Quoi de neuf ?

Seu Jorge – 2018/07/08 – Paris la Philharmonie


Seu Jorge avait composé la bande originale du film de Wes Anderson The Life Aquatic with Steve Zissou sorti en 2004 et qui est une parodie de la vie du Commandant Cousteau. « Composé » est un bien grand mot puisqu’en fait il lui avait été demandé de réinterpréter les classiques de David Bowie qu’il avait donc réécrits en portugais et joués à la sauce samba. Seu et sa guitare jouent d’ailleurs leur rôle dans le film. Cette BO était restée célèbre, particulièrement dans le milieu des fans de l’artiste britannique. Il n’y avait jamais vraiment eu de tournée consacrée à cette musique aussi, après la disparition de Bowie, Seu Jorge décida cette tournée hommage.

Il est accompagné ce soir de l’orchestre de l’Ile de France dans la grande salle de la Philharmonie et interprète les morceaux de légende de Bowie : Changes, Five Years, Rock ‘n’ Roll Suicide, Ziggy Stardust, Life on Mars (qu’il dédie à Bowie et à son père décédé quelques jours plus tard) et tant d’autres. C’est émouvant et original, Seu Jorge est un artiste brésilien d’exception qui mêle son talent à celui de Bowie, créateur de légende ; la musique est un langage presque universel, ces deux-là le démontre brillamment.

Alors que les musiciens se retirent, la sono diffuse un tonitruant Lets Dance !

Etienne Daho « Blitztour » – 2018/07/03 – Paris la Philharmonie


Etienne Daho joue à la Philharmonie de Paris, dans le cadre de cet excellent festival Days Off, devant un parterre de quinqua-sexa à la recherche désespérée de leur jeunesse passée. Daho y joue son dernier album et nombre de morceaux de son catalogue de pop mélancolique, déclenchant l’enthousiasme du public devant ces réminiscences d’un temps désormais révolu. Jeune homme un peu attardé à la sincérité désarmante il continue à développer un rock français émouvant et un regard un peu tristoune sur le temps qui passe et les amours déçus.

Ah, n’oublions pas, la première partie s’appelle Tristesse Contemporaine !

Setlist : Les Filles du canyon/ Le grand sommeil/ Le Jardin/ Sortir ce soir/ Poppy Gene Tierney/ Comme un boomerang/ Réévolution/ L’invitation/ Week-end à Rome/ Les Flocons de l’été/ Des attractions désastre/ Tombé pour la France/ Le Premier Jour (du reste de ta vie)/ Epaule Tattoo/ Bleu comme toi/ Ouverture

Encore : Après le blitz/ Summertime

BINET Laurent, ‘La septième fonction du langage’.

Sortie : 2015, Chez : Grasset.

L’itinéraire déjanté d’un commissaire de police dans le milieu intello-marxisant parisien des années 80. Roland Barthes est mort renversé par une camionnette et un crime est soupçonné. L’enquête mènera notre Sherlock Holmes des cours de Michel Foucault à Vincennes, aux réunions des Brigades Rouges à Bologne, des bars gays aux ors de l’Elysée, des fumeurs de crack aux espions de l’Est. Ce qui ressemble à un complot serait mené pour s’assurer l’exclusivité de la connaissance de la septième fonction du langage, permettant à son détenteur la domination du monde.

L’auteur plonge avec ironie dans le microcosme de la sémiologie et de la philosophie, où Deleuze, Eco, Derrida, Althusser, Sarthe se croisent et s’affrontent, avec des mots que d’autres interprètent avec des bombes. Philippe Sollers et son épouse bulgare psychanalyste Julia Kristeva sont les héros malfaisants de cette histoire burlesque qui se termine en apothéose.

La caricature de ce monde intellectuel est sans doute un peu excessive, elle est en tout cas franchement désopilante. L’auteur malin tient ses lecteurs en haleine avec ce polar où les malfrats sont des penseurs du Collège de France.

David Byrne « American Utopia » – 2018/07/03 – Paris la Philharmonie


David Byrne et ses onze musiciens nous offre un remake du célèbre Stop Making Sense, le célèbre film de Jonathan Demme sur un concert des Talking Heads de 1983 à Hollywood. La mise en scène du concert de l’époque, fruit de l’inventivité de David Byrne et du groupe, avait suffi à faire de ce film, l’un des plus beaux sur un show de rock.

