloupé sur fonds d’instrumentaux répétitifs et planants. Le groupe s’essaiera à jouer avec un orchestre classique, ce qui ne fut pas particulièrement marquant.

2011, c’est le retour à l’électronique et l’arrivée de la chanteuse Holly Martin, avec With Us Until You’re Dead, suivi en 2015 de Restriction et Kings of the False Foundation en 2016. On est dans le rythme endiablé et le son débridé d’une époque, le show live s’adapte à cette nouvelle étape avec un concert jouissif Salle Pleyel en 2016. Cette nouvelle orientation ébouriffante n’empêche pas quelques pièces posées de nous ramener vers la grâce : Holly interprète Black and Blue avec une fraicheur et une tendresse à vous tirer des larmes d’émotion.

Ce soir Maria et Holly sont présentes ensemble et lancent d’ailleurs le show avec You Make me Feel chantées à deux, la voie est tracée pour cette soirée emblématique d’un groupe pressé et productif qui a su rester sur un chemin de traverse où l’a rejoint un public français particulièrement fidèle qui a vibré à l’unisson des reprises de toutes les grandes créations du groupe, picorées dans un catalogue impressionnant. Again compose le rappel, cela fait longtemps que l’on n’avait plus entendu cette chanson d’amour fétiche des années 2000, généralement jouée en clôture de show. Alors ce soir quel plus beau symbole de ces 25 années de carrière. Lancée sur le son aigrelet d’un harmonica amorçant des arpèges de guitare en mode mineur, la voix plaintive de Dave se déploie dans le volume de cette Seine Musicale en forme de planétarium : You’re killing me again/ Am I still in your head?/ You used to light me up/ Now you shut me down/ If I/ Was to walk away/ From you my love/ Could I laugh again?

Fin du chapitre.

Setlist

Chapter one : You Make Me Feel/ Fuck U/ Pills/Bullets/ Kings of Speed/ Noise/ Kid Corner/ Violently/ System/ Wiped Out (extended Intro)/ Shiver/ Collapse/Collide/ Splinters/ Remains of Nothing (with Band of Skulls)/ End of Our Days/ The Empty Bottle (Stripped down version with only Dave on vocals, Mike on guitar and Danny on synth)/ Dangervisit

Chapter two : Lights/ Nothing Else/ Erase/ Finding It So Hard/ The Hell Scared Out of Me/ Controlling Crowds/ Numb (With Russell Marsden and Emma Richardson on additional Guitar and Bass) Encore : Again (With Mike Peters from The Alarm on Harmonica)

Edouard se lâche, enfin !

A défaut de parler de leurs programmes électoraux, les responsables politiques se titillent sur leurs comportements ou leurs habitudes. En l’occurrence le premier ministre fait référence à la « droite Trocadéro » en souvenir de ce mémorable meeting du candidat Fillon sur la place du Trocadéro en 2017, sous une pluie battante, alors que submergé par les affaires de prévarication et de malversation il tentait encore de s’accrocher à sa candidature. Fui par tout le monde, même son pré-carré l’avait trahi, il ne restait que ses électeurs à la foi indestructible. On dit que l’équipe du candidat en déroute avait rameuté l’association religieuse conservatrice Civitas et l’on a vu à la télévision quelques redoutables interviews de membres de ce clan.

Alors Edouard Philippe fait un peu dans la facilité avec cette saillie de bas étage, il nous avait habitué à plus de bienveillance, mais il nous fait tellement rire qu’il ne faut pas s’en priver ! La droite « Trocadéro » devrait rester dans les annales des petites phrases médiatiques.

Commérage de dîner en ville

Entendu dans un dîner en ville de convives qui ne lisent pas les programmes électoraux : « Macron va dans le sens du vent et se lance dans l’écologie pour embobiner les électeurs pour le futur parlement européen ; 9 points sur 10 de son programme sont verts. »

Vérification faite sur le site de la liste « Renaissance » du parti politique fondé par le président, seul 1 point sur 9 concerne l’écologie. Qu’on en juge sur les têtes de chapitre :

  1. Faire de l’Europe une puissance verte  
  2. Bâtir l’Europe de la justice sociale et fiscale  
  3. Faire respecter l’Europe dans la mondialisation  
  4. Donner à l’Europe les moyens de se défendre  
  5. Faire respecter nos valeurs et nos frontières  
  6. Unir autour de l’identité européenne  
  7. Rendre l’Europe aux citoyens  
  8. Pour une politique féministe européenne  
  9. Réussir la Renaissance européenne  

On dirait que cette année encore les électeurs français vont se prononcer sans avoir lu les programmes proposés.