Trente-cinq années plus tard, Byrne à la crinière blanchie mais à l’imagination toujours aussi flamboyante, remonte un spectacle tourné autour de sa musique, celle des Talking Heads mais aussi extraite de ses nombreux disques solos. C’est un concert 2.0 orienté sur la mobilité des musiciens. La scène de la Philharmonie est dépouillée, un immense carré bordé sur ses trois côtés de rideaux style stores à fanfreluches desquels émergent les acteurs-musiciens. Il n’y a rien d’autre, ni fil, ni ampli. Tous les musiciens portent leurs instruments en bandoulière, y compris percussions et clavier, ils sont habillés de costumes gris, style équipage d’un vaisseau Star-Trek, emmenés par le génial David Byrne.

La musique est le centre de tout, toujours nerveuse, saccadée, intelligente. Les musiciens ont tous l’âge d’être les enfants de David qu’ils entourent avec enthousiasme et efficacité, mention spéciale pour une guitariste d’exception qui clos le show avec un incroyable solo sur The Great Curve. Ce serait une bonne idée de refaire un film sur cette chorégraphie musicale d’exception.

Setlist : Here/ Lazy/ I Zimbra (Talking Heads song/ Slippery People (Talking Heads song)/ I Should Watch TV (David Byrne & St. Vincent cover)/ Dog’s Mind/ Everybody’s Coming to My House/ This Must Be the Place (Naive Melody) (Talking Heads song)/ Once in a Lifetime (Talking Heads song)/ Doing the Right Thing/ Toe Jam (Brighton Port Authority cover)/ Born Under Punches (The Heat Goes On) (Talking Heads song)/ I Dance Like This/ Bullet/ Every Day Is a Miracle/ Like Humans Do/ Blind (Talking Heads song)/ Burning Down the House (Talking Heads song)

Encore : Dancing Together (David Byrne & Fatboy Slim cover)/ The Great Curve (Talking Heads song)

Encore 2 : Hell You Talmbout (Janelle Monáe cover) (with Laura Mvula)

Warmup : Laura Mvula

Berlin : l’Histoire à tous les coins de rue


Berlin

En déambulant dans Berlin il est difficile de ne pas se heurter à l’Histoire tragique du XXème siècle à tous les coins de rue. Des petits pavés de bronze ont été ajoutés devant les porches des maisons où résidaient des juifs assassinés, mentionnant leurs noms dates de naissance et de décès ; il y en a beaucoup… Le mémorial de la Shoah juste derrière Unter den Linden avec ses blocs de béton rappelle la tentative de destruction des juifs d’Europe. Le cadre enchanteur du lac de Wannsee ferait presque oublier que sur ses bords apaisés se tint en 1942 la réunion qui permit de finaliser les termes de la « solution finale de la question juive » voulue par Hitler. Un monument sur PostDamer Strasse rappelle la liste des camps d’extermination au bord d’une rafraichissante petite fontaine. Aux pieds du Reichtag, des pierres symbolisent les députés allemands qui ont tenté de résister à la barbarie. Une promenade dans Tiergarden ensoleillé nous fait nous rappeler que dans ces allées ombragées se sont déroulés de sinistres ballets d’espions durant la guerre froide à quelques pas des fusils de VoPos (Volkspolizei, la police du peuple est-allemand).

Berlin est au cœur de notre vieille Europe qui a tant créé mais tant dérivé. Avec une relative honnêteté le peuple allemand s’est tourné vers ce passé pour en admettre l’indicible et accepter sa culpabilité. Peu avaient commis de tels crimes mais aucun n’a assumé avec la même collective clairvoyance.

Une visite au Pergamonmuseum de Berlin

 


Le célèbre musée et ses collections de monuments antiques est en travaux de rénovation : le grand autel de Pergam n’est pas visible mais la porte de d’Ishtar l’est, heureusement. Et l’on replonge aux temps de Nabuchodonosor 6 siècles avant Jésus-Christ, un temps où cette région orientale, entre Irak et Syrie, n’étaient pas encore ravagée par la religion. On se souvient que le groupe Etat islamique a mis un soin tout particulier à détruire les monuments préislamiques dans les zones qu’ils ont occupés car pour eux l’art n’existait pas avant l’invention de l’islam et ces tas de pierres ne sont que les objets d’une adoration malsaine, donc à détruire.

Les puissances colonisatrices de ces régions ont entrepris des recherches archéologiques importantes à partir du XVIIIème siècle et ramené dans leurs musées nombre de ces trésors de l’Humanité qu’il faudra bien un jour rendre à leurs pays d’origine. La monumentale porte d’Ishtar a été reconstituée à partir de fragments trouvés lors des fouilles. Au moins elle est restée à l’abri et s’offre aux yeux des visiteurs.

Massive Attack – 2018/06/29 – Berlin la Zitadelle de Spandau


Un beau et classique concert de Massive Attack à la Zitadelle Spandau de Berlin, sans Martina Topley Bird mais avec le renfort des Youg Fathers désormais habitués à assurer le warm-up et quelques morceaux avec leurs hôtes. Le show est en plein air sur un terrain plutôt plat avec des allemands qui font une moyenne d’1m90, la vue n’est pas excellente mais heureusement les teutons partent se ravitailler en bière régulièrement laissant le champ un peu plus libre.

Le visuel est un peu renouvelé sur le vaste écran led de fond de scène : un peu moins de messages politiques, un peu plus d’effets lumineux qui n’atténuent pas le côté sombre de cette musique obsessionnelle rythmée par le voix de ses trois chanteurs dont les deux fondateurs parlent plus qu’ils ne chantent avec un traitement sépulcrale de leur organe. Il fait froid sur Berlin à la nuit tombée, nous sommes à deux pas de l’emplacement de l’ex-prison de Spandau où furent enfermés les dignitaires nazis et où Rudolh Hess vécu seul les 20 dernières années de sa vie avant de se pendre à un câble électrique en 1987 (version officielle), les Massive Attack dévident leur musique glaçante sur une assistance tétanisée par la beauté noire de cette musique venue d’un autre monde.

Setlist : Hymn of the Big Wheel (with Horace Andy)/ Risingson/ United Snakes/ Ritual Spirit (with Azekel)/ Girl I Love You (with Horace Andy)/ Eurochild/ Future Proof/ Voodoo in My Blood (with Young Fathers)/ Way up here (with Young Fathers)/ Angel (with Horace Andy)/ Inertia Creeps/ Safe From Harm (with Deborah Miller)

Encore : Take It There/ Unfinished Sympathy (with Deborah Miller)/ Splitting the Atom (with Horace Andy)

La progéniture terroriste islamique sur le retour

Un djihadiste français converti capturé en Syrie se met à table, balance ses anciens amis et dévoile certains des projets des fameux frères Clain, autres djihadistes français convertis qui, semble-t-il, étaient proches du sommet du groupe terroriste religieux Etat islamique. Le plan était de former les gamins, les « Lionceaux du Califat », nés sur place en Syrie ou en Irak ou amenés avec leurs parents lorsqu’ils choisirent l’exil vers ces lieux de combat djihadistes, pour les renvoyer en Europe comme kamikazes.

La contraception étant plutôt contraire aux valeurs locales et le groupe voulant multiplier ses effectifs, la natalité est plutôt encouragée. Nombre de gamins sont et ont été élevés dans cette atmosphère de tuerie permanente au nom d’un Dieu. De nombreuses vidéos ont été publiées où l’on voit des enfants d’une dizaine d’années tuer des otages à coups de pistolet. Alors pourquoi ne pas les renvoyer dans les capitales mécréantes pour qu’ils continuent le job ? On imagine de plus que si un policier européen se trouve face à un enfant terroriste il ressentira sans doute un peu plus de préventions pour le « neutraliser ».

Compte tenu des reculs militaires du groupe Etat islamique pour le moment sur le terrain de guerre, ce projet n’a pour l’instant pas encore été mis en œuvre, mais on peut compter sur la foi de ses membres pour l’exécuter dès qu’ils en auront la possibilité.

Il faudrait un jour que les responsables adultes de telle stratégie aient à rendre des comptes devant la justice des hommes. Mais là encore l’Occident se trouve face à un dilemme car ces terroristes embrigadés par Dieu préfèrent la mort, gage de paradis, et n’ont pas peur de la justice humaine. Certains d’entre eux toutefois semblent avoir une foi un peu plus hésitante : c’est le cas par exemple de cette balance, Jonathan Geoffroy, qui aurait découvert avoir été « trompé » par l’Etat islamique et qui planifie naïvement de faire trois ans de prison en France avant de retrouver sa femme au Maroc pour y monter « une boutique de lingerie », alors qu’il risque jusqu’à trente années de prison. C’est le cas aussi de cette française, Mélina Boughedir, que l’on a vu à la télévision de faire condamner à la prison à perpétuité en Iraq avec son plus jeune enfant dans les bras, les trois premiers ayant été rapatriés en France chez leurs grands-parents, leur père étant probablement toujours en train de combattre quelque part sur le front, s’il n’a pas déjà été tué. Elle risquait la peine capitale.