« 68, mon père et les clous » de Samuel Bigiaoui

Un documentaire émouvant sur la fin du magasin de bricolage de la rue Monge dans le Vème arrondissement parisien : tourné par Samuel Bigiaoui, le fils de Jean, patron de Bricomonge, il relate les dernières semaines de cette boutique fourre-tout, emportée dans la tourmente des nouveaux circuits de distribution. On y achetait des clous à l’unité et du bois au mètre, le tout commercialisé par une équipe de trois fidèles sous la direction de Jean, un patron à l’ancienne, depuis 25 ans. La boutique croule sous un entassement de boîtes, de sachets, de factures collées derrière la caisse… mais on y trouve généralement ce que l’on cherche (et le chroniqueur peut en témoigner). Tout a une fin, il y a de moins en moins de clients, Jean vieillit et il faut mettre la clé sous la porte. Bien sûr aucun repreneur ne serait assez fou pour continuer ce business de quincaillerie en plein Paris, alors c’est Carrefour qui va reprendre la surface.

Samuel filme cette fin mélancolique avec beaucoup d’émotion, interrogeant les clients et les employés, sur l’avant et le futur. Il en profite pour convoquer le passé de son père, ancien militant de la Gauche Prolétarienne (GP) en 68 et un peu après. Mais Jean ne s’exprime qu’en pointillés sur cette expérience sur les bords de la violence… On se souviendra peut-être que cette GP fondée et dirigée par Benny Levy, maoïste, ancien secrétaire de Jean-Paul Sartre, fut dissoute quand son inspirateur renonça justement à franchir le pas de la violence politique pour… partir se consacrer à l’étude de la Torah en Israël jusqu’à sa mort en 2003. Jean Bigiaoui fut lui aussi de cette expérience trouble avant de se recycler dans les clous, après avoir été l’assistant de Joris Ivens, autre documentariste (et mari de Marceline Loridan-Ivens, ancienne déportée et écrivaine). Bref, tout ce petit monde de la révolte, voire de la révolution s’est croisé et recroisé, sur le pavé parisien et dans les luttes du XXème siècle.

Puis le rideau tombe sur Bricomonge après quelques larmes échangées entre les employés et Jean que l’on voit disparaître au bout de la rue des Ecoles, au cœur de ce quartier désormais sérieusement boboïsé mais qui fut longtemps fréquenté par des révolutionnaires de tous bords et une jeunesse assoiffée d’idéaux et d’idéologies.

Les émeutiers à l’œuvre

Avec toute la subtilité dont ils sont capables, certains des émeutiers qui empoisonnent la vie de la majorité des citoyens tous les samedis depuis novembre 2018, faisant face aux forces de l’ordre leur ont crié « suicidez-vous, suicidez-vous » ! Alors qu’étaient publiées des statistiques sur le taux important de suicide au sein des forces de l’ordre, ces « conseils » s’avèrent d’un extrême mauvais goût et montrent le niveau de perversion de leurs auteurs. Ils marquent surtout leur volonté de briser et de détruire, après les biens ils s’attaquent aux âmes. C’est un vrai mouvement révolutionnaire organisé qui est à l’œuvre. Il est peu probable qu’il arrive à faire vaciller la République mais on comprend l’inquiétude du pouvoir face à cette capacité de nuisance. C’est sans doute la raison pour laquelle il a été décidé de distribuer les 17 milliards annoncés pour tenter de calmer l’incendie.

La France a le bonjour du groupe Etat islamique

Le chef du groupe Etat islamique, Al-Baghdadi, dont on ne savait plus bien s’il était vivant, mort ou blessé, réapparaît sur un enregistrement vidéo récent dont l’authenticité n’a pas été remise en cause à ce stade par les services occidentaux. Il a l’air plutôt en bonne forme, semblant même avoir pris du poids. Il pose à coté de la traditionnelle kalachnikov et donne des nouvelles. Il rend hommage, notamment, aux frères Clain, des français convertis à l’islam et qui sont montés assez haut dans la hiérarchie du groupe terroriste (l’un a été annoncé comme tué par un drone occidental, l’autre on ne sait pas trop). Il continue de prôner un long combat contre l’Occident et cite la France tout particulièrement qui tient toujours la corde du petit-Satan, juste derrière le grand que sont les Etats-Unis.