Les uns et les autres expliquent qu’ils ont été dupés, l’une par son mari ou l’autre par l’Etat islamique en affirmant qu’ils n’ont pas participé à des opérations militaires : difficile à croire, impossible à vérifier ! Les survivants dont l’engagement est le plus flageolant, ou le mieux masqué, voudraient rentrer en France, pour y subir une justice démocratique ou poursuivre leurs actions mortifères de l’intérieur, on ne peut pas savoir. C’est la raison pour laquelle la France semble choisir l’option les faisant juger localement en Syrie ou en Iraq en prenant ainsi quelques libertés avec les usages démocratiques. Pour les djihadistes français qui ne seraient pas condamnés à mort ni exécutés cela ne fait que repousser le problème au jour de leur sortie de prison. Les enfants nés de parents français sont quant à eux discrètement rapatriés avec l’accord des autorités qui les détiennent. Lorsqu’ils ont été capturés ils sont donc revenus, ou en train de revenir, sur le territoire de la République et personne ne sait bien comment ils évolueront.

L’expérience des enfants-soldats n’est pas complètement inédite et les guerres africaines de ces dernières décennies ont permis de faire progresser la connaissance sur ce sujet. Mais la situation de gamins à qui l’on a fait commettre des actes cruels et barbares sur leurs prochains est relativement nouvelle. Nul ne sait s’ils seront « récupérables » ! L’avenir seul le dira.

Les Russes en Centrafrique

Un accord militaire aurait été signé en décembre 2017 entre la Russie et la Centrafrique incluant une livraison d’armes au gouvernement local (dûment autorisée par l’ONU par exception à l’embargo en cours) et la formation des forces militaires gouvernementales.

La presse rapporte que l’on voit dans les rues de Bangui des militaires russes ressemblant plus à des mercenaires qu’à des soldats réguliers. Ils assurent la sécurité rapprochée du président centrafricain et cohabitent, pacifiquement pour le moment, avec la force internationale de l’ONU censée maintenir la paix entre les nombreuses milices qui se battent entre elles et avec les maigres forces gouvernementales. La Russie lorgne aussi sans doute sur les ressources minières dont ce pays est doté.

Ce pays bantou est un mystère insondable : incapable de se développer harmonieusement, la mauvaise gestion, les luttes tribales, l’alcool et le sida y font des ravages depuis des décennies. Massacres, pillages, fraudes et incompétence ont depuis longtemps perdu cette République. La France, ancienne puissance coloniale, a tout à se reprocher dans cette triste affaire. Le pays a été transformé en vaste terrain d’entraînement militaire français après l’indépendance. L’armée française y régnait en maître jusqu’à son départ à la fin des années 90’, un proconsul de la DGSE (le commandant Mansion) manipulait le président, des repris de justice corses dirigeaient les casinos de la capitale, Giscard-dit-d’Estaing venait y chasser le gros gibier et tout ce petit monde trafiquait le diamant se compromettant jusqu’au « sacre de l’empereur Bokassa », sommet du ridicule et de la perversion de la bien triste « francafrique ».

D’interventions militaires en débarquements de présidents, la France a plus ou moins passé la main à l’ONU au début du XXIème siècle, qui ne réussit pas plus à remettre ce pays sur les rails d’un développement paisible. Alors que les russes s’y essayent, pourquoi pas ? Les interventions étrangères de ces dernières années ont sans doute limité l’ampleur des massacres inter-ethniques mais l’avenir est sombre, sans doute sans espoir. Que les russes soient mercenaires ou réguliers, qu’importe, ils sont certainement soutenus et envoyés là par le gouvernement russe qui ne s’en cache pas. On se souvient avec quel aplomb le président russe affirmait que les citoyens russes tués sur le front ukrainien devaient y être « en vacances » mais certainement pas en mission commandée…

Cette fois-ci la Russie assume sa présence et c’est très bien ainsi. Nous verrons où ils en seront dans quelques années. Puissent-ils réussir à apaiser ce pays désespérant !

Confirmation en Turquie


Un président turc se fait réélire ce week-end au premier tour et son parti islamisé est confirmé au parlement. Après une modification de la constitution approuvée par référendum lui octroyant les pleins pouvoirs, M. Erdogan , un peu calife, un peu soupe-au-lait, très nationaliste, est reparti pour au moins cinq années à la tête de l’Etat après déjà quinze ans de pouvoir.

Le garçon ne plaît pas beaucoup à l’Occident, il copine avec Russes ou arabes (sunnites) selon ses intérêts, éventuellement avec des groupes terroristes si cela l’arrange, son armée bataille en Iraq et en Syrie, il vocifère contre l’Europe, traite les dirigeants allemands de « nazis », mène une guerre civile sans fin contre les kurdes de Turquie ; mais il plait à ses électeurs qui le renouvellent très régulièrement et, même s’il y a sans doute un peu de fraude électorale (sans doute pas plus que lors d’une élection d’un président de l’UMP en France), il est largement et bien élu. Son peuple est content.

Son action depuis quinze ans a sans doute définitivement réglé le sujet de la candidature de la Turquie à l’Union européenne dont des dirigeants de rencontre avaient imprudemment inclus le principe dans le traité de Rome. Ce pays ne peut ni ne veut adhérer, et c’est bien ainsi car les Etats membres actuels ne veulent pas plus de cette adhésion. Voilà un point sur lequel tout le monde est d’accord d’un côté et de l’autre du Bosphore. Alors bien sûr Ankara, comme une fiancée éconduite, va tout faire pour nuire à l’Union européenne mais ce n’est pas la seule capitale à chercher à perturber, nous pouvons même dire que ce sont les lois du genre.

Mais la Turquie fait partie du traité de l’alliance atlantique (OTA N) et là les choses sérieuses commencent. Cette alliance majoritairement américano-européenne offre l’abri du parapluie nucléaire US à l’Europe frileuse et oblige l’alliance à défendre chacun de ses membres en cas d’attaque, et ce n’est pas rien. Ankara abrite des troupes et des armes nucléaires de l’OTAN sur son sol. On frémit à l’idée de ce que ce pays oriental pourrait en faire si la mauvaise humeur de son président se transformait en attitude belliqueuse ! Les chefs militaires comme les dirigeants politiques de l’après-guerre ont cru que la Turquie était occidentale. Ils se sont trompés. Nous reverrons la situation dans 30 ans.

En attendant il faut bien composer avec ce pays clé malgré les sautes d’humeur de son chef. Une diplomatie basée sur les faits et la discrétion reste le mieux que l’on puisse faire pour le moment. Laissons le raïs s’égosiller dans ses meetings électoraux sans réagir, les réalités économiques permettront à l’Europe de maintenir ses intérêts bien mieux que des réactions verbales inutiles.

SHIFFTER Frédéric, ‘Journées perdues’.

Sortie : 2017, Chez : Séguier.

L’auteur est professeur de philosophie, né et vivant à Biarritz. Cet ouvrage est son journal de nonchalance de janvier 2015 à décembre 2016. Il ne travaille plus, a priori en congé de maladie longue durée il obtient au milieu du livre sa réforme définitive de l’enseignement et s’en réjouit. Soulagé de cette charge professionnelle qui avait l’air de le traumatiser sans vraiment l’occuper, il papillonne depuis entre dîners en ville, interventions philosophiques grand-public sur France Culture, signatures de livres, siestes coquines ou séances de surf doux. Et il devise sur cette inactivité qu’il promeut avec ferveur.

Grand admirateur de Cioran, il peine à égaler son modèle qu’il cite abondamment. Un peu narcissique, un peu auto-satisfait, Shiffter a rédigé un livre inutile mais léger, ponctué de petites phrases de son cru plutôt bien tournées :

« La nostalgie est aussi la conscience d’un futur sans avenir. »

« Si Dieu existait il nous épargnerait le fanatisme, ce scepticisme mal vécu. »

« On commence à se sentir vieux quand on a l’impression de tracter un corbillard chargé des années défuntes de son enfance et sa jeunesse. »

Tout ceci est un peu facile, comme la vie de l’auteur au pays basque.