Cet homme est très recherché, il fait preuve d’un talent certain pour se cacher et se mettre à l’abri des forces occidentales qui doivent déployer la dernière énergie pour l’éliminer. Jusqu’ici, il résiste. Avec ou sans lui, son organisation en cours de redéploiement après ses défaites territoriales va continuer encore longtemps à tuer… au nom de Dieu.

Six mois d’émeute à Paris

Ce 1er mai a vu se réaliser la convergence des râleurs, le traditionnel défilé syndical a dû partager la rue avec les émeutiers qui l’occupent tous les samedis depuis six mois, y compris leur courant ultraviolent d’extrême gauche. Celui-ci s’est distingué à Paris notamment en attaquant ses habituelles cibles capitalistes ainsi que le commissariat de police du XIIIème arrondissement.

La CGT qui a l’habitude de la tête de ce genre de cortège a dû en rabattre un peu sur ses ambitions et, alors que son secrétaire général, l’ineffable moustachu Philippe Martinez, se préparait à asséner un « point-presse », des échauffourées entre la police et les émeutiers ont forcé le moustachu à reculer quelque peu et repousser son « point-presse ». Aussitôt la CGT s’est répandue contre les attaques « inouïes » des forces de police contre la liberté syndicale. La situation est assez risible et le citoyen se demande légitiment : « à quoi peut donc bien servir un point-presse de la CGT au milieu d’une manifestation du 1er mai ? ». La démocratie se remettra du report du « point-presse » de la CGT !

Moins drôle, un groupe d’émeutiers a envahi l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière en forçant les grilles d’entrée et tentant d’envahir un service de réanimation dont le personnel a réussi à bloquer l’entrée. S’en est suivi une polémique franchouillarde comme celles dans lesquelles notre personnel politique adore se vautrer plutôt que de s’attaquer à la résolution des vrais problèmes du pays, tâche pour laquelle ils sont rémunérés par les fonds prélevés sur les contribuables ! Le soir de cet évènement le ministre de l’intérieur l’a qualifié d’attaque, le lendemain la ministre de la santé a parlé d’intrusion et le monde politicard est immédiatement entré en ébullition appelant à la démission du ministre trop bavard, et bla-bla-bla, et bla-bla-bla. Les « envahisseurs » quant à eux clament leur innocence et le fait qu’ils fuyaient la « l’ultra-violence policière ». Ils ont fondé le collectif « les 34 de la Pitié » pour communiquer sur leur aventure et tout ce petit monde va sans doute porter plainte contre l’Etat… à suivre.

Les râleurs de tous ordres ne sont pas à l’abri d’une contradiction pour nourrir les polémiques sans fin qui leur tiennent lieu de succédané de politique. Quand l’Etat ordonne à ses forces de sécurité de rester statiques pour éviter trop d’affrontements directs : il laisse les casseurs dévaster les villes. Quand l’Etat organise ses forces vers plus de mobilité pour empêcher les casseurs d’agir, il est accusé « d’ultra-violence » ou de « répression inouïe », et bla-bla-bla, et bla-bla-bla. Ce qui est sûr c’est qu’après chaque manifestation la puissance publique engage les sous des contribuables pour nettoyer les rues, reconstruire ce qui a été détruit, et là, tout le monde trouve ceci normal. Personne n’a demandé à la République de laisser les rues en l’état avec des carcasses de voiture brûlées, des façades détruites ou simplement tagués, des boutiques dévastées, etc. Ce serait peut-être une solution pour qu’au moins sur ce sujet la France retrouve une certaine unité : oui le contribuable doit payer tous les weekends pour nettoyer les dégâts des émeutes.

Si une petite partie seulement de toute cette énergie verbeuse était consacrée sur comment financer intelligemment la vingtaine de milliards annuels qui vont être dépensés pour atténuer quelque peu les inégalités sociales qui ont déclenché ces émeutes depuis six mois, la France s’en porterait mieux. Hélas, comme toujours, la préférence est donnée à la polémique plutôt qu’à l’action, au débat futile plutôt qu’à la raison, à la querelle politicienne plutôt qu’à l’intérêt général. Ainsi va la vie publique de notre vieux pays.