Psychodrame franchouillard


L’Italie a élu un gouvernement composé de l’étrange alliage d’un parti d’extrême droite et d’un parti populiste. Ils se sont au moins mis d’accord sur un point qui consiste à vouloir réduire les flux de migrants pénétrant en Italie. L’Aquarius, un bateau affrété par une organisation non gouvernementale pour récupérer les migrants à la dérive sur des embarcations de fortune en mer Méditerranée, le plus souvent parties de Lybie, a l’habitude de débarquer ses naufragés sur les côtes européennes les plus proches, soit celles de l’Italie. Après plusieurs sauvetages, et alors que l’Aquarius est chargé de plus de 600 migrants, le nouveau gouvernement italien lui refuse l’accès à ses ports. Il s’en suit un psychodrame où les Etats riverains critiquent, se renvoient la balle et cherchent à tout faire pour éviter que ce bateau de la misère ne vienne accoster sur son territoire. Une bataille de chiffonniers au café du commerce.

La France ne brille pas par ses initiatives et donne à l’Italie des cordes pour se faire battre. On ne peut pas dire que Paris soit très volontaire pour accueillir des réfugiés, qu’ils soient politiques ou économiques, par contre la France est toujours présente pour critiquer et le président de la République mentionne en conseil des ministres la « part de cynisme et d’irresponsabilité du gouvernement italien ». Ni une ni deux le gouvernement italien ulcéré à bon droit propose à la France de s’appliquer à elle-même ses grands principes de générosité et d’accueillir les migrants de l’Aquarius. Le président français a perdu une bonne occasion de se taire et le temps à gérer cette polémique eut été mieux utilisé à se consacrer aux autres affaires de la France.

Au-delà de ces gamineries de cours d’école, vraiment peu à la hauteur de la position de leurs auteurs, la question des réfugiés requiert pour avancer discrétion et efficacité alors que nos dirigeants déploient gesticulation et immobilisme. Ce n’est pas brillant. Le président Macron s’honorerait à déroger à ces mauvaises habitudes.

De tous temps les habitants de pays pauvres ont frappé aux portes d’entrée des pays plus riches pour y tenter une vie meilleure. La mondialisation en œuvre depuis la fin du XXème siècle et le très significatif différentiel de taux de natalité entre riches et pauvres intensifient les flux d’immigration, dont la grande majorité se déroule entre pays pauvres et pays moins pauvres, provoquant d’ailleurs plus ou moins les mêmes réactions de rejet des populations des pays de destination.

Dans les pays occidentaux la considérable beaufisation du monde politique a généré la dramatisation actuelle du phénomène de l’immigration rendu responsable de tous les maux de l’Europe ou des Etats-Unis. De tous temps les peuples ont préféré trouver des boucs émissaires « étrangers » plutôt que de se remettre en cause. La difficulté est que ces peuples votent dans les démocraties, adhèrent facilement aux thèses populistes et élisent les pouvoirs qui diffusent ces thèses. Alors les dirigeants populistes appliquent leurs programmes et les autres sont bien obligés de prendre plus ou moins en compte ce rejet diffus de l’immigration. Nous en sommes là !

La capacité des Etats à décider légalement qui peut entrer sur leurs territoires et qui ne le peut pas n’est pas remise en cause mais il faut la mitiger avec les nécessités d’un minimum d’humanité et de sens de la mesure. C’est difficile et périlleux, et surtout c’est une œuvre de très longue haleine qui nécessite aussi l’élévation du niveau d’éducation de ces peuples, chemin auquel ne poussent pas les déclarations à l’emporte-pièce d’un Laurent Wauquiez en France ou d’un Salvini en Italie.

La conscientisation des peuples locaux devrait aussi être au programme mais comment faire devant un tel écart de niveaux de vie pour tarir le flux des départs de pays en proie à la dictature et la pauvreté, voire à la guerre ? D’autant plus que nombre de ces régions ayant été colonisées par l’Europe, les descendants des colonisés (sans parler des descendants des esclaves qui remontent à encore plus loin) se sentent investis d’un droit de créance sur l’Occident qu’ils entendent aussi faire valoir.

Le dossier ne progressera qu’avec de l’intelligence. Il n’est traité aujourd’hui qu’avec du clientélisme.

Anna Calvi – 2018/06/15 – Paris la Gaîté Lyrique


Anna Calvi annonce un prochain disque pour le 31 août et commet quelques déclarations sur sa promotion de la bisexualité. Elle joue ce sort à la Gaîté Lyrique, sympathique salle parisienne à dimension humaine. Elle est précédée de Jane Added et de Rouge Mary. La première est une artiste intelligente que l’on croise régulièrement sur la scène parisienne avec sa basse et ses compositions. Elle mixe ce soir quelques morceaux qu’elle aime. Le second est habillé en femme et chante sur ses mixes. Dans la salle des couples lesbiens s’embrassent à pleine bouche, le chroniqueur se demande soudain s’il ne s’est pas trompé de salle…

Puis arrive Anna Calvi, brillant de mille feux, sans doute libérée par cette atmosphère. L’intimité de la salle avec une avancée de la scène jusqu’au milieu de la fosse la rapproche de ses fans. Elle y joue à genoux front contre front de certains d’entre eux, avec un regard de panthère elle caresse les cheveux des uns, se couche sur le dos pour interpréter des solos dantesques. Mais au-delà de ce show, elle reste une artiste hors par, alliant une voix d’opéra, le jeux de guitare de Jimi Hendrix et un talent sans compter.
Sur son site web (http://annacalvi.com/) elle déclare au sujet de la sortie de son disque « Hunting » :

I’m hunting for something – I want experiences, I want agency, I want sexual freedom, I want intimacy, I want to feel strong, I want to feel protected and I want to find something beautiful in all the mess.

I want to go beyond gensder. I don’t want to have to chose between the male and female in me.

I’m fighting against feeling an outsider and trying to find a place that feels like home.

I believe that gender is a spectrum. I believe that if we were allowed to be somewhere in the middle, not pushed to the extremes of performed masculinity and femininity, we would all be more free. I want to explore how to be something other than just what I’ve been assigned to be. I want to explore a more subversive sexuality, which goes further than what is expected of a woman in our patriarchal heteronormative society. I want to repeat the words “girl boy, woman man », over and over, to find the limits of these words, against vastness of human experience.

I believe in the female protagonist, who isn’t simply responding to a man’s story. I go out into the world and see it as mine – I want something from it, rather than just being a passive product of it. I’m hungry for experiences. Sometimes things seem clear, and other times I feel lost. I feel strong and yet vulnerable; I wear my body and my art as an armour, but I also know that to be true to myself is to be open to being hurt.
The intent of this record is to be primal and beautiful, vulnerable and strong, to be the hunter and the hunted.

– Anna

Les prix du fouteballe en Russie

 


Les prix officiels des tickets des matches de la coupe du monde de fouteballe en Russie s’échelonnent entre 105 et 1 100 USD selon le stade de la compétition auquel on s’intéresse. Il y a une catégorie pour « personnes obèses », sans supplément de prix. Il s’agit des prix officiels affichés sur le site de la fédération internationale mafieuse de foute, gageons que le marché noir doit multiplier par trois ou par quatre.

Le grand abrutissement

10/02/2016

Ca y est : la grande procession de l’abrutissement des masses par le fouteballe a démarré. Les fans se précipitent vers leur anéantissement en chantant comme les chrétiens se faisaient dévorer par les lions dans les amphithéâtres de Rome en priant leur Dieu. Le championnat du monde de fouteballe commence cette semaine en Russie. C’est un mois à venir de déchaînements populaires sur l’insignifiant, d’hystérie médiatiques sur l’inintéressant et même d’allusions politiques sur l’inexistant. Les performances des pousseurs de baballe vont occuper les esprits et les conversations durant quatre semaines, dans les écoles, dans les bureaux, dans les palais du pouvoir, les villes et les campagnes.

Le business de la bière et de la pizza va exploser en même temps que les neurones vont brûler. C’est un désastre annoncé de l’intelligence, une nouvelle défaite de la pensée à venir. C’est la coupe du monde de fouteballe, tout simplement

Schubert par Radu Lupu


Le patriarche Radu Lupu, barbe blanche et costume noir, s’avance d’un pas hésitant vers son piano au centre de la Philharmonie de Paris ce soir. Le pianiste roumain va jouer Schubert et nous accompagner avec douceur pour une plongée dans cette musique méditative et profonde. Il effleure les touches et délivre son immense talent mis au service d’une musique d’exception. Radu Lupu devant son piano noir ressemble à Victor-Hugo écrivant sur son écritoire dans son île de Guernesey : des artistes d’exception dédiés à leur art infini !